Dictionnaire de la langue verte
Part 16
EFFETS DE BICEPS, s. m. pl. Vanité de boucher ou de débardeur,--dans l'argot du peuple.
_Faire des effets de biceps._ Battre quelqu'un, uniquement pour lui prouver qu'on est plus fort que lui.
EFFETS DE POCHE, s. m. pl. Étalage de pièces d'or et de billets de banque.
_Faire des effets de poche._ Payer.
EFFONDRER, v. a. Enfoncer,--dans l'argot des voyous.
EFFONDRILLES, s. f. pl. Les scories du pot-au-feu,--dans l'argot des ménagères.
ÉGAYER, v. n. Siffler,--dans l'argot des coulisses.
_Se faire égayer._ Se faire envoyer des trognons de pommes.
ÉGLISIER, s. m. Bigot, homme qui hante trop les _églises_. Argot des faubouriens.
ÉGRAFFIGNER, v. a. Égratigner,--dans l'argot du peuple.
ÉGRUGEOIR, s. m. Chaire à prêcher,--dans l'argot des voleurs, par allusion à sa forme et à celle du bonnet du prédicateur qui ressemble assez à un pilon.
ÉGUEULER, v. a. Écorner un vase, l'ébrécher,--dans l'argot du peuple.
ÉGYPTIEN, s. m. Mauvais acteur,--dans l'argot des coulisses.
ELBEUF, s. m. Habit,--dans l'argot du peuple, qui emploie fréquemment la métonymie.
ÉLIXIR DE HUSSARD, s. m. Eau-de-vie inférieure.
ÉLOQUENT (Être). Faire _sentir_ ses paroles,--dans l'argot facétieux des bourgeois, qui croient seulement pour eux à la vertu de l'Eau de Botot.
ÉMANCIPER (S'), v. réfl. Se permettre des familiarités déplacées envers les femmes,--dans l'argot des bourgeoises, à qui leur devoir impose l'obligation de s'en fâcher.
EMBALLER, v. a. Arrêter,--dans l'argot des voleurs et des filles.
EMBALLER, v. n. Se dit,--dans l'argot des maquignons,--d'un cheval qui prend le mors aux dents, sans se soucier des voyageurs qu'il traîne après lui.
_S'emballer_, se dit dans le même sens d'un homme qui s'emporte.
EMBALLER (Se faire). Se faire mettre à Saint-Lazare,--dans l'argot des filles.
EMBALLES, s. f. pl. Manières, _embarras_,--dans le même argot.
_Faire des emballes._ Faire des embarras.
EMBALLEUR, s. m. Agent de police.
EMBALUCHONNER, v. a. Empaqueter, faire un _baluchon_.
EMBARBOTTER (S'). S'embarrasser dans un discours, bredouiller.--Argot du peuple.
On dit aussi _S'embarbouiller_.
EMBARDER, v. n. Tergiverser, digressionner,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine, et se rappellent combien de faux coups de barre donnés au gouvernail peuvent retarder le navire.
EMBARQUER SANS BISCUIT (S'), v. réfl. Oublier l'essentiel, ne prendre aucune précaution,--dans l'argot des bourgeois, d'ordinaire prudents comme Ulysse.
EMBARRAS, s. m. pl. Grands airs, manières arrogantes, dédaigneuses,--dans l'argot du peuple.
_Faire ses embarras._ Éclabousser ses rivales du haut de son coupé,--dans l'argot des petites dames.
EMBAUDER, v. a. Prendre de force,--dans l'argot des voleurs.
EMBÉGUINER (S'), v. réfl. S'éprendre d'amitié pour un homme ou d'amour pour une femme,--dans l'argot du peuple.
EMBERLIFICOTER, v. a. Embarrasser, gêner, obséder, _entortiller_.
_S'emberlificoter._ Se troubler dans ses réponses, s'embarrasser dans un discours, comme dans un piège.
EMBERLIFICOTEUR, s. m. Homme rusé, qui sait _entortiller_ son monde.
EMBERLUCOQUER (S'), v. réfl. S'enticher d'une chose ou de quelqu'un, s'attacher à une opinion sans réfléchir, aveuglément, comme si on avait la _berlue_.
L'expression se trouve dans Rabelais sous cette forme. Hauteroche a dit _Embrelicoquer_, et Châteaubriand _Emberloquer_.
EMBÊTEMENT, s. m. Contrariété, ennui,--dans l'argot des bourgeois, qui ne veulent pas employer le substantif poli des gens bien élevés et n'osent pas employer le substantif énergique des faubouriens.
EMBÊTER, v. a. Obséder quelqu'un, le taquiner.
_S'embêter._ S'ennuyer.
_S'embêter comme une croûte de pain derrière une malle._ S'ennuyer extrêmement.
EMBLÈME, s. m. Tromperie,--dans l'argot des voleurs.
EMBLÉMER, v. n. Tromper.
EMBLÈMES (Des)! Se dit,--dans l'argot des faubouriens,--pour se moquer de quelqu'un qui se vante, qui ment, ou qui ennuie.
EMBOBINER, v. a. Circonvenir, enjôler,--dans l'argot du peuple.
On disait autrefois, et on dit quelquefois encore aujourd'hui, _Embobeliner_.
EMBOUCHÉ (Bien ou mal), adj. Homme poli ou grossier,--dans l'argot des bourgeois.
EMBRENER (S'). Se couvrir les doigts ou les vêtements d'ordures,--dans l'argot du peuple.
Par extension, _S'engluer_.
EMBROCHER, v. a. Passer son épée ou sa baïonnette au travers du corps,--dans l'argot des troupiers.
_Se faire embrocher._ Se faire tuer.
EMBROUILLAMINI, s. m. Confusion de choses ou de mots,--_embrouillement_.
Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en grandissant et se sont le plus corrompus en vieillissant. L'auteur du _Code orthographique_,--fort bon livre d'ailleurs,--prétend qu'il ne faut pas dire _embrouillamini_, parce que ce mot n'est pas français, mais bien _brouillamini_,--qui n'est pas plus français, j'ai le regret de le déclarer à M. Hétrel et à l'Académie, son autorité. On a commencé par dire _Bol d'Arménie_, et le bol d'Arménie était un remède de cheval fort compliqué, fort _embrouillé_; de _Bol d'Arménie_ on a fait _Brouillamini_, puis _Embrouillamini_: Molière a employé le premier dans son _Bourgeois Gentilhomme_, et Voltaire s'est servi du second dans sa _Lettre à d'Argental_.
Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple dit-il, lui,--puisque c'est le Dictionnaire du peuple que je fais ici? Le peuple prononce _Embrouillamini_. Cela me suffit.
_Embrouillamini du diable._ Confusion extrême, embarras dont on ne peut sortir.
EMBROUILLER (S'), v. réfl. Commencer à ressentir les atteintes de l'ivresse,--dans l'argot des ouvriers.
Ils disent aussi _S'embrouillarder_.
EMBU, s. m. Tache à un tableau; ton terne, crasseux,--dans l'argot des artistes.
ÉMÉCHER (S'), v. réfl. Se griser, être sur la pente de l'ivresse,--dans l'argot des faubouriens.
ÉMÉRILLONNER (S'), v. réfl. S'égayer en buvant et s'empourprer la face en s'allumant les yeux.--Argot du peuple.
EMMANCHER UNE AFFAIRE, v. a. L'entamer, la commencer.
EMMASTOQUER (S'), v. réfl. Se bien nourrir,--dans l'argot du peuple, pour qui c'est une façon de devenir _mastoc_.
EMMERDEMENT, s. m. Profond ennui,--dans le même argot.
EMMERDER, v. a. Ennuyer, obséder quelqu'un.
Les bourgeois disent _Emmieller_.
EMMITONNER QUELQU'UN, v. a. Le circonvenir, l'endormir par des promesses.
EMMITOUFLER (S'), v. réfl. Se couvrir de trop de vêtements,--dans le même argot.
On dit aussi _S'empaletequer_ et _S'emmitonner_, dans le même sens.
ÉMOTION INSÉPARABLE, s. f. Cliché de l'argot des gens de lettres et de théâtre, qui sous-entendent toujours: _d'un premier début_.
ÉMOUSTILLÉ, adj. Aiguillonné, égayé, éveillé,--dans l'argot du peuple, qui connaît l'effet du vin doux, du moût (_mustum_).
ÉMOUSTILLER (S'), réfl. Se remuer, changer de place.
EMOUVER (S'), v. réfl. Se remuer, s'agiter, s'empresser,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_emovere_).
EMPAFFES, s. m. pl. Draps de lit,--dans l'argot des voleurs. _V. Empave._
Ils disent aussi _Embarras_,--parce qu'en effet il leur est assez difficile de les emporter.
EMPAILLÉ, s. m. Imbécile, homme sans valeur,--dans l'argot des faubouriens.
Ils disent souvent aussi: _Il est à empailler!_
EMPAUMER, v. a. Circonvenir; tromper,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce verbe à Corneille.
EMPAVE, s. f. Carrefour, _pavimentum_,--dans l'argot des voleurs.
Quelques Gilles Ménage de Clairvaux veulent que ce mot, au pluriel, signifie aussi Draps de lit. Dont acte.
EMPÊCHEUR DE DANSER EN ROND. s. m. Gêneur,--dans l'argot des coulisses.
EMPÊTRER (S'), v. réfl. S'embarrasser dans une affaire, sans savoir comment en sortir.--Argot des bourgeois.
EMPIFFRER (S'), v. réfl. Manger gloutonnement, comme un animal plutôt que comme un homme,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis longtemps.
EMPIFFRERIE, s. f. Gloutonnerie.
EMPIOLER, v. a. Enfermer, mettre en _piole_,--dans l'argot des voleurs.
EMPLÂTRE, s. m. Homme sans énergie, pusillanime, qui reste _collé_ en place, sans pouvoir se décider à bouger. Argot du peuple.
EMPLÂTRE, s. m. Empreinte,--dans l'argot des voleurs, oui se garderaient bien d'en prendre avec du plâtre (comme l'insinue M. Francisque Michel) et qui se servent au contraire de substances molles, ou se malaxant entre les doigts, _collant_ enfin [grec: enplassô] comme la cire, la gomme-résine, etc.
EMPLÂTRER, v. a. Gêner comme avec un emplâtre,--dans l'argot du peuple.
_S'emplâtrer de quelqu'un._ S'en embarrasser en s'en chargeant.
EMPOIGNER, v. a. Critiquer vertement un livre,--dans l'argot des gens de lettres; Siffler un acteur ou une pièce,--dans l'argot des coulisses.
EMPOIGNER (Se faire). Se faire arrêter par un agent de police.
EMPORTAGE A LA CÔTELETTE, s. m. Variété de vol, dont Vidocq donne les détails. (V. _Les Voleurs_, page 108.)
EMPORTER LE CHAT, v. a. Se mêler d'une chose que l'on ne connaît pas, et recevoir pour sa peine une injure, ou pis encore.--Argot du peuple.
EMPORTER SES CLIQUES ET SES CLAQUES, v. a. Emporter ses outils, ses effets.
Signifie aussi Mourir.
EMPORTEUR, s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par _le bachotteur_ et _la bête_. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)
EMPOTÉ, s. et adj. Paresseux, maladroit,--dans l'argot du peuple, qui trouve volontiers bêtes comme des _pots_ tous les gens qui n'ont pas ses biceps et ses reins infatigables.
EMPROSEUR, s. m. Lesbien,--dans l'argot des voleurs.
EMPRUNTÉ, adj. Gauche, maladroit, timide,--dans l'argot des bourgeois.
EMPRUNTER UN PAIN SUR LA FOURNÉE, v. a. Avoir un enfant d'une femme avant de l'avoir épousée,--dans l'argot du peuple, à qui ses boulangères font volontiers crédit.
ÉMU (Être). Être gris à ne plus pouvoir parler ni marcher,--comme un homme à qui l'émotion enlèverait l'usage de la parole et des jambes.
On dit aussi _Être légèrement ému_.
EN AVOIR PLEIN LE DOS. Être excessivement ennuyé de quelque chose ou par quelqu'un.--Argot du peuple.
ENBOHÉMER (S'), v. réfl. Perdre sa jeunesse, son esprit et son argent dans les parlottes artistiques et littéraires.
ENBONNETDECOTONNER (S'), v. réfl. Prendre des allures bourgeoises, mesquines, vulgaires. Argot des gens de lettres.
ENCAGER, v. a. Emprisonner,--dans l'argot du peuple.
Il dit aussi _Encoffrer_.
ENCAISSER UN SOUFFLET, v. a. Le recevoir sur la joue.--Même argot.
ENCARRADE, s. f. Entrée,--dans l'argot des voleurs.
ENCARRER, v. n. Entrer.
ENCASQUER, v. n. Entrer quelque part ou dans quelque chose,--dans le même argot.
ENCEINTRER, v. a. Mettre une femme dans une «position intéressante».
Le peuple, qui emploie ce verbe aujourd'hui, a dit autrefois _Enceinturer_.
ENCENSOIR, s. m. Fressure d'animal,--dans l'argot des voleurs, qui ont probablement voulu faire allusion au _plexus_ de graisse qui enveloppe cette partie.
Ils l'appelaient autrefois _Pire_.
ENCHARIBOTTÉ, adj. Ennuyé, chagriné, embarrassé,--dans l'argot du peuple.
Il a dit autrefois _Encharbotté_.
ENCHIFERNÉ, adj. Enrhumé du cerveau.
_Enchifrené_, vaudrait peut-être mieux, mais le peuple est autorisé à dire comme on disait au XVIIe siècle.
ENCOLIFLUCHETER. (S'), v. réfl. S'ennuyer, être tout je ne sais comment.
On dit aussi _S'encornifistibuler_.
ENCORE UN TIRE-BOUCHON! Se dit,--dans l'argot des coulisses,--lorsqu'un entr'acte se prolonge outre mesure.
ENCOTILLONNER (S'). Se laisser mener par sa femme ou par les femmes. Argot du peuple.
ENCROÛTER (S'). S'acagnarder dans une habitude ou dans un emploi.
ENDÊVER, v. n. Enrager, être dépité.
_Faire endêver quelqu'un._ Le taquiner, l'importuner de coups d'épingle.
Caillières prétend que le mot est «du dernier bourgeois». C'est possible, mais en attendant Rabelais et Jean-Jacques Rousseau s'en sont servis.
ENDIMANCHÉ, adj. Gauchement et ridiculement habillé,--dans l'argot des bourgeois, impitoyables pour le peuple, d'où ils sont sortis.
ENDIMANCHER (S'), v. réfl. Mettre son habit ou sa redingote du dimanche.
ENDORMI, s. m. Juge,--dans l'argot des voyous.
ENDORMIR, v. a. Etourdir, tuer,--dans l'argot des prisons.
ENDORMIR SUR LE RÔTI (S'), v. réfl. Se relâcher de son activité ou de sa surveillance; se contenter d'un premier avantage ou d'un premier succès, sans profiter de ce qui peut venir après.
Cette expression qui s'emploie plus fréquemment avec la négative, est de l'argot des bourgeois. Le peuple, lui, dit; _S'endormir sur le fricot_.
_Rester sur le rôti._ Agir prudemment, au contraire, en n'allant pas plus loin dans une affaire sur l'issue de laquelle on a des doutes.
ENDOS, s. m. L'échine du _dos_,--dans l'argot des voyous.
ENDOSSES, s. f. Épaules,--dans l'argot des voleurs.
EN DOUCEUR, adv. Doucement, prudemment, avec précaution,--dans l'argot du peuple.
ENDROGUER, v. n. Chercher à faire fortune,--dans l'argot des voleurs.
ENFANT DE CHOEUR, s. m. Pain de sucre,--dans l'argot des faubouriens.
ENFANT DE LA BALLE, s. m. Celui qui a été élevé dans la profession paternelle, comédien parce que sa mère a appartenu au théâtre, épicier parce que son père a été marchand de denrées coloniales, etc. Argot du peuple.
ENFANT DE LA FOURCHETTE, s. m. Académicien,--dans l'argot des voyous.
ENFANT DE TROUPE, s. m. Fils de comédien, enfant né sur les planches,--dans l'argot des coulisses.
ENFILER (S'), v. réfl. S'endetter,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Se laisser entraîner à jouer gros jeu.
ENFLAQUER, v. a. Em...nuyer,--dans le même argot.
ENFLAQUER, v. a. Mettre, revêtir, endosser,--dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Arrêter, emprisonner.
ENFLÉ, s. m. Imbécile, homme dont on se moque,--dans l'argot des faubouriens.
_Ohé! l'enflé!_ est une injure à la mode.
ENFLÉE, s. f. Vessie,--dans l'argot des voleurs.
ENFLER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple.
ENFONCÉ, adj. Ruiné, blessé mortellement, perdu sans rémission.
Signifie aussi: Avoir perdu la partie, quand on joue.
ENFONCER, v. a. Tromper, faire tort, duper.
Signifie aussi Surpasser.
ENFONCEUR, s. m. Mercadet gros ou petit, agent suspect d'affaires véreuses.
ENFONCEUR DE PORTES OUVERTES, s. m. Faux brave, qui ne se battrait même pas contre des moulins, de peur de recevoir un coup d'aile.
ENFRIMER, v. a. Regarder quelqu'un au visage,--dans l'argot des voleurs.
Les faubouriens disent _Enfrimousser_.
ENGANTER, v. a. Prendre, saisir, empoigner, voler avec la main qui est le moule du gant. Même argot.
Signifie aussi: Traiter quelqu'un comme il mérite de l'être.
ENGANTER (S'), v. réfl. S'amouracher,--dans le même argot.
ENGONCÉ, adj. Vêtu sans goût ni grâce,--dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi: Qui a l'air d'avoir le cou dans les épaules.
ENGOULER, v. a. Manger _goulûment_,--dans l'argot du peuple.
Il dit aussi _Engoulifrer_.
ENGRAILLER, v. a. Prendre,--dans l'argot des voleurs.
_Engrailler l'ornie._ Dévaliser un poulailler.
ENGUEULEMENT, s. m. Injure de parole,--dans l'argot du peuple. Injure de plume,--dans l'argot des gens de lettres.
ENGUEULER, v. n. Avaler, manger,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Engouler_.
ENGUEULER, v. a. injurier grossièrement; provoquer, chercher querelle.
_Se faire engueuler._ Se faire attraper.
ENGUEULEUR, s. m. Ecrivain qui trempe sa plume dans la boue et qui en éclabousse les livres dont il n'aime pas les auteurs.
ENJÔLER, v. a. Caresser, endormir la résistance par des discours flatteurs.
ENJÔLEUR, s. m. Homme qui trompe les hommes par des promesses d'argent et les femmes par des promesses de mariage.
ENLEVER, v. a. Débiter un rôle ou passage d'un rôle, avec feu, verve ou aplomb,--dans l'argot des coulisses.
ENLEVER (S'), v. réfl. Souffrir de la faim,--dans l'argot des voleurs.
ENLEVER LE CUL, v. a. Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.--Argot du peuple.
On dit aussi _Enlever le ballon_.
ENLEVER QUELQUE CHOSE, v. a.--dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas employer la précédente expression.
ENLEVEUR, s. m. Acteur qui joue ses rôles avec beaucoup d'aplomb.
ENLUMINER (S'), v. réfl. Commencer a ressentir les effets de l'ivresse, qui colore le visage d'un fard intense.
ENLUMINURE, s. f. Demi-ivresse.
ENNUYER (S'), v. réfl. Être sur le point de mourir,--dans l'argot des bourgeois, que cela chagrine beaucoup.
ENQUILLER, v. a. Cacher,--dans l'argot des voleurs.
_Enquiller une thune de camelote._ Cacher entre ses cuisses une pièce d'étoffe.
ENQUILLER, v. n. Entrer quelque part comme une boule au jeu de _quilles_,--dans l'argot du peuple.
ENQUILLEUSE, s. f. Femme qui porte un tablier pour dissimuler ce qu'elle vole.
ENROSSER, v. a. Dissimuler les vices rédhibitoires d'un cheval, d'une _rosse_,--dans l'argot des maquignons.
ENTABLEMENT, s. m. Épaules,--dans l'argot des faubouriens.
ENTAILLER. Tuer,--dans l'argot des prisons.
ENTAULER, v. n. Entrer dans la _taule_, ou ailleurs. Même argot.
_Entauler à la planque._ Entrer dans sa cachette.
ENTENDRE DE CORNE, v. n. Entendre autre chose que ce qu'on dit,--dans l'argot des bourgeois.
ENTENDRE QUE DU VENT (N'y). N'y rien entendre,--dans l'argot du peuple.
ENTERREMENT, s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu,--comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout _enterré_ dans une miche de pain de marchand de vin.
ENTICHER (S'). Se prendre d'affection pour quelqu'un au point de le gâter de caresses et d'amitiés. Argot des bourgeois.
Se dit aussi à propos des choses.
ENTIFFER, v. n. Entrer,--dans l'argot des faubouriens.
ENTIFFER, v. a. Enjôler, ruser,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Entifler_.
ENTONNER, v. n. Boire,--dans l'argot du peuple.
ENTONNOIR, s. m. La bouche,--dans l'argot des faubouriens, imitateurs involontaires des _Beggars_ anglais, qui disent de même _gan_, aphérèse de _began_ (_begin_ commencer, entonner).
ENTORTILLER, v. a. Circonvenir,--dans l'argot des marchands. Captiver, _allumer_,--dans l'argot des petites dames. Ennuyer,--dans l'argot du peuple.
ENTORTILLER (S'), v. réfl. S'embarrasser, s'empêtrer dans ses réponses.
EN-TOUT-CAS, s. m. Parapluie à deux fins, trop grand pour le soleil, trop petit pour la pluie,--dans l'argot des bourgeoises, qui font toujours les choses à moitié.
ENTRAÎNEMENT, s. m. Méthode anglaise, devenue française qui s'applique aux hommes aussi bien qu'aux chevaux, et qui consiste à faire maigrir, ou plutôt à _dégraisser_ les uns et les autres pour leur donner une plus grande légèreté et une plus grande vigueur.
ENTRAÎNER, v, a. et n. Soumettre un cheval, un jockey ou un rameur à un régime particulier, de façon qu'ils pèsent moins et courent et rament mieux.
ENTRAVAGE, s. m. Conception d'un vol, d'un mauvais coup,--dans l'argot des voleurs.
ENTRAVER, v. a. Comprendre, entendre,--dans l'argot des voleurs, qui emploient là un des plus vieux mots de la langue des honnêtes gens, car ils disent aussi _Enterver_ comme Rutebeuf et l'auteur d'_Ogier le Danois_.
_Entraver bigorne_ ou _arguche_. Comprendre et parler l'argot.
Signifie aussi: Embarrasser la police.
_Entraver nibergue_ ou _niente_. N'y entendre rien.
ENTRECÔTE DE BRODEUSE. Morceau de fromage de Brie,--dans l'argot du peuple, qui sait que les brodeuses, ainsi que les autres ouvrières, ne gagnent pas assez d'argent pour déjeuner à la fourchette comme les filles entretenues.
ENTREFILET, s. m. Petit article placé dans le corps du journal, entre deux autres.
ENTREFESSON, s. m. Le périnée,--dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Ambroise Paré.
ENTRELARDÉ, s. et adj. Homme qui n'est ni gras ni maigre.
ENTRELARDER, v. a. Mêler, farcir, au propre et au figuré.
ENTRER AUX-QUINZE-VINGTS. Dormir,--dans l'argot des faubouriens, qui ont cette facétie à leur disposition chaque fois qu'ils éprouvent le besoin de fermer les yeux.
ENTRER DANS LA CONFRÉRIE DE SAINT-PRIS, v. n. Se marier,--dans l'argot du peuple, qui s'y laisse _prendre_ plus volontiers que personne.
ENTRETENEUR, s. m. Galant homme qui a un faible pour les femmes galantes, et dépense pour elles ce que bien certainement il ne dépenserait pas pour des rosières.
ENTRETENIR (Se faire). Préférer l'oisiveté au travail, le Champagne à l'eau filtrée, les truffes aux pommes de terre, l'admiration des libertins à l'estime des honnêtes gens.
L'expression est vieille comme l'immoralité qu'elle peint.
ENTRIPAILLÉ, adj. Gros, gras, ventripotent.
ENTRIPAILLER (S'), v. réfl. Manger de façon à devenir pansu.
ENTROLER, v. a. Emporter,--dans l'argot des voleurs.
ENVELOPPER, v. a. Arrêter les contours d'un dessin, d'une peinture,--dans l'argot des artistes.
ENVOYER, v. a. et n. Injurier, se moquer, critiquer,--dans l'argot du peuple.
_C'est bien envoyé!_ Se dit d'une repartie piquante ou d'une impertinence réussie.
ENVOYER A LA BALANÇOIRE, v. a. Se débarrasser sans façon de quelqu'un ou de quelque chose. Argot des faubouriens.
ENVOYER A L'OURS, v. a. Prier impoliment quelqu'un de se taire ou de s'en aller. Même argot.
ENVOYER FAIRE LAN LAIRE, v. a. Se débarrasser de quelqu'un,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas employer un plus gros mot.
Ils disent aussi _Envoyer promener_.
ENVOYER PAÎTRE, v. a. Prier brusquement quelqu'un de s'en aller ou de se taire.
ÉOLE, s. m. _Ventris flatus_,--dans l'argot des faubouriens, heureux que le fils de Jupiter leur fournisse un prétexte à une équivoque.
ÉPAIS, s. m. Le cinq et le six,--dans l'argot des joueurs de dominos.
ÉPARGNER LE POITOU, v. a. Prendre des précautions,--dans l'argot des voleurs.
ÉPATAGE, s. m. Action d'éblouir, de renverser quelqu'un les _quatre pattes_ en l'air par la stupéfaction ou l'admiration. Argot du peuple.
On dit aussi _Epatement_.
ÉPATAMMENT, adv. D'une façon épatante.
L'expression appartient à M. Roger Delorme. (_Tintamarre_ du 28 janvier 1866).
ÉPATANT, adj. Étonnant, extraordinaire.
ÉPATE, s. f. Apocope d'_Epatage_.
_Faire de l'épate._ Faire des embarras, en conter, en imposer aux simples.
ÉPATEMENT, s. m. Étonnement.
ÉPATER, v. a. Étonner, émerveiller, par des actions extravagantes ou par des paroles pompeuses.
_Épater quelqu'un._ L'intimider.
Signifie aussi: Le remettre à sa place.
ÉPATEUR, s. m. Homme qui fait des embarras, qui raconte des choses invraisemblables que les imbéciles s'empressent d'accepter comme vraies.
ÉPATEUSE, s. f. Drôlesse qui fait des effets de crinoline exagérés sur le boulevard, pour faire croire aux passants,--ce qui n'existe pas.
ÉPICEMAR, s. m. Épicier,--dans l'argot des faubouriens.
ÉPICÉPHALE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des étudiants, à qui le grec est naturellement familier ([grec: epi], sur, et [grec: kephalê], tête).
ÉPICER, v. a. Médire, railler, et même calomnier,--dans l'argot des faubouriens, à qui le _poivre_ ne coûte rien quand il s'agit d'assaisonner une réputation.
ÉPICERIE, s. f. Bourgeoisisme,--dans l'argot des romantiques.
Le mot est de Théophile Gautier.
ÉPICE-VINETTE, s. m. Épicier,--dans l'argot des voleurs,
ÉPICIER, s. et adj. Homme vulgaire, sans goût, sans esprit, sans rien du tout,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes, pleins de dédain pour les métiers où l'on gagne facilement sa vie.
ÉPINGLE A SON COL (Avoir une). Avoir un verre de vin, payé d'avance par un camarade, à boire sur le comptoir voisin de l'atelier. Argot des ouvriers.
On dit aussi _Avoir un factionnaire à relever_.
ÉPIPLOON, s. m. Cravate.--dans l'argot des étudiants, frais émoulus du grec. Pour ceux, en effet, qui ne sont pas encore gandins, la cravate _flotte_ sur le cou ([grec: epi] et [grec: plein]) comme le grand repli du péritoine flotte sur les intestins.
Signifie aussi Chemise.
EPLUCHER, v. a. Examiner avec soin, méticuleusement, soupçonneusement, la conduite de quelqu'un ou une affaire quelconque.