Dictionnaire de la langue verte
Part 21
Superlativement, ils disent aussi _Se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude_. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie par le langage disent, eux: _Se mettre le doigt dans l'œil_.
FOURRER SON NEZ, v. a. Se mêler de ce qui ne vous regarde pas,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi _Fourrer son nez partout_.
FOURRER TOUT DANS SON VENTRE. Manger sa fortune.
FOUTAISE, s. f. Chose de peu d'importance, morceau de peu de valeur,--dans l'argot du peuple.
_Dire des foutaises._ Dire des niaiseries.
FOUTIMASSER, v. n. Ne rien faire qui vaille.
FOUTIMASSEUR, s. m. Homme qui fait semblant de travailler.
FOUTRE (Se). Se moquer,--dans l'argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et, d'ailleurs, n'attache pas à celui-ci d'autre sens que les bourgeois au verbe _se ficher_. D'un autre côté aussi, n'est-il pas autorisé à dire ce que le bibliophile Jacob n'a pas craint d'écrire dans _Vertu et tempérament_,--un roman fort curieux et fort intéressant sur les mœurs de la Restauration, où on lit: «Quand un lâche nous trahirait, nous nous en foutons!»
FOUTRE DU PEUPLE (Se). Se moquer du public, braver l'opinion du monde.
FOUTRE LA PAIX. Laisser tranquille.
FOUTRE LE CAMP. Déguerpir, s'enfuir au plus vite.
Signifie aussi: Disparaître,--en parlant des choses. «Le torchon blanc a foutu le camp!» s'écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.
FOUTRE SON BILLET (En). Donner sa parole qu'une chose sera faite, parce qu'on y tient beaucoup. Quand un ouvrier a dit à quelqu'un: _Je t'en fous mon billet!_ c'est comme s'il avait juré par le Styx.
FOUTRE UN COUP DE PIED A QUELQU'UN. Lui faire un emprunt,--le _taper_ d'une somme quelconque.
On dit aussi _Lui foutre un coup de pied dans les jambes_,--mais seulement lorsqu'il s'agit d'un emprunt plus important. Une nuance!
FOUTRIQUET, s. m. Homme de petite taille.
A signifié, il y a soixante-dix ans, Fat, ridicule, intrigant.
On dit aussi _Fautriot_.
FOUTU, adj. Mauvais, détestable, exécrable.
_Foutue besogne._ Triste besogne.
_Foutue canaille._ Canaille parfaite.
FOUTU, adj. Mal habillé.
_Foutu comme quatre sous._ Habillé sans goût et même grotesquement.
FOUTU (Être). Être ruiné, ou sur le point de mourir.
FOUYOU, s. m. Gamin,--dans l'argot des coulisses, où l'on a gardé le souvenir de là pièce des Variétés (_le Maître d'École_) où jouait un enfant de ce nom.
FRACTURER (Se la). S'en aller de quelque part, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.
FRAIS (Être). Être dans une situation fâcheuse, à ne pas savoir comment s'en tirer. Argot du peuple.
FRANC, s. m. Complice,--dans l'argot des voleurs.
_Franc bourgeois._ Escroc du grand monde.
_Franc de maison._ Recéleur d'objets volés--et même de voleurs.
FRANC DU COLLIER, adj. Homme ouvert, loyal, comme on n'en fait plus assez. Argot du peuple.
FRANCILLON, s. m. Français,--dans l'argot des voleurs.
Les Belges nous appellent _Fransquillons_.
FRANGIN, s. m. Frère,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _fralin_.
_Frangin-Dab._ Oncle.
FRANGINE, s. f. Sœur.
_Frangine-Dabuche._ Tante.
FRANQUETTE (A la). Franchement, tout uniment, loyalement,--dans l'argot du peuple.
On dit plutôt _A la bonne franquette_.
FRASQUE, s. f. Folie aimable, coup de tête,--dans l'argot des bourgeois.
_Faire des frasques._ Faire des folies, des escapades.
FRAYER, v. n. Convenir, s'accorder, vivre ensemble. Argot du peuple.
FREDAINE, s. f. Intrigue amoureuse,--dans l'argot des bourgeois.
_Faire ses fredaines._ Aimer «le cotillon».
FRELOCHE, s. f. Filet à prendre les papillons,--dans l'argot des écoliers.
FRELUQUET, s. m. Jeune homme, gandin,--dans l'argot du peuple, probablement par allusion au _parler frelu_ d'autrefois.
FRÉQUENTER (Se). Avoir avec soi-même des relations habituelles--condamnées par le livre de Tissot.
FRÈRE, s. m. Initié,--dans l'argot des francs-maçons.
_Faux frère._ Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d'un instrument.
FRÈRE, s. m. Philosophe,--dans l'argot des encyclopédistes. On sait que Diderot était, en religion philosophique, _frère Platon_, Frédéric II, roi de Prusse, _frère Luc_, etc.
FRÈRE, s. m. Citoyen,--dans l'argot des Jacobins de la première révolution.
FRÈRE ET AMI, s. m. Camarade,--dans l'argot des démocrates de 1848.
FRÈRE DE LIT, s. m. Homme à qui l'on a succédé dans le cœur d'une femme, épouse ou maîtresse. Argot du peuple.
_Sœur de lit._ Femme qui a succédé à une autre femme dans le cœur d'un homme, amant ou mari.
FRÉROT, s. m. Frère,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Bonaventure Des Périers.
FRÉROT DE LA CAQUE, s. m. Filou,--dans l'argot des prisons.
FRESSURE, s. f. Le cœur et ses dépendances, siège des désirs,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait La Fontaine:
«Telle censure Ne fut si sûre Qu'elle espéroit; De ma fressure Dame Luxure Jà s'emparoit.»
FRÉTILLANTE, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
FRÉTILLON, s. f. Grisette, bonne fille, amoureuse garantie bon teint par feu Béranger. Argot des bourgeois.
FRÉTIN, s. m. Poivre,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Fortin_.
FRIAUCHE, s. m. Condamné à mort qui s'est pourvu en cassation. Même argot.
FRICASSÉ (Être). Être ruiné, perdu, déshonoré, à l'agonie. Argot des faubouriens.
Ils disent aussi _Être cuit_.
FRICASSE (On t'en)! Ce n'est pas pour toi! Terme de refus ironique.
FRICASSÉE, s. f. Coups donnés ou reçus.
FRICASSER, v. a. Dépenser.
_Fricasser ses meubles._ Les vendre.
FRICASSEUR, s. m. Dépensier, ivrogne, libertin.
FRIC-FRAC, s. m. Effraction de meuble ou de porte,--dans l'argot des voleurs.
_Faire fric-frac._ Voler avec effraction.
FRICHTI, s. m. Ragoût aux pommes de terre,--dans l'argot des ouvriers, qui prononcent à leur manière le _früstück_ allemand.
FRICOT, s. m. Ragoût; mets quelconque,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis plus d'un siècle. Le mot se trouve dans Restif de La Bretonne.
FRICOTER, v. a. et n. Dépenser de l'argent, le boire ou le _manger_; faire la noce; se régaler.
FRICOTER, v. n. Se mêler d'affaires véreuses; pêcher en eau trouble.
FRICOTEUR, s. m. Homme qui aime les bons repas.
Signifie aussi Agent d'affaires véreuses.
_Le bataillon des fricoteurs._
«S'est dit, pendant la retraite de Moscou, d'une agrégation de soldats de toutes armes qui, s'écartant de l'armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre.» (Littré.)
FRIGOUSSE, s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie spécialement: Ragoût de pommes de terre.
FRIGOUSSER, v. a. et n. Cuisiner; préparer un ragoût quelconque.
FRILEUX, adj. et s. Poltron, homme qui a _froid_ aux yeux et au cœur,--dans l'argot du peuple.
S'emploie surtout avec la négative.
FRIMAS, s. m. pl. Le froid, la neige, l'hiver,--dans l'argot des académiciens.
FRIME, s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte,--dans l'argot des faubouriens.
_C'est pour la frime._ C'est pour rire.
Le mot a quelques siècles de bouteille:
«Renart qui scet de toutes frumes Luy esracha quatre des plumes!»
dit le _Roman du Renard_.
FRIME, s. f. Apocope de _Frimousse_,--dans l'argot des voyous et des voleurs.
_Tomber en frime._ Se rencontrer _nez à nez_ avec quelqu'un.
«Sans paffs', sans lime et plein de crotte Aussi rupin qu'un plongeur, Un jour un gouapeur en ribote Tombe en frime avec un voleur.»
(_National de 1835._)
FRIMER, v. a. Envisager et dévisager.
FRIMOUSSE, s. f. Visage,--dans l'argot des faubouriens.
_C'est pour ma frimousse._ C'est pour moi.
L'expression a des cheveux blancs:
«... De tartes et de talmouses, On se barbouille les frimouses.»
a écrit l'auteur de la _Henriade travestie_.
FRIMOUSSER, v. n. Tricher au jeu en se donnant les _figures_ à chaque coup,--dans l'argot des voleurs.
FRIMOUSSEUR, s. m. Tricheur.
FRIPE, s. f. Action de manger ou de cuisiner,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Dépense, écot de chacun.
FRIPER, v. a. et n. Manger.
L'expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux:
«Les dieux du liquide élément, Conviés chez un de leur troupe, Sur le point de friper la soupe, Seront saisis d'étonnement.»
S'emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.
FRIPE-SAUCE, s. m. Cuisinier, marmiton.
Signifie aussi Goinfre.
FRIPOUILLE, s. f. Homme malhonnête et même canaille.
On dit aussi _Frapouille_.
FRIQUET, s. m. Mouchard,--dans l'argot des voleurs.
FRIRE, v. a. et n. Faire; Manger,--dans l'argot du peuple, dont la cuisine se fait en plein vent, sur le fourneau portatif des friturières.
_N'avoir rien à frire._ N'avoir pas un sou pour manger ou boire.
L'expression est vieille, car elle se trouve en latin et en français dans Mathurin Cordier: Il n'a que frire; il n'a de quoy se frapper aux dez. _Nullam habet rem familiarem. Est pauperio Codro._» (qui est le «pauvre comme Job» de Juvénal).
FRIRE DES OEUFS A QUELQU'UN. Lui préparer une mauvaise affaire; s'apprêter à lui jouer un méchant tour.
J'ai souvent entendu: _Prends garde, Jean, on te frit des œufs_.
FRISÉ, s. m. Juif,--dans l'argot des voleurs.
FRISER COMME UN PAQUET DE CHANDELLES. Ne pas friser du tout, en parlant des cheveux. Argot du peuple.
FRISES, s. f. pl. Bandes de toiles pendantes qui figurent le haut des décors en scène. Argot des machinistes.
FRISONS, s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd'hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu'elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.
FRISQUET, s. m. Froid vif.
_Il fait frisquet._ Il fait froid.
FRISQUETTE, adject. subs. fém. Fille jeune, fraîche et avenante.
Le vieux français avait l'adjectif _frisque_.
FRIT, adj. Perdu, compromis, arrêté, atteint d'une maladie mortelle.
FRITES, s. f. pl. Pommes de terre frites.
FRITURER, v. a. Manger; cuisiner.
FRITURIER, ÈRE s. Marchand, marchande de pommes de terre frites ou de gras-double à la poêle.
FRIVOLISTE, s. m. Littérateur léger, écrivain de journal de modes,--dans l'argot des gens de lettres.
Ce mot a été créé par Mercier.
FROID AUX YEUX, s. m. Manque de courage,--dans l'argot au peuple.
_Avoir froid aux yeux._ Avoir peur.
_N'avoir pas froid aux yeux._ Être résolu à tout.
FROIDUREUX, adj. Sujet à avoir froid.
FROLLAU, s. m. Traître, médisant,--dans l'argot des voleurs.
On dit aussi _Froller sur la balle_.
FROMAGES (Faire des). Se dit--dans l'argot des petites filles,--d'un jeu particulier qui consiste à imprimer un mouvement de rotation à leur robe et à se baisser rapidement de façon à former par terre «une belle cloche».
FROME, s. m. Apocope de _Fromage_,--dans l'argot des voyous.
FRONTIN, s. m. Valet habile, fripon, spirituel,--dans l'argot des gens de lettres.
FROTESKA, s. f. Correction, _frottée_,--dans l'argot du peuple, qui a saisi cette occasion de donner un nom de plus à la _danse_ qu'il a inventée pour son plaisir et pour sa défense.
FROTIN, s. m. Billard,--dans l'argot des faubouriens.
_Coup de frotin._ Partie de billard.
FROTTE (La). La gale,--qu'on guérit en frottant énergiquement le corps.
FROTTÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
FROTTER, v. a. Battre, donner des coups.
On dit aussi _Frotter les reins_ et _Frotter le dos_.
FROUFROU, s. m. Bruissement d'une robe de soie,--dans l'argot des amoureux, à qui cette onomatopée fait toujours bondir le cœur.
Au XVIIe siècle, c'était une autre onomatopée, _frifilis_, mais qui ne valait pas celle-ci,--n'en déplaise à saint François de Sales.
FROUFROU, s. m. Embarras, manières; effet de crinoline,--dans l'argot du peuple.
_Faire du froufrou._ Faire de «l'épate».
FROUFROU, s. m. Onomatopée par laquelle les voleurs désignent un Passe-partout.
FROUSSE, s. m. Peur, frissonnement,--dans l'argot du peuple.
FRUGES, s. f. pl. Bénéfices plus ou moins licites sur la vente--dans l'argot des commis de nouveautés.
FRUIT, s. m. Enfant nouveau-né,--dans l'argot des faubouriens, qui, tout en gouaillant, font ainsi une allusion philosophique au fameux pommier du Paradis de nos pères.
FRUIT SEC, s. m. Jeune homme qui sort bredouille du lycée ou d'une école spéciale.
Se dit aussi, par extension, d'un mauvais écrivain ou d'un artiste médiocre.
«Cette appellation,--dit Legoarant, vient de l'Ecole polytechnique, où un jeune homme de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour savoir quelles étaient ses intentions s'il n'était pas classé. Il répondit: _Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs_. Et en effet ce fut son lot.»
_Les fruits secs de la vie._ Les gens qui, malgré leurs efforts ambitieux, n'arrivent à rien,--qu'au cimetière.
FRUSQUE, s. f. Habit ou redingote,--dans l'argot des marchandes du Temple.
FRUSQUES, s. f. pl. Vêtements en général,--dans l'argot des faubouriens.
_Frusques boulinées._ Habits en mauvais état.
FRUSQUIN (Saint), s. m. Vêtements; économies serrées dans une armoire, à même le linge et les habits.
L'expression n'est pas d'hier:
«J'étois parfois trop bête D'aimer ce libertin, Qui venait tête-à-tête Manger mon saint frusquin,»
dit Vadé.
FRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller.
FRUSQUINEUR, s. m. Tailleur.
FUIR, v. n. Mourir, s'en aller,--comme le vin d'un tonneau défoncé.
FUMÉ, adj. Pris, perdu, ruiné, mort.
FUMELLE, s. f. Femme.
Les faubouriens parlent comme écrivait Jean Marot.
«Le masle n'a la fumelle en mépris,»
dit le père du valet de chambre de François Ier.
FUMER, v. n. Enrager, s'impatienter, s'ennuyer.
On dit aussi _Fumer sans pipe et sans tabac_.
FUMERIE s. f. Science du fumeur, action de fumer.
FUMERON, s. m. Fumeur acharné,--dans l'argot des bourgeoises, que la fumée de la pipe incommode et qui ne pardonnent qu'à celle du cigare.
Se dit aussi pour Gamin qui s'essaye à fumer.
FUMERONS, s. m. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela surtout quand elles sont maigres.
FUMER SA PIPE. Se dit,--dans l'argot des infirmiers,--«d'un symptôme qui se présente quelquefois dans les apoplexies: le malade, dont un côté de la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration; mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d'un fumeur.»
FUMER SES TERRES. Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois.
Voltaire a employé cette expression.
FUMER SES TERRES. Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain, riche,--laquelle selon l'expression de Montesquieu, «est comme une espèce de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride».
FUSEAUX, s. m. pl. Jambes grêles,--dans l'argot du peuple, qui parle comme a écrit Voltaire.
FUSÉE, s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d'un homme qui en a trop bu.
_Lâcher une fusée._ Vomir.
FUSER, s. m. _Levare ventri onus_,--dans l'argot des troupiers.
FUSIL, s. m. Estomac,--dans l'argot des faubouriens.
_Se coller quelque chose dans le fusil._ Manger ou Boire.
_Ecarter du fusil._ Cracher une pluie de salive en parlant à quelqu'un.
FUSILLER, v. n. Donner un mauvais dîner--dans l'argot des troupiers.
FUTÉ, adj. et s. Malin, rusé, habile,--dans l'argot du peuple qui emploie souvent ce mot en bonne part.
G
GABATINE, s. f. Plaisanterie,--dans l'argot du peuple, héritier des anciens _gabeurs_, dont il a lu les prouesses dans les romans de chevalerie de la _Bibliothèque Bleue_.
_Donner de la gabatine._ Se moquer de quelqu'un, _le faire aller, en s'en moquant_.
GABEGIE, subst. f. Fraude, tromperie.
Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du verbe _se gaber_?
GABELOU, s. m. Employé de l'octroi, le _Gabellier_ de nos pères.
GACHER, v. n. Se dit à propos du mauvais temps, de la boue et de la neige qui rendent les rues impraticables.
Cependant, au lieu de _Il gâche_, on dit plus fréquemment: _Il fait gâcheux_ ou _il fait du gâchis_.
GACHER DU GROS, v. a. _Levare ventris onus_.
GACHEUR, adj. et s. Écrivain médiocre, qui _gâche_ les plus beaux sujets d'articles ou de livres par son inhabileté ou la pauvreté de son style. Argot des gens de lettres.
GACHEUSE, s. f. Femme ou fille du monde de la galanterie, qui ne connaît le prix de rien excepté celui de ses charmes.
GACHIS, s. m. Embarras politique ou financier.
_Il y aura du gâchis._ On fera des barricades, on se battra.
GADIN, s. m. Bouchon,--dans l'argot des voyous.
_Flancher au gadin._ Jouer au bouchon.
GADIN, s. m. Vieux chapeau qui tombe en loques. Argot des faubouriens.
GADOUAN, s. m. Garde national de la banlieue,--dans l'argot des voyous.
GADOUE, s. f. Immondices des rues de Paris, qui servent à faire pousser les fraises et les violettes des jardiniers de la banlieue.
D'où l'on a fait _Gadouard_, pour Conducteur des voitures de boue.
GADOUE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens, sans pitié pour les ordures morales.
GAFFE, s. f. Les représentants de l'autorité en général,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent probablement leur _gaflach_ (épée, dard).
_Être en gaffe._ Monter une faction; faire sentinelle ou faire le guet.
GAFFE, s. m. Représentant de l'autorité en particulier.
_Gaffe à gail._ Garde municipal à cheval; gendarme.
_Gaffe de sorgue._ Gardien de marché; patrouille grise.
On dit aussi _Gaffeur_.
GAFFE, s. m. Gardien de cimetière,--dans l'argot des marbriers.
GAFFE, s. f. Bouche, langue,--dans l'argot des ouvriers.
Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps.
_Coup de gaffe._ Criaillerie.
GAFFER, v. a. et n. Surveiller.
GAGA, s. m. Gâteau,--dans l'argot des enfants, qui, de même que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, emploient à leur insu l'allitération, l'aphérèse et l'apocope. Ouf!
GAGNER DES MILLE ET DES CENTS, v. a. Gagner beaucoup d'argent,--dans l'argot des bourgeois.
GAGUIE, s. f. Bonne commère d'autant d'embonpoint que de gaieté. Argot du peuple.
GAI (Être). Avoir un commencement d'ivresse,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi _Être en gaieté_.
GAIL, s. m. Cheval,--dans l'argot des souteneurs de filles et des maquignons.
Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu'on écrive _gaye_ et d'autres _gayet_.
GAILLARDE, s. f. Fille ou femme à qui les gros mots ne font pas peur et qui se plaît mieux dans la compagnie des hommes que dans la société des femmes. Argot des bourgeois.
GALA, s. m. Repas copieux, fête bourgeoise.
GALANTERIE, s. f. Le mal de Naples,--depuis si longtemps acclimaté à Paris.
GALAPIAT, s. m. Fainéant, voyou,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi: _Galapiau_, _Galapian_, _Galopiau_, qui sont autant de formes du mot _Galopin_.
GALBE, s. m. Physionomie, bon air, élégance,--dans l'argot des petites dames.
_Être truffé de galbe._ Être à la dernière mode, ridicule ou non,--dans l'argot des gandins.
Ils disent aussi _Être pourri de chic_.
GALBEUX, adj. Qui a du _chic_, une désinvolture souverainement impertinente,--ou souverainement ridicule.
GALE, s. f. Homme difficile à vivre, ou agaçant comme un _acarus_,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Teigne_.
GALERIE, s. f. La foule d'une place publique ou les habitués d'un café, d'un cabaret.
_Parler pour la galerie._ Faire des effets oratoires;--parler, non pour convaincre, mais pour être applaudi,--et encore, applaudi, non de ceux à qui l'on parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens, de lettres ou d'autre chose, ont été et sont tous les jours victimes de leur préoccupation de la galerie?
GALETTE, s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.
GALETTE, s. f. Matelas d'hôtel garni.
GALIFARD, s. m. Cordonnier,--dans l'argot des revendeuses du Temple.
GALIFARDE, s. f. Fille de boutique.
GALIMAFRÉE, s. f. Ragoût, ou plutôt _Arlequin_,--dans l'argot du peuple.
S'emploie aussi au figuré.
GALIOTE, s. f. «Complot entre deux joueurs qui s'entendent pour faire perdre ceux qui parient contre un de leurs compères.»
On dit aussi _Gaye_.
GALIPOT, s. m. _Stercus_ humain,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
A proprement parler le _Galipot_ est un mastic composé de résine et de matières grasses.
GALIPOTER, v. n. _Cacare_.
GALLI-BATON, s. m. Vacarme; rixe,--dans l'argot des faubouriens.
GALLI-TRAC, s. m. Poule-mouillée, homme qui a le _trac_.
GALOCHE, s. f. Jeu du bouchon,--dans l'argot des gamins.
GALONS D'IMBÉCILE, s. m. pl. Grade subalterne obtenu à l'ancienneté,--dans l'argot des troupiers.
GALOP, s. m. Réprimande,--dans l'argot des ouvriers.
GALOPÉ, adj. Fait à la hâte, sans soin, sans goût.
GALOPER, v. n. Se dépêcher.
Signifie aussi Aller çà et là.
Activement, ce verbe s'entend dans le sens de Poursuivre, Courir après quelqu'un.
GALOPER UNE FEMME. Lui faire une cour pressante.
GALOPIN, s. m. Apprenti,--dans l'argot des ouvriers. Mauvais sujet,--dans l'argot des bourgeois. Impertinent,--dans l'argot des petites dames.
GALOUBET, s. m. Voix,--dans l'argot des coulisses.
_Avoir du galoubet._ Avoir une belle voix.
_Donner du galoubet._ Chanter.
GALUCHE, s. m. Galon,--dans l'argot des voleurs.
GALUCHER, v. a. Galonner.
GALUCHET, s. m. Valet,--dans l'argot des voyous.
GALURIN, s. m. Chapeau.
Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin _galea_, casque, ou plutôt de _galerum_, chapeau?
GALVAUDAGE, s. m. Désordre, gaspillage de fortune et d'existence. Argot des bourgeois.
GALVAUDER, v. a. Gâcher, gâter, dissiper.
GALVAUDER (Se). Vivre dans le désordre; ou seulement Hanter les endroits populaciers.
GALVAUDEUX, s. m. Fainéant, bambocheur. Argot du peuple.
GAMBILLARD, adj. et s. Homme alerte qu'on rencontre toujours marchant.
GAMBILLER, v. n. Danser, remuer les _jambes_.
Il est tout simple qu'on dise _gambiller_, la première forme de _jambe_ ayant été _gambe_.
«Si souslevas ton train Et ton peliçon ermin, Ta cemisse de blan lin, Tant que ta gambete vitz»
dit le roman d'_Aucassin et Nicolette_.
GAMBILLES, s. f. pl. Jambes.
GAMBILLEUR, s. m. Danseur,--dans l'argot des voleurs qui, comme de simples vaudevillistes, prennent le bien des autres où ils le trouvent.
_Gambilleur de tourtouse._ Danseur de corde.
GAMBRIADE, s. f. La danse, et principalement le Cancan.
GAMET, s. m. Raisin des environs de Paris avec lequel on fait de la piquette. Argot du peuple.
GAMIN, s. m. Enfant qui croit comme du chiendent entre les pavés du sol parisien, et qui est destiné à peupler les ateliers ou les prisons, selon qu'il tourne bien ou mal une fois arrivé à la Patte d'Oie de la vie, à l'âge où les passions le sollicitent le plus et où il se demande s'il ne vaut pas mieux vivre mollement sur un lit de fange, avec le bagne en perspective, que de vivre honnêtement sur un lit de misères et de souffrances de toutes sortes.
Ce mot, né à Paris et spécial aux Parisiens des faubourgs, a commencé à s'introduire dans notre langue sous la Restauration, et peut-être même un peu auparavant,--bien que Victor Hugo prétende l'avoir employé le premier dans _Claude Gueux_, c'est-à-dire en 1834.
GAMIN, s. m. Homme trop impertinent,--dans l'argot des petites dames, qui ne pardonnent les impertinences qu'aux hommes qui en ont les moyens.
GAMINER, v. n. Faire le gamin ou des gamineries.
GAMINERIE, s. t. Plaisanterie que font volontiers les grandes personnes à qui l'âge n'a pas apporté la sagesse et le tact.
_Faire des gamineries._ Écrire ou faire des choses indignes d'un homme qui se respecte un peu.
GAMME, s. f. Correction paternelle,--dans l'argot du peuple.
_Faire chanter une gamme._--Châtier assez rudement pour faire crier.
On dit aussi _Monter une gamme_.
GANACHE, s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien dire; _mâchoire_.
Dans l'argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d'Académicien.
«Montesquieu toujours rabâche, Corneille est un vieux barbon; Voltaire est une ganache Et Racine un polisson!»
dit une épigramme du temps de la Restauration.
_Père Ganache._ Rôle de Cassandre,--dans l'argot des coulisses. On dit aussi _Père Dindon_.
GANCE, s. f. Clique, bande,--dans l'argot des voleurs.