Dictionnaire de la langue verte
Part 4
ANGLAIS, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu'il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des _Victoires et Conquêtes_.
ANGLAIS (Avoir ses). Avoir ses _menses_,--dans l'argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l'uniforme des soldats d'Albion.
Elles disent aussi: _Les Anglais ont débarqué_.
ANGLAISE, s. f. Écot, part de chacun dans une affaire ou dans un dîner. Argot des saltimbanques.
_Faire une anglaise._ Payer chacun son écot.
ANGLAISE, s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter les sous de chacun et à garder pour soi les faces; un second prend les piles qui restent et rejette, etc.
_Jouer à l'anglaise._ Jouer aux sous.
ANGLUCE, s. f. Oie,--dans l'argot des voleurs.
ANGOULÊME, s. f. La bouche--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l'argot du peuple, par corruption du verbe français _engouler_, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l'Angoumois.
ANGUILLE, s. f. Ceinture,--dans l'argot des voleurs.
ANGUILLE, s. f. Fouet à sabot,--dans l'argot des enfants.
ANONCHALI, adj. Découragé, abattu par l'ennui ou le chagrin--dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition du vieux langage.
ANSE, s. f. Bras,--dans l'argot des faubouriens.
_Offrir son anse._ Offrir son bras.
_Faire le panier à deux anses._ Se promener avec une femme à chaque bras.
ANSES, s. f. pl. Oreilles,--parce qu'elles sont de chaque côté de la tête comme les anses de chaque côté d'un pot.
ANTIF, s. m. Marche,--dans l'argot des voleurs.
_Battre l'antif._ Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.
ANTIFFE, s. f. Eglise,--dans le même argot.
On dit aussi _Antiffle_ et _Antonne_.
ANTIFFLER, v. n. Se marier à l'église.
ANTIPATHER, v. a. Avoir de l'aversion, de l'antipathie pour quelqu'un ou pour quelque chose. Argot des lorettes et des bourgeoises.
Le mot est de Gavarni.
ANTIQUE, s. m. Élève qui sort de l'Ecole. Argot des Polytechniciens.
ANTONISME, s. m. Maladie morale introduite dans nos mœurs par Alexandre Dumas, vers 1831, époque de la première représentation d'_Antony_, et qui consistait à se poser en homme fatal, en poitrinaire, en victime du sort, le tout avec de longs cheveux et la face blême. Cette maladie, combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait presque plus de ravages aujourd'hui. Cependant il y a encore des voltigeurs du Romantisme comme il y a eu des voltigeurs de la Charte.
ANTONY, s. m. Un nom d'homme qui est devenu un type, celui des faux poitrinaires et des poètes incompris.
APASCLINER (S'), v. réfl. S'acclimater,--dans l'argot des voleurs.
(V. _Paclin_.)
APIC, s. m. Ail,--dans le même argot.
APLOMBER, v. a. Étonner, étourdir par son aplomb. Même argot.
APOPLEXIE DE TEMPLIER, s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide capiteux. Argot du peuple.
APOTHICAIRE SANS SUCRE, s. m. Ouvrier qui est mal outillé; marchand qui est mal fourni des choses qui concernent son commerce.
APÔTRES, s. m. pl. Les doigts de la main,--dans l'argot des voleurs, qui font semblant d'ignorer que les disciples du Christ étaient douze.
APPAREILLER, v. n. Sortir, se promener,--dans l'argot des marins.
APPAS, s. m. pl. Gorge de femme,--dans l'argot des bourgeois.
APPELER AZOR, v. a. Siffler un acteur comme on siffle un chien. Argot des comédiens.
APPLIQUE, s. f. Partie de décors qui se place à l'entrée des coulisses, sur les portants. Même argot.
APPRENTI, s. m. Premier grade de la maçonnerie symbolique.
APPRENTIF, s. m. Jeune garçon qui apprend un métier,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_Apprehendivus_) et à la tradition: «Aprentif jugleor et escrivain marri,» dit le _Roman de Berte_.
APPUYER, v. a. et n. Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. Argot des coulisses. (V. _Charger_.)
APPUYER SUR LA CHANTERELLE, v. n. Toucher quelqu'un où le bât le blesse; prendre la cigale par l'aile: insister maladroitement sur une chose douloureuse, souligner une recommandation. Argot du peuple.
AQUIGER, v. a. Prendre,--dans l'argot des faubouriens.
Cependant ils disent plus volontiers _quiger_, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.
AQUIGER, v. a. Battre, blesser,--dans l'argot des voleurs.
AQUIGER, v. a. Faire,--dans le même argot.
_Aquiger les brêmes._ Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.
ARABE, s. et adj. Homme dur, inexorable,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis plus d'un siècle.
ARBALÈTE, s. f. Croix de femme, dite à la _Jeannette_. Argot des voleurs.
_Arbalète d'antonne._ Croix d'église.
Ils disent aussi _Arbalète de chique_, _arbalète de priante_.
ARBIF, s. m. Homme violent, en colère, qui _se rebiffe_. Même argot.
ARCASIEN ou ARCASINEUR, s. m. Voleur qui se sert de l'_arcat_ pour escroquer de l'argent aux personnes timides autant que simples.
On dit aussi _Arcase_.
ARCAT, s. m. Escroquerie commise au moyen _de lettres de Jérusalem_. (V. ce mot.)
ARCHE DE NOÉ, s. f. L'Académie française,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils se permettent une impertinence inventée par Claude Le Petit, un poète brûlé en Grève pour moins que cela.
ARCHIPOINTU, s. m. Archevêque.--dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de travestir ainsi le mot _archi-épiscopus_.
ARCHI-SUPPÔT DE L'ARGOT, s. m. Docteur ès filouteries.
ARÇONNER, v. a. Parler à quelqu'un, l'apostropher, le forcer à répondre. Argot des voleurs.
Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l'écrivant ainsi: _arresoner_; je l'ai cherché en vain dans les dictionnaires. D'un autre côté, les voleurs disent: _Faire l'arçon_, pour signifier: Faire le signal de reconnaissance ou d'avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d'un crachement et le dessin d'un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.
ARCPINCER ou ARQUEPINCER, v. a. Prendre, saisir quelqu'un ou quelque chose. Argot des faubouriens.
ARDENT, s. m. Chandelle,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression, avec tant d'autres, à l'argot des Précieuses.
ARDENTS, s. m. pl. Les yeux,--dans le même argot.
ARGENT MIGNON, s. m. Argent destiné à satisfaire des curiosités ou des vanités,--dans l'argot des bourgeoises, à qui le superflu est nécessaire, et qui, plutôt que de s'en passer, le demanderaient à d'autres qu'à leur mari.
ARGOT, s. m. Imbécile,--dans le langage des voleurs.
ARGOTIER, s. m. Voleur,--dont l'_argot_ est la langue naturelle.
ARGUCHE, s. m. Argot.
_Arguche_, _arguce_, argutie. Nous sommes bien près de l'étymologie véritable de ce mot tant controversé: nous _brûlons_, comme disent les enfants.
ARGUEMINE, s. f. Main,--dans l'argot des voleurs.
ARISTO, s. des deux g. Apocope d'_Aristocrate_, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois. Réactionnaire, etc.,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le _meilleur_, l'_excellent_, [grec: aristos].
Ils disent _aristo_ pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient _Maza_ pour Mazarin.
ARLEQUIN, s. m. Plat à l'usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d'aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu'à la tête de maquereau. C'est une sorte de carte d'échantillons culinaires.
ARMÉE ROULANTE, s. f. La chaîne des forçats,--supprimée depuis une cinquantaine d'années.
ARNACHE, s. m. Agent de police,--dans l'argot des voleurs.
ARNACHE, s. f. Tromperie, trahison, dans l'argot des voyous.
_A l'arnache._ En trompant de toute manière.
_Être à l'arnache._ Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.
ARNAU, s. m. Mauvaise humeur,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
C'est une contraction de _Renauder_.
ARNELLE, n. de l. Rouen,--dans l'argot des voleurs.
ARNELLERIE, s. f. Rouennerie.
ARPAGAR, n. de l. Arpajon, près Paris,--dans le même argot.
ARPIONS, s. m. pl. Les pieds de l'homme, considérés--dans l'argot des faubouriens--comme griffes d'oiseau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas souvent.
ARQUER (S'). Se courber en vieillissant. Argot du peuple.
ARRACHER DU CHIENDENT, v. n. Chercher pratique, ou plutôt victime,--dans l'argot des voleurs, qui n'exercent ordinairement que dans les lieux déserts.
ARRACHER SON COPEAU, v. a. Travailler courageusement, faire n'importe quelle besogne avec conscience. Argot des ouvriers.
ARRÊTER LES FRAIS, v. a. Interrompre un récit; laisser une affaire en train; renoncer à poursuivre une entreprise au bout de laquelle on ne voit que de l'ennui. Argot du peuple.
ARROSER SES GALONS, v. a. Offrir à boire à ses camarades quand on est reçu sous-officier. Argot des soldats.
ARROSER UN CRÉANCIER, v. a. Lui donner un acompte,--dans l'argot des bohèmes, assez mauvais jardiniers.
ARROSEUR DE VERDOUZE, s. m. Jardinier, dans l'argot des voleurs.
ARSENAL, s. m. Arsenic,--dans le même argot.
ARSOUILLE, s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son langage. Argot du peuple.
_Milord L'Arsouille._ Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.
ARSOUILLER, v. a. et n. _Engueuler_,--dans l'argot des faubouriens.
ARTHUR. Amant de cœur,--dans l'argot de Breda-Street.
ARTHURINE, s. f. Femme légère,--la femelle naturelle de l'Arthur. Argot du peuple.
ARTICLIER, s. m. Homme de lettres parqué dans la spécialité des articles de petits journaux.
Le mot a été créé par H. de Balzac.
ARTIE, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs, d'aujourd'hui et d'autrefois, ainsi qu'il résulte du livre d'Olivier Chéreau, _le Langage de l'Argot réformé_, publié au XVIe siècle.
_Artie de Meulan._ Pain blanc.
_Artie de Gros-Guillaume._ Pain noir.
_Artie de Grimault._ Pain chanci.
On dit aussi _Arton_ et _Lartie_.
ARTILLEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de _canons_. Argot des ouvriers.
ARTILLEUR A GENOUX, s. m. Infirmier militaire,--dans l'argot du peuple, qui a entendu parler des _mousquetaires à genoux_ des siècles précédents.
On dit aussi _Artilleur de la pièce humide_.
ARTISTE, s. m. Médecin vétérinaire,--dans l'argot des faubouriens et des paysans.
ARTON. V. _Artie_.
AS DE CARREAU, s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme.
On l'appelle aussi _Azor_,--à cause de la peau de chien qui le recouvre.
AS DE CARREAU, s. m. Le ruban de la Légion d'honneur,--dans l'argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.
ASINVER, v. a. Abêtir quelqu'un,--dans l'argot des voleurs, pour qui les honnêtes gens sont des _sinves_.
ASPERGE MONTÉE, s. f. Personne d'une grandeur démesurée et, avec cela, maigre. Argot du peuple.
ASPIC, s. m. Avare,--dans l'argot des voleurs.
ASPIC, s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.
ASSEOIR (S'). Tomber.
_Envoyer quelqu'un s'asseoir._ Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.
ASSISTER, v. a. Porter le _pagne_ à un détenu,--dans l'argot des voleurs et des filles.
ASSOCIÉE, s. f. Femme légitime. Argot des typographes.
ASSOMMOIR, s. m. Nom d'un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent,--sans remarquer l'éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de _vin de Champagne_.
ASTEC, s. m. Avorton, homme chétif,--dans l'argot du peuple. Adversaire méprisable,--dans l'argot des gens de lettres.
C'est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces petits monstres mexicains exhibés sous le nom d'_Aztecs_.
ASTIC, s. f. Epée,--dans l'argot des voleurs, qui ne se doutent pas que ce mot vient de l'allemand _stich_, chose pointue, dont on a fait _estic_, puis _astic_, et même _asti_.
ASTIC, s. m. Tripoli,--dans l'argot des troupiers, qui s'en servent avec un mélange de savon, d'eau-de-vie et de blanc d'Espagne, pour nettoyer les cuivres de leur fourniment.
D'où _Aller à l'astic_.
ASTICOT, s. m. Vermicelle,--dans l'argot des faubouriens.
ASTICOTER, v. a. Harceler quelqu'un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.
ASTIQUER (S'), v. réfl. Se chamailler de paroles avant d'en venir aux voies de fait.
On dit aussi _Astiquer quelqu'un_, dans le sens d'Agacer.
ATELIER, s. m. L'endroit où l'on se réunit--dans l'argot des francs-maçons.
ATIGER, v. a. Blesser quelqu'un avec une arme quelconque. Argot des prisons.
ATOUSER, v. a. Encourager quelqu'un, lui donner de l'_atout_. Même argot.
ATOUT, s. m. Courage,--parce que souvent au jeu de cartes, l'atout c'est du cœur.
ATOUT, s. m. Aplomb, acquis, assurance,--dans l'argot du peuple qui sait par expérience que les gens de _cœur_ marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.
ATOUT, s. m. Coup plus ou moins grave que l'on reçoit en jouant--maladroitement--des poings avec quelqu'un.
ATOUT, s. m. Estomac,--dans l'argot des voleurs.
ATOUT, s. m. Argent, monnaie,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi capacités, talents.
A TOUT CASSER. Extrêmement,--dans l'argot du peuple.
ATTACHE, s. f. Boucle,--dans l'argot des voleurs.
_Attaches d'huile._ Boucles de souliers en argent.
_Attaches d'Orient._ Boucles en or.
ATTAQUE (Être d'). v. s. Être solide, montrer du sang-froid, du courage, de la résolution dans une affaire. Argot du peuple.
_Y aller d'attaque._ Commencer une chose avec empressement, avec enthousiasme.
ATTENDRIR (S'), v. réfl. Arriver à cette période de l'ivresse où l'on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.
ATTRAPE, s. f. Plaisanterie, mensonge,--dans l'argot du peuple, qui disait cela du temps de Calvin.
On dit aussi _Graine d'attrape_.
ATTRAPER, v. a. _Engueuler_,--dans le même argot.
_Se faire attraper._ Recevoir, sans l'avoir demandée, une bordée d'injures poissardes.
ATTRAPER, v. a. _Éreinter_ un livre ou un confrère. Argot des journalistes.
ATTRAPER, v. a. Siffler. Argot des coulisses.
_Se faire attraper._ Recevoir des pommes crues et des sifflets.
ATTRAPER L'OGNON, v. a. Recevoir un coup destiné à un autre; payer pour ceux qui ont oublié leur bourse, argot des faubouriens.
On dit aussi _Attraper le haricot_ ou _la fève_,--sans doute par allusion au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.
ATTRAPE-SCIENCE, s. m. Apprenti,--dans l'argot des typographes.
ATTRIMER, v. a. Prendre, Saisir. Argot des voleurs.
ATTRIQUER, v. a. Acheter des effets volés.
ATTRIQUEUSE, s. f. Femme qui achète des objets volés.
AUBERT, s. m. Argent,--dans l'argot des voleurs qui connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des _hauberts_, comme les enfants avec les _loques_ de cuivre.
AUTEL, s. m. La table devant laquelle est assis le vénérable. Argot des francs-maçons.
AUTEL DE PLUME, s. m. Le lit,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoigne ce couplet d'une vieille chanson que nos grand'mères chantaient, en s'accompagnant de l'épinette, sur l'air de _Le démon malicieux et fin_:
«A Damon vous avez tout permis Pour l'hymen qu'il vous avait promis; Mais, Iris, savez-vous la coutume? Avez-vous pu l'en croire à son serment? Ceux que l'on fait sur un autel de plume Sont aussitôt emportés par le vent!»
AUTEUR, s. m. Père ou mère,--dans l'argot des faubouriens et des vaudevillistes.
AUTEUR BEURRIER, s. m. Ecrivain dont les productions ne se vendent pas en livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l'épicier, qui en enveloppent leurs produits.
AUTOMÉDON, s. m. Cocher,--dans l'argot des académiciens et des vaudevillistes de l'école Scribe, qui se souviennent de l'écuyer d'Achille.
AUTOR ET D'ACHAR (D'). Apocope d'_Autorité_ et d'_Acharnement_, qu'on emploie,--dans l'argot des faubouriens,--pour signifier: Vivement, sans répliquer, en grande hâte.
AUTRE PAIRE DE MANCHES (C'est une). C'est une autre affaire.
Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.
AUVERPIN, s. m. Auvergnat,--dans l'argot des faubouriens, qui donnent ce nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.
AVALÉ LE PÉPIN (Avoir). Être enceinte,--par allusion à la fameuse pomme dans laquelle on prétend que notre mère Eve a mordu.
AVALER DES COULEUVRES, v. a. Eprouver des déceptions; essuyer des mortifications. Argot du peuple.
AVALER LE LURON, v. a. Communier,--dans l'argot des voleurs, qui appellent la sainte hostie _le luron_, sans doute après l'avoir appelée _le Rond_.
AVALER SA CUILLER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Avaler sa fourchette_, _avaler sa gaffe_ et _avaler sa langue_.
AVALER SON POUSSIN, v. a. Recevoir une réprimande, être congédié. Argot des peintres en bâtiment.
AVALÉ UNE CHAISE PERCÉE (Avoir). Se dit dans l'argot des faubouriens,--à propos de quiconque a l'haleine homicide.
AVALOIR, s. m., ou AVALOIRE, s. f. Le gosier,--dans l'argot des faubouriens, dont les pères ont chanté:
«Lorsque la cruelle Atropos Aura tranché mon avaloire, Qu'on dise une chanson à boire!»
AVANTAGES, s. m. pl. La gorge des femmes,--dans l'argot des bourgeois.
AVANT-COURRIER, s. m. Mèche anglaise à percer. Argot des voleurs.
AVANT-SCÈNES, s. f. pl. La poitrine, lorsqu'elle fait un peu saillie en avant du buste,--dans l'argot des petites dames.
Balzac a dit _Avant-cœur_.
AVEINDRE, v. a. Aller prendre un objet placé sur un meuble quelconque, mais un peu élevé,--dans l'argot du peuple qui a parfois l'honneur de parler comme Montaigne.
Je sais bien que Montaigne se souciait peu d'écrire correctement; en tout cas, il avait raison, et le peuple aussi, d'employer ce verbe--que ne peut pas du tout remplacer _atteindre_,--car il vient bel et bien d'_advenire_.
AVÈNE, s. f. Avoine,--dans l'argot des faubouriens, qui s'obstinent à parler plus correctement le français que les gens du bel air: _Avène_ ne vient-il pas d'_avena_.
AVERGOT, s. m. OEuf,--dans l'argot des voleurs.
AVERTINEUX, adj. m. Homme difficile à vivre, d'un caractère ombrageux à l'excès,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'_avertineux_ vient d'_avertin_, et qu'_avertin_ vient d'_avertere_ (_a_ indiquant éloignement et _vertere_, tourner), «mal qui détourne l'esprit».
AVESPRIR, v. n. Faire nuit,--dans le même argot, où l'on retrouve une multitude de vieilles formules pittoresques et étymologiques. _Avesprir!_ Vous voyez aussitôt se lever à l'horizon l'Etoile de Vénus,--_Vesper_ est venu!
AVOCAT BÉCHEUR, s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.
C'est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.
AVOINE, s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour l'exciter. Argot des charretiers.
AVOIR A LA BONNE, v. a. Avoir de l'amitié ou de l'amour pour quelqu'un. Argot du peuple.
AVOIR CELUI, v. a. Avoir l'honneur de...,--dans l'argot des bourgeois.
AVOIR DE CE QUI SONNE. Être riche,--dans l'argot du peuple.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
AVOIR DANS LE NEZ, v. a. Ne pas pouvoir _sentir_ quelqu'un ou quelque chose.
AVOIR DANS LE VENTRE. Être capable de...,--dans l'argot des gens de lettres.
AVOIR DE BEAUX CHEVEUX, v. a. Se dit ironiquement de quelqu'un qui est mal mis, ou de quelque chose qui est mal fait. Argot des bourgeois.
AVOIR DE LA CHANCE AU BATONNET, v. a. N'être pas heureux en affaires ou en amour. Ironiq.--Argot des faubouriens.
On dit aussi _Pas de chance au bâtonnet_!
AVOIR DE L'ANIS DANS UNE ÉCOPE. Façon de parler ironique, du même argot, où on l'emploie pour répondre à une demande indiscrète ou à un désir impossible à satisfaire. _T'auras d'l'anis dans une écope_ équivaut à _Du vent_!
AVOIR DES AS DANS SON JEU, v. n. Avoir du bonheur, de la chance dans ses entreprises. Argot du peuple.
_N'avoir plus d'as dans son jeu._ Avoir tout perdu, famille, affection, fortune, en être réduit à mourir.
AVOIR DES MOTS AVEC QUELQU'UN, v. a. Se fâcher avec lui.
_Avoir des mots avec la Justice._ Être traduit en police correctionnelle.
AVOIR DU BEURRE SUR LA TÊTE, v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou moins graves,--dans l'argot des voleurs, qui ont certainement entendu citer le proverbe juif: «Si vous avez du beurre sur la tête, n'allez pas au soleil: il fond et tache.»
AVOIR DU CHIEN DANS LE VENTRE. v. a. Être hardi, entreprenant, téméraire, fou même, comme un chien enragé. Argot du peuple.
AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE. Avoir des économies ou des rentes. Argot des bourgeois.
AVOIR DU SABLE DANS LES YEUX. Avoir envie de dormir.
On dit aussi: _Le marchand de sable a passé._
AVOIR LAISSÉ LE POT DE CHAMBRE DANS LA COMMODE. Avoir l'haleine homicide. Argot des voyous.
AVOIR LE BRAS LONG. Être en position de rendre des services importants, de protéger des inférieurs et même des égaux.
AVOIR LE COMPAS DANS L'OEIL, v. a. Voir juste; calculer exactement; apprécier sainement.
AVOIR LE CASQUE, v. a. Avoir un caprice pour un homme,--dans l'argot des filles.
AVOIR LE FRONT DANS LE COU. Être chauve comme l'Occasion,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR LE POUCE ROND, v. a. Être adroit,--dans l'argot du peuple, qui a constaté depuis longtemps l'adresse avec laquelle les voleurs mettent le pouce sur la pièce d'argent qu'ils veulent voler.
AVOIR LES CÔTES EN LONG. Être paresseux.
On dit aussi _Avoir les côtes en long comme les loups_, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c'est la grande excuse des paresseux.
AVOIR L'ESTOMAC DANS LES MOLLETS. Avoir très grand'faim. Argot du peuple.
On dit aussi _Avoir l'estomac dans les talons_.
AVOIR L'ÉTRENNE. Être le premier à faire ou à recevoir une chose.
AVOIR L'OREILLE DE LA COUR. Être écouté avec une faveur marquée par les juges. Argot des avocats.
AVOIR LA PEAU TROP COURTE, v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus,--dans l'argot du peuple, qui croit que le corps humain n'a pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l'hiatus de la bouche se ferme, l'hiatus opposé doit s'ouvrir, d'où l'action de _crepitare_.
AVOIR MAL AU BRÉCHET, v. n. Souffrir de l'estomac. Argot du peuple.
AVOIR MAL AUX CHEVEUX, v. n. Avoir mal à la tête, par suite d'excès bachiques. Argot des faubouriens.
AVOIR MANGÉ DE L'OSEILLE. Être d'un abord désagréable, rébarbatif; avoir la parole aigre, être _grincheux_. Argot du peuple.
AVOIR MANGÉ SES PIEDS. Puer de la bouche,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR PAS INVENTÉ LE FIL A COUPER LE BEURRE (N'). Être simple d'esprit, et même niais.
On dit aussi _N'avoir pas inventé la poudre_.
AVOIR PAS SA LANGUE DANS SA POCHE (N'). Être prompt à la riposte; savoir parler. Argot du peuple.
AVOIR SA CLAQUE (En). Avoir assez bu ou assez mangé, c'est-à-dire trop mangé ou trop bu. Argot des faubouriens.
AVOIR SA CÔTELETTE, v. a. Être chaleureusement applaudi,--dans l'argot des comédiens.
AVOIR SON CAILLOU. Commencer à se griser,--dans l'argot des faubouriens.
AVOIR SON PAIN CUIT. Être rentier,--dans l'argot du peuple. Être condamné à mort,--dans l'argot des voleurs.
AVOIR TOUJOURS DES BOYAUX VIDES, v. a. Avoir toujours faim,--dans l'argot du peuple.
AVOIR UNE ARAIGNÉE DANS LE PLAFOND, v. a. Être fou, maniaque, distrait. Argot de Breda-Street.