Dictionnaire de la langue verte
Part 22
GANDIN, s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses,--et qui n'y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d'enfer.
Le mot n'a qu'une dizaine d'années. Je ne sais plus qui l'a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux _gants_ luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de _Gand_ (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit _gant-jaune_ précédemment.
GANDIN, s. m. Coup monté ou à monter,--dans l'argot des voleurs.
_Hisser un gandin à quelqu'un._ Tromper.
GANDIN, s. m. Amorce, paroles fallaces,--dans l'argot des marchandes du Temple.
_Monter un gandin._ Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
GANDIN D'ALTÈQUE, s. m. Décoration honorifique quelconque,--dans l'argot des voleurs.
GANDINE, s. f. La femelle du gandin,--un triste mâle et une triste femelle.
GANDINERIE, s. f. Actions, habitudes de gandin. Peu usité.
GANTER, v. a. et n. Convenir, agréer,--dans l'argot des bourgeois.
GANTER, v. n. Payer plus ou moins généreusement,--dans l'argot des filles.
_Ganter 5 1/2._ N'être pas généreux.
_Ganter 8 1/2._ Avoir la main large et pleine.
GANTS, s. m. pl. Les _deux sous du garçon_ des filles,--avec cette différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennes _épingles_, la _drinkgeld_ des Flamands, le _paraguantes_ des Espagnols et la _buona mancia_ des Italiens.
GANTS DE... (Avoir les). Avoir tout le mérite d'une découverte, tout l'honneur d'une affaire, etc.
_Se donner les gants de..._ Se vanter d'une chose qu'on n'a pas faite; s'attribuer l'honneur d'une invention, le mérite d'une fine repartie,--en un mot, et il est de Génin, «s'offrir à soi-même un pourboire» gagné par un autre.
GARCE, s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers la compagnie des hommes,--surtout quand ils sont riches.
Un mot charmant de notre vieux langage, que l'usage a défloré et couvert de boue. Il n'y a plus aujourd'hui que les paysans qui osent dire d'une jeune fille chaste: «C'est une belle garce.»
S'emploie fréquemment avec _de_, à propos des choses.
GARÇON, s. m. Voleur,--dans l'argot des prisons.
_Brave garçon._ Bon voleur.
_Garçon de campagne._ Voleur de grand chemin.
GARÇON D'ACCESSOIRES, s. m. Employé chargé de la garde du magasin où sont renfermés les accessoires. Argot des coulisses.
On dit aussi _Accessoiriste_.
GARÇONNER, v. n. Se plaire avec les petits garçons quand on est petite fille, et avec les jeunes hommes quand on est femme. Argot des bourgeois.
GARÇONNIÈRE, adj. et s. Fille qui oublie son sexe en jouant avec des garçons qui profitent de cet oubli.
GARDE-MANGER, s. m. _Water-Closet_,--dans l'argot du peuple, moins décent que l'argot anglais, qui ne fait allusion qu'à l'estomac en disant: _Victualling-Office_.
GARDE NATIONAL, s. m. Paquet de couenne,--dans l'argot des faubouriens, irrévérencieux envers l'institution inventée par La Fayette.
GARDER, v. n. Être près du bouchon ou de l'une des pièces tombées. Argot des gamins.
GARDER A CARREAU (Se). S'arranger de façon à n'être pas surpris par une réclamation, par un désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple.
Signifie aussi: Ne pas dépenser tout son argent.
On dit de même _Avoir une garde à carreau_.
GARDER UN CHIEN DE SA CHIENNE A QUELQU'UN. Se proposer de lui jouer un tour ou de lui rendre un mauvais office.
On dit aussi _Garder une dent_, et, absolument, _la garder_.
GARDER UNE POIRE POUR LA SOIF. Faire des économies; épargner, jeune, pour l'heure où l'on sera vieux.
GARDIEN, s. m. Variété de _Sentinelle_ ou de _Factionnaire_. (V. _Insurgé de Romilly_.)
GARE-L'EAU, s. m. «Pot qu'en chambre on demande.»,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Reçoit-tout_.
GARGANTUA, s. m. Grand mangeur,--dans l'argot du peuple.
GARGARISER (Se), v. réf. Boire un canon de vin ou un petit verre d'eau-de-vie.
GARGARISME, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie.
GARGOINE, s. f. Gorge, gosier, [grec: gargareôn]. _Se rincer la gargoine._ Boire.
GARGOT, s. m. Petit restaurant où l'on mange à bon marché et mal.
On dit aussi _Gargote_.
GARGOTAGE, s. m. Mauvais ragoût; chose mal apprêtée,--au propre et au figuré.
On dit aussi _Gargoterie_.
GARGOTER, v. a. et n. Cuisiner à la hâte et malproprement.
On trouve «Gargoter la marmite» dans les _Caquets de l'accouchée_.
Signifie aussi Hanter les gargotes.
GARGOTER, v. a. et n. Travailler sans goût, à la hâte.
GARGOTIER, s. m. Mauvais traiteur, au propre; mauvais ouvrier au figuré.
GARGOUILLADE, s. f. Borborygmes.
Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.
GARGOUILLER, v. n. Avoir des borborygmes.
On dit aussi _Trifouiller_.
GARGUE, s. f. Bouche,--dans l'argot des voleurs.
C'est l'apocope de _Gargoine_.
GARNAFFE, s. f. Ferme,--dans le même argot.
GARNAFFIER, s. m. Fermier, paysan.
GARNISON, s. f. _Pediculi_,--dans l'argot du peuple.
Naturellement c'est une garnison de _grenadiers_.
GAS, s. m. Garçon, enfant mâle,--dans l'argot du peuple, qui trouve plus doux de prononcer ainsi que de dire _gars_.
_Beau gâs._ Homme solide.
_Mauvais gâs._ Vaurien, homme suspect.
GATEAU FEUILLETÉ, s. m. Bottes qui se délitent,--dans l'argot des faubouriens.
GÂTE-MÉTIER, s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à l'ouvrage; marchand qui vend trop bon marché,--dans l'argot du peuple, qui, s'il le connaissait, citerait volontiers le mot de Talleyrand: «Pas de zèle! Pas de zèle!»
GÂTER LA TAILLE (Se), pour une femme «devenir enceinte».
GÂTE-SAUCE, s. m. Garçon pâtissier.
GATEUX, s. m. Journaliste sans esprit, sans style et sans honnêteté,--dans l'argot des gens de lettres, qui n'y vont pas de plume morte avec leurs confrères.
GAU, s. m. Pou,--dans l'argot des voleurs.
_Basourdir des gaux._ Tuer des poux.
On a écrit autrefois _Goth_; Goth a été pris souvent pour _Allemand_; les Allemands passent pour des gens qui «se peignent avec les quatre doigts et le pouce»: concluez.
GAU PICANTI, s. m. Le _pediculus vestimenti_.
GAUDINEUR, s. m. Peintre-décorateur.
GAUDISSARD, s. m. Commis-voyageur, loustic,--dans l'argot du peuple.
Le type appartient à Balzac, qui en a fait un roman; mais le mot appartient à la langue du XVIe siècle, puisque Montaigne a employé _Gaudisserie_ pour signifier Bouffonnerie, plaisanterie.
GAUDRIOLE, s. f. Parole leste dont une femme a le droit de rougir,--dans l'argot des bourgeois, qui aiment à faire rougir les dames par leurs équivoques.
GAUDRIOLER, v. n. Rire et plaisanter aux dépens du goût et souvent de la pudeur.
GAUDRIOLEUR, s. et adj. Bourgeois farceur, qui a de l'esprit aux dépens de Piron, qu'il a lu sans le citer, et de la morale, qu'il blesse sans l'avertir.
GAULÉ, s. m. Cidre,--dans l'argot des voleurs et des paysans.
GAULOIS, adj. et s. Homme gaillard en action, et surtout en paroles,--dans l'argot du peuple, qui a conservé «l'esprit gaulois» de nos pères, lesquels étaient passablement orduriers.
GAUPE, s. f. Fille d'une conduite lamentable.
GAUPERIE, s. f. Actions, conduite, dignes d'une gaupe.
GAVÉ, s. m. Ivrogne,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Gaviolé_.
GAVER (Se), v. réfl. Manger,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un pigeon.
GAVIOT, s. m. Gorge, gosier.
_Serrer le gaviot à quelqu'un._ L'étrangler, l'étouffer.
Autrefois on disait _Gavion_.
GAVOT, s. m. Rival du _Dévorant_,--dans l'argot du compagnonnage.
GAVROCHE, s. m. Voyou,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu _les Misérables_ de Victor Hugo.
GAZ, s. m. Les yeux, que la passion _allume_ si vite,--dans l'argot des faubouriens.
_Allumer son gaz._ Regarder avec attention.
GAZ, s. m. _Ventris flatus._
On dit aussi _Fuite de gaz_.
_Lâcher son gaz._ Crepitare.
_Avoir une fuite de gaz dans l'estomac._ Fetidum halitum emittere.
GAZER, v. a. et n. Ne pas dire les choses crûment,--dans l'argot des bourgeois.
GAZON, s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner les crânes affligés de calvitie.
GAZOUILLER, v. n. Parler,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Répondre.
GEIGNEUR, s. et adj. Homme qui aime à se plaindre sans avoir de sérieux motifs de plainte,--dans l'argot du peuple, ennemi de ces hommes-femmes-là.
GEINDRE, v. n. Se plaindre.
GENDARME, s. m. Hareng saur,--dans l'argot des charcutiers.
GENDARME, s. m. Femme délurée et de grande taille,--dans l'argot du peuple.
GENDARME, s. m. Fer à repasser,--dans l'argot des ménagères, qui ont constaté que la plupart de ces utiles instruments sortaient de la maison de la veuve Gendarme.
_Branleuse de gendarme._ Repasseuse.
GENDARMER (Se), v. réfl. S'offenser.
Signifie aussi: Regimber, résister.
GENDARMES, s. m. pl. Moisissures que le contact de l'air développe à la surface du vin,--dont cela _arrête_ ainsi le travail de bonification.
GENDELETTRE, s. m. Homme de lettres,--dans l'argot des bourgeois, qui font de ce mot ce que le peuple a fait du mot précédent, primitivement écrit _gens d'armes_.
GÊNE, s. f. Pauvreté,--dans l'argot du peuple, dont c'est le vice principal.
GÊNÉ DANS SES ENTOURNURES. Ennuyé, agacé par quelqu'un ou par quelque chose,--dans l'argot des faubouriens, qui aiment les vêtements larges et les «bons enfants».
GÉNÉRAL MACADAM, s. m. Le public, qui est le Salomon de toutes les _filles_.
On disait _le général Pavé_, avant l'introduction en France du système d'empierrement des rues dû à l'ingénieur anglais MacAdam.
GÊNEUR, s. et adj. Type essentiellement parisien,--comme la punaise. C'est plus que l'importun, plus que l'indiscret, plus que l'ennuyeux, plus que le raseur: c'est--le gêneur.
GÉNISSE, s. f. Femme trop libre.
GENOU, s. m. Crâne affligé de calvitie.
_Avoir son genou dans le cou._ Être chauve.
GENRE, s. m. Manières; embarras; pose,--dans l'argot du peuple.
_Que ça de genre!_ est son exclamation favorite à propos de choses ou de gens qui «l'épatent».
GENTLEMAN, s. m. Homme d'une correction de langage et de manières à nulle autre pareille,--dans l'argot des gandins.
On dit aussi _Parfait Gentleman_, mais c'est un pléonasme, puisqu'un Gentleman qui ne serait pas parfait ne serait pas gentleman.
GERBEMENT, s. m. Jugement, condamnation,--dans l'argot des voleurs.
GERBER, v. a. Condamner.
_Gerber à vioc._ Condamner aux travaux forcés à perpétuité.
_Gerber à la passe_ ou _à conir_. Condamner à mort.
GERBERIE, s. f. Tribunal, Cour d'assises.
GERBIER, s. m. Avocat d'office,--dans l'argot des voleurs, qui, certainement à leur insu, donnent à leur défenseur, médiocre porte-toge, le nom du très célèbre avocat au parlement de Paris.
Signifie aussi Juge.
GÉRONTOCRATIE, s. f. Puissance des préjugés, de la routine et des idées caduques, «sous laquelle tout se flétrit en France»,--où les Gérontes sont encore plus nombreux que les Scapins.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
GERCE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des voyous pour qui, sans doute, c'est la _vermine_.
GÉSIER, s. m. Gorge, gosier,--dans l'argot du peuple.
_Avoir mal au gésier._ Avoir une laryngite ou une bronchite.
GESSEUR, s. m. Homme qui fait des embarras,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Grimacier, excentrique.
Je n'ai pas besoin de dire que l'étymologie de ce mot est _geste_, et que c'est par euphonie qu'on le prononce ainsi que je l'écris.
GESSEUSE, s. m. Femme minaudière, qui fait sa sucrée--et même «sa Sophie».
G. G. s. m. Bon sens, _jugeotte_.
_Avoir du g.-g._ N'être pas un imbécile.
G. D. G. Phrase ironique qu'emploient fréquemment les faubouriens, qui dédaignent d'en dire plus long, affectant de n'en pas savoir davantage.
_Avec ou sans g. d. g._? disent-ils souvent, à propos des moindres choses. Il est inutile d'ajouter que ce _sans g. d. g._ est l'abréviation de _sans garantie du gouvernement_.
GIBASSE, s. f. pl. Gorge qui a peut-être promis, mais qui ne tient pas.
GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE, s. f. Chat de toits,--dans l'argot du peuple.
GIBERNE, s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le volume à grand renfort de jupons et de crinolines.
Ce mot,--de l'argot des faubouriens, s'explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.
GIBIER DE CAYENNE, s. m. Voleur, ou meurtrier,--dans l'argot du peuple.
GIBOYER, s. m. Journaliste d'estaminet, homme de lettres à tout faire,--dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir de la comédie d'Emile Augier. Encore un nom d'homme devenu un type.
GIFFE ou GIFFLE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui se rappelle sans doute que ce mot signifiait autrefois _joue_.
GIFFLER, v. a. Souffleter quelqu'un.
GIGOLETTE, s. f. Jeune fille qui a jeté sa pudeur et son bonnet par-dessus les moulins, et qui fait consister son bonheur à aller jouer des _gigues_ dans les bals publics,--surtout les bals de barrière.
Je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit ailleurs (_Les Cythères parisiennes_): «La gigolette est une adolescente, une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la gandine,--moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme une carpe, elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son aise avec le gigolo, tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter ses sourires et ses leçons.»
GIGOLO, s. m. Male de la gigolette. C'est un adolescent, un petit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan,--moitié nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d'autres observateurs le soin d'observer plus en détail.
GIGOTER, v. n. Remuer les _gigues_; danser.
GIGOTS, s. m. pl. Cuisses de l'homme,--dans l'argot des faubouriens, toujours contempteurs de l'humanité.
GIGUE, s. f. Femme maigre et d'une taille élevée.
On dit aussi _Grande gigue_.
GIGUER, v. n. Danser.
GIGUES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot du peuple, qui s'en sert pour danser la _gigue_ ou la faire danser aux gens qui l'ennuient.
On disait autrefois _gigoteaux_.
GILET, s. m. Estomac; poitrine.
_S'emplir le gilet._ Boire ou manger.
_Avoir le gilet doublé de flanelle._ Avoir mangé une soupe plantureuse.
_Gilet à la mode._ Belle gorge de femme, où le lard abonde.
GILLES, s. m. Nom d'homme devenu celui de tous les hommes dont l'esprit et le cœur ne se sont pas développés autant que les jambes.
_Faire Gilles._ S'en aller,--s'enfuir.
GILMONT, s. m. Gilet,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Georget_.
GILQUIN, s. m. Coup de poing,--dans l'argot des artistes et des canotiers.
On dit aussi _Coup de Gilquin_.
GIN, s. m. Genièvre,--dans l'argot des faubouriens, qui s'anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.
GIRAFE, s. f. Escalier en spirale,--dans l'argot des écoles de natation.
GIRIES, s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du cœur,--dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'hypocrisie.
_Faire des giries._ Faire semblant de pleurer quand on n'en a pas envie; refuser ce qu'on meurt d'envie d'accepter.
_Faiseuse de giries._ Fausse Agnès, fausse prude,--et vraie femme.
GIROFLÉE A CINQ FEUILLES, s. f. Soufflet,--dans l'argot des faubouriens, qui savent très bien le nombre des feuilles du _cheiranthus_, et encore mieux celui des doigts de leur main droite.
On dit aussi _giroflée à plusieurs feuilles_,--autre ravenelle qui pousse sur les visages.
GIROFLÉTER, v. a. Souffleter.--Verbe créé par Balzac.
GIROLLE, adv. Soit,--dans l'argot des voleurs.
GIRON, s. m. La partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux d'une femme assise,--dans l'argot du peuple, qui a conservé précieusement ce mot, en souvenir de ce qu'il représente pour lui, fils reconnaissant.
GIRONDE, adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs.
On dit aussi _Girofle_.
GIRONDINE, adj. Femme plus jeune et plus gentille que celle qui n'est que gironde.
GIROUETTE, s. f. Homme sans conscience et sans moralité, mais non sans habileté et sans esprit, qui tourne à tous les vents sociaux et politiques: royaliste avec les Bourbons, républicain avec la République, napoléonien avec l'Empire, mouton avec les gens qui bêlent, dogue avec les gens qui mordent, roquet avec les gens qui aboient, enclume avec le peuple et marteau avec le Pouvoir. Argot du peuple.
GÎTER, v. n. Habiter, demeurer.
GIVERNER, v. n. Passer la nuit à vagabonder,--dans l'argot des cochers de fiacre.
GIVERNEUR, s. m. Vagabond, rôdeur de nuit.
GLACIS, s. m. Verre,--dans l'argot des voleurs, qui parlent anglais (_glass_) sans le savoir.
_Un glacis de lance._ Un verre d'eau.
GLACIS, s. m. Ton léger et transparent,--dans l'argot des artistes.
_Se poser un glacis._ Boire,--ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.
GLAÇON, s. m. Homme d'un abord un peu raide,--dans l'argot du peuple, que la distinction effarouche.
GLAIVE, s. m. Couteau à découper,--dans l'argot des francs-maçons.
GLAS, s. m. Homme ennuyeux, qui répète toujours la même chose,--comme la cloche qui sonne la mort de quelqu'un. Argot du peuple.
Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: _croaker_, disent-ils.
GLAUDE, s. m. Innocent, et même niais.
Evidemment le _Glaude_ d'ici est un Claude, comme _Colas_ est un Nicolas, et _Miché_ peut être un Michel.
GLAVIOT, s. m. Mucosité expectorée,--dans l'argot des faubouriens.
GLAVIOTTER, v. n. Cracher fréquemment et malproprement.
Signifie aussi _Débiner_.
GLAVIOTTEUR, s. m. Homme qui crache fréquemment et abondamment.
GLIER, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.
C'est une syncope de _Sanglier_ probablement.
_Le Glier t'enrôle en son pasclin!_ Le diable t'emporte en enfer (son pays).
Signifie aussi _Enfer_.
GLISSADE, s. f. Chute plus déshonorante que dangereuse pour la jeune fille qui la fait: elle ne casse que son sabot, mais il vaudrait mieux qu'elle se fût cassé la jambe. Argot du peuple.
_Faire des glissades._ Changer souvent d'amants.
GLISSANT, s. m. Savon,--dans l'argot des voleurs.
GLISSER, v. n. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
GLISSOIRE, s. f. Ruisseau gelé sur lequel les gamins s'amusent à glisser.
GLOBE, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui la laissent souvent osciller sur son axe.
GLOBES ARRONDIS (Les). La gorge,--dans l'argot des Académiciens. Quelques-uns ajoutent quelquefois: _par la main des Grâces_.
GLORIA, s. m. Tasse de café noir avec un petit verre d'eau-de-vie. Argot des limonadiers.
GLOUGLOUTER, v. n. Boire, faire des glouglous en buvant. Argot des faubouriens.
GLOUSSER, v. n. Parler.
GLUANT, s. m. Enfant à la mamelle que le lait qu'il tette et qu'il laisse baver sur lui rend tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque n'est ni son père ni sa mère.
GLUAU, s. m. Expectoration abondante.
_Lâcher son gluau._ Cracher malproprement.
GNANGNAN, adj. des deux g. Mou, paresseux, sans courage.
GNIAF, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des cordonniers. _Savetier_,--dans l'argot des ouvriers.
GNIAFFER, v. a. Travailler mal; faire une chose sans soin, sans goût,--comme un savetier.
GNIFF, s. et adj. Clair, dépouillé,--dans l'argot du peuple, qui dit cela spécialement à propos du vin.
GNOGNOTTE, s. f. Marchandise sans valeur; chose sans importance.
Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes,--et dans un sens péjoratif, naturellement.
GNOLLAIS, s. m. _Batignollais_,--dans l'argot des voyous.
GNOLLE, adj. des 2 g. Paresseux; niais,--dans l'argot des faubouriens.
Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et prononce _gniole_.
GNOLLES-CEAUX, n. d. l. Batignolles-Monceaux.
GNOLLES-CHY., Batignolles-Clichy.
GNON, s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou un sabot,--dans l'argot des enfants; et par extension, Blessure que se font les hommes en se battant.
S'emploie au figuré.
GO (De, ou Tout de), adv. Librement, sans façon, sans obstacle,--dans l'argot du peuple.
GOBELOTTER, v. a. Aller de cabaret en cabaret.
Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.
GOBELOTTEUR, s. m. Ami des franches lippées, et des plantureuses réfections.
GOBE-MOUCHERIE s. f. La franc-maçonnerie,--dans l'argot des voleurs.
GOBE-MOUCHES, s. m. Imbécile, homme qui bée au vent au lieu de regarder à ses côtés, où se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.
GOBER, v. a. Croire légèrement aux choses qu'on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c'étaient des vérités.
GOBER, v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu'un; ressentir de l'enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens.
Eprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon,--dans l'argot des petites dames.
GOBER (La). Être ruiné pour avoir trop cru aux Mercadets.
Par extension: Mourir.
GOBER (Se). Avoir de la fatuité; s'écouter parler et se regarder dans une glace en parlant.
GOBERGER (Se), v. réfl. Se complaire dans un endroit, dans un bon lit, dans un bon fauteuil, auprès d'un bon feu ou d'une bonne table.
On sait qu'on appelle _goberges_ les ais du fond sanglé du lit.
GOBER SON BOEUF, v. a. Être furieux, d'une chose ou contre quelqu'un,--dans l'argot des ouvriers.
GOBE-SON, s. m. Calice,--dans l'argot des voleurs.
GOBET, s. m. Morceau de viande quelconque,--dans l'argot des bouchers, qui emploient ce mot à propos de la viande non encore détaillée.
GOBET, s. m. Polisson; ouvrier qui se débauche,--dans l'argot du peuple.
_Mauvais gobet._ Méchant drôle.
GOBICHONNADE, s. f. Ripaille.
GOBICHONNER, v. n. Courir les cabarets; faire le lundi toute la semaine. Argot des ouvriers.
GOBICHONNEUR, s. m. Ami des franches lippées.
GOBIN, s. m. Bossu.
GODAILLER, v. n. Courir les cabarets.
Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais, amateurs de _good ale_.
GODAILLEUR, s. m. Ivrogne, pilier de cabaret.
GODAN, s. m. Rubrique, mensonge, supercherie,--dans l'argot des faubouriens.
_Connaître le godan._ Savoir de quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre à un mensonge.
_Tomber dans le godan._ Se laisser duper; tomber dans un piège.
GODANCER, v. n. Croire à un mensonge; tomber dans un piège,--dans un _godan_.
GODDAM, s. m. Anglais,--dans l'argot du peuple, qui a trouvé moyen de désigner toute une nation par son juron favori.
GODELUREAU, s. m. Jeune homme qui fait l'agréable auprès des «dames» et les _réjouit_,--dans l'argot des bourgeois qui n'aiment pas les Lovelaces.
On écrivait au XVIe siècle _gaudelereau_,--ce qu'explique l'étymologie _gaudere_.
GODET, s. m. Verre à boire,--dans l'argot du peuple.
GODICHE, s. et adj. Niais, ou seulement timide.
On dit aussi _Godichon_.
GODILLER, v. n. Se réjouir, être content.
GODINETTE, s. f. Grisette, maîtresse.
_Baiser en godinette._ «Baiser sur la bouche en pinçant les joues de la personne,»--sans doute comme baisent les grisettes des romans de Paul de Kock.
GOFFE, adj. Homme mal bâti, ou maladroit, grossier de corps ou d'esprit.
GOGAILLE, s. f. Repas joyeux et plantureux.
GOGO, s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses,--chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire.
A propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route,--parce qu'ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut que _gogo_ vienne de _gogue_, expression du moyen âge qui signifie raillerie: l'autre trouve _gogo_ dans François Villon et n'hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l'on promet qu'ils auront tout à _gogo_?
Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.
GOGO (A), adv. A profusion, en abondance.