Dictionnaire de la langue verte

Part 18

Chapter 183,751 wordsPublic domain

FADARD, adj. et s. Bon, beau, agréable,--dans l'argot des faubouriens.

FADASSE, s. f. Femme trop blonde,--dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que ses grand mères, les Gauloises, avaient les cheveux flaves.

FADE, s. m. Quote-part de chacun dans une dépense générale; Ecot que l'on paye dans un pique-nique.

Mot de l'argot des voleurs qui a passé dans l'argot des ouvriers. Mais, avant d'appartenir au _cant_, il appartenait à notre vieille langue: «Saciés bien que se je en muir, _faide_ vos en sera demandée», dit Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or _faide_ ici signifie _compte_ et ne peut venir que de _fœdus_, accord particulier, règlement, _compte_.

FADE, s. m. Fat,--dans l'argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime bien le dégoût que lui causent les gens amoureux de leur personne.

Les deux mots ont d'ailleurs la même étymologie, _fatuus_, insipide.

FADER, v. n. et a. Partager des objets volés.

FADEURS, s. m. pl. Mensonges ordinaires de la conversation,--dans l'argot du peuple, payé pour être sceptique.

Il n'emploie ordinairement cette expression que pour se moquer, et à propos de n'importe quoi. On lui raconte que le roi d'Araucanie est monté sur son trône «Des fadeurs!» dit-il. On lui assure que la France va avoir la guerre avec l'Angleterre à propos de Madagascar: «Des fadeurs!» On lui apprend une mauvaise nouvelle: «Des fadeurs!» Une bonne: «Des fadeurs!» etc.

FAFFE ou FAFIOT, s. m. Papier blanc ou imprimé,--dans l'argot des voleurs.

_Fafiot garaté._ Billet de banque autrefois signé _Garat_ et aujourd'hui _Soleil_.

_Fafiot mâle._ Billet de mille francs.

_Fafiot femelle._ Billet de cinq cents francs.

_Fafiot loff._ Faux certificat ou faux passeport.

_Fafiot sec._ Bon certificat ou bon passeport.

FAFIOTEUR, s. m. Marchand de papiers; Banquier.

Signifie aussi Ecrivain.

FAFIOTS, s. m. p. Souliers,--dans l'argot des revendeuses du Temple.

FAGOT, s. m. Forçat,--Homme qui est lié à un autre homme: en liberté, par une complicité de sentiments mauvais; au bagne, par des manicles.

_Fagot à perte de vue._ Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

_Fagot affranchi._ Forçat libéré.

FAGOT, s. m. Vieillard,--dans l'argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que personne ce qu'on fait du bois mort.

FAGOT, s. m. Élève de l'École des eaux et forêts,--dans l'argot des Polytechniciens.

FAGOTÉ, adj. Habillé, arrangé,--dans l'argot des bourgeois, qui n'emploient jamais ce mot qu'en mauvaise part.

FAGOTER, v. a. Travailler sans soin, sans goût, maladroitement,--dans l'argot des ouvriers.

FAGOTER (Se), v. réfl. S'habiller extravagamment, grotesquement.

A signifié autrefois Se moquer.

FAGOTS, s. m. pl. Contes à dormir debout, niaiseries,--dans l'argot du peuple.

_Débiter des fagots._ Dire des fadaises, des sottises.

FAIBLE, s. m. Penchant, tendresse particulière et souvent injuste,--dans l'argot des bourgeois.

_Prendre quelqu'un par son faible._ Caresser sa marotte, flatter son vice dominant.

FAILLOUSE, s. f. Le jeu de la bloquette,--dans l'argot des écoliers.

FAÎNE, s. f. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des ouvriers, qui pour trouver cette analogie, ont dû se reposer _sub tegmine fagi_.

FAININ, s. m. Liard,--qui est une petite faîne.

FAIRE, s. m. Façon d'écrire ou de peindre,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes.

FAIRE, v. a. Dépecer un animal,--dans l'argot des bouchers, qui _font_ un veau, comme les vaudevillistes un _ours_.

FAIRE, v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises,--dans l'argot des commis voyageurs et des petits marchands.

FAIRE, v. n. _Cacare_,--dans l'argot à moitié chaste des bourgeois.

_Faire dans ses bas._ Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance; ne plus savoir ce qu'on fait.

FAIRE, v. n. Jouer,--dans l'argot des bohèmes.

_Faire son absinthe._ Jouer son absinthe contre quelqu'un, afin de la boire sans la payer.

On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

FAIRE, v. n. Travailler, être ceci ou cela,--dans l'argot des bourgeois.

_Faire dans l'épicerie._ Être épicier.

_Faire dans la banque._ Travailler chez un banquier.

FAIRE, v. a. Voler, et même Tuer,--dans l'argot des prisons.

_Faire le foulard._ Voler des mouchoirs de poche.

_Faire des poivrots_ ou _des gavés_. Voler des gens ivres.

_Faire une maison entière._ En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s'y trouve.

FAIRE (Le), v. a. Réussir,--dans l'argot du peuple, qui emploie ordinairement ce verbe avec la négative, quand il veut défier ou se moquer. Ainsi: _Tu ne peux pas le faire_, signifie: Tu ne me supplanteras pas,--tu ne peux pas lutter de force et d'esprit avec moi,--tu ne te feras jamais aimer de ma femme,--tu ne deviendras jamais riche, ni beau,--etc., etc. Comme quelques autres du même argot, ce verbe, essentiellement parisien, est une selle à tous chevaux.

FAIRE (Se), v. réfl. S'habituer,--dans l'argot des bourgeois.

_Se faire à quelque chose._ Y prendre goût.

_Se faire à quelqu'un._ Perdre de la répugnance qu'on avait eue d'abord à le voir.

FAIRE (Se). Se bonifier,--dans l'argot des marchands de vin.

FAIRE ACCROCHER (Se). Se faire mettre à la salle de police,--dans l'argot des soldats.

FAIRE A LA RAIDEUR (La). Se montrer raide, exigeant, dédaigneux,--dans l'argot des petites dames.

Elles disent de même: _La faire à la dignité_, ou _à la bonhomie_, ou _à la méchanceté_, etc.

FAIRE ALLER, v. a. Se moquer de quelqu'un, le berner,--dans l'argot du peuple.

FAIRE A L'OSEILLE (La), v. a. Jouer un tour désagréable à quelqu'un,--dans l'argot des vaudevillistes.

L'expression sort d'une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple, et n'a que quelques années. La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l'oseille, où il y avait souvent plus d'oseille que d'œufs. Un jour elle servit une omelette... sans œufs.--«Ah! cette fois, tu nous la fais trop à l'oseille,» s'écria un cabotin. Le mot circula dans l'établissement, puis dans le quartier; il est aujourd'hui dans la circulation générale.

FAIRE AU MÊME, v. a. Tromper, prendre sa revanche de quelque chose,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Refaire au même_.

FAIRE BAISER (Se). Se faire arrêter ou _engueuler_,--dans le même argot.

On dit aussi _Se faire choper_.

FAIRE BALAI NEUF, v. n. Montrer un zèle exagéré qui ne pourra pas se soutenir,--dans le même argot.

FAIRE BRÛLER MOSCOU. Faire un punch monstre,--dans l'argot des soldats, qui connaissent tous, par ouï-dire, les belles flammes qui s'échappaient, le 29 septembre 1812, de l'antique cité des czars, brûlée par Rostopchin.

FAIRE CABRIOLET. Se traîner sur le cul, comme les chiens lorsqu'ils veulent se torcher. Argot du peuple.

FAIRE CASCADER LA VERTU, v. a. Obtenir d'une femme l'aveu de son amour et en abuser,--dans l'argot de Breda-Street, d'après _la Belle Hélène_.

FAIRE CELUI QUI... Faire semblant de faire une chose,--dans l'argot du peuple.

FAIRE CHARLEMAGNE. Se retirer du jeu après y avoir gagné, sans vouloir donner de revanche,--dans l'argot des joueurs, qui savent ou ne savent pas leur histoire de France. «Charlemagne (dit Génin en ses _Récréations philologiques_) garda jusqu'à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires; le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne: il fait Charlemagne:

_Se non è vero_... Je ne demande pas mieux d'en croire Génin, mais jusqu'ici il m'avait semblé que Charlemagne n'avait pas autant _fait Charlemagne_ que le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu'il y avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis... Mais le chevalier de Cailly avait raison!

FAIRE CORPS NEUF, v. a. _Alvum deponere_,--et le remplir ensuite de nouveaux aliments.

FAIRE COUCOU. Jouer à se cacher,--dans l'argot des enfants.

FAIRE COULER UN ENFANT, v. a. Prendre un médicament abortif,--dans l'argot des filles.

FAIRE CUIRE SA TOILE, v. a. Employer les tons rissolés, les grattages, les ponçages,--dans l'argot des critiques d'art, qui n'ont pas encore digéré la peinture de Decamps.

FAIRE CUIRE SON HOMARD, v. a. Rougir d'émotion ou d'autre chose,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Faire cuire son écrevisse_.

FAIRE DANSER UN HOMME SUR LA PELLE A FEU. Exiger sans cesse de l'argent de lui, le ruiner,--dans l'argot des petites dames.

On dit aussi _Faire danser sur la poêle à frire_.

FAIRE DE CENT SOUS QUATRE FRANCS, v. a. Dépenser follement son argent,--dans l'argot des bourgeois, qui ajoutent quelquefois: _Et de quatre francs rien_.

FAIRE DE LA MUSIQUE. Se livrer à des conversations intempestives sur les coups. Argot des joueurs.

FAIRE DE LA POUSSIÈRE, v. a. Faire des embarras,--dans l'argot des petites dames, qui recommandent toujours à leurs cochers d'aller grand train quand il s'agit de _couper_ une rivale sur le boulevard, ou dans l'avenue des Champs-Élysées, ou dans les allées du bois de Boulogne.

FAIRE DE L'EAU, v. a. _Meiere_,--dans l'argot des bourgeois.

Ils disent aussi _Epancher de l'eau_, _Pencher de l'eau_ et _Lâcher de l'eau_.

FAIRE DE L'OR. Gagner beaucoup d'argent.

Le peuple, lui, dit _Chier de l'or_.

FAIRE DES AFFAIRES, v. a. Faire beaucoup de bruit pour rien, exagérer l'importance des gens et la gravité des choses,--dans l'argot du peuple, qui se gausse volontiers des M. Prudhomme.

On dit aussi _Faire des affaires de rien_.

FAIRE DES AFFAIRES (Se), v. réfl. S'attirer des désagréments, des querelles, des embarras.

FAIRE DES CHOUX ET DES RAVES, v. a. Faire n'importe quoi d'une chose, s'en soucier médiocrement,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE DES CORDES, v. a. _Difficilimè excernere_,--dans l'argot du peuple, qui emploie là une expression déjà vieille: _Tu funem cacas?_ dit à son camarade un personnage d'une comédie grecque traduite en latin.

FAIRE DES CRÊPES, v. a. S'amuser comme il est de tradition de le faire au Mardi-Gras,--dans l'argot des artistes, gouailleurs de leur nature.

Se dit volontiers pour retenir quelqu'un: «_Rester donc; nous ferons des crêpes_.»

FAIRE DES GAUFRES. S'embrasser entre grêlés,--dans l'argot du peuple.

FAIRE DES GRÂCES, v. a. Minauder ridiculement.

Signifie aussi: S'étendre paresseusement au lieu de travailler.

FAIRE DES SIENNES, v. a. Faire des folies ou des sottises,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE DES YEUX DE HARENG, v. a. Crever les yeux à quelqu'un,--dans l'argot des voleurs.

FAIRE DE VIEUX OS (Ne pas), v. a. Ne pas demeurer longtemps dans un emploi, dans un logement, etc.

Signifie aussi: N'être pas destiné à mourir de vieillesse, par suite de maladie héréditaire ou de santé débile.

FAIRE DU LARD, v. a. Dormir; se prélasser au lit,--dans l'argot du peuple, à qui les exigences du travail ne permettront jamais d'engraisser.

_Aller faire du lard._ Aller se coucher.

FAIRE DU PAPIER MARBRÉ, v. a. Avoir la mauvaise habitude de se réchauffer les pieds avec un _gueux_,--dans l'argot du peuple, qui a eu maintes fois l'occasion de constater les inconvénients variqueux de cette habitude familière aux marchandes en plein vent, aux portières, et généralement à toutes les femmes trop pauvres pour pouvoir employer un autre mode de chauffage que celui-là.

FAIRE ÉCLATER LE PÉRITOINE (S'en). Manger ou boire avec excès,--dans l'argot des étudiants.

FAIRE ENSEMBLE, v. n. Jouer ou manger ensemble,--dans l'argot des écoliers, qui prêtent quelquefois cette expression aux grandes personnes.

FAIRE FEU, v. a. Boire,--dans l'argot des francs-maçons, qui ont des _canons_ pour verres.

FAIRE JACQUES DÉLOGE, v. n. Partir précipitamment sans payer son terme ou sans prendre congé de la compagnie,--dans l'argot du peuple.

FAIRE LA BALLE ÉLASTIQUE. Manquer de vivres,--dans l'argot des voleurs, que cela doit faire _bondir_.

FAIRE LA BARBE, v. a. Se moquer de quelqu'un, lui jouer un vilain tour,--dans l'argot du peuple.

FAIRE LA BÊTE, v. a. Faire des façons.

On dit aussi _Faire l'âne pour avoir du son_.

FAIRE LA GRANDE SOULASSE, v. a. Assassiner,--dans l'argot des voleurs.

FAIRE LA GRASSE MATINÉE, v. a. Rester longtemps au lit à dormir ou à rêvasser,--dans l'argot des bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce luxe.

FAIRE LA MANCHE, v. a. Faire la quête,--dans l'argot des saltimbanques.

FAIRE LA PLACE POUR LES PAVÉS A RESSORTS. Faire semblant de chercher de l'ouvrage et prier le bon Dieu de ne pas en trouver,--dans l'argot des ouvriers, ennemis-nés des paresseux.

FAIRE LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS. Être le maître quelque part; avoir une grande influence dans une compagnie, dans un atelier. Argot des bourgeois.

FAIRE LA RETAPE, v. a. Aller se promener sur le trottoir des rues ou des boulevards, en toilette tapageuse et voyante, bien _retapée_ en un mot, pour y faire la chasse à l'homme. Argot des filles et des souteneurs.

FAIRE L'ARTICLE, v. a. Vanter sa marchandise,--dans l'argot des marchands. Parler de ses titres littéraires,--dans l'argot des gens de lettres. Faire étalage de ses vices,--dans l'argot des petites dames.

FAIRE LA SOURIS, v. n. Enlever délicatement et sans bruit son argent à un homme au moment où il doit y penser le moins,--dans l'argot des petites dames qui ne craignent pas d'ajouter le vol au vice.

FAIRE LA TORTUE. Jeûner,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens, qui font allusion à l'abstinence volontaire ou forcée à laquelle l'intéressant _testudo_ est astreint pendant des mois entiers.

FAIRE LA VIE, v. n. Se débaucher, courir les gueuses, ou avoir de nombreux amants, selon le sexe,--dans l'argot des bourgeois, qui pensent peut-être que c'est plutôt _défaire sa vie_.

FAIRE LE BON FOURRIER, v. n. C'est, dans un repas, servir ou découper de façon à ne pas s'oublier soi-même.

_Faire le mauvais fourrier._ Servir ou découper de façon à contenter tout le monde excepté soi-même.

FAIRE LE BOULEVARD, v. n. Se promener, en toilette provocante et en tournure exagérée, sur les boulevards élégants,--dans l'argot de Breda-Street, qui est l'écurie d'où sortent chaque soir, vers quatre heures, de si jolis pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc.

On dit aussi _Faire la rue_ ou _Faire le trottoir_.

FAIRE LE CUL DE POULE, v. n. Faire la moue en avançant les lèvres et en les pressant,--dans l'argot du peuple.

FAIRE L'ÉCUREUIL. Faire une besogne inutile, marcher sans avancer,--dans le même argot.

FAIRE L'ÉGARD. Détourner à son profit partie d'un vol.

On disait autrefois _Ecarter_,--ce qui est faire son _écart_.

FAIRE LE GRAND, v. a. _Alvum deponere_,--dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussi _Faire le grand tour_.

FAIRE LE LÉZARD, v. n. S'étendre au soleil et y dormir ou y rêver,--dans l'argot des bohèmes et du peuple.

FAIRE LE MOUCHOIR, v. a. Voler une idée de drame, de vaudeville ou de roman,--dans l'argot des gens de lettres.

FAIRE LE PETIT, v. a. _Meiere_;--dans l'argot des pensionnaires.

Elles disent aussi _Faire le petit tour_.

FAIRE LE PLONGEON, v. a. Se confesser _in extremis_--dans l'argot du peuple, qui a horreur de l'eau.

C'est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d'Alembert: «Sans moi, dit-il, il faisait le plongeon.»

FAIRE L'OEIL DE CARPE. Rouler les yeux de façon à n'en montrer que le blanc,--dans l'argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à penser aux hommes.

FAIRE MAL. Faire pitié,--dans l'argot des faubouriens et des filles, qui disent cela avec le plus grand mépris possible. _Ah! tu me fais mal!_ est d'une éloquence à nulle autre pareille: on a tout dit quand on a dit cela.

FAIRE MOURIR (S'en). Désirer ardemment une chose,--dans l'argot du peuple.

S'emploie d'ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou exagérée: _Ah! tu t'en ferais mourir!_ C'est le refrain d'une chanson récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est en train de faire son tour au monde comme le drapeau tricolore.

FAIRE NONNE. Prêter la main à un vol,--dans l'argot des prisons.

FAIRE PASSER LE GOÛT DU PAIN. Tuer quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Perdre le goût du pain_, pour Mourir.

FAIRE PATROUILLE. Se débaucher de compagnie, courir les rues après minuit avec des libertins et des ivrognes.

FAIRE PEAU NEUVE. S'habiller à neuf.

FAIRE PÉTER LE CYLINDRE (S'en). Se dit, dans l'argot des faubouriens, de toute chose faite avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui pourrait faire éclater un homme,--c'est-à-dire le tuer.

On dit aussi _S'en faire péter la sous-ventrière_.

FAIRE PETITE CHAPELLE, v. n. Se chauffer comme ont la pernicieuse habitude de le faire les femmes du peuple, qui s'exposent ainsi à des maladies variqueuses.

FAIRE PIEDS NEUFS, v. a. Accoucher d'un enfant,--dans l'argot du peuple, qui se souvient, sans l'avoir lu, du livre Ier, chap. VI, de _Gargantua_.

FAIRE PLEURER SON AVEUGLE. _Meiere_,--dans l'argot des faubouriens.

FAIRE RAMASSER (Se). Se faire arrêter,--dans l'argot des voleurs et des filles.

FAIRE SA BALLE, v. a. Suivre les instructions ou les conseils de quelqu'un,--dans l'argot des prisons.

FAIRE SALUER LE POLICHINELLE. Réussir, faire mieux que les autres,--dans l'argot des faubouriens. C'est une allusion aux tirs à l'arbalète des fêtes publiques, où, quand on met dans le mille, on voit sortir et saluer une tête de Turc quelconque.

FAIRE SA SOPHIE, v. n. Se scandaliser à propos d'une conversation un peu libre, montrer plus de sagesse qu'il ne convient.

On dit aussi _Faire sa poire_, _Faire sa merde_, et _Faire son étroite_,--dans l'argot des voyous.

FAIRE SAUTER LA COUPE. Battre les cartes de façon à toujours amener le roi,--dans l'argot des _grecs_.

FAIRE SAUTER LE SYSTÈME (Se), v. réfl. Se brûler la cervelle,--dans l'argot des faubouriens.

FAIRE SES CHOUX GRAS DE QUELQUE CHOSE. En faire ses délices, s'en arranger,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE SES FRAIS, v. a. Emmener un homme du Casino,--dans l'argot des petites dames, à qui leur toilette de combat coûterait bien cher si elles étaient forcées de la payer.

FAIRE SES FRAIS, v. a. Réussir à plaire à une jolie femme un peu légère,--dans l'argot des libertins, qui sèmeraient en vain leur esprit et leur amabilité s'ils ne semaient en même temps quelques gouttes de «boue jaune».

FAIRE SES ORGES, v. a. Faire des profits illicites,--dans l'argot du peuple.

FAIRE SES PETITS PAQUETS, v. a. Être à l'agonie,--dans l'argot des infirmiers, qui ont remarqué que les malades ramassent leurs draps, les ramènent vers eux instinctivement, à mesure que le froid de la mort les gagne.

FAIRE SON CAMBRONNE. _Cacare_,--dans l'argot dédaigneux des duchesses du faubourg Saint-Germain, qui disent cela depuis l'apparition des _Misérables_ de Victor Hugo.

FAIRE SON DEUIL D'UNE CHOSE. La considérer comme perdue, s'en passer,--dans l'argot du peuple.

FAIRE SON MICHAUD, v. a. Dormir,--dans le même argot.

FAIRE SON TEMPS, v. a. Rester en prison ou au bagne pendant un nombre déterminé de mois ou d'années, à l'expiration duquel on est libre.

--Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu'on est tombé à la conscription.

FAIRE SUER, v. a. Tuer.--dans l'argot des escarpes, qui d'un coup de surin, procurent immédiatement à un homme des sueurs de sang.

--_Faire suer un chêne._ Tuer un homme.

FAIRE TOMBER LE ROUGE. Avoir l'inconvénient de la bouche--dans l'argot des comédiens, à qui _l'émotion inséparable_ donne souvent cette _infirmité_ passagère.

FAIRE UN DIEU DE SON VENTRE, v. a. Ne songer qu'à bien manger et à bien boire,--dans l'argot des bourgeois.

FAIRE UNE BELLE JAMBE. Ne servir à rien,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression ironiquement et à propos de n'importe quoi. _Ça lui fait une belle jambe!_

La «Belle Heaulmière» de François Villon disait dans le même sens: _J'en suis bien plus grasse!_

FAIRE UNE COMMISSION, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des bourgeoises.

FAIRE UNE COQUILLE DE BERGERAC, v. a. Se dit,--dans l'argot des tailleurs, quand un ouvrier a fait une pièce dont les pointes de collet ou de revers, au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l'air et _poignardent le ciel_.

C'est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.

FAIRE UNE ENTRÉE DE BALLET, v. a. Entrer quelque part sans saluer,--dans l'argot des bourgeois, amis des bienséances.

FAIRE UNE FEMME, v. n. Nouer une intrigue amoureuse avec elle,--dans l'argot des étudiants.

FAIRE UNE FIN, v. n. Se marier,--dans l'argot des viveurs, qui finissent par où les gens rangés commencent, et qui ont lieu de s'en repentir.

FAIRE UNE MOULURE, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des menuisiers.

FAIRE UNE TÊTE (Se). Se grimer d'une manière caractéristique, suivant le type du personnage à représenter. Argot des coulisses.

Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art difficile.

FAIRE UN HOMME, v. n. Se faire emmener du bal par un noble inconnu, coiffeur ou banquier. Argot des petites dames.

FAIRE UN PLI (Ne pas). Aller tout seul,--dans l'argot du peuple.

FAIRE UN TASSEMENT, v. a. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un repas,--dans l'argot des bohèmes.

On dit aussi _Faire un trou_.

FAIRE UN TROU A LA LUNE. Faire faillite, enlever la caisse de son patron et se réfugier en Belgique. Argot du peuple.

FAISANDER (Se), v. réfl. Vieillir,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se font aucun scrupule d'assimiler l'homme au gibier.

Ils disent aussi _S'avarier_.

FAISANT, s. m. Camarade, copain,--dans l'argot du collège, où l'on éprouve le besoin d'avoir un second soi-même, un confident des premières joies et des premières douleurs, un ami qui fasse vos thèmes et de qui l'on _fasse_ les billes et les confitures.

FAISEUR, s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d'affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là--coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

FAISEUR D'OEIL, s. m. Lovelace qui jette l'hameçon de son regard amorcé d'amour sur toutes les femmes qu'il suppose appelées à y mordre.

L'expression est de Nestor Roqueplan.

FALOURDE, s. f. Le double-six,--dans l'argot des joueurs de dominos.

On l'appelle aussi le _Bateau à charbon_ et l'_Ami_.

FALOURDE ENGOURDIE, s. f. Cadavre,--dans l'argot des voyous.

FAMEUX, s. m. Homme solide de bras et de cœur,--dans l'argot du peuple.

FAMEUX, EUSE, adj. Excessif, énorme, dans le sens péjoratif.

_Un fameux paillard._ Un paillard consommé.

_Une fameuse bévue._ Une bévue colossale.

Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d'Excellent, en parlant des choses et des gens, et il n'est pas rare alors de l'entendre prononcer ainsi: _P, h, a, pha, fameux!_ C'est le _nec plus ultra_ de l'admiration populaire.

FANAL, s. m. La gorge,--dans l'argot des faubouriens.

_S'éclairer le fanal._ Boire un verre de vin ou d'eau-de-vie.

On dit aussi _Fanon_, afin qu'aucune injure ne soit épargnée à l'homme par l'homme.

FANANDEL, s. m. Frère, ami, compagnon,--dans l'argot des prisons.

_Grands fanandels._ Association de malfaiteurs de la haute pègre, formée en 1816, «à la suite d'une paix qui mettait tant d'existences en question», d'après Honoré de Balzac.

FANFAN, s. f. Jeune fille,--dans l'argot du peuple, qui a parfois la parole caressante, s'il a la main rude.

Se dit aussi d'un enfant quelconque.

FANFAN BENOITON, s. m. Petit garçon de manières et d'un langage au-dessus de son âge,--dans l'argot des gens de lettres, par allusion au petit personnage de la comédie de M. Victorien Sardou (1865-1866). C'est le pendant de _Fouyou_.

FANFARER, v. n. et a. Faire des réclames à une pièce ou à un livre, à une danseuse ou à un chien savant,--dans l'argot des gens de lettres.

FANFE, s. f. Tabatière,--dans l'argot des voleurs.

On dit aussi _Fonfe_.

FANFOUINER, v. n. Priser,--dans l'argot des voyous.