Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 8
=DÉPENSER SA SALIVE=: Orateur qui parle à un auditoire distrait; il parle en pure perte et _dépense sa salive_ inutilement.
On dépense sa salive à vouloir convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir (Argot du peuple). _N._
=DÉPIAUTER=: Synonyme de _dépouiller_.
Terme commun.
—Je me déshabille, je me _dépiaute_.
Quand les voleurs _s’en veulent_ pour un motif quelconque, ils tentent de _s’arracher la peau_.
Mot à mot: se _dépiauter_ comme un lapin (Argot des souteneurs).
=DÉPITÉ=: Ennuyé, éprouver du _dépit_, dans le sens de _déception_.
Dans le peuple on applique cette expression aux _députés_ non réélus.
Le mot français est devenu un mot d’argot.
—C’est un _dépité_ de la Seine ou d’ailleurs.
On dit encore qu’il a été _dépoté_, prenant la Chambre pour un _pot_.
Ou bien:
—Les électeurs l’ont enfin _déporté_ (Argot du peuple). _N._
=DÉPLANQUER=: Quand un voleur est en prison, il est en _planque_.
Il est également en _planque_ quand il est _filé_ par un agent; quand il sort de prison ou quand il _grille_ l’agent, il se _déplanque_ (Argot des voleurs). =V.= _Déplanqueur_.
=DÉPLANQUEUR=: Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine.
C’est un usage chez les voleurs d’enterrer pour les soustraire à la justice, les objets volés; au moins s’ils subissent une peine ils ne font pas du _plan de couillé_ (Argot des voleurs).
=DÉPONER=: _Levare ventris onus_. _A. D._
Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que _déponer_ vient de _ponant_, _derrière_, et que _déponer_ est synonyme de _débourrer_.
Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie... _déponer sur la planche_ où il met son pain (Argot du peuple).
=DÉPOTOIR=: Confessionnal.
C’est bien en effet un _dépotoir_, puisque l’on y laisse ses ordures, une fois l’absolution reçue (Argot des voleurs). =V.= _Comberge_.
=DÉPOT=: Prison située sous le Palais de Justice, où l’on conduit par le _panier à salade_ tous les individus arrêtés par les agents.
C’est un lieu infect, indigne de notre époque, en raison de la promiscuité des détenus et de l’absence d’air et de lumière.
Ce n’est pas _dépôt_ que l’on devrait dire, mais bien _dépotoir_, car il y passe annuellement 67,000 individus.
Environ 15,000 vagabonds et 22,000 filles publiques.
Je ne compte pas les voleurs qui ont horreur de ce lieu de détention surnommé la _Cigogne_ (Argot des voleurs). _N._
=DÉPUCELEUR DE NOURRICE=: Fanfaron qui s’imagine avoir trouvé la pie au nid et qui y trouve souvent une chose désagréable (Argot du peuple).
=DÉPUCELEUR DE FEMME ENCEINTE=. =V.= _Enfonceur de porte ouverte_.
=DÉRONDINER=: Un sou se nommant un _rond_, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant:
—Je me _dérondine_ tous les jours pour _sorguer_ (Argot du peuple).
=DÉROUILLER=: Recouvrer sa souplesse, se mettre au fait d’un service _L. L._
_Dérouiller_: enlever la _rouille_ d’une pièce de fer ou d’acier.
_Dérouiller_: perdre ses habitudes casanières pour reprendre ses relations.
_Dérouiller_ a dans le peuple une autre signification.
Pour _dérouiller_, ce n’est pas le papier émeri qui est employé, mais la première femme venue (Argot du peuple). _N._
=DÉSATILLER=: Châtrer (Argot des voleurs).
=DESCENDRE LA GARDE=:
Mourir (Argot du peuple).
=DESCENDRE À LA CRÈMERIE=: Cette expression est employée par les filles qui n’aiment pas les hommes; elle est suffisamment claire.
Par la satisfaction qu’elles éprouvent, elles boivent du lait non écrémé (Argot des filles). =V.= _Accouplée_. _N._
=DESCENTE DE GOSIER=: Avoir une soif perpétuelle.
Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).
=DESCENTE DE LIT=: Femme facile, qui se couche au moindre signe.
Synonyme de _paillasse_ (Argot du peuple). _N._
=DÉSENFLAQUER=: Se tirer d’un mauvais pas.
Mot à mot: sortir de la merde.
Un prisonnier est _enflaqué_; le _désenflaquer_, c’est lui rendre la liberté (Argot des voleurs).
=DÉSENTIFLAGE=: Rompre avec quelqu’un avec qui on était lié.
Mot à mot: se _désentifler_, se quitter, se séparer.
C’est l’opération contraire à celle d’_entifler_ (Argot du peuple).
=DESSALÉ=: Noyé que l’on retire de l’eau.
Allusion à la morue que les ménagères font _dessaler_ avant de la manger (Argot du peuple).
=DESSALEURS=: C’était une compagnie d’assassins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés.
Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau.
Le lendemain matin ils arrivaient comme par hasard sur la berge, armés d’un croc et repêchaient le _dessalé_ pour avoir la prime.
L’opération était doublement fructueuse.
La bande fut arrêtée et condamnée. L’expression est restée dans le peuple; tout _noyé_ pour lui est un _dessalé_ (Argot du peuple). _N._
=DÉTACHER LE BOUCHON=: Vider ses intestins.
Allusion à la bouteille qui se vide le bouchon retiré (Argot du peuple). =V.= _Débourrer sa pipe_.
=DÉTOCE=: Détresse, misère.
Quand les _aminches_ n’ont plus d’os, ils sont dans la _détoce_ (Argot du peuple).
=DÉTOURNEUR=: Voleur.
_Détourner_, un objet de sa destination (Argot du voleurs).
=DÉTOURNEUSE=: Voleuse qui opère spécialement dans les grands magasins de nouveautés.
Il y a bien des manières de pratiquer ce vol, elles sont expliquées à leur place (Argot des voleurs).
=DÉTOURNEUSE AU MOMIGNARD=: =V.= _Abéqueuse_.
=DEUX SŒURS= (mes): Dans le peuple, par abréviation, on dit: _mes deux_ pour te faire une paire de lunettes.
Ce n’est pas des fesses qu’il s’agit, comme le dit Delvau, mais des testicules.
On appelle aussi _deux sœurs_, les deux nattes de cheveux que les femmes portent sur leurs épaules (Argot du peuple).
=DÉVIDAGE A L’ESTORGUE=: Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier.
_Dévider_: parler; à _l’estorgue_, faussement (Argot des voleurs).
_Dévider_: promenade en _dévidoir_ que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). =V.= _Queue de cervelas_.
=DÉVIDER SON CHAPELET=: Les portières se chargent de cette opération en _cancanant_ sur les locataires (Argot du peuple).
=DÉVISSER SON BILLARD=: Mourir.
Quand le _billard_ est _dévissé_, adieu la partie.
Un à peu près dit qu’il n’y a plus _Moyaux_ de faire une partie de _Billoir_ quand on joue _Troppmann_ (Argot du peuple).
=DIABLE=: Agent provocateur.
Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela.
En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police.
Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini.
Dans le peuple on dit simplement _mouchard_ (Argot du peuple).
=DIGELETTES= ou =DÉGELETTES=: Bagues (Argot du peuple).
=DILIGENCE DE LYON=: (La promettre).
Chose invraisemblable que promit un jour une fille à un client de hasard.
Elle mourut subitement avant d’avoir réalisé sa promesse.
C’était, à ce qu’il paraît, vraiment fantastique: il fallait cinquante mètres de câble, une ancre de marine en acier fondu, cinq kilos de chandelles-des-six, un tonneau de mélasse, un kilo d’essence de géranium, trente éponges, la graisse d’un guillotiné, un fémur de fille vierge, dix litres de pétrole, deux cartouches de dynamite....
Le client parcourut le monde entier à la recherche de la _diligence de Lyon_, il mourut à son tour sans la rencontrer (Argot des filles). _N._
=DINDORNIER DE CASTU=: Infirmier.
Prisonnier employé comme auxiliaire pour remplir ces fonctions dans les infirmeries des prisons (Argot des voleurs). _N._
=DINGUER=: Envoyer _dinguer_ quelqu’un, c’est l’envoyer promener.
Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête _dingue_.
Synonyme de _sonner_ (Argot du peuple).
=DISTRICT=: Maison de tolérance.
Ces maisons sont parquées dans des quartiers spéciaux. C’est un restant des vieilles coutumes du moyen-âge, où les _ribaudes_ étaient parquées dans les _clapiers_ de la Cité.
Mot à mot: maison dans un _district_ (Argot des souteneurs). =V.= _Bocard_.
=DIX-HUIT=: Ce mot est né d’un calembourg.
Un soulier ressemelé est deux fois _neuf_.
2 fois 9 18 (Argot du peuple).
=DOIGT DANS L’ŒIL= (Se fourrer le): Prendre ses désirs pour la réalité, croire que s’est _arrivé_.
S’imaginer être aimé pour soi-même.
Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).
=DOMBEUR=: Pince qui sert aux voleurs pour fracturer les portes (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.
=DONNER=: Dénoncer.
Les _nonneurs_ en _dénonçant_, mot à mot: _donnent_ (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).
=DONNEZ-LA=: Prenez garde, il y a du danger.
Mot d’avertissement pour prévenir de l’arrivée de la police.
Synonyme d’_acrée_ (Argot des voleurs).
=DONNER UN COUP DE PILON=: Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un _pilon_.
L’allusion de forme est juste.
Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité, de là l’expression _donner un coup de pilon_ (Argot des mendiants). _N._
=DONNER À LA BOURBONNAISE= (La):
Vouloir du mal à un individu, n’oser lui en faire, ne lui rien dire, mais le regarder d’un _mauvais œil_.
—Qu’est-ce que tu as donc que tu _la donnes à la Bourbonnaise_ sur le _barbauttier_?
—Y m’a foutu huit _jornes_ de _franc carreau_ (Argot des voleurs).
=DORANCHER=: Pour dorer, par extension comme _billancher_ pour _biller_.
On trouve fréquemment dans l’argot du peuple un changement de finale pour exprimer un mot (Argot du peuple).
=DORMIR À LA CORDE=: Avant l’invention des refuges municipaux (les haras de la vermine) il existait, rue des Trois-Bornes, un bouge tenu par le père Jean.
L’unique salle avait à peu près vingt mètres de long sur trois mètres de largeur. Dans toute la longueur, une grosse _corde_ était tendue; elle était terminée par deux forts anneaux qui la fixaient à chaque extrémité.
Les clients, la plupart des _giverneurs_, payaient trois sous d’entrée; cette somme leur donnait le droit de s’accroupir les bras sur la _corde_ et de dormir.
Cinquante environ pouvaient y trouver place.
À cinq heures du matin le père Jean sonnait le réveil en tapant avec un morceau de fer sur une vieille casserole.
Parmi les dormeurs il y en avait dont le sommeil était dur: ils ne se levaient pas. Alors le père Jean _décrochait la corde_ et les dormeurs tombaient sur les dalles.
_Dormir à la corde_ est resté légendaire (Argot du peuple). _N._
=DORMIR DANS L’AUGE=: Paresseux pour qui le travail est un supplice.
Allusion au cochon, qui, lorsqu’il est gavé, s’endort dans son _auge_ (Argot du peuple). _N._
=DORMIR EN CHIEN DE FUSIL=: Dormir en cerceau.
Allusion à la forme de l’ancien chien de fusil à piston (Argot du peuple).
=DORMIR D’UN ŒIL=: Faire semblant de dormir, avoir l’_œil_ ouvert et l’oreille aux aguets.
Le prévenu enfermé dans sa cellule avec un _mouton_ ne _dort_ que d’_un œil_ pour ne pas, pendant son sommeil, laisser échapper des révélations.
On dit aussi _dormir en gendarme_ (être en éveil) (Argot du peuple).
=DORMIR SUR LE PAN DE LA CHEMISE DE SA FEMME=: Quand un ouvrier arrive en retard à l’atelier, les camarades le plaisantent et le saluent par cette phrase, qui a un sens caché.
—Tu as _dormi sur le pan de la chemise_ de ta _femme_ (Argot du peuple). _N._
=DORMIR SUR LE RÔTI=: Être couché avec sa femme et s’endormir au moment psychologique.
S’_endormir_ sur son travail (Argot du peuple). _N._
=DORT EN CHIANT=: Ouvrier qui va fréquemment au cabinet et y reste longtemps: pendant ce temps-là il ne travaille pas.
Cette expression s’applique surtout aux maçons qui restent accroupis jusqu’à ce que les jambes leur fassent mal.
Dans le peuple on dit:
—_Tu chies comme les maçons_ (Argot du peuple). _N._
=DOUBLE-SIX=: Nègre (Argot des voleurs).
=DOUBLEUR DE SORGUE=: Voleur de nuit.
Il _double_ la journée (Argot des voleurs). =V.= _Attristé_.
=DOS VERT=: Maquereau.
Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le _dos_.
L’allusion est transparente (Argot du peuple).
=DOSSIÈRÉ=: Chaise (Argot du peuple). _N._
=DOUCE= (S’en offrir une): =V.= _Bataille des Jésuites_. _N._
=DOUCETTE=: =V.= _Mordante_.
=DOUILLARD=: Peut s’entendre de deux manières.
Clovis Hugues a beaucoup de _douilles_ (cheveux).
Rothschild a beaucoup de _douilles_ (argent) (Argot du peuple).
=DOULOUREUSE= (La): La carte à payer.
Quand on paye c’est toujours douloureux, c’est l’éternel _quart d’heure_ de Rabelais (Argot du peuple).
=DOUILLES=: Cheveux (Argot du peuple). =V.= _Alfa_.
=DOUILLES SAVONNÉES=: Cheveux blancs.
Lorsque les cheveux commencent à grisonner, la chevelure est _poivre et sel_ (Argot du peuple). _N._
=DOUSSIN=: Plomb (Argot des voleurs). =V.= _Gras double_.
=DRAGEOIRES=: Les joues (Argot des voleurs). =V.= _Jaffles_.
=DRAGUE=: Le médecin.
Allusion à la _drague_ qui nettoye la Seine.
Le médecin de prison qui a le purgatif facile, _drague_ les intestins des malades qui sont au _castu_ (Argot des voleurs).
=DRINGUE=: Pièce de cinq francs en argent (Argot des voleurs). =V.= _Tune_.
=DROGUER=: Demander.
Allusion à _droguer_, attendre.
—Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait _droguer_ pour la _peau_ (Argot du peuple et des voleurs).
=DROGUEUR DE LA HAUTE=: Voleur du grand monde (Argot des voleurs).
=DUC DE GUICHE=: Guichetier.
À l’instar des anciens ducs féodaux, il règne sur ses vassaux:—les prisonniers (Argot des voleurs).
=DUCONNEAU=: Être niais.
—Tu es plus bête que celui d’où tu sors (Argot du peuple). _N._
=DU MÊME TONNEAU=: La même chose.
Un homme politique veut tout réformer, il fait de belles promesses à ses électeurs et ne fait pas mieux que ses devanciers.
C’est _du même tonneau_.
Du vin à douze ou du vin à seize, Bordeaux ou Bourgogne:
C’est _du même tonneau_ (Argot du peuple). _N._
=DUO D’AMOUR=: Yeux pochés (Argot des voleurs). _N._
=DUR=: Il est au _dur_: en prison.
C’est _dur_: pénible, difficile.
C’est _dur à digérer_: grosse sottise ou blague impossible à avaler.
_Dur à cuire_: vieux troupier qui ne ressent rien.
_Dur_ (être dans son): être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire (Argot des voleurs).
=DURAILLE=: Pierre (Argot des voleurs).
=DURAILLE SUR MINCE=: Diamant sur carte (Argot des voleurs). _N._
=DURE= (La): Terre.
Les vagabonds, qui y couchent souvent, savent par expérience qu’elle n’a pas la mollesse d’un lit de plume (Argot des voleurs).
=DURÈME=: Fromage blanc (Argot des voleurs).
=DURINER=: Ferrer.
Allusion à la _dureté_ des chaînes avec lesquelles autrefois on _ferrait_ les forçats (Argot des voleurs).
E
=EAU D’AFF=: Eau-de-vie (Argot du peuple).
=EAU DE SAVON=: Absinthe.
Allusion à l’eau troublée par la dissolution qui ressemble à de _l’eau de savon_ surtout l’absinthe blanche (Argot du peuple). =V.= _Poileuse_.
=EAUX BASSES=: Les _eaux_ sont _basses_ quand arrive la fin de la semaine.
Quand la rivière est _basse_ les bateaux ne circulent pas, quand les _eaux_ sont _basses_ qu’il n’y a plus d’argent pas _mèche_ de naviguer (Argot du peuple). _N._
=ÉCARTER DU FUSIL=: Lancer en parlant des jets de salive.
On dit aussi: lancer des _postillons_.
Quand quelqu’un a cette infirmité on ouvre son parapluie en l’écoutant et on ajoute:
—Tu baves et tu dis qu’il pleut (Argot du peuple).
=ÉCHAPPÉ DE CAPOTE=: Chétif, malingre (Argot du peuple). =V.= _Avorton_.
=ÉCLAIRER=: Payer.
—C’est mon vieux qui tient le _flambeau_.
Mot à mot qui _éclaire_.
=ÉCOPPER=: Épuiser l’eau d’un bateau avec une _écoppe_.
_Écopper_: recevoir un mauvais coup dans une bagarre.
Dans les faubourgs on dit par ironie:
—Tu boiras de l’anis dans une _écoppe_.
_D’écopper_, par corruption, on dit de celui qui est blessé: il est _escloppé_ (Argot du peuple).
=ÉCORNER LES BOUTANCHES=: Forcer les portes des boutiques.
Cela indique bien l’action de la pince-monseigneur qui fait éclater le bois par la pesée (Argot des voleurs).
=ÉCREVISSE DANS LA TOURTE= (Avoir une): Être à moitié toqué (Argot du peuple).
=ÉCURER LE CHAUDRON=: Aller à confesse (Argot des voleurs). =V.= _Comberge_ et _Dépotoir_.
=ÉCUREUIL= (Faire l’): Faire une besogne inutile, marcher sans avancer. _A. D._
On nomme _écureuil_ les ouvriers qui tournent la roue chez les petits tourneurs en bois; c’est au contraire un métier extrêmement fatiguant.
Autrefois les _écureuils_ se réunissaient au carré Saint-Martin; c’était un ramassis de toute la fripouille parisienne; depuis que la machine à vapeur s’est vulgarisée ils ont presque disparu.
On les nomme aussi _chiens de cloutier_.
C’est une allusion au pauvre animal qui tourne la roue toute la journée pour actionner les soufflets de forge, allusion également à _l’écureuil_ qui tourne sans cesse dans sa cage (Argot du peuple). _N._
=EFFAROUCHER=: Prendre, s’évanouir sur la monnaie.
Cela arrive fréquemment dans les cercles, où l’on a remplacé l’expression _effaroucher_ par celle _d’apprivoiser_.
—J’ai _apprivoisé_ un _sigue_.
=ÉGRUGEOIR= (l’): Une tribune quelconque.
L’orateur _égruge_ ses paroles.
_Égrugeoir_: la chaire à prêcher.
_Égrugeoir_: les petites boîtes qui ressemblent à un comptoir dans lequel se tiennent les sœurs qui font la lecture aux prisonnières de Saint-Lazare.
Allusion à l’antique _égrugeoir_ qui sert à piler le sel (Argot du peuple). _N._
=ELLE EST ENCEINTE D’UN PET ELLE ACCOUCHERA D’UNE MERDE DEMAIN=: Se dit d’une femme qui a un gros ventre sans pour cela être enceinte (Argot du peuple). _N._
=EMBALLEUR=: Les agents de la sûreté.
Ils _emballent_ en effet les prisonniers dans le _panier à salade_.
=EMBARDER=: Entrer dans une affaire (Argot du peuple).
=EMBAUDER=: Voler de force, d’autorité.
Il est évident que personne ne se laisse voler de bonne volonté, mais il est des voleurs qui reculent devant l’emploi de la force.
_Embauder_: signifie voleur que rien n’arrête, pas même la police et qui assassine à l’occasion (Argot des voleurs).
=EMBOÎTÉ= (Il est): Suivi ou arrêté.
On _emboîte_ le pas à quelqu’un pour le suivre sans le perdre.
Être _emboîté_ dans une affaire.
_Emboîté_, embauché; mot à mot: entrer dans la _boîte_.
—Je vais _t’emboîter_ (te battre) (Argot du peuple). _N._
=EMBRASSADE= (Le vol à l’): Le voleur feint de reconnaître un ami dans un homme qui vient de faire un encaissement; il se jette dans ses bras et l’embrasse chaleureusement.
En un tour de main il lui vole son portefeuille ou son porte monnaie; il s’excuse de l’erreur qu’il a commise grâce à une ressemblance extraordinaire, puis il file lestement.
Ce tour s’exécute aux environs de la Banque de France et des grandes maisons de crédit (Argot des voleurs).
=ÉMÊCHÉ= (Être): N’avoir pas assez bu pour être pochard mais suffisamment pour avoir une légère _pointe_; être _allumé_.
Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).
=EMMAILLOTER UN MÔME=: Combiner un vol.
C’est une redondance de _nourrir un poupard_ (Argot des voleurs).
=EMMANCHÉ=: Individu qui se tient raide comme un pieu.
Dans le peuple, on dit qu’il à un _manche_ à balai de cassé quelque part.
On _emmanche_ une affaire.
_Emmanché_ se dit aussi dans une autre sens.
—J’ai _emmanché_ la gosse (Argot du peuple).
=EMMERDÉ=: L’être jusqu’à la garde.
N’avoir plus rien à espérer.
C’est un démenti an dicton populaire qui prétend que marcher dans la _merde_ cela porte bonheur (Argot du peuple).
=EMMERDEMENT=: J’en éprouve un à cinquante francs par têtes.
Se dit de tous les ennuis possibles.
Travailler, par exemple, est un _emmerdement_ perpétuel (Argot du peuple).
=ÉMOUCHEUR=: =V.= _Bête à chagrin_.
=EMPAVES=: Drap de lit.
—Je vais m’_empaver_ dans mon pieu (Argot des voleurs). _N._
=EMPAILLÉ=: Imbécile qui ne remue pas plus que s’il était _empaillé_ dans une vitrine du Musée zoologique (Argot du peuple).
=EMPIFFRER=: Manger comme un cochon (Argot du peuple).
=EMPOUSTEUR=: Truc très commun employé par des placiers.
Ils déposent chez des commerçants des mauvaises marchandises, à condition; des compères les achètent; les marchands alléchés prennent de nouveaux dépôts qui, cette fois, leur restent pour compte (Argot des voleurs).
=EMPROSEUR=: Variété de pédéraste (Argot des voleurs).
=ENCALDOSSÉ=: Superlatif d’_endossé_ (Argot des voleurs). =V.= _Passif_.
=ENCHTIBÉ= (Il est): Être pris, arrêté (Argot des voleurs).
=ENCLOUÉ=: Allusion au canon dont on _encloue_ la lumière (Argot des voleurs). =V.= _Passif_.
=ENDORMI=: Juge.
Allusion à ce que les juges _dorment_ dans leur fauteuil pendant que les avocats plaident (Argot des voleurs). _N._
=ENDORMEUR=: Individu qui sans cesse promet une chose et ne la tient jamais.
_Endormir_ est aussi synonyme de voler.
—Il s’est _endormi_ sur des bijoux (Argot des voleurs).
=ENDORMEUR=: Voleur qui opère au moyen d’un narcotique.
Les _romanichels_ se servent pour ce genre de vol d’une décoction de _datura stramonium_.
Ce vol se pratique en wagon. Le voleur profite du sommeil d’un voyageur pour lui couvrir le visage d’un mouchoir imbibé de chloroforme.
Les voleurs qui ont cette spécialité forment une secte à part (Argot des voleurs).
=ENDROGUER=: Chercher un coup à faire.
Le voleur _drogue_ (attend) sur le trottoir l’occasion favorable (Argot des voleurs). =V.= _Arracheur de chiendent_.
=ENFIGNEUR=: Vient de _fignoton_.
Ce dernier mot en dit assez. C’est l’_actif_ du _passif_ (Argot du peuple).
=ENFLAQUÉ= (Être): Enfermé, emprisonné (Argot des voleurs).
=ENFLÉE=: Femme enceinte.
On dit aussi: avoir une fluxion de neuf mois (Argot du peuple).
=ENFONCEUR=: Banquier qui promet 50% par mois aux imbéciles et qui termine ses opérations en emportant la _grenouille_ à l’étranger (Argot du peuple).
=ENFONCEUR DE PORTE OUVERTE=: Homme qui se vante d’avoir pris la virginité d’une fille alors qu’elle était enceinte de six mois (Argot du peuple). _N._
=ENFRIMER= ou =ENFRIMOUSSER=: Dévisager quelqu’un.
Les agents de la Sûreté _enfriment_ les voleurs pour reconnaître les récidivistes (Argot des voleurs).
=ENGAYEUR=: Complice qui attire le _trèpe_ (la foule) pendant que son complice explore les poches des badauds.
L’_engayeur_ est indispensable à tous les camelots; c’est lui qui le premier achète l’objet mis en vente, pour entraîner les acheteurs.
L’_engayeur_ est le complice du _bonneteur_; il mise pour engager les pontes à jouer (Argot des camelots).
=ENQUILLER=: Entrer.
—Il y a longtemps que je cherche à m’_enquiller_ dans cette boîte (Argot du peuple).
=ENQUILLEUSE=: Voleuse qui opère dans les grands magasins de nouveautés.
Elle _enquille_ la marchandise volée entre ses cuisses.
Il faut vraiment être organisée particulièrement pour cacher un coupon de soie à cet endroit-là (Argot des voleurs).
=ENRHUMÉ DU CERVEAU=: Allusion au nez qui coule sans cesse.
Mais ce n’est pas du nez qu’il s’agit (Argot du peuple). =V.= _Lazzi-loff_.
=ENTAILLER=: Tuer quelqu’un.
C’est en effet une fameuse _entaille_.
Avinain et Billoir étaient deux rudes _entailleurs_ (Argot des prisons).
=ENTAULER=: Entrer dans une _taule_ (maison) (Argot des voleurs).
=ENTAULER À LA PLANQUE=: Entrer dans une cachette pour se soustraire aux recherches de la police.
On _entaule_ aussi _à la planque_ des objets volés pour les reprendre au sortir de prison (Argot des voleurs).
=ENTERREMENT=: Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles.
On les appelle _Mesdames la poële_, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine.
Un _enterrement_ de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou.
Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). _N._
=ENTOILÉ=: Emprisonné.
Synonyme d’_enflaqué_.
Cette expression vient de ce que dans les camps, la salle de police est sous une tente-abri: de là _entoilé_.
Mot à mot: emprisonné sous la _toile_.
S’_entoiler_: se coucher, se fourrer dans ses draps (Argot du peuple). _N._