Dictionnaire de la langue verte
Part 11
CHICARDER, v. n. Danser à la façon de Chicard, «homme de génie qui a modifié complètement la chorégraphie française», affirme M. Taxile Delord.
CHICHE, s. m. Économe, et même Avare,--dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi _Chichard_.--Notre vieux français avait _chice_.
CHICHE! Exclamation de défi ou de menace,--dans l'argot des enfants et des ouvriers.
CHICHERIE, s. f. Lésinerie.
Notre vieux français avait _chiceté_.
CHICORÉE, s. f. Verte réprimande, reproches _amers_ qui souvent se changent même en coups. Tout le monde connaît le goût de la _cichorium_--_endivia_ ou non endivia.
CHICORÉE, s. f. Femme maniérée, _chipie_.
_Faire sa chicorée._ Se donner des airs de grande dame, et n'être souvent qu'une _petite dame_.
CHICOT, s. m. Petit morceau de dent, de pain, ou d'autre chose,--dans l'argot du peuple.
CHICOTER (Se), v. réfl. Se disputer, se battre pour des riens. Même argot.
Ce verbe est vieux: on le trouve dans les Fabliaux de Barbazan.
CHIÉ, part. passé. Ressemblant.
_C'est lui tout chié._ Il a le même visage et surtout le même caractère.
CHIEN, s. m. Entrain, verve, originalité,--dans l'argot des gens de lettres et des artistes; bagou, impertinence, désinvolture immorale,--dans l'argot des petites dames.
CHIEN, s. m. Caprice de cœur,--dans l'argot des petites dames.
_Avoir un chien pour un homme._ Être folle de lui.
CHIEN, s. m. Compagnon,--dans l'argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.
CHIEN, s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant,--dans l'argot du peuple, qui se plaît à calomnier «l'ami de l'homme». C'est l'expression anglaise: _Dog-bolt_.
_Vieux chien._ Vieux farceur,--_sly dog_, disent nos voisins.
CHIENDENT, s. m. Difficulté, obstacle, anicroche,--dans l'argot du peuple, qui sait avec quelle facilité le _hunds-grass_ pousse dans le champ de la félicité humaine.
_Voilà le chiendent._ Voilà le hic.
CHIEN DE RÉGIMENT, s. m. Caporal ou brigadier,--dans l'argot des soldats.
CHIEN DU COMMISSAIRE, s. m. Agent attaché au service du commissaire; celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.
CHIENLIT, s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement,--dans l'argot du peuple, qui n'a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (_Paradoxes philologiques_), venir de si loin.
Remonter jusqu'au XVe siècle pour trouver--dans _chéaulz_, enfants, et _lice_, chienne--une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c'est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe _cacare_--en français--date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n'a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l'avait été, et l'on peut dire qu'il est né tout d'une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d'ingéniosité à ce propos; mais aussi, son point de départ était par trop faux: «La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est _chiaulit_. Les gamins ont raison.» M. Nisard a tort, qu'il me permette de le lui dire: les gamins de Paris ont toujours prononcé _chie-en-lit_. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s'écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.
CHIENLIT (A la)! Exclamation injurieuse dont les voyous et les faubouriens poursuivent les masques, dans les jours du carnaval,--que ces masques soient élégants ou grotesques, propres ou malpropres.
CHIENNER, v. n. Se dit--dans l'énergique argot du peuple--des femmes qui courent après les hommes, renversant ainsi les chastes habitudes de leur sexe.
CHIENNERIE, s. f. Vilenie, liarderie; mauvais tour,--dans le même argot.
CHIER DANS LA MALLE OU DANS LE PANIER DE QUELQU'UN, v. n. Lui jouer un tour qu'il ne pardonnera jamais,--dans le même argot.
Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu'un: _Il a chié dans mon panier jusqu'à l'anse_.
L'expression, qu'on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée, où on lit: «Cettuy-là a fait caca en nos paniers: il a ses desseins à part.»
CHIER DANS LE CASSETIN AUX APOSTROPHES, v. n. Devenir riche,--dans l'argot des typographes, qui n'ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.
CHIER DANS SES BAS, v. n. Donner des preuves d'insanité d'esprit,--dans l'argot du peuple.
CHIER DE GROSSES CROTTES (Ne pas), v. a. Avoir mal dîné, ou n'avoir pas dîné du tout.
CHIER DE PETITES CROTTES, v. a. Gagner peu d'argent, vivre dans la misère.
CHIER DES CAROTTES, v. a. Se dit de toute personne _qui non potest excernere_, ou _difficillime excernit_, ou _excernit sanguinem_.
CHIER DES CHASSES. Pleurer. Argot des voyous.
CHIER DES YEUX. Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.
CHIER DU POIVRE, v. n. Manquer à une promesse, à un rendez-vous; disparaître au moment où il faudrait le plus rester.
CHIER SUR LA BESOGNE. Travailler mollement, et même renoncer au travail.
CHIER SUR L'OEIL, v. n. Se moquer tout à fait de quelqu'un.
CHIER SUR QUELQU'UN ou SUR QUELQUE CHOSE. Témoigner un grand mépris pour elle ou pour lui; l'abandonner, y renoncer. Brantôme a employé cette expression à propos de la renonciation du ministre protestant David.
CHIEUR D'ENCRE. Écrivain, journaliste.
CHIFFARDE, s. f. Assignation à comparoir,--dans l'argot des voleurs.
CHIFFARDE, s. f. Pipe,--dans l'argot des faubouriens.
CHIFFE, s. f. Homme sans énergie, _chiffon_ pour le courage,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Mou comme une chiffe_, mais c'est un pléonasme.
CHIFFERTON ou CHIFFRETON, s. m. Chiffonnier,--dans l'argot des faubouriens.
CHIFFON, s. f. Petite fille--et aussi grande fille--à minois ou à vêtements chiffonnés. Voltaire a employé cette expression à propos de la descendante de Corneille.
CHIFFON DE PAIN, s. m. Morceau de pain coupé,--dans l'argot du peuple.
CHIFFON ROUGE, s. m. La langue,--dans l'argot des voleurs, qui sont parfois des néologues plus ingénieux que les gens de lettres.
_Balancer le chiffon rouge._ Parler.
Les voleurs anglais disent de même _Red rag_.
CHIFFONNER, v. a. Contrarier, ennuyer,--dans l'argot des bourgeois.
CHIFFONNIER, s. m. Homme qui se plaît dans le désordre.
CHIFFONNIER, s. m. Voleur de mouchoirs,--qui sont des _chiffons_ pour ces gens-là.
CHIFFONNIER DE LA DOUBLE COLLINE, s. m. Mauvais poète,--dans l'argot des gens de lettres.
CHIFFORNION, s. m. Foulard; loque; chiffons,--dans l'argot des voyous.
CHIGNER DES YEUX, v. n. Pleurer,--dans le même argot.
CHIMIQUE, s. f. Allumette chimique,--dans l'argot du peuple.
CHINER, v. n. Brocanter, acheter tout ce qu'il y a d'achetable--et surtout de revendable--à l'hôtel Drouot.
CHINEUR, s. m. Marchand de peaux de lapins,--dans l'argot des chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un Raphaël qu'un lot de fonte.
CHINFRENIAU, s. m. Ornement de tête ou de cou,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi coup à la tête ou au visage,--au _chanfrein_.
CHINOIS, s. m. Original; quidam quelconque,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Chinois de paravent_.
CHINOIS, s. m. Petite orange verte, confite dans l'eau-de-vie, qui est, à ce qu'il paraît, le produit d'un oranger particulier, le _citrus vulgaris chinensis_, le bigaradier chinois.
CHINOISERIE, s. f. Farce, plaisanterie de bon ou de mauvais goût.
CHIPER, v. a. Dérober,--dans l'argot des enfants; voler,--dans l'argot des grandes personnes. Peccadille ici, délit là.
Génin donne à ce mot une origine commune au mot _chiffon_, ou _chiffe_: le verbe anglais _to chip_, qui signifie couper par morceaux. Je le veux bien; mais il serait si simple de ne rien emprunter aux Anglais en se contentant de l'étymologie latine _accipere_, dont on a fait le vieux verbe français _acciper_! _Acciper_, par syncope, a fait _ciper_; _ciper_ à son tour a fait _chiper_,--comme _cercher_ a fait _chercher_.
CHIPETTE, s. f. Rien ou peu de chose,--dans l'argot du peuple.
CHIPETTE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des voleurs, qui ne connaissent pas le grec, mais dont les ancêtres ont connu le rouchi.
CHIPEUR, s. m. Enfant qui _emprunte_ les billes ou les tartines de ses camarades; homme qui vole les porte-monnaie et les mouchoirs de ses concitoyens.
CHIPIE, s. f. Fille ou femme qui fait la dédaigneuse, qui prend de grands airs à propos de petites choses,--dans l'argot du peuple, ennemi né des grimaces.
CHIPOTER, v. n. Faire des façons; s'arrêter à des riens. Ce mot appartient à la langue romane.
Signifie aussi: Manger du bout des dents.
CHIPOTEUSE, s. f. Femme capricieuse; variété de _Chipie_.
CHIPOTIER, ÈRE, s. m. et f. Celui, celle qui ne fait que chipoter.
CHIQUE, s. f. Église,--dans l'argot des voleurs, qui, s'ils ne savent pas le français, savent sans doute l'anglais (_Church_), ou le flamand (_Kerke_), ou l'allemand (_Kirch_).
CHIQUE, s. f. Griserie,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi mauvaise humeur,--l'état de l'esprit étant la conséquence de l'état du corps.
_Avoir une chique._ Être saoul.
_Avoir sa chique._ Être de mauvaise humeur.
CHIQUE, s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir--dégoûtant.
_Poser sa chique._ Se taire, et, par extension, Mourir.
On dit aussi, pour imposer silence à quelqu'un: _Pose ta chique et fais le mort_.
CHIQUÉ (Être). Être fait, peint ou dessiné avec goût, avec esprit, avec _chic_.
CHIQUE DE PAIN, s. f. Morceau de pain.
CHIQUEMENT, adv. Avec _chic_.
CHIQUER, v. a. Dessiner ou peindre avec plus d'adresse que de correction, avec plus de _chic_ que de science véritable.
CHIQUER, v. a. Battre, donner des coups,--dans l'argot des faubouriens, qui _déchiquettent_ volontiers leurs adversaires, surtout lorsqu'ils ont une _chique_.
_Se chiquer._ Echanger des coups de poing et des coups de pied.
CHIQUER, s. m. Manger.
CHIQUETTE, s. f. Petit morceau.
CHIQUETTE A CHIQUETTE, adv. Par petits morceaux.
C'est évidemment le même mot que _chicot_, qui a lui même pour racine le vieux mot français _chice_.
CHIQUEUR, s. m. Mangeur, glouton.
CHIQUEUR, s. m. Artiste qui fait de _chic_ au lieu de faire d'après nature.
CHIRURGIEN EN VIEUX, s. m. Savetier qui répare les vieux cuirs,--dans l'argot des faubouriens.
CHOCAILLON, s. f. Ivrognesse, chiffonnière,--dans l'argot des bourgeois.
CHOCNOSOFF, s. et adj. Brillant, élégant, beau, parfait,--dans l'argot des faubouriens et des rapins.
CHOLÉRA, s. m. Viande malsaine, ou seulement de qualité inférieure,--dans l'argot des bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.
CHOLETTE, s. f. Chopine de liquide,--dans l'argot des voleurs.
_Double cholette._ Litre.
CHOPER, v. a. Attraper en courant,--dans l'argot des écoliers.
CHOPER, v. a. Prendre, voler,--dans l'argot des voleurs.
_Se faire choper._ Se faire arrêter.
CHOPIN, s. m. Objet volé; coup; affaire.
_Bon chopin._ Vol heureux et considérable.
_Mauvais chopin._ Vol de peu d'importance, qui ne vaut pas qu'on risque la prison.
CHOPINER, v. n. Hanter les cabarets,--dans l'argot dédaigneux des bourgeois, qui, eux, hantent les cafés.
_Chopiner théologalement_, dit Rabelais.
CHOSE. Nom qu'on donne à celui ou celle qu'on ne connaît pas.
On dit aussi _Machin_. Ulysse, au moins, se faisait appeler _Personne_ dans l'antre de Polyphème!
CHOSE, adj. Singulier, original, bizarre,--dans l'argot du peuple, à qui le mot propre manque quelquefois.
_Avoir l'air chose._ Être embarrassé, confus, humilié.
_Être tout chose._ Être interdit, ému, attendri.
CHOU-BLANC, s. m. Insuccès, le chou blanc étant, dans la classe des Brassicées, ce que la rose noire est dans la famille des Rosacées: le désespoir des chercheurs d'inconnu.
_Faire chou blanc._ Echouer dans une entreprise; manquer au rendez-vous d'amour; revenir de la chasse le carnier vide, etc.
CHOUCHOUTER, v. a. Choyer, caresser, traiter de petit _chou_.
L'expression est de Balzac.
CHOUCROUTER, v. n. Manger de la _sauer-kraut_,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi parler allemand.
CHOUCROUTEUR, s. m. Allemand, mangeur de _sauer-kraut_.
On dit aussi _Choucroutemann_.
CHOUETTE, adj. Superlatif de Beau, de Bon et de Bien,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Chouettard_ et _Chouettaud_,--sans augmentation de prix.
CHOUETTE (Être). Être pris,--dans l'argot des voleurs, qui opèrent la nuit comme les chats-huants, et, le jour, s'exposent comme eux à avoir sur le dos tous les oiseaux de proie policiers, leurs ennemis naturels.
CHOUETTE (Faire une). Jouer au billard seul contre deux autres personnes.
CHOUETTEMENT, adv. Parfaitement.
CHOUFFLIQUEUR, s. m. Mauvais ouvrier, _Savetier_,--dans l'argot des typographes, qui, à leur insu, se servent là de l'expression allemande _schuhflicker_.
CHOUMAQUE, s. m. Cordonnier,--dans l'argot du peuple, qui ne se doute guère qu'il prononce presque bien le mot allemand _Schumacher_.
On dit aussi _Choufflite_: mais ce mot n'est qu'une corruption du précédent.
CHOURINER, v. a. Tuer,--dans l'argot des ouvriers qui ont lu _les Mystères de Paris_ d'Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n'ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l'argot des voleurs.
V. _Suriner_.
CHOURINEUR, s. m. Assassin,--par allusion au personnage des _Mystères de Paris_, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu'il paraît, grand plaisir à tuer.
L'étymologie voudrait que l'on dît _Surineur_; mais l'euphonie veut que l'on prononce _Chourineur_.
CHRÉTIEN, s. m. Homme, à quelque religion qu'il appartienne. Argot du peuple.
_Viande de chrétien._ Chair humaine.
CHRONOMÈTRE, s. m. Montre en général. Argot des bourgeois.
CHRYSALIDE, s. f. Vieille coquette, dans l'argot des faubouriens, qui ont parfois l'analogie heureuse, quoique impertinente.
CHTIBES, s. f. pl. Bottes,--dans l'argot des voyous.
CHUTER, v. n. Tomber,--dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, et alors ce verbe est actif. Empêcher de réussir,--dans l'argot des coulisses.
CIBLE A COUPS DE PIED, s. f. Le derrière. Argot du peuple.
CI-DEVANT, s. m. Vieillard,--qui a été jeune.
CI-DEVANT, s. m. Noble.
CIERGE, s. m. Sergent de ville en grande tenue,--dans l'argot des marbriers de cimetière.
CIGALE, s. f. Cigare,--dans l'argot du peuple, qui frise l'étymologie de plus près que les bourgeois, puisque _cigare_ vient de Espagnol _cigarro_, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de _cigara_, cigale, par une vague analogie de forme.
CIGALE, s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque «la bise est venue».
CIGALE, s. f. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs, qui aiment à l'entendre _sonner_ dans leur poche.
Ils disent aussi _cigue_, par apocope, et _Ciguë_, par corruption.
CIGOGNE, s. f. Le Palais de justice,--dans l'argot des voleurs.
_Dab de la Cigogne._ Le procureur général.
CIMENT, s. m. Moutarde.--dans l'argot des francs-maçons.
CINQ-CENTIMADOS, s. m. Cigare d'un sou,--dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu parodier à leur façon les _trabucos_, les _cazadores_, etc.
CINQ SOUS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes.
CINQUIÈME, s. m. Verre de la contenance d'un cinquième de litre,--dans l'argot des marchands de vin.
Les faubouriens amis de l'euphonie, disent volontiers _cintième_.
CIPAL, s. m. Garde municipal,--dans l'argot des voyous, amis des aphérèses.
CIREUX, adj. et s. Qui a de la chassie, de la _cire_ aux yeux.
CIRURGIEN, s. m. Médecin, chirurgien,--dans l'argot du peuple, qui parle comme Ambroise Paré écrivait. C'est le [grec: cheirourgikos] des anciens.
CITOYEN OFFICIEUX, s. m. Laquais,--dans l'argot révolutionnaire, qu'on emploie encore aujourd'hui.
CIVADE, s. f. Avoine,--dans l'argot des maquignons et des voleurs, qui emploient un mot de la vieille langue française. _Civade_, vient de _cive_, qui venait de _cæpa_, oignon, d'où _cæpatum_ civet, plat à l'oignon; et l'étymologie n'a rien de forcé, _aimé_ venant bien d'_amatum_.
Les Espagnols disent _cebada_ pour Orge.
CIVARD, s. m. Herbage.
CIVE, s. f. Herbe.
CLABAUDER, v. n. Crier à propos de tout, et surtout à propos de rien,--comme un chien. Argot des bourgeois.
Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle; faire des cancans,--et alors il est verbe actif.
CLAIRTÉ, s. f. Lumière, netteté, beauté,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_claricas_) et à la tradition.
«Parquoy s'ensuit qu'en toute claireté Son nom reluyt et sa vertu pullule,»
dit Clément Marot.
CLAMPIN, s. m. Fainéant, traîne-guêtres, homme qui a besoin d'être fortifié par un _clamp_.--le clamp de l'énergie et de la volonté.
CLAMPINER, v. n. Marcher paresseusement, flâner.
CLAPIER, s. m. Maison mal famée, où l'on élève du gibier domestique à l'usage des amateurs parisiens.
L'expression se trouve dans beaucoup d'écrivains des XVe et XVIe siècles.
CLAQUE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui aime les onomatopées.
_Figure à claques._ Visage moqueur qui donne des démangeaisons à la main de celui qui le regarde.
CLAQUÉ, s. m. Homme mort.
_La boite aux claqués._ La Morgue.
_Le jardin des claqués._ Le cimetière des hospices.
CLAQUE-FAIM, s. m. Homme sans ressources, qui meurt de faim.
Le peuple dit aussi, dans le même sens, _Claque-soif_,--par compassion, l'homme qui meurt de soif étant pour lui plus à plaindre que celui qui meurt de faim.
CLAQUER, v. a. Donner des soufflets.
CLAQUER, v. a. Vendre une chose, s'en débarrasser,--dans le même argot.
_Claquer ses meubles._ Vendre son mobilier.
CLAQUER, v. n. Manger,--dans l'argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.
CLAQUER, v. n. Mourir.--dans l'argot des faubouriens.
CLARINETTE DE CINQ PIEDS, s. f. Fusil,--dans l'argot des soldats.
CLAVIN, s. m. Clou,--dans l'argot des voleurs, plus fidèles à l'étymologie (_clavus_) qu'à l'honnêteté.
CLICHÉ, s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée,--dans l'argot des gens de lettres.
CLIQUE, s. f. Diarrhée. Argot du peuple.
CLIQUE, s. f. Bande, coterie, compagnie de gens peu estimables. Même argot.
_Mauvaise clique._ Pléonasme fréquemment employé,--_clique_ ne pouvant jamais se prendre en bonne part.
CLOPORTE, s. m. Concierge--soit parce qu'il habite une loge sombre et humide, comme l'_oniscus murarius_; soit parce qu'il a pour fonctions de clore la porte de la maison.
CLOQUE, s. f. Phlyctène bénigne qui se forme à l'épiderme.--dans l'argot du peuple, ami des onomatopées.
Les bourgeois, eux, disent _cloche_: c'est un peu plus français, mais cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules lorsqu'on les crève.
CLOS-CUL, s. m. Le dernier-né d'une famille ou d'une couvée.
On dit aussi _Culot_.
CLOU, s. m. Le mont-de-piété,--où l'on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d'argent.
_Coller au clou._ Engager sa montre ou ses vêtements chez un commissionnaire au mont-de-piété.
_Grand clou._ Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.
CLOU, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.
CLOU, s. m. La salle de police,--dans l'argot des soldats, qui s'y font souvent accrocher par l'adjudant.
_Coller au clou._ Mettre un soldat à la salle de police.
CLOUER LE BEC, v. a. Imposer silence à un importun, ou à un mauvais raisonneur,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _River le clou_.
CLOUS, s. m. pl. Outils,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui confondent sous ce nom les échoppes, les burins et les gouges.
CLOUS DE GIROFLE, s. m. pl. Dents noires, avariées, _esgrignées_ comme celles de Scarron.
CO, s. m. Coq,--dans l'argot des paysans et des enfants.
COCANGES, s. f. pl. Coquilles de noix avec lesquelles certains fripons font des dupes.
COCANGEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité des _Cocanges_ et de la _Roubignole_.
COCARDE, s. f. La tête,--dans l'argot du peuple.
_Taper sur la cocarde._ Se dit d'un vin trop généreux qui produit l'ivresse.
_Avoir sa cocarde._ Être en état d'ivresse.
COCARDIER, s. m. Homme fanatique de son métier,--dans l'argot des troupiers.
COCASSERIE, s. f. Saugrenuïté dite ou écrite, jouée ou peinte,--dans l'argot des artistes et des gens de lettres.
COCHE, s. f. Femme adipeuse, massive, rougeaude,--dans l'argot du peuple, qui veut que la femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non à une _scrofa_.
COCHONAILLE, s. f. Charcuterie,--dans l'argot des ouvriers,--qui ne redoutent pas les trichines.
On dit aussi _Cochonnerie_.
COCHONNER, v. a. Travailler sans soin, malproprement,--dans l'argot des bourgeois.
COCHONNERIE, s. f. Besogne mal faite; marchandise de qualité inférieure; nourriture avariée ou mal préparée.--Argot du peuple.
COCHONNERIE, s. f. Vilain tour, trahison, manque d'amitié.
COCHONNERIE, s. f. Ce que Cicéron appelle _turpitudo verborum_.--Argot des bourgeois.
COCO, s. m. Boisson rafraîchissante composée d'un peu de bois de réglisse et de beaucoup d'eau. Cela ne coûtait autrefois qu'un liard le verre et les verres étaient grands; aujourd'hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès!
COCO, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un _Coco nucifera_.
_Coco déplumé._ Tête sans cheveux.
_Redresser le coco._ Porter la tête haute.
_Monter le coco._ Exciter le désir, échauffer l'imagination.
COCO, s. m. Gorge, gosier,--dans le même argot.
_Se passer par le coco._ Avaler, boire, manger.
COCO, s. m. Homme singulier, original,--dans le même argot.
_Joli coco._ Se dit ironiquement de quelqu'un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce désagréable.
_Drôle de coco._ Homme qui ne fait rien comme un autre.
COCO, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
COCO, s. m. Cheval,--dans l'argot du peuple.
_Il a graissé la patte à coco._ Se dit ironiquement d'un homme qui s'est mal tiré d'une affaire, qui a mal rempli une commission.
COCO, s. m. OEuf,--dans l'argot des enfants, pour qui les poules sont des _cocottes_.
COCODÈS, s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.
On pourrait croire ce mot de la même date que _cocotte_: il n'en est rien,--car voilà une vingtaine d'années que l'acteur Osmont l'a mis en circulation.
COCODETTE, s. f. Drôlesse,--la femelle du cocodès,--comme la chatte est la femelle de la souris.
COCO ÉPILEPTIQUE, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de lettres qui ont lu _la Vie de Bohème_.
COCOS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des enfants.
COCOTTE, s. f. Demoiselle qui ne travaille pas, qui n'a pas de rentes, et qui cependant trouve le moyen de bien vivre--aux dépens des imbéciles riches qui tiennent à se ruiner.
Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient: _Poulette_.
COCOTTERIE, s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent les _cocottes_.
COCOTTES, s. f. pl. Poules, canards, dindons, etc.,--dans l'argot des enfants.
Se dit aussi des Poules en papier avec lesquelles ils jouent.
COEUR D'ARTICHAUT, s. m. Homme à l'amitié banale; femme à l'amour vénal,--dans l'argot du peuple.
On dit: _Il_ ou _Elle a un cœur d'artichaut, il y en a une feuille pour tout le monde_.
COFFRE, s. m. La poitrine,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se rencontrer pour ce mot avec Saint-Simon.
_Avoir le coffre bon._ Se bien porter physiquement.
COFFRER, v. a. Emprisonner,--dans l'argot du peuple, qui s'est rencontré pour ce mot avec Voltaire.
_Se faire coffrer._ Se faire arrêter.
COGNADE, s. f. Gendarmerie,--dans l'argot des voleurs, qui ont de fréquentes occasions de se _cogner_ avec les représentants de la loi.
COGNE, s. m. Gendarme.
_La cogne._ La gendarmerie.