Dictionnaire de la langue verte
Part 15
DÉVIDEUR, s. m. Bavard.
DÉVIERGER, v. a. Séduire une jeune fille et la rendre mère,--dans l'argot du peuple.
DÉVISAGER, v. a. Egratigner le visage, le meurtrir de coups,--dans le même argot.
Signifie aussi: Regarder quelqu'un avec attention.
DÉVISSER SON BILLARD, v. a. Mourir,--dans l'argot des faubouriens.
DÉVISSEUR, s. m. adj. Médisant, _débineur_,--dans l'argot des gens de lettres et des faubouriens.
DEVOIR UNE DETTE, v. a. Avoir promis un rendez-vous d'amour,--dans l'argot des filles, qui sont brouillées avec la grammaire comme avec la vertu, et qui redoutent moins un pléonasme qu'un agent de police.
DÉVORANT, s. m. Compagnon du Tour de France,--dans l'argot des ouvriers.
DIABLE, s. m. Agent provocateur,--dans l'argot des voleurs, qui sont tentés devant lui du péché de colère.
DIABLE, s. m. L'attelabe,--dans l'argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.
DIABLE (A la), adv. Avec précipitation, sans soin, sans précaution,--dans l'argot du peuple.
DIABLE AU VERT (Au). Très loin,--dans le même argot.
Un grand nombre de savantes personnes veulent que cette expression populaire vienne du château de _Vauvert_, sur l'emplacement duquel fut jadis bâti le couvent des Chartreux, lui-même depuis longtemps remplacé par le bal de la Grande chartreuse ou Bal Bullier: je le veux bien, n'ayant pas assez d'autorité pour vouloir le contraire, pour prétendre surtout être seul de mon avis contre tant de monde. Cependant je dois dire d'abord que je ne comprends guère comment les Parisiens du XIVEe siècle pouvaient trouver si grande la distance qu'il y avait alors comme aujourd'hui entre la Seine et le carrefour de l'Observatoire; ensuite, j'ai entendu souvent, en province, des gens qui n'étaient jamais venus à Paris, employer cette expression, que l'on dit exclusivement parisienne.
DIABLE BAT SA FEMME ET MARIE SA FILLE (Le). Il pleut et fait soleil tout à la fois,--même argot.
DIABLE EN PRENDRAIT LES ARMES! (Le) Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie pour renforcer une menace, pour donner plus de poids à un ultimatum.
Se dit aussi à propos d'un grand vacarme «où l'on n'entendrait pas Dieu tonner». Quand on n'entend pas Dieu tonner, c'est qu'en effet le «diable en a pris les armes».
DIAMANT, s. m. Voix de la plus belle eau,--dans l'argot des coulisses.
DICTIONNAIRE VERDIER, s. m. Lexique fantastique,--dans l'argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu'un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement.
DIEU BAT SES MATELAS. Se dit,--dans l'argot du peuple, lorsqu'il tombe de la neige.
DIEU TERME (Le). Les 8 janvier, 8 avril, 8 juillet et 8 octobre de chaque année,--dans l'argot des bohèmes.
DIGUE-DIGUE, s. f. Attaque d'épilepsie,--dans l'argot des voyous.
DIJONNIER, s. m. Moutardier,--dans l'argot des faubouriens.
DILIGENCE DE ROME, s. f. La langue,--dans l'argot du peuple, qui sait qu'on va partout quand on sait demander son chemin.
DIMANCHE, adv. Jamais,--dans le même argot.
On dit aussi _Dimanche après la grand'messe_.
DIMANCHE, s. m. Endroit d'un navire ou d'une maison qu'on a oublié de nettoyer,--dans l'argot des marins.
DIMASINE, s. f. Chemisette,--dans l'argot des voleurs.
DINDE, s. f. Femme sotte, maladroite, sans aucun des charmants défauts de son sexe,--dans l'argot du peuple, qui a, du reste, l'honneur de se rencontrer avec Shakespeare: _Goose_ (oie), dit celui-ci en deux ou trois endroits de ses comédies.
DINDON, s. m. Imbécile, dupe.
_Être le dindon de la farce._ Être la victime choisie, payer pour les autres.
DINDONNER, v. a. Tromper, duper.
DINDORNIER, s. m. Infirmier,--dans l'argot des voleurs.
DÎNER EN VILLE, v. n. Manger un petit pain en marchant à travers les rues,--dans l'argot parfois navrant des bohèmes.
DÎNER PAR COEUR, v. n. Ne pas dîner du tout,--dans l'argot du peuple.
DINGUER, v. n. N'être pas d'aplomb,--dans l'argot des coulisses,--où l'on emploie ce verbe à propos des décors et des machinistes.
DINGUER, v. n. Flâner, se promener,--dans l'argot des faubouriens.
_Envoyer quelqu'un dinguer._ Le congédier brusquement, s'en débarrasser en le mettant à la porte.
DIRE, v. n. Plaire, agréer, convenir,--dans l'argot du peuple.
_Cela ne me dit pas._ Je n'ai pas d'appétit, de goût pour cela.
DIRE LA SIENNE, v. a. Raconter son histoire ou chanter sa romance après que les autres ont chanté ou raconté. Même argot.
DISCUSSION AVEC LES PAVÉS (Avoir une). Tomber sur les pavés et s'y égratigner le visage, soit en état d'ivresse, soit par accident,--dans l'argot des ouvriers, qui ont de ces discussions-là presque tous les lundis, en revenant de la barrière.
DIX-HUIT, s. m. Soulier ressemelé, c'est-à-dire deux fois neuf (9),--dans l'argot calembourique du peuple.
DOCTES PUCELLES (Les). Les neuf Muses,--dans l'argot des Académiciens, qui devraient pourtant se rappeler le
_... casta quam nemo rogavit_
de Martial. Si les Muses avaient des amants plus platoniques, tout le monde y gagnerait,--et surtout la littérature française.
DODO, s. m. Lit,--dans l'argot des enfants et des filles.
_Faire dodo._ Dormir.
DOG-CART, s. m. Sorte de voiture de maître, d'invention anglaise, et maintenant à la mode française. Argot des gandins et des carrossiers.
DOMINO-CULOTTE, s. m. Le domino restant dans la main du joueur.
DOMINOS, s. m. pl. Les dents,--dans l'argot du peuple, qui emploie là, s'en sans douter, une expression du _slang_ anglais.
_Avoir le jeu complet._ Avoir toutes ses dents.
_Jouer des dominos._ Manger.
DONDON, s. f. Femme chargée d'embonpoint; servante de cabaret,--dans le même argot.
DONDON, s. f. Maîtresse,--dans l'argot dédaigneux des bourgeoises.
DONNER, v. a. Dénoncer,--dans l'argot des voleurs.
_Être donné._ Être dénoncé.
DONNER (S'en), v. réfl. Prendre d'un plaisir avec excès,--dans l'argot du peuple.
DONNER (Se la), v. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot elliptique des faubouriens.
DONNER A LA BOURBONNAISE (La). Regarder quelqu'un d'un mauvais œil,--dans l'argot des voleurs.
DONNER CINQ ET QUATRE, v. a. Donner deux soufflets, l'un de la paume de la main, où les cinq doigts assemblés frappent ensemble; l'autre du revers de la main, le pouce demeurant alors sans action. Argot du peuple.
On dit aussi _Donner dix-huit_.
DONNER DANS L'OEIL, v. n. Plaire,--dans l'argot des petites dames, qui l'emploient aussi bien à propos des gens que des choses dont elles ont envie.
Les faubouriens disent: _Taper dans l'œil_. C'est plus expressif,--parce que c'est plus brutal.
Molière a employé _Donner dans la vue_ avec la même signification. J'ai trouvé dans _le Tempérament_, tragédie-parade de 1755: _Il m'a donné dans l'œil_, employé dans le même sens.
DONNER DE COUPS DE PIED (Ne pas se). Faire son propre éloge, se dire des choses aimables, s'avantager dans un récit. Argot du peuple.
DONNER DE LA GROSSE CAISSE. Faire des réclames à un livre ou à un médicament,--dans l'argot des journaux.
DONNER DE L'AIR (Se), v. réfl. S'en aller de quelque part, non parce qu'on y étouffe, mais parce qu'on s'y ennuie, ou parce qu'il est l'heure de se retirer.
DONNER DE LA SALADE. Battre, secouer quelqu'un,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que cette expression est une corruption de _Donner la salle_, c'est-à-dire fouetter un écolier en public.
Ils disent aussi _Donner une chicorée_.
DONNER DU BALAI. Chasser quelqu'un, remercier un employé, congédier un domestique,--dans l'argot des bourgeois.
DONNER DU BON TEMPS (Se). Se divertir, «cueillir le jour» et la nuit,--dans le même argot.
DONNER DU CAMBOUIS. Se moquer de quelqu'un, lui jouer un tour, le duper,--dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis trois cents ans: «Ah! très orde vieille truande! vous me baillez du cambouys!» s'écrie le Diable dans la _Farce du meunier_.
DONNER DU FIL A RETORDRE. Embarrasser quelqu'un, lui rendre une affaire épineuse, une question difficile à résoudre.
DONNER DU VENT. _Brimer_,--dans l'argot des Saint-Cyriens.
DONNER DU VINAIGRE. Tourner très vite,--dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent à la corde.
DONNER LA MIGRAINE A UNE TÊTE DE BOIS, v. a. Être excessivement ennuyeux,--dans l'argot des gens de lettres.
L'expression appartient à Hippolyte Babou.
DONNER SON BOUT, v. a. Congédier un ouvrier,--dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi _donner son bout de ficelle_.
DONNER UN COUP DE PIED JUSQUE... Aller jusqu'à tel endroit désigné,--dans l'argot du peuple.
DONNER UN COUP DE POING DONT ON NE VOIT QUE LA FUMÉE, v. a. L'appliquer sur le visage avec une grande violence,--même argot.
J'ai entendu la phrase, et j'ai frémi pour celui à qui elle s'adressait: «Je te donnerai un coup de poing au nez, que tu n'en verras que la fumée!» disait un robuste Auvergnat à un ouvrier d'apparence médiocre.
DONNER UN PONT A FAUCHER, v. a. Tendre un piège,--dans l'argot des voleurs.
DONNER UN REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, v. a. Révéler un nouveau méfait à la charge d'un accusé,--dans le même argot.
DONNEUR D'AFFAIRES, s. m. Celui qui indique les vols à faire.
DONNEZ-LA! Méfiez-vous,--dans le même argot.
DONT AUQUEL, adj. A qui rien n'est comparable,--dans l'argot du peuple.
Il y a plus d'un siècle déjà que ce barbarisme court les rues.
DONZELLE, s. f. Fille qui préfère la compagnie des hommes à celle des femmes,--dans le même argot.
Signifie aussi Maîtresse.
Comme les mots déchoient! La _donzelle_ du Moyen Age était la demoiselle de la maison,--_dominicella_, ou _domina_; la _donzelle_ du XIXe siècle est une demoiselle de maison.
DOR, s. m. Or, du dor,--dans l'argot des enfants.
DORANCHER, v. a. Dorer,--dans l'argot des voleurs.
DORMIR EN CHIEN DE FUSIL, v. n. C'est,--dans l'argot du peuple,--prendre en dormant une posture qui donne au corps la forme d'une S ou du morceau de fer qu'on abat sur le bassinet de certaines armes à feu lorsqu'on veut tirer.
DORSAY, s. m. Petite jaquette élégante,--dans l'argot des tailleurs et des gandins.
DORT-DANS-L'AUGE, s. m. Paresseux, homme qui s'endort sur la besogne,--dans l'argot du peuple.
DORT-EN-CHIANT, s. m. Homme mou, paresseux, lambin.
DOS D'AZUR, s. m. Souteneur de filles.
(V. _Dauphin_.)
On dit aussi _Dos vert_.
DOSSIÈRE, s. f. Fille publique,--dans l'argot des voleurs, qui n'ont certainement pas voulu dire, comme le prétend un étymologiste, «femme sur laquelle tout le monde peut s'asseoir». Quelle étymologie alors? Ah! voilà! _Difficile dictu._ Une dossière, c'est une femme qui joue souvent le rôle de supin.
DOSSIÈRE DE SATTE, s. f. Chaise, fauteuil,--dans le même argot.
DOUBLAGE, s. m. Vol,--dans l'argot des voyous, qui appellent les voleurs _Doubleurs_, probablement parce qu'ils témoignent une grande _duplicité_.
DOUBLE, s. m. Sergent-major,--dans l'argot des soldats, qui l'appellent ainsi probablement à cause de ses deux galons dorés.
DOUBLER, v. a. Voler.
DOUBLER UN CAP, v. a. Passer heureusement une échéance, un 1er ou un 15, sans avoir un billet protesté,--dans l'argot des commerçants, qui connaissent les écueils de la Fortune.
Henry Murger, dans sa _Vie de Bohème_, appelle ce 1er et ce 15 de chaque mois le _Cap des Tempêtes_, à cause des créanciers qui font rage à ce moment-là pour être payés.
DOUBLE SIX, s. m. Nègre,--dans l'argot des voleurs.
DOUBLE SIX, s. m. Les deux dents au milieu de la mâchoire supérieure. Argot des faubouriens.
DOUBLEUR, s. m. Voleur.
_Doubleur de sorgue._ Voleur de nuit.
DOUBLURE, s. f. Acteur secondaire, chargé de remplacer, de _doubler_ son chef d'emploi malade ou absent. Argot des coulisses.
DOUBLURE DE LA PIÈCE, s. f. «Ce qu'il y a sous le corsage d'une robe de femme»,--dans l'argot des bourgeois, qui, quoique très Orgon, sont parfois de la famille de Tartufe.
DOUCE, s. f. Étoffe de soie ou de satin,--dans l'argot des voleurs.
DOUCE, s. f. Fièvre,--dans le même argot.
DOUCE (A la), adv. Doucement,--dans l'argot du peuple.
On dit quelquefois: _A la douce, comme les marchands de cerises_.
DOUCETTE, s. f. Lime,--dans l'argot des voleurs.
DOUCEURS, s. f. pl. Choses de diverse nature qu'on porte aux malades ou aux prisonniers,--aux uns des oranges, aux autres du tabac.
DOUILLARD, s. m. Homme riche, fourni de _douille_.
Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.
DOUILLE, s. f. Argent, monnaie,--dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
DOUILLES, s. f. pl. Cheveux,--dans le même argot.
_Douilles savonnées._ Cheveux blancs.
DOUILLET, s. m. Crin, crinière.
DOUILLURE, s. f. Chevelure.
DOUSSIN, s. m. Plomb,--dans l'argot des voleurs.
DOUX, s. m. Crème de menthe, anisette, vespétro, etc.,--dans l'argot des bourgeoises.
DOUX LARCIN, s. m. Baiser,--dans l'argot des académiciens, qui traitent l'Amour d'«aimable voleur de cœurs».
DRAGÉE, s. f. Balle,--dans l'argot des troupiers.
_Recevoir une dragée._ Être atteint d'une balle.
On dit aussi _Gober la dragée_.
DRAGUE, s. f. Attirail d'escamoteur, tréteaux de charlatan,--dans l'argot des faubouriens, qui savent avec quelle facilité les badauds se laissent _nettoyer_ les poches.
DRAGUEUR, s. m. Charlatan, escamoteur, saltimbanque.
DRAPEAU, s. m. Serviette,--dans l'argot des francs-maçons.
_Grand drapeau._ Nappe.
DRAPEAUX, s. m. pl. Couches, langes de nouveau-né,--dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques siècles.
DRINGUE, s. f. _Ventris fluxus_,--dans l'argot des faubouriens.
DROGUE, s. f. Chose de mauvaise qualité, étoffe inférieure, _camelote_,--dans l'argot des bourgeois, qui se rappellent le _droguet_ de leurs pères.
DROGUE, s. f. Femme acariâtre, et, de plus, laide,--dans l'argot du peuple, qui a de la peine à _avaler_ ces créatures-là.
Se dit aussi d'un Homme difficile à vivre.
DROGUE, s. f. Jeu de cartes,--dans l'argot des troupiers, qui condamnent le perdant à porter sur le nez un petit morceau de bois fendu.
_Faire une drogue._ Jouer cette partie de cartes.
DROGUER, v. n. Attendre, faire le pied de grue,--dans l'argot du peuple.
DROGUER, v. n. Demander,--dans l'argot des voleurs, qui savent qu'on _attend_ toujours, et quelquefois longtemps, une réponse.
DROGUERIE, s. f. Demande.
DROGUEUR DE LA HAUTE, s. m. Escroc habile, qui sait battre monnaie avec des histoires.
DRÔLE (Pas ou Peu), adj. Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie à propos de tout et de rien, d'un événement qui l'afflige ou d'une histoire qui l'ennuie, d'une bretelle qui se rompt ou d'une tuile qui tombe sur la tête d'un passant, etc., etc.
DRÔLESSE, s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre Cythère,--dans l'argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne sont que dévergondées.
DRÔLESSE, s. f. Maîtresse, concubine,--dans l'implacable argot des bourgeoises, jalouses de l'empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec leur fortune.
DRÔLICHON, NE, adj. Amusant, _drôle_,--dans l'argot du peuple.
DUC DE GUICHE, s. m. _Guichetier_,--dans l'argot des faubouriens.
DULCINÉE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des bourgeois, qui cependant se garderaient bien de se battre pour la leur, même contre des moulins.
DUMANET, s. m. Soldat crédule à l'excès,--dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir de ce type de vaudeville, né le jour de la prise d'Alger.
DUR, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Raide_.
DUR, s. m. Fer,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Durin_.
DUR A AVALER, adj. Se dit--dans l'argot du peuple--d'une histoire invraisemblable à laquelle on se refuse à croire, ou d'un accident dont on a de la peine à prendre son parti.
On dit aussi, dans le même sens: _Dur à digérer_.
DUR-A-CUIRE, s. m. Homme insensible à la douleur, physique ou morale.
DURAILLE, s. f. Pierre,--dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi _Dure_.
_Dure à briquenion._ Pierre à briquet.
Ils disent aussi _Dure à riffle_.
_Duraille sur mince._ Diamant sur papier.
DUR-A-LA-DÉTENTE, adj. et s. Homme avare, qui ne lâche pas volontiers les ressorts de la bienfaisance ou du crédit,--dans l'argot du peuple, pour qui ces sortes de gens sont de «singuliers pistolets».
On dit aussi _Dur à la desserre_.
DURE, s. f. La terre,--dans l'argot des voleurs et du peuple.
_Coucher sur la dure._ Coucher à la belle étoile.
DURÊME, s. m. Fromage blanc,--dans l'argot des voleurs.
DURILLON, s. m. Gibbosité humaine,--dans l'argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire.
Ils disent aussi _Loupe_.
DURINER, v. a. Ferrer,--dans l'argot des voleurs.
DU VENT! DE LA MOUSSE! Phrase de l'argot des faubouriens, qui l'emploient fréquemment en réponse à quelque chose qui leur déplaît ou ne leur va pas.
Ils disent aussi, soit: _De l'anis!_ soit: _Des navets!_ soit: _Des nèfles!_ soit: _Du flan!_
Qu'on ne croie pas l'expression moderne, car elle a des chevrons: «Si on la loue en toutes sortes de langues, elle n'aura que du vent en diverses façons,» dit La Serre, historiographe de France, dans un livre adressé à mademoiselle d'Arsy, fille d'honneur de la reine (1638).
E
EAU BÉNITE DE CAVE, s. f. Vin,--dans l'argot du peuple, qui sait que tous les cabaretiers font concurrence à saint Jean-Baptiste.
EAU DE BOUDIN, s. f. Chose illusoire.
_Tourner en eau de boudin._ Se dit d'une promesse qu'on ne tient pas, d'un héritage qui échappe, d'un projet qui avorte.
Ne serait-ce pas plutôt _os de boudin_? Car enfin à la rigueur, on peut trouver de l'_eau_ dans un boudin, tandis qu'on n'y trouvera jamais d'_os_.
EAU-FORTIER, s. m. Graveur.
EAUX SONT BASSES (Les). N'avoir plus ou presque pas d'argent,--dans l'argot des bourgeois.
ÉBASIR, v. a. Assassiner,--dans l'argot des prisons.
ÉBAUBI, adj. et s. Étonné, émerveillé,--dans l'argot du peuple.
ÉBERLUÉ, adj. Surpris, émerveillé, _aveuglé_ par l'étonnement.
ÉBOUFFER (S'), v. réfl. Rire aux éclats.
ÉCACHER, v. a. Écraser en aplatissant.
On disait et on écrivait autrefois _Esquacher_.
ÉCARBOUILLER, v. a. Écraser, aplatir, réduire en miettes, en _escarbilles_, ou plutôt en _escarres_.
On dit aussi _Ecrabouiller_, et _Escrabouiller_.
ÉCARTER DU FUSIL, v. n. Envoyer, en parlant, une pluie de salive au visage de son interlocuteur.
On disait autrefois _Écarter la dragée_.
ÉCHALAS, s. m. pl. Jambes, surtout quand elles sont maigres,--dans l'argot des faubouriens.
_Avoir avalé un échalas._ Être d'une maigreur remarquable.
ÉCHAPPÉ D'HÉRODE, s. m. Homme innocent, c'est-à-dire niais,--dans l'argot ironique du peuple.
ÉCHARPILLER, v. a. Briser une chose en mille morceaux.
_Se faire écharpiller._ Se faire accabler de coups.
ÉCHASSES, s. f. pl. Jambes fines, et même maigres. Argot du peuple.
ÉCHASSIER, s. m. Homme long et maigre.
ÉCHAUBOULURE, s. f. Petite élevure rouge qui vient sur la peau à la suite d'une brûlure.
ÉCHAUDÉ (Être). Trompé par un marchand, volé par un restaurateur, carotté par un neveu.
ÉCHAUDER, v. a. Surfaire un prix, exagérer le _quantum_ d'une note,--dans l'argot des bourgeois, qui, depuis le temps qu'il y a des marchands et des restaurateurs, doivent avoir l'eau froide en horreur.
ÉCHO! Bis,--dans l'argot des goguettiers, qui se plaisent à faire répéter les couplets des autres, afin qu'on fasse bisser les leurs.
ÉCHOS, s. m. pl. Les bruits de ville et de théâtre,--dans l'argot des petits journalistes.
ÉCHOTER, v. n. Rédiger des _échos_.
ÉCHOTIER, s. m. Faiseur ou collecteur d'échos.
ÉCLAIRER, v. n. Payer,--dans l'argot du peuple, qui sait, quand il le faut, montrer pièce d'or _reluisante_ ou pièce d'argent toute battante neuve.
ÉCLAIRER, v. n. Montrer qu'on a de l'argent pour parier, pour jouer ou pour faire des galanteries,--dans l'argot de Breda-Street.
ÉCLIPSER (S'), v. réfl. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot des bourgeois frottés d'astronomie.
ÉCLOPÉ, s. et adj. Qui marche difficilement,--dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition.
«Il n'i a borgne n'esclopé.»
dit le _Roman du renard_.
Se dit aussi pour Blessé.
ÉCLUSER, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des ouvriers facétieux.
Ils disent aussi _Lâcher les écluses_.
ÉCONOMIE DE BOUTS DE CHANDELLE, s. f. Économie mal entendue, qu'il est ridicule parce qu'inutile de faire. Argot des bourgeois.
ÉCOPER, v. n. Boire,--dans l'argot des typographes.
ÉCOPER, v. n. Recevoir des coups,--dans l'argot des gamins.
ÉCORCHE-CUL (A), loc. adv. En glissant, en se traînant sur le derrière,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi A contre-cœur.
ÉCORCHER, v. a. Surfaire un prix, exagérer le _quantum_ d'une addition, de façon à faire _crier_ les consommateurs et à les empêcher de revenir.
ÉCORNÉ, adj. et s. Voleur sur la sellette.
ÉCORNER, v. a. Médire de quelqu'un, attaquer sa réputation,--dans l'argot du peuple.
ÉCORNER, v. a. Injurier, faire les _cornes_,--dans l'argot des voleurs.
ÉCORNER LES BOUCARDS, v. a. Forcer les boutiques,--dans le même argot.
ÉCOSSAIS, s. et adj. Hospitalier,--dans l'argot des gens de lettres, qui ont conservé bon souvenir des montagnards de _la Dame blanche_.
_Hospitalité écossaise._ Hospitalité gratuite, désintéressée, aimable.
ÉCOSSEUR, s. m. Secrétaire, homme chargé d'ouvrir les dépêches,--dans l'argot des employés.
ÉCOT, s. m. Part de chacun dans un repas. Argot du peuple.
_Être à son écot._ Payer ce qu'on consomme.
_Être à l'écot de quelqu'un._ Dîner à ses dépens.
ÉCOUTE S'IL PLEUT, s. m. Fadaise, conte à dormir debout,--dans le même argot.
ÉCRACHE, s. m. Passeport,--dans l'argot des voleurs.
_Écrache-tarte._ Faux passeport.
ÉCRACHER, v. a. Exhiber son passeport. Même argot.
ÉCRASANT, adj. Etonnant, inouï, accablant,--dans l'argot des littérateurs, qui emploient ce mot à propos des gens aussi bien qu'à propos des choses.
ÉCRASER DES TOMATES, v. a. Avoir ses _menses_,--dans l'argot des petites dames.
ÉCRASER UN GRAIN, v. a. Boire un canon de vin sur le comptoir du cabaretier,--dans l'argot des faubouriens qui ont un fier pressoir dans l'estomac.
ÉCREVISSE, s. f. Cardinal,--dans l'argot des voleurs, qui ont l'honneur de se rencontrer avec Jules Janin, lequel a employé le même trope à propos du Homard, «ce cardinal de la mer». Cardinaux sans doute, ces crustacés décapodes,--mais seulement lorsqu'ils ont subi la douloureuse épreuve du court-bouillon.
ÉCRIVASSER, v. n. Ecrire, faire des livres,--dans l'argot des gens de lettres, qui n'emploient cette expression que péjorativement.
ÉCRIVASSIER, s. m. Mauvais écrivain. Le mot a été employé pour la première fois en littérature, par Gilbert.
ÉCRIVEUR, EUSE, s. et adj. Qui se plaît à écrire, et, à cause de cela, écrit à tort et à travers. Argot du peuple.
Madame de Sévigné, qui était une écriveuse d'esprit, a employé le mot _écriveux_.
ECUELLE, s. f. Assiette,--dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition.
«Et doibt, por grace deservir, Devant le compaignon servir, Qui doibt mengier en s'escuelle.»
dit le _Roman de la Rose_.
ÉCUME DE TERRE, s. f. Etain,--dans l'argot des voleurs.
ÉCUMOIRE, s. f. Visage marqué de petite vérole,--dans l'argot des faubouriens.
ÉCURER SON CHAUDRON, v. a. Aller à confesse,--dans l'argot du peuple, pour qui c'est un moyen de nettoyer sa conscience de tout le vert-de-gris qu'y ont déposé les passions mauvaises.
ÉDREDON DE TROIS PIEDS, s. m. Botte de paille.
EF, s. m. Apocope d'_effet_,--dans l'argot de Breda-Street.
_Faire de l'ef._ Briller; faire des embarras.
EFFACER, v. a. Boire ou manger,--dans l'argot des faubouriens.
_Effacer un morceau de fromage._
EFFAROUCHER, v. a. Voler,--dans l'argot des voleurs, qui sont si adroits qu'en effet la chose qu'ils dérobent a l'air de s'enfuir, effarouchée, de la poche du volé dans la leur.
EFFET, s. m. Impression produite sur le public par une pièce ou par un acteur. Argot des coulisses.
Se dit en général de l'ouvrage ou du rôle, et, en particulier, d'un mot, d'un geste, d'une intonation.
_Avoir un effet._ Avoir à dire un mot qui doit impressionner les spectateurs, les faire rire ou pleurer.
_Couper un effet._ Distraire les spectateurs en parlant avant son tour, détourner leur attention à son profit et au préjudice du camarade qui est en train de jouer.