Dictionnaire de la langue verte
Part 23
GOGOTTE, adj. Faible, mou, sans caractère; malpropre, mauvais, désagréable. Argot des faubouriens.
_Avoir la vue gogotte._ Avoir de mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne pas voir de loin.
_Être gogotte._ Être un peu niais; faire l'enfant.
GOGUENOT, s. m. Vase de fer-blanc,--dans l'argot des troupiers d'Afrique, qui s'en servent comme casserole et comme gobelet.
GOGUENOT, s. m. Baquet-latrine,--dans l'argot des prisons et des casernes.
On dit aussi _Goguenaux_.
GOGUETTE, s. f. Société chantante,--dans l'argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.
GOGUETTE, s. f. Chanson joyeuse.
_Être en goguette._ Être de bonne humeur, grâce à des libations réitérées.
GOGUETTIER, s. m. Chanteur de goguettes; membre d'une société chantante.
GOÏ, s. m. Chrétien,--dans l'argot des voleurs.
GOINFRADE, s. f. Repas copieux,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Goinfrerie_.
GOINFRE, s. m. Chantre,--dans l'argot des voleurs.
GOINFRER (Se), v. réfl. Boire et manger avec excès,--comme font les gens qui ne mangent pas tous les jours.
GOÎTREUX, s. m. Aménité de l'argot des gens de lettres, qui se croient autorisés à l'adresser à leurs rivaux,--qu'ils appellent aussi _crétins_, pour varier leurs injures.
GOLGOTHER, v. n. Poser en martyr; se donner des airs de victime; faire croire à un Calvaire, à un Golgotha imaginaire.
Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier--sur bois.
GOMBERGER, v. a. Compter--dans l'argot des prisons.
GONCE, s. m. Homme quelconque du bois dont on fait les dupes,--dans l'argot des voleurs, qui ont remarqué que les bourgeois se parfumaient (_concio_).
GONCIER, s. et adj. Homme rusé, malin, qui enfonce le _gonce_.
GONZESSE, s. f. Femme en général, et, en particulier, Maîtresse, concubine.
GORET, s. m. Premier ouvrier,--dans l'argot des cordonniers.
GORET, s. m. Homme malpropre, _petit cochon_,--dans l'argot du peuple, qui a appelé la reine Isabeau _la grande gore_.
GORGE, s. f. Étui,--dans l'argot des voleurs.
GORGNIAT, s. m. Homme malpropre, _cochon_,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient cette expression au propre et au figuré.
GOSSE, s. f. Bourde, menterie, attrape,--dans l'argot des écoliers et du peuple.
Voilà encore un mot fort intéressant, à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner carrière. On ne sait pas d'où il vient, et, dans le doute, on le fait descendre du verbe français _se gausser_, venu lui-même du verbe latin _gaudere_. On aurait pu le faire descendre de moins haut, me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit _gosseur_ et _gosseuse_, ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs du mot, n'ont prononcé _gausse_. C'est une onomatopée purement et simplement,--le bruit d'une _gousse_ ou d'une _cosse_.
_Conter des gosses._ Mentir.
_Monter une gosse._ Faire une farce.
GOSSE, s. m. Apprenti,--dans l'argot des typographes.
Ils disent aussi _Attrape-science_ et _Môme_.
GOSSE, s. m. Enfant, petit garçon,--dans l'argot du peuple.
GOSSELIN, s. m. Nouveau-né,--dans l'argot des voleurs.
GOSSELINE. Petite fille.
GOSSEMARD, s. m. Gamin,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Goussemard_.
GOSSEUR, adj. et s. Menteur.
GOTEUR, s. m. Débauché, libertin,--dans l'argot des voleurs.
GOTHIQUE, adv. Vieux, suranné,--dans l'argot du peuple.
GOTHON, s. f. Cuisinière malpropre.
Signifie aussi Coureuse,--dans l'argot des bourgeois.
GOUALANTE, s. f. Chanson,--dans l'argot des voleurs.
GOUALER, v. a. et n. Chanter.
On dit aussi _Galouser_.
GOUALEUR, s. m. Chanteur des rues.
_Goualeuse._ Chanteuse.
GOUAPE, s. f. Vagabondage; fainéantise,--dans l'argot du peuple.
GOUAPE, s. f. Filou,--dans l'argot des faubouriens. Faiseur de poufs,--dans l'argot des cabaretiers.
On dit aussi _Gouapeur_. Cependant _gouape_ a quelque chose de plus méprisant.
GOUAPER, v. a. Flâner, chercher aventure.
GOUGE, s. f. Fille ou femme qui vend l'amour au lieu de le donner,--dans l'argot du peuple, qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus charmants mots de notre langue. _Gouge_, comme _garce_, n'avait pas à l'origine la signification honteuse qu'il a aujourd'hui; cela voulait dire jeune fille ou jeune femme. «En son aage viril espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge,» dit Rabelais.
GOUGNOTTE, s. f. «Femme ou fille qui abuse des personnes de son sexe,--d'où le verbe _gougnotter_,» dit Francisque Michel.
On dit aussi _Gusse_.
GOUILLE (A la). A la volée,--dans l'argot des enfants, quand ils jouent à jeter des billes.
_Envoyer à la gouille._ Renvoyer quelqu'un qui importune,--dans l'argot des faubouriens.
GOUILLOU, s. m. Gamin, _voyou_,--avec cette différence que le premier est le père du second, comme la _lorette_ est la mère de la _boule-rouge_.
GOUINE, s. f. Coureuse,--dans l'argot du peuple, qui a un arsenal d'injures à sa disposition pour foudroyer les drôlesses, ses filles.
A qui a-t-il emprunté ce carreau? A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu une _Nell Gwynn_, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi la _queen_, qu'on respecte si fort de l'autre côté du détroit et si peu de ce côté-ci. Choisissez!
GOUJAT, s. m. Homme mal élevé,--dans l'argot des bourgeoises.
GOUJON, s. m. Homme facile à duper,--dans l'argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et leurs regards;--ainsi que dans l'argot des _faiseurs_, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.
GOUJONNER, v. a. Tromper, duper quelqu'un.
On disait autrefois _Faire avaler le goujon_.
GOULE, s. f. La gorge, le gosier,--dans l'argot au peuple, qui parle latin sans le savoir (_gula_).
GOULÉE, s. f. Bouchée de viande ou cuillerée de soupe.
GOULIAFFE, s. m. Gourmand, ou plutôt goinfre.
Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.
On dit aussi _Gouillafre_, ou _gouillaffe_.
GOULOT, s. m. Bouche, gosier,--dans l'argot des faubouriens.
_Trouilloter du goulot._ Fetidum halitum habere.
GOULU, s. m. Poêle,--dans l'argot des voleurs.
Se dit aussi pour Puits.
GOUPINER, v. a. Voler,--dans le même argot.
_Goupiner les poivriers._ Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.
GOUPINEUR, s. m. Voleur.
GOUPLINE, s. f. Litre,--dans le même argot.
GOUR, s. m. Pot à eau ou à vin,--dans le même argot.
Dans la langue des honnêtes gens, le _gour_ est un creux plein d'eau dans un rocher, au pied d'un arbre, etc.
GOURD, DE, adj. Engourdi par le froid,--dans l'argot du peuple.
GOURDEMENT, adv. Beaucoup,--dans l'argot des voyous.
GOURDIN, s. m. Gros bâton,--dans l'argot du peuple, qui pour le manœuvrer ne doit pas avoir les mains _gourdes_.
GOURDINER, v. a. Bâtonner quelqu'un.
GOURGANDE, s. f. Apocope de _Gourgandine_,--dans l'argot des faubouriens.
GOURGANDINE, s. f. Fille ou femme qui court plus que ses jambes et la morale le lui permettent, et qui, en courant ainsi, s'expose à faire une infinité de glissades. Argot du peuple.
GOURGANDINER, v. n. Mener une vie libertine.
GOURGANER, v. n. _Manger_ de la prison,--dans l'argot des faubouriens.
GOURGANES, s. f. pl. Lentilles ou haricots,--dans l'argot des prisons et des ateliers, où les hommes sont nourris comme des bestiaux.
_Gourganes des prés._ Celles qui constituent la nourriture des forçats.
Proprement, la gourgane est une petite fève de marais fort douce.
GOURGOUSSAGE, s. m. Murmure de mécontentement ou de colère,--dans l'argot des typographes.
GOURGOUSSER, v. n. Murmurer.
GOURME, s. f. La fougue de la jeunesse,--dans l'argot du peuple, qui sait que cet _impetigo_ finit toujours par disparaître avec les années,--malheureusement!
_Jeter sa gourme._ Vivre follement, en casse-cou, sans souci des périls, des maladies et de la mort.
GOURRER, v. a. Tromper, duper,--dans l'argot des voleurs, qui se sont approprié là un verbe du langage des honnêtes gens. (_Goure_, drogue falsifiée: _goureur_, qui falsifie les drogues.)
GOURREUR, s. m. Trompeur.
GOUSPIN, s. m. Voyou, jeune apprenti voleur,--dans l'argot des faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.
GOUSPINER, v. n. Vagabonder au lieu de travailler.
GOUSSE (La). Nom donné au banquet mensuel des artistes du Vaudeville. Il a lieu, le premier jeudi de chaque mois, chez Laumônier-Brébant.
GOUSSET, s. m. Aisselle,--dans l'argot du peuple.
_Sentir du gousset._ Puer.
«[Grec: Maschalê], _axila_, aisselle, sale odeur,»
dit M. Romain Cornut, expurgateur de Lancelot et continuateur de Port-Royal.
GOÛTER, v. n. Plaire, faire plaisir.
GOUTTE, adv. Peu ou point.
_N'y voir goutte._ N'y pas voir du tout.
On dit aussi _N'y entendre goutte_.
GOUTTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie,--dans l'argot des ouvriers et des soldats.
_Marchand de goutte._ Liquoriste.
GOUVERNE, s. f. Règle de conduite; façon d'agir.
GOUVERNEMENT, s. m. Épée d'ordonnance,--dans l'argot des Polytechniciens, qui distinguent entre les armes que leur fournit le gouvernement et celles qu'ils se choisissent eux-mêmes. (_V. Spickel_.)
GRABUGE, s. m. Trouble, vacarme,--dans l'argot du peuple.
GRAFFIGNER, v. a. et n. Saisir, prendre,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Égratigner.
GRAFFIN, s. m. Chiffonnier.
GRAILLON, s. f. Servante malpropre, cuisinière peu appétissante. Argot du peuple.
On dit aussi _Marie-Graillon_.
GRAILLONNER, v. n. Cracher fréquemment.
GRAILLONNER, v. n. S'entretenir à haute voix, d'une fenêtre ou d'une cour à l'autre,--dans l'argot des prisons.
GRAILLONNEUR, s. m. Homme qui crache à chaque instant.
GRAILLONNEUSE, s. f. Femme qui vient laver son linge au bateau sans être du métier,--dans l'argot des blanchisseuses.
GRAIN, s. m. Pièce de cinquante centimes,--dans l'argot des voleurs.
GRAIN (Avoir un), v. a. Être un peu fou, ou seulement maniaque,--dans l'argot du peuple.
GRAINE D'ATTRAPE, s. f. Mensonge, moquerie, tromperie.
GRAINE DE CHOU COLOSSAL, s. f. Amorce pour duper les simples.
C'est un souvenir des réclames faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d'une variété de _brassica oleracea_ fantastique, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable pendant l'été.
GRAINE D'ÉPINARDS, s. f. Épaulettes des officiers supérieurs,--dans l'argot des troupiers, dont ce légume est le _desideratum_ permanent.
_Porter la graine d'épinards._ Avoir des épaulettes d'officier supérieur.
GRAISSE, s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et l'industrie (p. 193).
GRAISSE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple, qui sait que c'est avec cela qu'on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu'elles tournent sur leurs gonds.
GRAISSER, v. a. Gratter,--dans l'argot des voleurs.
GRAISSER LA PATTE, v. a. Acheter la discrétion de quelqu'un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets.
On dit aussi _graisser le marteau_,--mais plus spécialement en parlant des concierges.
GRAISSER LES BOTTES, v. a. Donner des coups à quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Faire des compliments à quelqu'un, le combler d'aise en flattant sa vanité.
GRAISSER SES BOTTES, v. a. Recevoir l'Extrême-Onction, être en état de faire le grand voyage d'où l'on ne revient jamais.
GRAMMAIRE BENOITON, s. f. La grammaire de la langue verte,--dans l'argot des journalistes, qui ont voulu ainsi fixer le passage, dans la littérature française, de la pièce de M. Victorien Sardou, _la Famille Benoiton_ (1865-66).
On dit aussi _le Dictionnaire Benoiton_.
GRAND ARROSEUR, s. m. Dieu,--dans l'argot du peuple, qui devrait pourtant savoir (depuis le temps!) comment se forment les nuages et la pluie.
GRAND COURT-BOUILLON, s. m. La mer.
On dit aussi la _Grande tasse_,--où tant de gens qui n'avaient pas soif ont bu leur dernier coup.
GRANDE BOUTIQUE, s. f. La préfecture de police,--dans l'argot des voleurs, qui voudraient bien dévaliser celle-là de ses sommiers judiciaires.
GRANDE FILLE, s. f. Bouteille,--dans l'argot des ouvriers.
_Petite fille._ Demi-bouteille.
GRAND LUMIGNON, s. m. Le soleil,--dans l'argot des voyous.
GRAND RESSORT, s. m. La volonté, le cœur,--dans l'argot du peuple, qui sait quels rouages font mouvoir la machine-homme.
_Casser le grand ressort._ Perdre l'énergie, le courage nécessaires pour se tirer des périls d'une situation, des ennuis d'une affaire, pour rompre une liaison mauvaise, etc., etc.
GRAND TOUR, s. m. Résultat de la digestion,--dans l'argot des enfants et des grandes personnes timides.
GRAND TROTTOIR (Le). Le répertoire classique,--dans l'argot des coulisses.
GRAND TURC, s. m. Personnage imaginaire qui intervient fréquemment dans l'argot des bourgeois.
_S'en soucier comme du Grand Turc._ Ne pas s'en soucier du tout.
_Travailler pour le Grand Turc._ Travailler sans profit.
Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il est fait allusion si souvent.
GRAPPIN, s. m. Main,--dans l'argot du peuple.
_Poser le grappin sur quelqu'un._ L'arrêter.
_Poser le grappin sur quelque chose._ Le prendre.
GRAPPINER, v. a. et n. Arrêter,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Cueillir.
GRAS, adj. Gaillard, grivois, et même obscène,--dans l'argot des bourgeois.
_Parler gras._ Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.
GRAS, s. m. Profit,--dans l'argot des faubouriens.
_Il y a gras._ Il y a de l'argent à gagner.
_Il n'y a pas gras._ Il n'y a rien à faire là-dedans.
GRAS, s. m. Réprimande, correction,--dans l'argot des voyous. C'est le _suif_ des faubouriens.
GRAS A LARD, s. et adj. Homme chargé d'embonpoint,--dans l'argot du peuple.
GRAS-DOUBLE, s. m. Plomb volé et roulé,--par allusion à la ressemblance qu'il offre ainsi avec les tripes qu'on voit à la devanture des marchands d'abats.
Les voleurs anglais, eux, disent _moos_, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.
GRAS-DOUBLE, s. m. Gorge trop plantureuse,--dans l'argot des faubouriens.
L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde, _le Sourd ou l'Auberge pleine_: «Je ne voudrais pas payer madame Legras--double!» dit Dasnières en parlant de l'aubergiste, femme aux robustes appas.
_Castigat ridendo mores_, le théâtre! C'est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.
GRAS-DOUBLIER, s. m. Plombier,--dans l'argot des voleurs.
GRATIS, s. m. Crédit,--dans l'argot des marchands de vin.
GRATOU, s. m. Rasoir,--dans l'argot des voleurs.
GRATOUILLE, s. f. Gale,--dans le même argot.
GRATOUSE, s. f. Dentelle,--dans le même argot.
GRATTE, s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe,--dans l'argot des couturières, qui en prélèvent tant et si fréquemment qu'elles arrivent à s'habiller de soie toute l'année sans dépenser un sou pour cela. C'est un vol non puni, mais très punissable.
Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,--car eux aussi ont la conscience large.
GRATTE (La). La gale,--dans l'argot des faubouriens.
GRATTE-CUL, s. m. Femme qui a été jolie comme une rose et n'a rien conservé de sa fraîcheur et de son parfum,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que:
«Si la jeunesse est une fleur, le souvenir en est l'odeur.»
GRATTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
_Se donner une grattée._ Se battre à coups de poing.
GRATTE-PAPIER, s. m. Employé, clerc d'huissier, expéditionnaire etc.,--tous les scribes enfin.
GRATTER, v. n. et a. Prélever un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d'étoffe,--de façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un tablier dans une robe.
GRATTOIR, s. m. Rasoir,--dans l'argot du peuple.
_Se passer au grattoir._ Se raser.
GRAVEUR SUR CUIR, s. m. Cordonnier,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent le tranchet pour un burin.
GREC, s. m. Filou, homme qui triche au jeu,--dans l'argot des ennemis des Hellènes.
Le mot a une centaine d'années de bouteille.
GRECQUERIE, s. f. Tricherie, art ou science des grecs.
Le mot a été créé par Robert-Houdin.
GRÉER (Se), v. réfl. S'habiller,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
GREFFER, v. n. Mourir de faim,--dans l'argot des voyous.
GREFFIER, s. m. Chat,--dans l'argot des faubouriens, qui n'aiment pas les gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où l'on sent la griffe.
GRÊLE, s. f. Petite vérole,--dans l'argot du peuple.
On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus variolique: _Il a grêlé sur lui_.
GRÊLE, s. m. Patron, maître,--dans l'argot des tailleurs.
_Le grêle d'en haut._ Dieu.
_Grêlesse_. Patronne.
GRELOT, s. m. La voix humaine,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire entendre son grelot._ Parler.
GRELU, s. m. Blé,--dans l'argot des voleurs, qui font sans doute allusion à la gracilité de cette graminée.
GRELUCHON, s. m. Amant de cœur,--dans l'argot des gens de lettres qui ont lu _le Colporteur_ de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.
GRELUCHONNER, v. n. Se conduire en greluchon, comme se conduisent beaucoup de jeunes gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font de petits articles de petite littérature dans de petits journaux.
GRENADIER, s. m. _Pediculus_,--dans l'argot des enfants, dont les mères assurent que c'est «la santé», et qui tous pourraient servir de modèles au fameux tableau de Murillo.
GRENAFE, s. f. Grange.--dans l'argot des voleurs.
GRENIER A COUPS DE POING, s. m. Femme d'ivrogne,--dans l'argot du peuple.
GRENIER A COUPS DE SABRE, s. m. Fille à soldats.
GRENIER A LENTILLES, s. m. Homme dont le visage est marqué de la petite vérole.
GRENIER A SEL, s. m. La tête, siège de l'esprit.
GRENOUILLARD, s. m. Buveur d'eau.
GRENOUILLE, s. f. Prêt de la compagnie,--dans l'argot des troupiers.
_Manger la grenouille._ Dissiper le prêt de la compagnie.
S'emploie aussi, dans l'argot du peuple, pour signifier: Dépenser l'argent d'une société, en dissiper la caisse.
GRENOUILLE, s. f. Femme,--dans l'argot des faubouriens, qui emploient cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant que font les femmes en échangeant des caquets.
GRENOUILLER, v. n. Boire de l'eau.
GRENOUILLÈRE, s. f. Établissement de bains.
GRÈVE, s. f. Cessation de travail,--dans l'argot des ouvriers, qui avaient, il y a quelques années encore, l'habitude de se réunir sur la place de l'Hôtel-de-Ville.
_Faire grève._ Cesser de travailler et se réunir pour se concerter sur les moyens d'augmenter le salaire.
On dit aussi _Se mettre en grève_.
GRIBLAGE, s. m. Plainte, cri, reproche,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Gourpline_.
GRIBOUILLAGE, s. m. Écriture mal formée; dessin confus, incohérent. Argot du peuple.
On dit aussi _Gribouillis_.
GRIBOUILLER, v. a. et n. Écrire illisiblement, dessiner incorrectement.
GRIBOUILLETTE, s. f. Objet quelconque lancé au milieu d'enfants,--dans l'argot des écoliers, qui se bousculent alors pour s'en emparer. Cela constitue un jeu.
_Jeter une chose à la gribouillette._ La lancer un peu au hasard,--dans l'argot du peuple.
GRIF, adj. Froid,--dans l'argot des voleurs.
_Grielle._ Froide.
GRIFFER, v. a. Saisir, prendre, dérober,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Agriffer_.
GRIGNON, s. m. Morceau, de pain spécialement.
GRIGNOTTER, v. n. Faire de maigres profits, et surtout des profits illicites.
GRIGOU, s. m. Avare, homme qui vit sordidement.
«Ce grigou, d'un air renfrogné Lui dit: Malgré ton joli nez...»
a écrit l'abbé de Lattaignant.
GRIL, s. m. Charpente légère et à jour qui s'étend au-dessus de la scène et où s'accrochent les frises. Argot des coulisses.
GRILLER UNE (En), v. a. Fumer une pipe ou une cigarette,--dans l'argot des artistes et des ouvriers.
GRIME, s. m. Rôle de vieux,--dans l'argot des coulisses.
GRIMOIRE, s. m. Le Code pénal,--dans l'argot des voleurs.
_Grimoire mouchique._ Les sommiers judiciaires.
GRINCHE, s. m. Voleur.
On dit aussi _Grinchisseur_.
GRINCHEUX, s. et adj. Homme difficile à vivre,--dans l'argot du peuple et des gens de lettres.
GRINCHIR, v. a. Voler quelque chose.
On dit aussi _Grincher_.
_Grinchir à la cire._ Voler des couverts d'argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).
GRINCHISSAGE, s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses variétés de grinchissage: _à la limonade_, _à la desserte_, _au voisin_, _aux deux lourdes_, etc.)
GRINCHISSEUR A LA CHICANE, s. m. Voleur adroit, qui travaille sans compère.
GRINGALET, s. m. Gamin, homme d'apparence chétive,--dans l'argot des faubouriens.
GRINGUENAUDES, s. f. pl. Ordures des environs du _podex_,--dans l'argot du peuple qui sent souvent le faguenat à cause de cela.
GRIPPE, s. f. Caprice, mauvaise humeur contre quelqu'un,--dans l'argot des bourgeois.
_Avoir en grippe._ Ne pas pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose.
_Prendre en grippe._ Avoir de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose.
GRIPPER, v. a. Chiper, et même voler,--dans l'argot du peuple.
GRIPPE-JÉSUS, s. m. Gendarme,--dans l'argot des voleurs.
GRIPPE-SOUS, s. m. Usurier, avare,--dans l'argot du peuple.
GRIS, adj. Cher, précieux,--dans l'argot des voleurs.
_Grise._ Chère, aimable.
GRISAILLE, s. f. Sœur de charité,--dans l'argot des faubouriens qui savent qu'on appelle ces saintes filles des _sœurs grises_.
GRISE, s. f. Chose extraordinaire et désagréable,--dans l'argot du peuple.
_En voir de grises._ Peiner, pâtir.
_En faire voir de grises._ Jouer des tours désagréables à quelqu'un.
GRISERIE, s. f. Ivresse légère,--dans l'argot des bourgeois.
GRIS JUSQU'À LA TROISIÈME CAPUCINE (Être). Être en complet état d'ivresse, _à en déborder_,--dans l'argot des troupiers, qui savent que la troisième capucine est près de la _bouche_ du fusil.
GRISOTTER (Se), v. réfl. Se griser légèrement, honnêtement, pour ainsi dire,--dans l'argot des bourgeois, ennemis des excès parce qu'ils sont amis de la vie.
GRIVE, s. f. La garde,--dans l'argot des voleurs, qui se rappellent peut-être que les soldats s'appelaient autrefois des _grivois_.
_Corps de grive._--Corps de garde.
_Harnais de grive._ Uniforme.
GRIVIER, s. m. Soldat.
GRIVOIS, s. m. Libertin,--dans l'argot du peuple.
GRIVOISE, s. f. Fille ou femme qui se plaît dans le commerce des hommes riches.
GROGNARD, s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse.
L'expression (qui vient de _grundire_, grogner) ne date pas de l'empire, comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709.
On dit aussi _grognon_.
GROGNE, s. f. Mauvaise humeur, chagrin.
GROGNER, v. n. Se plaindre; gronder sans raison.
GROLLER, v. n. Murmurer d'une façon désagréable, gronder, faire un bruit semblable à celui que fait en criant le freux, ou plutôt la _grolle_, une corneille.
Signifie aussi: Remuer des tiroirs, ouvrir et fermer des portes,--et alors c'est un verbe actif.
GROMIAU, s. m. Enfant, gamin,--dans l'argot des faubouriens.
GROS, adv. Beaucoup,--dans l'argot du peuple.
_Coucher gros._ Dire quelque chose d'énorme.
_Gagner gros._ Avoir de grands bénéfices.
_Il y a gros à parier._ Il y a de nombreuses chances pour que...
_Tout en gros._ Seulement.
GROS LÉGUMES, s. m. pl. Les officiers supérieurs,--dans l'argot des troupiers.
GROS LOT, s. m. Mal de Naples.
GROS NUMÉRO, s. m. _Prostibulum._
GROS PAPA, s. m. Homme bon enfant, rond de caractère comme de ventre, ayant ou non des enfants.
On dit aussi _Gros père_.
GROSSE CAVALERIE, s. f. Cureurs d'égout,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux grosses bottes de ces ouvriers troglodytes.
GROSSE CAVALERIE, s. f. Figurantes du corps de ballet qu'on ne fait jamais _donner_,--dans l'argot des gandins, à qui cette grosse cavalerie fait toujours donner.
GROSSIER COMME DU PAIN D'ORGE, adj. Extrêmement brutal, dans l'argot des bourgeois amis du pain blanc et des discours amènes.
GROUCHY, s. m. Retardataire, flâneur,--dans l'argot du peuple. Passé de mode.
GROUCHY, s. m. Article qui arrive trop tard à l'imprimerie.--dans l'argot des journalistes.
L'expression est d'H. de Balzac.
On dit aussi _Rappel de Waterloo_.