Dictionnaire de la langue verte
Part 10
CATHOLIQUE A GROS GRAINS, s. m. Catholique peu pratiquant,--dans l'argot des bourgeois.
CATIN, s. m. Un nom charmant devenu une injure, dans l'argot du peuple, qui a bien le droit de s'en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de Sévigné elle-même.
CATINISER (Se). De fille honnête devenir _fille_.
CAUCHEMARDANT, adj. Ennuyeux, importun,--dans l'argot des faubouriens.
CAUCHEMARDER, v. a. Ennuyer, obséder.
CAUSE GRASSE. Cause amusante à plaider et à entendre plaider,--dans l'argot des avocats, héritiers des clercs de la Basoche. Le chef-d'œuvre du genre est l'_affaire du sieur Gaudon contre Ramponneau_, Me Arouet de Voltaire plaidant--la plume à la main.
CAUSETTE, s. f. Causerie familière, à deux, dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à George Sand.
_Faire la causette._ Causer tout bas.
CAUSOTTER, v. n. Se livrer à une causerie intime entre trois ou quatre personnes.
CAVALCADE, s. f. Aventure galante.
_Avoir vu des cavalcades._ Avoir eu de nombreux amants.
CAVALE, s. f. Course précipitée, fuite,--dans l'argot des voyous.
_Se payer une cavale._ Courir.
CAVALE, s. f. Grande femme maigre, mal faite, déhanchée.
CAVALER (Se), v. réfl. S'enfuir comme un _cheval_,--dans l'argot des faubouriens.
CAVALOT, s. m. Pièce de menue monnaie,--dans le même argot.
CAVÉ, s. m. Dupe,--dans le même argot.
CAVÉE, s. f. Église,--dans l'argot des voleurs, qui redoutent les rhumatismes.
CAYENNE, s. m. Cimetière _extra muros_,--dans l'argot du peuple, pour qui il semble que ce soit là une façon de lieu de déportation.
Il dit aussi _Champ de Navets_,--parce qu'il sait qu'avant d'être utilisés pour les morts, ces endroits funèbres ont été utilisés pour les vivants.
CAYENNE, s. m. Atelier éloigné de Paris; fabrique située dans la banlieue. Argot des ouvriers.
CÉLADON, s. m. Vieillard galant,--dans l'argot des bourgeois, dont les grand'mères ont lu l'_Astrée_.
On dit aussi _Vieux céladon_.
CENDRILLON, s. f. Jeune fille à laquelle ses parents préfèrent ses sœurs et même des étrangères; personne à laquelle on ne fait pas attention,--dans l'argot du peuple, qui a voulu consacrer le souvenir d'un des plus jolis contes de Perrault.
CE N'EST PAS A FAIRE! Je m'en garderais bien!
Cette expression, familière aux filles et aux voyous, est mise par eux à toutes les sauces: c'est leur réponse à tout. Il faudrait pouvoir la noter.
CENT COUPS (Être aux). Être bouleversé; ne savoir plus où donner de la tête. Argot des bourgeois.
CENT COUPS (Faire les). Se démener pour réussir dans une affaire; mener une vie déréglée.--Argot des bourgeois.
CENTRE, s. m. Nom,--dans l'argot des voleurs, qui savent que le nom est en effet le point où convergent les investigations de la police, et qui, à cause de cela, changent volontiers de centre.
_Centre à l'estorgue._ Faux nom, sobriquet.
_Centre d'altèque._ Nom véritable.
CENTRE DE GRAVITÉ, s. m. _Nates_,--dans l'argot des bourgeois, qui ont emprunté cette expression-là aux Précieuses.
CERBÈRE, s. m. Concierge,--dans l'argot du peuple.
CERCHER, v. a. Chercher,--dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (_circare_) et à la tradition: «Mes sommiers estoient assez loin, et estoit trop tard pour les cercher,» dit Philippe de Commines.
Li marinier qui par mer nage, Cerchant mainte terre sauvage, Tout regarde il à une estoile,
disent les auteurs du _Roman de la Rose_.
CERCLE, s. m. Argent monnayé,--dans l'argot des voleurs.
CERCLÉ, s. m. Tonneau,--dans le même argot.
CERF-VOLANT, s. m. Femme qui attire sous une allée ou dans un lieu désert les enfants en train de jouer pour leur arracher leurs boucles d'oreilles et quelquefois l'oreille avec la boucle.--Argot des voleurs.
CERNEAU, s. m. Jeune fille,--dans l'argot des gens de lettres.
C'EST LE CHAT! Expression de l'argot du peuple, qui souligne ironiquement un doute, une dénégation. Ainsi, quelqu'un disant: Ce n'est pas moi qui ai fait cela.--Non! c'est le chat! lui répondra-t-on.
CHABANNAIS, s. m. Reproches violents, quelquefois mêlés de coups de poing,--dans le même argot.
_Ficher un chabannais._ Donner une correction.
CHACAL, s. m. Zouave,--dans l'argot des soldats d'Afrique, par allusion au cri que poussent les zouzous en allant au feu.
CHAFOUIN, adj. et s. Sournois, rusé,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression à Saint-Simon, qui l'a employée à propos de Dubois.
CHAFOFURER (Se), v. réfl. S'égratigner.
CHAFRIOLER (Se), v. réfl. Se caresser, se complaire,--à la façon des _chats_.
L'expression appartient à Balzac.
CHAHUT, s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan,--qui a été lui-même remplacé par d'autres cordaces de la même lascivité.
Quelques écrivains font ce mot du féminin.
CHAHUT, s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups,--dans l'argot des faubouriens.
_Faire du chahut._ Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.
CHAHUTER, v. n. Danser indécemment.
CHAHUTER, v. a. Secouer avec violence; renverser; se disputer.
CHAHUTEUR, s. m. Mauvais sujet.
CHAHUTEUSE, s. f. Habituée des bals publics; dévergondée.
CHALOUPE, s. f. Femme à toilette tapageuse,--dans l'argot des voyous.
_Chaloupe orageuse._ Variété de chahut et femme qui le danse.
CHALOUPER, v. n. Danser le chahut.
CHAMAILLER (Se), v. réfl. Se disputer,--dans l'argot du peuple.
CHAMAILLER DES DENTS, v. n. Manger.
CHAMBARDER, v. a. Secouer sans précaution; renverser; briser,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
CHAMBRE DES PAIRS, s. f. Bagne à vie,--dans l'argot des prisonniers.
CHAMBRELAN, s. m. Ouvrier en chambre; locataire qui n'occupe qu'une seule chambre,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Chamberlan_, et ce mot, comme l'autre, est la première forme de _Chambellan_. Les gens du bel air ont donc tort de rire des petites gens,--qui parlent mieux qu'eux, puisqu'ils parlent comme Villehardouin, comme Joinville, comme Froissart, qui parlaient comme les Allemands (_Kâmmerling_ ou _Chamarlinc_).
CHAMBRILLON, s. f. Petite servante,--dans le même argot.
CHAMEAU, s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes.
Le mot a une cinquantaine d'années de bouteille.
CHAMEAU, s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s'arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.
CHAMP D'OIGNONS, s. m. Cimetière,--dans l'argot des faubouriens, qui savent que les morts empruntent aux vivants un terrain utilisé pour l'alimentation de ceux-ci.
CHAMPFLEURISME, s. m. Ecole littéraire dont Champfleury est le chef. C'est le réalisme.
CHAMPFLEURISTE, s. et adj. Disciple de Champfleury.
CHAMPOREAU, s. m. Café à la mode arabe, concassé et fait à froid,--dans l'argot des faubouriens qui ont été troupiers en Afrique.
Pour beaucoup aussi, c'est du café chaud avec du rhum ou de l'absinthe.
CHANÇARD, s. m. Homme heureux en affaires ou en amour,--dans l'argot du peuple.
CHANCELER, v. n. Être gris à ne plus pouvoir se tenir sur ses jambes,--dans le même argot.
CHANCRE, s. m. Grand mangeur, homme qui _dévore_ tout,--dans le même argot.
CHANDELIER, s. m. Le nez,--dans l'argot des faubouriens.
CHANDELLE, s. f. Mucosité qui forme stalactite au-dessous du nez,--dans le même argot.
CHANDELLE, s. f. Soldat en faction. Même argot.
_Être entre quatre chandelles._ Être conduit au poste entre quatre fusiliers.
CHANDELLE BRÛLE (La). Se dit,--dans l'argot des bourgeois,--pour presser quelqu'un, l'avertir qu'il est temps de rentrer au logis.
CHANGER DE COMPOSTEUR. Passer à un autre exercice, manger après avoir causé, rire après avoir pleuré, etc. Argot des typographes et des ouvriers.
CHANGER SES OLIVES D'EAU, v. n. _Meiere_,--dans l'argot des faubouriens.
CHANGEUR, s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.
CHANOINE, s. m. Rentier,--dans l'argot des voleurs.
Au féminin, _Chanoinesse_.
CHANOINE DE MONTE-A-REGRET. Condamné à mort.
CHANTAGE, s. m. Industrie qui consiste à soutirer de l'argent à des personnes riches et vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs turpitudes; ou seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou moins bien, en les menaçant de les _éreinter_ dans le journal dont on dispose.
CHANTÉ (Être). Être dénoncé,--dans l'argot des voleurs.
CHANTEAU, s. m. Morceau de pain ou d'autre chose,--dans l'argot du peuple.
CHANTER, v. a. Parler,--dans l'argot du peuple, qui n'emploie ce verbe qu'en mauvaise part.
_Faire chanter._ Faire pleurer.
CHANTER (Faire). Faire donner de l'argent à un homme riche qui possède un vice secret que l'on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être loué dans un feuilleton.
L'expression est vieille comme le vice qu'elle représente.
CHANTER LE CHANT DU DÉPART, v. a. Quitter une réunion, une compagnie d'amis,--dans l'argot des bohèmes.
CHANTER POUILLE, v. n. Chercher querelle, dire des injures. Argot du peuple.
CHANTEUR, s. m. Homme sans moralité qui prend en main la cause de la morale quand elle est outragée par des gens riches.
CHANTEUR DE LA CHAPELLE SIXTINE, s. m. Homme qui, par vice de conformation ou par suite d'accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de _capi-agassi_.
CHAPARDER, v. a. Marauder,--dans l'argot des troupiers.
CHAPARDEUR, s. m. Maraudeur.
CHAPEAU EN BATAILLE, s. m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille. Argot des officiers d'état-major.
_Chapeau en colonne._ Placé dans le sens contraire, c'est-à-dire dans la ligne du nez.
CHAPELLE, s. f. Cabaret, buvette quelconque,--dans l'argot des ouvriers, dévots à Bacchus.
_Faire_ ou _Fêter des chapelles_. Faire des stations chez tous les marchands de vin.
CHAPI, s. m. Chapeau,--dans l'argot des faubouriens, dont les ancêtres ont dit _chapel_ et _chapin_.
CHAPITEAU, s. m. La tête,--sommet de la colonne-homme. Même argot.
CHAPON, s. m. Morceau de pain frotté d'ail,--dans l'argot du peuple, qui en assaisonne toutes les salades.
On dit aussi _Chapon de Gascogne_.
CHAPON DE LIMOUSIN, s. m. Châtaigne.
CHAPSKA, s. m. Chapeau. Argot des faubouriens.
C'est un souvenir donné à la coiffure des lanciers polonais,--de la garde nationale de Paris.
CHAPUISER, v. n. Tailler, couper,--dans l'argot du peuple, qui emploie là un des vieux mots de notre langue.
CHARABIA, s. m. Patois de l'Auvergne.
Se dit aussi pour Auvergnat.
CHARCUTER, v. a. Couper un membre; opérer.
CHARCUTIER, s. m. Chirurgien.
CHARDON DU PARNASSE, s. m. Mauvais écrivain,--dans l'argot des Académiciens, dont quelques-uns pourraient entrer dans la tribu des Cinarées.
CHARDONNERET, s. m. Gendarme,--dans l'argot des faubouriens, qui font allusion au liseré jaune du costume de la maréchaussée.
CHARGÉ (Être). Être en état d'ivresse, dans l'argot des ouvriers.
CHARGÉE (Être). Avoir _levé_ un homme au bal, ou sur le trottoir,--dans l'argot des petites dames.
CHARGER, v. a. et n. Enlever un décor. Argot des coulisses.
C'est la manœuvre contraire à _Appuyer_.
CHARLEMAGNE, s. m. Sabre-poignard,--dans l'argot des troupiers.
CHARLOT. L'exécuteur des hautes œuvres,--dans l'argot du peuple.
Le mot est antérieur à 1789.
_Soubrettes de Charlot._ Les valets du bourreau, chargés de faire la _toilette_ du condamné à mort.
Les Anglais disent de même _Ketch_ ou _Jack Ketch_,--quoique _Monsieur de Londres_ s'appelle Calcraft.
CHARMANTE, s. f. La gale,--dans l'argot des voleurs.
CHARMER LES PUCES, v. a. Se mettre en état d'ivresse,--dans l'argot du peuple.
CHAROGNE, s. f. Homme difficile à vivre,--dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Homme roué, _corrompu_.
CHARPENTER LE BOURRICHON (Se), v. réfl. S'enflammer à propos de n'importe qui ou de n'importe quoi,--dans l'argot des ouvriers.
CHARPENTIER, s. m. Celui qui agence une pièce, qui en fait la carcasse,--dans l'argot des dramaturges, qui se considèrent, avec quelque raison, comme des ouvriers de bâtiment.
CHARRIAGE, s. m. Vol pour lequel il faut deux compères, le _jardinier_ et l'_Américain_, et qui consiste à dépouiller un imbécile de son argent en l'excitant à voler un tas de fausses pièces d'or entassées au pied d'un arbre, dans une plaine de Grenelle quelconque.
S'appelle aussi _Vol à l'Américaine_.
CHARRIEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité du _charriage_.
_Charrieur, cambrousier._ Voleur qui exploite les foires et les fêtes publiques.
_Charrieur de ville._ Celui qui vole à l'aide de procédés chimiques.
_Charrieur à la mécanique._ Autre variété de voleur.
CHARRON, s. m. Voleur.
CHARTRON, s. m. Position des acteurs vers la fin d'une pièce.
_Faire_ ou _Former le chartron_. Ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final.
CHAS ou CHASSE, s. m. OEil,--dans l'argot des voleurs, soit parce que les yeux sont les _trous_ au visage, ou parce qu'ils en sont les _châssis_, ou enfin parce qu'ils ont parfois, et même souvent, la _chassie_.
Ce mot qui ne se trouve pourtant dans aucun dictionnaire respectable, est plus étymologique qu'on ne serait tenté de le supposer au premier abord. Je m'appuie, pour le dire, de l'autorité de Ménage, qui fait venir _chassie_ de l'espagnol _cegajoso_, transformé par le patois français en _chaceuol_, qui voit mal, qui a la vue faible. Et, dans le même sens nos vieux auteurs n'ont-ils pas employé le mot _chacius_?
_Châsses d'occase._ Yeux bigles, ou louches.
CHASSE, s. f. Réprimande, objurgation, reproches,--dans l'argot des ouvriers.
_Foutre une chasse._ Faire de violents reproches.
CHASSE-COQUIN, s. m. Bedeau,--dans l'argot du peuple.
CHASSE-COUSIN, s. m. Mauvais vin,--dans l'argot des bourgeois, qui emploient volontiers ce remède héroïque, quand ils «traitent» des parents importuns, pour se débarrasser à jamais d'eux.
CHASSE-NOBLE, s. m. Gendarme,--dans l'argot des voleurs, qui se rappellent sans doute que leurs ancêtres étaient des grands seigneurs, des gens de haute volée.
CHASSER, v. n. Fuir,--dans l'argot des faubouriens.
CHASSER AU PLAT, v. n. Faire le parasite,--dans l'argot du peuple.
CHASSER DES RELUITS, v. n. Pleurer. Argot des voleurs.
CHASSER LE BROUILLARD, v. a. Boire le vin blanc ou le petit verre du matin,--dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi _Chasser l'humidité_.
CHASSIS, s. m. pl. Les yeux. Argot des faubouriens.
CHASSUE, s. f. Aiguille,--dans l'argot des voleurs, qui savent que toute aiguille a un _chas_.
CHASSURE, s. f. _Lotium_,--dans le même argot.
CHAT, s. m. Geôlier,--dans le même argot.
_Chat fourré._ Juge; greffier.
CHAT, s. m. Lapin,--dans l'argot du peuple, qui s'obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n'entrent que par exception dans la confection des gibelottes.
CHAT, s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.
CHAT (Être). Avoir des allures caressantes, félines,--dans l'argot du peuple, qui dit cela en bonne comme en mauvaise part.
CHATAIGNE, s. f. Soufflet appliqué sur la joue,--dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression à des Lyonnais.
CHATAUD, de, adj. et s. Gourmand, gourmande,--dans l'argot du peuple. «J'étais chataude et fainéante,» dit la _jolie Manon_ de Rétif de la Bretonne.
CHATEAU-BRANLANT, s. m. Chose ou personne qui remue toujours, et qu'à cause de cela on a peur de voir tomber. Argot du peuple.
CHATTE, s. f. Autrefois écu de six livres, aujourd'hui pièce de cinq francs,--dans l'argot des filles.
CHATTEMENT, adv. Doucement, câlinement.
L'expression est de Balzac.
CHAUD, adj. et s. Rusé, habile,--dans l'argot du peuple, assez _cautus_.
_Être chaud._ Se défier.
_Il l'a chaud._ C'est un malin qui entend bien ses intérêts.
CHAUD, adj. Cher, d'un prix élevé.
CHAUD! CHAUD! Exclamation du même argot, signifiant: Vite! dépêchez-vous!
CHAUD DE LA PINCE, s. m. Homme de complexion amoureuse.
CHAUDRON, s. f. Mauvais piano qui rend des sons discordants,--dans l'argot des bourgeois.
_Taper sur le chaudron._ Jouer du piano,--dans l'argot du peuple.
CHAUDRONNER, v. a. Aimer à acheter et à revendre toutes sortes de choses, comme si on y était forcé.
CHAUDRONNIER, s. m. Acheteur et revendeur de marchandises d'occasion,--de la tribu des Rémonencq parisiens.
CHAUFFE LA COUCHE, s. m. Homme qui aime ses aises et reste volontiers au lit,--dans l'argot du peuple.
J'ai entendu employer aussi cette expression dans un sens contraire à celui que je viens d'indiquer,--dans le sens d'Homme qui s'occupe des soins incombant à la femme de ménage. C'est le mari de la femme qui porte les culottes.
CHAUFFER, v. n. Aller bien, rondement, avec énergie.
CHAUFFER LE FOUR, v. a. Se griser.
_Avoir chauffé le four._ Être en état d'ivresse.
CHAUFFER UNE FEMME, v. a. Lui faire une cour sur le sens de laquelle elle n'a pas à se méprendre.
Nos pères disaient: _Coucher en joue une femme_.
CHAUFFER UNE PIÈCE, v. a. Lui faire un succès, la prôner d'avance dans les journaux ou l'applaudir à outrance le jour de la représentation.
CHAUFFER UNE PLACE, v. a. La convoiter, la solliciter ardemment.
Nos pères disaient: _Coucher en joue un emploi_.
CHAUFFEUR, s. m. Homme de complexion amoureuse.
Se dit aussi de tout homme qui amène la gaieté avec lui.
CHAUFFEUR, s. et adj. Hâbleur, _blagueur_.
CHAUMIR, v. a. Perdre,--dans l'argot des voleurs.
CHAUSSER, v. a. Convenir,--dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas dire _botter_.
CHAUSSER LE COTHURNE, v. a. Ecrire ou jouer des tragédies,--dans l'argot des académiciens, qui parlent presque aussi mal que les faubouriens la noble langue dont ils sont les gardiens, comme les capi-agassi sont ceux d'un sérail.
CHAUSSETTES DE DEUX PAROISSES, s. f. pl. Chaussettes dépareillées.
CHAUSSETTES POLONAISES, s. f. pl. Morceaux de papier dont les soldats s'enveloppent les pieds.
CHAUSSON, s. m. Femme ou fille qu'une vie déréglée a avachie, éculée.
_Putain comme chausson._ Extrêmement débauchée. Aurélien Scholl a spirituellement remplacé cette expression populaire, impossible à citer, par cette autre, qui n'écorche pas la bouche et qui rend la même pensée: _Légère comme chausson_.
CHAUSSON, s. m. Pâtisserie grossière garnie de marmelade de pommes et de raisiné. Les enfants en raffolent parce qu'il y a beaucoup à manger et que cela ne coûte qu'un sou.
CHAUSSON, s. m. Boxe populaire où le pied joue le rôle principal, chaussé ou non.
CHAUSSONNER, v. a. Donner des coups de pied.
CHELINGUER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens.
_Chelinguer des arpions._ Puer des pieds.
On dit plus élégamment: _Chelinguer des arps_.
_Chelinguer du bec._ Fetidum emittere halitum.
L'expression ne viendrait-elle pas de l'allemand _schlingen_, avaler, ouvrir trop la bouche?
CHEMIN DE FER, s. m. Variété du jeu de baccarat,--où l'on perd plus vite son argent.
CHEMISE DE CONSEILLER, s. f. Linge volé,--dans l'argot des voleurs, qui ont voulu, dit M. Francisque Michel, donner à entendre que le linge saisi servait à faire des chemises à leurs juges.
CHÊNE, s. m. Homme victime,--dans l'argot du bagne.
_Faire suer le chêne._ Tuer un homme.
_Chêne affranchi._ Homme affranchi, voleur.
Les voleurs anglais ont le même mot: _oak_, disent-ils d'un homme riche. _To rub a man down with an oaken towel_, ajoutent-ils en parlant d'un homme qu'ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne,--un bâton.
CHENILLON, s. m. Fille laide ou mal mise,--dans l'argot des bourgeois.
CHENU, adj. Bon, exquis, parfait,--dans l'argot des ouvriers.
CHENUMENT, adv. Très bien. Vadé l'a employé.
CHENU RELUIT, adv. Bonjour,--dans l'argot des voleurs.
_Chenu sorgue._ Bonsoir.
CHERCHE! Rien,--dans l'argot des gamins et des faubouriens.
_Avoir dix à cherche._ Avoir dix points lorsque son adversaire n'en a pas un seul.
CHERCHER LA PETITE BÊTE, v. a. Vouloir connaître le dessous d'une chose, les raisons cachées d'une affaire,--comme les enfants les ressorts d'une montre. Argot du peuple.
Avoir trop d'ingéniosité dans l'esprit et dans le style, s'amuser aux bagatelles de la phrase au lieu de s'occuper des voltiges sérieuses de la pensée. Argot des gens de lettres.
CHERCHER MIDI A QUATORZE HEURES, v. a. Hésiter à faire une chose, ou s'y prendre maladroitement pour la faire,--dans l'argot du peuple, ennemi des _lambins_.
Signifie aussi: Se casser la tête pour trouver une chose simple.
CHETAR ou JETAR, s. m. Prison. Argot des voleurs.
CHEVAL DE RETOUR, s. m. Vieux forçat, récidiviste.
CHEVAL DE TROMPETTE, s. m. Homme aguerri à la vie, comme un cheval de cavalerie à la guerre. Argot du peuple.
_Être bon cheval de trompette._
Ne s'étonner, ne s'effrayer de rien.
CHEVALIER DU CROCHET, s. m. Chiffonnier.
CHEVALIER DU LANSQUENET, s. m. Homme qui fait volontiers le pont, à n'importe quel jeu de cartes,--dans l'argot des bourgeois, qui ne sont pas fâchés de mettre au rancart certaines autres expressions sœurs aînées de celle-ci, comme _Chevalier d'industrie_, etc.
CHEVALIER DU LUSTRE, s. m. Applaudisseur gagné. Argot de théâtre.
On dit aussi _Romain_.
CHEVALIER DU MÈTRE, s. m. Commis de nouveautés.
CHEVANCE, s. f. Ivresse,--dans l'argot des voleurs, qui savent que, dans cet état, les plus gueux se croient toujours heureux et _riches_.
CHEVELU, s. m. Romantique,--dans l'argot des bourgeois de 1830.
CHEVEU, s. m. Embarras subit, obstacle quelconque, plus ou moins grave,--dans l'argot du peuple.
Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble à ce mot et le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux cheveu rouge de Nisus auquel les Destins avaient attaché le salut des Mégariens; mais la vérité est qu'il sort tout simplement et tout trivialement de la non moins fameuse soupe de l'Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur parisien.
_Trouver un cheveu à la vie._ La prendre en dégoût et songer au suicide.
_Voilà le cheveu!_ C'est une variante de: _Voilà le hic!_
CHEVILLARD, s. m. Boucher sans importance,--dans l'argot des gros bouchers, qui n'achètent pas à la _cheville_, eux!
CHÈVRE, s. f. Mauvaise humeur,--dans l'argot des ouvriers, et spécialement des typographes.
_Avoir la chèvre._ Être en colère.
_Gober la chèvre._ Être victime de la mauvaise humeur de quelqu'un. Signifie aussi se laisser berner.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, _Prendre la chèvre_.
CHEVRONNÉ, s. et adj. Récidiviste,--dans l'argot des prisons.
CHEVROTIN (Être). Avoir un caractère épineux, difficile à manier, qui amène souvent des _chèvres_.
CHIASSE, s. f. Diarrhée,--dans l'argot du peuple.
CHIASSE, s. f. Chose de peu de valeur; marchandise avariée. Même argot.
_Chiasse du genre humain._ Homme méprisable.
CHIASSE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des faubouriens, disrespectueux de la femme en général et en particulier.
CHIC, s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte,--dans l'argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle.
_Faire de chic._ Dessiner ou peindre sans modèle, d'imagination, de souvenir.
CHIC, s. m. Goût, façon pittoresque de s'habiller ou d'arranger les choses,--dans l'argot des petites dames et des gandins.
_Avoir du chic._ Être arrangé avec une originalité de bon--ou de mauvais--goût.
_Avoir le chic._ Posséder une habileté particulière pour faire une chose.
CHIC (Être). Être bien, être bon genre,--dans le même argot.
_Monsieur Chic._ Personne distinguée--par sa générosité envers le sexe.
_Discours chic._ Discours éloquent,--c'est-à-dire _rigolo_.
CHICAN, s. m. Marteau,--dans l'argot des voleurs.
CHICARD, adj. et s. Superlatif de _Chic_.
Ce mot a lui-même d'autres superlatifs, qui sont _Chicandard_ et _Chicocandard_.
CHICARD, s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.
CHICARDEAU, adj. m. Poli, aimable,--dans l'argot des faubouriens.