Dictionnaire de la langue verte

Part 38

Chapter 383,637 wordsPublic domain

PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street, où il semble que la générosité, comme la lumière, vienne exclusivement du Nord.

PRINCESSE DE L'ASPHALTE, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres.

On dit aussi _Princesse du trottoir_.

PRISE, s. f. Mauvaise odeur respirée tout à coup,--dans l'argot du peuple.

PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.

PRISON DE SAINT-CRÉPIN (Être dans la). Être dans des souliers trop étroits.

PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,--dans l'argot des bourgeois.

PRODUISANTE, s. f. La terre,--dans l'argot des voleurs, reconnaissants envers la vieille Cybèle.

PROFANE, s. m. Étranger,--dans l'argot des francs-maçons, qui ont leurs mystères comme autrefois les païens, avec cette différence que la révélation n'en est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de toute autre chose que des _farces_ spéciales aux mystères de la _Bonne Déesse_, ou à ceux d'Isis, ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.

PROFOND, s. m. Fossé, trou,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.

PROFONDE, s. f. Poche de pantalon,--dans l'argot des voyous et des voleurs.

PROFONDE, s. f. Cave,--dans l'argot des voyous.

PROMENER QUELQU'UN. Se moquer de lui,--dans l'argot du peuple.

PROMONT, s. m. Procès,--dans l'argot des voleurs.

PROMONTOIRE NASAL, s. m. Le nez,--dans l'argot des romantiques, qui avaient, eux aussi, l'horreur du mot propre, tout comme les classiques, leurs ennemis.

Théophile Gautier a le premier employé cette expression, qu'emploient depuis longtemps les médecins zagorites: [grec: to mpourno].

PROPRE, adj. Antiphrase de l'argot du peuple, qui l'emploie au figuré.

_Être propre_: pour lui, est l'équivalent de: _Être dans de beaux draps_.

PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche canaille, misérable digne de la roue,--dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas, après _feignant_, d'injure plus sanglante à jeter à la tête d'un homme, fût-il le plus honnête et le plus brave des hommes.

PROTE A TABLIER, s. m. Prote qui lève la lettre comme les autres ouvriers,--dans l'argot des typographes.

PROTECTEUR, s. m. Galant homme qui entretient une femme galante.

On dit aussi _Milord protecteur_.

Les actrices disent _Bienfaiteur_.

PROTÉGER, v. a. Entretenir une femme.

PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,--dans l'argot des marins.

_Filer le cable de proue._ Alvum deponere.

PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,--dans l'argot des voleurs.

PROUTER, v. n. Porter plainte, gronder.

PROUTER, v. a. et n. Appeler, héler,--dans l'argot du peuple, qui crie souvent: _Prout! prout!_

Se dit aussi--dans le même argot--des sacrifices faits au dieu Crépitus. C'est une onomatopée.

PROUTEUR, s. et adj. Plaignant, grondeur.

PROUTEUR, s. et adj. Qui fait de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.

PRUDHOMME, s. m. Imbécile solennel dont le type a été inventé par Henry Monnier. On se rappelle et l'on cite souvent en riant, dans la conversation, cette phrase supercoquentieuse, digne du bourgeois sur les lèvres duquel elle est éclose: «Si cela peut faire votre bonheur, soyez-le.» _Soyez-le_ pour _soyez heureux_! L'ellipse est un peu forte.

Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le nom de Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même famille: «Il ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le sont pas,» a-t-il dit _très sérieusement_ dans le _Figaro_ du 7 décembre 1865.

PRUNE, s. f. Balle ou boulet,--dans l'argot des soldats, qui ne se battent vraiment que pour des prunes.

Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier de damas blanc: «Pardieu! Sire! lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collection de bien autres _prunes_ que celles-ci, et un peu plus dures à digérer.»

On dit aussi _Pruneau_.

_Gober la prune._ Recevoir une blessure mortelle.

PRUNE, s. f. Griserie,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis la création de rétablissement de la Mère Moreaux, c'est-à-dire depuis 1798.

_Avoir sa prune._ Être saoul.

PRUNEAU, s. m. Chique de tabac,--dans l'argot des faubouriens.

PRUNEAU, s. m. _Alvi dejectio._

_Poser un pruneau._ Levare ventris onus.

PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.

_Boucher ses pruneaux._ Dormir.

PRUNE DE MONSIEUR, s. f. Archevêque,--dans l'argot des voleurs, qui savent que ces prélats sont habillés de violet.

PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl. _Fumées_ d'un animal,--dans l'argot des chasseurs.

PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc,--dans l'argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les reins des soldats prussiens.

On connaît la chanson:

«Le général Kléber, A la barrièr' d'Enfer, Rencontra un Prussien Qui lui montra le sien.»

C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les Zingaris, une étymologie--toute moderne.

PUANT, s. et adj. Fat,--dans l'argot du peuple, qui fait peut-être allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu'exhalent les vêtements des élégants.

PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,--_plus sot_ qu'il ne convient.

PUCELAGE (Avoir encore son). Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir pas encore la rouerie nécessaire dans un métier.

Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.

PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des faubouriens.

PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses et des gens qui souvent puent le moins.

PUER BON, v. n. Sentir bon.

PUFF, s. m. Charlatanerie.

Vient du verbe anglais _to puff_, bouffer, boursoufler, faire _mousser_.

PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles, d'élixirs invraisemblables; montreur de _phénomènes_ c'est-à-dire, par exemple, d'un cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une Malibran noire, de frères spirites, etc.

Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi lesquels il faut citer M. Barnum, le _prince de la blague_ (_prince of humbug_).

PUISSANT, adj. Gros, fort,--dans l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas autant du sens latin (_potens_) que seraient tentés de le croire les bourgeois moqueurs.

PUITS DE SCIENCE, s. m. Homme _profond_ par son savoir--ou par ses apparences de savoir.

PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,--dans l'argot des gens de lettres.

_Encore une punaise dans le beurre!_ Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d'un petit théâtre pour y _faire_ des hommes plus _respectables_,--comme argent.

Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise! encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

PUNAISE, s. f. Fleur de _lit_,--dans l'argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.

PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre, _puante_ de méchanceté,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression même employée par le prince des poètes latins: _Cimex_, dit Horace.

PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement hanté par des gigolettes et leurs gigolos.

PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.

Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.

PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme politique ou philosophique intraitable, qui n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses opinions, pour philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de Jésus, pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur le Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux, comme le bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du lion. J'aurais regretté d'oublier ce mot et ce type--modernes.

PURÉE, s. f. Cidre,--dans l'argot des voleurs.

PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,--dans l'argot des faubouriens.

_Faire de la purée de marrons._ Appliquer un vigoureux coup de poing en pleine figure.

PURGATION, s. f. Plaidoyer,--dans l'argot des voleurs.

PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition d'eau ni d'alcool,--dans l'argot des cabaretiers.

PUR-SANG, s. m. Cheval de race,--dans l'argot du Jockey-Club.

PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être à cause de sa beauté--et de ses vices. Argot des viveurs.

PUT! Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le mépris,--plus souvent encore le mépris que le doute.

PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour--ou qui le donne trop facilement. Argot du peuple.

L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est peut-être pas un seul poète français--un ancien--qui ne s'en soit servi.

_Putain comme chausson._ Extrêmement débauchée.

On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale: _C'est une putain._

_Avoir la main putain._ Donner des poignées de main à tout le monde, même à des inconnus.

PUTASSIER, s. et adj. Libertin.

PUTINER, v. n. Courir les gueuses.

PUTINERIE, s. f. Libertinage,--en parlant des femmes. Amitié banale,--en parlant des hommes.

PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un jouvenceau,--dans l'argot de Breda-Street. Le mot date de 1830 et de Pétrus Borel.

Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écrit _putipharder_.

Q

QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Quand les poules auront des dents_.

QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.

QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.

QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne intéressée pour un quart dans une charge d'agent de change. Argot des boursiers.

Il y a aussi des _cinquièmes_, des _sixièmes_ et même des _dixièmes d'agent de change_.

QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.

QUART-D'OEIL, s. m. Commissaire de police,--dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.

QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,--dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.

QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait,--dans l'argot du peuple, qui a lu _Notre-Dame de Paris_.

QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,--dans l'argot des coulisses.

L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des légumes, et celles-là des poissons,--crustacés ou non. Vous avez compris?

QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voleurs.

QUATRE SOUS. Etalon à l'aide duquel le peuple apprécie la valeur des choses--qui n'en ont pas pour lui.

_Fichu_ ou _Foutu comme quatre sous_. Mal habillé.

QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.

QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,--dans l'argot des marchands forains.

_Vendre le quatre-vingt-dix._ Révéler le secret.

QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,--dans l'argot du peuple.

QUATUOR, s. m. Le quatre,--dans l'argot des joueurs de dominos.

QUELPOIQUE, adv.--Rien,--dans l'argot des voleurs.

QUELQUE PART, Adverbe de _lieux_,--dans l'argot des bourgeois.

QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à recevoir des coups de pied,--dans l'argot du peuple.

_Avoir quelqu'un quelque part._ En être importuné,--en _avoir plein le dos_.

QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance ou se donnant de l'importance.

_Se croire un quelqu'un._ S'imaginer qu'on a de la valeur, de l'importance.

_Faire son quelqu'un._ Prendre des airs suffisants. _Faire ses embarras._

QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré,--dans l'argot du peuple, qui pourtant n'a pas lu les _Aventures du baron de Fœneste_.

QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.

QUENOTTES, s. f. pl. Dents,--dans l'argot des enfants.

Ils les appellent aussi _Louloutes_.

QUENOTTIER, s. m. Dentiste,--dans l'argot des faubouriens.

QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou à un homme par sa maîtresse.

_Faire une queue à sa femme._ La tromper en faveur d'une autre femme.

QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, _carotte_. Argot des soldats.

_Faire sa queue._ Tromper.

QUEUE, s. f. Reliquat de compte,--dans l'argot des débiteurs.

_Faire une queue._ Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.

QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est _vert_. Argot des faubouriens.

QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,--dans l'argot des bourgeois.

QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une longue et étroite lanière.

QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages accusateurs d'un dîner mal digéré. Argot du peuple.

QUEUE D'UN CHAT (Pas la). Solitude complète.

QUEUE-LEU-LEU (A la), adv. L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme les _loups_.

QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais,--dans l'argot des coulisses.

Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé par eux.

QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu,--dans l'argot des typographes, dont c'est le _javanais_.

Un échantillon de ce système de coquesigruïtés, que l'on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouve _bonne_.» Aussitôt un loustic ajoute _d'enfant_, puis un autre _ticide_, puis d'autres _de Normandie,--t-on--taine--ton ton--mariné--en trompette--tition--au Sénat--eur de sanglier--par la patte--hologie--berne--en Suisse--esse--vous que je vois_, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne d'enfant,--infanticide,--cidre de Normandie,--dit-on,--ton taine ton ton,--thon mariné,--nez en trompette,--pétition au Sénat,--hure de sanglier, etc.

QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.

QUIBUS, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple.

QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot, souvent employée pour répondre à une importunité.

QUIGNON, s. m. Gros morceau de pain.

QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.

QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu'un,--par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.

QUILLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.

QUIMPER, v. n. Tomber,--dans l'argot des voleurs.

QUIMPER LA LANCE, v. a. _Meiere_. Même argot.

QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,--dans l'argot des faubouriens.

_Belle paire de quinquets._ Yeux émerillonnés.

_Allumer ses quinquets._ Regarder avec attention.

_Éteindre les quinquets._ Crever les yeux.

QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital du Midi.

_Avoir quinte-et-quatorze._ N'avoir pas su écarter la dame de cœur,--ou plutôt la dame de pique.

QUINTETTE, s. m. Le cinq,--dans l'argot des joueurs de dominos.

QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.

QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,--dans l'argot du peuple.

QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,--dans l'argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».

QUI-VA-LA, s. m. Passeport,--dans l'argot des faubouriens.

QUI-VA-VITE, s. f. _Ventris fluxus_, courante,--dans l'argot des bourgeois.

QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,--dans l'argot du peuple.

QUOQUANTE, s. f. Armoire,--dans l'argot des voleurs.

QUOQUARD, s. m. Arbre,--dans le même argot.

QUOQUERET, s. m. Rideau--dans le même argot.

R

RABACHAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés,--dans l'argot des gens de lettres.

RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.

RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.

RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Père Rabat-joie_.

RABIAGE, s. m. Rente,--dans l'argot des voleurs.

RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des marins.

On dit aussi _Rabiautage_.

RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent, des _restes_ de soupe.

RABIAU, s. m. Temps qui _reste_ à faire,--dans l'argot des troupiers.

On dit aussi _Surcroît de punition_.

RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.

Je ne sais pas d'où vient _rabiau_, mais _rabiauter_ vient certainement de _rebibere_ (boire de nouveau).

RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement, consolation,--dans l'argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en rendent une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres--à d'autres.

RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,--dans l'argot des bourgeois.

_Se rabibocher._ Se réconcilier.

RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,--dans l'argot du peuple.

RABOTER LE SIFFLET (Se). Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.

RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que demeures humaines.

RABOUIN, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.

RABOULER, v. n. Revenir, _abouler_ de nouveau,--dans l'argot des faubouriens.

RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Rembarrer_.

RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus crapuleux,--_populi fex_.

C'est le _tag-rag_ des Anglais.

RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,--dans l'argot des coulisses.

RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.

RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,--dans l'argot des voleurs.

On disait autrefois _Raccourcir d'un pied_, ce qui est une longueur de tête.

On dit aussi _Rogner_.

RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés,--dans l'argot du peuple.

RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs.

RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées,--comme celles que Bilboquet arracha jadis devant «Monsieur et madame le maire de Meaux».

RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.

RACLER, v. a. Prendre; perdre.

On dit aussi _Rafler_.

RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,--dans l'argot des musiciens.

RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,--dans l'argot des voleurs.

RACONTAINE, s. f. Récit familier, _cancan_.

RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, _échos_,--dans l'argot des journalistes.

C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui en laisse la responsabilité.

RADE OU RADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont les _radis_,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Boutique.

RADE, s. m. Apocope de _Radis_,--dans l'argot des voyous.

RADEAU DE LA MÉDUSE, s. m. Misère extrême,--dans l'argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault.

_Être sur le radeau de la Méduse._ N'avoir pas d'argent.

RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,--dans l'argot des voleurs.

_Friser le radin._ Le débarrasser de sa montre.

RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,--dans l'argot des faubouriens.

_N'avoir pas un radis_: Être tout à fait pauvre.

RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé,--dans le langage des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

On dit aussi: _Passer au grand radoub_.

RADURER, v. a. Repasser sur la meule,--dans l'argot des voleurs.

RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.

RAFALE, s. f. Misère,--dans l'argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.

RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine.

Ne faudrait-il pas dire plutôt _affalé_? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au figuré _Être affalé sur la côte_,--ce qui est, en somme, _être à la côte_.

RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,--dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent _ravaler_ un homme.

RAFALER (Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des vêtements usés,--dans l'argot du peuple.

RAFFURER, v. a. Regagner,--dans l'argot des voleurs.

RAFFUT, s. m. Tapage,--dans l'argot du peuple.

RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.

RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.

Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.

RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.

RAFISTOLER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.

RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.

RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main basse faite sur une certaine quantité de choses. Argot du peuple.

RAFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_.

RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se battre au sabre,--dans l'argot des troupiers.

On dit aussi: _Se rafraîchir d'un coup de sabre_.

RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,--dans l'argot du peuple.

RAGOT, s. m. Cancan, médisance,--sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.

RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.

On dit aussi _Ragonner_.

RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir quelconque.

S'emploie souvent en mauvaise part:

«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine, Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin Des ragousts qu'un malade offre à son médecin,»

dit Mathurin Régnier en sa satire _la Poésie toujours pauvre_.

RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse,--dans l'argot des artistes.

RAGOÛT, s. m. Soupçon,--dans l'argot des voleurs.

_Faire des ragoûts._ Éveiller des soupçons.

RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant, agréable,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses.

_Vieillard ragoûtant._ Qui est propre,--et surtout sans infirmités.

_Femme ragoûtante._ Qui excite l'appétit des amoureux.

RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.

RAIDE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Rude_.

RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,--c'est-à-dire à avaler.

Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.

_La trouver raide._ Être étonné ou offensé de quelque chose.

RAIDE, adj. Complètement gris,--parce que l'homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité.

On dit aussi _Raide comme la Justice_.

RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.