Dictionnaire de la langue verte
Part 29
_Avoir un article sur le marbre._ Avoir un article composé, sur le point de passer,--dans l'argot des typographes et des journalistes.
MARCANDIER, s. m. Marchand,--dans l'argot des voleurs, qui emploient là une expression de la vieille langue des honnêtes gens.
MARCASSIN, s. m. Petit garçon malpropre et grognon,--dans l'argot du peuple.
MARCHAND D'EAU CHAUDE, s. m. Cafetier.
MARCHAND DE CERISES, s. m. Mauvais cavalier.
MARCHAND DE FEMMES, s. m. Négociateur en mariages.
MARCHAND DE SOMMEIL, s. m. Logeur en garni,--dans l'argot des faubouriens.
MARCHAND DE SOUPE, s. m. Maître de pension,--dans l'argot des écoliers.
MARCHAND D'HOMMES, s. m. Agent de remplacement militaire,--dans l'argot du peuple.
MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,--dans l'argot de la cavalerie.
MARCHE DE FLANC, s. f. Le sommeil, ou seulement le repos,--dans l'argot des sous-officiers.
MARCHER, v. n. Être de la même opinion; consentir,--dans l'argot des typographes.
MARCHER DEDANS. Rencontrer sous son pied un _insurgé de Romilly_,--dans l'argot du peuple.
MARCHER AU PAS. Obéir, filer doux,--dans le même argot.
_Faire marcher quelqu'un au pas._ Agir de rigueur envers lui.
On dit aussi: _Mettre au pas_.
MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ, v. n. N'avoir pas de souliers ou avoir des souliers usés,--dans le même argot.
MARCHER SUR LE PIED, v. n. Chercher querelle à quelqu'un,--une querelle d'Allemand; saisir le moindre prétexte pour se fâcher,--dans l'argot des bourgeois.
_N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied._ Être très chatouilleux, très susceptible.
MARCHES DU PALAIS, s. f. pl. Rides du front,--dans l'argot du peuple.
MARCHEUSE, s f. Rat d'une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa jeunesse elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un débris de la fille d'Opéra du XVIIIe siècle.
MARCHEUSE, s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions «sont d'appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu'elle représente».
MARCO, s. f. Petite dame,--dans l'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis la pièce de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les _Filles de marbre_, dont l'héroïne principale s'appelle Marco.
MARDI, S'IL FAIT CHAUD!
Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers quand il veut se moquer ou se débarrasser d'un importun.
Ce _mardi-là_ et le _Dimanche après la grand'messe_ font partie de la fameuse _Semaine des quatre jeudis_.
MARGAUDER, v. n. Dénigrer quelqu'un; décrier une chose. Argot des bourgeois.
Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle de la pie, dite _margot_, qui joue le rôle de commère parmi les oiseaux? Mais alors il faudrait écrire _margoter_, ou tout au moins _margoder_.
MARGOT, s. f. Pie,--dans l'argot du peuple.
MARGOT, s. f. Fille ou femme qui a jeté son bonnet et sa pudeur par-dessus les moulins.
On dit aussi _Margoton_.
MARGOT, s. f. Maîtresse, concubine,--dans l'argot des bourgeois.
_Vivre avec des margots._ Vivre avec des filles; passer le meilleur de son temps à filer le plus imparfait amour aux pieds d'Omphales d'occasion, sans avoir l'excuse du fils d'Alcmène,--qui du moins était un hercule.
MARGOUILLIS, s. m. Gâchis,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré.
MARGOULETTE, s. f. La bouche, considérée comme avaloir.
_Rincer la margoulette à quelqu'un._ Lui payer à boire.
MARGOULIN, s. m. Débitant,--dans l'argot des commis voyageurs.
MARGUERITES, s. f. pl. Poils blancs de la barbe,--dans l'argot du peuple, qui a parfois des images aussi poétiques que justes.
Il dit aussi _Marguerites de cimetière._
MARIAGE À LA DÉTREMPE, s. m. Union morganatique,--dans l'argot des ouvriers.
«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même famille: _Wife in water colours_ (femme à l'aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos d'une concubine.
MARIANNE, s. f. La République,--dans l'argot des démocrates avancés.
_Avoir la Marianne dans l'œil._
Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.
MARIE-BON-BEC, s. f. Femme bavarde, «un peu trop forte en gueule»,--dans l'argot du peuple.
MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f. Femme _facile_,--trop facile.
MARIER JUSTINE. Précipiter un dénouement, arriver vite au but,--dans l'argot des coulisses.
Cette expression date de la première représentation d'un vaudeville des Variétés, _Thibaut et Justine_, joué sous la direction de Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public s'impatiente, il est sur le point de siffler. L'auteur ne mariait Justine qu'à la dernière scène, encore bien éloignée. «Il faut marier Justine tout de suite», s'écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria des coulisses aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et l'on maria Justine, et la pièce fut sauvée,--et l'argot théâtral s'enrichit d'une expression.
MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.
MARIE-SALOPE, s. f. Bateau dragueur,--dans l'argot des mariniers de la Seine.
MARI MALHEUREUX, s. m. «Le dernier de Paul de Kock»,--dans l'argot pudibond des bourgeois.
MARIN D'EAU DOUCE, s. m. Canotier de la Seine,--dans l'argot du peuple.
MARIOLLE, s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un peu voleur,--dans l'argot des souteneurs.
J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes, les mariolles boulotteront.»
MARIOLLE, s. et adj. Malin, ingénieux, rusé,--dans l'argot des faubouriens.
MARIONNETTE, s. f. Soldat,--dans l'argot des voleurs.
MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d'une bastringueuse du nom de _Maria_, qui florissait en l'an de grâce 1839 à la Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte du nom de _Clara_ disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage.
Les partisans de cette dernière s'appelaient _Clarinettes_.
MARLOU, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des faubouriens.
Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des _marguilliers_? Puisqu'il lui fallait absolument une étymologie, que ne l'a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais! _Mar_ (gâter) _love_ (amour); les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n'est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français _marcou_.
MARLOU, s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.
MARLOUSERIE, s. f. Profession de Marlou.
Se dit aussi pour Habileté.
MARLOUSIER, s. m. Apprenti marlou.
MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée d'enfants,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Marmaillerie_.
MARMITE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des souteneurs, qui n'éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles.
_Marmite de cuivre._ Femme qui gagne--et rapporte beaucoup.
_Marmite de fer._ Femme qui rapporte un peu moins.
_Marmite de terre._ Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.
MARMITEUX, s. et adj. Piteux, ennuyé, malade,--dans l'argot du peuple.
MARMITON DE M. DOMANGE, s. m. Vidangeur,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent guère qu'ils ne font que répéter une expression du XVIe siècle: «Marmiton de la gadouarde», lit-on dans les _Après-disnées du seigneur de Cholières_.
Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, le _goldfinder_ des Anglais.
MARMONNER, v. a. Parler entre les dents d'un air fâché; murmurer, gronder,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Marmotter_.
MARMOT, s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif.
_Croquer le marmot._ Attendre en vain.
MARMOTTE, s. f. Boîte ou carton d'échantillons,--dans l'argot des commis-voyageurs.
MARMOTTE, s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.
MARMOTTIER, s. m. Savoyard,--dans l'argot des faubouriens.
MARMOUSE, s. f. Barbe,--dans l'argot des voleurs.
MARMOUSER, v. n. Bruire, comme l'eau qui bout,--dans l'argot du peuple.
MARMOUSET, s. m. Gamin, homme de mine chétive.
MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,--dans l'argot des voleurs, par allusion au _marmousement_ du bouillon.
_Le marmouset riffode._ Le pot bout.
MARNER, v. a. Voler,--dans l'argot des revendeuses du Temple.
MARNER, v. n. Travailler avec ardeur,--dans l'argot des faubouriens.
MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement, manie,--dans l'argot des bourgeois.
MAROTTIER, s. m. Bimbelottier, camelotteur,--dans l'argot des voleurs.
MARQUANT, s. m. Maître, chef,--dans le même argot.
MARQUE, s. f. Femme,--dans le même argot.
_Marque de cé._ Femme légitime d'un voleur.
_Marque franche._ Concubine.
MARQUÉ, s. m. Mois,--dans le même argot.
_Quart de marqué._ Semaine.
MARQUÉ (Être). S'être battu et avoir l'œil poché. Argot des faubouriens.
MARQUÉ A LA FESSE, adj. et s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux,--dans l'argot des typographes.
MARQUÉ AU B, adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard,--dans l'argot du peuple.
MARQUER (Ne plus), v. n. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE, v. a. Exagérer le compte d'un débiteur, en marquant 4 quand il a dépensé 1,--ainsi qu'il arrive à beaucoup de cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une bonne paye, distraite, des pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise, plus distraite encore.
MARQUER LE COUP, v. a. Trinquer,--dans l'argot des ouvriers.
MARQUER LE COUP, v. a. Toucher légèrement son adversaire,--dans l'argot des professeurs d'escrime, boxe, etc.
MARQUER SON LINGE, v. a. Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du peuple.
MARQUIS D'ARGENTCOURT, s. m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne pourrait lui rendre que cela,--n'ayant absolument rien autre.
On dit aussi _Marquis de la bourse plate_.
MARQUISE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des faubouriens.
MARQUISE, s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois,--comme le saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.
MARRAINE, s. f. Témoin femelle, dans l'argot des voleurs.
MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde,--dans l'argot des soldats.
MARRON, s. m. Livre imprimé clandestinement,--dans l'argot des typographes.
MARRON (Être). Être la victime de quelque chose, être la dupe de quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
_Être servi_ ou _paumé marron_. Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits,--dans l'argot des voleurs.
Je ne crois pas qu'il faille, à propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de _Bertrand et Raton_, comme l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de cette expression. Le verbe _marronner_, que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu'il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce verbe est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment? Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné naissance à _Être marron_. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il, qu'on appelle _nègre marron_ un nègre fugitif,--qu'on _reprend_ toujours. Que le lecteur daigne conclure.
MARRONNER, v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.
_Faire marronner quelqu'un._ Le faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison ne le permettent.
Signifie aussi Faire enrager, taquiner.
MARRONNER UNE AFFAIRE, v. a. Manquer un vol par maladresse,--dans l'argot des voleurs.
MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête grotesque, personnage ridicule,--dans l'argot du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les marrons d'Inde, à la mode il y a une vingtaine d'années.
On dit aussi _Pomme de canne_.
MARSEILLAISE, s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.
MARSOUIN, s. m. Homme laid et mal fait; marin.
MARTYR, s. m. Le caporal,--dans l'argot des soldats, qui ont constaté que ce simple gradé se donnait plus de mal que les autres gradés ses supérieurs et pour une paye moins haute.
MASQUE, s. f. Fille ou femme un peu coquine,--dans l'argot du peuple, qui ne dit pas cela en trop mauvaise part.
MASQUE, s. m. Vilaine figure, homme fort laid.
MASSACRE, s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l'ouvrage,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.
MASSE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses,--dans l'argot du peuple.
_En masse._ En grand nombre, en grande quantité.
MASSÉ, s. m. Coup de queue donné perpendiculairement à une bille,--dans l'argot des joueurs de billard.
MASSER, v. n. Travailler,--dans l'argot des ouvriers.
MASSER, v. a. et n. Payer, donner l'argent de sa masse. Argot des faubouriens.
MASSEUR, s. et adj. Homme laborieux.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des canotiers.
MASTIC, s. m. Sens interverti, lignes ou mots déplacés dans le trajet de la galée au marbre, et occasionnant par cela même une confusion où souvent l'auteur a grand'peine à se reconnaître. Argot des typographes.
MASTIC, s. m. Homme,--dans l'argot des voleurs.
MASTIC, s. m. Le pain ou la viande,--dans l'argot des francs-maçons.
MASTIQUER, v. n. Manger,--dans l'argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la _mastication_ comme de simples profanes.
MASTOC, s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd,--dans l'argot du peuple.
MASTROQUET, s. m. Marchand de vin,--dans l'argot des faubouriens.
Ne serait-ce pas une corruption de _mastoquet_, homme _mastoc_, le marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?
MATADOR, s. m. Homme riche, de fait ou d'apparence,--dans l'argot du peuple.
_Faire le matador._ Faire des _embarras_.
MATAGOT, s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa laideur de _singe_.
MATASSIN, s. m. Personnage ridicule, en parole ou en action,--dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de leur Molière.
MATELASSER (Se), v. réfl. Garnir le corsage de sa robe d'assez de coton pour tromper les yeux--des myopes.
MATELOT, s. m. Copain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments en général,--dans l'argot des francs-maçons, pour qui manger c'est travailler.
Ils disent aussi _Parfums_.
MATHURINS, s. m. pl. Dés à jouer,--dans l'argot des voleurs.
_Mathurins plats._ Dominos.
MATIGNON, s. m. Messager,--dans le même argot.
MÂTIN, s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de choses,--dans l'argot du peuple.
_Mâtine_, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.
MÂTIN! Exclamation qui sert à marquer l'admiration la plus violente ou la douleur la plus vive.
On dit aussi _Sacré mâtin_.
MATOIS, s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe.
On dit aussi _fin matois_, malgré le pléonasme.
MATOISE, s. f. Intrigante,--ou seulement Femme habile à vendre sa marchandise.
On dit aussi _Fine matoise_.
MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.
_Bon matou._ Libertin.
MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire: _ma traque_ pour _ma trique_, et ils ont pris cela pour du sabir.
MAUVAIS COUCHEUR, s. m. Homme difficile à vivre.
MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement, vagabond, fainéant,--dans l'argot du peuple.
Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme, par exemple, pour convier quelqu'un au départ: _Allons, en route, mauvaise troupe!_ lui dit-on.
MAUVIETTE, s. et adj. Enfant, et même grande personne d'un tempérament délicat, d'une apparence chétive.
MAUVIETTE, s. f. Décoration à la boutonnière,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Trompe-l'œil_.
MAYEUX, s. m. Bossu,--dans l'argot du peuple, qui se souvient du type créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830.
Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.
MAZAGRAN, s. m. Café froid à l'eau de Seltz,--dans l'argot des garçons de café.
Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope de verre, au lieu de l'être dans une tasse.
MAZARO, s. m. Prison,--dans l'argot des troupiers.
MAZETTE, s. f. Conscrit,--dans l'argot des troupiers. Homme de petite taille,--dans l'argot du peuple.
MÉCANISER, v. a. Vexer quelqu'un, le tourmenter, se moquer de lui, et même en médire un peu,--dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel «trouve le germe de cette locution dans un passage des _Vies des dames illustres_ de Brantôme», et ce germe, c'est _mœquaniqueté_... Le malheur est que jamais «locution ne fut plus moderne. Quant à son «germe», le premier _mécanicien_ venu le trouverait en conduisant sa _machine_.
MÉCANISEUR, s. m. Railleur, médisant.
MÈCHE, s. f. Possibilité de aire une chose.
_Il y a mèche._ Il y a moyen.
_Il n'y a pas mèche._ Cela n'est pas possible.
On dit aussi elliptiquement: _Mèche!_
MÈCHE, s. f. Intrigue, secret.
_Découvrir la mèche._ Tenir les fils d'une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.
MÈCHE, s. m. Travail, ouvrage à faire,--dans l'argot des typographes.
_Chercher mèche._ Chercher de l'ouvrage.
MÈCHE, s. f. Moitié, demi,--dans l'argot des voleurs.
_Être de mèche._ Partager un butin avec celui qui l'a fait.
Signifie aussi Demi-heure. D'où, sans doute, l'expression des faubouriens: _Et mèche_.
MÉCHI, s. m. Malheur,--dans le même argot.
C'est assurément le _meschief_ de notre vieille langue.
MÉCHILLON, s. m. Quart d'heure.
MÉDAILLE, s. f. Pièce de cinq francs en argent,--dans l'argot des artistes et des faubouriens.
Le mot sort de la _Vie de Bohême_, d'Henry Murger.
_Médaille d'or._ Pièce de vingt francs.
MÉDAILLE DE SAINT HUBERT, s. f. Pièce de cinq francs,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui savent que ces médailles-là préservent de _la rage de dents_.
MÉDAILLE EN CHOCOLAT, s. f. Médaille de Sainte-Hélène,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir.
On a dit aussi _Médaille de commissionnaire_ et _Contre-marque du Père-Lachaise_.
MÉDAILLON, s. m. La partie du corps où Paul de Kock fait se fendre la culotte de ses héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber.
C'est un mot de l'argot des voleurs, qui donnent ainsi un pendant au _portrait_ de l'argot des faubouriens.
_Médaillon de flac._ Impasse, _cul-de-sac_.
MÉDECIN, s. m. Avocat,--dans l'argot des voleurs, qui ont besoin d être guéris de l'accusation, souvent mortelle, qui pèse sur eux.
MÉDECINE, s. f. Plaidoirie.
MÉDECINE, s. f. Conseil.
_Médecine flambante._ Bon conseil, avis salutaire.
MÉDECINE, s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à contre-cœur les discours. Argot du peuple.
MÉDIANIMIQUE, adj. Qui appartient au médium.
_Facultés médianimiques._ Celles que possèdent les médiums et qui leur permettent d'entrer en communication avec les Esprits,--à ce qu'ils disent.
L'expression a été forgée par Delaage.
MÉDIUM, s. m. Individu qui évoque les Esprits,--les _lémures_, auxquelles les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens.
Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.
MEG, s. m. Maître, roi,--dans l'argot des voleurs, qui, quoique _affranchis_, sont volontiers les esclaves de quiconque est plus fort, plus rusé, plus coquin qu'eux.
_Meg des megs._ Dieu.
_Meg de la rousse._ Le préfet de police.
Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu'il faut écrire et prononcer _mec_ et non _meg_.
MÊLÉ, s. m. Mélange d'eau-de-vie et de cassis, ou d'anisette et d'absinthe,--dans l'argot des faubouriens.
MELET, TE, adj. Petit, petite,--dans l'argot des voleurs.
MÉLI-MÉLO, s. m. Confusion, mélange chaotique,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression au propre et au figuré.
MELON, s. et adj. Imbécile, nigaud.
Cette injure,--quoique le melon soit une chose exquise,--a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd'hui que du temps d'Homère: «Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle [grec: pepones].»
Il y a longtemps, en effet, que l'homme, «ce Dieu tombé», ne se souvient plus des cieux, puisqu'il y a longtemps que la moitié de l'humanité méprise et conspue l'autre moitié.
MELON, s. m. Elève de première année,--dans l'argot des Saint-Cyriens.
MEMBRE DE LA CARAVANE, s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses,--dans l'argot du peuple, qui emploie une périphrase pour dire _camelus_.
MENÉE, s. f. Douzaine,--dans l'argot des voleurs.
MENER LARGE (N'en pas). Avoir peur, se faire humble et petit,--dans l'argot des faubouriens.
MENER LES POULES PISSER. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un homme qui s'amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte.
L'expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d'Orléans, on voit _Jocrisse_ qui mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.
MENER PAR LE BOUT DU NEZ, v. a. Faire ce qu'on veut d'une femme, quand on est homme, d'un homme quand on est femme.
_Se laisser mener par le bout du nez._ Être d'une faiblesse extrême, faire la volonté des autres et non la sienne propre.
MENER PISSER, v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des troupiers.
_On ne le mène pas pisser!_ Une phrase de l'argot du peuple, qui l'emploie pour indiquer le caractère d'un homme qui ne fait que ce qu'il veut, et non ce que les autres veulent.
Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.
MENESSES, s. f. pl. Filles de maison,--dans l'argot des soldats.
MENESTRE, s. f. Soupe, potage,--dans l'argot des voleurs et des honnêtes gens.
«Mon docteur de menestre en sa mine altérée, Avoit deux fois autant de mains que Briarée,»
dit Mathurin Régnier, en sa satire du _Souper ridicule_.
«L'ingrat époux lui fit tater D'une menestre empoisonnée,»
dit Scarron, en sa satire contre Baron.
MENGIN, s. m. Charlatan politique et littéraire.
Encore un nom d'homme devenu un type applicable à beaucoup d'hommes.
MENOTTES, s. f. pl. Mains,--dans l'argot des enfants, des mères et des amoureux.
On disait _mainettes_ au temps jadis, comme le prouvent ces vers de Coquillart:
«Tousjours un tas de petits ris, Un tas de petites sornettes. Tant de petits charivaris, Tant de petites façonnettes, Petits gants, petites mainettes. Petite bouche à barbeter...»
MENTEUSE, s. f. La langue,--dans l'argot des voleurs, dont M. de Talleyrand s'est fait le plagiaire prolixe en disant: La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.»
Les voleurs anglais ont la même expression; ils appellent la langue _prating cheat_ (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).
MENTON DE GALOCHE, s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de Polichinelle. Argot du peuple.
MENUISIÈRE, s. f. Redingote longue, très longue, trop longue, comme les affectionnent les ouvriers, pour prouver qu'ils ne ménagent pas plus le drap que les bourgeois. Argot des rapins.
MÉQUARD, s. m. Commandant, _mec_, dans l'argot des voleurs.
MÉQUER, v. a. Commander.
MER, s. f. Le fond du théâtre, quel que soit le décor. Argot des coulisses.
_Aller voir la mer._ Remonter la scène jusqu'au dernier plan.
MER A BOIRE (C'est la). Se dit--dans l'argot du peuple--de toute chose ennuyeuse ou difficile à faire; et,--dans l'argot des bourgeois--de toute affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir.
_Ce n'est pas la mer à boire._ Se dit, au contraire, de toute chose facile à faire, de toute entreprise qu'on peut aisément mener à bonne fin.
MERCADET, s. m. Nom d'un personnage de Balzac qui est devenu celui de tous les brasseurs d'affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons en eau trouble.