Dictionnaire de la langue verte

Part 14

Chapter 143,668 wordsPublic domain

DANDILLER, v. n. Sonner,--dans l'argot des faubouriens.

DANDILLON, s. m. Cloche.

DANDINETTE, s. f. Correction,--dans l'argot du peuple, qui corrige ses enfants en les faisant _danser_.

DANSE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans le même argot.

_Danse soignée._ Batterie acharnée.

DANSE, s. f. Combat,--dans l'argot des troupiers.

DANSE DU PANIER, s. f. Bénéfice illicite de la cuisinière. Argot du peuple.

On dit aussi: _Faire danser l'anse du panier_. Quand une cuisinière, revenue du marché, a vidé les provisions que contenait tout à l'heure son panier, elle prend celui-ci par l'anse et le secoue joyeusement pour faire sauter l'argent épargné par elle à son profit, et non à celui de sa maîtresse.

DANSER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,--dans l'argot des faubouriens.

_Danser du bec._ Avoir une haleine douteuse.

_Danser des arpions._ Avoir des chaussettes sales.

DANSER, v. n. Perdre de l'argent; payer ce qu'on ne doit pas.

On dit aussi, à propos d'une somme perdue, volée, ou donnée: _La danser_ de tant.

_Faire danser quelqu'un._ Se faire offrir quelque chose par lui.

DANSER (Faire). Battre, donner des coups.

_Faire danser ses écus._ Dépenser joyeusement sa fortune.

DANSER (La), v. n. Perdre son emploi, et, par extension, la vie.

Signifie aussi: Être battu.

DANSER DEVANT LE BUFFET, v. n. N'avoir pas de quoi manger,--dans l'argot du peuple.

DANSEUR, s. m. Dindon,--dans l'argot des voyous.

DARDANT, s. m. L'amour,--dans l'argot des voleurs, qui aiment la femme avec excès.

DARDELLE, s. f. Gros sou,--dans l'argot des gamins, qui s'en servent pour jouer au bouchon.

DARE-DARE, interj. A la hâte,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Diderot, qui s'en est servi dans son _Neveu de Rameau_.

DARIOLE, s. f. Soufflet, coup de poing,--dans le même argot.

DARON, s. m. Père,--dans l'argot des voleurs, qui ont _emprunté_ ce mot au vieux langage des honnêtes gens.

_Daron de la raille_ ou _de la rousse_. Préfet de police.

DARONNE, s. f. Mère.

_Daronne du Dardant._ Vénus, mère de l'Amour.

_Daronne du grand Aure_, la Sainte Vierge, mère de Dieu.

DAUFFE, s. f. Pince de voleur, dont l'extrémité est en queue de _dauphin_.

DAUPHIN ou DOS FIN, s. m. Souteneur de filles; homme-poisson _ad usum Delphinæ_, ou toute autre sainte de même farine ou de même charbon.

DAVONE, s. f. Prune,--dans l'argot des voleurs.

DÉ, adv. Oui,--dans l'argot des marbriers de cimetière.

DÉBACLER, v. a. Ouvrir,--dans l'argot des voleurs.

DÉBAGOULER, v. a. Parler,--dans l'argot du peuple.

DÉBALLAGE, s. m. Déshabillé de l'homme ou de la femme,--dans l'argot des faubouriens.

_Être volé au déballage._ S'apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu'on s'était imaginée idéalement belle, d'après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n'a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

DÉBARBOUILLER, v. a. Éclaircir une chose, une situation,--dans l'argot du peuple.

_Se débarbouiller._ Se retirer tant bien que mal d'une affaire délicate, d'un péril quelconque.

Se dit aussi du temps lorsque de couvert il devient serein.

DÉBARDEUR, s. m. Type du carnaval parisien, inventé il y a une trentaine d'années, et dont il ne reste plus rien aujourd'hui que ce léger fusain:

«Qu'est-ce qu'un débardeur? Un jeune front qu'incline Sous un chapeau coquet l'allure masculine, Un corset dans un pantalon. Un masque de velours aux prunelles ardentes, Sous des plis transparents des formes irritantes, Un ange doublé d'un démon.»

DÉBINAGE, s. m. Médisance, et même calomnie,--dans l'argot des faubouriens.

DÉBINE, s. f. État de gêne, misère,--dans le même argot.

J'ai entendu dire _Dibène_ (pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l'on parle le wallon, c'est-à-dire le vieux français.

_Tomber dans la débine._ Devenir pauvre.

DÉBINER, v. a. Médire,--et même calomnier.

En wallon, on dit: _Dibiner_, pour être mal à l'aise, en langueur.

_Se débiner._ S'injurier mutuellement.

DÉBINER (Se). S'en aller, s'enfuir.

En wallon, on dit _Biner_ pour Fuir.

DÉBINER LE TRUC, v. a. Vendre le secret d'une affaire, révéler les ficelles d'un tour. Argot des saltimbanques.

DÉBONDER, v. n. _Alvum deponere_,--dans l'argot du peuple.

DÉBORDER, v. n. Rejeter hors de l'estomac le liquide ou la nourriture ingérés en excès,--dans le même argot.

_Se faire déborder._ Se faire vomir.

DÉBOUCLER, v. a. Mettre un prisonnier en liberté,--dans l'argot des voleurs.

DÉBOURRER, v. a. Déniaiser quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

_Se débourrer._ S'émanciper, se dégourdir.

DÉBOUSCAILLER, v. a. Décrotter--dans l'argot des voyous.

DÉBOUSCAILLEUR, s. m. Décrotteur.

DÉBOUTONNER (Se). Parler franchement, dire ce qu'on a sur le cœur ou dans le ventre. Argot des bourgeois.

DÉBRIDER, v. n. Ouvrir,--dans l'argot des voleurs.

DÉBRIDER, v. n. Manger avec appétit,--dans l'argot du peuple, qui assimile l'homme au cheval.

DÉBRIDOIR, s. m. Clef.

DÉBUTER, v. n. Viser un but quelconque et s'en approcher le plus possible, afin de savoir qui jouera le premier aux billes, à la marelle, etc. Argot des enfants.

DÉCADENER, v. a. Déchaîner, débarrasser de ses liens,--dans l'argot des voleurs.

DÉCALITRE, s. m. Chapeau rond, en forme de _boisseau_,--dans l'argot des faubouriens.

DÉCAMPER, v. n. S'en aller, s'enfuir,--dans l'argot du peuple.

_Décamper sans tambour ni trompette._ S'en aller discrètement ou honteusement, selon qu'on est bien élevé ou qu'on a été inconvenant.

On dit aussi _Décampiller_.

DÉCANAILLER (Se), v. a. Sortir de l'obscurité, de la misère, de l'abjection,--dans le même argot.

DÉCANILLER, v. n. Déguerpir, partir comme un _chien_,--dans le même argot.

On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si rationnelle (_canis_), M. Francisque Michel a été jusqu'en Picardie chercher une _chenille_.

DÉCARCASSER (Se), t. réfl. Se démener, s'agiter bruyamment,--dans le même argot.

DÉCARRADE, s. f. Sortie, départ, fuite,--dans l'argot des voleurs.

DÉCARRER, v. n. S'en aller de quelque part, s'enfuir.--dans l'argot des voleurs et du peuple.

DÉCARRER DE BELLE. Sortir de prison sans avoir passé en jugement. Argot des voleurs.

DÉCARTONNER (Se), v. réfl. Vieillir, ou être atteint de maladie mortelle,--dans l'argot des faubouriens.

DÉCATI, adj. et s. Qui n'a plus ni jeunesse, ni beauté, qui sont le _cati_, le lustre de l'homme et de la femme.

DÉCATIR (Se), v. réfl. Vieillir, enlaidir, se faner.

DÉCAVÉ, s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes,--dans l'argot de Breda-Street.

DÉCHANTER, v. n. Revenir d'une erreur; perdre une illusion; rabattre de ses prétentions,--dans l'argot du peuple, fidèle sans le savoir à l'étymologie (_decantare_).

DÈCHE, s. f. Pauvreté, _déchet_ de fortune ou de position,--dans le même argot.

Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat d'Anglemont en attribue l'invention à un pauvre cabotin du Cirque, qui, chargé de dire à Napoléon dans une pièce de Ferdinand Laloue: «Quel échec, mon empereur!» se troubla et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que: «Quelle dèche, mon empereur!»

_Être en dèche._ Être en perte d'une somme quelconque.

DÉCHEUX, adj. et s. Homme pauvre, misérable.

DÉCHIRÉE (N'être pas trop). Se dit--dans l'argot du peuple--d'une femme qui est encore jeune, jolie et appétissante.

On dit aussi _N'être pas trop égratignée_.

DÉCHIRER (Ne pas se). Se faire des compliments; se vanter.

DÉCHIRER DE LA TOILE. Faire un feu de peloton,--dans l'argot des troupiers.

DÉCHIRER LA CARTOUCHE, v. a. Manger,--dans l'argot des soldats et des ouvriers qui se souviennent de leurs sept ans.

DÉCHIRER SON HABIT, v. a. Mourir,--dans l'argot des tailleurs.

DÉCHIRER SON TABLIER, v. a. Mourir,--dans l'argot des domestiques.

DÉCLANCHER (Se), v. réfl. Se démettre l'_épaule_,--dans l'argot des faubouriens, qui assimilent l'homme au mouton.

DÉCLOUER, v. a. Dégager des effets du mont-de-piété, du _clou_.

DÉCOLLER, v. n. S'en aller de quelque part; quitter une place,--dans l'argot des ouvriers.

DÉCOLLER LE BILLARD. Mourir.

On dit aussi _Dévisser son billard_.

DÉCOMPTE, s. m. Blessure mortelle,--dans l'argot des troupiers, qui savent qu'en la touchant il faut quitter le service et la vie.

DÉCONFITURE, s. f. Faillite,--dans l'argot des bourgeois.

_Être en déconfiture._ Avoir déposé son bilan.

DÉCORS, s. m. pl. Cordons, tabliers, bijoux,--dans l'argot des francs-maçons.

DÉCOUDRE (En), v. n. Se battre en duel ou à coups de poing,--dans l'argot du peuple et des troupiers.

DÉCOUVRIR LA PEAU DE QUELQU'UN, v. a. Lui faire dire ce qu'il aurait voulu cacher,--dans l'argot du peuple.

DÉCRASSER UN HOMME, v. a. Lui enlever sa timidité, sa pudeur, sa dignité, sa conscience,--dans l'argot des faubouriens, qui ont des idées particulières sur la propreté.

Pour les filles, _Décrasser un homme_, c'est le ruiner, et pour les voleurs, c'est le voler,--c'est-à-dire exactement la même chose.

DÉCROCHER, v. a. Dégager un objet du mont-de-piété,--dans l'argot des ouvriers.

DÉCROCHER, v. a. Tuer d'un coup de fusil,--dans l'argot des troupiers.

Ils disent aussi _Descendre_.

DÉCROCHER SES TABLEAUX, v. a. Opérer des fouilles dans ses propres narines et en extraire les mucosités sèches qui peuvent s'y trouver. Argot des rapins.

DÉCROCHER UN ENFANT, v. a. Faire avorter une femme,--dans l'argot du peuple.

_Se faire décrocher._ Employer des médicaments abortifs.

DÉCROCHEZ-MOI ÇA, s. m. Chapeau de femme,--dans l'argot des revendeuses du Temple.

DÉCROCHEZ-MOI ÇA, s. m. Boutique de fripier,--dans l'argot du peuple.

_Acheter une chose au décrochez-moi ça._ L'acheter d'occasion, au Temple ou chez les revendeurs.

DÉCROTTER UN GIGOT, v. a. N'en rien laisser que l'os,--dans l'argot des ouvriers, qui ont bon appétit une fois à table.

DÉDURAILLER, v. a. Oter les fers d'un forçat ou les liens d'un prisonnier.

DÉFARDEUR, s. m. Voleur,--dans l'argot des voyous.

On dit aussi _Doubleur_.

DÉFARGUER, v. n. Pâlir,--dans l'argot des voleurs, pour qui _farguer_ c'est rougir.

DÉFARGUEUR, s. m. Témoin à décharge, assez maître de lui pour mentir sans _rougir_.

DÉFENDRE SA QUEUE, v. a. se défendre quand on est attaqué,--dans l'argot du peuple, qui prend l'homme pour un chien.

DÉFIGER, v. a. Réchauffer,--dans le même argot.

DÉFILER LA PARADE, v. n. Mourir,--dans l'argot des troupiers, qui blessés en pleine poitrine par un éclat d'obus, trouvent encore le temps de faire le salut militaire à leur chef comme pour lui dire: _Ave, Cæsar, morituri te salutant_.

DÉFLEURIR LA PICOURE, v. a. Voler le linge étendu dans les prés ou sur les haies. Argot des prisons.

DÉFOURAILLER, v. n. Courir,--dans l'argot des voyous.

DÉFRIMOUSSER, v. a. Défigurer quelqu'un,--dans le même argot.

DÉFRISER, v. a. Désappointer, contrarier quelqu'un,--dans l'argot du peuple.

DÉFRUSQUER, v. a. Dépouiller quelqu'un de ses vêtements,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _Défrusquiner_.

_Se défrusquer._ Se déshabiller.

DÉGAINE, s. f. Allures du corps, fourreau de l'âme.--dans l'argot du peuple, qui n'emploie ordinairement ce mot qu'en mauvaise part.

_Avoir une belle dégaine._ Se dit ironiquement des gens qui n'ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites.

DÉGAUCHIR, v. n. Voler.

DÉGELÉE, s. f.--Coups donnés ou reçus,--dans l'argot des faubouriens.

DÉGELER, v. n. Se déniaiser, se remettre de son émotion,--dans le même argot.

Signifie aussi: Mourir.

DÉGINGANDÉ, adj. s. Qui a mauvaise grâce, au propre et au figuré,--dans l'argot du peuple.

DÉGINGANDER (Se), v. réfl. Se donner des allures excentriques et de mauvais goût.

DÉGOBILLADE, s. f. Résultat d'une indigestion,--dans l'argot du peuple.

DÉGOBILLER, v. a. et n. Avoir une indigestion.

DÉGOMMADE, s. f. Vieillesse, décrépitude naturelle ou précoce,--dans l'argot du peuple.

DÉGOMMER, v. a. Destituer, casser d'un grade,--dans l'argot des troupiers.

_Se dégommer._ S'entre-tuer.

DÉGOMMER (Se), v. réfl. Vieillir, perdre de ses cheveux, de son élégance, de sa fraîcheur,--au propre et au figuré.

DÉGOTTAGE, s. m. Action de surpasser quelqu'un en force ou en talent, en esprit ou en beauté. Argot des faubouriens.

Signifie aussi: Recherche couronnée de succès.

DÉGOTTER, v. a. Surpasser, faire mieux ou pis; étonner, par sa force ou par son esprit, des gens malingres ou niais.

Signifie aussi: Trouver ce que l'on cherche.

DÉGOULINER, v. n. Couler, tomber goutte à goutte des yeux et surtout de la _bouche_,--dans l'argot du peuple.

DÉGOURDIR, v. a. Emanciper l'esprit ou les sens de quelqu'un,--dans le même argot.

_Se dégourdir._ Se débourrer, se débarrasser de ses allures gauches, de la timidité naturelle à la jeunesse.

Signifie aussi: S'amuser.

DÉGOUTÉ (N'être pas). Prendre le meilleur morceau, choisir la plus jolie femme,--dans le même argot.

DÉGRAISSER (Se). Maigrir,--dans l'argot du peuple.

DÉGRAISSER UN HOMME, v. a. Le ruiner,--dans l'argot des petites dames, qui trouvent alors qu'_il n'y a pas gras_ dans ses poches.

DÉGRINGOLADE, s. f. Ruine, débâcle de fortune,--dans l'argot des bourgeois, témoins des croulements fréquents des parvenus d'aujourd'hui.

DÉGROSSIR, v. a. Découper des viandes,--dans l'argot des francs-maçons.

DÉGUEULAS, adj. Dégoûtant,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses.

DÉGUEULER, v. a. et n. Avoir une indigestion,--dans l'argot du peuple.

DÉGUEULIS, s. m. Résultat d'une indigestion.

DÉGUI, s. m. Déguisement--dans l'argot des voleurs.

DÉGUISER EN CERF (Se), v. réfl. Se retirer avec plus ou moins d'empressement,--dans l'argot des faubouriens.

DÉJETÉ, adj. Individu mal fait, laid, maigre, dégingandé,--dans l'argot des ouvriers.

_N'être pas trop déjeté._ Être bien conservé.

DÉJEUNER DE PERROQUET, s. m. Biscuit trempé dans du vin, qui permet d'attendre un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.

DE LA BOURRACHE! Exclamation de l'argot des faubouriens, dont il n'est pas difficile de deviner le sens quand on connaît les propriétés sudorifiques de la _borrago officinalis_.

C'est une expression elliptique très raffinée: _Ah! de la bourrache!_ c'est-à-dire: «Tu me fais suer!»

DÉLICAT ET BLOND, adj. Se dit ironiquement d'un gandin, d'un homme douillet, quelles que soient la couleur de ses cheveux et la vigueur de son corps. L'expression date d'un siècle.

DÉLICOQUENTIEUSEMENT, adv. Merveilleusement,--dans l'argot des coulisses.

DÉLIGE, s. f. _Diligence_,--dans l'argot des voyous, qui ne parlent pas toujours _diligentissimè_.

DÉMANCHER (Se). Se remuer beaucoup, se donner beaucoup de mal, souvent inutilement. Argot du peuple.

DÉMANTIBULER, v. a. Briser, disjoindre. Même argot.

C'est _démandibuler_ qu'il faudrait dire; la première application de ce verbe a dû être élite à propos de la _mâchoire_, qui se désarticule facilement.

_Se démantibuler._ Se séparer, se briser,--au propre et au figuré.

DÉMAQUILLER, v. a. Défaire une chose faite ou convenue,--dans l'argot des voleurs.

DÉMARGER, v. a. S'en aller, disparaître, s'enfuir,--dans le même argot.

On disait autrefois _Démurger_.

DÉMARRER, v. n. S'en aller; quitter une place pour une autre,--dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au vocabulaire des marins.

DÉMÉNAGER, v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid,--dans le même argot.

Signifie aussi: Être vieux, être sur le point de partir pour l'autre monde.

DÉMÉNAGER A LA FICELLE, v. n. A l'insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte,--dans l'argot des bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable.

On dit aussi _Déménager à la cloche de bois_.

DÉMÉNAGER AVANT LE TERME, Faire un _Lapsus linguæ_, «mettre la charrue devant les bœufs». Argot du peuple.

DÉMÉNAGER PAR LA CHEMINÉE, v. n. Brûler ses meubles lorsqu'on a reçu congé,--dans le même argot.

DEMI-AUNE, s. f. Bras,--dans l'argot des faubouriens.

_Tendre la demi-aune._--Mendier.

DEMI-CACHEMIRE, s. m. Fille ou femme qui est encore dans les limbes de la richesse et de la galanterie, et qui attend quelque protection secourable pour briller au premier rang des drôlesses.

Au XVIIIe siècle, en appelait ça _Demi-castor_. Les mots changent, mais les vices restent.

DEMI-MONDAINE, sub. fém. Femme du demi-monde,--dans l'argot des gens de lettres.

DEMI-MONDE, s. m. Sphère galante de la société parisienne, dans l'argot de M. Alexandre Dumas fils, qui a fait une pièce là-dessus.

DEMI-VERTU, s. f. Demoiselle qui est devenue dame de son propre chef, sans passer par l'église ni par la mairie: la chrysalide d'une _fille_.

DÉMOC, s. m. Apocope de _Démocrate_,--dans l'argot du peuple.

_Démoc-soc._ Démocrate-socialiste.

DEMOISELLE DU PONT-NEUF, s. f. Femme banale dans le cœur de laquelle tout le Paris galant a le droit de circuler.

DÉMOLIR, v. a. Critiquer âprement et injustement,--dans l'argot des gens de lettres, qui oublient trop qu'il faut quelquefois dix ans pour bâtir un livre.

DÉMOLIR, v. a. Tuer,--dans l'argot des faubouriens, qui oublient trop qu'il faut vingt ans pour construire un homme.

DÉMONÉTISER, v. a. Attaquer la réputation de quelqu'un et le ruiner,--dans l'argot du peuple.

_Se démonétiser._ Se discréditer, s'amoindrir, se ruiner moralement.

DÉMORGANER, v. n. Se ranger à un avis, se rendre à une observation,--dans l'argot des voleurs.

DÉNICHEUR DE FAUVETTES, s. m. Coureur de filles,--dans l'argot du peuple.

DENT (Avoir de la). Être encore beau cavalier ou jolie femme,--dans l'argot de Breda-Street.

Les petites dames de ce pays cythéréen qui veulent donner à rêver aux hommes disent aussi: _Seize ans, toutes ses dents et pas de corset_.

_Mal de dents._ Mal d'amour.

_N'avoir plus mal aux dents._ Être mort.

DÉPARLER, v. n. Cesser de parler,--dans l'argot du peuple.

_Ne pas déparler._ Bavarder fort et longtemps.

DÉPARLER, v. n. Ne pas savoir ce que l'on dit, parler d'une chose que l'on ne connaît pas. Argot des faubouriens.

DÉPARTEMENT DU BAS-REIN, s. m. La partie du corps sur laquelle on s'assied, et qui depuis des siècles a le privilège de servir d'aliment à ce qu'on est convenu d'appeler «la vieille gaieté gauloise».

L'expression appartient à l'argot des ouvriers, loustics de leur nature.

DÉPENDEUR D'ANDOUILLES, s. m. Homme d'une taille exagérée,--dans l'argot du peuple.

DÉPENSER SA SALIVE, v. a. Parler,--dans le même argot.

On dit aussi _Perdre sa salive_, dans le sens de: Parler inutilement.

DÉPIAUTER, v. a. Enlever la _peau_, l'écorce,--dans le même argot.

_Se dépiauter._ S'écorcher.

Signifie aussi Se déshabiller.

DÉPLANQUER, v. a. Retirer des objets d'une cachette ou du _plan_,--dans l'argot des voleurs.

DÉPLUMÉ, s. m. et a. Homme chauve,--dans l'argot des faubouriens.

DÉPLUMER (Se), v. réfl. Perdre ses cheveux.

DÉPONER, v. n. _Levare ventris onus_,--dans l'argot du peuple, pour qui le derrière est le _ponant_ du corps.

DÉPOSER UNE PÊCHE, v. a. _Levare ventris onus_,--dans l'argot des ouvriers.

Ils disent aussi _Déposer un kilo_.

DÉPOTOIR, s. m. Confessionnal,--dans l'argot des voleurs, qui ont de rares occasions d'y décharger leur conscience, pourtant bien remplie d'impuretés.

DÉPOTOIR, s. m. «Pot qu'en chambre on demande»,--dans l'argot des faubouriens.

Signifie aussi Coffre-fort.

DÉPOTOIR, s. m. _Prostibulum_,--dans l'argot des voyous.

DÉPUCELEUR DE NOURRICES, s. m. Fat ridicule, cousin germain de l'amoureux des onze mille vierges,--dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les Gascons.

DE QUOI, s. m. Fortune, aisance,--dans le même argot.

_Avoir de quoi._ Être assuré contre la soif, la faim et les autres fléaux qui sont le lot ordinaire des pauvres gens.

On dit aussi _Avoir du de quoi_.

DER, s. m. Apocope de _dernier_,--dans l'argot des écoliers.

DÉRALINGUER, v. n. Mourir,--dans l'argot des marins d'eau salée et d'eau douce.

DÉROYALISER, v. a. Détrôner un roi, enlever à un pays la forme monarchique et la remplacer par la forme républicaine.

L'expression date de la première Révolution et a pour père le conventionnel Peysard.

DÉSATILLER, v. a. Châtrer,--dans l'argot des voleurs.

DESCENDRE, v. a. Tuer, abattre d'un coup de fusil,--dans l'argot des soldats et des chasseurs.

DESCENDRE LA GARDE, v. n. Mourir,--dans l'argot du peuple.

DESCENTE DE LIT, s. f. Lion que l'esclavage a abruti et qui se laisse donner des coups de cravache par son dompteur sans protester par des coups de griffes.

DÉSENBONNETDECOTONNER, v. a. Débourgeoiser, donner de l'élégance à quelqu'un ou à quelque chose.

Le mot est de Balzac.

DÉSENFLAQUER (Se). Se désem...nuyer,--dans l'argot des faubouriens.

DÉSENFLAQUER (Se). Se tirer de peine, et aussi de prison,--dans l'argot des voleurs.

DÉSENFRUSQUINER (Se). Se déshabiller,--dans l'argot des faubouriens.

DÉSENTIFLAGE, s. m. Rupture, divorce,--dans l'argot des voleurs.

DÉSENTIFLER (Se), v. réfl. Se quitter, divorcer.

DESGRIEUX, s. m. Chevalier d'industrie et souteneur de _Manons_,--dans l'argot des gens de lettres, qui, avec raison, ne peuvent pardonner à l'abbé Prévost d'avoir poétisé le vice et le vol.

DÉSHABILLER, v. a. Donner des coups, battre quelqu'un à lui en déchirer ses vêtements,--dans l'argot des faubouriens.

DÉSOSSÉ, adj. et s. Homme extrêmement maigre,--dans l'argot du peuple.

DESSALÉE, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,--dans le même argot.

Cette expression, qui a plus d'un siècle, signifie aussi femme rusée, _roublarde_.

DESSALER (Se), v. Boire le vin blanc du matin,--dans l'argot des faubouriens, qui dorment volontiers salé, comme Gargantua.

DESTRIER, s. m. Cheval.--dans l'argot des académiciens, qui ont horreur du mot propre.

Ils disent aussi _Palefroi_,--dans les grandes circonstances.

DÉTACHER, v. a. Donner,--dans l'argot du peuple.

_Détacher un soufflet._ Souffleter quelqu'un.

_Détacher un coup de pied._ Donner un coup de pied.

DÉTACHER LE BOUCHON, v. a. Couper la bourse ou la chaîne de montre,--dans l'argot des voleurs.

DÉTAFFER, v. a. Aguerrir quelqu'un, l'assurer contre le _taf_,--dans l'argot des voyous.

DÉTAIL, s. m. Chose grave que l'on traite en riant,--dans l'argot du peuple.

_C'est un détail!_ signifie: Cela n'est rien!--même lorsque c'est quelque chose d'important, d'excessivement important, fortune perdue ou coups reçus.

DÉTALER, v. n. S'enfuir, s'en aller sans bruit,--dans le même argot.

DÉTAROQUER, v. a. Démarquer du linge,--dans l'argot des voleurs, qui ont bien le droit de faire ce que certains vaudevillistes font de certaines pièces.

DÉTELER, v. n. Renoncer aux jeux de l'amour et du hasard,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent le _Solve senescentem_ d'Horace, mais qui ont de la peine à y obéir.

On dit aussi _Enrayer_.

DÉTOCE ou DÉTOSSE, s. f. Détresse, guignon,--dans l'argot des prisons.

DÉTOURNE (Vol à la), s. m. Vol dans l'intérieur des magasins ou à la devanture des boutiques.

On dit aussi _Grinchissage à la détourne_.

DÉTOURNEUR, EUSE, s. Individu qui pratique le grinchissage à la détourne.

DEUX COCOTTES (Les). Le numéro 22,--dans l'argot des joueurs de loto.

DEUX D'AMOUR, s. m. Le numéro 2,--dans le même argot.

DEUX SOEURS, s. f. pl. Les _nates_ de Martial,--dans l'argot des faubouriens.

DEUX SOUS DU GARÇON, s. m. pl. Le pourboire que chaque consommateur est _forcé_--sous peine d'être «mal servi»--de donner aux garçons de café, qui s'achètent des établissements avec le produit capitalisé de cet impôt direct.

DEVANT DE GILET, s. m. Gorge de femme,--dans l'argot des faubouriens.

DÉVEINE, s. f. Malheur constant dans une série d'opérations constantes.

_Être en déveine._ Perdre constamment au jeu.

DÉVERGONDÉE, s. f. Fille ou femme qui a toute _vergogne_ bue,--dans l'argot des bourgeoises, qui quelquefois donnent ce nom à une pauvre fille dont le seul crime est de n'avoir qu'un amant.

DÉVIDAGE, s. m. Long discours, bavardage interminable,--dans l'argot des voleurs.

_Dévidage à l'estorgue._ Accusation.

DÉVIDER, v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder.

_Dévider à l'estorgue._ Mentir.

_Dévider le jar._ Parler argot.

On dit aussi _Entraver le jar_.