Dictionnaire de la langue verte

Part 37

Chapter 373,677 wordsPublic domain

POMPER LE GAZ, v. a. Être le jouet d'une mystification,--dans l'argot des calicots, qui se plaisent à faire monter tout nouveau sur le comptoir et à lui faire manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse, la prétendue pompe à gaz.

POMPETTE, adj. Gris,--dans l'argot du peuple.

L'expression a des chevrons, car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.

POMPIER, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des faubouriens.

POMPIER, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voyous.

POMPIER, s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l'Ecole polytechnique.

_Pompier d'honneur._ Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l'Ecole, au commencement du mois de mai.

POMPIER, s. m. Ouvrier chargé de faire les _poignards_,--dans l'argot des tailleurs.

_Pompière._ Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.

POMPON, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens.

_Dévisser le pompon à quelqu'un._ Lui casser la tête d'un coup de poing ou d'un coup de pied.

C'est la même expression que _Dévisser le trognon_.

POMPON, s. m. Supériorité, mérite, primauté.

_A moi le pompon!_ A moi la gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont pu faire.

_Avoir le pompon de la fidélité._ Être le modèle des maris ou des femmes.

POMPONNER (Se), v. réfl. S'attifer, s'endimancher.

PONANT, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans l'argot du peuple.

Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant, _poner_ signifiant _vesser_ dans le vieux langage. «La vieille ponoit,» dit Rabelais.

PONANTE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

PONCIF, s. m. «Formule de style, de sentiment, d'idée ou d'image, qui, fanée par l'abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet.»

L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des peintres et des gens de lettres.

_Faire poncif._ Travailler, peindre, écrire sans originalité.

PONDEUSE, adj. et s. Femme féconde,--dans l'argot du peuple.

PONDRE SUR SES OEUFS, v. n. S'enrichir encore, quand on est déjà suffisamment riche.

PONDRE UN OEUF, v. a. Déposer discrètement, le long d'un mur ou d'une haie, le _stercus_ humain,--dans l'argot du peuple, ami de toutes les plaisanteries qui roulent sur les environs du périnée.

On connaît cette anecdote: Une bonne femme était accroupie, gravement occupée à remplir le plus impérieux de tous les devoirs, car _omnes cacant, etiam reges_; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut se relever pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en empêchant de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie, j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»

PONIFLE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Magnuce_ et _Ponisse_.

PONIFLE, s. f. Femme,--dans l'argot des voyous.

PONIFLER, v. a. Aimer.

PONSARDISER, v. a. Ennuyer les gens,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune à l'auteur de _Lucrèce_ et _d'Agnès de Méranie_.

PONT, s. m. Congé que s'accorde l'employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier.

_Faire le pont._ Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.

PONT D'AVIGNON, s. m. Fille publique,--dans l'argot des gens de lettres.

PONTER, v. n. Payer,--dans l'argot des bohèmes.

PONTES POUR L'AF, s. f. pl. «Galerie des étouffoirs, fripons réunis,»--dit Vidocq.

PONTEUR, s. m. Entreteneur, _miché_.

PONTIFE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des cordonniers.

PONTONNIÈRE, s. f. Fille de mauvaises mœurs qui exerce sous les _ponts_.

POPOTE, s. f. Cuisine,--dans l'argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée heureuse: le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces dans les casseroles, etc.

Signifie aussi Table d'hôte.

POPOTE, adj. Médiocre,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.

POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.

POPULO, s. m. Le peuple,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain que les Anglais _the mob_.

POPULO, s. m. Marmaille, grand nombre d'enfants,--dans l'argot des ouvriers.

PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,--dans l'argot des voleurs.

POREAU, s. m. Poireau,--dans l'argot du peuple, qui parle beaucoup mieux que ceux qui se moquent de lui, _poreau_ venant d'_allium porrum_, comme légume, ou de [grec: poros], comme excroissance verruqueuse de la main.

PORTANCHE, s. m. Portier,--dans l'argot des voleurs.

PORTANT, s. m. Armature en bois qui forme l'entrée des coulisses et sur laquelle se placent les appliques.

PORTE-CHANCE, s. m. Le _stercus_ humain,--dans l'argot du peuple, chez qui il est de tradition, depuis un temps immémorial, que marcher là dedans est un signe d'argent et porte bonheur.

PORTEFEUILLE, s. m. Lit,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux différentes épaisseurs formées par les couvertures et les draps.

_S'insérer dans le portefeuille._ Se coucher.

PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Porte-mince_.

PORTE-LYRE, s. m. Poète,--dans l'argot ironique des gens de lettres.

PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,--dans l'argot des coulisses.

PORTE-MANTEAU, s. m. Epaules,--dans l'argot des faubouriens.

PORTE-PIPE, s. m. Bouche,--dans le même argot.

PORTER (En). Être trompé par sa femme,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux _cornes_ dont la tradition orne depuis si longtemps le front des maris malheureux.

_En faire porter._ Tromper son mari.

PORTER A LA PEAU, v. n. Provoquer à l'un des sept péchés capitaux,--dans l'argot de Breda-Street.

On dit aussi _Pousser à la peau_.

PORTER LA FOLLE ENCHÈRE, v. n. Payer pour les autres,--dans l'argot des bourgeois.

PORTER LE BÉGUIN, v. a. Celui des deux époux, nouvellement mariés, qui perd le premier les couleurs de la santé,--dans l'argot du peuple, un peu trop indiscret.

PORTER LE DEUIL DE SA BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir une chemise sale,--dans le même argot.

PORTER SA MALLE, v. a. Être bossu. Argot des faubouriens.

On dit aussi _Porter son paquet_.

PORTER UNE CHOSE EN PARADIS (Ne pas). La payer avant de mourir,--dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des mauvais tours qu'on lui a joués et dont il compte bien tirer vengeance un jour ou l'autre.

PORTÉ SUR SA BOUCHE (Être). Ne songer qu'à boire et à manger plutôt qu'à travailler,--dans l'argot des bourgeois.

Le peuple--sans connaître le _gulæ parens_ d'Horace--dit: _Être porté sur sa gueule_.

PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.

PORTIER, s. m. Homme qui se plaît à médire,--dans l'argot des artistes.

PORTRAIT, s. m. Visage,--dans l'argot du peuple.

_Dégrader le portrait._ Frapper au visage.

POSE, s. f. Affectation de sentiments qu'on n'a pas,--vices ou vertus; étalage de choses qu'on ne possède pas,--maîtresses ou châteaux. Lacenaire a bien imaginé la pose au meurtre!

POSE, s. f. Tour,--dans l'argot du peuple qui a emprunté ce mot aux joueurs de dominos qui _posent_ le leur à tour de rôle.

_A moi la pose!_ dit parfois un ouvrier, qui vient de recevoir un coup de pied, en lançant un coup de poing à son adversaire.

POSER, v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu'on n'a pas; se vanter de succès et de richesses imaginaires.

Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu'on a ou qu'on croit avoir.

_Poser pour le torse._ Passer pour un garçon bâti comme l'Antinoüs.

_Poser pour la finesse._ Se croire très fin, très malin.

POSER, v. a. Mettre en évidence.

_Se poser._ Faire parler de soi.

POSER (Faire). Faire attendre, mystifier, se moquer des gens.

POSER UN GLUAU, v. a. Préparer une arrestation, trouver un individu que l'on cherchait, savoir où il loge et où il fréquente, pour n'avoir plus qu'à le _grappiner_ à la première occasion. Argot des voyous et des voleurs.

_Se faire poser un gluau._ Se faire mettre en prison.

POSSÉDER SON EMBOUCHURE. Savoir bien jouer de la parole,--cette flûte traversière. Argot des faubouriens.

POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le canot aux provisions,--dans l'argot des marins.

POSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,--dans l'argot des bourgeois.

POSTICHE, s. m. Histoire douteuse,--discours ennuyeux, _blague_,--dans l'argot des typographes.

POSTICHE, s. f. Rassemblement sur la voie publique,--dans l'argot des voleurs.

POSTIGE, s. f. Travail sur les places publiques,--dans l'argot des saltimbanques.

POSTILLON, s. m. La première dame mise en circulation,--dans l'argot des joueurs de jacquet.

POSTILLON, s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.

«Ces postillons sont d'une maladresse!»

POSTILLONNER, v. n. Envoyer des _postillons_ au nez des gens,--qui n'aiment pas à voyager.

POT, s. m. Trou fait au pied d'un mur ou au pied d'un arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.

POT, s. m. Cabriolet,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Cuiller à pot et Potiron roulant_.

POTACHE, s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot,--dans l'argot des lycéens. Voir dans un autre sens _Potasseur_.

On dit aussi _Pot-à-chien_.

POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage qui devrait être gras, avoir des _yeux_ de graisse, et qui est maigre. Argot du peuple.

POTAGER, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous, pour qui, sans doute, les femmes sont vraiment les _choux_ sous lesquels poussent les enfants.

POTARD, s. m. Pharmacien,--dans l'argot des faubouriens.

Plus spécialement Pharmacien militaire.

POTASSER, v. n. S'impatienter, bouillir de colère ou d'ennui,--dans le même argot.

POTASSER, v. n. Travailler beaucoup,--dans l'argot des Saint-Cyriens et des lycéens.

POTASSEUR, s. m. Elève très bien coté à son cours et très mal quant aux aptitudes militaires.

POT-AU-FEU, s. m. L'endroit le plus charnu du corps humain,--dans l'argot des faubouriens, qui l'ont pris depuis longtemps pour cible de leurs plaisanteries et de leurs coups de pied.

POT-AU-FEU, s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois,--dans l'argot des petites dames.

_Être pot-au-feu._ Être mesquin.

_Devenir pot-au-feu._ Se ranger épouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur leur vie.

POT-BOUILLASSER (Se). Se marier de la main gauche ou de la main droite,--dans l'argot des troupiers.

POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,--ou plutôt chose cuisinée. Argot des ouvriers.

Au figuré, _Faire sa petite pot-bouille_. Arranger ses petites affaires dans l'intérêt de son propre bien-être.

POTENCE, s. f. Homme ou femme d'une grande rouerie, qui ne vaut pas la corde qu'on achèterait pour les pendre.

On dit aussi _Roué comme une potence_.

POTEAUX, s. m. pl. Jambes solides,--dans l'argot des faubouriens.

On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse maigre de partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants: «Deux poteaux qui montrent la route de Clichy.»

POTET, s. et adj. Maniaque, radoteur, vieil imbécile.

On dit aussi _Vieux potet_,--même à un jeune homme.

Ne serait-ce pas une syncope d'_empoté_? ou une allusion à la vieille toupie qui sert de _potet_ aux enfants?

POTIN, s. m. Bavardage de femmes, cancan de portières,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au patois normand.

_Faire des potins._ Cancaner.

_Se faire du potin._ Se faire du mauvais sang, s'impatienter à propos de médisance ou d'autre chose.

POTINER, v. n. Bavarder, faire des cancans, des potins.

POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux à qui l'on a donné un emploi lucratif et qui veut s'y enrichir en peu de temps.

POUCE (Avoir du). Avoir de la vigueur; être fièrement campé, crânement exécuté,--dans l'argot des artistes.

POUDRE DE PERLINPINPIN, s. f. Remède sans efficacité; graine d'attrape,--dans l'argot du peuple.

POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f. Fuite.

_Prendre la poudre d'escampette._ S'enfuir.

C'est ce qu'on appelait autrefois _Faire escampativos_.

POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,--dans l'argot des francs-maçons.

On disait autrefois _Huile blanche_.

_Poudre forte._ Vin.

On disait autrefois _Huile rouge_.

_Poudre fulminante._ Eau-de-vie.

_Poudre noire._ Café noir liquide.

POUDRER, v. a. et n. Se moquer,--dans l'argot des gamins, qui font le geste bien connu par lequel ils ont l'air de poudrer la tête de la personne dont ils se moquent.

On dit aussi _Poudrer à blanc_.

POUF, s. m. Dette qu'on ne paye pas; crédit qu'on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple.

Signifie aussi Banqueroute.

Quoique _pouf_ ait l'air de venir de _puff_, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.

POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce village est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.

On dit aussi plus élégamment: _Gadoûville_.

POUFFIASSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise fille.

POUFFIASSER, v. n. Mener une conduite déréglée--quand on est femme. Fréquenter avec les drôlesses--quand on est homme.

POUIC! Rien! non!--dans l'argot des voleurs.

POUILLARD, s. m. Dernier perdreau d'une couvée ou dernier levraut d'une portée. Argot des chasseurs.

POUILLEUX, adj. et s. Homme pauvre,--dans l'argot méprisant des bourgeois.

Signifie aussi Econome--et même avare.

POULAILLER, s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous le nom d'Amphithéâtre. Argot du peuple.

POULAINTE, s. f. Vol par échange.

POULE LAITÉE, s. f. Homme sans énergie,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Poule mouillée_.

POULES, s. f. pl. La population d'une abbaye des S'offre-à-tous.

POULET, s. m. Billet doux, ou lettre raide,--dans l'argot du peuple, qui se sert du même mot que Shakespeare (_capon_).

POULET DE CARÊME, s. m. Hareng saur.

Les gueux de Londres appellent le hareng saur _Yarmouth capon_ (chapon de Yarmouth).

POULET D'HOSPICE, s. m. Homme maigre.

POULET D'INDE, s. m. Cheval.

POULET D'INDE, s. m. Imbécile, maladroit.

POULETTE, s.f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre au _cocorico_ des séducteurs bien accrêtés.

_Lever une poulette._ «Jeter le mouchoir» à une femme, dans un bal ou ailleurs.

POULEUR, s. m. Souscripteur de poules, parieur de courses.

POUPARD, s. m. Affaire préparée de longue main,--dans l'argot des voleurs.

POUPARD, s. m. Nourrisson bien portant,--dans l'argot du peuple.

_Gros poupard._ Se dit d'un homme aux joues roses, sans barbe, ressemblant à un nourrisson de belle venue.

On dit aussi _poupon_.

On a dit autrefois _poupin_, comme en témoigne cette épigramme du seigneur des Accords:

«Estant popin et mignard, Tu veus estre veu gaillard; Mais un homme si popin Sent proprement son badin.»

POUPÉE, s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé.

On dit aussi _Cathau_.

POUPÉE, s. f. Concubine,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants.

C'est la _mammet_ des ouvriers anglais.

On dit aussi,--quand il y a lieu: _Poupée à ressorts_.

POUPÉE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.

POUPOUILLE, s. f. Cuisine, _popote_,--dans l'argot des faubouriens.

POUPOULE, s. f. Chère amie,--dans l'argot des bourgeois.

POUR, adv. Peut-être,--dans l'argot des voleurs.

POUR-COMPTE, s. m. Vêtement marqué dont le client ne veut pas,--dans l'argot des tailleurs.

_Armoire aux Pour-compte._ C'est le _carton aux ours_ chez les vaudevillistes.

POUR DE VRAI, adv. Véritablement, sérieusement,--dans l'argot du peuple.

_Femme pour de vrai._ Femme légitime.

_Ami pour de vrai._ Ami sûr.

On dit aussi _Pour de bon_.

POURRI, adj. et s. Homme vénal, _corrompu_, ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa conscience le ver du scepticisme et dans son cœur le taret de l'égoïsme.

POURRI DE CHIC, adj. A la dernière mode et de la première élégance,--dans l'argot des gandins et des petites dames.

POURRITURISME, s. m. Etat des esprits et des consciences à Paris, ville où l'on s'effémine trop facilement,--dans l'argot du caricaturiste Lorenz, qui affectionne la désinence _isme_.

POUSSE, s. f. Les gendarmes,--dans l'argot des voleurs.

POUSSE (Ce qui se), s. m. Argent, or ou monnaie,--dans l'argot du peuple.

Substantif bizarre,--mais substantif. J'ai entendu dire: «Donne-moi donc de ce qui se pousse.»

POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide, et généralement tous les aphrodisiaques. Argot des voleurs.

POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre d'eau-de-vie ou de rhum pris après le café,--dans l'argot des bourgeois.

POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,--dans l'argot des faubouriens.

POUSSE-CUL, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot du peuple, qui sait que ces agents de l'autorité ne prennent pas toujours des mitaines pour faire circuler la foule.

Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de celui-là: _Chien courant du bourreau_.

POUSSÉE, s. f. Bourrade; coups de coude dans la foule.

Par extension: Reproches, réprimande.

POUSSÉE, s. f. Besogne pressée, surcroît de travail,--dans l'argot des ouvriers.

POUSSÉE DE BATEAUX, s. f. Se dit ironiquement--dans l'argot du peuple--d'une chose vantée d'avance et trouvée inférieure à sa réputation, ainsi que de toute besogne ridicule et sans profit.

On dit mieux: _Une belle poussée de bateaux_!

POUSSE-MOULIN, s. f. Eau courante,--dans l'argot des voleurs.

POUSSER, v. n. Surenchérir,--dans l'argot des habitués de l'Hôtel des ventes.

POUSSER, v. a. et n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi: _Pousser son glaire_.

POUSSER DE L'AIR (Se). S'en aller de quelque part.

On dit aussi: _Se pousser un courant d'air_.

POUSSER DU COL (Se), v. réfl. Être content de soi, et manifester extérieurement sa satisfaction,--dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que les gens fats remontaient volontiers le col de leur chemise.

Une chanson populaire--moderne--consacre cette expression; je me reprocherais de ne pas la citer ici:

«Tiens! Paul s'est poussé du col! Est-il fier, parc'qu'il promène Sarah, dont la douce haleine Fait tomber les mouch's au vol.»

Signifie aussi S'enfuir.

POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer aux échecs ou aux dames,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce verbe _au neveu de Rameau_.

POUSSER DANS LE BATTANT (Se). Boire ou manger, mais surtout boire.

POUSSER LE BOUM DU CYGNE. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des garçons de café et de leur fatigant _boum! pas de crème, messieurs?_

POUSSER SA POINTE, v. ac. S'avancer dans une affaire quelconque,--mais surtout dans une entreprise amoureuse.

«Que de projets ma tête avorte tour à tour! Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour.»

dit une comédie-parade du XVIIIe siècle (_le Rapatriage_).

POUSSER SON ROND, v. a. _Alvum deponere_,--dans l'argot des maçons.

POUSSER UN BATEAU, v. a. Avancer une chose fausse, inventer une histoire, mentir. Argot des faubouriens.

On dit aussi: _Monter un bateau_.

POUSSER UNE GAUSSE, v. a. Faire un mensonge,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi: _Pousser une histoire_.

POUSSIER, s. m. Monnaie,--dans l'argot des voleurs.

POUSSIER, s. m. Lit d'auberge ou d'hôtel garni de bas étage,--dans l'argot des faubouriens.

POUSSIER DE MOTTE, s. m. Tabac à priser.

On dit aussi simplement _Poussier_.

POUSSIF, adj. Qui n'a plus de souffle, qui n'en peut plus,--dans l'argot du peuple, qui, travaillant comme un cheval, en a naturellement les infirmités.

POUVOIR EXÉCUTIF, s. m. Enorme canne en spirale que portaient les Incroyables sous le Directoire.

L'expression est encore employée de temps en temps.

POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN PEINTURE (Ne). Le haïr; le détester extrêmement,--dans l'argot des bourgeois.

PRANDION, s. m. Repas copieux,--dans l'argot des artistes, dont quelques-uns, je pense, savent que cette expression est le mot latin (_prandium_) francisé par quelque écrivain fantaisiste.

C'est un provincialisme, maintenant naturalisé parisien.

PRANDIONNER, v. n. Faire un repas plantureux.

PRAT, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple.

PRATICABLE, s. m. Partie de décors accessible aux acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot des coulisses.

PRATIQUE, s. f. Petit instrument plat, composé de deux lames d'ivoire jointes, à l'aide duquel les saltimbanques imitent la voix stridente de Polichinelle.

PRATIQUE, s. f. Libertin; homme d'une probité douteuse; débiteur qui ne paye pas ses dettes; soldat qui passe son temps à la salle de police, etc. Quand un homme a dit d'un autre homme: «C'est une pratique!» c'est qu'il n'a pas trouvé de terme de mépris plus fort.

PRÉ, s. m. Bagne,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi le _Grand pré_.

_Aller au pré._ Être condamné aux travaux forcés.

On dit aussi: _Aller faucher au pré_.

PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite dame, drôlesse, habituée de bals publics, du pré Catelan et de Mabille. Hors d'usage.

PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur ennuyeux,--dans l'argot du peuple.

PRÉDESTINÉ, s. m. Galant homme qui a épousé une femme trop galante.

PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture de police,--dans l'argot des voyous.

PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique de désigner la _première_ représentation d'une pièce de théâtre,--dans l'argot des comédiens et des gens de lettres.

PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons de première classe.

On dit de même _Secondes_ et _Troisièmes_, pour les voitures de 2e et de 3e classe.

PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent, parfait, _numéro un_.

PREMIER-PARIS, s. m. Article de tête d'un journal politique où l'on voit, d'après Alphonse Karr, «une série de longues phrases, de grands mots qui, semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont creux».

PRENDRE AU SOUFFLEUR. Jouer son rôle le sachant mal, en s'aidant du souffleur. Argot des coulisses.

On dit aussi: _Prendre du souffleur_.

PRENDRE DE BEC (Se), v. pron. Se dire des injures,--dans l'argot des bourgeois.

PRENDRE DES MITAINES, v. a. Prendre des précautions pour dire ou faire une chose,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec ironie.

On dit aussi: _Prendre des gants_.

PRENDRE DES TEMPS DE PARIS. Augmenter l'effet d'un mot par une pantomime préalable,--dans l'argot des comédiens de la banlieue et de la province.

PRENDRE LA TANGENTE. S'échapper de l'Ecole,--dans l'argot des Polytechniciens.

PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE, v. a. Se mettre au travail,--dans l'argot du peuple, qui prend et reprend ce collier-là depuis longtemps.

_Quitter le collier de misère._ Avoir fini sa journée et sa besogne et s'en retourner chez soi.

PRENDRE SES INVALIDES, v. n. Se retirer du commerce,--dans l'argot des bourgeois.

PRENDRE SES JAMBES A SON COU. Courir.

PRENDRE SON CAFÉ AUX DÉPENS DE QUELQU'UN. Se moquer de lui par parole ou par action.

PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE, v. a. Tomber sur le dos,--dans l'argot facétieux du peuple.

PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se laisser _pincer_ le doigt entre deux pierres ou deux battants.

PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant--qui est toujours l'héritier présomptif de quelqu'un.

PRESSE, s. f. Nécessité à faire ou dire une chose; empressement.

_Il n'y a pas de presse._ Il n'est pas nécessaire de faire cela,--du moins pour le moment. Cela ne presse pas.

PRESSER A CARREAU FROID, v. a. Faire ce qu'un autre ne pourrait pas faire,--dans l'argot des tailleurs, qui savent qu'on ne peut venir à bout d'une pièce qu'avec un carreau très chaud.

PRÊT, s. m. Paie,--dans l'argot des soldats.

PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN. Lui donner un soufflet, c'est-à-dire les cinq doigts sur le visage,--dans l'argot des faubouriens.

PRÊTER LOCHE. Prêter l'oreille, écouter,--dans l'argot des voleurs.

PREU, s. et adj. Premier--dans l'argot des enfants et des ouvriers.

PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,--dans l'argot des prisons.

PRIANTE, s. f. Eglise,--dans l'argot des voleurs.

PRINCE, s. m. Galeux,--dans l'argot facétieux et elliptique des faubouriens. Ils disent _Prince_, mais ils sous-entendent _de Galles_.

_Princesse._ Galeuse.

PRINCE DU SANG, s. m. Meurtrier,--dans l'argot sinistrement facétieux du peuple.