Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 9

Chapter 93,393 wordsPublic domain

=ENTRAVES=: Les cordes et les courroies qui ligottent les condamnés à mort pour _entraver_ leurs mouvements quand ils marchent à l’échafaud (Argot des voleurs).

=ENTRAVER=: Empêcher une affaire.

Mettre des bâtons dans les roues.

_Entraver_: comprendre.

—_J’entrave bigorne._

Mot à mot: Je _comprends_ l’argot et non pas je le _parle_.

_Entraver_ a un double sens:

—_J’entrave nibergue ou niente._

Je n’entends rien, je ne comprends pas (Argot des voleurs).

=ENTRECÔTE DE BRODEUSE=: Une saucisse de deux sous ou une côtelette panée que les charcutiers tiennent au chaud dans des boîtes de fer blanc, et que les ouvrières mangent pour leur déjeuner—pas la boîte, mais la côtelette (Argot du peuple).

=ENTROLER=: Emporter des objets volés.

_Troller_ serait plus exact, car ce mot signifie _porter_ (Argot des voleurs).

=ENVOYER UNE LETTRE CHARGÉE AU PAPE=: Allusion au papier employé qui est en effet _chargé_ d’un singulier cachet (Argot du peuple). =V.= _Déballer_.

=ENVOYER AUX PELOTTES=:

Envoyer promener quelqu’un.

On dit aussi envoyer à la _balançoire_, ou va le _baigner_ (Argot du peuple). =V.= _Dinguer_.

=ENVOYER À LA GOUILLE=: Jeter quelque chose en l’air, au hasard.

Jeter une poignée de sous à des enfants (Argot du peuple).

=ÉPARGNER LE POITOU=: Cette expression se comprend peu; en effet, _Poitou_ veut dire _public_; or, il n’est pas d’usage que les voleurs l’_épargnent_, puisque c’est lui justement qui forme toute sa clientèle.

_Poitou_ veut aussi dire _non point_.

=ÉPASTROUILLANT=: Extraordinaire (Argot du peuple). _N._

=ÉPATANT=: M. Jean Rigaud, dans son _Dictionnaire d’argot moderne_ (1881) dit à ce propos du mot _épater_:

—_Épater_, _épate_ et leurs dérivés viennent du mot _épenter_, qui signifiait au XVIII‧ siècle _intimider_.

Il y a quelques années, M. Francisque Sarcey écrivait que le vocable appartenait à Edmond About, qu’il avait été dit par Pradeau dans le _Savetier et le Financier_, pièce représentée en 1877 aux Bouffes Parisiens; le savant écrivain ajoutait que huit jours après, le «Tout-Paris» répétait ce mot.

Cette expression, n’en déplaise au maître critique et à M. Jean Rigaud, n’appartient ni au XVIII^e siècle ni à Edmond About, elle a _cinquante quatre ans_ seulement d’existence.

Elle a pris naissance au =Café Saint-Louis=, rue Saint-Louis, au Marais (aujourd’hui rue de Turenne).

Des ouvriers ciseleurs sur bronze jouaient au billard une partie de _doublé_. À la suite d’un _bloc fumant_, Catelin, une contrebasse du Petit Lazzari, qui avait parié pour un des joueurs et qui perdait par ce coup, se leva furieux, et d’un brusque mouvement fit tomber son verre sur la table de marbre.

Le verre se _décolla_ net.

—Tiens, dit Catelin, mon verre est _épaté_—le verre n’avait plus de _pied_.

À chaque coup, les joueurs répétaient à l’adversaire: tu es _épaté_ et, quand la partie se termina par un coup merveilleux, un des joueurs dit au vainqueur:—Si nous sommes _épatés_, tu es _épatant_.

Catelin, sans le savoir, se servait du mot _épaté_ qui est en usage depuis des siècles dans les verreries, parmi les ouvriers verriers.

Ils disent d’un _verre sans pied_, mis à la refonte pour ce motif, il est _épaté_.

_Épaté_ signifie étonnement (Argot de tout le monde). _N._

=ÉPINGLE AU COL= (En mettre une): Avaler un demi setier d’un seul trait.

On dit aussi: mettre _une épingle à sa cravate_ (Argot du peuple). _N._

=ÉPOILANT=: Plus fort que tout ce que l’on peut rêver.

Pourtant la source de ce mot est des plus simples et ne signifiait au début rien d’extraordinaire.

À l’école de Saumur, en faisant un travail dans le manège, un cheval tomba et se couronna les deux genoux. En le relevant, l’élève dit:

—Mon pauvre cheval est _époilé_.

L’expression est restée, mais elle est autrement appliquée (Argot du peuple). _N._

=ÉPOUFFER=: Saisir à l’improviste un passant par derrière, comme cela se pratique pour exécuter le _coup du père François_ (Argot des voleurs).

=ÉPOUSER LA VEUVE=: Être guillotiné.

C’est _Charlot_ qui remplit l’office de maire et les aides qui servent de témoins pour ce mariage forcé (Argot des voleurs).

=ÉPOUSER LA FOUCANDIÈRE=: Quand un voleur est pris par les agents en flagrant délit, en se sauvant, il jette sur la voie publique ou dans les égouts, s’il le peut, les objets volés, afin de se débarrasser des preuves compromettantes (Argot des voleurs).

=ÉPPRENER=: Appeler quelqu’un.

L’_auseignot_ vient d’_épprener bancalo_ pour aller au _rastue_ (greffe) (Argot des voleurs). _N._

=ERMITE=: Voleur de grands chemins.

Ainsi nommé parce qu’il opère généralement seul.

On dit aussi un _solitaire_ (Argot des voleurs).

=ESBIGNER= (s’): Se sauver.

Dans les faubourgs, quand un voyou sait qu’il va recevoir une maîtresse correction, il s’_esbigne_ (Argot du peuple).

=ESBROUFFE= (En faire): Faire des embarras, du vent, de la mousse.

_Esbrouffe_ est un vieux mot qui vient d’_esbouffer_, éclabousser.

C’est Théophile Gautier qui a transformé ce mot dans le sens de _vent_ et de _mousse_.

Les escarpes se sont emparés du mot _esbrouffer_ pour désigner un genre de vol assez répandu.

Ce vol consiste à _bousculer_ un passant dans la rue, à profiter de sa surprise pour le voler et s’excuser ensuite (Argot des voleurs).

=ESBROUFFER=: Dire des sottises à quelqu’un, le secouer vertement (Argot du peuple).

=ESBROUFFEUR=: Qui fait des _esbrouffes_.

Voleur à l’_esbrouffe_ (Argot des voleurs).

=ESCABRANTE=: Échelle (Argot des voleurs) =V.= _Montante_.

=ESCARGOT=: Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les _hirondelles du Pont-Neuf_.

Dans la pièce des _Bohémiens de Paris_, Colbrun chantait:

‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Sur mon dos comme un limaçon, Portant mon bagage, Mon mobilier et ma maison.

(Argot du peuple).

=ESCARGOT=: Casquette que portaient les souteneurs avant la _david_, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). _N._

=ESCARGOT D’HIVER=: Vieillard impuissant.

L’allusion est on ne peut mieux trouvée.

Comme _l’escargot_ il rentre dans sa coquille (Argot du peuple). _N._

=ESCARPE=: Voleur, assassin.

A. Delvau pense que cette expression vient de _scarp_ mot allemand qui signifie instrument tranchant et aigu ou bien du couteau _d’escalpe_ (du _scalp_ des sauvages).

C’est aller chercher bien loin une étymologie bien simple.

Les voleurs et les assassins travaillent dans des endroits isolés, _escarpés_ (Argot des voleurs).

=ESCARPER UN ZIGUE À LA CAPAHUT=: Assassiner un complice pour lui voler sa part de butin.

Sur les deux mots, il y en a un de trop, _capahut_ comme _escarpe_ voulant dire assassin (Argot des voleurs). _N._

=ESCOFFIER=: Blesser ou tuer quelqu’un.

Se dit également au point de vue moral.

—Je l’ai rudement _escoffié_ dans l’estime de ses amis (Argot du peuple).

=ESCOLE=: Trois francs (Argot des voleurs).

=ESCLOTS=: Sabots (Argot des voleurs).

=ESCRACHE=: Passeport, papier. _L. L._

_Escrache_ veut dire voleur; c’est le synonyme _d’escarpe_ et de _fripouille_ (Argot du peuple). _N._

=ESGOURDES= ou =ESGOURNES=: Oreilles.

Quand elles sont démesurées on dit: Ah! _quelles feuilles de chou_.

On dit également: _plat à barbe_.

Les voleurs disent: _cliquettes_.

=ESPATROUILLANT=: Cette expression est employée pour exprimer le comble de l’admiration.

C’est le mot _épaté_ allongé (Argot du peuple). _N._

=ESQUINE=: Le temps (Argot des voleurs). =V.= _Boilard_.

=ESQUINTÉ=: Fatigué, moulu, rompu.

L’ouvrier qui travaille mal _esquinte_ son ouvrage.

Quand deux individus se battent, le plus fort _esquinte_ son adversaire.

Dans une polémique, on _esquinte_ son contradicteur pour avoir raison (Argot du peuple).

=ESTAFFIOU= ou =ESTAFFION=: Chat.

_Estaffiou_ veut dire aussi gifle, baloche (Argot des voleurs).

=ESTAMPER=: Tromper quelqu’un.

Emprunter de l’argent sens le rendre, c’est _estamper_ le prêteur.

Allusion au _balancier_ de machine qui frappe.

_L’estampeur tape_ (Argot du peuple).

=ESTAMPEUR=. =V.= _Estamper_.

=ESTOURBIR=: Tuer un individu par surprise (Argot des voleurs).

=ESSENCE DE CHAUSSETTES=: Sueur des pieds (Argot du peuple).

=ÉTALER SA BIDOCHE=: Se décolleter par en haut.

Raccourcir ses jupes par en bas.

Mot à mot: _étaler sa viande_.

Les filles appellent cette manière de s’habiller ou plutôt de se déshabiller _l’éloquence de la chair_ car elles ne pratiquent pas le proverbe: À bon vin pas d’enseigne (Argot du peuple). _N._

=ÉTEIGNOIR=: Cafard qui éteint l’intelligence des enfants qu’il est chargé d’instruire.

_Éteignoir_: individu morose qui _éteint_ toute gaieté dans une réunion.

_Éteignoir_: nez monumental.

—Dérange donc ton nez que je voie la tour Eiffel (Argot du peuple).

=ÉTOUFFER=: Du vieux mot _estouffer_, prendre, cacher, faire disparaître (Argot du peuple). =V.= _Étouffeur_.

=ÉTOUFFEUR=: On _étouffe_ une affaire, un scandale.

Un libraire _étouffe_ un livre qu’il ne sait pas lancer.

Le caissier qui vole son patron _étouffe_ la monnaie.

C’est surtout dans les cercles que les croupiers _étouffent_ les jetons.

On _étouffe_ un _perroquet_.

_Étouffer_, en un mot, est le synonyme de voler (Argot du peuple).

=ÉTOUFFOIR=: Agence d’affaires ou de renseignements (Argot des voleurs). _N._

=ÊTRE CHARGÉ À CUL=: Être saoul comme la bourrique à Robespierre.

Allusion à une voiture _chargée à cul_ qui ne peut avancer; l’ivrogne fait de même (Argot du peuple).

=ÊTRE EN FINE PÉGRAINE=: Être sur le point de mourir.

—Le _ratichon_ vient d’être _eppréné_ au _castu_; pour faire avaler _le père la Tuile_ au _frisé_, il va _tourner de l’œil_ (Argot des voleurs).

=ET TA SŒUR?= Façon ironique de répondre à une question ennuyeuse.

Il arrive fréquemment que la réponse est raide.

—_Et ta sœur?_

—Elle est à Saint-Lazare qui bat du beurre; quand elle battra de la merde la crème sera pour toi.

—_Et ta sœur?_

—Elle est couverte d’ardoises, les crapauds ne montent pas dessus.

—_Et ta sœur?_

—Elle est à Saint-Lazare qui fait de la charpie pour la tienne.

—_Et ta sœur?_

—Elle est au Panthéon qui prie le bon Dieu pour que tu soies moins... melon.

On pourrait varier à l’infini ces citations (Argot du peuple). _N._

=ÉTUI=: =V.= _Cuir_.

=EUSTACHE=: Couteau (Argot du peuple). =V.= _Lingre_.

=EXPULSER UN LOCATAIRE GÊNANT=: Péter (Argot du peuple).

F

=FABE=: Poches (Argot des voleurs). =V.= _Fouilleuse_.

=FABRIQUÉ=: Fait, cuit, pris.

_Fabriquer_ quelqu’un: le prendre dans un piège sans qu’il s’en doute.

_Fabriquer_ est synonyme de voler (Argot du peuple). _N._

=FACE=: Argent.

Allusion à l’effigie des pièces de monnaie.

—As-tu des _faces_, nous irons voir jouer la _misloque_ (Argot des voleurs).

=FACTIONNAIRES= (En relever un):

Aux Halles, les porteurs ne peuvent abandonner leur poste tous à la fois, pour aller boire chez le marchand de vin, ils laissent le verre de chaque camarade au comptoir, le _bistro_ donne un _jeton_; quand le camarade vient boire son verre, il _relève le factionnaire_.

À la fin de la journée le _jeton_ souvent répété devient une _contremarque_ pour _la sorgue_ car la soulographie est complète (Argot du peuple). _N._

=FAFFES À L’ESTORGUE=: Faux papiers.

Il faut que les filles aient vingt-et-un ans pour être admises dans les maisons de tolérance; il existe des fabriques de faux papiers pour _maquiller_ les états civils; d’une brune on en fait une blonde, d’une Marseillaise on en fait une Lilloise (Argot des souteneurs). =V.= _Lopheur_. _N._

=FAFIOT À PIPER=: Mandat d’amener délivré par le juge d’instruction.

Ce sont les agents de la sûreté qui sont chargés du _mandat à prendre_.

Mot à mot: _fafiot_, papier; _pipé_, pris (Argot des voleurs).

=FAFIOTS À PARER=: Papiers en règle.

Il est à remarquer qu’il n’y a que les gens qui n’ont pas la conscience nette qui sont toujours munis des meilleurs papiers (Argot des voleurs).

=FAFIOT SEC=: Livret.

_Fafiot à roulotter_: papier pour circuler.

_Fafiot à roulotter_: papier à cigarettes.

_Fafiot garaté_: billet de banque, quand c’était =M.= _Garat_ qui les signait.

_Fafiot du Bourguignon_: quand il était signé _Soleil_ (Argot des voleurs). =V.= _Talbin d’altèque_.

=FAFIOTEUR=: Banquier.

Allusion aux billets de banque ou à ordre qu’il manie sans cesse (Argot des voleurs).

=FAFFLARD D’EMBALLAGE=: Même signification que _fafiot à piper_ (Argot des voleurs).

=FAGOTS= (En débiter): Passer son temps à dire des niaiseries, à raconter des histoires de grand’mères (Argot du peuple).

=FAIBLARD=: Un homme en convalescence après une longue maladie, est _faiblard_.

Un article de journal mal conçu, mal écrit, sans conclusion, est _faiblard_.

_Faiblard_: synonyme de rachitique.

On dit aussi quelquefois, pour exprimer la même pensée.

—C’est _faiblot_ (Argot du peuple). _N._

=FAIRE ALLER EN BATEAU=: Trimballer quelqu’un et le remettre toujours au lendemain (Argot du peuple).

=FAIRE CHAPELLE=: Il existe une catégorie d’individus certainement malades du cerveau, car leur passion idiote ne peut autrement s’expliquer.

Ils s’arrêtent devant la devanture des magasins ou travaillent les jeunes filles, généralement des modistes, ils entr’ouvrent leur paletot, en tenant un pan de chaque main et font voir ce que contient leur culotte déboutonnée.

Ces cochons opèrent également dans les jardins publics ou jouent les petites filles.

Ce n’est pas la police correctionnelle qu’il leur faudrait mais bien un cabanon à Charenton.

On les nomme aussi des _exhibitionnistes_, de ce qu’ils font une _exhibition_ (Argot du peuple).

=FAIRE CHAPELLE=: Écarter les jambes et retrousser ses jupes pour se chauffer devant le feu.

Une _accouplée_ se chauffe de cette manière, l’autre qui la regarde lui dit:

—Fais-le assez cuire car je ne l’aime pas saignant (Argot des filles). _N._

=FAIRE CHIBIS=: S’enfuir d’une prison avec le concours d’un camarade, sans prévenir le gardien.

C’est brûler la politesse au directeur (Argot des voleurs).

=FAIRE CUIRE SON HOMARD=: Rougir subitement.

Synonyme de _piquer son fard_ (Argot du peuple).

=FAIRE DES YEUX DE HARENGS=: Crever les yeux à quelqu’un au moyen d’un coup bien connu des voleurs.

Allusion à l’œil vide du hareng quand il arrive des ports de mer sur nos marchés (Argot du peuple).

=FAIRE DES PETITS PAINS=: Faire des manières.

Prendre des airs mystérieux pour causer avec quelqu’un, lui dire des riens et avoir l’air de lui parler de choses intéressantes.

Faire la cour à une femme c’est _faire des petits pains_ (Argot du peuple). _N._

=FAIRE DU POTIN=: Faire du bruit, du tapage (Argot du peuple).

=FAIRE ÉTERNUER SON CYCLOPE=: Inscrire cent sous sur son carnet de dépenses sous cette rubrique significative:

On n’est pas de bois! (Argot du peuple). _N._

=FAIRE FAUX-BOND À L’ÉCHÉANCE=:

Manquer à un rendez-vous, ne pas payer une traite (Argot du peuple).

=FAIRE L’ÉGARD=: Garder la part d’un vol qui revient à un complice.

Ce devrait être plutôt _faire l’écart_, à moins que ce ne soit pris dans le sens de _manquer d’égard_ en ne partageant pas (Argot des voleurs).

=FAIRE DE L’HARMONE=: Parler bruyamment dans un lieu public.

Abréviation _d’harmonie_ (Argot du peuple).

=FAIRE LA GRANDE SOULASSE=: Assassiner tous les habitants d’une maison (Argot des voleurs).

=FAIRE LA NIQUE=: Se moquer de quelqu’un au moyen d’un geste familier aux voyous (Argot du peuple). =V.= _Battre une basane_.

=FAIRE LA PAIRE (Se)=: Se sauver à toutes jambes.

Ou dit aussi: se _tirer des deux_ (Argot du peuple).

=FAIRE LA SOURIS=: Fille qui vole son client pendant qu’il dort.

Albert Glatigny a dit à ce sujet:

En robes plus ou moins pompeuses, Elles vont comme des _souris_. Ce sont les jeunes _retapeuses_ Qui font la gloire de Paris.

(Argot des filles).

=FAIRE LE JACQUES=: Faire l’imbécile.

On fait le _Jacques_ auprès d’une femme pendant qu’elle est la maîtresse d’un autre (Argot du peuple). _N._

=FAIRE LE LÉZARD=: Battre sa _flemme_ sur l’herbe, le ventre au soleil.

On dit aussi: _manger une soupe à l’herbe_ (Argot du peuple). =V.= _Loupeur_.

=FAIRE LE POIREAU=: Attendre longtemps quelqu’un, si la personne ne vient pas, celui qui attend est planté là pour reverdir.

On dit aussi: _poiroter_.

Synonyme de: _Attends-moi sous l’orme_ (Argot du peuple).

=FAIRE NONNE=: Se rendre le complice d’un vol préparé de longue main par le _nonneur_ lui-même (Argot des voleurs).

=FAIRE SA GUEULE=: Faire une figure renfrognée.

Être mécontent sans en rien dire (Argot du peuple). _N._

=FAIRE SA MERDE=: Faiseur d’embarras.

Les gascons ont ce privilège (Argot du peuple).

=FAIRE SA POIRE=: Ne jamais rien trouver de bien; s’imaginer être au-dessus de tout et de tous (Argot du peuple). _N._

=FAIRE SA SOPHIE=: Faire le dégoûté, à table ne manger que du bout des lèvres.

Mot à mot: faire des manières.

Synonyme de _chipie_ (Argot du peuple). _N._

=FAIRE SES ORGES=: Gratter.

Faire _danser l’anse du panier_.

Engraisser ses poches aux dépens de celles des autres (Argot du peuple).

=FAIRE SON BEURRE= a la même signification.

=FAIRE SUER=: Faire _suer_ une affaire, lui faire rendre l’impossible.

_Faire suer_, expression employée par les cuisiniers pour faire revenir certaines viandes très légèrement dans la casserole.

Dire à quelqu’un: _Vous me faites suer_, signifie: _Vous m’embêtez_ (Argot du peuple).

FAIRE SUER LE CHÊNE: Tuer un homme (Argot des voleurs).

=FAIRE SUISSE=: Ouvrier qui boit seul et ne fraternise jamais avec ses camarades (Argot du peuple). =V.= _Ours_.

=FAIRE UN HOMME=: Action de _lever_ au bal ou ailleurs un individu à la recherche d’une bonne ou d’une mauvaise fortune, à l’heure, à la course ou à la nuit (Argot des filles).

=FAIRE UN RIGOLO=: Vol identique à celui que l’on nomme l’_embrassade_.

L’homme volé n’a guère envie de _rigoler_ et ne trouve pas _rigolo_ le vol dont il est victime (Argot des voleurs).

=FAIRE UN TROU DANS LA LUNE=: Faire banqueroute (Argot du peuple).

=FALOURDE ENGOURDIE=: Un cadavre.

Allusion à la rigidité (Argot du peuple).

=FANAL=: La gorge.

—Viens-tu nous arroser le _fanal_.

L’ivrogne, en buvant son premier verre de vin, s’écrie:

—Place-toi bien, mon vieux, il y aura foule ce soir (Argot du peuple). _N._

=FALZAR=: Pantalon (Argot des voleurs).

=FANANDEL=: Ami.

Expression usitée dans les prisons (Argot des voleurs).

=FANFE=: Tabatière (Argot des voleurs).

=FANTABOCHE=: Fantassin (Argot du peuple).

=FANTAISIE SUR LA TRINGLE=: =V.= _Bataille, des Jésuites_. _N._

=FARAUDENE=: Madame (Argot des voleurs).

=FARAUDEC=: Mademoiselle.

Ce mot vient de _faraude_; c’est un simple changement de finale (Argot des voleurs).

=FARCHER DANS LE PONT=: Tomber dans un piège tendu par les agents (Argot des voleurs).

=FARFOUILLARD= pour =FARFOUILLEUR=: Individu obstiné et méticuleux qui cherche sans cesse ce qu’il ne trouve jamais, excepté quand il _farfouille_ les poches d’un homme cossu. On dit également: il cherche la petite-bête (Argot du peuple).

=FARFOUILLER DANS SES ESGOURDES (Se)=: Nettoyer ses oreilles pour en enlever les mucosités (Argot du peuple).

=FARGUER=: Rougir (Argot des voleurs).

=FARIDONDAINE= (Être à la): Être dans la purée la plus complète.

Par abréviation, on dit être à la _faridon_ (Argot du peuple).

=FAUCHANTS=: Les ciseaux (Argot des voleurs).

=FAUCHÉ=: Guillotiné.

Par allusion au supplicié qui est sans _tête_, on dit d’un homme sans le sou, qui n’a pas de _faces_ dans ses poches:

—Il est _fauché_ (Argot des voleurs).

=FAUCHE-ARDENTS=: Les mouchettes.

Les mouchettes coupent, en effet, la mèche de la chandelle (Argot des voleurs).

=FAUCHEMANN=: _Fauché_.

—Je suis _fauchemann_ (Argot des souteneurs). _N._

=FAUCHEUR=: Le bourreau (Argot des voleurs).

=FAUX-BLAZE=: Donner un faux numéro (Argot des voleurs).

=FAUSSE COUCHE=: Homme, petit, chétif, qui n’a pas été terminé.

Terme de mépris employé dans les ateliers (Argot du. peuple). =V.= _Avorton_.

=FAUVETTE À TÊTE NOIRE=: Gendarme.

Allusion au chapeau bicorne (Argot des voleurs). =V.= _Hirondelle de Potence_.

=FÉE AUX YEUX VERTS (La)=: Absinthe.

Elle charme les buveurs, qui ne savent se soustraire à son influence (Argot du boulevard).

=FEIGNANT=: Propre à rien. Lâche, poltron, paresseux.

Descends-donc de ton cheval, eh! _feignant!_

Apostrophe d’un voyou charitable à Henri IV sur le Pont-Neuf pour lui offrir un canon.

On dit également _feignasse_ (Argot du peuple).

=FÊLÉ=: Toqué, un peu fou.

—Il a le coco _fêlé_.

Allusion à une marmite _fêlée_, elle fuit; par la _fêlure_ de la tête, la mémoire s’en va (Argot du peuple).

=FENDRE À S’ÉCORCHER= (Se): Dépenser tout son argent sans profit.

—Allons _fends_-toi d’une tournée (Argot du peuple).

=FENDRE L’ARCHE=: Quand un homme pressé marche vite, les voyous lui crient:

—Prends garde, tu vas te _fendre l’arche_.

Couper une carte de son adversaire, c’est lui _fendre l’arche_ (Argot du peuple).

=FENDRE L’OREILLE=: Mise à la retraite de quelqu’un, fonctionnaire, officier ou employé avant l’âge révolu.

—Sacré nom de Dieu, les cochons m’ont _fendu l’oreille_: J’ai pourtant encore du sang.

Allusion à la coutume de _fendre l’oreille_ aux chevaux mis à la réforme (Argot des troupiers).

=FENÊTRE=: =V.= _Carreau_.

=FERLAMPIER=: Homme à qui tous les métiers sont bons.

Mendiant, voleur, souteneur (Argot des voleurs).

=FERME ÇA=: _Ferme_ ta bouche (Argot du peuple).

=FERMÉ SON VASISTAS= (Avoir): Mourir (Argot du peuple).

=FERRÉ À GLACE=: Sachant parfaitement ce qu’il doit savoir. _A. D._

Dans le peuple, cette expression signifie être _affranchi_, ne rien craindre.

C’est la conséquence d’un vieux proverbe:

—Il est _ferré à glace_. Il ne craint ni putain ni garce (Argot du peuple). _N._

=FERTANCE= ou =FERTILLE=: La paille.

—Dans mon _garno_ à quatre _ronds_ la _sorgue_, y a des _pégoces_ dans la _fertance_ (Argot des voleurs).

=FESTILLANTE=: La queue du chien; il la remue pour témoigner sa joie à son maître.

Elle _frétille_.

_Festillante_ est la corruption de _frétillante_ (Argot des voleurs).

=FESTONNER=: Pochard qui ne tient pas sur ses jambes.

Il _festonne_ en marchant, pour essayer de maintenir son équilibre (Argot du peuple).

=FESSER LA MESSE=: Prêtre qui expédie à la vapeur une messe d’enterrement de dernière classe.

—Le _ratichon_ a _fessé sa messe_ en cinq secs (Argot du peuple).

=FEUILLES DE CHOUX=: Oreilles (Argot du peuple). =V.= _Esgourdes_.

=FEUILLE DE CHOU=: Mauvais journal qui ne se vend qu’au poids (Argot d’imprimerie).

=FICELÉ=: Se dit de quelqu’un bien habillé, tiré à quatre épingles (Argot du peuple).

=FICELEUSE=: La ceinture (Argot du peuple). =V.= _Anguille_.

=FICELLE=: Être _ficelle_, malin, rusé, employer toutes sortes de _ficelles_ pour réussir dans une affaire.

—Je la connais, vous êtes trop _ficelle_ pour ma cuisine.

—Vous ne me tromperez pas, je vois la _ficelle_ (Argot du peuple).

=FIÈVRE CÉRÉBRALE=: Condamné à mort.

Il meurt, en effet subitement (Argot des voleurs).

=FIGNE=: Le _podex_ (Argot des voleurs).

=FIGNOL=: Joli (Argot des voleurs).

=FIGNOLER=: Polir une pièce d’ouvrage, l’achever avec un soin tout particulier (Argot du peuple).

=FIGNOTON=: Derrière (Argot du peuple). _N._

=FIGURE DE CAMPAGNE=: Faire ses nécessités en plein air.

On comprend quelle figure est au vent (Argot du peuple).

=FIGURANTS DU SALON=: Certaines maîtresses de maison de tolérance pour faire croire à une clientèle choisie, paient chaque soir plusieurs individus qui _figurent au Salon_.

Rue Sainte-Appoline, une de ces maisons eut pour _figurants_ pendant plusieurs années deux acteurs devenus très célèbres (Argot du peuple). _N._

=FIGURE À CLAQUES=: Visage ingrat, pas précisément laid, mais antipathique de prime abord.

Dans le peuple, tout individu qui ne vous regarde pas en face, franchement, comme on dit l’œil dans l’œil, est une _figure à claques_.

—Tiens, tu me dégoûtes, ta gueule appelle la _claque_ (Argot du peuple).

=FIGURE D’ÉCUMOIRE=: Homme affreusement grêlé (Argot du peuple). =V.= _Poêle à marrons_.

=FIGURE DE PAPIER MÂCHÉ=: Personne sans couleur, aux joues creuses et à visage pâle.