Dictionnaire de la langue verte

Part 33

Chapter 333,675 wordsPublic domain

Il y a longtemps qu'ils parlent ainsi, frisant la gaillardise et défrisant l'orthographe. On trouve dans les _Contes d'Eutrapel_: «Et bien, dit-elle, soit! Ce qui est faict est faict, il n'y a point de remède, qui est outu est outu (quelques docteurs disent qu'elle adjoucta une F).»

OUVRAGE, s. m. L'engrais humain, à l'état liquide,--dans l'argot des faubouriens.

_Tomber dans l'ouvrage._ Se laisser choir dans la fosse commune d'une maison.

OUVRAGE, s. m. Vol,--dans l'argot des prisons.

OUVRIER, s. m. Voleur,--dans le même argot.

OUVRIR SA TABATIÈRE, v. a. _Crepitare_ sournoisement, sans bruit, mais non sans inconvénient,--dans l'argot du peuple, qui, en parlant de cet inconvénient, ajoute: _Drôle de prise!_

P

PACANT, s. m. Paysan,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Palot_.

PACHALESQUEMENT, ad. Voluptueusement,--dans l'argot des romantiques.

Cet adverbe oriental appartient à Théophile Dondey, plus inconnu sous le pseudonyme de Philotée O'Neddy.

PACKET, s. m. Paquebot,--dans l'argot des anglomanes et des créoles.

PACLIN ou PASQUELIN, s. m. Pays natal,--dans l'argot des voleurs.

_Pasquelin du Rabouin._ L'enfer, pays du diable.

PACLINAGE ou PASQUELINAGE, s. m. Voyage.

PACLINER, v. n. Voyager.

PACLINEUR, s. m. Voyageur.

PADOUE, s. f. Cordonnet rouge avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons.

PAF, adj. Gris, ivre,--dans l'argot des faubouriens.

PAFFER (Se), v. réfl. Boire avec excès.

PAFS, s. m. pl. Chaussures, neuves ou d'occasion.

PAGE BLANCHE, s. f. Homme distingué, ouvrier supérieur à son état,--dans l'argot des typographes.

_Être page blanche en tout._ Ne se mêler jamais des affaires des autres; être bon camarade et bon ouvrier.

PAGNE, s. m. Provisions que le malade ou le prisonnier reçoit du dehors et qu'on lui porte ordinairement dans un _panier_. Argot des voleurs.

PAIE (Bonne), s. f. Homme qui fait honneur à sa parole ou à sa signature,--dans l'argot des bourgeois.

_Mauvaise paie._ Débiteur de mauvaise foi.

Il faut prononcer _paye_, à la vieille mode.

PAÏEN, s. m. Débauché, homme sans foi ni loi, ne craignant ni Dieu ni diable,--dans l'argot du peuple, qui emploie là une expression des premiers temps de notre langue.

PAILLASSE, s. f. Corps humain,--dans l'argot des faubouriens.

_Se faire crever la paillasse._ Se faire tuer en duel,--ou à coups de pied dans le ventre.

On dit aussi _Paillasse aux légumes_.

PAILLASSE, s. f. Femme ou fille de mauvaise vie.

On dit aussi _Paillasse de corps de garde_, et _Paillasse à soldats_.

PAILLASSE, s. m. Homme politique qui change d'opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu'il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu'il met.

On dit aussi _Pitre_ et _Saltimbanque_.

PAILLASSON, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d'une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu'a aujourd'hui la chanson de l'_Assommoir_:

«Chaque soir sur le boulevard Ma petit' femm' fait son trimar, Mais si elle s'port' sus l'paillasson, J'lui coup' la respiration: Je suis poisson!»

PAILLE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.

PAILLE (C'est une)! Ce n'est rien! Argot du peuple.

L'expression est très ironique, et signifie toujours, dans la bouche de celui qui l'emploie, que ce rien est un obstacle sérieux.

PAILLE AU CUL (Avoir la). Être réformé, congédié; mis hors de service, par allusion au bouchon de paille qu'on met aux chevaux à vendre.

PAILLE DE FER, s. f. Baïonnette,--dans l'argot des troupiers.

Signifie aussi: Fleuret, Epée.

PAILLETÉE, s. f. Drôlesse du boulevard,--dans l'argot des voyous, qui sont souvent les premiers à fixer dans la langue une mode ou un ridicule. Pour les curieux de 1886, cette expression voudra dire qu'en 1866 les femmes du monde interlope portaient des paillettes d'or partout, sur leurs voilettes, dans leurs cheveux, sur leurs corsages, etc. Elle a été employée pour la première fois en littérature par M. Jules Claretie.

J'ai entendu aussi un voyou s'écrier, en voyant passer dans le faubourg Montmartre une de ces effrontées drôlesses qui ne savent comment dépenser l'or qu'elles ne gagnent pas: _Ohé! la Dantzick_.

PAILLOT, s. m. Paillasson à essuyer les pieds,--dans l'argot du peuple.

PAIN, s. m. Coussin de cuir,--dans l'argot des graveurs, qui placent dessus la pièce à graver, bois ou acier.

PAIN (Et du)! Exclamation ironique de l'argot du peuple, qui la coud à beaucoup de phrases, quand il veut refuser à des importuns ou se moquer de gens prétentieux. Ainsi: «As-tu cent sous à me prêter?--Cent sous! Et du pain?» Ou bien à propos d'un gandin qui passe, stick à la bouche, pince-nez sur l'œil: «Plus que ça de col! Et du pain?» etc.

PAIN BÉNIT (C'est). Ce n'est que justice, c'est bien fait.

PAIRE DE CYMBALES, s. f. Pièce de dix francs,--dans l'argot facétieux des faubouriens.

PALABRE, s. m. Discours ennuyeux, prudhommesque,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux marins, qui l'avaient emprunté à la langue espagnole, où, en effet, _palabra_ signifie _parole_.

PALAIS DU FOUR, s. m. Monument élevé par Charles Monselet, dans le _Figaro_, en l'honneur des victimes malheureuses de la littérature et de l'art, des artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une œuvre digne d'admiration, n'ont fait qu'une œuvre digne de risée.

PALE, s. m. As et deux,--dans l'argot des joueurs de dominos.

_Asinet._ As tout seul.

PALETOT, s. m. Cercueil,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

PALETTE, s. f. Guitare,--dans l'argot des musiciens ambulants.

PALICHON, s. m. Double blanc,--dans l'argot des joueurs de dominos.

Ils disent aussi _Blanchinet_.

PALLAS, s. m. Discours, bavardage,--dans l'argot des typographes et des voleurs.

_Faire pallas._ Faire beaucoup d'embarras à propos de peu de chose.

PALLASSEUR, s. m. Faiseur de discours, bavard.

PALMÉ, s. et adj. Homme bête comme une _oie_,--dans l'argot du peuple.

PALPER, v. a. et n. Toucher de l'argent,--dans l'argot des employés.

PALPITANT, s. m. Le cœur,--dans l'argot des voleurs.

PALTOQUET, s. m. Drôle, intrus, balourd,--dans l'argot des bourgeois.

PAMEUR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs qui ont remarqué que les poissons une fois hors de leur élément natal, font les yeux blancs.

PAMURE, s. f. Soufflet violent, à faire pâmer de douleur la personne qui le reçoit,--dans l'argot des faubouriens et des paysans de la banlieue de Paris.

PANACHER, v. a. Mélanger, mêler,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au propre et au figuré, à propos des choses et à propos des gens.

PANADE, s. et adj. Chose molle, de peu de valeur; femme laide. Argot des faubouriens.

PANAIS (Être en). Être en chemise, sans aucun pantalon.

PANAMA, s. m. Gandin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela par allusion à la mode des chapeaux de Panama, prise au sérieux par les élégants.

Le mot s'applique depuis aux chapeaux de paille quelconques.

PANAMA, s. m. Écorce d'arbre exotique qui sert à dégraisser les étoffes.

PANIER A SALADE, s. m. Voiture affectée au service des prisonniers,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Souricière_.

PANIER A SALADE, s. m. Petite voiture en osier à l'usage des petites dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.

PANIER AU PAIN, s. m. L'estomac.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _bread basket_, disent-ils.

PANIER AUX CROTTES, s. m. Le _podex_ et ses environs,--dans l'argot du peuple.

_Remuer le panier aux crottes._ Danser.

PANIER AUX ORDURES, s. m. Le lit,--dans l'argot des faubouriens.

PANIER PERCÉ, s. m. Prodigue, dépensier,--dans l'argot des bourgeois.

PANNA, s. m. Chose de peu de valeur, bonne à jeter aux ordures.

PANNE, s. f. Misère, gène momentanée,--dans l'argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de _pain_.

PANNE, s. f. Rôle de deux lignes,--dans l'argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un _pauvre_ rôle.

Se dit aussi d'un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d'un acteur ou la beauté d'une actrice.

PANNÉ, s. m. Homme qui n'a pas un sou vaillant,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas ces garçons-là.

PANNER, v. a. Gagner au jeu,--dans l'argot des faubouriens.

PANOUFLE, s. f. Vieille femme ou vieille chose sans valeur,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion au lambeau de peau qu'on mettait encore, il y a quelques années, aux sabots pour amortir le contact du bois.

Signifie aussi Perruque.

PANSER DE LA MAIN, v. a. Battre, donner des coups,--dans le même argot.

PANTALONNER UNE PIPE, v. a. La fumer jusqu'à ce qu'elle ait acquis cette belle couleur bistrée chère aux fumeurs.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que c'est le même verbe que _culotter_, mais un peu plus décent,--pas beaucoup.

PANTALON ROUGE, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des ouvriers.

On dit aussi _Pantalon garance_.

PANTALONS, s. m. pl. Petits rideaux destinés à dérober au public la vue des coulisses, qui sans cette précaution s'apercevraient par les portes ou les fenêtres au fond et nuiraient à l'illusion de la mise en scène.

PANTALZAR, s. m. Pantalon,--dans l'argot des faubouriens.

PANTE, s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs,--volontairement avec les premières, contre son gré avec les seconds.

_Pante argoté._ Imbécile parfait.

_Pante arnau._ Dupe qui s'aperçoit qu'on la trompe et qui renaude.

_Pante désargoté._ Homme difficile à tromper.

Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent _pantre_. Francisque Michel, lui, dit _pantre_, et fidèle à ses habitudes, s'en va chercher un état civil à ce mot jusqu'au fond du moyen âge. Pourquoi _pante_ ne viendrait-il pas de _pantin_ (homme dont on fait ce qu'on veut), ou de _Pantin_ (Paris)? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens comme leur proie! Si cette double étymologie ne suffisait pas, j'en ai une autre en réserve: _Ponte_. Le ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s'expose à _payer souvent_. Pourquoi pas? _Dollar_ vient bien de _thaler_.

PANTIN, n. de v. Paris,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Pampeluche_ et _Pantruche_. «_Pantin_, dit Gérard de Nerval, c'est le Paris obscur. _Pantruche_, c'est le Paris canaille.»

_Dans le goût de Pantin._ Très bien, à la dernière mode.

PANTIN, s. m. Homme sans caractère,--dans l'argot du peuple qui sait que nous sommes cousus de fils à l'aide desquels on nous fait mouvoir contre notre gré.

PANTINOIS, s. m. Parisien.

PANTOUFLE. Mot que le peuple ajoute ordinairement à _Et cætera_, comme pour mieux marquer son dédain d'une énumération fastidieuse.

Sert aussi de terme de comparaison péjorative.

_Bête comme ma pantoufle._ Très bête.

_Raisonner comme une pantoufle._ Très mal.

PANTOUFLÉ, s. m. Ouvrier tailleur,--dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que ces ouvriers sortent volontiers en pantoufles.

PANTUME, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des voleurs.

Quelques lexicographes de Clairvaux disent _Panturne_.

PAPA, s. m. Père,--dans l'argot des enfants, dont ce mot est le premier bégaiement.

_Bon-papa._ Grand-père.

PAPA (A la), adv. Avec bonhomie, tranquillement,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec une nuance d'ironie.

PAPAVOINER, v. a. Assassiner aussi froidement que fit Papavoine des deux petits enfants dont il paya la vie de sa tête.

L'expression, qui a eu cours il y a une trentaine d'années, a été employée en littérature par le chansonnier Louis Festeau.

PAPE, s. m. Imbécile,--dans l'argot des faubouriens.

PAPE COLAS, s. m. Homme qui aime à prendre ses aises, à _se prélasser_,--dans l'argot du peuple.

PAPELARD, s. m. Papier,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu coudre une désinence de fantaisie au _papel_ espagnol.

PAPIER JOSEPH, s. m. Billet de banque,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Papier de soie_.

PAPIER PUBLIC, s. m. Journal,--dans l'argot des paysans de la banlieue.

PAPILLON, s. m. Blanchisseur,--dans l'argot des voleurs, qui ont transporté à la profession l'épithète qui conviendrait à l'objet de la profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.

PAPILLONNE, s. f. Amour du changement, ou plutôt Changement d'amour,--dans l'argot des fouriéristes.

On dit aussi _Alternante_.

PAPILLONNER, v. n. Aller de belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur,--dans l'argot du peuple.

Il y a près de deux siècles que le mot est en circulation. On connaît le mot de madame Deshoulières à propos de mademoiselle d'Ussel, fille de Vauban: «Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige.» Fourier n'a inventé ni le nom ni la chose.

PAPILLOTES, s. f. pl. Billets de banque,--dans lesquels les gens aussi riches que galants enveloppent les dragées qu'ils offrent aux petites dames.

PAPOTAGE, s. m. Causerie familière; bavardage d'enfants ou d'amoureux. Argot des gens de lettres.

PAPOTER, v. n. Babiller comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.

PAQUEMON, s. m. Paquet ou ballot,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Paquecin_.

PAQUET, s. m. Compte,--dans l'argot du peuple.

_Avoir son paquet._ Être complètement ivre.

_Recevoir son paquet._ Être congédié par un patron, ou abandonné par un médecin, ou extrême-onctionné par un prêtre.

_Faire son paquet._ Faire son testament.

_Risquer le baquet._ S'aventurer, oser dire ou faire quelque chose.

PAQUETS, s. m. pl. Médisance, _ragots_.

_Faire des paquets._ Médire et même calomnier.

PARADIS, s. m. Amphithéâtre des quatrièmes,--dans l'argot des coulisses.

PARADIS, s. m. La fosse commune,--dans l'argot ironique des marbriers de cimetière.

PARADOUZE, s. f. Paradis,--dans l'argot calembourique du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme en témoignent ces vers extraits du _Roman du Renart_:

«..... Li sainz Esperiz De la seue ame s'entremete Tant qu'en paradouse la mete, Deux lieues outre Paradiz, Où nus n'est povre ne maudis.»

PARE-A-LANCE, s. m. Parapluie,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.

On dit aussi _En-tous-cas_. Cette dernière expression, dit Vidocq,--et cela va scandaliser beaucoup de bourgeoises qui l'emploient de confiance, lui croyant une origine honnête,--cette dernière expression a été trouvée par un détenu de Bicêtre, le nommé Coco.

PARAPHE, s. m. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se plaît à déposer son seing sur la joue de ses adversaires.

_Détacher un paraphe._ Donner un soufflet.

PARÉ (Être). Avoir subi la «fatale toilette» et être prêt pour la guillotine,--dans l'argot des prisons.

Les bouchers emploient la même expression lorsqu'ils viennent de _faire_ un mouton.

PAREIL AU MÊME (Du). La même chose ou le même individu,--dans l'argot des faubouriens.

PARER LA COQUE, v. a. Echapper par la fuite à un châtiment mérité; parer habilement aux inconvénients d'une situation, dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

PARFAIT AMOUR, s. m. Liqueur de dames,--dans l'argot des faubouriens. On dit aussi _Crème de cocu_.

PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER. Eau-de-vie d'une qualité au-dessous de l'inférieure.

PARISIEN, s. m. Homme déluré, inventif, loustic,--dans l'argot des troupiers.

PARISIEN, s. m. Niais, novice,--dans l'argot des marins.

PARISIEN, s. m. Vieux cheval invendable,--dans l'argot des maquignons.

PARLER BOUTIQUE, v. n. Ne s'entretenir que des choses de l'état qu'on exerce, de l'emploi qu'on remplit, contrairement aux règles de la civilité, qui veulent qu'on s'occupe peu de soi quand on cause avec les autres. Argot du peuple.

PARLER CHRÉTIEN, v. n. Parler nettement, clairement, de façon que personne ne s'y trompe.

PARLER EN BAS-RELIEF, v. n. A voix basse, entre ses dents. Argot des artistes.

PARLER LANDSMAN, v. n. Parler la langue allemande,--dans l'argot des ouvriers.

PARLER PAPIER, v. n. Écrire,--dans l'argot des troupiers.

PARLER ZE-ZE, v. n. Bléser, substituer une consonne faible à une consonne forte, ou l'_s_ au _g_, ou le _z_ à l'_s_. Argot du peuple.

PARLOIR DES SINGES, s. m. Parloir où les prisonniers sont séparés des visiteurs par un double grillage. Argot des voleurs.

PARLOTTE, s. f. Lieu où l'on fait des commérages, que ce soit la Chambre des députés ou le Café Bouvet; tel foyer de théâtre ou telle loge de danseuse.

Plus spécialement l'endroit où se réunissent les avocats.

PARLOTTER, v. n. Bavarder.

PARLOTTERIE, s. f. Abondance de paroles avec une pénurie d'idées.

L'expression est d'Honoré de Balzac.

PARLOTTEUR, s. m. Bavard.

PARMESARD, s. m. Pauvre diable à l'habit râpé comme _parmesan_,--dans l'argot facétieux des faubouriens.

PAROISSIEN, s. m. Individu suspect,--dans l'argot du peuple.

_Drôle de paroissien._ Homme singulier, original, qui ne vit pas comme tout le monde.

PAROISSIEN DE SAINT PIERRE AUX BOEUFS, s. m. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui sait que ce saint est le _patron des grosses bêtes_.

PARON, s. m. Palier de maison, _carré_,--dans l'argot facétieux des voleurs.

PAROXISTE, s. m. Écrivain qui, comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval et Ponson du Terrail, recule les limites de l'invraisemblance et de l'extravagance dans le roman.

Le mot est de Charles Monselet.

PARQUE (La). La Mort,--dans l'argot des académiciens.

PARRAIN, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs.

Signifie aussi Témoin.

_Parrain fargueur._ Témoin à charge.

_Parrain d'altéque._ Témoin à décharge.

PARTAGEUSE, s. f. Femme entretenue qui a l'habitude de prendre la moitié de la fortune des hommes,--quand elle ne la leur prend pas tout entière. Argot des gens de lettres.

L'expression date de 1848, et elle appartient à Gavarni.

PARTAGEUX, s. m. Républicain,--dans l'argot des paysans de la banlieue.

PARTI (Être). Être gris, parce qu'alors la raison s'en va avec les bouchons des bouteilles vidées. Argot des bourgeois.

On dit aussi _Être parti pour la gloire_.

PARTICULIER, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des troupiers.

PARTICULIER, s. m. Individu quelconque,--dans l'argot du peuple, qui prend ordinairement ce mot en mauvaise part.

PARTICULIÈRE, s. f. Maîtresse, _bonne amie_,--dans l'argot des troupiers.

D'après Laveaux, cette expression remonterait aux bergers du Lignon, c'est-à-dire au XVIIe siècle. «On lit à chaque instant dans l'_Astrée_: _Particulariser une dame_, _en faire sa particulière dame_, pour lui adresser des hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le _Secrétaire des Amants_ à nos soldats, qui n'ont fait que les abréger.»

PARTIE, s. f. Aimable débauche de vin ou de femmes.

_Partie carrée._ Partie de plaisir à quatre, deux hommes et deux femmes.

_Partie fine._ Rendez-vous amoureux dans un cabinet particulier.

_Être en partie fine._ Être avec une dame n'importe où.

PARTIE, s. f. Pièce montée où chacun paie son rôle,--dans l'argot des acteurs amateurs. C'est une sorte de pique-nique théâtral.

_Monter une partie._ Monter une pièce destinée à être jouée sur un théâtre de campagne.

PARTIE DE TRAVERSIN (Faire une). Dormir à deux,--dans l'argot des faubouriens.

Les Anglais ont une expression analogue: _To read a curtain lecture_ (faire un cours de rideaux), disent-ils.

PARTIES CHARNUES (Les). Les _nates_,--dans l'argot des bourgeois.

PARTIR DU PIED DROIT. Bien commencer une affaire, l'engager gaiement et résolument. Argot du peuple.

Quand on veut décider quelqu'un on dit: «Allons, partons du pied droit!» C'est un ressouvenir des superstitions païennes. Quand Encolpe et Ascylte se disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux esclaves de Trimalcion leur crie: _Dextro pede! Dextro pede!_

PASCAILLER, v. n. Prendre le tour de quelqu'un, lui enlever un avantage, le supplanter. Argot des voleurs.

PAS DE ÇA, LISETTE! Formule de refus ou de négation,--dans l'argot du peuple, qui connaît son Béranger.

PAS GRAND'CHOSE, s. m. Fainéant; homme sans moralité et sans courage, _vaurien_.

PAS GRAND'CHOSE, s. f. Drôlesse, bastringueuse, _vaurienne_.

PAS MÉCHANT, adj. Laid, pauvre, sans la moindre valeur,--dans l'argot des faubouriens et des filles, qui emploient cette expression à propos des gens comme à propos des choses. Ainsi, un chapeau qui n'est pas méchant est un chapeau ridicule--parce qu'il est passé de mode; un livre qui n'est pas méchant est un livre ennuyeux,--parce qu'il ne parle pas assez de Cocottes et de Cocodès, etc.

PASSADE, s. f. Feu de paille amoureux,--dans l'argot des bourgeois.

PASSADE, s. f. Action de passer sur la tête d'un autre nageur en le faisant plonger ainsi malgré lui. Argot des écoles de natation.

_Donner une passade._ Forcer quelqu'un à plonger en lui passant sur la tête.

PASSADE, s. f. Jeu de scène qui fait changer de place les acteurs,--dans l'argot des coulisses.

_Régler une passade._ Indiquer le moment où les personnages doivent se ranger dans un nouvel ordre,--le numéro un se trouvant à la gauche du public.

PASSE, s. f. Guillotine,--dans l'argot des voleurs.

_Être gerbé à la passe._ Être condamné à mort.

PASSE, s. f. Situation bonne ou mauvaise,--dans l'argot du peuple.

PASSE, s. f. «Echange de deux fantaisies», dont l'une intéressée. Argot des filles.

_Maison de passe._ Prostibulum d'un numéro moins gros que les autres. M. Béraud en parle à propos de la _fille à parties_: «Si elle se fait suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup d'œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s'arrête à la porte d'une maison ordinairement de belle apparence; là elle attend son monsieur, elle s'explique ouvertement avec lui, et, s'il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l'on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison».

_Faire une passe._ Amener un noble inconnu dans cette maison «de belle apparence».

PASSÉ AU BAIN DE RÉGLISSE (Être). Appartenir à la race nègre,--dans l'argot des faubouriens.

PASSE-CARREAU, s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les coutures des manches. Argot des tailleurs.

PASSE-CRIC, s. m. Passeport,--dans l'argot des voleurs.

PASSE-LACET, s. m. Fille d'Opéra, ou d'ailleurs,--dans l'argot des libertins d'autrefois, qui est encore celui des libertins d'aujourd'hui.

PASSE-LANCE, s. m. Bateau,--dans l'argot des voleurs.

PASSEPORT JAUNE, s. m. Papiers d'identité qu'on délivre aux forçats à leur sortie du bagne.

PASSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des bourgeois.

PASSER AU BLEU, v. a. Supprimer, vendre, effacer; manger son bien. Argot des faubouriens.

On disait, il y a cinquante ans: _Passer_ ou _Aller au safran_. Nous changeons de couleurs, mais nous ne changeons pas de mœurs.

PASSER AU DIXIÈME, v. n. Devenir fou,--dans l'argot des officiers d'artillerie.

PASSER DE BELLE (Se). Ne pas recevoir sa part d'une affaire,--dans l'argot des voleurs.

PASSER DEVANT LA GLACE, v. n. Payer,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que, même dans leurs cafés populaciers, le comptoir est ordinairement orné d'une glace devant laquelle on est forcé de stationner quelques instants.

PASSER DEVANT LA MAIRIE, v. n. Se marier sans l'assistance du maire et du curé,--dans l'argot du peuple.

PASSER LA JAMBE, v. a. Donner un croc-en-jambe.

PASSER LA JAMBE A THOMAS, v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée,--dans l'argot des soldats et des prisonniers.

PASSER LA MAIN SUR LE DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le flatter, lui dire des choses qu'on sait devoir lui être agréables. Argot du peuple.

On dit aussi _Passer la main sur le ventre_.

PASSER L'ARME A GAUCHE, v. a. Mourir,--dans l'argot des troupiers et du peuple.

On dit aussi _Défiler la parade_.