Dictionnaire de la langue verte
Part 34
PASSER LA RAMPE (Ne point). Se dit--dans l'argot des coulisses--de toute pièce ou de tout comédien, littéraire l'une, consciencieux l'autre, qui ne plaisent point au public, qui ne le passionnent pas.
PASSÉ-SINGE, s. m. Roué, _roublard_,--dans l'argot des voleurs.
PASSEUR, s. m. Individu qui _passe_ les examens de bachelier à la place des jeunes gens riches qui dédaignent de les passer eux-mêmes,--parce qu'ils en sont incapables.
PAS SI CHER! Exclamation de l'argot des voleurs, pour qui c'est un signal signifiant: «Parlez plus bas» ou: «Taisez-vous.»
PASSIFLEUR, s. m. Cordonnier,--dans le même argot.
PASSIFS, s. m. pl. Souliers d'occasion,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
Le mot est expressif: des souliers qui ont longtemps servi ont naturellement pâti, souffert,--_passifs_, _passivus_, passif.
On dit aussi _Passifles_.
PAS TANT DE BEURRE POUR FAIRE UN QUARTERON! Phrase populaire par laquelle on coupe court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons nombreuses mais insuffisantes.
Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l'a mise dans la bouche de Mathieu Gareau, du _Pédant joué_.
PASTIQUER, v. a. Passer,--dans l'argot des voleurs.
_Pastiquer la maltouze._ Faire la contrebande.
PATAFIOLER, v. a. Confondre,--dans l'argot du peuple.
Ce verbe ne s'emploie ordinairement que comme malédiction bénigne, à la troisième personne de l'indicatif:--«Que le bon Dieu vous patafiole!»
PATAGUEULE, s. m. Homme compassé, oui _fait sa tête_ et surtout _sa gueule_,--dans l'argot des sculpteurs sur bois.
PATAPOUF, s. m. Homme et quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud.
On dit aussi _Gros Patapouf_ mais c'est un pléonasme inutile.
PATAQUÈS, s. m. Faute de français grossière, liaison dangereuse,--dans l'argot des bourgeois, qui voudraient bien passer pour des puristes.
PATARASSES, s. f. pl. Tampons que les forçats glissent entre leur anneau de fer et leur chair, afin d'amortir la pesanteur de la manicle sur les chevilles et le cou-de-pied.
PATARD, s. m. Pièce de monnaie, gros sou,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils emploient là une expression du temps de François Villon:
«Item à maistre Jehan Cotard Auquel doy encore un patard... A ceste heure je m'en advise.»
(_Le Grand-Testament._)
PATAUD, s. et adj. Lourdaud, grossier, niais,--dans l'argot du peuple.
PATAUGER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on fait ni ce qu'on dit.
PATE, s. m. Apocope de _patron_,--dans l'argot des graveurs sur bois.
PATÉ, s. m. Tache d'encre sur le papier,--dans l'argot des écoliers, qui sont de bien _sales pâtissiers_.
On dit aussi _Barbeau_.
PATÉ, s. m. Mélange des caractères d'une ou plusieurs pages qui ont été renversées,--dans l'argot des typographes.
_Faire du pâté_, c'est distribuer ou remettre en casse ces lettres tombées.
PATÉ D'ERMITE, s. m. Noix,--dans l'argot du peuple, qui sait que les anachorètes passaient leur vie à mourir de faim.
PATÉE, s. f. Nourriture,--dans l'argot des faubouriens.
_Prendre sa pâtée._ Déjeuner ou dîner.
PATÉE, s. f. Correction vigoureuse et même brutale.
_Recevoir une pâtée._ Être battu.
PATE FERME, s. f. Article sans alinéas,--dans l'argot des journalistes.
PATENTE, s. f. Casquette,--dans l'argot des faubouriens, qui ont traduit à leur façon le _patent_ qui se trouve sur tous les produits anglais, chapeaux, manteaux, etc.
PATIENCE, s. f. Jeu de cartes,--ou plutôt série de jeux de cartes, car il y a une trentaine de jeux de patience: _la Loi salique_, _la Blocade_, _la Nivernaise_, _la Gerbe_, _le Crapaud_, _la Poussette_, _la belle Lucie_, etc., etc.
PATINER, v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe d'une femme pour s'assurer que l'étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle du dessus. Argot du peuple.
PATINEUR, adj. et s. Homme qui aime à patiner les femmes.
PATIRAS, s. m. Souffre-douleur de l'atelier.
Les gens distingués disent _Patito_, comme à Florence.
PATOCHE. s. f. Férule,--dans l'argot des enfants, dont les _mains_ en conservent longtemps le souvenir.
PATOCHES, s. f. pl. Mains.
PATOUILLER, v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.
PATOUILLER, v. n. Barboter, patauger.
On dit aussi _Patrouiller_. Ce verbe est dans Rabelais.
PATOUILLEUR, s. m. _Peloteur_.
PATRAQUE, s. f. Vieille montre qui marche mal; machine usée, sans valeur.
PATRAQUE, adj. Malade ou d'une santé faible, dans l'argot des bourgeois.
PATRES (Ad), adv. Au diable,--dans l'argot du peuple, qui se soucie peu de ses «pères.»
_Envoyer ad patres._ Tuer.
_Aller ad patres._ Mourir.
PATRIE, s. f. Commode,--dans l'argot des bohèmes, qui serrent leurs hardes dans les grands journaux comme _la Patrie_, _le Siècle_, etc., leurs seuls meubles souvent.
PATRON-MINETTE (Dès), adv. Dès l'aube,--dans l'argot du peuple.
PATRON-MINETTE, s. f. Association de malfaiteurs, célèbre il y a une trentaine d'années, à Paris comme la _Camorra_, à Naples.
PATROUILLE (Être en). Courir les cabarets, ne pas rentrer coucher chez soi. Argot du peuple.
PATROUILLER, v. a. et n. _Peloter_.
PATROUILLER, v. n. Faire patrouille,--dans l'argot des bourgeois, soldats-citoyens.
PATTE, s. f. Main,--dans l'argot des faubouriens. Le coup de _patte_, au figuré, est plutôt un coup de langue.
PATTE, s. f. Grande habileté de _main_,--dans l'argot des artistes.
_Avoir de la patte._ Faire des tours de force de dessin et de couleur.
PATTE-D'OIE, s. f. Les trois rides du coin de l'œil, qui trahissent ou l'âge ou une fatigue précoce. Argot du peuple.
PATTE-D'OIE, s. f. Carrefour,--dans l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.
PATTE-MOUILLÉE, s. f. Vieux chiffon imprégné d'eau, qui, à l'aide d'un carreau chaud, sert à enlever les marques du lustre sur le drap.
Expression de l'argot des tailleurs.
PATTES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
_Fournir des pattes._ S'en aller, s'enfuir.
On dit aussi _Se payer une paire de pattes_, et _Se tirer les pattes_.
PATTES, s. f. pl. Pieds,--dans l'argot des bourgeois.
PATTES (A), adv. Pédestrement.
PATTES DE MOUCHE, s. f. pl. Lettre de femme ou grimoire d'avocat. Argot du peuple.
PATINER (Se). Se sauver, _Jouer des pattes_,--dans l'argot des faubouriens.
PATTU, adj. Épais, lourd,--dans l'argot du peuple.
PATURER, v. n. Manger,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Prendre sa pâture_.
PATURONS, s. m. pl. Les pieds,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela au moins depuis Vadé:
«A cet ensemble on peut connoître L'élégant et le petit-maître Du Pont-aux-Choux, des Porcherons, Où l'on roule ses paturons.»
_Jouer des paturons._ Se sauver.
PATUROT, s. m. Bonnetier, homme crédule,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du roman de Louis Reybaud.
PAUME, s. f. Perte, échec quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire une paume._ Faire un pas de clerc.
PAUMER, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
_Paumer la sorbonne._ Devenir fou, perdre la tête.
PAUMER, v. a. Empoigner, prendre--avec la _paume_ de la main.
S'emploie au propre et au figuré.
_Être paumé._ Être arrêté.
_Être paumé marron._ Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.
PAUVRARD, e, adj. et s. Excessivement pauvre.
PAVÉ, s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l'ours de la Fontaine.
_Réclame-pavé._ Eloge ridicule à force d'hyperboles, qu'un ami,--ou un ennemi,--fait insérer à votre adresse dans un journal.
PAVÉ, adj. Insensible,--dans l'argot du peuple.
_Avoir le gosier pavé._ Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.
PAVÉ MOSAÏQUE, s. m. Le sol de la salle des réunions,--dans l'argot des francs-maçons.
PAVILLON, s. et adj. Fou,--dans l'argot des faubouriens.
PAVILLONNER, v. n. Avoir des idées flottantes; déraisonner.
On dit aussi _Être pavillon_.
PAVOIS, adj. et s. En état d'ivresse.
_Être pavois._ Être gris, déraisonner à faire croire que l'on est gris.
PAVOISER (Se). S'endimancher. Argot des marins.
_S'endimancher_, pour les faubouriens, a un double sens: il signifie d'abord mettre ses habits les plus propres; ensuite s'amuser, c'est-à-dire boire, comme ils en ont l'habitude à la fin de chaque semaine.
PAYER (Se), v. réfl. S'offrir, se donner, se procurer,--dans l'argot des petites dames et des faubouriens.
_Se payer un homme._ Avoir un caprice pour lui.
_Se payer une bosse de plaisir._ S'amuser beaucoup.
PAYER BOUTEILLE. Offrir à boire chez le marchand de vin. Argot des ouvriers.
PAYER LA GOUTTE (Faire), Siffler,--dans l'argot des coulisses.
PAYER UNE COURSE (Se). Courir,--dans l'argot des faubouriens.
PAYOT, s. m. Forçat chargé d'une certaine comptabilité.
PAYS, s. m. Compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
PAYS, s. m. Compatriote,--dans l'argot des soldats.
PAYS-BAS, s. m. pl. Les possessions de messire Luc,--métropole et colonies.
PAYS BRÉDA. Le quartier Bréda, une des Cythères parisiennes. Argot des gens de lettres.
PAYS DES MARMOTTES (Le). La terre,--dans l'argot du peuple.
_S'en aller dans le pays des marmottes._ Mourir.
On dit aussi le _Royaume des taupes_.
PAYSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des soldats, qui sont volontiers du même pays que la bonne d'enfants qu'ils courtisent.
PAYS LATIN. Le quartier des Ecoles, _genus latinum_.
On dit plutôt le _Quartier latin_.
PEAU, s. f. Fille ou femme de très mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens.
C'est le jeu de mots latins: _pellex et pellis_.
On dit aussi _Peau de chien_.
PEAU D'ANE, s. f. Tambour,--dans l'argot des troupiers, qui ne savent pas que cet instrument de percussion est plus souvent recouvert d'une peau de chèvre ou de veau.
_Faire chanter_ ou _ronfler la peau d'âne_. Battre le rappel,--dans l'argot du peuple, à qui cette chanson cause toujours des frissons de plaisir.
PÊCHE A QUINZE SOUS, s. f. Lorette de premier choix,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du _demi-Monde_ d'Alexandre Dumas fils.
PÊCHER UNE FRITURE DANS LE STYX. Être mort,--dans l'argot des faubouriens qui ont lu M. de Chompré.
_Aller pêcher une friture dans le Styx._ Mourir.
PÉCUNE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_pecunia_) et à la tradition: «Repoignet-om nostre tresor el champ, et nostre pecune allucet-om el sachet.»
(_Sermons_ de saint Bernard.)
PÉDÉ, s. m. Apocope de _Pédéraste_,--dans l'argot des voyous, imitateurs inconscients de ces grammairiens toulousains du VIe siècle, qui disaient tantôt _ple_ pour _plenus_, tantôt _ur_ pour _nominatur_.
PÉDÉRO, s. f. Non conformiste,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent quelquefois aussi, facétieusement, _Don Pédéro_.
PÉGOCE, s. m. Pou,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Puce d'hôpital_.
PÉGRAINE, s. f. Faim,--dans l'argot des vagabonds et des voleurs.
A proprement parler, cela signifie, non qu'on n'a rien du tout à manger, mais bien qu'on n'a pas trop de quoi,--une nuance importante.
_Caner la pégraine._ Mourir de faim.
PÈGRE, s. m. Voleur.
Ce mot est fils du précédent, comme le vice est fils de la misère--et surtout de la fainéantise (_pigritia_,--_piger_).
_Pègre à marteau._ Voleur de petits objets ou d'objets de peu de valeur.
PÈGRE, s. f. Le monde des voleurs.
_Haute pègre._ Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque partout.
_Basse pègre._ Petits voleurs en blouse, qui n'exercent que sur une petite échelle et qui ne sont reçus nulle part--qu'aux Madelonnettes ou à la Roquette.
PÉGRER, v. n. Voler.
Signifie aussi: Être misérable, souffrir.
PÉGRIOT, s. m. Apprenti voleur, ou qui vole des objets de peu de valeur.
PEIGNE, s. m. Clé,--dans l'argot des voleurs.
PEIGNE-CUL, s. m. Fainéant, traîne-braies,--dans l'argot du peuple.
PEIGNE DES ALLEMANDS, s. m. Les cinq doigts.
PEIGNÉE, s. f. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens, qui se prennent souvent aux _cheveux_.
On dit aussi _Coup de peigne_.
_Se foutre une peignée._ Se battre.
PEIGNER (Se), v. réfl. Se battre.
C'est le verbe _to pheese_ des Anglais.
On dit aussi _Se repasser une peignée_.
PEINARD, s. m. Vieillard; homme souffreteux, usé par l'âge ou les chagrins,--dans l'argot du peuple.
PEINDRE EN PLEINE PATE, v. a. Peindre à pleines couleurs,--dans l'argot des artistes.
PEINTRE, s. m. Balayeur,--dans l'argot des troupiers.
PEINTURLURE, s. f. Mauvaise peinture,--dans l'argot du peuple.
PEINTURLURER, v. a. et n. Barbouiller une toile sous prétexte de peindre.
PEINTURLURER (Se). _Se maquiller._
PEINTURLUREUR, s. m. Barbouilleur, mauvais peintre.
PÉKIN, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers, qui ont le plus profond mépris pour tout ce qui ne porte pas l'uniforme.
On écrit aussi _Péquin_.
PÉLAGO, n. de l. La prison de Sainte-Pélagie,--dans l'argot des voleurs.
PELARD, s. m. Foin,--dans le même argot.
PELARDE, s. f. Faulx.
PELÉ, s. m. Sentier battu.
PELOTE, s. f. Gain plus ou moins licite,--dans l'argot du peuple.
_Faire sa pelote._ Amasser de l'argent.
PELOTER, v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d'Elmire.
Par extension, Amadouer par promesses quelqu'un dont on attend quelque chose.
PELOTER (Se), v. réfl. Se disputer et même se battre,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Peloter avec quelqu'un_.
PELOTER SA BUCHE, v. a. Travailler avec soin, avec goût, avec amour du métier. Argot des tailleurs.
PELOTEUR, adj. et s. Homme qui aime à flatter les femmes--de la main.
PELURE, s. f. Habit ou redingote,--dans l'argot des faubouriens.
PENDANTES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans l'argot des voleurs.
PENDRE AU NEZ. Se dit--dans l'argot du peuple--à propos de tout accident, heureux ou malheureux, coups ou million, dont on est menacé.
On a dit autrefois _Pendre aux oreilles_. (V. _le Tempérament_, 1755.)
PENDU GLACÉ, s. m. Réverbère. Argot des voleurs.
PENDULE A PLUMES, s. f. Coq,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu _la Vie de Bohème_.
PENTE (Avoir une), v. a. Être gris ou commencer à se griser,--dans l'argot des faubouriens.
PÉPÉE, s. f. Poupée,--dans l'argot des enfants.
PÉPÈTE, s. f. Pièce d'un sou,--dans l'argot des ouvriers; de cinquante centimes,--dans l'argot des voleurs; d'un franc,--dans l'argot des filles.
PÉPIE (Avoir la). Avoir soif,--maladie des oiseaux, état normal des ivrognes.
_Mourir de la pépie._ Avoir extrêmement soif.
PÉPIN, s. m. Vieux parapluie,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Rifflard_.
PÉPIN, s. m. Enfant--dans l'argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare (_Conte d'Hiver_).
De l'enfant-pépin sort en effet l'homme-arbre.
PERCER D'UN AUTRE (En). Raconter une autre histoire; faire une plaisanterie d'un meilleur _tonneau_.
PERCHER, v. n. Habiter, loger au hasard,--dans l'argot des bohèmes, qui changent souvent de _perchoir_, et qui devraient bien changer plus souvent de chemise.
PERDRE LE GOUT DU PAIN. Mourir,--dans l'argot du peuple.
_Faire perdre à quelqu'un le goût du pain._ Le tuer.
PERDRE LE NORD, v. a. Se troubler; s'égarer; dire des sottises ou des folies,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas inventé pour rien le mot _boussole_.
Autrefois on disait _Perdre la tramontane_, ce qui était exactement la même chose, _tramontane_ étant une corruption de _transmontane_ (_transmontanus_, ultramontain, au delà des monts, d'où nous vient la lumière).
PERDRE SES BAS. Ne plus savoir ce que l'on fait, par distraction naturelle ou par suite d'une préoccupation grave.
PERDRE SON BATON. Mourir,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela probablement par allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour marcher droit.
PERDRE UN QUART, v. a. Aller au convoi d'un camarade,--dans l'argot des tailleurs, qui, pendant qu'ils y sont, perdent bien toute la journée.
PERDU (L'avoir). N'avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger symbolique. Argot des bourgeois.
On dit de même, en parlant d'une jeune fille vierge: _Elle l'a encore_. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans l'un comme dans l'autre cas, il s'agit de Pucelage.
PERDU SON BATON (Avoir). Être de mauvaise humeur,--dans l'argot des coulisses.
L'expression date d'Arnal et du _Sergent Mathieu_, sa pièce de début au théâtre du Vaudeville. Il s'était choisi, pour jouer son rôle, un bâton avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir beaucoup. Malheureusement, le jour de la première représentation, au moment où il allait entrer en scène, impossible de retrouver le bâton magique! Arnal est furieux et surtout troublé; il entre en scène, il joue, mais sans verve,--et l'on siffle!
PÈRE AUX ÉCUS, s. m. Homme riche,--dans l'argot du peuple.
PÈRE FAUTEUIL, s. m. Le cimetière du Père _Lachaise_,--dans l'argot facétieux des marbriers.
PÈRE FRAPPART, s. m. Marteau,--dans l'argot du peuple.
PÈRE LA TUILE (Le). Dieu,--dans l'argot des faubouriens, qui ne sont pas plus irrévérencieux que les peintres qui l'appellent le _Père Eternel_.
PÈRE LA VIOLETTE (Le). L'empereur Napoléon Ier,--dans l'argot des bonapartistes, qui disaient cela sous la Restauration, à l'époque où mademoiselle Mars était forcée d'arracher une guirlande de violettes qu'elle avait fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.
PÉRITORSE, s. m. Paletot ou redingote,--dans l'argot des étudiants, qui, frais émoulus du collège, n'ont pas de peine à parler grec.
PERLER, v. a. Travailler avec soin, avec minutie,--dans l'argot des bourgeois.
_Perler sa conversation._ N'employer, en parlant, que des expressions choisies--et prétentieuses.
PERLOTTE, s. f. Boutonnière,--dans l'argot des tailleurs, qui _perlent_ ordinairement cette partie des vêtements.
PERMISSION DE DIX HEURES, s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.
PÉROU (Ce n'est pas le). Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie ironiquement à propos d'une chose qui ne lui paraît pas difficile à faire, ou qu'on lui vante trop.
Se dit aussi à propos d'une affaire qui ne paraît pas destinée à rapporter de gros bénéfices.
PERPÈTE, s. f. Apocope de _Perpétuité_,--dans l'argot des forçats.
PERROQUET, s. m. Homme qui ne sait que ce qu'il a appris par cœur. Argot du peuple.
PERROQUET, s. m. Verre d'absinthe,--dans l'argot des troupiers et des rapins, qui font ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l'on devrait prononcer à l'allemande: _poison_.
_Étouffer un perroquet._ Boire un verre d'absinthe.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature par Charles Monselet.
PERROQUET DE SAVETIER, s. m. Le merle,--dans l'argot des faubouriens.
On le dit quelquefois aussi de la Pie.
PERRUQUE, s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés,--dans l'argot des bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.
PERRUQUE, s. f. Détournement de matériaux appartenant à l'Etat,--dans l'argot des invalides, souvent commis à leur garde.
_Faire une perruque._ Vendre ces matériaux.
PERRUQUE, adj. et s. Vieux, suranné, classique,--dans l'argot des romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV.
_Le parti des perruques._ L'École classique,--qu'on appelle aussi l'École du Bon Sens.
PERRUQUEMAR, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des faubouriens.
PERRUQUER (Se). Porter de faux cheveux pour faire croire qu'on en a beaucoup. Argot du peuple.
Du temps de Tabourot, on disait _une perruquée_ en parlant d'une Coquette à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses cheveux naturels,--comme faisaient les coquettes du temps de Martial, comme font les femmes de notre temps. D'où vient cette épigramme du seigneur des Accords:
«Janneton ordinairement Achepte ses cheveux, et jure Qu'ils sont à elle entièrement: Est-elle à vostre advis perjure?»
Vous devinez la réponse: Non, elle n'est point «perjure» parce que ce que nous achetons est nôtre.
PERSIENNES, s. f. pl. Lunettes,--dans l'argot des voyous.
PERSIL DANS LES PIEDS (Avoir du). Se dit d'une femme qui a les pieds sales--à force d'avoir marché.
PERSILLER, v. n. Raccrocher,--dans l'argot des souteneurs de filles.
On dit aussi _Aller au persil_ et _Travailler dans le persil_.
Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu'il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que _Pesciller_, prendre. En l'absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d'insinuer que le verbe _Persiller_ pourrait bien venir de l'habitude qu'ont les filles d'exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues--où pousse le persil?
PERSILLEUSE, s. f. Femme publique.
Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès des Encolpes de bas étage.
PERTUIS AUX LÉGUMES, s. m. La gorge,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
D'où: _Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes_, pour: Etrangler quelqu'un.
PESCILLER D'ESBROUFFE, Prendre de force, d'autorité--dans l'argot des voleurs.
PÈSE ou PÈZE, s. f. Résultat d'une collecte faite entre voleurs libres au profit d'un voleur prisonnier; résultat _pesant_.
PESSIGUER, v. a. Ouvrir, soulever,--dans l'argot des voleurs.
_Pessiguer une lourde._ Ouvrir une porte.
PET, s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de _Deus Crepitus_, ou dieu frère de _Stercutius_, le dieu merderet.
_Glorieux comme un pet._ Extrêmement vaniteux.
_Lâcher quelqu'un comme un pet._ L'abandonner, le quitter précipitamment.
PET, s. m. Embarras, manières.
_Faire le pet._ Faire l'insolent; s'impatienter, _gronder_.
_Il n'y a pas de pet._ Il n'y a rien à faire là dedans; ou: Il n'y a pas de mal, de danger.
PÉTARADE, s. f. Longue suite de sacrifices au dieu Crépitus,--dans l'argot des faubouriens, amis des joyeusetés scatologiques, et grands amateurs de _ventriloquie_.
PÉTARD, s. m. Derrière de l'homme ou de la femme.
Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.
PÉTARD, s. m. Bruit, esclandre.
«N'bats pas l'quart, Crains l' pétard, J'suis Bertrand l'pochard!»
dit une chanson populaire.
PÉTARDS, s. m. pl. Haricots.
PÉTASE, s. m. Chapeau ridicule,--dans l'argot des romantiques, qui connaissent leur latin (_petasus_).
Employé pour la première fois en littérature par Bonnardot (_Perruque et Noblesse_, 1837).
PÉTAUDIÈRE, s. f. Endroit tumultueux, où l'on crie tellement qu'il est impossible de s'entendre,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent de réputation la cour du roi Pétaud.
PET A VINGT ONGLES, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot du peuple.
_Faire un pet à vingt ongles._ Accoucher.
PÉTER, v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.
PÉTER DANS LA MAIN, v. n. Être plus familier qu'il ne convient. Argot du peuple.
Signifie aussi: Manquer de parole; faire défaut au moment nécessaire.
PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL, v. n. Faire le glorieux; entreprendre une chose au-dessus de ses forces ou de ses moyens; avoir un train de maison exagéré, ruineux.
_Faire le pet plus haut que le cul_, c'est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelle _Sauter plus haut que les jambes_.
PÉTER SON LOF, v. n. Mourir,--dans l'argot des marins, pour qui c'est changer de lof, c'est-à-dire naviguer sur un autre bord.
Ils disent aussi _Virer de bord_.
PÉTER SUR LE MASTIC, v. n. Renoncer à travailler; envoyer promener quelqu'un. Argot des faubouriens.
PÈTE-SEC, s. m. Patron sévère, chef rigide, qui gronde toujours et ne rit jamais.
PÉTEUR, adj. et s. Homme qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
PÉTEUX, s. m. Messire Luc, l'éternelle cible aux coups de pied.
PÉTEUX, s. m. Homme honteux, timide, sans énergie.
PETIT, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, qui ne fait aucune différence entre la portée d'une chienne et celle d'une femme.
PETIT BLANC, s. m. Vin blanc.
PETIT BONHOMME D'UN SOU, s. m. Jeune soldat.