Dictionnaire de la langue verte

Part 26

Chapter 263,693 wordsPublic domain

Ce verbe s'emploie dans un autre sens, celui de _faire_, pour marquer l'étonnement. _Comment cela se joue-t-il donc? Tout à l'heure j'avais de l'argent et maintenant je n'en ai plus!_

JOUER A COURIR, v. n. Se défier à la course,--dans l'argot des enfants.

JOUER A LA MAIN CHAUDE, v. n. Être guillotiné,--dans l'argot des voleurs, qui font allusion à l'attitude du supplicié, agenouillé devant la machine, la tête basse, les mains liées derrière le dos.

JOUER A LA RONFLE, v. n. Ronfler en dormant,--dans l'argot des faubouriens.

JOUER COMME UN FIACRE, v. n. Jouer très mal,--dans l'argot du peuple, qui sait que les voitures imaginées, au XVIIe siècle, par Sauvage, sont les plus détestables véhicules du monde.

On dit aussi _Jouer comme une huître_.

JOUER DE LA HARPE. S'assurer, comme Tartufe, et dans le même but que lui, auprès d'une femme, que l'étoffe de sa robe est moelleuse.

JOUER DE QUELQU'UN, v. n. Le mener comme on veut, en tirer soit de l'argent, soit des complaisances de toutes sortes,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on joue de l'homme comme Liszt du piano, Paganini du violon, Théophile Gautier de la prose, Théodore de Banville du vers, etc., etc.

JOUER DES JAMBES, v. a. S'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

JOUER DEVANT LES BANQUETTES. Jouer devant une salle où les spectateurs ne sont pas nombreux, ainsi que cela arrive fréquemment l'été. Argot des coulisses.

JOUER DU COEUR. Rejeter les vins ou les viandes ingérés en excès ou mal à propos,--dans l'argot du peuple, à qui les _concetti_ ne déplaisent pas.

Nos aïeux disaient _Tirer aux chevrotins_.

JOUER DU NAPOLÉON, v. a. Payer; dépenser sans compter,--dans l'argot des bohèmes, à qui ce jeu-là est interdit.

JOUER DU PIANO, v. a. Se dit,--dans l'argot des maquignons, d'un cheval qui frappe inégalement des pieds en courant.

JOUER DU POUCE, v. a. Dépenser de l'argent,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi Compter de l'argent.

JOUER DU VIOLON, v. a. Scier ses fers,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Jouer de la harpe_.

JOUER DU VIOLON, v. n. Se dit,--dans l'argot des écrivains fantaisistes, à propos des mouvements de systole et de diastole du cœur humain en proie à l'Amour, ce divin Paganini.

JOUER LA FILLE DE L'AIR, v. a. S'en aller de quelque part; s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

JOUJOU, s. m. Jouet,--dans l'argot des enfants.

_Faire joujou._ S'amuser,--au propre et au figuré.

JOUJOU, s. m. La croix d'honeur,--dans l'argot du peuple.

On se rappelle les tempêtes soulevées par Clément Thomas, employant cette expression en pleine Assemblée nationale.

JOUJOUTER, v. n. Jouer, faire joujou,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe au propre et au figuré.

JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE (Le). Le jour de l'exécution,--dans l'argot des prisons. C'est une allusion, comprise même des plus ignorants et des plus païens, à la décollation du Précurseur, dont la belle et cruelle Hérodiade ne pouvait digérer les mercuriales.

Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal, qu'ils appellent le _Jour du torticolis_ (wry-neck day).

JOURNOYER, v. n. Ne rien faire de la journée, flâner. Argot du peuple.

JUBÉCIEN, IENNE, adj. et s. Grimacier, grimacière, qui fait des façons, des giries.

JUBILATION, s. f. Contentement extrême,--dans l'argot du peuple.

_Visage de jubilation._ Qui témoigne d'un très bon estomac.

JUBILER, v. n. Se réjouir.

JUDAS, s. m. Traître; homme dont il faut se méfier,--dans l'argot du peuple, chez qui est toujours vivante la tradition de l'infamie d'Iscariote.

_Baiser de Judas._ Baiser qui manque de sincérité.

_Barbe de Judas._ Barbe rouge.

_Bran de Judas._ Taches de rousseur.

_Le point de Judas._ Le nombre 13.

JUDAS, s. m. Petite ouverture au plancher d'une chambre située au-dessus d'une boutique, et qui _trahit_ ainsi la présence d'un étranger dans celle-ci.

Les _judas_ parisiens sont les cousins germains des _espions_ belges et suisses.

JUDASSER, v. n. Embrasser pour tromper--comme Judas Iscariote fit au Christ.

Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.

JUDASSERIE, s. f. Fausse démonstration d'amitié; tour, perfidie; trahison.

JUDÉE, n. de l. Préfecture de police,--dans l'argot des voleurs, qui ont appris à leurs dépens le chemin de la rue de _Jérusalem_.

Ils disent aussi _Petite Judée_.

JUGE DE PAIX, s. m. Tourniquet de marchand de vin, qui condamne à payer une _tournée_ celui qui perd en amenant le plus petit nombre. Argot des ouvriers.

JUGE DE PAIX, s. m. Bâton,--parce qu'il est destiné à mettre le holà.

Cette expression fait partie de l'argot des voleurs et de celui des faubouriens.

JUGEOTTE, s. f. Jugement, logique, raison, bon sens,--dans l'argot du peuple, pour qui cela remplace la _judiciaire_.

JUGULER, v. a. Importuner, ennuyer, _égorger_ d'obsessions.

JUIF, s. m. Prêteur à la petite semaine,--dans l'argot des étudiants.

JUIF ERRANT, s. m. Grand marcheur, homme qui va par monts et par vaux, comme Ahasvérus, que Jésus--«la bonté même»--a condamné à marcher «pendant plus de mille ans».

JUIFFER, v. a. Tromper en vendant; avoir un bénéfice usuraire dans une affaire.

JUILLETISER, v. a. Faire une révolution, détrôner un roi,--dans l'argot du peuple, qui a gardé le souvenir des «glorieuses journées» de 1830.

JULES, s. m. Pot qu'en chambre on demande,--dans l'argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.

_Aller chez Jules._ C'est ce que les Anglais appellent _To pay a visit to mistress Jones_.

JUMELLES, s. f. pl. Partie du corps qui constitue la Vénus _Callipyge_,--dans l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses, lesquelles appelaient cette partie _Les deux sœurs_.

JUS, s. m. Grâce, élégance, bon goût,--dans l'argot des faubouriens, pour qui certaines qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont la _sauce_ de certaines qualités de l'âme.

_Avoir du jus._ Avoir du _chic_, de la tournure.

_Être d'un bon jus._ Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir un visage qui prête à rire.

JUS, s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.

JUS DE BÂTON, s. m. Coup de bâton.

JUS D'ÉCHALAS, s. m. Vin.

JUS DE RÉGLISSE, s. m. Nègre ou mulâtre.

JUSQU'À PLUS SOIF, adv. A l'excès, extrêmement,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout.

JUSTE, s. f. La Cour d'assises,--dans l'argot des voleurs, qui s'étrangleraient sans doute à prononcer le mot tout entier, qui est _Justice_.

JUSTE MILIEU, s. m. Député conservateur quand même, ami quand même du gouvernement régnant. Argot des journalistes libéraux.

On dit aussi _Centrier_.

JUSTE-MILIEU, s. m. L'endroit consacré par la jurisprudence du Palais-Royal comme cible aux coups de pied classiques et aux plaisanteries populaires.

JUTEUX, EUSE, adj. qui donne de grands bénéfices, qui _rend_ un grand profit, qui a du _jus_ enfin.

K

KIF-KIF, adv. _Ric-à-ric_,--dans l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.

KINSERLICK, s. m. Autrichien,--dans l'argot des troupiers, qui ont entendu parler des Impériaux (_die Kaiserlichen_) battus par leurs pères, les soldats de la Grande Armée.

On dit aussi et mieux _Kaiserlick_.

KLEBJER, v. n. Manger,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui parlent russe (_kleb_, pain) sans le savoir.

Ils disent aussi _Tortorer_.

KOKSNOFF, adj. Elégant, beau, brillant, _chocnosoff_,--dans l'argot des bohèmes et des rapins.

KOLBAC, s. m. Coiffure généralement quelconque,--dans l'argot des faubouriens.

KRAPSER, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens qui ont fait la guerre d'Orient.

Signifie aussi mourir.

KYRIELLE, s. f. Suite ou procession de gens; famille nombreuse,--dans l'argot du peuple.

_Avoir des kyrielles d'enfants._ En avoir beaucoup.

L

LA, s. m. Mot d'ordre, signal; invitation à se mettre à l'unisson,--dans l'argot des gens de lettres.

_Donner le la._ Indiquer par son exemple, par sa conduite, ce que les autres doivent faire, dire, écrire.

LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,--dans l'argot des filles, qui n'aiment à parler qu'allusivement de ce Paraclet forcé.

LABORATOIRE, s. m. Cuisine,--dans l'argot des restaurateurs, chimistes ingénieux qui savent _transformer_ les viandes et les vins de façon à dérouter les connaisseurs.

LACETS, s. m. pl. Poucettes,--dans l'argot des voleurs.

_Les marchands de lacets._ Les gendarmes.

LACHE, s. et adj. Paresseux,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Saint Lâche_.

LACHER, v. a. Quitter.

_Lâcher d'un cran._ Abandonner subitement.

LACHER LA RAMPE, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.

LACHER (Se), v. réfl. Oublier les lois de la civilité puérile et honnête, _ventris flatum emittere_,--dans l'argot des bourgeois.

On dit aussi _En lâcher un_ ou _une_,--selon le sexe de l'incongruité.

LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN, v. a. Cesser de l'importuner,--dans l'argot des faubouriens.

C'est plutôt une exclamation qu'un verbe: _Ah! tu vas me lâcher le coude!_ dit-on à quelqu'un qui ennuie, pour s'en débarrasser.

LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a. _Meiere_,--dans l'argot des voyous.

LACHER UN CRAN, v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné,--dans l'argot des bourgeois.

LACHER UNE NAÏADE, v. a. _Meiere_,--dans l'argot facétieux des ouvriers.

Ils disent aussi _Lâcher les écluses_.

LACHER UNE TUBÉREUSE. (V. _Se lâcher_.)

LACHEUR, s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme,--dans l'argot de Breda-Street, où le rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa juste valeur.

LACHEUR, s. m. Homme qui laisse ses camarades «en plan» au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu'ils sont ivres,--dans l'argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne.

_Beau lâcheur._ Homme qui fait de cette désertion une habitude.

LACHEUR, s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres.

_Lâcheur_ ici est synonyme de Lâche.

LAFARGER, v. a. Se débarrasser de son mari en l'empoisonnant ou de tout autre façon,--dans l'argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu'il fait survivre le châtiment au coupable.

LAFFE, s. f. Potage, soupe,--dans l'argot des voleurs.

LAGO, adv. Là,--dans le même argot.

_Labago._ Là-bas.

LAIDERON, s. m. Fille ou femme fort laide,--dans l'argot des bourgeois, dont l'esthétique laisse beaucoup à désirer.

On dit aussi _Vilain laideron_,--quand on veut se mettre un pléonasme sur la conscience.

LAINE, s. f. Ouvrage,--dans l'argot des tailleurs.

LAINÉ, s. m. Mouton,--dans l'argot des voleurs.

LAISSER ALLER (Se), v. réfl. N'avoir plus d'énergie, s'habiller sans goût et même sans soin; se négliger. Argot du peuple.

LAISSER ALLER LE CHAT AU FROMAGE. Perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.

L'expression est vieille,--comme l'imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos, un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»

LAISSER DE SES PLUMES, v. a. Perdre de l'argent dans une affaire; ne sortir d'un mauvais pas qu'en finançant.

LAISSER FUIR SON TONNEAU. Mourir,--dans l'argot des marchands de vin.

LAISSER PISSER LE MÉRINOS, v. n. Ne pas se hâter; attendre patiemment le résultat d'une affaire, d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.

LAISSER SES BOTTES QUELQUE PART, v. a. Y mourir,--dans l'argot du peuple.

LAISSER TOMBER SON PAIN DANS LA SAUCE. S'arranger de manière à avoir un bénéfice certain sur une affaire; montrer de l'habileté en toute chose.

LAIT, s. m. Encre,--dans l'argot des voleurs.

_Lait à broder._ Encre à écrire.

_Lait de cartaudier._ Encre d'imprimerie.

LAIT DE VIEILLARD, s. m. Vin,--dans l'argot du peuple, qui dit cela pour avoir le droit de _téter_ jusqu'à cent ans.

LAÏUS, s. m. Discours quelconque,--dans l'argot des Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire à traiter par les élèves avait été l'époux de Jocaste.

_Piquer un Laïus._ Prononcer un discours.

Les Saint-Cyriens, eux, disent _Brouta_ (du nom d'un professeur de l'Ecole), _broutasser_ et _broutasseur_.

LAMBERT. Nom qu'on donne, depuis l'été de 1864 à toute personne dont on ignore le nom véritable.

_Appeler Lambert._ Se moquer de quelqu'un dans la rue.

LAMBIN, s. et adj. Paresseux, flâneur,--dans l'argot du peuple.

Il emploie ce mot depuis très longtemps, trois siècles à peu près, si l'on en croit le _Dictionnaire historique_ de M. L.-J. Larcher, qui le fait venir de Lambin, philosophe français, «lent dans son travail et lourd dans son style».

Signifie aussi hésitant.

LAMBINER, v. n. Hésiter à faire une chose, à prendre un parti; flâner.

LAME, s. f. Tombeau,--dans l'argot des romantiques, qui avaient ressuscité les vieux mots des poètes du XVIe siècle.

_Être couché sous la lame._ Être mort.

LAMINE, n. d. v. Le Mans,--dans l'argot des voleurs.

LAMPE, s. f. Verre à boire,--dans l'argot des francs-maçons.

Ils disent aussi _Canon_.

LAMPÉE, s. f. Grand coup de vin,--dans l'argot du peuple.

LAMPER, v. a. et n. Boire abondamment.

On disait, il y a deux siècles: _Mettre de l'huile dans la lampe_ pour emplir un verre de vin.

LAMPIE, s. f. Repas,--dans l'argot des voleurs.

LAMPION, s. m. Chapeau,--dans l'argot des voyous.

LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,--dans l'argot des faubouriens.

«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire A ton perruquier du bon ton, Calypso, j'suis fâché d'te l'dire, Foi d'homme! j'te crève un lampion!»

dit une chanson qui court les rues.

_Lampions fumeux._ Yeux chassieux.

LANCE, s. f. Pluie,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.

A qui qu'il appartienne, il fait image.

LANCE, s. f. Balai,--dans le même argot.

LANCE DE SAINT CRÉPIN, s. f. Alène,--dans l'argot du peuple, qui sait que saint Crépin est le patron des cordonniers.

LANCÉ, s. m. Effet de jambes, dans l'argot des bastringueuses.

LANCÉ, adj. Sur la pente de l'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.

LANCER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.

LANCER (Se), v. réfl. De timide devenir audacieux auprès des femmes. Argot des bourgeois.

LANCEUR, s. m. Libraire qui sait vendre les livres qu'il édite,--dans l'argot des gens de lettres.

_Bon lanceur._ Éditeur intelligent, habile, qui vendrait même des _rossignols_,--par exemple Dentu, Lévy, Marpon, etc.

Le contraire de _lanceur_ c'est _Etouffeur_,--un type curieux, quoiqu'il ne soit pas rare.

LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie sous le harnois, qui sert de chaperon, et de proxénète, aux jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation galante est cependant suffisamment déclarée.

LANCIER DU PRÉFET, s. m. Balayeur,--dans l'argot des faubouriens.

LANCIERS, s. m. pl. Quadrille à la mode il y a une dizaine d'années.

_Danser les lanciers._ Danser ce quadrille.

LANDERNAU, n. d. l. Ville de Bretagne située entre la Madeleine et la porte Saint-Martin,--dans l'argot des gens de lettres, qui ne se doutent peut-être pas que l'expression est octogénaire.

_Il y a du bruit dans Landernau._ Il y a un événement quelconque dans le monde des lettres ou des arts.

LANDIER, s. m. Employé de l'octroi,--dans l'argot des voleurs, qui ont conservé le souvenir du _Landit_ de Saint-Denis.

LANDIÈRE, s. f. Boutique de marchand forain.

LANGUARD, e, adj. et s. Bavard, bavarde, mauvaise langue,--dans l'argot du peuple.

Le mot sort des poésies de Clément Marot.

LANGUE DES DIEUX (La). La poésie,--dans l'argot des académiciens, dont cependant les vers n'ont rien de divin.

LANGUE VERTE, s. f. Argot des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y a, dans _les Nuits de la Seine_, drame de Marc Fournier, un _professeur de langue verte_ qui enseigne et pratique les tricheries ordinaires des grecs. Le sens du mot s'est étendu: on sait quel il est aujourd'hui.

Langue verte! Langue qui se forme, qui est en train de mûrir, parbleu!

LANSQUE, s. m. Apocope de Lansquenet,--dans l'argot de Breda-Street.

_Faire un petit lansque._ Jouer une partie de lansquenet.

LANSQUAILLER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Lascailler_.

LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,--dans le même argot.

LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.

_Lansquiner des chasses._ Pleurer.

LANTERNER, v. n. Temporiser; hésiter; marchander et n'acheter rien. Argot du peuple.

LANTERNER, v. a. Ennuyer quelqu'un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.

LANTERNES DE CABRIOLET, s. m. pl. Yeux gros et saillants.

LANTERNIER, s. m. Homme irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.

LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile; jocrisse,--dans l'argot des faubouriens.

LANTIPONNAGE, s. m. Discours importun, hésitation à faire ou dire une chose,--dans l'argot du peuple.

LANTIPONNER, v. n. Passer son temps à bavarder, à muser.

LANTURLU, s. m. Ecervelé, extravaguant, hurluberlu.

On disait autrefois _L'Enturlé_.

LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse de la bohème galante, de bal et de trottoir,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le souvenir de La Palférine de H. de Balzac.

LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,--dans l'argot des ouvriers.

LAPIN, s. m. Homme solide de cœur et d'épaules,--dans l'argot du peuple.

_Fameux lapin._ Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

LAPIN s. m. Camarade de lit,--dans l'argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls.

On sait quel était le _lapin_ d'Encolpe, dans le _Satyricon_ de Pétrone.

LAPIN (En), adv. Être placé sur le siège de devant, avec le cocher,--dans l'argot du peuple.

LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m. Chat.

LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme à cheval,--dans l'argot des voleurs.

Ils l'appellent aussi _Liège_.

LARBIN, s. m. Domestique,--dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des voleurs.

LARBINERIE, s. f. Domesticité, valetaille.

LARD, s. m. La partie adipeuse de la chair,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un porc.

_Sauver son lard._ Se sauver quand on est menacé.

Les ouvriers anglais ont la même expression: _To save his bacon_, disent-ils.

LARDER, v. a. Percer d'un coup d'épée ou d'un coup de sabre,--dans l'argot des troupiers.

_Se faire larder._ Recevoir un coup d'épée.

LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.

LARGE, adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot:

«.... Ils sçavent bien Que vostre père est homme large; A souper l'auront, à la charge Pour dix buveurs maistres passez.»

(Traduction du _Colloque d'Erasme_.)

LARGE DES ÉPAULES. Avare. Cette expression se trouve dans le Dictionnaire de Leroux, édition de 1786, qui n'est pas la première édition.

LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,--dans l'argot des voleurs et des souteneurs.

_Larguepé._ Femme publique.

LARGUOTTIER, s. m. Libertin, ami des _largues_.

On dit aussi _Larcottier_.

LARME, s. f. Très petite quantité,--dans l'argot des bourgeois, qui prennent une larme d'eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent gris.

LARTIF, ou LARTILLE, ou LARTON, s. m. Pain,--dans l'argot des voleurs qui ne veulent pas dire _artie_.

_Larton brut._ Pain bis.

_Larton savonné._ Pain blanc.

_Lartille à plafond._ Pâté,--à cause de sa croûte.

LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger, boulangère.

LASCAR, s. m. Nom que,--dans l'argot des troupiers et du peuple--on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies.

C'est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.

LATIF, s. m. Linge blanchi,--dans l'argot des voleurs.

LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.

«Je suis latine Gaiment je dine Sur le budget de mon étudiant!»

dit une chanson moderne.

LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,--dans l'argot des troupiers.

_Se ficher un coup de latte._ Se battre en duel.

LAUMIR, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.

LAVABE, s. m. Place de parterre à prix réduit,--dans l'argot des voyous.

LAVAGE, s. m. Vente au rabais d'objets ayant déjà eu un premier propriétaire,--dans l'argot des filles et des bohèmes, qui ont l'habitude de _laver_ précisément les choses les plus neuves et les plus propres, afin de s'en faire de l'argent comptant.

LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d'eau, où la viande a été trop épargnée. Argot des bourgeois.

Se dit aussi du mauvais café.

LAVEMENT, s. m. Homme ennuyeux, tracassier, _canulant_,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les détersifs.

LAVER, v. a. Vendre à perte les objets qu'on avait achetés pour les garder.

Pourquoi _laver_ au lieu de _vendre_? M. J. Duflot prétend que cela vient de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit chaque jour. (L'Institution Porcher--la claque--ne fonctionnait pas encore.) «Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets.--«C'est mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi.» Le petit paquet que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre que _laver_ voulait dire _vendre_. Depuis ce jour, il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le blanchisseur de Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»

LAVER LA TÊTE, v. a. Faire de violents reproches, et même dire des injures,--dans l'argot du peuple, qui ne fait que traduire le verbe _objurgare_ de Cicéron.

LAVETTE, s. f. Langue,--dans l'argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos des hommes que des chiens.

LAVOIR, s. m. Le confessionnal,--dans l'argot des voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu'elle est le plus chargée d'impuretés.

LAZAGNE, s. f. Lettre,--dans l'argot des voleurs.

LAZZI-LOFF, s. m. Maladie qui ne se guérit qu'à l'hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot.

LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré; flagorneur,--dans l'argot du peuple.

LÉCHER UN TABLEAU, v. a. Le peindre trop minutieusement, à la hollandaise,--dans l'argot des artistes.

LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime à embrasser; qui se plaît à recevoir et à donner des baisers,--dans l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de la tribu des _Amalécites_.

LÉGITIME, s. f. Épouse,--dans l'argot des bourgeois.

LÉGRE, s. f. Foire, marché,--dans l'argot des voleurs.

LÉGUMES, s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds,--dans l'argot des faubouriens.

J'en ai entendu un s'écrier: «Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied de Louis XIV!»

On dit aussi _Champignons_.

LÉGUMISTE, s. m. Homme qui, par respect pour les bêtes, se nourrit exclusivement de légumes, comme un vertueux brahmine. Il y a une _Société des légumistes_.

LENDORE, s. m. Paresseux, nonchalant, _endormi_,--dans l'argot du peuple.

LÉON, n. d'h. Le président des assises,--dans l'argot des voleurs, renards qui se sentent en présence du _lion_.

LERMON, s. m. Etain,--dans le même argot.

LERMONER, v. a. Etamer.

LEM. Désinence javanaise,--mais d'un javanais spécial aux saltimbanques, et quelquefois aussi aux voleurs.

_Parler en lem._ Ajouter cette syllabe à tous les mots pour les rendre inintelligibles au vulgaire.

On dit aussi Parler en _luch_--et alors on remplace _lem_ par _luch_.