Dictionnaire de la langue verte
Part 24
GROUILLER, v. n. Remuer, s'agiter,--dans l'argot du peuple.
GROUILLIS-GROUILLOT, s. m. Foule de gens ou d'animaux,--par allusion à leurs mouvements vermiculaires.
Ce mot fait image et mérite d'être conservé, malgré sa trivialité.
GROUIN, s. m. Visage,--dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas le moindre respect pour le «miroir de l'âme».
GROUMER, v. n. Gronder, murmurer,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
GRUE, s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d'autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là.
C'est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l'insolence des filles envers les honnêtes femmes.
_Bécasses_! disaient-elles. _Grues_! leur répond-on.
Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n'est pas né d'hier, il y a longtemps que le peuple l'emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.
GRUERIE, s. f. Bêtise rare,--comme il en sort tant de tant de jolies bouches.
GRUGER, v. a. Manger le bien de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
Les gens de lettres écrivent _grue-ger_, par allusion aux mœurs des _grues_,--ces Ruine-maison!
GRUGEUR, s. m. Parasite, faux ami qui vous aide à vous ruiner, comme si on avait besoin d'être aidé dans cette agréable besogne.
GUANO, s. m. Fèces, non pas des phénicoptères des mers du Sud, mais de l'homme,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment les facéties grasses et remuent volontiers la lie de l'esprit pour en dégager les parfums nauséabonds au nez des autres et même à leur propre nez.
GUELTE, s. f. Bénéfice (_geld_) qu'on abandonne aux commis d'un magasin qui sont parvenus à vendre un objet jugé invendable. Grâce à la faconde des gaudissards modernes, il est rare qu'un _rossignol_ reste sur les rayons, et leur guelte s'en accroît d'autant.
GUENILLON, s. m. Fille ou femme mal habillée,--dans l'argot des bourgeoises, qui ne tolèrent pas les infractions à la mode.
GUENON, s. f. Femme laide ou corrompue,--dans l'argot du peuple.
C'est la _trot_ des Anglais.
On dit aussi _Guenippe_ et _Guenuche_.
GUÉRETS, s. m. pl. Les blés mûrs,--dans l'argot des Académiciens.
GUÉRITE, s. f. Chapelle,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui s'y réfugient au moment des averses.
GUETTE, s. f. Gardien,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des chiens.
_Bonne guette._ Chien qui aboie quand il faut, pour avertir son maître.
_Être de guette._ Aboyer aux voleurs, ou aux étrangers.
GUEULARD, s. m. Gourmand.
Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.
GUEULARD, s. m. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Bissac.
GUEULARDE, s. f. Poche,--dans le même argot.
GUEULARDISE, s.f. Gourmandise,--dans l'argot du peuple.
GUEULE, s. f. Visage.
_Bonne gueule._ Visage sympathique.
_Casser la gueule à quelqu'un._ Lui donner des coups de poing en pleine figure.
_Gueule en pantoufle._ Visage emmitouflé.
GUEULE, s. f. Appétit énorme.
_Être porté sur sa gueule._ Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles.
_Donner un bon coup de gueule._ Manger avec appétit.
GUEULE, s. f. Bouche.
_Bonne gueule._ Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.
GUEULE DE BOIS, s. f. Ivresse,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu exprimer son résultat le plus ordinaire.
_Se sculpter une gueule de bois._ Commencer à se griser.
GUEULE D'EMPEIGNE, s. f. Homme qui a une voix de stentor ou qui mange très chaud ou très épicé.
_Avoir une gueule d'empeigne._ Avoir le palais assuré contre l'irritation que causerait à tout autre l'absorption de certains liquides frelatés.
On dit aussi _Avoir la gueule ferrée_.
GUEULÉE, s. f. Repas.
_Chercher la gueulée._ Piquer l'assiette.
Signifie aussi une grosse bouchée.
GUEULÉES, s. f. pl. Paroles fescennines, et même ordurières.
GUEULE ENFARINÉE (Avoir la). Être alléché par quelque chose, par une promesse de dîner ou d'amour et se créer par avance une indigestion ou une félicité sans pareilles.
GUEULE FINE, s. f. Gourmet.
GUEULER, v. n. Crier, gronder.
Signifie aussi Parler.
GUEULETON, s. m. Repas plantureux, ou simplement Repas.
_Fin gueuleton._ Ripaille où tout est en abondance, le vin et la viande.
GUEULETONNER, v. n. Faire un gueuleton.
GUEUSAILLER, v. n. Vagabonder, mendier,--dans l'argot des bourgeois.
GUEUSAILLE, s. f. La canaille.
GUEUSARD, s. m. Polisson.
GUEUSE, s. f. Drôlesse qui exploite le plus pur, le plus exquis des sentiments humains, l'amour, et «s'en fait des tapis de pieds»,--pour employer l'abominable expression que j'ai entendu un jour sortir, comme un crapaud visqueux, de la bouche de l'une d'elles.
_Courir les gueuses._ Fréquenter le monde interlope de Breda-Street.
En 1808 on disait: _Courir la gueuse_.
GUEUSERIE, s. f. Action vile, honteuse, comme les coquins en peuvent seuls commettre.
GUEUX, s. m. Petit pot de terre qu'on emplit de cendres rouges et que les marchandes en plein vent et les bonnes femmes pauvres placent sous leurs pieds pour se chauffer.
GUEUX, s. m. Coquin,--dans l'argot du peuple, qui, d'un seul mot, prouve ainsi éloquemment que le Vice est le fils naturel de la Misère.
GUEUX D'ARGENT! Expression du même argot, qui équivaut à l'_argentum sceleratum_ (c'est-à-dire _causa omnium scelerum_) de l'argot des convives de Trimalcion, dans Pétrone. C'est un cri que poussent depuis longtemps les misérables et qui retentira longtemps encore à travers les âges.
GUIBES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des voyous.
GUIBOLLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
_Jouer des guibolles._ Courir, s'enfuir.
GUICHEMAR, s. m. Guichetier,--dans l'argot des voyous.
GUIGNE, s. f. Mauvaise chance,--dans l'argot des cochers qui ne veulent pas dire _guignon_.
_Porter la guigne._ Porter malheur.
GUIGNE A GAUCHE, s. m. Homme qui louche,--dans l'argot des faubouriens.
GUIGNER, v. a. Viser, convoiter, attendre,--dans l'argot du peuple.
GUIGNON, s. m. Pseudonyme moderne du vieux Fatum.
_Avoir du guignon._ Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu'on entreprend.
GUIGNONNANT, adj. Désagréable.
_C'est guignonnant!_ C'est une fatalité!
On dit aussi--à tort--_guignolant_.
GUIGNONNÉ (Être). Être poursuivi par la déveine au jeu, par l'insuccès dans ce qu'on entreprend.
GUIMBARDE, s. f. Voiture mal suspendue, comme les coucous d'il y a cinquante ans,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à propos de n'importe quelle voiture.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l'emploie à propos d'une «grande voiture à quatre roues chargée de marchandises».
Se dit aussi en parlant d'une vieille guitare.
GUINAL, s. m. Juif,--dans l'argot des voleurs.
_Grand-guinal._ Le Mont-de-Piété.
GUINCHE, s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.
GUINCHE, s. f. Bal de barrière,--dans l'argot des voyous, qui appellent de ce nom la _Belle Moissonneuse, Aux Deux Moulins_, le _Vieux chêne_, rue Mouffetard, le _Salon de la Victoire_, à Grenelle, etc.
GUINCHER, v. n. Danser.
GUINCHER (Se). S'habiller à la hâte,--et mal.
GUINCHEUR, s. m. Habitué des bastringues.
GUINDAL, s. m. Verre,--dans l'argot des bouchers.
_Siffler le guindal._ Boire.
GUINGOIS (De), adv. De travers,--dans l'argot du peuple.
GUINGUETTE, s. f. Grisette,--parce qu'elle hante les bals de barrière.
GUITARE, s. f. Rengaîne; plainte banale, _blague_ sentimentale,--dans l'argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers des _Orientales_ de Victor Hugo.
GY, adv. Oui,--dans l'argot des voleurs.
H
HABILLÉ DE SOIE, s. m. Porc,--dans l'argot des faubouriens et des paysans des environs de Paris.
HABILLER, v. a. Médire de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
_Habiller de taffetas à 40 sous._ Mettre sur le dos de quelqu'un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.
HABILLER, v. a. Préparer un animal pour l'étal,--dans l'argot des bouchers.
HABILLER DE SAPIN (S'), v. réfl. Mourir,--par allusion au bois dont se composent ordinairement les cercueils. Argot du peuple.
Les gueux de Londres appellent le cercueil _a wooden coat_ (un habit de bois ou une redingote en sapin).
HABIN, Chien,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes gens.
On dit aussi _Happin_ et _Hubin_.
_Habin ergamé._ Chien enragé.
HABINER, v. a. Mordre.
HABIT NOIR, s. m. Bourgeois,--dans l'argot des souteneurs de filles, gens au peuple, et, à cause de cela, ennemis de l'habit.
_Être habit noir._ Être par trop simple, par trop naïf,--comme les bourgeois le sont d'ordinaire aux yeux des voyous, qui ont une morale différente de la leur.
HABITONGUE, s. f. Habitude,--dans l'argot des voleurs.
HACHER DE LA PAILLE, v. a. Parler allemand,--dans l'argot des ouvriers.
HALEINE CRUELLE, s. f. C'est-à-dire fétide--dans l'argot des gens de lettres, qui ne veulent pas dire _haleine homicide_.
Ils disent aussi _Haleine à la Domitien_.
HALEINER, v. a. Respirer l'haleine de quelqu'un,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, au figuré: Flairer, chercher à deviner ce qu'une personne pense.
HALLE AUX DRAPS, s. f. Le lit,--dans l'argot des faubouriens.
_Aller à la halle aux draps._ Se coucher.
HALLEBARDE, s. f. Femme trop grande et mal habillée.
On disait autrefois, et plus justement, _Hallebréda_, qui était une corruption de _Halbrené_ (dépenaillé).
HALOT, s. m. Soufflet,--dans l'argot des voleurs.
HALOTER, v. n. et a. Souffleter.
Signifie aussi Souffler.
HANNETON, s. m. Manie quelconque, idée fixe,--dans l'argot de Breda-Street, où les hannetons-hommes viennent d'eux-mêmes s'attacher le fil à la patte.
_Avoir un hanneton dans le plafond._ Être fou de quelqu'un ou de quelque chose.
Les voyous anglais ont une expression analogue: _To have a bee in his bonnet_ (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.
HANNETONNER, v. n. Se conduire comme un enfant; avoir des distractions.
HARAUDER, v. n. Crier après quelqu'un, le poursuivre d'injures ou de moqueries,--dans l'argot du peuple.
J'ai respecté l'orthographe de ce verbe, que j'ai entendu souvent après l'avoir lu dans les _Matinées du seigneur de Cholières_. Mais, à vrai dire, on devrait l'écrire _Haroder_, puisqu'il vient de _Haro_. Et, à ce propos, qui se douterait que ce dernier mot, si connu, est composé de l'exclamation _Ha!_ et du nom de _Raoul_, premier duc de Normandie?...
HARDES, s. f. pl. Vêtements.
HARDI A LA SOUPE, adj. Homme doué de plus d'appétit que de courage,--_gulo_.
On dit aussi dans le même sens: _N'avoir de courage qu'à la soupe_.
HARENGÈRE, s. f. Femme du peuple quelconque, «un peu trop forte en gueule»--dans l'argot des bourgeoises, qui se souviennent des plaisanteries salées dont les accablaient jadis les Dames de la Halle, aujourd'hui muselées par ordonnance de police.
HARIA, s. m. Embarras; chose ennuyeuse à faire ou à dire,--dans l'argot du peuple.
J'ai suivi pour ce mot l'orthographe de Balzac, mais je crois que c'est à tort et qu'il doit s'écrire sans H, venant probablement de l'italien _aria_, air,--d'où _arietta_, ariette, air de peu d'importance. A moins cependant que _Haria_ ne vienne d'_Hariolus_, sorcier.
HARICANDER, v. n. Chamailler quelqu'un sur des vétilles; être de mauvaise composition.
HARICOTS, s. m. pl. Maison d'arrêt de la garde nationale, où il est de tradition--fausse--que l'ordinaire de cette prison pour rire se compose de légumes, comme celui des prisons sérieuses.
On dit aussi l'_Hôtel des Haricots_.
Aug. Villemot prétend que cette expression est une corruption d'_Hôtel Darricau_. Il a peut-être raison.
HARIDELLE, s. f. Femme maigre et grande.
On dit aussi, mais en moins mauvaise part, _Haquenée_.
HARNACHÉ, adj. Mal habillé.
HARPE, s. f. Barreaux de fer qui garnissent les fenêtres des prisons,--dans l'argot des voleurs.
_Pincer de la harpe._ Se mettre à la fenêtre.
HARPIE, s. f. Femme acariâtre comme la femme de Socrate,--dans l'argot des bourgeois, qui ont souvent le malheur d'épouser une Xantippe.
HARPIGNER (Se), v. réfl. Se quereller, se battre,--dans l'argot du peuple.
HASARD! Expression de l'argot des typographes, qui s'en servent ironiquement à propos de choses qu'on répète trop souvent devant eux.
Souvent ils se contentent de dire H!
HASARD DE LA FOURCHETTE (Au). Expression proverbiale de l'argot du peuple, qui, après l'avoir longtemps employée au propre, l'emploie maintenant au figuré.
C'est l'équivalent de _Au petit bonheur_.
HASARDER LE PAQUET. Tenter une chose, fortune ou danger, après avoir longtemps hésité.
HAUS, s. m. Nom que les commis de nouveautés donnent à toute personne qui entre dans le magasin, y marchande plusieurs choses, et s'en va sans rien acheter.
HAUSSIER, s. m. Spéculateur qui joue plus souvent à la hausse qu'à la baisse,--dans l'argot des boursiers.
HAUT-DE-TIRE, s. m. Bas,--dans l'argot des voleurs, pour qui ce mot a signifié originairement Haut-de-chausses.
Ils disent aussi _Tirants_.
HAUTE, s. f. La fraction riche de chaque classe de la société, bourgeois, lorettes, et même ouvriers.
Cette expression, très employée par le peuple et par le monde interlope, appartient à l'argot des voleurs, qui se sont divisés en deux grandes catégories, _Haute_ et _basse pègre_.
HAUTE-BICHERIE, s. f. «Les plus élégantes et les plus connues d'entre les coureuses parisiennes, reines d'un jour qui ne font que paraître et disparaître sur le boulevard, leur champ de bataille.»
HAUT-MAL, s. m. L'épilepsie,--dans l'argot du peuple.
HAUTOCHER, v. n. Monter,--dans l'argot des voleurs.
HAUT-ET-BAS, s. m. pl. Chances diverses de bonheur et de malheur, de perte et de gain, de tristesse et de joie,--dans l'argot du peuple, qui connaît le jeu de bascule de la vie.
_Avoir des hauts et des bas._ N'avoir pas de position solide, de commerce à l'abri de la ruine.
Les Anglais ont la même expression: _the ups and downs_, disent-ils à propos de ces vicissitudes de l'existence.
HERBE A GRIMPER, s. f. Belle gorge ou belles épaules,--éperons du cœur, compulsoires d'amour.
HERBE SAINTE, s. f. L'absinthe,--à cause de la désinence, et par antiphrase.
HERBES DE LA SAINT-JEAN, s. f. pl. Moyens extraordinaires employés pour faire réussir une affaire, soins excessifs donnés à une chose,--dans l'argot du peuple, qui a une Flore à lui, comme il a sa Faune.
HIATER, v. n. Bâiller, s'entr'ouvrir comme _hiatus_.
L'expression appartient à J. Janin, qui l'a employée à propos des guenilles indécentes de Chodruc Duclos.
HIBOU, s. m. Homme d'un commerce difficile et désagréable,--dans l'argot des bourgeois, incapables de comprendre les susceptibilités sauvages d'Alceste, qui préférait la nuit avec son silence solennel au jour avec ses bruits discordants, et le désert avec les loups à la ville avec les hommes.
HIC, s. m. Difficulté, obstacle, ennui quelconque. _Hic jacet lepus._
_Voilà le hic._ Voilà le difficile de l'affaire, son côté scabreux, ou périculoseux, ou seulement désagréable.
HIRONDELLE, s. f. Ouvrier récemment débarqué de province,--dans l'argot des tailleurs.
HIRONDELLE, s. f. Commis voyageur,--dans l'argot des faubouriens.
HIRONDELLE, s. f. Cocher de remise,--dans l'argot des cochers de place.
HIRONDELLE DE GRÈVE, s. f. Gendarme,--dans l'argot des voleurs, qui se souviennent du temps où l'on exécutait en Grève.
On disait autrefois, avant Guillotin, _Hirondelle de potence_.
Les voleurs anglais disent de même: _gallows bird_.
HIRONDELLES D'HIVER, s. f. pl. Les marchands de marrons, et aussi les petits ramoneurs, parce que c'est au milieu de l'automne, aux approches de l'hiver, que les premiers viennent s'installer dans les boutiques des marchands de vin, et que les seconds font leur apparition dans les rues de Paris.
HISTOIRE, s. f. Bagatelle, chose de rien, fadaise,--dans l'argot du peuple, qui donne ce nom à tout ce qui n'en a pas pour lui.
HISTOIRE, s. f. _Visage de campagne_ que découvrent si volontiers et si innocemment les petits garçons et les petites filles.
HISTOIRES, s. f. pl. Discussion à propos de quelque chose,--et surtout à propos de rien.
_Faire des histoires._ Se fâcher sans motif raisonnable; exagérer un événement de peu d'importance.
HOGNER, v. n. Murmurer, se plaindre, pleurer.
HOMARD, s. m. Soldat de la ligne,--dans l'argot des faubouriens, qui, sans connaître l'anglais, imitent cependant les malfaiteurs de Londres appelant les soldats de leur pays _lobsters_, à cause de la couleur rouge de leur uniforme.
Signifie aussi: Suisse; domestique en grande livrée.
HOMÉLIE, s. f. Discours ennuyeux,--dans l'argot du peuple, qui se soucie peu des Pères de l'Église, et bâille aussi volontiers devant un sermon profane que Gil Blas devant les sermons religieux de l'archevêque de Grenade.
HOMICIDE, s. m. L'hiver,--dans l'argot des vagabonds, pour qui cette saison est en effet meurtrière.
HOMMASSE, adj. Femme que son embonpoint exagéré rapproche trop de l'homme,--dans l'argot du peuple.
HOMME, s. m. «Nom que les filles donnent à leur amant de prédilection.»
C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur mari.
HOMME A FEMMES, s. m. Homme de galante humeur,--dans l'argot du peuple.
HOMME A CASQUE, s. m. Saltimbanque, dentiste en plein vent, pédicure de place publique, etc.
HOMME AU SAC, s. m. Personne riche, généreuse,--dans l'argot des petites dames qui voudraient que l'Humanité ne fût composée que de ces hommes-là.
HOMME DE LETTRES, s. m. Faussaire,--dans l'argot des voleurs.
HOMME DE PAILLE, s. m. Gérant responsable, machine à signatures,--dans l'argot des bourgeois.
Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient inventer le _man of straw_,--et l'homme de paille fut.
HOMME DE PAILLE, s. m. Bonhomme, pauvre homme et homme pauvre,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis quelque trois cents ans, comme le témoigne cette épigramme du Seigneur des Accords:
«Jean qui estoit homme de paille, N'ayant que mettre sous la dent, Prit une vieille et de l'argent: Maintenant il vit et travaille.»
HOMME DE PEINE, s. m. Voleur qui a déjà subi une ou plusieurs condamnations.
HOMMELETTE, s. f. Homme qui n'a rien des qualités et des vices de l'homme,--dans l'argot du peuple, ami «des lurons».
HONNÊTE, adj. Plus que suffisant,--dans l'argot des bourgeois.
HÔPITAL, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs, dont la conscience est souvent malade.
HORION, s. m. Coup donné ou reçu.
HORLOGER, s. m. Le Mont-de-Piété,--dans l'argot des ouvriers, qui y portent volontiers leur montre lorsqu'elle retarde de 20 francs.
HORREUR D'HOMME, s. f. Homme qui fait rougir et que l'on n'ose pas chasser,--dans l'argot des bourgeoises, qui commencent à se _shockigner_ comme les ladies anglaises.
HORREURS, s. f. pl. Ce que Cicéron appelle _turpitudo verbarum_,--dans l'argot des bourgeois.
_Dire des horreurs._ Tenir des propos plus que grivois.
_Dire des horreurs de quelqu'un._ L'accuser de choses monstrueuses, invraisemblables,--par exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.
_Faire des horreurs._ Agir trop librement.
HOSTO, s. m. Prison,--dans l'argot des ouvriers.
HÔTEL DE LA MODESTIE, s. m. Hôtel garni, mauvaise auberge,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que les locataires de ces maisons-là n'ont pas le droit de faire les fiers.
Ils disent aussi _Être logé à l'enseigne des Haricots_.
HÔTEL DU RAT QUI PÈTE, s. m. Cabaret populacier,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
HOTTERIAU, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
HOUPE DENTELÉE, s. f. Lien de fraternité,--dans l'argot des francs-maçons.
HOURVARI, s. m. Vacarme, dispute bruyante,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot en l'altérant à l'argot des chasseurs. V. _Boulvari_.
HOUSPILLER, v. a. Maltraiter quelqu'un par paroles ou par action.
HUCHER, v. a. Appeler quelqu'un, crier après lui.
HUGREMENT, adv. Beaucoup, victorieusement,--dans l'argot des faubouriens.
HUILE, s. f. Vin,--dans l'argot du peuple, qui oint ses membres avec cette onctueuse liqueur.
_Pomper les huiles._ Boire avec excès.
HUILE, s. f. Soupçon,--dans l'argot des voyous.
HUILE BLONDE, s. f. Bière,--dans l'argot des étudiants, habitués des brasseries.
HUILE DE BRAS, s. f. Vigueur physique, volonté de bien faire, qui remplace avantageusement l'huile pour graisser les ressorts de notre machine. Argot du peuple.
On dit aussi _Huile de poignet_.
HUILE DE COTRET, s. f. Coups de bâton,--dans l'argot des ouvriers, qui, dans les jours gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers pour demander un litre de cette huile-là.
La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.
HUILE DE MAINS, s. f. L'argent, qui vous glisse toujours entre les doigts,--dans l'argot du peuple, plagiaire involontaire des voyous anglais: _Oil of palms_ disent ces derniers.
HUIT, s. m. Entrechat,--dans l'argot des troupiers.
_Battre un huit._ S'en aller gracieusement en pirouettant sur les talons.
HUIT ÉCUS, s. m. La mésange,--dans l'argot des paysans des environs de Paris, qui ont voulu faire allusion au chant de cet oiseau.
HUÎTRE, s. f. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent les produits des cryptes muqueuses des bronches pour des mollusques acéphales.
_Faire des huîtres._ Cracher beaucoup et malproprement.
HUÎTRE, s. f. Imbécile,--dans l'argot du peuple, qui jette volontiers ses coquilles à la tête des gens.
_Le parti des huîtres._ Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe aux députés du centre, gens satisfaits,--et attachés à leurs _bancs_.
HUIT-RESSORTS, s. m. Voiture à la mode, coupé de petite dame.
Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.
HUÎTRIFIER (S'). S'embourgeoiser, se parquer dans une vie casanière.--Argot des gens de lettres.
HUMECTER (S'), v. réfl. Boire,--dans l'argot des ouvriers qui avaient assez de poussières malsaines pour avoir le droit de se mouiller un peu le palais.
HUMIDE EMPIRE (L'). La mer,--dans l'argot des académiciens.
Ils disent de même _Les plaines humides_.
La première expression peut s'appliquer aussi justement à l'Egout collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.
HUMORISTE, s. m. Écrivain de l'école de Swift et de Sterne en Angleterre, et de Jean-Paul Richter et Henri Heine en Allemagne,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté le mot (_humourist_) et la littérature qu'il représente.
HUMOUR, s. m. Mélange d'esprit et de sentiment, de gaieté et de mélancolie, d'ironie et de tendresse, qui se rencontre à foison chez les écrivains anglais, et qu'on remarque depuis une quarantaine d'années chez quelques-uns des écrivains français, Charles Nodier, Gérard de Nerval, etc. Argot des gens de lettres.
HUPPÉ, adj. Bien habillé,--dans l'argot du peuple.
_Monsieur huppé._ Personne de distinction.
HURÉ, adj. Riche,--dans l'argot des voleurs.
HURLUBERLU, s. m. Homme fantasque, excentrique, étourdi, et même un peu fou. Argot du peuple.
HURON, s. m. Homme rude d'aspect et de langage,--dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas Alceste.
HUS-MUS! Grand merci,--dans l'argot des voleurs.
HUSSARD A QUATRE ROUES, s. m. Soldat du train,--dans l'argot des troupiers.
HUSSARD DE LA GUILLOTINE, s. m. Gendarme,--dans l'argot des prisons.
On dit aussi _Hussard de la veuve_.
HYDRE DE L'ANARCHIE (L'). Le socialisme,--dans l'argot des bourgeois qui ont peur de leur ombre.
HYDROPIQUE, adj. et s. Fille ou femme enceinte,--dans l'argot facétieux du peuple.
HYMÉNÉE, s. m. Mariage,--dans l'argot des académiciens.
_Serrer les liens_ ou _les nœuds de l'hyménée_. Se marier.
I
ICIGO, adv. Ici,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Icicaille_.
IDÉE, s. f. Petite quantité de quelque chose, solide ou liquide,--dans l'argot du peuple.
Cette expression est de la même famille que _scrupule_, _larme_, _soupçon_ et _goutte_.
IDÉES, s. f. pl. Soupçons jaloux,--dans l'argot des bourgeoises.
_Se forger des idées._ Concevoir des soupçons sur la fidélité d'une femme.