Dictionnaire de la langue verte

Part 19

Chapter 193,651 wordsPublic domain

FANFOUINEUR, s. m. Priseur.

FANTAISIE, s. f. Caprice amoureux,--dans l'argot de Breda-Street, où l'on est très fantaisiste.

FANTAISISME, s. m. Ecole littéraire antagoniste du Réalisme. C'est le dévergondage à la quinzième puissance, c'est l'extravagance chauffée à une douzaine d'atmosphères. La littérature d'autrefois a connu cette infirmité de l'esprit, cette maladie de l'imagination, mais à l'état d'exception; la littérature d'aujourd'hui a moins de santé, mais il faut espérer qu'elle n'en mourra pas.

FANTAISISTE, s. et adj. Ecrivain pyrotechnicien, plus fier de parler aux yeux que de s'adresser à l'esprit, plus amoureux des fulgurants effets de style que bon observateur des règles du bien dire, et, comme tel, destiné à durer autant qu'un feu d'artifice: fusées tombées, fusées mortes!

FANTASIA, s. t. Caprice, lubie, fantaisie,--dans l'argot du peuple.

FARAUD, s. m. Monsieur,--dans l'argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l'air _fiérot_.

A signifié aussi, à l'origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel:

«Monsieur, faut vous déclarer Que c'est une femme effrontée Qui fit son homme assassiner Par son faraud...»

_Faire son faraud_. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s'endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.

FARAUDEC, s. f. Mademoiselle,--dans l'argot des voleurs.

FARAUDÈNE, s. f. Madame,--dans l'argot des voleurs, qui disaient autrefois _faraude_.

FARCE, adj. Amusant, grotesque,--dans l'argot du peuple.

_Chose farce._ Chose amusante.

_Homme farce._ Homme grotesque.

_Être farce._ Avoir le caractère joyeux; être ridicule.

FARCE, s. f. Plaisanterie en paroles ou en action,--dans l'argot du peuple, qui a été souvent la victime de farces sérieuses de la part de farceurs sinistres.

FARCES, s. f. pl. Actions plus ou moins répréhensibles, justiciables de la Morale ou de la Police correctionnelle.

_Faire des farces._ Faire des dupes; tromper des actionnaires par des dividendes fallacieux.

_Avoir fait ses farces._ Avoir eu beaucoup de maîtresses ou un grand nombre d'amants.

FARCEUR, s. m. Homme d'une moralité équivoque, qui jongle avec les choses les plus sacrées et se joue des sentiments les plus respectables; débiteur qui restera toujours volontairement insolvable; amant qui exploitera toujours la crédulité--et la bourse--de ses maîtresses, etc., etc.

FARCEUSE, s. f. Femme ou fille qui ne prend au sérieux rien ou personne, pas plus l'amour que la vertu, pas plus les hommes que les femmes, et qui se dit, comme Louis XV: «Après moi le déluge!»

FARD, s. m. Mensonge, broderie ajoutée à un récit,--dans l'argot du peuple.

_Sans fard._ De bonne foi.

FARD, s. m. Rougeur naturelle du visage.

_Avoir un coup de fard._ Rougir subitement, sous le coup d'une émotion ou de l'ébriété.

FARDER (Se), v. réfl. Se griser,--par allusion aux rougeurs que l'ivresse amène sur le visage en congestionnant le cerveau.

FAR-FAR, adv. Vite, promptement,--dans l'argot des voleurs.

FARFOUILLER, v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot du peuple.

FARFOUILLEUR, adj. et s. Homme qui se plaît, comme Tartufe, à s'approcher plus qu'il ne convient des robes des femmes, afin de s'assurer que l'étoffe en est moelleuse.

FARGUE, s. f. Charge, poids,--dans l'argot des voleurs, qui doivent avoir emprunté cette expression aux marins.

FARGUEMENT, s. m. Chargement.

FARGUER, v. a. Charger.

Signifie aussi Rougir.

FARGUEUR, s. m. Chargeur.

FARIBOLE, s. f. Farce, plaisanterie, gaminerie,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Chose sans importance, objet de peu de valeur.

On disait autrefois et on dit encore quelquefois _Falibourde_.

FARINEUX, adj. Excellent, parfait,--dans l'argot des faubouriens, pour qui il n'y a rien au-dessus du pain, si ce n'est la brioche.

FATIGUE, s f. Le travail du bagne.

FATIGUER, v. n. et act. Salir un livre à force de le consulter,--dans l'argot des relieurs.

FAUBOURIEN, s. m. Homme mal élevé, grossier, dans l'argot des bourgeois, qui voudraient bien être un peu plus respectés du peuple qu'ils ne le sont.

FAUCHANTS, s. m. pl. Ciseaux,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Faucheux_.

FAUCHÉ (Être). Être guillotiné au bagne.

FAUCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,--dans l'argot des voleurs.

FAUCHER, v. a. Couper,--dans le même argot, où on emploie ce verbe au propre et au figuré.

_Faucher le colas._ Couper le cou.

_Faucher dans le pont._ Donner aveuglément dans un piège.

_Faucher le grand pré._ Être au bagne.

FAUCHER LE PERSIL, v. a. Se promener, en toilette «esbrouffante», sur les trottoirs les plus et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs souteneurs.

On dit aussi _Cueillir le persil_, _Aller au persil_, et _Persiller_.

FAUCHEUR, s. m. Le bourreau,--dans l'argot des prisons où l'allégorie du Temps est une sinistre réalité.

FAUCHEUX, s. m. Homme à jambes longues et grêles comme les pattes du _Phalangium_,--dans l'argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui aucune infirmité grave ou légère, sans la saluer d'une injure ou tout au moins d'une épigramme.

FAUCHURE, s. f. Coupure.

FAUSSE-COUCHE, s. f. Homme raté, sans courage, sans vertu, sans talent, sans quoi que ce soit,--dans l'argot du peuple.

FAUTER, v. n. Commettre une faute,--dans le même argot.

FAUX-BOND, s. m. Manque de parole,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire faux-bond à l'échéance._ N'être pas en mesure de payer.

FAUX-COL, s. m. La mousse d'une chope de bière,--dans l'argot des faubouriens.

FAVEURS, s. f. pl. La preuve matérielle qu'une femme donne de son amour à un homme,--dans l'argot des bourgeois, qui ne se contenteraient pas, comme les galants d'autrefois, de rubans, de boucles et de nœuds d'épée.

_Avoir eu les faveurs d'une femme._ Avoir été son amant.

FAVORI D'APOLLON, s. m. Poëte estimable,--dans l'argot des académiciens.

Ils disent aussi _Favori des Muses_.

FAVORI DE MARS, s. m. Guerrier heureux en batailles,--dans le même argot.

On dit aussi _Favori de Bellone_.

FAVORI D'ESCULAPE, s. m. Médecin heureux en malades,--dans le même argot.

FAYOTS, s. m. pl. Légumes en général, haricots, lentilles, ou fèves, _fayols_,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

_Le cap Fayot._ Moment de la traversée où l'équipage, ayant épuisé les provisions fraîches, est bien forcé d'entamer les légumes secs. C'est ce qu'on appelle alors _Naviguer sous le cap Fayot_.

FÉCALITÉS, s. f. pl. Laideurs sociales, ordures morales,--dans l'argot des gens de lettres.

Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.

FÉE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers, qui ne savent pas dire si vrai en disant si poétiquement.

FÉE-BOSSE, s. f. Femme vieille, laide, acariâtre. On dit aussi _Fée Carabosse_.

FEIGNANT, s. et adj. Fainéant,--dans l'argot du peuple, qui parle plus correctement qu'on ne serait tenté à première vue, de le supposer, _feignant_ venant du verbe _feindre_, racine de _fainéantise_, qu'on écrivait autrefois _faintise_.

Signifie aussi Poltron, lâche, et c'est alors une suprême injure,--l'_ignavus_ de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car _fainéant_ ne rendrait pas du tout la même idée, parce qu'il n'a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.

FÊLER (Se), v. réfl. Donner des preuves de folie, faire des excentricités,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent la boîte osseuse pour une faïence.

On dit aussi _Avoir la tête fêlée_.

FELOUSE, s. f. Prairie,--dans l'argot des voleurs, qui ont seulement démarqué la première lettre du mot généralement employé.

FEMELLE, s. f. Femme, épouse,--dans l'argot des ouvriers, qui se considèrent comme des mâles et non comme des hommes.

L'expression,--toujours employée péjorativement,--a des chevrons, puisqu'on la retrouve dans Clément Marot, qui, s'adressant à sa maîtresse, la petite lingère du Palais, dit:

«Incontinent, desloyalle femelle, Que j'auray faict et escrit ton libelle, Entre les mains le mettray d'une femme Qui appelée est Renommée, ou Fame, Et qui ne sert qu'à dire par le monde Le bien ou mal de ceux où il abonde.»

FEMME DE LA TROISIÈME CATÉGORIE, s. f. Fille de mauvaise vie,--dans l'argot des faubouriens, qui ont saisi avec empressement, il y a quelques années, les analogies que leur offraient les divisions officielles de la viande de boucherie.

FEMME DU QUARTIER, s. f. Grisette qui a la spécialité de l'étudiant et qui se garderait bien de frayer avec les bourgeois ou les militaires, de peur de déplaire à Paul de Kock.

On dit aussi _Femme de l'autre côté_ (sous-entendu: _de la Seine_).

FEMME DU RÉGIMENT, s. f. La grosse caisse,--dans l'argot des soldats.

FEMME ENTRETENUE, s. f. Fille ou femme qui croit que la vertu est un «meuble inutile» et qui préfère acheter les siens à _tant par amant_.

Les Belges disent _Une entretenue_.

FENDANT, s. m. Homme qui marche d'un air conquérant, le chapeau sur le coin de l'oreille, les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur la hanche, et de la droite manœuvrant une canne,--qui n'effraie personne.

Il y a longtemps que le peuple emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la _Macette_ de Mathurin Regnier:

«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine, Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants, Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»

_Faire son fendant._ Se donner des allures de matamore.

On dit aussi _Fendart_.

FENDEUR DE NASEAUX, s. m. Faux brave, qui fait plus de bruit que de besogne.

On dit aussi, et plus élégamment, _Casse-gueule_.

FENDRE (Se), v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup d'argent, _s'ouvrir_,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi: Se dévouer.

_Se fendre à s'écorcher._ Pousser à l'excès la prodigalité.

FENDRE L'ARCHE, v. a. Importuner, ennuyer,--dans le même argot.

_Tu me fends l'arche!_ est une des exclamations que les étrangers sont exposés à entendre le plus fréquemment en allant aux Gobelins.

FENDRE L'ERGOT. S'enfuir,--dans l'argot du peuple, fidèle aux vieilles traditions.

On dit aussi, mais moins, _Bander l'ergot_.

FENÊTRIÈRE, s. f. Fille qui fait le trottoir par sa fenêtre.

FENOUSE, s. f. Prairie,--dans l'argot des voleurs.

FER CHAUD, s. m. Le pyrosis,--dans l'argot du peuple, qui, ne connaissant pas le nom grec à donner à cette affection, emploie une expression fort simple et très caractéristique de la douleur cruelle qu'elle occasionne à l'estomac.

FERLAMPIER, s. m. Homme à tout faire, excepté le bien,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des honnêtes gens, en le dénaturant un peu.

FERLAMPIER, s. m. Pauvre diable, misérable,--dans l'argot du peuple.

FERLINGANTE, s. f. Verrerie, faïencerie,--dans l'argot des voleurs.

FERME, s. f. Décor de fond, dans la composition duquel entre une charpente légère qui permet d'y établir des portes praticables. Argot des machinistes.

FERMER, v. a. et n. Attacher solidement, rendre _ferme_,--dans l'argot des coulisses, où l'on emploie ce verbe à propos de décors.

FERRÉ A GLACE (Être). Savoir parfaitement son métier ou sa leçon,--dans l'argot des bourgeois.

FERS, s. m. pl. Le forceps,--dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas le nom latin de l'instrument inventé par Palfyn.

FERTANGE ou FERTILLE, s. f. Paille,--dans l'argot des voleurs.

FERTILLIERS, s. m. pl. Blés,--les graminées _fertiles_ par excellence.

FESSE, s. f. Femme, _moitié_,--dans l'argot des faubouriens.

FESSÉE, s. f. Correction paternelle ou maternelle comme celle dont Jean-Jacques Rousseau avait conservé un si agréable souvenir.

FESSE-MATHIEU, s. m. Avare, usurier,--dans l'argot du peuple.

FESSER, v. a. et n. Fouetter avec des verges ou avec la main les parties charnues que l'homme a le plus sensibles et sur lesquelles il ne manque jamais de tomber quand il glisse.

Le verbe est vieux. On trouve dans les _Chansons_ de Gautier Garguille:

«Fessez, fessez, ce dist la mère, La peau du cul revient toujours.»

Signifie aussi, par analogie au peu de durée de cette correction maternelle: Faire promptement une chose.

_Fesser la messe._ La dire promptement.

FESSER LE CHAMPAGNE, v. n. Boire des bouteilles de vin de champagne,--dans l'argot des viveurs.

Du temps de Rabelais on disait _Fouetter un verre_.

FESSES, s. f. pl. Grosses joues,--dans l'argot des faubouriens.

FESSIER, s. m. Les _nates_,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de parler comme Mathurin Régnier:

«Dieu sçait comme on le veid et derrière et devant, Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,»

a dit le grand satirique.

FESSU, adj. Qui a de grosses fesses.

FESTILLANTE, s. f. Queue d'animal,--par exemple du chien, qui fait _fête_ à son maître en remuant la sienne.

Le mot est de l'argot des voleurs.

FESTINER, v. n. Boire et manger à ventre déboutonné,--dans l'argot du peuple.

FESTONNER, v. n. Être en état d'ivresse et décrire en marchant des zigzags dont s'amusent les gamins, et dont rougissent les hommes au nom de la Raison et de la Dignité humaine outragées.

FESTOYER, v. n. Dîner copieusement en joyeuse compagnie.

FÊTE DU BOUDIN, s. f. Le 25 décembre, fête de Noël,--dans l'argot du peuple, qui, ce jour-là, fait réveillon à grands renforts de charcuterie.

FEUILLE DE CHOU, s. f. Journal littéraire sans autorité,--dans l'argot des gens de lettres.

On dit aussi _Carré de papier_.

FEUILLE DE CHOU, s. f. Guêtre de cuir,--dans l'argot des troupiers.

FEUILLES DE CHOU, s. f. pl. Les oreilles,--dans l'argot des bouchers.

On dit aussi _Esgourdes_ et _Maquantes_.

FIASCO, s. m. Insuccès,--dans l'argot des coulisses et des petits journaux.

_Faire fiasco._ Échouer dans une entreprise amoureuse; avoir sa pièce sifflée; faire un mauvais article.

Se dit aussi pour Manquer de parole.

FICELER, v. a. et n. Faire avec soin,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: S'habiller correctement, «se tirer à quatre épingles».

FICELLE, s. f. Secret de métier, procédé particulier pour arriver à tel ou tel résultat,--dans l'argot des artistes et des ouvriers.

FICELLE, adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d'affaire,--dans l'argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de Cadet-Rousselle:

«Cadet Rousselle a trois garçons, L'un est voleur, l'autre est fripon, Le troisième est un peu ficelle...»

_Cheval ficelle._ Cheval qui «emballe» volontiers son monde,--dans l'argot des maquignons.

FICELLES, s. f. pl. Ruses, imaginations pour tromper,--dans l'argot du peuple.

FICELLES, s. f. pl. «Les procédés épuisés et les conventions classiques,»--dans l'argot des gens de lettres.

FICELLIER, s. m. Homme rusé, retors, qui vit d'expédients.

FICHAISE, s. f. Chose de peu d'importance,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas dire _Foutaise_.

FICHANT, adj. Ennuyeux, désagréable,--en parlant des choses et des gens.

FICHE DE CONSOLATION, s. f. Compensation, dédommagement.

FICHER, v. n. Faire, convenir, importer.

Une remarque en passant: On écrit _Ficher_, mais on prononce _Fiche_, à l'infinitif.

FICHER, v. a. Donner.

Signifie aussi: Appliquer, envoyer, jeter.

FICHER (Se), v. réfl. S'habiller de telle ou telle façon.

_Se ficher en débardeur._ Se costumer en débardeur.

FICHER (Se), v. réfl. Se moquer.

_Se ficher du monde._ N'avoir aucune retenue, aucune pudeur.

_Je t'en fiche!_ Se dit comme pour défier quelqu'un de faire telle ou telle chose.

FICHER (Se), v. réfl. Se mettre dans l'esprit.

FICHER LE CAMP, v. a. S'en aller, s'enfuir.

Le peuple dit: _Foutre le camp_.

FICHER SON BILLET (En). Donner mieux que sa parole, faire croire qu'on y engagerait même sa signature.

Le peuple dit _En foutre son billet_.

FICHTRE! Exclamation de l'argot des bourgeois, qui remplace _Foutre_! et marque l'étonnement, quand elle ne marque pas la colère.

FICHU, adj. Perdu, en parlant des choses; à l'agonie, en parlant des gens. Même argot.

Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de «l'esprit fichu de mademoiselle Du Plessis!»

FICHU, adj. Détestable, archi-mauvais,--en parlant des choses et des gens.

_Fichu livre._ Livre mal écrit.

_Fichu raisonnement._ Raisonnement faux.

_Fichue connaissance._ Triste amant ou désagréable maîtresse.

FICHU, adj. Capable de.

FICHU, adj. Habillé.

_Être mal fichu_, Être habillé sans soin, sans grâce.

On dit aussi _Être fichu comme un paquet de sottises_ ou _comme un paquet de linge sale_.

Signifie quelquefois: Être mal fait, mal bâti, et même malade.

FIENTER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot du peuple, toujours rabelaisien.

FIER, adj. Gris, un peu _raide_,--dans l'argot des faubouriens.

FIER, adj. Etonnant, inouï,--dans l'argot du peuple, qui prend ce mot plutôt dans le sens virgilien (_Sævus Hector_: le redoutable Hector) que dans le sens cicéronien (_Superbus_).

«Là véissiés un fier abateis; Il n'a el monde païen ne sarasin, S'il les veist, cui pitié n'en prisist,»

dit un poème du moyen âge.

Signifie aussi Habile, malin.

FIER-A-BRAS, s. m. Fanfaron, bravache, qui menace de tout casser,--et qui est souvent obligé de _se la casser_.

FIÈREMENT, adv. Beaucoup, _étonnamment_.

FIÉROT, adj. et s. Homme un peu fier.

FIEU, s. m. Enfant,--dans l'argot des nourrices.

FIÈVRE CÉRÉBRALE, s. f. Condamnation à mort,--dans l'argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le _delirium tremens_.

FIFI, s. m. Vidangeur,--dans l'argot ironique du peuple, qui tire aussi bien sur ses propres troupes que sur les autres, le Bourgeois et le Monsieur.

FIFI-LOLO, s. m. Homme qui fait la bête ou l'enfant,--dans l'argot des faubouriens.

FIFINE. Réduplication caressante de _Joséphine_.

FIFRELIN, s. m. Monnaie imaginaire fabriquée par le peuple et valant pour lui cent fois moins que rien.

FIGARO, s. m. Coiffeur,--dans l'argot des bourgeois qui ont gardé bon souvenir du _Barbier de Seville_, le premier coup de pioche de la Révolution.

FIGER (Se), v. réfl. Avoir froid,--dans l'argot du peuple.

FIGNARD, s. m. Le _podex_,--dans l'argot des voyous.

FIGNOLADE, s. f. Roulade à perte de vue, vocalise infiniment prolongée,--dans l'argot des coulisses.

FIGNOLER, v. a. Achever avec soin, _finir_ avec amour,--dans l'argot des ouvriers et des artistes.

Certain étymologiste veut que ce mot signifie: «Exécuter avec _fions_.» C'est possible, mais j'ai entendu souvent prononcer _Finioler_: or, la première personne du verbe _finire_ n'est-elle pas _finio_?--V. aussi _Fionner_.

FIGURATION, s. f. Les figurants,--dans l'argot des coulisses.

FIGURE s. f. Tête de mouton, bonne pour le pot-au-feu,--dans l'argot des faubouriens.

_Demi-figure._ Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.

FIGURE (Ma), pron. pers. Moi, ma personne,--dans le même argot.

FIGURE DE CAMPAGNE, s. f. Celle qu'on ne montre, ou plutôt qu'on ne découvre, qu'à la campagne, au coin d'une haie bien fournie, ou à l'ombre d'un hêtre touffu, lorsqu'on se croit bien seul dans la nature. Argot du peuple.

(V. _Pleine lune_ et _Visage_.)

FIGURE DE PROSPÉRITÉ, s. f. Visage qui annonce la santé.

FIGURER, v. n. Paraître comme comparse sur un théâtre, à raison de vingt sous par soirée quand on est homme et pauvre, et pour rien quand on est femme et jolie.

FIGURER, v. n. Être exposé au poteau d'infamie,--dans l'argot des voleurs, qui paraissent là comme des _figurants_ sur un théâtre.

FIL, s. m. Adresse, habileté,--dans l'argot du peuple, qui assimile l'homme à un couteau et l'estime en proportion de son acuité.

_Avoir le fil._ Savoir comment s'y prendre pour conduire une affaire.

_Connaître le fil._ Connaître le _truc_.

On dit aussi d'une personne médisante ou d'un beau parieur:

_C'est une langue qui a le fil_.

FILASSE s. f. Cheveux trop blonds,--dans l'argot des faubouriens.

Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux de la duchesse d'Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.

«Au deable soit tel filace, Fet li vallés, comme la vostre!»

FILASSE, s. f. Matelas, et même lit,--dans l'argot des faubouriens.

_Se fourrer dans la filasse._ Se mettre au lit.

FIL EN AIGUILLE (De), adv. De propos en propos,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Mathurin Régnier:

«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille, De propos en propos et de fil en esguille, Se laissant emporter au flus de ses discours, Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»

dit le vieux poète en sa _Macette_.

FIL-EN-QUATRE, s. m. Eau-de-vie très forte,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Fil-en-trois_.

FILER, v. a. Suivre un malfaiteur,--dans l'argot des agents de police. Suivre un débiteur,--dans l'argot des gardes du commerce.

FILER, v. a. Voler,--dans l'argot des voyous.

_Filer une pelure._ Voler un paletot.

FILER, v. n. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

FILER, v. n. _Levare ventris onus_,--dans le même argot.

FILER DOUX, v. n. Ne pas protester,--même lorsqu'il y a lieu; souffrir ce qu'on ne peut empêcher. Argot des bourgeois.

«Comme son lict est feict: que ne vous couchez-vous, Monsieur n'est-il pas temps? Et moi, de filer dous,»

dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.

FILER LE PARFAIT AMOUR, v. n. S'abandonner aux douceurs de l'amour platonique,--dans l'argot du peuple, qui a des tendresses particulières pour _Estelle et Némorin_.

FILER SON CABLE PAR LE BOUT, v. a. S'enfuir, et, par extension, Mourir,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

FILER SON NOEUD, v. a. S'en aller, s'enfuir,--dans le même argot.

FILER UNE SCÈNE. La conduire avec art,--dans l'argot des vaudevillistes.

On dit de même _Filer une intrigue, une reconnaissance_, etc.

FILER UN MAUVAIS COTON. Être malade et sur le point de mourir,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Faire de mauvaises affaires; mener une vie déréglée.

FILER UN SINVE, v. a. Suivre quelqu'un,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Faire la filature_.

FILET COUPÉ (Avoir le). Être extrêmement bavard,--dans l'argot du peuple, qui, en entendant certains avocats, souhaiterait qu'on ne leur eût pas incisé le repli triangulaire de la membrane muqueuse de la bouche.

On dit de même: _Il n'a pas le filet_.

FILET DE VINAIGRE, s. m. Voix aigre et fausse,--dans l'argot des coulisses.

FILEUR, s. m., ou FILEUSE, s. f. Chevalier dont l'industrie consiste à _suivre_ les _floueurs_ et les _emporteurs_, et à prélever un impôt de trois francs par chaque louis escroqué à un _sinve_.

FILLE, s. f. Servante,--dans l'argot des bourgeois.

FILLE, s. f. Femme folle de son corps,--dans l'argot du peuple.

_Fille d'amour._ Femme qui exerce par goût et qui n'appartient pas à la maison où elle exerce.

_Fille en carte._ Femme qui, avec l'autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison.

_Fille à parties._ Variété de précédente.

_Fille soumise._ Fille en carte.

_Fille insoumise._ Femme qui exerce en fraude, sans s'assujettir aux règlements et aux obligations de police,--une contrebandière galante.

FILLE, s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme,--dans l'argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu'elles n'ont pas le droit de commettre.

FILLE DE MAISON s. f. Pensionnaire du _prostibulum_.

FILLE DE MARBRE, s. f. Petite dame qui a un caillou à la place du cœur,--dans l'argot des gens de lettres, qui emploient cette expression en souvenir de la pièce de Théodore Barrière et de Lambert Thiboust jouée au Vaudeville il y a une trentaine d'années.

FILLE DE TOURNEUR, s. f. Femme de mauvaise vie,--dans l'argot du peuple, qui a voulu jouer sur le mot _toupie_.

FILOCHE, s. f. Bourse,--dans l'argot des voleurs, qui devraient bien changer d'expression, aujourd'hui qu'on a remplacé les bourses en _filet_, à glands et à anneaux, par des porte-monnaie en cuir.

_Avoir sa filoche à jeun._ N'avoir pas un sou en poche.