Dictionnaire de la langue verte
Part 39
RAIDIR, v. n. Mourir.
On dit aussi _Raidir l'ergot_, ou _les ergots_.
RAILLE, s. f. Les agents de police en général,--dans l'argot des voleurs.
RAILLE, s. m. Mouchard.
RAISINÉ, s. m. Sang,--dans le même argot.
RAISINÉ (Faire du), v. a. Saigner du nez,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas emprunté cette expression aux voleurs.
RAJOUTER, v. a. Ajouter,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.
RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien acheter. Argot des bouquinistes.
RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter,--dans l'argot des boutiquiers.
RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les passants pour leur proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.
RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838, d'attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres Géoramas alors en vogue. C'était leur _javanais_.
_Parler en rama._ Ajouter _rama_ à toutes les phrases.
RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire ramasser._ Se faire arrêter.
RAMASSER (Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est tombé.
RAMASSER SES OUTILS. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.
RAMASTIQUER, v. a. Ramasser,--dans l'argot des voleurs.
RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.
RAMBUTEAU, s. m. Colonne _ad usum lotii_ des promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l'édilité du comte de Rambuteau.
RAME, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en _ramenant_ habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête--et «empruntant ainsi un qui vaut dix».
RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y nouer connaissance avec quelque galant homme.
RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés--dans l'argot du peuple.
_Se ramicher._ Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.
RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux,--dans l'argot des faubouriens.
RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d'automne, s'en vient crier: _haut en bas_, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.
RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents,--par allusion au bruit désagréable que fait le _ramona_ en montant et en descendant dans la cheminée qu'il nettoie.
RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène,--dans l'argot des coulisses.
Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.
_Princesse de la rampe._ Actrice.
_Se brûler à la rampe._ Jouer pour soi,--s'approcher trop près du public, sans s'occuper des autres acteurs en scène.
RAMPEAU! Coup nul,--dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux billes ou à la balle.
Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d'une partie en deux coups de boule.
RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.
L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.
RANCART, v. _Rencart._
RANG, s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers typographes.
RAPATRIER (Se). Se réconcilier,--dans l'argot du peuple.
RAPE, s. f. Le dos,--dans l'argot des voleurs.
RAPIAT, s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot.
RAPIAT, s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même,--dans l'argot du peuple.
RAPIN, s. m. Mauvais peintre,--dans l'argot des bourgeois.
RAPIOT, s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier,--dans l'argot des faubouriens.
RAPIOTER, v. a. Rapiécer.
RAPIOTER, v. a. Fouiller,--dans l'argot des voleurs.
RAPIQUER, v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens.
On dit aussi et mieux _Rappliquer_.
RAPPORTEUR, s. m. Elève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.
RASER, v. a. Ennuyer, être importun,--comme le sont ordinairement les barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres.
On disait il y a cent ans: _Faire la barbe_.
RASIBUS, prép. Tout près, tout contre, _au ras_,--dans l'argot du peuple.
RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.
_Rasoir anglais._ Le plus ennuyeux,--les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d'être les plus coupants du monde.
On dit aussi _Raseur_.
RASOIR! Exclamation de la même famille que _Des navets!_
RASOIR NATIONAL, s. m. La guillotine,--dans l'argot des révolutionnaires de 1793.
_Passer sous le rasoir national._ Être exécuté.
RAT, s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu'il est assuré de l'impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors.
On dit aussi _Raton_.
_Courir le rat._ Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.
RAT, s. m. Caprice,--dans l'argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine.
Autrefois, _Avoir des rats_ c'était «avoir l'esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson».
RAT, s. et adj. Avare; homme intéressé.
RAT, s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l'appelle aussi, _rat de cave_.
RAT, s. m. Retardataire,--dans l'argot des Polytechniciens.
_Rat de ponts._ Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées.
_Rat de soupe._ Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
RAT, s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler.
Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes--mal informées--lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
RATA, s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard,--dans l'argot des troupiers.
RATAFIAT DE GRENOUILLE, s. m. L'eau,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Anisette de barbillon_ et _Bourgogne de cheval_.
RATAPOIL, s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l'empereur Napoléon.
RATATOUILLE, s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.
RATATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus.
RAT DE CAVE, s. m. Employé de la régie,--dans l'argot des marchands de vin V.--_Rat._
RAT DE PRISON, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs.
RATER, v. a. Echouer dans une entreprise, manquer une affaire,--amoureuse ou autre. Argot du peuple.
_Rater une femme._ Ne pouvoir réussir à s'en faire aimer après l'avoir _couchée en joue_.
RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,--dans l'argot des voyous et des voleurs.
_Serpillière de ratichon._ Soutane de prêtre.
On dit aussi _Rasé_ ou _Rasi_.
RATICHON, s. m. Peigne,--dans l'argot des faubouriens.
RATICHONNER, v. a. Peigner.
RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.
RATISSER, v. a. Prendre, _chiper_,--dans l'argot des faubouriens.
_Se faire ratisser._ Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.
RATISSER (En), v. a. Se moquer de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième personne de l'indicatif présent.
RATON, s. m. Petit voleur.
RATTRAPAGE, s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on dit _rattraper_) jusqu'au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.
RAVAGE, s. m. Débris métalliques volés.
RAVAGEUR, s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.
Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années, leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.
RAVAUDER, v. a. Raccommoder du linge, des vêtements,--dans l'argot du peuple.
RAVAUDER, v. n. Être lent à faire quelque chose; s'amuser au lieu de travailler.
RAVIGNOLE, s. f. Récidive,--dans l'argot des voleurs.
RAVIGOTE (A la), adv. D'une façon piquante. Argot du peuple.
RAVIGOTER, v. a. Soulager; refaire, remettre en bon état; réjouir.
RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.
RAZZIA, s. f. Rafle,--dans l'argot du peuple, retour d'Afrique.
RÉAC, adj. et s. Bourgeois, _réactionnaire_,--dans l'argot des faubouriens.
Le mot date de 1848.
REBATIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des voleurs.
RÉBECCA, s. f. Fille ou femme qui ne répond qu'avec aigreur aux observations qu'on lui fait,--qui se _rebèque_ en un mot. Argot des bourgeois.
On dit aussi _Mademoiselle Rébecca_. (Rien de la Bible.)
REBÉQUER (Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec colère,--dans l'argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l'honneur d'emprunter ce verbe expressif.
REBÉQUER, v. n. Répéter,--dans l'argot des faubouriens.
REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement,--dans l'argot du peuple.
REBIFFER (Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,--dans l'argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.
REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,--dans l'argot des faubouriens.
REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,--dans l'argot des voleurs.
_Rebonneter pour l'af._ Flatter ironiquement.
REBONNETER (Se), v. réfl. Devenir meilleur,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.
REBONNETEUR, s. m. Confesseur,--dans l'argot des voleurs.
REBOUIS, adj. Mort, _refroidi_,--dans le même argot.
REBOUISER, v. a. Tuer,--dans le même argot.
A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.
REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,--dans l'argot des faubouriens.
Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'_Assommoir_ (_o lepida cantio!_) où l'on dit:
«Faut pas blaguer, le treppe est batte; Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins. Si queuq's gonziers train'nt la savate, J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.
REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.
REBOUISEUR, s. m. Savetier,--dans l'argot des revendeurs.
REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,--dans l'argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)
REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.
REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.
RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.
RECALER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade,--dans l'argot du peuple.
RECARRER (Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.
RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un emploi.
«Mon rival, j'en suis convaincu, Va recevoir la pelle au cul!»
dit une chanson du temps de l'Empire.
RECEVOIR SON DÉCOMPTE. Mourir,--dans l'argot des troupiers.
RECHANGER (Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit; quitter les vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.
RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,--dans l'argot des voleurs.
RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après coup. Argot du peuple.
Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.
RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,--dans l'argot des voleurs.
RÊCHE, s. m. Sou,--dans l'argot des faubouriens, qui trouvent le billon _rude_.
RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,--dans l'argot du peuple.
RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les journaux décernent--moyennant cinq francs la ligne--à toute œuvre ou à tout médicament qui est le moins digne d'être loué.
RECONDUIRE, v. a. Siffler,--dans l'argot des coulisses.
RECONDUIRE QUELQU'UN. Le renvoyer à coups de pied ou à coups de poing,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Faire la conduite_.
RECONOBRER, v. a. Reconnaître,--dans l'argot des voleurs.
RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.
RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver,--dans l'argot des voleurs.
RECTA, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,--dans l'argot du peuple.
_Payer recta._ Payer jusqu'au dernier sou.
C'est l'adverbe latin détourné de son sens.
RÉCURER (Se), v. réfl. Se purger.
_Se faire récurer._ Se faire traiter à l'hôpital du Midi.
RÉDAM, s. f. Grâce,--dans l'argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leur _rédemption_.
REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un nouveau fait à charge,--dans le même argot.
REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur refuserait pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et des fripons.
_Chevalier de la Redresse._ Industriel qui _carotte_ le vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.
REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,--dans l'argot des faubouriens.
REFAIRE (Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.
REFAIT AU MÊME (Être). Être joué par quelqu'un à qui l'on avait précédemment joué quelque méchant tour.
REFAITE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.
_Refaite du mattois._ Déjeuner.
_Refaite de jorne._ Dîner.
_Refaite de sorgue._ Souper.
_Refaite de côni._ Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.
REFAITER, v. n. Manger.
REFILER, v. a. Rendre, restituer,--dans l'argot des voyous.
REFILER, v. a. Suivre, rechercher,--dans l'argot des voleurs.
REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,--dans l'argot des ouvriers.
_Refouler au travail._ Fêter la Saint-Lundi.
RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps.
L'expression n'est pas de Jules Vallès,--comme on serait excusable de le croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelle _Camp des réfractaires_ un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l'_Hôtel des réfractaires_, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.
REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,--dans l'argot des voleurs.
REFROIDIR, v. a. Tuer.
RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,--dans l'argot du peuple.
_A la régalade._ Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.
RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.
RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.
REGARDANT, adj. Économe, avare,--dans l'argot des domestiques, habitués à considérer le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,--dans l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour, mais ne veulent pas qu'on le marchande.
RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,--en parlant des choses et des gens.
_Être régence._ Se donner des airs de roué.
_Souper régence._ Souper où les femmes légères sont spécialement admises.
RÉGIMENT DES BOULES DE SIAM, s. m. La confrérie abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le monde a lue,--quoiqu'elle n'eût été écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.
REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.
REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.
RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des bourgeois.
C'est le pendant de _Sage comme une image_.
REGON, s. m. Dette,--dans l'argot des voleurs.
REGONCER, v. a. Devoir.
REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,--dans le même argot.
_Faire du regout._ Être arrêté.
RÉGUISÉ (Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.
RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.
RELEVANTE, s. f. Moutarde,--dans l'argot des voleurs.
RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,--dans l'argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire _Se relever de la misère_.
On dit aussi _Être à la relève_.
RELICHER (Se). S'embrasser tendrement.
On dit aussi _Se relicher le morviau_.
RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,--dans l'argot du peuple.
RELUIT, s. m. OEil,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Jour.
RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire les yeux doux.
REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; un _débinage_,--dans l'argot des voyous.
REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,--dans l'argot des voleurs.
REMBROQUER, v. a. Reconnaître.
Signifie aussi Regarder.
REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou repoussante,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.
REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner son congé à un ouvrier,--dans l'argot des bourgeois.
REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Remercier son boulanger_.
REMETTEZ DONC LE COUVERCLE! disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine fétide, pour l'empêcher de parler davantage.
REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE. Répliquer vertement à quelqu'un qui vous manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.
REMISER SON FIACRE. Se taire,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme qui touche une remise sur les affaires qu'il procure à un agent de change.
RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat, _chineur_,--dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de _la Comédie humaine_ de Balzac.
REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en temps sa femme,--dans l'argot des ouvriers.
REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur,--dans l'argot du peuple.
REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,--dans l'argot des faubouriens.
Les Italiens disent _rimorchiare_, donner des regards pour allécher.
REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures galantes--ou des prétextes à rixe.
REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas--dans l'argot des ménagères.
REMPLIR LE BATTANT (Se). Manger,--dans l'argot des faubouriens.
REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un volume,--dans l'argot des gens de lettres.
REMPLUMER (Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,--dans l'argot des faubouriens.
RENACHÉ, s. m. Fromage,--dans l'argot des voleurs.
RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot des faubouriens.
Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.
RENARD, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
RENARD, s. m. Pourboire,--dans l'argot des marbriers de cimetière, forcés d'employer toutes les _ruses_ de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais «dures à la détente».
RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,--dans l'argot du peuple.
_Piquer un renard._ Vomir.
Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait _Ecorcher le renard_.
Les Anglais ont une expression analogue: _to shoot the cat_ (décharger le chat).
RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d'estomac.
RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.
RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Danger, péril.
RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple.
C'est le verbe _arnauder_ de la langue romane.
_Renauder_ signifie aussi Se plaindre.
RENCART ou RANCART (Au) A l'écart, au rebut.
RENDÈVE, s. m. Apocope de _Rendez-vous_,--dans l'argot des faubouriens.
RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,--dans l'argot des voleurs.
RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,--dans l'argot des tailleurs.
Au figuré, Mourir,--rendre son âme au _Grêle d'en haut_.
RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. MOURIR,--dans l'argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.
RENDRE SA CLEF. Mourir,--dans l'argot des bohèmes.
RENDRE SON CORDON. Mourir,--dans l'argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.
RENDRE SON LIVRET. Mourir,--dans l'argot des domestiques.
RENDRE SON PERMIS DE CHASSE. Mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.
RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup de poing plus violent. Argot du peuple.
Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.
RENDRE VISITE A M. DU BOIS. Aller «où le Roi va à pied»,--dans l'argot des faubouriens.
RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.
RENFRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec des vêtements d'occasion,--dans l'argot des ouvriers.
RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes,--telles que «l'étoile de l'honneur, la croix de ma mère, l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc., etc.
RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme,--dans l'argot des voleurs, gens peu rengraciables.
_Rengraciez!_ Taisez-vous! faites silence!
RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,--dans l'argot des voyous.
RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,--dans l'argot des faubouriens, qui ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.
RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.
Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...
RENIFLER, v. a. et n. Boire.
Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:
«Renifle, Pierrot, Y a du beurre au pot.»
RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,--dans l'argot des joueurs de billard.
RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,--dans l'argot des voyous.
RENQUILLER, v. n. Rentrer.
RENQUILLER (Se), v. réfl. Réussir; engraisser; s'enrichir,--dans l'argot des typographes.
RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,--dans l'argot des canotiers.
_Prendre un renseignement._ S'arrêter au cabaret.
RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des faubouriens.
RENTOILER (Se). Revenir à la santé quand on a été malade; devenir riche quand on a été pauvre.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer sans avoir _levé_ personne,--dans l'argot des petites dames, dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un pays fort giboyeux.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.
RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par suite d'infirmités ou de vieillesse,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
RENTRER SES POUCES. Mourir,--dans l'argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans des autres doigts.
RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.--dans l'argot du peuple et des gandins.
RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.
RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à dîner,--dans l'argot des bourgeois.
RENVERSER SA MARMITE. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.
RENVERSER SON CASQUE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.