Dictionnaire de la langue verte
Part 20
FILOU, s. et adj. Malin, rusé,--dans l'argot du peuple, qui, quoi qu'en dise M. Francisque Michel, continue à employer ce mot avec le même sens qu'au XVIIe siècle.
FILSANGE, s. f. Filoselle,--dans l'argot des voleurs.
FILS-DE-FER, s. m. pl. Jambes grêles,--dans l'argot des ouvriers.
FILS DE L'AUTRE. Nom donné par les bonapartistes, sous la Restauration, au duc de Reichstadt, fils de Napoléon, dont il était défendu de parler.
FILS DE PUTAIN! Injure du vocabulaire populaire que les mères adressent souvent naïvement à leurs propres fils.
FINANCE, s. f. Argent,--dans l'argot du peuple.
FINANCER, v. n. Payer.
FINASSER, v. n. Ruser, niaiser.
FINASSERIE, s. f. Finesse grossière, procédé de mauvaise foi.
FINASSEUR, s. m. Homme méticuleux, qui épilogue sur des riens.
On dit plutôt _Finassier_.
FINASSEUSE, s. f. Femme rusée, qui sait faire jouer les fils du pantin-homme.
FINAUD, adj. et s. Homme trop malin et pas assez loyal.
FINE-LAME, s. f. Homme habile à l'escrime,--dans l'argot des salles d'armes.
FINE-MOUCHE, s. f. Femme rusée, experte; homme «malin»,--dans l'argot des bourgeois.
FINESSES COUSUES DE FIL BLANC, s. f. pl. Finesses grossières, farces qui sont facilement devinées, trahisons qui sont facilement éventées.
FINI, adj. Qui atteint le plus haut degré en bien ou en mal.
_Troupier fini._ Soldat parfait.
_Coquin fini._ Drôle fieffé.
FINIR EN QUEUE DE POISSON, v. n. Finir désagréablement, fâcheusement, tristement, platement, bêtement,--dans l'argot du peuple, qui cependant ne connaît pas le _desinat in piscem_ d'Horace.
FINIR EN QUEUE DE RAT, v. n. finir fâcheusement, tristement, bêtement,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
FIOLE, s. f. Bouteille de vin,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas être si près de la véritable étymologie: [grec: phialê] (vase à boire).
FIOLER, v. a. Boire, vider une ou plusieurs _fioles_ de vin.
_Fioler le rogome._ Boire de l'eau-de-vie.
FIOLEUR, s. m. Ivrogne.
FION, s. m. Dernière main mise à un ouvrage,--dans l'argot des ouvriers et des artistes.
_Coup de fion._ Soins de propreté, et même de coquetterie.
FIONNER, v. a. et n. Donner le dernier coup de lime ou de rabot; mettre la dernière main à une chose; avoir du fion.
FIONNEUR, s. m. Ouvrier qui s'habille en monsieur, qui fait le bourgeois.
FIORITURES, s. f. pl. Choses ajoutées à un récit pour l'embellir et souvent pour le dénaturer,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression aux chanteurs et en font le même abus que ces derniers.
FIOTTE, s. f. Petite fille,--dans l'argot caressant du peuple.
On dit aussi _Fillotte_.
FIQUER, v. a. Enfoncer, _ficher_,--dans l'argot des voleurs.
FIRTS, s. m. _Nates_,--dans l'argot des faubouriens.
FISTON, s. m. Fils, enfant.
Signifie aussi Ami.
FLAC, s m. Sac,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu rendre la _flaccidité_ de cette enveloppe.
_Flac d'al._ Sacoche à argent.
Ils disent aussi _Flacul_.
FLACONS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des faubouriens, qui en font des réservoirs à essences.
FLAFLA, s. m. Etalage pompeux, en paroles ou en actions,--dans l'argot du peuple, très onomatopéique. Car je ne pense pas qu'il faille voir autre chose qu'une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d'une batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l'éclair.
Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux _tapins_ de mon quartier, lorsque j'étais enfant, je pencherais volontiers pour la première hypothèse; comme étymologiste, j'inclinerais à croire que la seconde vaut mieux,--d'autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même sens. _Flash_ (éclair), disent-ils; _flash-flash_ (embarras, manières.)
_Faire du fla-fla._ Faire des embarras.
FLAGEOLER, v. n. Trembloter,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe à propos des jambes des ivrognes et des poltrons, et fait sans doute allusion aux trémolos ordinaires du _flageolet_ des aveugles.
FLAGEOLETS, s. m. pl. Jambes,--dans le même argot.
On dit aussi _Flûtes_.
FLAMBANT, s. m. Artilleur à cheval,--dans l'argot des troupiers.
FLAMBANT, adj. et s. Propre, net, beau, superbe,--dans l'argot du peuple, qui a eu longtemps les yeux éblouis par les magnificences des costumes des gentilshommes et des nobles dames, lesquels
«... Riches en draps de soye, alloient Faisant flamber toute la voye.»
FLAMBANT NEUF (Être tout). Porter des vêtements neufs.
_Toute flambante neuve._ Pièce de monnaie nouvellement frappée.
FLAMBART, s. m. Canotier de la Seine.
Par extension: Joyeux compagnon, loustic.
FLAMBE, s. f. Epée,--dans l'argot des voleurs, qui connaissent l'archange Michel, ce Préfet de Police de la capitale du ciel.
_Petite flambe._ Couteau.
FLAMBÉ (Être). Être ruiné ou atteint de maladie mortelle,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi à propos d'une affaire dont on ne peut plus rien espérer.
FLAMBERGE, s. f. Épée,--dans l'argot du peuple, qui a conservé bon souvenir du fameux bran d'acier de Renaud de Montauban.
_Mettre flamberge au vent._ Dégaîner.
Se dit aussi pour Montrer «la figure de campagne», et pour Jeter au vent l'aniterge dont on vient de se servir.
FLAMME, s. f. Amour,--dans l'argot des Académiciens.
_Peindre sa flamme._ Déclarer son amour.
FLAMSIK, s. m. Flamand,--dans l'argot des voleurs, qui ne s'éloignent pas trop du _vlaemsch_ des honnêtes gens.
FLAN (A la), adj. Au hasard, à l'aventure. Même argot.
FLAN (Du)! Expression de l'argot des faubouriens, qu'ils emploient à propos de rien, comme formule de refus ou pour se débarrasser d'un ennuyeux.
Ce _flan_-là est de la même famille que les _navets_, les _emblèmes_, et autres _zut_ consacrés par un long usage.
Cette expression a signifié quelquefois, au contraire: «C'est au nanan!» comme le prouve cet extrait d'une chanson publiée par _le National_ de 1835:
«J'dout' qu'à grinchir on s'enrichisse; J'aime mieux gouaper: c'est du flan.»
FLANCHE, s. f. La roulette et le trente-et-un,--dans l'argot des voleurs.
_Grande flanche._ Grand jeu.
FLANCHE, s. m. Affaire,--dans le même argot.
S'emploie ordinairement avec l'adjectif comparatif _mauvais_. «C'est un mauvais flanche», pour: C'est une mauvaise affaire.
FLANCHE, s. m. Truc, secret, ruse,--dans l'argot des faubouriens.
FLANCHER, v. n. Jouer franchement.
FLANCHER, v. n. Se moquer,--dans l'argot des voyous.
FLANCHET, s. m. Part, lot,--dans l'argot des voleurs.
FLANDRIN, s. m. Imbécile; grand dadais,--dans l'argot du peuple, qui constate ainsi, à son insu, la haute taille des Flamands.
Les Anglais disent aussi dans le même sens _Lanky fellow_.
FLANELLE, adj. et s. Flâneur amoureux,--dans l'argot des filles, qui préfèrent les gens sérieux.
_C'est de la flanelle!_ disent-elles en voyant entrer un ou plusieurs de ces platoniciens et en quittant aussitôt le salon.
_Faire flanelle._ Aller de prostibulum en prostibulum, comme un amateur d'atelier en atelier, pour lorgner les modèles.
FLANOCHER, v. n. Flâner timidement, sans en avoir le droit, à une heure qui devrait être consacrée au travail. Argot des ouvriers.
On dit aussi _Flanotter_.
FLANQUER, v. a. Lancer un coup, jeter,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas employer le verbe énergique des faubouriens.
_Se flanquer._ Se jeter, s'envoyer.
On disait autrefois _Flaquer_ pour Lancer, jeter avec force un liquide.
FLAQUADER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Aller à flaquada_.
FLAQUADIN, s. m. Poltron, homme mou, irrésolu, sur lequel on ne peut compter, parce que la peur produit sur lui un effet physique désagréable.
FLAQUER, v. n. _Alvum deponere_,--dans l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.
FLAQUET, s. m. Gousset de montre, poche de gilet,--dans l'argot des voleurs.
FLÊME, s. f. Lassitude d'esprit et de corps,--dans l'argot des faubouriens, qui, sans s'en douter, emploient là un des plus vieux mots de notre langue. Qu'est-ce en effet que la _flême_, si ce n'est une exagération du _flegme_, sa conséquence même, comme la rêverie celle d'un tempérament lymphatique? Or, dès le XIIIe siècle, _flegme_ s'écrivait _flemme_.
_Avoir la flême._ Être plus en train de flâner que de travailler.
_Jour de flême._ Où l'on déserte l'atelier pour le cabaret.
FLEUR DU MAL, s. f. Femme à propos de laquelle on peut dire ce que, dans une de ses épigrammes, Martial dit d'une nommée Bassa, chez laquelle on ne voyait jamais venir d'hommes: _Hic ubi vir non est, ut sit adulterium_.
_Fleur du mal_ est une expression toute moderne; elle appartient à l'argot des gens de lettres depuis l'apparition du volume de poésies de Charles Baudelaire.
FLEUR DE MARI, s. f. Ce que pleurait sur la montagne la fille de Jephté,--dans l'argot des voleurs, qui ont rarement autant de délicatesse.
FLEUR DES POIS, s. f. Le plus brillant causeur d'une compagnie,--dans l'argot des gens de lettres. Le plus vaillant compagnon d'un atelier,--dans l'argot des ouvriers. La plus belle fille d'un bal,--dans l'argot des gandins.
FLEURER, v. a. et n. Respirer, sentir,--dans l'argot du peuple, qui trouve que _flairer_ n'emporte pas assez avec soi l'idée d'odeurs, de parfums. C'était aussi l'opinion de Mathurin Régnier, qui a dit:
«Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses, Qu'il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.»
FLEURETTES, s. m. pl. Galanteries,--dans l'argot des bourgeois.
_Conter fleurettes._ Faire la cour à une femme.
_Conteur de fleurettes._ Libertin.
FLEURS BLANCHES, s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux femmes,--dans le même argot, qui n'est pas la bonne langue.
C'est _Flueurs_ (de _fluere_, couler) qu'on devrait dire, à ce qu'il me semble du moins,--contrairement à l'opinion de Littré.
FLEURS ROUGES, s. f. pl. Les menstrues féminines,--dans l'argot du peuple.
FLIBUSTER, v. a. Filouter,--dans le même argot.
FLIBUSTIER, s. m. Escroc.
FLIGADIER, s. m. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des voleurs.
FLINGOT, s. m. Couteau,--dans l'argot des bouchers. Fusil,--dans l'argot des troupiers.
FLIQUADARD, s. m. Sergent de ville,--dans l'argot des faubouriens.
FLONFLONS, s. m. pl. Chansons,--dans l'argot du peuple.
_Faiseur de flonflons._ Vaudevilliste.
FLOPÉE, s. f. Foule,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses comme à propos des gens.
FLOPÉE, s. f. Coups de poing et coups de pieds _nombreux_.
FLOTTANT, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.
FLOTTE, s. f. Argent paternel ou avunculaire,--dans l'argot des étudiants.
_Recevoir sa flotte._ Toucher sa pension.
FLOTTE, s. f. Grande quantité de monde ou de choses,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_fluctus_, flot, chose abondante) et à la tradition:
«As noces vint bien atornée, Et des autres i ot grand flote, Et Renart lor chante une note.»
dit le _Roman du Renard_.
_Être de la flotte._ Être de la compagnie.
FLOTTER, v. n. Se baigner, nager.
FLOTTEUR, s. m. Nageur.
FLOU, s. m. Variété de morbidesse, de douceur de touche, de coloris vaporeux,--dans l'argot des artistes.
J'aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu'il n'était qu'une onomatopée de l'œil et de l'oreille, si je n'avais pas lu dans François Villon:
«Item je donne à Jean Lelou. Homme de bien et bon marchant, Pour ce qu'il est linget et flou, Un beau petit chiennet couchant.»
_Flou_, c'est _flo_, et _flo_, c'est _faible_.
_Faire flou._ Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable.
Se dit aussi à propos de la sculpture; car Puget ne craignait pas de _faire flou_.
FLOUCHIPE, s. m. Filou, macaire,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Monsieur de Flouchipe_.
FLOUE, s. f. Foule,--dans l'argot des voleurs, qui peuvent s'y _fluer_ et y _flouer_ à leur aise.
FLOUER, v. a. et n. Jouer,--dans le même argot.
_Flouer grand flouant._ Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.
FLOUER, v. a. Tricher au jeu; voler,--dans l'argot du peuple.
FLOUERIE, s. f. Tricherie; escroquerie, vol pour ainsi dire légal.
Signifie aussi dans le sens figuré: Duperie.
FLOUEUR, s. m. Tricheur; escroc; voleur.
FLOUME, s. f. Femme,--dans l'argot des voleurs et des troupiers.
FLUME, s. m. Résultat, expectoré ou non, de la pituite,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait le poète Eustache Deschamps:
«Dieux scet que ma vieillesse endure De froit et reume jour et nuict, De fleume, de toux et d'ordure.»
_Fleume_ ou _flume_, c'est tout un.
_Avoir des flumes._ Être d'un tempérament pituiteux. On dit de même _Avoir la poitrine grasse_.
FLUT'! Expression de l'argot de Breda-Street, où l'on dédaigne d'employer le _zut_ traditionnel, comme trop populaire.
FLÛTE, s. f. Bouteille de vin,--dans l'argot des ouvriers.
FLÛTE, s. f. L'instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac,--dans l'argot du peuple, Tulou médiocre.
_Avoir toujours la flûte au cul._ Abuser des détersifs.
FLÛTENCUL, s. m. Pharmacien.
FLÛTER, v. a. et n. Boire beaucoup.
FLÛTER, v. n. Parler inutilement.
Le peuple n'emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de refus: _C'est comme si tu flûtais_!
FLÛTER (Se faire). Se faire administrer un détersif dans le gros intestin.
FLÛTES, s. f. pl. Jambes.
_Jouer des flûtes._ Courir, se sauver.
_Astiquer ses flûtes._ Danser.
FLÛTEUR, s. m. Ivrogne.
FOGNER, _Alvum deponere_,--dans l'argot des ouvriers, qui parlent comme écrivait Bonaventure Des Périers.
FOIN, s. m. Synonyme d'argent,--dans l'argot du peuple.
_Avoir du foin au râtelier._ Avoir de la fortune.
_Mettre du foin dans ses bottes._ Amasser de l'argent, faire des économies.
On dit aussi _Avoir du foin dans ses bottes_.
FOIRE, s. f. Diarrhée,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_foria_) et à la tradition:
«Renart fait comme pute beste: Quand il li fu desus la teste, Drece la queüe et aler lesse Tot contreval une grant lesse De foire clere a cul overt, Tout le vilain en a covert,»
dit le _Roman du Renard_.
FOIRE D'EMPOIGNE, s. f. Vol.
_Aller à la foëre d'empoigne._ Voler.
On disait autrefois: _Passer à l'île des Gripes_.
FOIRER, v. n. avoir peur,--dans l'argot des faubouriens.
Par extension, Mourir.
On dit aussi _Avoir la foire_.
FOIREUX, s. et adj. Poltron, homme dont le cœur est débilité et l'esprit dévoyé.
_Foireux comme un geai._ Extrêmement poltron.
On dit aussi _Foirard_.
FOLICHON, s. et adj. Homme amusant, chose agréable,--dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis plus d'un siècle.
_Être folichon._ Commencer à se griser.
Signifie aussi: Dire des gaudrioles aux dames.
FOLICHONNADE, s. f. Amusement plus ou moins décent; farce plus ou moins drôle.
On dit aussi _Folichonnerie_.
FOLICHONNE, s. f. Femme qui n'est pas assez bégueule; bastringueuse.
On dit aussi _Folichonnette_.
FOLICHONNER, v. n. Folâtrer avec plus ou moins de décence.
Signifie aussi: Courir les bals et les cabarets.
FONCÉ, adj. Riche, en _fonds_.
FONCER, v. n. Donner de l'argent, fournir des _fonds_.
«S'il plaist, s'il est beau, il suffit. S'il est prodigue de ses biens, Que pour le plaisir et déduit Il fonce et qu'il n'espargne rien.»
trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle.
Les bourgeois disent, eux: _Foncer à l'appointement_.
FONCER, v. n. Courir, s'abattre, se précipiter,--dans l'argot des écoliers.
FONCER (Se). Commencer à se griser,--dans l'argot des ouvriers.
FONDANT, s. m. Beurre,--dans l'argot des voyous.
FOND D'ESTOMAC, s. m. Potage épais,--dans l'argot du peuple.
FONDEMENT, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent comme écrivait Ambroise Paré.
FONDRE, v. n. Maigrir.
FONDRE LA CLOCHE. Terminer une affaire, en arriver à ce qu'elle a d'essentiel, de difficile.
Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent entre plusieurs.
FONDRIÈRE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs, qui ne craignent pas d'y descendre avec la main.
FONDS (Être en). Avoir de l'argent dans son porte-monnaie.
_Les fonds sont bas._ N'avoir presque plus d'argent; être dans la gêne.
FONFE. s. f. Tabatière,--dans le même argot.
On dit aussi _Fonfière_.
FORCIR, v. n. Engraisser, devenir _fort_ et grand,--dans l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des enfants.
FORMES, s. f. pl. Les parties saillantes du corps de la femme.
_Dessiner ses formes._ Se serrer dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les reliefs naturels.
FORT, adv. Étonnant, inouï, incroyable,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout ce qui lui semble _amer_ ou difficile à _avaler_.
On dit aussi _Fort de café_, _fort de moka_ et _fort de chicorée_.
_C'est plus fort que de jouer au bouchon._ C'est extrêmement étonnant.
L'expression ne date pas d'hier: «Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la Cour,» dit de Caillières (1690).
Dans un sens ironique: _Cela n'est pas fort!_ pour Cela n'est pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.
FORTE, s. f. Chose inouïe, incroyable.
_En dire de fortes._ Raconter des histoires invraisemblables; mentir.
_En faire de fortes._ Se rendre coupable d'actions délictueuses.
FORT-EN-GUEULE, adj. et s. Insolent, bavard; homme qui crie plus qu'il n'agit.
On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette de sa bru:
... Vous êtes, ma mie, une fille suivante Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.»
FORT-EN-MIE, s. m. Homme très gras,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent les os pour la croûte du corps.
Les voyous anglais ont la même expression: _Crummy_.
FORT-EN-THÈME, s. m. Jeune homme qui obtient de brillants succès au collège. Argot des gens de lettres.
FORTIN, s. m. Poivre,--dans l'argot des voleurs.
FORTINIÈRE, s. f. Poivrière.
FORT POUR... (Être). Avoir du goût pour une chose; avoir tendance à faire une chose. Argot des bourgeois.
FORTUNE DU POT (A la), adv. Au hasard, au petit bonheur,--perdrix aux choux ou choux sans perdrix.
FOSSE AUX LIONS, s. f. Loge d'avant-scène, à l'Opéra, où se tenaient, il y a une trentaine d'années, les élégants du jour, les _lions_.
On disait aussi _La loge infernale_.
FOSSILE, s. m. Académicien,--dans l'argot des Romantiques, qui prenaient Népomucène Lemercier pour un _Megatherium_ et Andrieux pour un _Ichthyosaurus_.
FOUAILLER, v. n. Manquer d'énergie, de courage,--dans l'argot du peuple.
FOUAILLER, v. n. Échapper, éclater, manquer,--en parlant des choses.
Signifie aussi Faire faillite.
FOUAILLEUR, s. m. Homme irrésolu et même lâche.
FOUCADE, s. f. Lubie, envie subite, _fougue_ d'un moment, coup de tête.
_Travailler par foucades._ Irrégulièrement.
On prétend qu'il faut dire _fougade_, et même _fougasse_. Je le crois aussi, mais le peuple dit _foucade_,--comme l'écrivait Agrippa d'Aubigné.
FOUETTE-CUL, s. m. Magister, maître d'école.
FOUETTEUX DE CHATS, s. m. Homme-femme, sans énergie sans virilité morale.
FOUILLE-AU-POT, s. m. Homme qui s'occupe plus qu'il ne le devrait des soins du ménage, qui fait la cuisine au lieu de la laisser faire par sa femme.
Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.
FOUILLE-MERDE, s. m. L'escarbot.
Se dit aussi des gens qui «travaillent sur le tard», et surtout la nuit, comme les _goldfinders_.
FOUILLER (Se). Chercher inutilement,--dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce verbe que dans cette phrase:
_Tu peux te fouiller._ C'est-à-dire: Tout ce que tu diras et feras sera inutile.
FOUILLOUSE, s. f. Poche,--dans l'argot des voleurs.
Le mot est contemporain de François Villon.
FOUINER, v. n. S'occuper de ce qui ne vous regarde pas,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi S'enfuir.
FOUINEUR ou FOUINARD, s. m. Homme qui se mêle des affaires des autres, et rapporte chez lui ce qui se passe chez ses voisins. Même argot.
Signifie aussi: Malin, et même Lâche.
FOULAGE, s. m. Besogne pressée,--dans l'argot des ouvriers.
_Il y a du foulage._ Les travaux arrivent en _foule_.
FOULER LA RATE (Ne pas se). En prendre à son aise, ne pas se donner beaucoup de mal.
On dit aussi absolument: _Ne pas se fouler_.
FOULETITUDE, s. f. Grande quantité de gens ou de choses.
FOUR, s. m. L'amphithéâtre,--dans l'argot des coulisses.
FOUR, s. m. «Fausse poche dans laquelle les enquilleuses cachent les produits de leurs vols.» Argot des voleurs.
FOUR, s. m. Insuccès, chute complète,--dans l'argot des coulisses et des petits journaux.
M. Littré dit à ce propos:
«Rochefort, dans ses _Souvenirs d'un Vaudevilliste_, à l'article _Théaulon_, attribue l'origine de cette expression à ce que cet auteur comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours, à la manière des anciens Egyptiens, et que son père, s'étant chargé de surveiller l'opération, n'avait réussi qu'à avoir des œufs durs. Cette origine n'est pas exacte, puisque l'expression, dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible qu'elle ait été remise à la mode depuis quelques années et avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four de Théaulon; mais c'est ailleurs qu'il faut en chercher l'explication: les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs (quand la recette ne couvrait pas les frais), c'est là le sens primitif, _faisaient four_, c'est-à-dire rendaient la salle aussi noire qu'un four.»
FOUR BANAL, s. m. Omnibus,--dans l'argot des voleurs.
FOURBI, s. m. Piège; malice,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le _fourby_ (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua.
_Connaître le fourbi._ Être malin.
_Connaître son fourbi._ Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.
FOURCHETTE, s. f. Baïonnette,--dans l'argot des soldats.
_Travailler à la fourchette._ Se battre à l'arme blanche.
FOURCHETTE, s. f. Mangeur,--dans l'argot des bourgeois.
_Belle fourchette_ ou _Joli coup de fourchette_. Beau mangeur, homme de grand appétit.
FOURCHETTE D'ADAM, s. f. Les doigts.
FOURCHU, s. m. Bœuf,--dans l'argot des voleurs.
FOURGAT, s. m. Recéleur,--dans le même argot.
FOURGONNER, v. a. et n. Remuer le feu avec la pelle ou la pincette, comme les ouvriers des forges avec le _fourgon_. Argot des bourgeois.
On n'emploie guère ce verbe que dans un sens péjoratif.
Signifie aussi: Remuer les tiroirs d'une commode ou d'une armoire pour y chercher quelque chose.
FOURGUER, v. a. Vendre à un recéleur des objets volés.
FOURLIGNER, v. a. Voler, détourner «tirer hors de la ligne droite».
FOURLINE ou FOURLINEUR, s. m. Meurtrier,--dans l'argot des prisons.
Signifie aussi Voleur.
FOURLINE, s. f. Association de meurtriers, ou seulement de voleurs.
FOURLOURD, s. m. Malade,--dans l'argot des prisons.
FOURLOUREUR, s. m. Assassin.
FOURMILLON, s. m. Marché, qui _fourmille_ de monde. Même argot.
_Fourmilion à gayets._ Marché aux chevaux.
FOURNÉE, s. f. Promotions périodiques à des grades ou à des distinctions honorifiques. Argot des troupiers.
Le mot a deux cents ans de noblesse: Saint-Siméon parle quelque part de «l'étrange fournée» de ducs et pairs de 1663.
FOURNIER, s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs. Argot des limonadiers.
FOURNIL, s. m. Lit,--dans l'argot des faubouriens, par allusion à la chaleur qu'on y trouve ordinairement.
FOURNION, s. m. Insecte, de _fournil_ ou d'ailleurs,--dans l'argot des voyous.
FOURNITURE, s. f. Les fines herbes d'une salade, cerfeuil, estragon, pimprenelle, civette, ciboulette et cresson alénois. Argot des ménagères.
FOUROBE, s. f. Fouille,--dans l'argot des bagnes.
FOUROBER, v. a. Fouiller les effets des forçats.
FOURRAGER, v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d'une femme,--sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.
FOURRAGEUR, adj. et s. Homme qui aime à chiffonner les robes des femmes.
FOURRER DANS LE GILET (S'en). Boire à tire-larigot. Argot du peuple.
FOURRER LE DOIGT DANS L'OEIL (Se). S'illusionner, se faire une fausse idée des choses, des hommes et des femmes. Argot des faubouriens.