Dictionnaire de la langue verte
Part 27
LESBIEN, s. m. Ce que les voleurs anglais appellent un _gentleman of the back-door_. Argot de gens de lettres.
LESBIENNE, s. f. _Fleur du mal_, et non du mâle.
LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui ont grand besoin d'être blanchis.
Les Gilles Ménage de Poissy et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut dire _Lessiveur_.
LESSIVE, s. f. Plaidoirie,--tout avocat ayant pour mission de blanchir ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la Cour d'assises.
LESSIVE, s. f. Perte,--dans l'argot des joueurs.
LESSIVE, s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de livres,--dans l'argot des bohèmes et des lorettes.
_Faire sa lessive._ Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou par les auteurs,--dans l'argot des bibliopoles, qui n'en enlèvent pas assez souvent les _ex-dono_.
LESSIVE DE GASCON, s. f. Propreté douteuse qui ne résiste pas à l'examen,--dans l'argot des bourgeois, heureux d'avoir du linge.
_Faire la lessive du Gascon._ Retourner sa chemise quand elle est sale d'un côté,--ce que font beaucoup de bohèmes.
On connaît ce mot d'un vaudevilliste propret à propos d'un autre vaudevilliste goret: «Faut-il que cet homme ait du linge sale, pour pouvoir en mettre ainsi tous les jours!»
LESSIVER. Défendre un prévenu en police correctionnelle, un accusé en Cour d'assises.
LESSIVER (Se faire). Perdre au jeu.
LETTRE DE JÉRUSALEM, s. f. Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le détail aux pages 241-253 de son livre.
LETTRE MOULÉE, s. f. Le journal,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à Paul-Louis Courier.
LEVAGE, s. m. Escroquerie,--dans l'argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin,--dans l'argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès,--dans l'argot des gandins.
LEVÉ (Être). Être suivi par un garde du commerce,--dans l'argot des débiteurs.
LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle, escalier,--dans l'argot des voleurs.
LEVER, v. a. Capter la confiance,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi voler.
_Se faire lever de tant._ Se laisser gagner ou «emprunter une somme de...»
LEVER LA JAMBE, v. a. Danser le chahut d'une façon supérieure. Argot des gandins.
LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite pièce sans importance, de l'ancien ou du nouveau répertoire, qui se joue la première devant les banquettes, au milieu du bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils arrivent. Argot des coulisses.
LEVER LA LETTRE, v. a. Être compositeur d'imprimerie,--dans l'argot des typographes.
LEVER LE BRAS, v. a. N'être pas content,--dans le même argot.
LEVER LE COUDE, v. a. Boire,--dans l'argot du peuple.
LEVER LE PIED, v. a. Fuir en emportant la caisse.
LEVER UNE FEMME, v. a. «Jeter le mouchoir» à une femme qu'on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de lettres et des commis.
_Lever une femme au crachoir._ La séduire à force d'esprit ou de bêtises parlées.
LEVER UN HOMME, v. a. Attirer son attention et se faire suivre ou emmener par lui. Argot des petites dames.
_Lever un homme au souper._ S'arranger de façon à se faire inviter à souper par lui.
LEVEUR, s. m. Pick-pocket.
LEVEUR, s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.
LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,--dans l'argot des voleurs.
LÉZINER, v. a. Tromper au jeu; hésiter avant de faire un coup. Même argot.
LIARDEUR, s. et adj. Homme qui couperait un liard en quatre pour moins dépenser,--dans l'argot du peuple, qui n'est point avare, n'étant pas riche.
LICHADE, s. f. Embrassade,--dans l'argot des faubouriens.
LICHANCE, s. f. Repas plus ou moins plantureux.
_Lichance soignée._ Gueuleton.
On dit aussi _Lichade_.
LICHER, v. a. et n. Manger et boire à s'en _lécher_ les lèvres.
LICHETTE, s. f. Petite quantité de quelque chose.
Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie; petit verre.
LICHEUR, EUSE, s. Homme, femme, qui aime à manger et à boire.
On dit aussi _Lichard_.
LIE DE FROMENT, s. f. Les _fumées_ humaines,--dans l'argot du peuple.
LIGNARD, s. m. Soldat de la _ligne_,--dans l'argot des faubouriens.
LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,--dans l'argot des voleurs, qui répugnent sans doute à employer _lignette_, un mot de la langue des honnêtes gens.
Ils disent aussi _Ligotte_.
LIGOTTER, v. a. Lier,--dans le même argot.
LILANGE, n. d. l. Lille,--dans le même argot.
LILLOIS, s. m. Fil à coudre.
LIMACE, s. f. Fille à soldats,--dans l'argot des faubouriens.
LIMACE, s. f. Chemise,--dans l'argot des voleurs et des vendeurs du Temple.
LIMACIÈRE, s. f. Lingère.
LIMANDE, s. f. Homme _plat_,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
LIMER, v. n. «Aller lentement en affaire,»--dans l'argot du peuple.
LIME SOURDE, s. f. Sournois,--dans l'argot des voleurs.
LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,--dans le même argot.
LIMONADE, s. f. Eau,--dans l'argot des faubouriens.
_Tomber dans la limonade._ Se laisser choir dans l'eau.
LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.
LIMONADE, s. f. Assiette,--dans l'argot des voleurs.
LIMOUSIN, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple, qui sait que les castors qui ont bâti Paris et qui sont en train de le démolir appartiennent à l'antique tribu des Lémovices.
LIMOUSINE, s. f. Blouse de charretier.
LIMOUSINE, s. f. Plomb,--dans l'argot des voleurs.
LIMOUSINER, v. a. et n. Bâtir des maisons.
LIMOUSINEUR, s. m. Voleur de plomb sur les toits.
LINGE, s. m. Chemise,--dans l'argot du peuple. Jupon blanc de dessous,--dans l'argot des filles.
_Avoir du linge._ Porter une chemise blanche.
_Faire des effets de linge._ Retrousser adroitement sa robe, de façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur et garnis de dentelles--de coton.
LINGE LAVÉ (Avoir son). S'avouer vaincu; être pris,--dans l'argot des voleurs, qui, une fois en prison, n'ont plus à s'occuper de leur blanchisseuse.
LINGRE, s. m. Couteau,--dans l'argot des voleurs, qui savent que _Langres_ est la patrie de la coutellerie.
_Lingriot._ Petit couteau; canif; bistouri.
LINGRER, v. a. Frapper à coups de couteau.
LINGRERIE, s. f. Coutellerie.
LINSPRÉ, s. m. Prince,--dans l'argot des voleurs, qui cultivent l'anagramme comme le grand Condé les œillets.
LION, s. m. Homme qui, à tort ou à raison,--à tort plus souvent qu'à raison,--a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure, pendant un jour, rarement pendant plus d'un mois, l'attention capricieuse de la foule, soit parce qu'il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce qu'il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela, et même pour autre chose; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s'est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,
Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.
_Être le lion du jour._ Être le point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.
LION, s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d'il y a vingt-cinq ans, le successeur du _fashionable_--qui l'était du _beau_--qui l'était de l'_élégant_--qui l'était de l'_incroyable_--qui l'était du _muscadin_,--qui l'était du _petit-maître_, etc.
Ce mot nous vient d'Angleterre.
LIONCEAU, s. m. Apprenti lion,--garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le comte d'Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le goût étant une fleur rare comme l'héroïsme.
LIONNE, s. f. Femme à la mode--il y a trente ans. C'était «un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le champagne frappé.» Aujourd'hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu'on appelle _drôlesse_.
LIONNERIE, s. f. Haute et basse fashion.
LIPPE, s. f. Moue, grimace,--dans l'argot du peuple.
_Faire sa lippe._ Bouder.
LIPPÉE, s. f. Simple bouchée; repas insuffisant.
_Franche lippée._ Repas copieux.
LIPPER, v. n. Courir de cabaret en cabaret, y manger,--et surtout y boire.
LIQUIDE, s. f. Apocope de _Liquidation_,--dans l'argot des coulissiers.
LIQUIDE, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui fait semblant d'ignorer qu'il existe d'autres corps aqueux.
_Avoir absorbé trop de liquide._ Être ivre.
LIRE AUX ASTRES, v. n. Muser, faire le gobe-mouches; regarder en l'air au lieu de regarder par terre,--comme l'astrologue de la fable.
LISETTE, s. f. Gilet long,--dans l'argot des voleurs.
LITHOGRAPHIER (Se). Tomber par terre,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que lorsqu'on tombe, on a le visage désagréablement _impressionné par la pierre_.
LITRER, v. a. Avoir, posséder,--dans l'argot des voleurs. V. _Itrer_.
LITRON, s. m. Litre douteux servi dans un pot qui n'a pas toujours la contenance légale. Argot du peuple.
LITTÉRATURE JAUNE, s. f. Le Réalisme,--une maladie ictérique désagréable qui a sévi avec assez d'intensité dans les rangs littéraires il y a une dizaine d'années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury, aujourd'hui (1867) presque guéri.
L'expression, fort juste, appartient à Hippolyte Babou.
LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais écrivain,--dans l'argot des gens de lettres.
LIVRE ROUGE, s. m. Les registres du Dispensaire,--dans l'argot des filles.
LIVRAISON DE BOIS DEVANT SA PORTE (Avoir une), v. a. Se dit,--dans l'argot des faubouriens, d'une femme richement _avantagée_ par la Nature.
LIVRE D'ARCHITECTURE, s. m. Registre qui contient les procès-verbaux d'une loge,--dans l'argot des francs-maçons.
LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de cartes. Argot des faubouriens.
LOCANDIER, s. m. Variété de voleur au bonjour.
LOCATIS, s. m. Cheval de louage,--dans l'argot des commis de nouveautés, à qui leurs moyens défendent les pur-sang.
LOCHE, s. f. Paresseux, gras, mou,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge, qu'on voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.
LOCHE, s. f. Oreille,--dans l'argot des voleurs.
LOCHER, v. a. et n. Ecouter.
LOCHER, v. n. Branler, être près de tomber,--dans l'argot du peuple.
LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeois, qui, sans s'en douter emploient là une expression de l'argot des voleurs anglais: _Steamer_.
LOFFARD ou LOFF, s. et adj. Innocent, niais, pleurard,--dans l'argot des comédiens, qui ne se doutent pas qu'ils ont emprunté ce mot à l'argot des forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes à l'argot des marins.
Le _lof_ est le côté d'un navire qui se trouve frappé par le vent, qui le fait crier. Le _loffard_, au bagne, est le forçat frappé par une condamnation à perpétuité, et qui gémit comme un enfant sur son sort.
LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,--dans l'argot des ouvriers.
LOFFITUDE, s. f. Niaiserie, bêtise.
LOGE, s. f. Lieu de réunion,--dans l'argot des francs-maçons.
_Loge irrégulière._ Assemblée de francs-maçons qui ne sont pas réguliers et avec lesquels on ne doit pas fraterniser.
LOGE INFERNALE, s. f. Petite loge d'avant-scène, où se mettent par tradition, les gandins,--imitateurs serviles des _lions_.
Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux concerts en plein vent comme ceux des Champs-Elysées.
LOGER AUX QUATRE VENTS, v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le vent entre comme chez lui.
LOGER RUE DU CROISSANT, v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne dans le contrat autant de coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.
LOIR, s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises,--dans l'argot du peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme le _mus nitela_, mange les meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le vieux verbe _loirer_, pour dérober, voler.
LOLO, s. m. Lait,--dans l'argot des enfants.
LOLOTTE, s. f. Fille ou femme qui aime pour vivre au lieu de vivre pour aimer. Argot des faubouriens.
LOMBARD, s. m. Commissionnaire au Mont-de-Piété,--dans l'argot des ouvriers qui ont travaillé avec les Belges; car c'est en effet le nom qu'on donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa valeur historique.
LONDRÈS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes de la Havane,--ou d'ailleurs.
LONGCHAMP, s. m. Procession plus ou moins considérable de gens,--dans l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont on ne parlera plus dans quelques années.
LONGCHAMP, s. m. Promenade favorite,--dans l'argot des Polytechniciens. C'est une cour oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination, et où les élèves viennent fumer et causer pendant les heures d'étude.
LONG DU MUR (Le). Avec son argent,--dans l'argot du peuple.
Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment employée, je veux citer la réponse que me fit un jour un coiffeur:
«Combien gagnez-vous chez votre patron?--Trois francs par jour.--Alors vous êtes nourri?--Nourri et blanchi, oui... _le long du mur_!»
LONGE, s. f. Année,--dans l'argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu'ils sont en prison.
LONGÉ, adj. Agé.
LONGIS, s. et adj. Homme nonchalant, lent à faire ce qu'il entreprend. Argot du peuple.
On dit aussi _Saint Longin_.
_Longie._ Nonchalante, paresseuse.
On dit aussi _Sainte-Longie_.
LOPIN, s. m. Morceau.
Signifie aussi: Postillon, crachat, expectoration abondante.
LOQUES, s. f. pl. Boutons de guêtre ou de pantalon, en cuivre,--dans l'argot des écoliers, qui les recueillent avec soin.
_Jouer aux loques._ Jouer avec des boutons comme avec des billes, à la bloquette, à la pigoche, etc.
LORCEFÉ, s. f. La prison de la Force,--dans l'argot des voleurs, qui, pour ce mot, se sont contentés de changer la place des lettres et de mettre un _é_ au lieu d'un _a_.
_La Lorcefé des largues._ Saint-Lazare, qui est la prison, la maison de Force où l'on renferme les femmes.
LORET, s. m. Monsieur peu délicat et peu difficile, qui vit volontiers des miettes de la table amoureuse de la lorette.
Le mot appartient à Nestor Roqueplan.
LORETTE, s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre.
Le mot a une vingtaine d'années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection,--le quartier Notre-Dame-de-Lorette.
LORGNE, s. m. Borgne,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Lorgne-bè_.
LORGUE, s. m. As,--dans le même argot.
LOUBION, s. m. Bonnet d'homme ou de femme,--dans le même argot.
LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.
LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,--dans l'argot du peuple.
Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.
LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.
LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,--dans l'argot des voleurs.
LOUCHER (Faire). Donner envie; exciter la convoitise,--dans l'argot du peuple, où l'on emploie souvent cette expression ironique pour refuser quelque chose.
LOUCHER DE LA JAMBE, v. n. Boîter.
_Loucher de l'épaule._ Être bossu.
_Loucher de la bouche._ Avoir le sourire faux.
LOUCHES, s. f. pl. Les mains,--dans l'argot des voleurs, qui ne savent pas prendre franchement, honnêtement, et en en demandant la permission.
LOUCHON, s. m. Individu affligé de strabisme,--dans l'argot du peuple.
LOUFIAT, s. m. Voyou, homme crapuleux,--dans l'argot des faubouriens.
LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de Romilly,--dans l'argot facétieux des faubouriens, qui entendent dire depuis si longtemps et qui répètent eux-mêmes si volontiers que _marcher dedans c'est signe d'argent_.
On dit aussi _Pièce de vingt francs_.
LOUIS D'OR (N'être pas). Ne pouvoir plaire à tout le monde, soit par son visage quand on est femme, soit par son caractère quand on est homme, soit par son talent quand on est artiste ou écrivain.
C'est une phrase souvent employée, de l'argot du peuple, qui sait que les Louis--XV ou non--seront toujours les _bien-aimés_, mais qui ignore les âpres joies des grands dédaigneux, jaloux de plaire seulement à un petit nombre d'amis ou de lecteurs de choix.
_Odi profanum vulgus, et arceo._
LOUISETTE, s. f. Premier nom donné à la guillotine, «en l'honneur» du docteur _Louis_, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie et inventeur, du moins importateur de cet instrument de mort.
On l'a appelée aussi _Louison_.
LOULOU, s. m. Petit chien-_loup_,--dans l'argot du peuple.
LOULOU. Terme d'amitié, caresse de femme à amant ou d'amant à maîtresse.
On dit aussi _Gros loulou_.
LOUP, s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n'en sort que lorsqu'il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple.
Malgré le _væ soli!_ de l'Ecriture et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que le méchant qui vit seul,» les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons: la forêt vaut mieux que l'abattoir.
LOUP, s. m. Créancier,--dans l'argot des typographes.
_Faire un loup._ Faire une dette,--et ne pas la payer.
LOUP, s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot.
LOUP, s. m. Pièce manquée ou mal faite,--dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi _Bête_ ou _Loup qui peut marcher tout seul_.
LOUP-CERVIER, s. m. Homme qui fait des affaires d'argent; _Boursier_,--dans l'argot des gens de lettres.
LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,--dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.
Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. «_Loupeur_, dit-il, vient du hollandais _looper_ (coureur), _loop_ (course), _loopen_ (courir). L'allemand a _laufer_... le danois _lœber_...: enfin le suédois possède _lopare_... Tous ces mots doivent avoir pour racine l'anglo-saxon _lleàpan_ (islandais _llaupa_), courir.»
L'ardeur philologique de l'estimable M. Francisque Michel l'a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit les pois _lupins_ dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment que dans le _far niente_ et le _far niente_ ne s'acquérant que dans la pauvreté;--soit les _Lupanarii_, où l'on ne fait rien de bon, du moins; soit les _lupilli_, qu'enployaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (_humulus lupulus_) qui grimpe et s'étend au soleil comme un lézard; soit enfin et surtout, le loup classique (_lupus_), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.
LOUPE (Camp de la), s. m. Réunion de vagabonds. C'était une guinguette du boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d'un côté par un pâtissier nommé _Laflème_, et, de l'autre, par un marchand de vin, nommé _Feignant_...
LOUPEL, s. m. Avare; homme tout à fait pauvre,--dans l'argot des voleurs.
LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,--dans l'argot des ouvriers.
LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.
LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n'aimant pas le travail honnête et doux de l'atelier, préfère le rude et honteux travail de la débauche.
LOUPIAT, s. m. Fainéant, _Loupeur_,--dans l'argot des faubouriens.
LOUPION, s. m. Chapeau d'homme, rond. Même argot.
LOURDE, s. f. Porte,--dans l'argot des voleurs.
LOURDIER, s. m. Portier.
LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,--dans l'argot des francs-maçons.
On dit aussi _Louveton_ et _Louftot_.
LOUVRE, s. m. Maison quelconque en pierre de taille,--dans l'argot des bourgeois, pour lesquels la colonnade de Perrault est le _nec plus ultra_ de l'art architectonique.
Ils disent aussi _Petit Louvre_,--pour ne pas scandaliser dans leurs tombes François Ier, Henri II et Charles IX.
LOVELACE, s. m. Libertin, grand séducteur,--dans l'argot des bourgeois, qui éternisent ainsi le souvenir du principal héros du roman de Richardson (_Clarisse Harlowe_).
LUCARNE, s. f. Monocle,--dans l'argot des faubouriens.
_Crever sa lucarne._ Casser le verre de son lorgnon.
LUCRÈCE, s. f. Femme chaste, en apparence du moins,--dans l'argot du peuple, qui a entendu parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et qui n'y croit que sous bénéfice d'inventaire.
_Faire la Lucrèce._ Contrefaire la prude et l'honnête femme.
LUISANT, s. m. Soleil, ou Jour,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Luisard_.
LUISANTE, s. f. La Lune.
On dit aussi _Luisarde_.
LUNCH, s. m. Collation légère entre le déjeuner et le dîner--dans l'argot des gandins, qui répudient ainsi notre ancien _goûter_.
Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais a cet avantage sur le lunch parisien, qu'il est une réfection copieuse,--un troisième déjeuner ou un premier dîner,--destiné à ravitailler les estomacs épuisés par les luttes des _hustings_, quand il y a des élections.
LUNCHER, v. n. Manger des gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier en renom.
LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste du lundi,--dans l'argot des gens de lettres.
Ce mot appartient à M. Pierre Véron.
LUNE, s. f. Caprice; mauvaise humeur,--dans l'argot du peuple.
_Être dans ses lunes._ Avoir un accès de mauvaise humeur, de misanthropie.
LUNE, s. f. Visage large, épanoui, rayonnant de satisfaction et de santé.
On dit aussi _Pleine_ lune.
LUNE, s. f. Le second visage que l'homme a à sa disposition, et qu'il ne découvre jamais en public,--à moins d'avoir toute honte bue.
On dit aussi _Pleine lune_.
LUNE A DOUZE QUARTIERS, s. f. Roue,--dans l'argot des voleurs.
LUNETTE, s. f. Le cercle de la _trulla_,--dans l'argot du peuple.
LUNETTES, s. f. pl. Les _nates_,--qui sont en effet de petites _lunes_.
LUQUE, s. m. Faux certificat, faux passeport, _loques_ de papier,--dans l'argot des voleurs.
_Porte-luque._ Portefeuille.
_Luque_ signifie aussi image, dessin.
LURELURE (A), loc. adv. Au hasard, sans dessein, sans réflexion surtout,--dans l'argot du peuple.
LURON, s. m. Homme hardi, déluré.
_Joyeux luron._ Bon compagnon.
LUSQUIN, s. m. Charbon,--dans l'argot des voleurs.
_Lusquine._ Cendre.
LUSTRE, s. m. La claque,--dans l'argot des coulisses.
_Chevaliers du lustre._ Gens payés pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre.
On dit aussi _Romains_.
LUSTRE, s. m. Juge,--dans l'argot des voleurs.
LUSTRER, v. a. et n. Juger.
LUSTUCRU, s. m. Imbécile; évaporé, extravagant,--dans l'argot du peuple.
LYCÉE, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, qui y font leurs humanités et parmi lesquels se trouve, de temps en temps, un Aristote de la force de Lacenaire qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa Philosophie de la guillotine.
LYONNAISE, s. f. Soierie,--dans l'argot des faubouriens, qui pratiquent volontiers l'hypallage et la métonymie.
M
MAC, s. m. Apocope de _Maquereau_,--dans l'argot des faubouriens.
MACACHE, adj. Mauvais, détestable,--dans l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.
On emploie ordinairement ce mot avec _bono_:
_Macache-bono._ Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.
Signifie aussi _Zut!_
MACADAM, s. m. Boue épaisse et jaune due à l'ingénieur anglais Mac Adam.
MACADAM, s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la boue des boulevards macadamisés.
MACADAMISER, v. a. Empierrer les voies publiques d'après le système de Mac Adam.
MACAIRE, s. m. Escroc; agent d'affaires véreuses; saltimbanque,--dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir du type créé par Frédérick-Lemaître au théâtre et par Daumier au _Charrivari_.
On dit aussi _Robert-Macaire_.
MACARON, s. m. Huissier,--dans l'argot des voyous. Traître,--dans l'argot des voleurs.
MACARONER, v. a. et n. Agir en traître.
MACCHABÉE, s. m. Cadavre,--dans l'argot du peuple, qui fait allusion, sans s'en douter, aux sept martyrs chrétiens.
_Mauvais macchabée._ Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu'on est forcé de _tasser_,--dans l'argot des employés des pompes funèbres.