Dictionnaire de la langue verte

Part 30

Chapter 303,719 wordsPublic domain

MERCANDIER, s. m. Boucher qui ne _trafique_ que sur les viandes de qualité inférieure.

MERCENAIRE DE L'IMMOBILITÉ, s. m. Modèle,--dans l'argot des rapins.

MERDAILLON, s. m. Homme sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du peuple.

On dit aussi _Merdeux_.

MERDAILLE, s. f. Troupe importune de petits enfants.

MERDE! Exclamation énergique dont Cambronne ne s'est servi qu'une fois, le 18 juin 1815, et dont le peuple se sert tous les jours,--dix fois plutôt qu'une.

_Ah! merde alors!_ Exclamation qui n'échappe que dans les situations critiques, fatales, comme, par exemple, lorsqu'on perd au jeu, lorsqu'on casse sa pipe, etc.

MERDE, s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n'y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.

MERDEUX (Bâton), s. m. Homme d'un caractère inégal, fantasque, ombrageux, désagréable, qu'on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le faire agir.

MÈRE-ABBESSE, s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de demoiselles--indignes d'orner leur corsage du bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

MÈRE AU BLEU, s. f. La guillotine,--dans l'argot des voleurs, qui veulent faire croire aux autres que c'est le chemin du _ciel_, sans le croire eux-mêmes.

MÈRE D'OCCASION, s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui veut se faire respecter--des gens pauvres. C'est ordinairement une vieille drôlesse chevronnée par le vice.

«Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,»

et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les nobles étrangers attirés autour de sa fille--adoptive--comme les papillons autour d'une lampe.

MÉRINOS, s. m. Personne qui a l'_haleine forte_,--dans l'argot des faubouriens, qui se plaisent aux calembours.

MERLAN, s. m. Coiffeur,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'invention de la poudre à poudrer, parce qu'alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le _Journal de Barbier_ en fait mention, ce qui lui donne plus d'un siècle de circulation.

MÉRUCHE, s. f. Poêle,--dans l'argot des voleurs.

_Méruchée._ Poêlée.

_Méruchon._ Poêlon.

MESS, s. m. Table où mangent en commun les officiers d'un même régiment.

Encore un mot d'importation anglaise, à ce qu'il paraît: _The Mess_, dit le Dictionnaire de Spiers; _to mess_, ajoute-t-il. C'est plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir, soit de notre Mense (_mensa_), qui a la même signification, soit de notre Messe (_missa_), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du vin.

MESSE DU DIABLE, s. f. Interrogatoire,--dans l'argot des voleurs, qui sont volontiers athées.

MESSIÈRE, s. m. et f. Victime,--dans le même argot.

_Messière franc._ Bourgeois.

_Messière de la haute._ Homme comme il faut.

Ne serait-ce pas le _Messire_ du vieux temps?

MESSIRE LUC, s. m. Anagramme facile à deviner,--dans l'argot des érudits amis de la scatologie.

MÉTAL, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple, qui, sans s'en douter, se sert de la même expression qu'Horace: _Metallis potior libertas_ (La liberté vaut tout l'or du monde).

MÉTAUX, s. m. pl. L'argent; or, argent ou cuivre,--dans l'argot des francs-maçons.

MÉTHODE CHEVÉ, s. f. Manière de jouer au billard contraire à l'usage: y jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des bohèmes.

S'applique aussi au Bilboquet, quand on le prend par la boule et qu'on veut faire entrer le manche dedans.

MÉTIER, s. m. Habileté d'exécution, adresse de main,--dans l'argot des artistes.

_Avoir un métier d'enfer._ Être d'une grande habileté.

METTRE A L'OMBRE, v. a. Mettre en prison,--dans l'argot du peuple. Tuer,--dans l'argot des voleurs.

METTRE A MÊME. Tromper,--dans l'argot des faubouriens.

«Voyez quel emblême! Sa nièc' d'Angoulème Nous met tous à même!»

dit une chanson de 1832.

METTRE A PIED, v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus ou moins de temps. Argot des bourgeois.

METTRE A QUELQU'UN (Le), v. a. Le tromper; lui conter des bourdes qu'il accepte pour des vérités,--dans l'argot des faubouriens.

METTRE A TABLE (Se). Être disposé à dénoncer ses complices; être sur le point de faire des révélations,--dans l'argot des voleurs qui veulent _manger le morceau_.

METTRE A TOUTES LES SAUCES (Se), v. réfl. Faire tous les métiers pour gagner sa vie,--dans l'argot du peuple.

METTRE AVEC QUELQU'UN (Se), v. réfl. Vivre maritalement,--dans l'argot des ouvriers et des grisettes.

METTRE BIEN (Se), v. réfl. Ne rien se refuser,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en voyant quelqu'un boire beaucoup, il lui dira: «Tu te mets bien, toi!»

METTRE DANS DE BEAUX DRAPS, v. a. Engager quelqu'un dans une affaire scabreuse, dans un mauvais pas, dans un danger quelconque.

On dit aussi: _Être dans de beaux draps_.

METTRE DANS LA POMMADE, v. a. Gagner quelqu'un au jeu. Argot des faubouriens.

Signifie aussi Tromper, jouer un tour.

METTRE DANS LE MILLE, v. a. Réussir dans une entreprise.

Se dit aussi pour: Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.

METTRE DANS SON SAC. Recevoir des injures ou des coups sans y répondre; encaisser des soufflets ou des sottises sans en donner reçu.

METTRE DEDANS, v. a. Mettre en prison.

Signifie aussi Tromper.

METTRE DE L'EAU DANS SON VIN, v. a. S'humilier après avoir été arrogant; reconnaître ses torts.

METTRE DU BEURRE DANS SES ÉPINARDS, v. a. Introduire un peu de gaieté dans sa vie; avoir des chances heureuses.

METTRE EN BRINGUE, v. n. Mettre en morceaux, briser.

METTRE EN PATE, v. a. Renverser un ou plusieurs _paquets_ en les transportant ou en imposant,--dans l'argot des typographes.

On dit aussi _Tomber en pâte_.

METTRE EN QUATRE (Se), v. réfl. Montrer du zèle pour quelqu'un ou pour quelque chose,--dans l'argot des bourgeois.

METTRE EN RANG D'OGNONS (Se). Se placer les uns derrière les autres,--dans l'argot du peuple.

On disait autrefois d'un homme, qu'il se mettait en rang d'ognons quand il se plaçait dans celui où il y avait des gens de plus grande condition que lui.

METTRE LA MAIN A LA PATE. Aider à un vol et participer à ses bénéfices.

METTRE LA PUCE A L'OREILLE, v. a. Inquiéter quelqu'un par une fausse nouvelle.

C'est l'_alicui curam et angorem animi creare_ des Latins.

METTRE LA TABLE POUR LES ASTICOTS. Mourir,--dans l'argot des voyous.

METTRE LA TÊTE A LA FENÊTRE, v. a. Être guillotiné,--dans l'argot des voleurs.

METTRE LE CHIEN AU CRAN DU REPOS. Dormir,--dans l'argot des soldats.

METTRE LE MOINE, v. a. Passer un nœud coulant au pouce du pied d'un soldat pendant son sommeil, et tirer de temps en temps la corde par petites secousses: les contorsions douloureuses qu'il fait, sans se réveiller, sont _très drôles_, au dire des troupiers farceurs.

Au XVIe siècle on disait _Bailler le moine_.

METTRE LES PETITS PLATS DANS LES GRANDS, v. a. Se mettre en frais pour bien recevoir ses invités,--dans l'argot des bourgeois.

METTRE LES PIEDS DANS LE PLAT. Ne conserver aucun ménagement, ne prendre aucune précaution, ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant. Argot du peuple.

METTRE SOUS PRESSE, v. a. Mettre en gage.

METTRE SUR LES DENTS, Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu'un.

METTRE SUR LES FONTS DU BAPTÊME (Se). Se mettre dans une position difficile, embarrassante, compromettante. Argot des voleurs.

METTRE TOUS SES OEUFS DANS LE MÊME PANIER. Confier toute sa fortune à un seul banquier; aventurer tout ce qu'on a dans une entreprise. Argot des bourgeois.

MEUBLANT, s. m. Entreteneur, galant homme qui met une femme galante dans ses meubles.

L'expression est toute récente.

MEULARD, s. m. Veau,--dans l'argot des voleurs.

MEULES DE MOULIN, s. f. plur. Les dents, principalement les _molaires_, qui broient le pain,--dans l'argot du peuple, qui emploie sans s'en douter une expression tout à fait biblique.

Les ouvriers anglais disent _grinders_ (les broyeuses).

MEUNIER, s. m. Recéleur de plomb volé.

MEURT-DE-FAIM, s. m. Misérable, pauvre diable,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Meurt-la-faim_ et _Crève-la-faim_.

MEURT-DE-FAIM, s. m. Petit pain d'un sou,--dans l'argot des faubouriens.

MÉZIGO, pron. pers. Moi,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Mézigue_, _Mézère_, et _Ma fiole_.

MIB ou MIBRE, s. m. Tour de force quelconque, chose où l'on excelle,--dans l'argot des gamins.

_C'est mon mib!_ C'est mon triomphe!

Signifie aussi Défi. _C'est ton mib_, c'est-à-dire: Tu ne feras jamais cela.

MICHE, s. f. Dentelle,--dans l'argot des voleurs.

MICHÉ, s. f. Gros morceau de pain,--dans l'argot du peuple.

Se dit aussi pour Pain entier.

«Et moins encor il fait du bien Aux pauvres gens, tant il est chiche; Si il a mangé de leur miche.»

(_Les Touches du seigneur des Accords._)

MICHE, s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre,--dans l'argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de _michon_ (argent) et de _miche_ (pain).

«On appelle miché... Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchette,»

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).

_Miché de carton._ Amant de passage, qui n'offre que des gants de filoselle.

_Miché sérieux._ Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.

MICHÉ, s. m. Client,--dans l'argot des photographes; homme ou femme qui achète, qui _paie_,--dans plusieurs autres argots.

MICHETON, s. m. Petit miché, homme à qui les marchandes d'amour font un rabais.

MIC-MAC, s. m. Fourberie, tromperie cachée, intrigue,--dans l'argot du peuple.

MIDI! Exclamation du même argot, employée pour signifier: Trop tard!

_Il est midi!_ C'est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites; «Je ne coupe pas dans ce pont-là!»

MIE DE PAIN, s. f. Pou,--dans l'argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.

MIE DE PAIN, s. f. Chose de peu de valeur,--dans l'argot des typographes.

Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.

MIEL! Interjection de l'argot des bourgeois, amis de l'euphémisme.

MIEL (C'est un). Phrase de l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle: _C'est un miel_. Ils entrent dans un endroit qui pue: _C'est un miel_. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule: _C'est un miel_, etc., etc.

MIETTE (Une). Un peu,--dans l'argot du peuple.

MIJAURÉE, s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu'il convient,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire la mijaurée._ Faire des manières et des façons pour accepter une chose.

On dit aussi _Minaudière_.

MIJOTER, v. a. Entreprendre à la sourdine; préparer lentement,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.

MIKEL, s. m. Dupe,--dans l'argot des saltimbanques.

MILLE-LANGUES, s. m. Personne bavarde, indiscrète,--dans l'argot du peuple.

MILLERIE, s. f. Loterie,--dans l'argot des voleurs.

MILLIASSES, s. f. pl. Fort grand nombre. Argot du peuple.

MILORD, s. m. Homme riche, en apparence du moins,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l'occupation de Paris par les Anglais.

MILORD, s. m. Entreteneur,--dans l'argot des petites dames.

Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses, disaient _Milord pot-au-feu_, comme en témoigne ce couplet de Désaugiers:

«Lorsque nous aimons, Nous finançons Afin de plaire. D'où vient qu'en tout lieu On dit: «Un milord pot-au-feu.»

MILORD, s. m. Cabriolet à quatre roues,--dans l'argot des cochers.

MIMI, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des artistes et des bohèmes, qui ont emprunté cette expression à Henry Murger, qui l'avait empruntée à Alfred de Musset.

MINABLE, adj. et s. Pauvre, misérable; mesquin; de mauvaise _mine_,--dans l'argot du peuple.

MINCE, s. m. De peu de valeur, morale ou physique,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. _Mince alors!_

MINCE, s. m. Papier à lettres,--dans l'argot des voleurs.

MINCES, s. m. pl. Billets de banque,--dans l'argot des faubouriens, qui, originairement, ont donné ce nom aux assignats.

MINET, s. m. Chat,--dans l'argot des enfants.

Ils disent aussi _Minon_.

MINOIS, s. m. Nez,--dans l'argot des voleurs.

MINOTAURISER, v. a. Tromper un homme avec sa femme, comme Pâris avec la femme de Ménélas. Argot des gens de lettres.

L'expression sort de la _Physiologie du mariage_ d'H. de Balzac.

MINUIT, s. m. Nègre,--dans l'argot des voleurs.

MIOCHE, s. m. Enfant,--dans l'argot du peuple, pour qui un nouveau-né est une _miette_ d'homme, et dont le corps pétri de lait, presque sans os et sans muscles, ressemble à de la _mie_ de pain.

MIRADOU, s. m. Miroir,--dans l'argot des voleurs.

MIRECOURT, s. m. Nom d'homme qui est devenu celui de tous les pamphlétaires de plus de passion que de talent.

Théodore de Banville est le premier qui, en littérature, ait fait de ce nom propre un substantif courant. Il restera, il doit rester.

MIRE-LAID, s. m. Miroir,--dans l'argot du peuple.

MIRETTES, s. f. pl. Yeux,--dans l'argot des voyous.

MIRLIFLORE, s. m. Le gandin de la Restauration, qui est toujours le

_Lion_ pour le peuple.

MIRLITON, s. f. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.

_Jouer du mirliton._ Parler, causer.

MIROBOLAMMENT, adv. Merveilleusement.

Cet adverbe appartient à H. de Balzac.

MIROBOLANT, adj. Inouï, merveilleux, féerique.

MIROIR A PUTAINS, s. m. Beau garçon,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoignent ces vers de Scarron:

«Dis-lui qu'un miroir à putain, Pour dompter le Pays Latin Est un fort mauvais personnage.»

MISE A PIED, s. f. Privation de fonctions et d'appointements. Argot des bourgeois.

MIRQUIN, s. m. Bonnet,--dans l'argot des voleurs.

MIRZALES, s. f. pl. Boucles d'oreilles,--dans le même argot.

MISE (Faire sa). Payer le droit de circulation sur «le pont d'Avignon»,--dans l'argot des filles.

MISE-BAS, s. f. Vêtements des maîtres qui reviennent de droit aux domestiques, lesquels se croiraient lésés et réclameraient si l'on portait trop longtemps ces vêtements.

MISE-BAS, Accouchement,--dans l'argot du peuple.

MISE-BAS, s. f. Grève, chômage volontaire,--dans l'argot des typographes.

MISÉRABLE, s. m. Verre d'eau-de-vie d'un sou,--dans l'argot des ouvriers.

MISÈRE, s. f. Petite quantité; chose de peu d'importance: petite somme,--dans l'argot des bourgeois.

MISÉRER, v. n. Souffrir de la misère,--dans l'argot du peuple. On dit aussi: _Ficher la misère_.

MISÈRES, s. f. pl. Taquineries, petites méchancetés,--dans l'argot des bourgeois.

_Dire des misères._ Taquiner quelqu'un en lui contant des choses qui le contrarient, qui l'inquiètent.

_Faire des misères._ Agacer quelqu'un, lui jouer un tour plus ou moins désagréable.

MISLOQUE, s. f. Théâtre,--dans l'argot des voleurs.

_Jouer la misloque._ Jouer la comédie.

MISLOQUIER, ÈRE, s. Acteur, actrice.

MISSISSIPI (Au), adv. Très loin,--dans l'argot du peuple, pour qui l'Amérique est un pays aussi éloigné de lui que la lune.

C'est l'équivalent de: _Au diable au vert_ (ou _Vauvert_).

MISTI, s. m. Apocope de _Mistigri_,--dans l'argot des brelandières de brasseries.

MISTIGRI, s. m. Valet de trèfle,--dans l'argot des joueurs.

Se dit aussi d'un Jeu de cartes où l'on a gagné quand on a fait brelan avec le valet de trèfle escorté de deux autres valets.

MISTIGRIS, s. m. Apprenti,--dans l'argot des peintres en bâtiment.

Balzac a-t-il emprunté son rapin de ce nom aux peintres en bâtiment, ou ceux-ci à l'auteur de _la Comédie humaine_?

MISTOUFLE, s. f. Farce; méchanceté; trahison,--dans l'argot des typographes.

MISTRON, s. m. Le jeu de mistigri,--dans l'argot de Breda-Street.

MISTRONEUR, EUSE, s. et adj. Amateur de mistron.

MITAN, s. m. Milieu,--dans l'argot du peuple.

MITE, s. f. Chassie des yeux.

MITEUX, adj. Qui a les yeux chassieux.

MITON-MITAINE, s. m. Remède inoffensif, expédient inutile, secours inefficace.

On dit aussi: _Onguent miton-mitaine_.

MITONNER, v. a. Préparer de longue main.

MITRAILLE, s. f. Monnaie, gros sous,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela depuis longtemps.

MITRE, s. f. Cachot,--dans l'argot des voleurs.

MITRON, s. m. Ouvrier boulanger,--dans l'argot du peuple.

_Le petit mitron._ Le Dauphin, fils de Louis XVI,--du _boulanger_, comme l'appelaient les Parisiens en 1792.

MOBILE, s. f. La garde nationale mobile formée en 1848 avec les fils du peuple--et aux dépens du peuple.

C'est aussi le nom que portait, en 1830, la légion des Volontaires de la Charte.

MOBILE, s. m. Soldat de la garde nationale mobile.

MOBILIER, s. m. Les dents,--dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses qui disaient l'_ameublement de la bouche_.

MOBLO ou MOBLOT, s. m. Garde mobile,--dans l'argot des faubouriens.

MOCASSINS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des ouvriers qui ont lu les romans américains de Cooper, de Gabriel Ferry et de Gustave Aymard.

MODÈLE, s. m. Homme ou femme qui pose dans les ateliers. Argot des artistes.

_Modèle d'ensemble._ Qui pose pour l'Académie, pour tout le corps, au lieu de ne poser que pour la tête, ou pour n'importe quelle partie spéciale du corps.

MODERNE, s. m. Fashionable,--dans l'argot des faubouriens.

MOINE, s. m. Bouteille de grès que l'on remplit d'eau chaude et que l'on place au pied du lit. Argot des bourgeois.

MOINE, s. m. Partie d'une épreuve qui n'a pas pris l'encre et vient blanche au lieu d'être imprimée. Argot des typographes.

On dit aussi _Loup_.

Les typographes anglais ont le même mot; ils en ont même deux pour un: _monk and friar_. Le _monk_, c'est notre _moine_, c'est-à-dire une feuille maculée ou imprimée trop noire Le _friar_, c'est un _moine_ blanc, c'est-à-dire une feuille qui est imprimée trop pâle.

MOINEAU, s. m. Se dit par ironie,--dans l'argot du peuple,--d'un homme dont on a à se plaindre, ou qui se vante mal à propos.

On ajoute un qualificatif pour renforcer l'ironie: _Tu es un joli moineau!_

C'est le pendant de: _Tu es un joli coco!_

MOINE-LAI, s. m. Invalide tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns dans la _Salle de la Victoire_,--l'infirmerie de l'Hôtel des vieux braves.

MOIS DE NOURRICE, s. m. pl. Les années qu'oublie volontairement de compter une femme qu'on interroge sur son âge.

Se dit aussi de toute personne qui se trompe dans un calcul et oublie quelques fractions importantes.

MOISIR, v. n. Rester longtemps à la même place, ou en possession du même emploi,--dans l'argot du peuple qui emploie surtout ce verbe avec la négative.

MOITIÉ, s. f. Epouse,--dans l'argot des bourgeois, qui ne disent pas cela avec le même respect que les Anglais disant _the better half_.

MOLANCHE, s. f. Laine,--dans l'argot des voleurs.

MOLARD, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.

MOLARDER, v. n. Graillonner, expectorer abondamment.

MOLIÈRE, s. m. Décor de salon simple dans lequel peuvent se jouer presque toutes les comédies de feu Poquelin. Argot des coulisses.

Tous les théâtres, notamment ceux de province, ont un certain nombre de décors de magasin, d'un emploi fréquent et commun: le _molière_, le _rustique_, le _salon riche_, la _place publique_, la _forêt_, la _prison_, le _palais_, et le _gothique_ (intérieur). Avec cela on peut tout représenter, les tragédies de Racine et les vaudevilles de M. Clairville.

MOLLASSE, s. f. Femme lymphatique, dolente, sans énergie,--dans l'argot du peuple.

MOLLUSQUE, s. m. Homme à l'esprit étroit, aux idées arriérées, qui se renferme dans la tradition comme l'escargot dans sa coquille.

MOLOSSE, s. m. Gros chien,--dans l'argot des bourgeois qui ne sont pas fâchés de prouver de temps en temps qu'ils ont quelque teinture d'Histoire ancienne.

MOMAQUE, s. m. Enfant,--dans l'argot des voleurs.

MÔME, s. m. Petit garçon: voyou; apprenti,--dans l'argot des ouvriers.

On pourrait croire cette expression moderne; on se tromperait, car voici ce que je lis dans l'_Olive_, poème de Du Bellay adressé à Ronsard, à propos des envieux:

«La Nature et les Dieux sont Les architectes des hômes Ces deux (ô Ronsard) nous ont Bâtis des mêmes atômes. Or cessent donques les mômes De mordre les écriz miens...»

MÔME, s. f. Jeune fille; maîtresse,--dans l'argot des voleurs, pour qui elle ressemble plus à une enfant qu'à une femme.

Ils disent aussi _Mômeresse_.

MÔME D'ALTÈQUE, s. m. Adolescent,--dans le même argot.

MOMERIE, s. f. Hypocrisie; fausse dévotion,--dans l'argot du peuple.

MOMIE, s. f. Homme ou femme sans énergie, qui n'aime pas à se remuer.

MOMIÈRE, s. f. Sage-femme,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Momeuse_ et _Madame Tire-môme_.

MOMIGNARD, s. m. Petit garçon, plus petit encore que le môme.

On dit au féminin _Momignarde_.

MÔMIR, v. n. Accoucher.

MONACO, s. m. Sou de cuivre,--dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'un roitelet, Honoré V, prince de Monaco, mort de dépit en 1841, dit A. Villemot, de n'avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos, qui ne valaient qu'un sou.

MONANT, s. m. Ami,--dans l'argot des voleurs.

_Monante._ Amie.

MONARQUE, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot du peuple.

_Monarques._ Les rois d'un jeu de cartes.

MONDE RENVERSÉ, s. f. La guillotine,--dans l'argot des faubouriens.

MONFIER, v. a. Embrasser,--dans l'argot des voleurs.

MONNAIE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple.

_Plus que ça de monnaie!_ Quelle chance!

MON OEIL! Exclamation ironique et dédaigneuse de l'argot des faubouriens, qui l'emploient soit comme formule de refus, soit comme marque d'incrédulité.

MONSEIGNEUR, s. m. Pince de voleur, qui sert à crocheter les portes.

Les voleurs anglais disent de même _Bess_ ou _Betty_.

MONSEIGNEURISER, v. a. Crocheter une porte.

MONSIEUR, s. m. Bourgeois, homme bien mis,--dans l'argot du peuple.

_Faire le Monsieur._ Trancher du maître; dépenser de l'argent; avoir une maîtresse.

MONSIEUR, s. m. Entreteneur,--dans l'argot de Breda-Street.

On dit aussi _Monsieur Chose_.

_Monsieur bien._ Homme distingué,--qui ne regarde pas à l'argent.

MONSIEUR, s. m. Verre d'eau-de-vie de quatre sous,--dans l'argot des ouvriers.

MONSIEUR BAMBOU, s. m. Canne,--dans l'argot des souteneurs, qui en procurent la connaissance aux épaules des filles réfractaires à leur demande d'argent.

MONSIEUR DE PARIS, s. m. L'exécuteur des hautes œuvres,--dans l'argot des bourgeois.

MONSIEUR LEBON. Bon compagnon qui paye volontiers pour les autres. Argot du peuple.

MONSIEUR DE PÈTESEC, s. m. Homme un peu roide, un peu orgueilleux.

MONSIEUR DIMANCHE, s. m. Créancier,--dans l'argot des bohèmes, qui jouent souvent la scène de Don Juan.

MONSIEUR DUFOUR EST DANS LA SALLE. Phrase par laquelle un acteur avertit un de ses camarades qu'il joue mal et va se faire siffler.

Quelquefois on dit: _Le vicomte Du Four est dans la salle_.

MONSIEUR HARDI, s. m. Le vent,--dans l'argot du peuple.

MONSIEUR PERSONNE. Personne, nul.

MONSIEUR PIGEON. Type du garde national de la Restauration.

MONSIEUR RAIDILLON, s. m. Homme fier et susceptible.

On dit aussi: _Monsieur Pointu_.

MONSIEUR VAUTOUR, s. m. Propriétaire,--dans l'argot des bohèmes, qui disent cela depuis l'opéra comique intitulé: _Maison à vendre_, dans lequel on chante:

«La maison de M. Vautour Est celle où vous voyez un âne.»

MONSIEUR VETO. Louis XVI,--dans l'argot des révolutionnaires de 1792, par allusion au véto du 19 juin sur les décrets concernant le camp sous Paris et la déportation des ecclésiastiques.

MADAME VÉTO. Marie-Antoinette.

On connaît la chanson;

«Madam' Véto s'était promis De faire égorger tout Paris; Mais son coup a manqué, Grâce à nos canonniers! Dansons la carmagnole, Vive le son Du canon!»

MONSTRE, s. m. Les paroles qu'un musicien adapte à un air trouvé par lui, en attendant les paroles plus poétiques du librettiste.