Dictionnaire de la langue verte

Part 31

Chapter 313,679 wordsPublic domain

MONSTRE, adj. Étonnant, colossal,--dans l'argot du peuple.

MONSTRICO, s. m. Personne laide comme un petit _monstre_.

Le mot appartient à H. de Balzac.

MONT, s. m. Établissement du Mont-de-Piété,--dans l'argot des faubouriens.

_Le grand Mont._ Le Mont-de-Piété de la rue des Blancs-Manteaux.

_Le Petit Mont._ Le commissionnaire au Mont-de-Piété.

MONTAGNARD, s. m. Cheval de renfort destiné à être mis en flèche aux omnibus pour les montées difficiles.

MONTAGNARD, s. m. Beignet au centre duquel est un peu de confitures de groseilles.

L'expression date de 1848: elle a été appliquée à cette sorte de beignet, par les Associations de cuisiniers, et n'a pas plus duré qu'elles.

MONTANT, s. m. Forte saveur; relief bien accusé.

Se dit à propos des choses et des personnes. Une phrase a du _montant_ quand elle est énergique. Une femme a du _montant_ quand elle a du cynisme.

MONTANT, s. m. Pantalon,--dans l'argot des voleurs.

MONTANTE, s. f. Echelle,--dans le même argot.

MONTER, v. n. S'emporter, se mettre en colère,--dans l'argot du peuple.

_Faire monter quelqu'un._ L'exaspérer, l'agacer.

MONTER A L'ARBRE, v. n. Être le jouet innocent de quelques farceurs qui font pour vous, homme, ce que d'autres farceurs font pour Martin, ours, au Jardin des Plantes,--sans réfléchir que, furieux d'être ainsi joué, vous pouvez leur casser les reins d'un coup de griffe.

On dit aussi _Monter à l'échelle_.

MONTER EN GRAINE, v. n. Vieillir,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des filles destinées à coiffer sainte Catherine.

MONTER LA TÊTE (Se), v. réfl. Se donner un courage factice, soit en buvant, soit en se répétant les outrages qu'on a subis et dont on veut tirer raison. Argot du peuple.

MONTER LE COUP (Se), v. réfl. Se faire des illusions à propos de quelqu'un ou de quelque chose; s'attendre à une félicité improbable ou à une fortune impossible.

On dit aussi _se monter le baluchon_.

MONTER LE COUP A QUELQU'UN, v. a. Le tromper; lui promettre une chose qu'il désire et qu'on sait ne pas pouvoir lui donner; mentir.

On dit aussi _Monter des couleurs_ et _monter le Job_.

MONTER QUELQU'UN, v. a. L'exciter par des paroles à faire une chose qu'il ne ferait pas de lui-même.

MONTER SUR LA TABLE, v. n. Lever le masque,--dans l'argot des voleurs, qui ne font cela que par bravade, comme Lacenaire s'accusant lui-même d'un crime pour entraîner dans sa chute un complice.

MONTER SUR SES ERGOTS, v. n. S'emporter, faire de violents reproches à quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Monter sur ses grands chevaux_.

MONTEUR DE COUPS, s. m. Homme qui vit de mensonges et d'expédients, chevalier d'industrie; escroc.

MONTEUSE DE COUPS, s. f. Drôlesse qui joue du sentiment avec plus ou moins d'habileté et s'en fait plus ou moins de revenus.

MONTMORENCY, s. f. Cerises de Montmorency,--dans l'argot du peuple, qui dit de même _Montreuil_ pour pêche, _Fontainebleau_ pour raisin de treille, _Valence_ pour orange.

MONTRER LA COUTURE DE SES BAS, Rompre son engagement,--dans l'argot des cabotins.

MONTRER LES TALONS, v. a. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot du peuple.

MONTRER SON NEZ, v. a. Faire une courte apparition quelque part,--dans l'argot des employés qui, après avoir montré leur nez à leur ministère, ne craignent pas de lui montrer aussitôt les talons.

MOQUER COMME DE L'AN QUARANTE (S'en). Complètement, comme d'une année qui n'arrivera jamais. Argot des bourgeois.

Le peuple dit: _S'en foutre comme de l'an 40_.

MORACE, s. f. Inquiétude, danger, remords,--dans l'argot des voleurs, qui ont cependant très rarement des «puces à la muette».

_Battre morace._ Crier à l'assassin.

MORASSE, s. f. Dernière épreuve d'un journal,--dans l'argot des typographes, qui savent mieux que personne être _moracii_, c'est-à-dire en retard, _morari_.

MORCEAU D'ARCHITECTURE, s. m. Discours lu ou parlé,--dans l'argot des francs-maçons.

MORCEAU DE GRUYÈRE, s. m. Figure marquée de la petite vérole,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux trous du fromage de Gruyère.

MORCEAU DE ROI, s. m. Belle fille, jeune et appétissante,--dans l'argot des bourgeois, parmi lesquels on trouverait sans peine quelques Lebel, si on en avait besoin pour quelque Parc-aux-Cerfs.

MORCEAU DE SALÉ, s. m. Femme chargée d'embonpoint,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi de quelqu'un malpropre d'habits ou de discours.

MORCEAU HONTEUX, s. m. Le dernier morceau d'un plat,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas y toucher, malgré les sollicitations de leur appétit, parce que la «civilité puérile et honnête» le leur défend.

MORDANTE, s. f. Scie, lime,--dans l'argot des voleurs.

MORDRE (Ne pas), v. n. Être sans force, sans esprit, sans beauté,--dans l'argot des faubouriens et des filles.

On dit aussi, en employant la même ironie: _N'être pas méchant_.

MORDRE (Se faire). Se faire reprendre, réprimander, humilier, battre,--dans l'argot du peuple.

MORFE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot et ses dérivés à la vieille langue des honnêtes gens.

MORFIAILLER, v. n. Manger,--dans le même argot, plagiaire de la bonne langue: «Là, là, là, c'est morfiaillé, cela!» dit Rabelais au _Propos des beuveurs_.

On dit aussi _Morfer_, _Morfier_ et _Morfiller_.

MORFIANTE, s. f. Assiette.

On dit aussi _Limonade_.

MORFILLER LE DARDANT (Se). Se faire du mauvais sang, _se manger le cœur_.

MORGANE, s. f. Sel,--dans le même argot.

_Flouant de la morgane._ Escroquerie commise au moyen d'un paquet de sel et d'un mal de dents supposé.

MORGANER, v. a. Mordre,--dans le même argot.

Signifie aussi Nuire, comme le prouvent ces deux vers de la parodie du _Vieux Vagabond_ de Béranger, par MM. Jules Choux et Charles Martin:

«Comme un coquillon qui morgane Que n'aplatissiez-vous l'gonsier?...»

MORICAUD, s. m. Charbon,--dans le même argot.

Signifie aussi Broc de marchand de vin,--qu'un long usage a noirci.

MORICAUD, s. et adj. Nègre, mulâtre,--dans l'argot des faubouriens.

_Moricaude._ Négresse.

MORILLO, s. m. Chapeau à petits bords que portaient les royalistes au temps de la guerre entre Bolivar et Morillo, c'est-à-dire entre les Républiques de l'Amérique du Sud et le roi d'Espagne. Les libéraux, eux, portaient le bolivar.

MORNANTE, s. f. Bergerie,--dans l'argot des voleurs.

MORNE, s. f. Brebis, mouton.

On dit aussi _Morné_, ou plutôt _mort-né_, qui est la véritable orthographe, parce que c'est la véritable étymologie du mot.

MORNÉE, s. f. Bouchée.

MORNIER, s. m. Berger.

MORNIFLE, s. f. Soufflet, coup de poing,--dans l'argot du peuple.

MORNIFLE, s. f. Monnaie,--dans l'argot des voleurs, qui se la disputent à coups de poing.

_Mornifle tarte._ Fausse monnaie.

MORNIFLEUR TARTE, s. m. Faux-monnayeur.

MORPHÉE, s. m. Sommeil,--dans l'argot des académiciens et des bourgeois.

_Se jeter dans les bras de Morphée._ Se coucher.

_Être dans les bras de Morphée._ Dormir.

MORPION, s. m. Gamin, enfant désagréable, _irritant_,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi, par respect humain, _morbaque_; mais la première expression vaut mieux, parce qu'elle est plus franche. Elle se trouve avec son sens _entomologique_ dans les _Touches_ du seigneur des Accords, qui dit à Barbasson:

«Tu as ta barbe si rude, Et les cheveux si épais, Qu'il semble avoir deux forêts Où loge une multitude De morpions et de poux, Au lieu de cerfs et de loups.»

MORT, s. m. Partner imaginaire à qui l'on réserve des cartes comme s'il était vivant,--dans l'argot des joueurs de whist et de mistigri.

_Faire un mort._ Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu de la quatrième--absente.

_Prendre le mort._ Changer les cartes qu'on vous a données, et qu'on trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.

MORUE, s. f. Femme sale, dégoûtante,--dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi, comme injure, d'une Femme laide et d'une gourgandine.

MORVEUX, s. m. Gamin; homme sans conséquence,--dans l'argot du peuple, qui daigne quelquefois _moucher_ ces adversaires-là comme les autres.

MORVIAU, s. m. Le nez,--dans l'argot des faubouriens.

Se dit aussi pour les Mucosités qui sortent du nez.

MOT, s. m. Trait spirituel, repartie plaisante,--dans l'argot des gens de lettres.

_Faire des mots._ Emailler la conversation de plaisanteries et de concetti.

MOT DE CAMBRONNE (Le). Ce n'est pas «La garde meurt et ne se rend pas!» mais tout simplement «Merde!» La phrase propre n'eût peut-être pas été entendue au milieu du bruit du canon, dans cette mêlée sanglante de Waterloo; tandis que le mot énergique que tout le monde connaît était la seule réponse possible en un pareil moment.

MOT DE LA FIN.--La nouvelle à la main, souvent cruelle pour quelqu'un, par laquelle un chroniqueur doit terminer sa chronique.

MOT DE VALEUR, s. m. Mot ou phrase d'un rôle, qu'un acteur lance avec finesse ou avec énergie, selon les cas, et qui produit un grand effet sur le public. Argot des coulisses.

La _Croix de mon père ou de ma mère_,--_Je ne mange pas de ce pain-là_,--_J'ai l'habit d'un laquais, et vous en avez l'âme_, etc., etc., sont des mots de valeur.

MOTIF, s. m. Sujet de paysage,--dans l'argot des artistes.

MOTS, s. m. pl. Injures; reproches,--dans l'argot des ouvriers et des grisettes.

_Avoir des mots avec quelqu'un._ Se fâcher avec lui.

MOTS GRAS, s. m. pl. Gaillardises,--dans l'argot des bourgeois, dont le langage est taché de ces mots-là.

MOTTEUX, s. m. Ouvrier en mottes à brûler,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Marchand de mottes.

MOUCHAILLER, v. n. Regarder, observer sans en avoir l'air,--dans l'argot des voyous.

MOUCHARD, s. m. Agent de police,--dans l'argot du peuple qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Molière.

Se dit aussi de tout individu qui a l'air d'espionner, de tout ouvrier qui _rapporte_, etc.

MOUCHARD, s. m. Portrait peint, parce qu'il a l'air de vous regarder, où que vous vous mettiez.

MOUCHARD A BECS, s. m. Réverbère,--dans l'argot des voyous.

MOUCHARDE, s. f. La lune, qui, de ses gros yeux ronds, a l'air d'assister au détroussement ou au meurtre d'un homme sur une route.

MOUCHARDER, v. a. et n. Espionner la conduite de quelqu'un.

MOUCHE, s. f. Agent de police,--en général et en particulier.

MOUCHE, s. f. Mousseline,--dans l'argot des voleurs.

MOUCHE, adj. des 2 g. Mauvais, laid, désagréable, _embêtant comme une mouche_,--dans l'argot des faubouriens.

MOUCHER, v. a. Attraper, donner une correction, un soufflet,--dans le même argot.

_Se faire moucher._ Se faire battre.

On dit aussi _Se faire moucher le quinquet_.

MOUCHER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple.

MOUCHER DU PIED (Ne pas se). Avoir le geste prompt et le soufflet facile.

Signifie aussi Avoir des allures de bourgeois, et même de grand seigneur.

On dit dans le même sens: _Ne pas se moucher du coude_.

MOUCHER LA CHANDELLE, v. a. Être décidé à mourir sans postérité.

On dit aussi _Effacer_.

MOUCHER SA CHANDELLE. Mourir.

MOUCHER SUR SA MANCHE (Se), v. réfl. N'avoir pas encore l'expérience nécessaire, la rouerie indispensable; en être à ses débuts dans la vie.

_Ne pas se moucher sur sa manche._ Être hardi, résolu, expérient, «malin».

Cette expression est la révélation d'un trait de mœurs certainement oublié, et peut-être même ignoré de ceux qui l'emploient: elle apprend qu'autrefois on mettait son mouchoir sur sa manche gauche pour se moucher de la main droite.

MOUCHERON, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.

MOUCHES D'HIVER, s. f. pl. Flocons de neige.

_Il tombe des mouches d'hiver._ Il neige.

MOUCHETTES, s. f. pl. Mouchoir,--dans l'argot des faubouriens, qui s'en servent pour les _chandelles_.

MOUCHETTES (Des)! Exclamation de refus, de la même famille que _Des navets!_Du flan!_ etc.

MOUCHIQUE, adj. Extrêmement _muche_,--dans l'argot de Breda-Street.

MOUCHIQUE, adj. Laid, mauvais,--dans l'argot des voleurs, qui, pour forger ce mot, n'ont pas dû songer aux _moujiks_ russes de 1815, comme l'insinue Francisque Michel, mais ont eu certainement en vue leurs ennemis naturels, les _mouchards_.

_Être mouchique à la section._ Être mal noté chez le commissaire de police de son quartier.

MOUCHOIR, s. m. Aniterge,--dans l'argot des bourgeois.

MOUCHOIR, s. m. La main,--dans l'argot des faubouriens, qui ont l'habitude de s'en servir pour _moucher_ les autres et se moucher eux-mêmes.

Ils s'en servent aussi comme Aniterge.

MOUCHOIR D'ADAM, s. m. Les doigts.

MOUCHOIR DE POCHE, s. m. Pistolet de poche, avec lequel on peut _moucher_ les importuns de nuit à quinze pas. Argot des faubouriens.

MOUDRE, v. a. et n. Jouer de l'orgue de Barbarie ou de la serinette.

On dit aussi _Moudre un air_.

MOUFFLET, s. m. Enfant, gamin, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui a dit autrefois _moufflard_, dérivé du verbe _mouffler_ (enfler le visage), inusité aujourd'hui.

MOUILLANTE, s. f. Soupe,--dans l'argot des voyous.

MOUILLÉ (Être), v. pron. Être signalé comme suspect,--dans l'argot des agents de police.

MOUILLÉ (Être), Être ivre,--dans l'argot des faubouriens.

MOUILLER (Se), v. réfl. Boire avec excès.

MOUISSE, s. f. Soupe économique, potage à la Rumfort,--dans l'argot des voleurs et des troupiers.

MOULE A BLAGUES, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens.

MOULE A BOUTONS, s. m. Pièce de vingt francs,--dans l'argot des voyous.

MOULE A CLAQUES, s. m. Figure impertinente qui provoque et attire des soufflets,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi pour la main, qui distribue si généreusement les soufflets.

MOULE A GAUFRES, s. m. Figure marquée de trous de petite vérole,--par allusion cruelle aux dessins capricieux des deux plaques de fer qui servent à faire la pâtisserie légère et croquante qui nous vient des Flandres et qu'affectionnent les enfants.

MOULE AUX GUILLEMETS, s. m. C'est l'_Huile de cotrets_ des troupiers.

MOULE DE GANT, s. m. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens.

MOULE DU BONNET, s. m. La tête,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais.

MOULIN, s. m. Maison du recéleur de plomb volé, qu'on appelle le _meunier_.

MOULIN A CAFÉ, s. m. Orgue de Barbarie, qui semble en effet moudre des airs. Argot du peuple.

MOULIN A MERDE, s. m. La bouche,--dans l'argot du peuple. L'expression est horriblement triviale, j'aurais mauvaise grâce à le dissimuler, mais le peuple est excusé de l'employer par certaine note du 1er volume de _la Régence_, d'Alexandre Dumas.

MOULIN A VENT, s. m. Le _podex_,--dans l'argot facétieux et scatologique des faubouriens.

MOULINAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot des voleurs.

MOULINER, v. n. Bavarder.

MOULOIR, s. m. La bouche,--dans l'argot des voleurs.

MOUNIN, s. m. Petit garçon, apprenti,--dans l'argot des faubouriens.

MOUSCAILLE, s. f. Le résultat de la digestion,--dans l'argot des voleurs.

MOUSCAILLER, v. a. _Alvum deponere._

MOUSQUETAIRE GRIS, s. m. Pou,--dans l'argot du peuple, qui aime les facéties.

MOUSSANTE, s. f. Bière de mars,--dans l'argot des faubouriens.

MOUSSE, s. m. Apprenti commis,--dans l'argot des _calicots_.

MOUSSE, s. f. Le résultat de la fonction du plexus mésentérique,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

MOUSSELINE, s. f. Fers dont on charge un prisonnier,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

MOUSSELINE, s. f. Pain blanc, léger, agréable au toucher comme au goût,--dans l'argot des faubouriens.

MOUSSER, v. n. _Alvum deponere._

MOUSSER, v. n. S'emporter, être en _rage_, de dépit ou de colère,--dans l'argot des faubouriens.

MOUSSER, v. n. Avoir du succès,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.

_Faire mousser._ Préparer le succès d'un auteur ou d'une pièce par des éloges exagérés et souvent répétés.

MOUSSER (Se faire). Se vanter, parler sans cesse de ses talents ou de ses qualités. Argot du peuple.

MOUSSERIE, s. f. _Water-closets_,--dans l'argot des voyous.

MOUSSEUX, adj. Redondant, hyperbolique,--dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.

MOUSSU, s. m. Le sein de la femme, d'où sort le lait,--dans l'argot des voleurs.

MOUSSUE, s. f. Châtaigne,--dans le même argot.

MOUSTACHU, s. et adj. Homme à moustaches,--dans l'argot des bourgeois.

MOUTARD, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui, n'en déplaise à P. J. Leroux et à Francisque Michel, n'a eu qu'à regarder la chemise du premier polisson venu pour trouver cette expression.

MOUTARDE, s. f. Le _stercus_ humain.

MOUTARDIER, s. m. Le _podex_.

On disait autrefois _Baril à la moutarde_, et _Réservoir à moutarde_.

MOUTARDIER, s. m. _Goldfinder_.

On dit aussi _Parfumeur_.

MOUTARDIER DU PAPE, s. m. Homme qui s'en fait accroire, imbécile vaniteux. On dit qu'_il se croit le premier moutardier du pape_.

MOUTON, s. m. Matelas,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement.

_Mettre son mouton au clou._ Porter son matelas au Mont-de-Piété.

MOUTON, s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.

MOUTONNAILLE, s. f. La foule,--dans l'argot du peuple, qui sait par expérience personnelle quelle est la contagion de l'exemple.

MOUTONNER, v. a. et n. Moucharder et dénoncer.

MOUVER (Se), v. réfl. Se remuer,--dans l'argot du peuple.

MOYEN-AGISTE, s. et adj. Amateur des choses et admirateur des idées du moyen âge.

Le mot est de H. de Balzac.

MOYENS, s. m. pl. Richesse,--dans l'argot des bourgeois.

_Avoir des moyens._ Être à son aise.

Signifie aussi: Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.

MUCHE, s. m. Jeune homme poli, doux, aimable, réservé,--dans l'argot des petites dames qui le trouvent trop collant.

MUCHE, adj. Excellent, délicieux, parfait,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos d'une soupe à l'oignon.

MUETTE, s. f. La conscience,--dans l'argot des voleurs, qui ont arraché la langue à la leur.

_Avoir une puce à la muette._ Avoir un remords; entendre--par hasard!--le cri de sa conscience.

MUETTE, s. f. Exercice muet, c'est-à-dire pendant lequel on ne fait pas résonner les fusils, par taquinerie ou par fantaisie. Argot des Saint-Cyriens.

_Donner une muette._ Faire un exercice.

MUFFLE, s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu'humain,--dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents ans.

Il trouve plus euphonique de prononcer _Muffe_.

MUFFLE, s. et adj. Imbécile, goujat, brutal.

M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s'en va jusqu'à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et il en rapporte _muf_ et _mouf_,--afin qu'on puisse choisir. Je choisis _muffle_, tout naturellement, autorisé que j'y suis par un trope connu de tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à l'individu tout entier le nom donné à une partie de l'individu.

MUFFLE, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas la blouse.

MUFFLERIE, s. f. Sottise, niaiserie; brutalité.

On dit aussi _Muffletonnerie_.

MUFFLETON, s. m. Petit muffle, jeune imbécile.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on prononce _Muffeton_.

MULET, s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page,--dans l'argot des typographes.

MURETTE, s. f. La giroflée des _murailles_,--dans l'argot des paysans des environs de Paris.

MURGÉRISME, s. m. Littérature mal portante, marmiteuse, pleurarde; affectation de sensibilité; exagération du style et de la manière d'Henry Murger,--dont les imitateurs n'imitent naturellement que les défauts.

MURGÉRISTE, s. et adj. Qui appartient à l'école de Murger, qui en a les défauts sans en avoir les qualités.

MURON, s. m. Sel,--dans l'argot des voleurs.

MURONNER, v. a. Saler.

MURONNIER, s. m. Saunier.

MURONNIÈRE, s. f. Salière.

MUSARD, s. et adj. Flâneur, gobe-mouche,--dans l'argot du peuple.

Nous avons, en vieux langage, _Musardie_ pour Sottise.

MUSARDER, v. n. Flâner.

On dit aussi _Muser_.

MUSARDINE, s. f. Habituée des Concerts-Musard,--où n'allait pas précisément la fine fleur de l'aristocratie féminine.

Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.

MUSCADIN, s. m. Fat, dandy plus ou moins authentique,--dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir des gandins du Directoire.

MUSEAU, s. m. Entonnoir en carton, au petit bout duquel est adaptée la loupe,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui s'en coiffent le front.

MUSELÉ, s. m. Imbécile, homme qui n'est bon à rien qu'à bavarder,--dans l'argot du peuple.

MUSETTE, s. f. Gibecière en toile à l'usage des troupiers et des ouvriers.

MUSETTE, s. f. Sac à avoine,--dans l'argot des charretiers, qui le pendent au _museau_ de leurs chevaux.

Ils disent aussi _Pochet_.

MUSETTE, s. f. Voix.

_Couper la musette à quelqu'un._ Le forcer à se taire.

MUSICIEN, s. m. Dictionnaire,--dans l'argot des voleurs.

MUSICIENS, s. m. pl. Les haricots, qui provoquent le _crepitus ventris_,--dans l'argot du peuple.

MUSIQUE, s. f. Ce qui reste au fond de l'auge,--dans l'argot des maçons.

Par extension, Résidu d'un verre, d'un vase quelconque.

MUSIQUE, s. f. Lots d'objets achetés à l'Hôtel des Ventes,--dans l'argot des Rémonencqs.

MUSIQUE, s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.

MUSIQUER, v. n. Faire de la musique d'amateur,--dans l'argot du peuple.

MUSSER, v. n. Sentir, flairer.

MUTUELLE, s. f. L'École mutuelle.

N

NA! Exclamation boudeuse de l'argot des enfants, qui l'emploient au lieu de _Là!_

NABAB, s. m. Homme immensément riche,--qu'il soit ou non gouverneur dans l'Inde. Argot des bourgeois.

NABOT, s. et adj. Homme de petite taille, _nain_,--dans l'argot du peuple.

On ait aussi _Nabotin_.

_Nabote._ Naine.

Je n'ai jamais entendu dire _Nabotine_.

NAGEOIR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.

NAGEOIRES, s. f. pl. Favoris,--dans l'argot des faubouriens.

NAGEOIRES, s. f. pl. Les bras,--dans l'argot des voyous qui voient des poissons partout.

Les voyous anglais ont la même expression: _Fin_.

NANAN, s. m. Friandise, gâteau,--dans l'argot des enfants, qui disent cela de tout ce qui excite leur convoitise.

NANAN, s. m. Chose exquise, curieuse, rare,--dans l'argot des grandes personnes.

_C'est du nanan!_ C'est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une anecdote scandaleuse, ou n'importe quoi alléchant.

NARRÉ, s. m. Racontage ennuyeux, bavardage insipide.

_Faire des narrés._ Faire des cancans.

NASE, s. m. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils parlent latin comme Ovide-_Nason_, et français comme Brantôme.

NASER, v. a. et n. _Avoir quelqu'un dans le nez._

NATURE (Être). Être vrai comme la nature,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des gens et des choses.

NATURE (Faire), v. n. Peindre avec exactitude,--dans l'argot des artistes, qui savent que l'Art consiste précisément à ne pas faire nature.

NAUTONIER, s. m. Pilote,--dans l'argot des académiciens.

Ils disent aussi _Nocher_.

NAVARIN, s. m. Navet,--dans l'argot des voleurs.

NAVARIN, s. m. Ragoût de mouton, de pommes de terre et de navets,--dans l'argot des restaurants du boulevard. C'est un nom nouveau donné à un mets connu depuis longtemps.

NAVET, s. m. Flatuosité sonore,--dans l'argot du peuple, qui l'attribue ordinairement au _Brassica napus_, quoiqu'elle ait souvent une autre cause.

NAVETS, s. m. pl. Jambes ou bras trop ronds, sans musculature apparente,--dans l'argot des artistes.

NAVETS (Des)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient toutes les fois qu'ils ont à dire catégoriquement non.

NAYER, v. a. Noyer,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais: «Zalas! mes amis, mes frères, je naye!» s'écrie le couard Panurge durant la tempête.

NAZARETH, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs. Ils disent aussi _Nazicot_.

NÈFLES (Des)! Non,--dans l'argot des faubouriens.

On dit plus élégamment: _Ah! des nèfles!_

NÉGOCIANT, s. m. Bourgeois, homme à son aise,--dans l'argot des matelots, qui ne connaissent pas de position sociale plus enviable.

NÉGOCIANT AU PETIT CROCHET, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.