Dictionnaire de la langue verte

Part 17

Chapter 173,702 wordsPublic domain

ÉPONGE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des voyous, qui révèlent ainsi d'un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n'y a pas longtemps) les filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de la police. Ces messieurs consommaient, on inscrivait sur l'ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d'un coup d'_éponge_.

ÉPONGE, s. f. Ivrogne,--dans l'argot du peuple.

ÉPONGE A SOTTISES, s. f. Imbécile, qui accepte tout ce qu'on lui dit comme paroles d'Évangile.

L'expression sort du _Théâtre Italien_ de Ghérardi.

ÉPONGE D'OR, s. f. Avoué,--dans l'argot des prisons.

ÉPOQUES (Avoir son ou ses). Se dit,--dans l'argot des bourgeois,--des _menses_ des femmes.

ÉPOUFFER, v. a. et n. Saisir la victime à l'improviste,--dans l'argot des voleurs.

ÉPOUSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des étudiants, qui se marient souvent pour rire avant de se marier pour de bon.

ÉPOUSER LA CAMARDE, v. a. Mourir,--dans l'argot des voleurs, qui préféreraient souvent une autre fiancée.

ÉPOUSER LA FOUCANDIERE, v. a. Se débarrasser des objets volés en les jetant çà et la quand on est poursuivi.

«_Épouser_ est ici une altération d'_éponter_, qui faisait autrefois partie du langage populaire avec le sens de _glisser_, de _se dérober_.» C'est M. Francisque Michel qui dit cela, et il a raison.

ÉPOUSER LA VEUVE, v. a. Être exécuté,--dans l'argot des malfaiteurs, dont beaucoup sont fiancés dès leur naissance avec la guillotine.

ÉQUIPE, s. f. Les ouvriers qui composent une commandite,--dans l'argot des typographes.

ÉREINTER, v. a. Dire du mal d'un auteur ou de son livre,--dans l'argot des journalistes; siffler un acteur ou un chanteur,--dans l'argot des coulisses.

ÉREINTEUR, s. m. Homme-merle qui sait siffler au lieu de savoir parler, et remplace le style par l'injure, la bonne foi de l'écrivain digne de ce nom par la partialité du _condottiere_ digne de la police correctionnelle.

ÉRÉNÉ, adj. et s. Éreinté,--fourbu,--dans l'argot du peuple.

Ce mot, du meilleur français et toujours employé, manque au Dictionnaire de Littré.

ERGOTS, s. m. pl. Les pieds ou les talons.

_Être sur ses ergots._ Tenir son quant-à-soi; avoir une certaine raideur d'attitude frisant de très près l'impertinence.

_Monter sur ses ergots._ Se fâcher.

ES, s. m. Apocope d'_Escroc_,--dans l'argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d'inintelligibilité avec les voleurs.

Ils disent aussi _Croc_, par aphérèse.

ESBIGNER (S'), v. réfl. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens, à qui Désaugiers a emprunté cette expression.

ESBLOQUANT, adj. Etonnant, ébouriffant,--dans l'argot des soldats, qui songent au _bloc_ plus souvent qu'ils ne le voudraient, et le mettent naturellement à toutes sauces.

ESBROUFFANT, adj. Inouï, incroyable,--dans l'argot du peuple.

ESBROUFFE, s. f. Embarras, manières, vantardises.

_Faire de l'esbrouffe._ Faire plus de bruit que de besogne.

ESBROUFFER, v. a. En imposer; faire des embarras, des manières, intimider par un étalage de luxe et d'esprit.

Signifie aussi Réprimander.

ESBROUFFEUR, s. et adj. Gascon de Paris, qui vante sa noblesse apocryphe, ses millions improbables, ses maîtresses imaginaires, pour escroquer du crédit chez les fournisseurs et de l'admiration chez les imbéciles.

ESBROUFFEUSE, s. t. Drôlesse qui éclabousse d'autres drôlesses, ses rivales, par son luxe insolent, par ses toilettes tapageuses, par le nombre et la qualité de ses amants.

ESCAFIGNONS, s. m. Souliers,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait ou à peu près, il y a 450 ans, Eustache Deschamps, l'inventeur de la _Ballade_.

«De bons harnois, de bons chauçons velus. D'escafilons, de sollers d'abbaïe.»

Les écoliers du temps jadis disaient _Escaffer_ pour Donner un coup de pied «quelque part.»

_Sentir l'escafignon._ Puer des pieds.

ESCANNER, v. n. Fuir,--dans l'argot des voleurs.

_A l'escanne!_ Fuyons!

ESCARE, s. m. Empêchement,--dans le même argot.

ESCARER, v. a. et n. Empêcher.

ESCAREUR, s. m. Homme qui trouve des obstacles à tout.

ESCARGOT, s. m. Homme mal fait, mal habillé,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l'argent.

ESCARPE, s. m. Voleur qui va jusqu'à l'assassinat pour en arriver à ses fins.--Argot des prisons.

C'était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion d'exercer leur verve... singulière. Eh bien, non! tous ont gardé de Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de risquer ma petite étymologie? Je ne dirai pas: _Escarpe_, parce que le voleur qui tient absolument à voler, escalade la _muraille_ qui sépare le délit du crime et la prison de l'échafaud; mais seulement parce qu'il emploie un instrument tranchant _aigu_,--_scarp_ en allemand. Pourquoi pas? _escarbot_ vient bien de _scarabæus_, en vertu d'une épenthèse fréquente dans notre langue.

A moins cependant qu'_escarpe_ ne vienne du couteau d'_escalpe_ (du _scalp_) des sauvages... (V. _Les Natchez_).

_Escarpe-Zézigue._ Suicide.

ESCARPER, v. a. Tuer, _écharper_ un homme.

On disait autrefois _Escaper_.

_Escarper un zigue à la capahut._ Assassiner un camarade pour lui voler sa part de butin.

ESCARPINER (S'). S'échapper, s'enfuir en courant légèrement,--dans l'argot des faubouriens, qui ne savent pas qu'ils emploient un mot du XVIe siècle.

ESCARPINS DE LIMOUSIN, s. m. pl. Sabots,--dans l'argot du peuple, qui sait que les Lémovices n'ont jamais porté d'autre chaussure, si l'on en excepte toutefois des souliers pachydermiques qui ont plus de clous que l'année n'a de semaines.

On dit aussi _Escarpins en cuir de brouette_.

ESCARPOLETTE, s. f. Charge de bon ou de mauvais goût, interpolation bête ou spirituelle,--dans l'argot des comédiens.

ESCLOTS, s. m. pl. Sabots,--dans l'argot du peuple, qui se servait déjà de cette expression du temps de Rabelais.

ESCOBAR, s. m. Nom d'homme, qui est devenu celui de tous les hommes dont la conduite est tortueuse et dont les paroles semblent louches.

ESCOFFIER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au provençal escofir.

ESCOGRIFFE, s. m. Homme de grande taille et de mine suspecte,--dans le même argot.

On dit aussi _Grand escogriffe_--pour avoir l'occasion de faire un pléonasme.

ESCOUSSE, s. f. Élan,--dans l'argot des écoliers.

_Prendre son escousse._ Reculer de quelques pas en arrière pour sauter plus loin en avant.

ESPALIER, s. m. Figurante,--dans l'argot des coulisses.

ESPALIER, s. m. Galérien,--dans l'ancien argot des voleurs.

ESPÈCE, s. f. Femme entretenue,--dans l'argot méprisant des bourgeoises, héritières des rancunes des duchesses contre les jolies filles qui leur enlèvent leurs fils et leurs maris.

ESPÉRANCES, s. f. pl. Héritage paternel ou maternel que toute jeune fille bien élevée doit apporter comme surcroît de dot à son époux, qui ne craint pas de voir mettre les souliers d'un mort dans la corbeille de mariage.

_Avoir des espérances._ Avoir des grands-parents riches que l'on compte voir mourir bientôt,--façon bourgeoise de «tuer le mandarin!»

ESQUINTE, s. m. Abîme,--dans l'argot des voleurs.

ESQUINTER, v. a. Fracturer, briser, perdre, _abîmer_, tuer.

Signifie aussi: Tromper, enfoncer quelqu'un.

ESQUINTER, v. a. Éreinter, battre,--dans l'argot du peuple.

_S'esquinter_, v. pron. Se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer, à--n'importe quoi de fatigant.

On dit aussi _S'esquinter le tempérament_.

ESSAYER LE TREMPLIN. Jouer dans un lever de rideau; être le premier à chanter dans un concert. Argot des comédiens et des chanteurs de café-concert.

On dit aussi _Balayer les planches_.

ESSENCE DE CHAUSSETTES, s. f. Sueur des pieds,--dans l'argot des faubouriens.

ESSUYER LES PLÂTRES, v. a. Habiter une maison récemment construite, dont les plâtres n'ont pas encore eu le temps de sécher.

Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop maquillées.

ESSUYEUSE DE PLÂTRES, s. f. Lorette, petite dame, parce que ce type parisien, essentiellement nomade, plante sa tente où le hasard le lui permet, mais surtout dans les maisons nouvellement construites, où l'on consent à l'admettre à prix réduits, et même souvent pour rien. C'est ainsi qu'on fait essayer les ponts aux soldats.

ESTAFFIER, s. m. Sergent de ville, mouchard,--dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition.

ESTAFFION, s. m. Chat,--dans l'argot des voleurs.

Ils disent aussi _Griffard_.

ESTAFFION, s. m. Taloche, coup de poing léger,--dans l'argot du peuple.

ESTAMPILLER, v. a. Marquer du fer rouge,--dans l'argot des prisons.

ESTOC, s. m. Esprit, finesse, malice,--dans l'argot des voleurs, qui emploient là une expression de la langue des honnêtes gens.

ESTOMAC, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot:

«Quant je voy Barbe en habit bien duisant, Qiu l'estomac blanc et poli descœuvre.»

ESTOMAQUÉ, adj. Étonné, stupéfait,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Stomaqué_.

ESTOME, s. m. Apocope d'_Estomac_,--dans l'argot des faubouriens.

ESTORGUE, s. f. Fausseté, méchanceté,--dans l'argot des voleurs.

_Centre à l'estorgue._ Faux nom.

_Chasse à l'estorgue._ OEil louche,--storto.

ESTOURBIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens et des voleurs.

Le vieux français avait _esturbillon_, tourbillon, et le latin _exturbatio_. L'homme que l'on tue au moment où il s'y attend le moins doit être en effet estourbillonné.

Signifie aussi Mourir.

ESTOURBIR (S'). Disparaître, s'enfuir,--dans l'argot des faubouriens.

Par extension: Mourir.

ESTRANGOUILLADE, s. f. Action d'étrangler, _strangulare_,--dans l'argot du peuple.

ESTRANGOUILLER, v. a. et n. Etrangler quelqu'un, étouffer.

ESTROPIER UN ANCHOIS, v. a. Manger un morceau pour se mettre en appétit; faire un déjeuner préparatoire. Argot des ouvriers.

ESTUQUER, v. a. et n. Donner ou recevoir des coups,--dans l'argot du peuple.

ÉTAL, s. m. La gorge de la femme,--dans l'argot des faubouriens, qui appellent la chair de la _viande_.

ÉTALER, v. a. Jeter par terre,--dans l'argot du peuple.

_S'étaler._ Se laisser tomber.

ÉTALER SA MARCHANDISE, v. a. Se décolleter trop,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des marchandes d'amour.

ET ALLEZ DONC! Phrase exclamative, une selle à tous chevaux: on l'emploie volontiers pour renforcer ce qu'on vient de dire, comme coup de fouet de la fin.

ÉTALON, s. m. Homme de galante humeur,--dans l'argot du peuple.

ÉTAMINE, s. f. Chagrin, misère,--dans l'argot du peuple, qui sait que l'homme doit passer par là pour devenir meilleur.

_Passer par l'étamine._ Souffrir du froid, de la faim et de la soif.

ÉTEINDRE SON GAZ, v. a. Se coucher,--dans l'argot du peuple.

Le mot est de Gavarni.

Se dit aussi pour Mourir.

ÉTERNUER DANS DU SON, v. n. Étre guillotiné,--dans l'argot des bagnes.

On dit aussi _Éternuer dans le sac_.

ÉTERNUER UN NOM. Se dit,--dans l'argot du peuple, d'un nom difficile à prononcer, à cause des nombreuses consonnes sifflantes qui le composent, par exemple les noms polonais.

ET MÈCHE! Formule de l'argot des faubouriens, employée ordinairement pour exagérer un récit: «Combien cette montre a-t-elle coûté? soixante francs?--Soixante francs, et mèche!» c'est-à-dire beaucoup plus de soixante francs.

ÉTOILE, s. f. Cantatrice en renom, comédienne hors ligne, premier rôle d'un théâtre,--dans l'argot des coulisses, où il y a tant de nébuleuses.

ÉTOILE DE L'HONNEUR, s. f. La croix de la Légion d'honneur,--dans l'argot des vaudevillistes, plus académiciens qu'ils ne s'en doutent.

ÉTOILE, s. f. Bougie allumée ou non,--dans l'argot des francs-maçons. _Etoile flamboyante._ Le symbole de la divinité.

ÉTOUFFER, v. a. Cacher, faire disparaître,--dans l'argot des faubouriens.

ÉTOUFFER UNE BOUTEILLE, v. a. La boire, la faire disparaître jusqu'à la dernière goutte,--dans l'argot du peuple.

ÉTOUFFEUR, s. m. Libraire qui ne sait pas _lancer_ ses livres ou qui ne veut pas lancer les livres édités par les autres libraires.

ÉTOUFFOIR, s. m. Table d'hôte où l'on joue l'écarté,--dans l'argot des voleurs, qui savent que dans ces endroits-là on _ferme_ tout avec soin, portes et fenêtres, de peur de surprise policière.

ÉTOURDIR, v. n. Solliciter,--dans le même argot.

ÉTOURDISSEUR, s. m. Solliciteur.

ÉTRANGLER UNE DETTE, v. a. L'acquitter, pour s'en débarrasser lorsqu'elle est trop criarde,--dans l'argot des bohèmes.

ÊTRE (En), v. n. Faire partie de la corporation des non-conformistes.

ÊTRE (En), v. n. Euphémisme de l'argot du peuple, qui est une allusion aux _Insurgés de Romilly_. (Voir ce mot.)

ÊTRE (L'). Être trompé par sa femme,--dans l'argot des bourgeois, qui se plaisent à équivoquer sur ce verbe elliptique.

ÊTRE A COUTEAUX TIRÉS AVEC QUELQU'UN. Être brouillé avec lui, ne plus le saluer ni lui parler,--dans l'argot des bourgeois.

ÊTRE A FEU. Être en colère,--dans l'argot des faubouriens.

ÊTRE A FOND DE CALE. N'avoir plus d'argent,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE A JEUN. Être vide,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses aussi bien qu'à propos des gens, au sujet d'un sac aussi bien qu'au sujet d'un cerveau.

_Avoir la sacoche à jeun._ N'avoir pas le sou.

ÊTRE A LA BONNE, v. n. Inspirer de la sympathie, de l'intérêt de l'amour,--dans l'argot du peuple, qui a conservé là, en la modifiant un peu, une vieille expression française.

Les gens de lettres modernes ont employé cette expression à propos de M. Sainte-Beuve, et ils ont cru l'avoir inventée pour lui. «Vous ne poviez venir à heure plus opportune, nostre maistre est en ses bonnes,» dit Rabelais.

ÊTRE A LA CAMPAGNE, v. n. Être à Saint-Lazare,--dans l'argot des filles qui rougissent d'aller en prison et ne rougissent pas d'autre chose non moins grave.

ÊTRE A LA CHANCELLERIE. Être pris de façon à ne pouvoir se défendre,--dans l'argot des lutteurs français et anglais.

ÊTRE A LA FÊTE, v. n. Être de bonne humeur;--dans l'argot du peuple.

ÊTRE A LA MANQUE, v. n. Tromper quelqu'un, le trahir,--dans l'argot des voyous.

ÊTRE A LA PAILLE (En). Être à l'agonie,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion à la paille que l'on étale dans la rue devant la maison où il y a un malade.

ÊTRE A L'OMBRE, v. n. Être en prison,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE A PLUSIEURS AIRS, v. n. Faire ses embarras; faire ses coups à la sourdine,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE A POT ET A FEU AVEC QUELQU'UN. Avoir un commerce d'amitié, vivre familièrement avec lui.

ÊTRE ARGENTÉ, v. n. Avoir dans la poche quelques francs disposés à danser le menuet sur le comptoir du marchand de vin.

_Être désargenté._ N'avoir plus un sou pour boire.

ÊTRE A SEC. N'avoir plus d'argent,--dans l'argot du peuple.

C'est la même expression que _Les eaux sont basses_.

ÊTRE A TU ET A TOI AVEC QUELQU'UN. Vivre familièrement avec quelqu'un, être son ami, ou seulement son compagnon de débauche.

ÊTRE AUX ÉCOUTES, v. n. Faire le guet; surprendre une conversation,--dans l'argot du peuple.

L'expression sort de la langue romane.

ÊTRE AVEC UNE FEMME, v. n. Vivre maritalement avec elle,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE AVEC UN HOMME, v. n. Vivre en concubinage avec lui,--dans l'argot des grisettes.

ÊTRE BIEN, v. n. Être en état d'ivresse,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE BIEN DE SON PAYS. Avoir de la naïveté, s'étonner de tout et de rien, se fâcher au lieu de rire. Argot du peuple.

ÊTRE BIEN PORTANT, v. n. Être libre,--dans l'argot des voleurs.

ÊTRE BON LÀ. Demander plus qu'il n'est permis. Manifester des exigences ou des prétentions,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie cette expression qu'ironiquement, par antiphrase.

ÊTRE BREF, v. n. _Être à court d'argent._

ÊTRE CHARGÉ A CUL. Être pressé, scatologiquement parlant,--dans l'argot des commissionnaires.

ÊTRE COMPLET. Être ivre-mort,--dans l'argot des bourgeois.

Signifie aussi, dans un sens ironique, Être parfait,--en vices.

ÊTRE COUSU D'OR. Avoir beaucoup d'argent,--dans l'argot du peuple qui a l'hyperbole facile.

ÊTRE CROTTÉ. N'avoir pas le sou,--dans l'argot des ouvriers tailleurs. Ils le disent aussi d'un travail pour lequel il manque la quantité d'étoffe voulue, ou qui nécessite une économie extraordinaire.

ÊTRE DANS DE BEAUX DRAPS. Se dit ironiquement de quelqu'un qui s'est attiré une fâcheuse affaire, ou qui est ruiné. Argot du peuple.

ÊTRE DANS LE SIXIÈME DESSOUS. Être ruiné, ou mort,--forme explétive de _Troisième dessous_, qui est la dernière cave pratiquée sous les planches de l'Opéra pour en recéler les machines.

ÊTRE DANS LES PAPIERS DE QUELQU'UN. Avoir sa confiance, son affection.

On dit aussi _Être dans les petits papiers de quelqu'un_.

ÊTRE DANS LES VIGNES. Être complètement ivre,--dans l'argot du peuple.

Il dit aussi _Être dedans_.

ÊTRE DANS SES PETITS SOULIERS. Être embarrassé, gêné par une observation, par une question, en souffrir et en faire la grimace, comme quelqu'un qui serait trop étroitement chaussé. Argot des bourgeois.

ÊTRE DANS TOUS SES ÉTATS. Être très préoccupé d'une chose; se donner beaucoup de mal, se remuer extrêmement à propos de n'importe quoi et de n'importe qui, et souvent ne pas faire plus de besogne que la mouche du coche. Même argot.

ÊTRE DANS UN ÉTAT VOISIN. Être ivre,--dans l'argot des typographes, qui pratiquent volontiers l'ellipse et la syncope.

ÊTRE DE CHÉ, ou d'CHÉ. Être complètement saoul,--dans l'argot des voleurs.

ÊTRE DE LA BONNE, v. n. Être heureux, avoir toutes les chances,--dans l'argot des voleurs.

ÊTRE DE LA FÊTE. Être heureux ou hors de danger après avoir été compromis, menacé. Argot du peuple.

ÊTRE DE LA HAUTE. Appartenir à l'aristocratie du mal,--dans le même argot. Faire partie de l'aristocratie du vice,--dans l'argot des filles.

ÊTRE DE LA PAROISSE DE LA NIGAUDAIE. Être un peu trop simple d'esprit,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE DE LA PAROISSE DE SAINT-JEAN-LE-ROND. Être ivre,--dans l'argot des ouvriers irrévérencieux sans le savoir envers d'Alembert.

ÊTRE DE LA PROCESSION. Être du métier.

On dit aussi _En être_.

ÊTRE DÉMATÉ. Être vieux, impotent,--dans l'argot des marins.

ÊTRE DESSOUS. Être ivre,--dans l'argot du peuple.

ÊTRE DU BÂTIMENT, v. n. Faire partie de la rédaction d'un journal. Être feuilletoniste ou vaudevilliste,--dans l'argot des gens de lettres, qui forment une corporation dont l'union ne fait pas précisément la force.

ÊTRE D'UN BON SUIF. Être ridicule, mal mis, ou contrefait,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _Être d'un bon tonneau_.

ÊTRE DU QUATORZIÈME BÉNÉDICITÉ. Faire partie du régiment,--ou plutôt de l'armée des imbéciles.

ÊTRE ENCORE (L'). C'est, pour une femme, avoir encore le droit de recevoir un bouquet de roses blanches, le jour de l'Assomption, sans être exposée à considérer le présent comme une épigramme.

ÊTRE EN DÉLICATESSE AVEC QUELQU'UN. Être presque brouillé avec lui; l'accueillir avec froideur,--dans l'argot des bourgeois.

ÊTRE EN FINE PÉGRAINE, v. n. Être à toute extrémité,--dans l'argot des prisons.

ÊTRE EN TRAIN, v. n. Commencer à se griser,--dans l'argot des ouvriers.

ÊTRE FORT AU BÂTONNET. Façon de parler ironique qu'on emploie à propos d'une maladresse commise.

ÊTRE LE BOEUF, v. a. Être victime de quelque mauvaise farce, de quelque mauvais coup,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire allusion au dieu Apis que l'on abat tous les jours dans les échaudoirs sans qu'il proteste, même par un coup de corne.

ÉTRENNER, v. n. Recevoir un soufflet, un coup quelconque. Argot des faubouriens.

ÊTRE PAF, v. n. Être en état d'ivresse. Même argot.

ÊTRE PRÈS DE SES PIÈCES. N'avoir pas d'argent ou en avoir peu. Argot du peuple.

ÊTRE PRIS DANS LA BALANCINE. Se trouver dans une position gênante.

L'expression est de l'argot des marins.

ÊTRE SUR LA PLANCHE, v. n. Comparaître en police correctionnelle ou devant la Cour d'assises. Argot des voleurs.

ÊTRE SUR LE SABLE, v. n. N'avoir pas de maîtresse,--dans l'argot des souteneurs, que cela expose à crever de faim.

ÊTRE TROP PETIT. N'avoir pas l'adresse ou le courage nécessaire pour une chose. Argot du peuple.

_T'es trop petit!_ est une expression souveraine de mépris, dans la bouche des faubouriens.

ÊTRE VENT DESSUS VENT DEDANS. Être en état d'ivresse,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.

ÉTRILLER, v. a. Donner des coups,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

ÉTRON, s. m. _Stercus_,--dans le même argot.

Signifie aussi: Homme mou, sans consistance, sans valeur.

L'expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais n'a-t-il pas dit, au chapitre des _Meurs et conditions de Panurge_: «Il fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz..., d'estroncs tous chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses?»

ÉTRONNER, v. n. _Cacare_,--dans l'argot des faubouriens.

ET TA SOEUR! Expression fréquemment employée par les faubouriens à tout propos et même sans propos, comme réponse à une importunité, à une demande extravagante, ou pour se débarrasser d'un fâcheux.

On dit quelquefois aussi: _Et ta sœur, est-elle heureuse?_ C'est le refrain d'une chanson très populaire,--malheureusement.

ÉTUDIANT DE LA GRÈVE, s. m. Maçon,--dans l'argot du peuple.

ÉTUDIANTE, s. f. Grisette,--dans l'argot des ouvriers.

_Etudiante pur sang._ Fille destinée à embellir l'existence de plusieurs générations d'étudiants.

ÉTUI, s. m. La peau du corps,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se rencontrer avec Shakespeare (_case_).

Se dit aussi pour Vêtements.

ÉTUI A LORGNETTE, s. m. Cercueil,--dans l'argot des voyous, qui ont parfaitement saisi l'analogie de forme existant entre deux choses pourtant si différentes comme destination.

EUSTACHE, s. m. Couteau,--dans l'argot du peuple, qui dit aussi: Ustache.

ÉVANOUIR (S'). S'en aller de quelque part,--dans l'argot des faubouriens.

ÉVAPORER, v. a. Voler quelque chose adroitement,--dans le même argot.

ÉVENTAIL A BOURRIQUE, s. m. Bâton,--dans le même argot.

ÉVÊQUE DE CAMPAGNE, s. m. Pendu,--dans l'argot du peuple, qui veut dire que ces sortes de suicidés bénissent avec les pieds.

EXCELLENT (Être). Puer de l'_aisselle_,--dans l'argot des bourgeois, qui font des calembours par à peu près et pour faire celui-ci sont forcés de prononcer _essellent_.

EXÉCUTER QUELQU'UN, v. a. Lui interdire l'entrée de la Bourse, parce qu'il est insolvable,--dans l'argot des coulissiers.

EXPÉDIER, v. a. Tuer,--dans l'argot du peuple.

EXPERT, s. m. Officier de loge,--dans l'argot des francs-maçons.

EXTRA, s. m. Garçon de supplément,--dans l'argot des cafés et des restaurants.

EXTRA, s. m. Dîner fin,--dans l'argot des bourgeois qui _traitent_.

EXTRA, s. m. Petite débauche supplémentaire,--dans l'argot du peuple.

_Faire un extra._ Faire une petite noce, une petite débauche de table.

Signifie aussi, seulement: Ajouter un plat à un repas trop spartiate, un demi-setier à un déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.

EXTRA, s. m. Convive,--dans l'argot des tables d'hôte militaires.

F

FACE, s. f. Pièce de cinq centimes,--dans l'argot des faubouriens, qui peuvent ainsi contempler à peu de frais la figure du monarque régnant.

FACE! Exclamation de l'argot des ouvriers, qui la font entendre lorsqu'au cabaret ou au café quelque chose tombe et se casse.

FACE DE CARÊME, s. f. Mine fatiguée, pâlie par l'étude ou les veilles malsaines. Argot du peuple.

FACE DU GRAND TURC, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,--dans le même argot.

FACES, s. f. pl. Joues,--dans l'argot des bourgeois.

FACIÈS, s. m. Visage,--dans l'argot du peuple, qui parle sans s'en douter comme Cicéron.

FACTIONNAIRE, s. m. _Insurgé de Romilly._ (V. ce mot.) _Poser un factionnaire_, Alvum deponere.

FACTOTON, s. m. Valet, homme à tout faire,--(_factotum_),--dans l'argot du peuple, qui n'emploie jamais cette expression qu'en mauvaise part.

FACTURIER, s. m. Vaudevilliste qui a la spécialité des _couplets de facture_.

FADAGE, s. m. Partage,--dans l'argot des voleurs.