Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 7
On dit: _Il la connaît dans les coins_; pas moyen de lui introduire: _il est à la coule_ (Argot du peuple).
=COULER DOUCE= (Se la): Faire le moins de travail possible et vivre pour le mieux (Argot du peuple).
=COULER UN ENFANT=: Faire avorter une femme (Argot du peuple).
=COULER QUELQU’UN=: _Couler_ un individu dans l’esprit de quelqu’un en disant de lui pis que pendre; le perdre dans l’estime d’autrui (Argot du peuple).
=COULEURS= (En faire voir de toutes les): Mentir, tromper.
Faire à quelqu’un tous les tours possibles (Argot du peuple).
=COUILLONADE=: Il ne faut pas faire attention à ce qu’il dit, il ne raconte jamais que des _couillonades_ (Argot du peuple).
=COUP=: Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).
=COUP DE BAS=: Coup dangereux.
Achever quelqu’un, le finir (Argot des voleurs).
=COUP DE FLAN=: Voler au hasard (Argot des voleurs).
=COUP DE FUSIL=: Vendre à n’importe quel prix (Argot des camelots).
=COUP A MONTER=: Piège à tendre.
Tromper quelqu’un (Argot des voleurs).
=COUP DE LA BOUFFÉE=: Genre de vol pratiqué chez les grands bijoutiers.
Le voleur fume un énorme cigare, il lance au visage de la bijoutière un formidable jet de fumée; aveuglée, elle ne voit pas les mains du voleur travailler (Argot des voleurs).
=COUP DE CHASSES=: Coup d’œil.
Système employé par certaines filles pour raccrocher les passants.
—Tu ne _marches_ pas, as-tu vu ce _coup de chasses_? (Argot du peuple).
=COUP DE CANIF DANS LE CONTRAT=: Homme qui trompe sa femme ou femme qui trompe son mari.
On dit aussi, quand une femme a une masse d’amants, que le _contrat est criblé de coups de sabre_ (Argot du peuple).
=COUP DE FION=: Terminer un ouvrage (Argot du peuple). =V.= _Fignoler_.
=COUP DU CHANDELIER= (Le): Dans les maisons de rendez-vous ou chez les femmes publiques un peu cossues, une fois la séance terminée, la bonne vous reconduit en vous éclairant (c’est à charge de revanche), on lui donne généralement un pourboire; elle vous remercie gracieusement, en ajoutant comme Bilboquet:
—Si vous êtes content et satisfait, envoyez-nous du monde.
C’est le _coup du chandelier_ (Argot des filles).
=COUP DU LAPIN=: Achever un adversaire, lui donner le coup suprême.
Le bourreau donne le _coup du lapin_ au condamné à mort (Argot des voleurs).
=COUP DU MALADE=: Le voleur va chez un bijoutier choisir des bijoux; il demande qu’on lui porte sa commande à son appartement; il s’en va, et, aussitôt rentré, il se couche en attendant le commis et simule un mal subit.
Quand le commis arrive il trouve l’acheteur entouré de fioles et de pommades, gémissant, il paraît souffrir mille douleurs.
Il renvoie le commis chercher un autre objet, qu’il dit avoir commandé la veille; le commis part sans défiance en laissant les bijoux sur la cheminée; aussitôt le malade se lève et se sauve au plus vite. Quand le commis revient, visage de bois (Argot des voleurs).
=COUP DE MARTEAU=: Fou par instant (Argot du peuple). =V.= _Mailloché_.
=COUP DU MOINEAU=: Un _pégriot_ a un pierrot apprivoisé; il avise une boutique et lâche son oiseau; celui-ci se sauve derrière les sacs; il entre, pleure, se désole:
—Mon pierrot, mon pierrot.
Les garçons, le patron, la patronne, tout le monde est après le pierrot. Le _pégriot_ profite de cette chasse improvisée pour fouiller dans le comptoir et prendre une poignée de monnaie.
Le pierrot est pris, le gamin se sauve en remerciant, le tour est joué (Argot des voleurs). _N._
=COUP DU PÈRE FRANÇOIS=: Ce coup est très ancien. Autrefois les détenus l’employaient pour se débarrasser d’un personnage qui _moutonnait_.
Il consiste simplement à étrangler un passant à l’aide d’un foulard de soie.
Louis le _Bull-Dogue_, élève du _père François_ explique ainsi la manière d’opérer:
Pour faire le coup du Père _François_, Vous prenez un foulard de soie; Près au client en tapinois Vous vous glissez sans qu’il vous voie Et crac! vous lui coupez la voix. Sitôt qu’il est devenu de bois Vous lui prenez son _os, ses noix_. Et c’est ainsi qu’un Pantinois Peut faire fortune avec ses doigts.
=COUP DE POUCE=: Système employé par certains commerçants pour aider la balance à pencher du côté de la pesée.
Les bouchers jouissent d’une grande habileté pour le _coup de pouce_ (Argot du peuple).
=COUP DE SOLEIL=: Avoir trop bu du petit bourguignon.
On dit aussi un _coup de sirop_ (Argot du peuple).
=COUPE SIFFLET=: Couteau (Argot des voleurs). =V.= _Lingre_.
=COUPER=: Échapper.
—Tu n’y échapperas pas, tu n’y _couperas pas_.
On _coupe_ à une corvée, à une obligation quelconque (Argot du peuple).
=COURIR= (D’une peur et d’une envie de): Voleur qui s’offre un paletot à l’étalage sans s’occuper du prix.
—Te voilà bien rupin, ma vieille branche, combien que ta pelure te coûte?
—Une peur et une envie de _courir_ (Argot du peuple). =V.= _Foire d’empoigne_. _N._
=COURTAUD DE BOUTANCHE=: Lourdaud de boutique.
Synonyme de _calicot_ (Argot des voleurs).
=COURTIER=: Voleur qui prépare le coup à faire (Argot des voleurs). =V.= _Nourrisseur de poupard_.
=CRACHER DANS LE SAC=: Allusion à la tête du condamné à mort qui tombe dans le sac de sciure.
On dit aussi: _éternuer dans le sac_ (Argot des voleurs).
=CRACHER DES PIÈCES DE QUATRE SOUS=: Avoir la gorge sèche au lendemain d’une soulographie.
Allusion à l’absence de salive (Argot du peuple). =V.= _Gueule de bois_.
=CRACHER AU BASSINET=: Faire _cracher_ (payer) un débiteur dur à la détente (Argot du peuple).
=CRAIE D’AUVERPIN=: Charbon (Argot du peuple).
CRAMPE (La tirer): =V.= _Rouscailler_.
=CRAMPON=: Femme ou maîtresse qui ne vous lâche pas et dont rien ne peut vous débarrasser pas même la mort—quand on en rêve (Argot du peuple).
=CRAMPONNER= (Être): =V.= _Crampon_.
=CRAN= (Être à cran): Être furieux.
On dit aussi: être à _crin_ (Argot du peuple).
=CRANEUR= (Faire le): Homme qui se fait plus fort qu’il ne l’est, au physique comme au moral.
Un souteneur qui veut tenir le haut du pavé, est un _crâneur_ (Argot du peuple).
=CRAPAUD=: Cadenas (Argot des voleurs).
=CRAPAUD=: Moutard (Argot du peuple).
=CRAPSER=: Mourir.
D’aucuns écrivent _clamser_ ou _krapser_. C’est _crapser_ qui est le vrai mot (Argot des voleurs).
=CRAPULARD=: Superlatif de _crapule_.
Synonyme de canaille, gredin, scélérat.
Injure adressée à des individus assez adroits pour commettre des délits sans tomber sous l’application des lois.
Terme très usité dans le peuple (Argot du peuple). _N._
=CRAQUEUR=: Menteur (Argot du peuple).
=CRÈME=: C’est une _crème_ d’homme pour dire: _il est bon_.
Même signification que: _c’est un beurre_.
Les bourgeois pour exprimer qu’un être est beau disent également:
—C’est une _crème_.
—C’est une bonne pâte d’homme (Argot du peuple).
=CRÊPER LE CHIGNON= (Se): Se dit de deux femmes qui se battent avec acharnement.
C’est le contraire qu’il faudrait dire, car après la bataille, le _chignon_ est plus que _décrêpé_ (Argot du peuple).
=CRESSON SUR LE CAILLOU= (N’en plus en avoir): Homme chauve (Argot du peuple).
=CREVER LE BOCAL= (S’en faire): Avoir trop mangé.
S’être bourré au point que le _bocal_ (ventre) en _crève_ (Argot du peuple).
=CREVETTE=: Nom donné aux filles du demi-monde.
On appelle aussi _crevette_ une femme maigre (Argot du boulevard). =V.= _Agenouillée_.
=CRIBLER À LA GRIVE=: Crier à la garde. Appeler au secours (Argot des voleurs).
=CRIBLEUR DE VERDOUZE=: Marchand des quatre saisons (Argot des voleurs).
=CRIBLEUR DE FRUSQUES=: Marchand d’habits (Argot des voleurs).
=CRIER AUX PETITS PÂTÉS=: Femme qui accouche difficilement et qui crie comme une baleine (Argot du peuple).
=CRIGNE=: Viande dure comme une vieille semelle (Argot des voleurs) =V.= _Bidoche_.
=CRIGNOLIER=: Boucher.
Marchand de _crigne_ (Argot du peuple).
=CRIN= (Être comme un): Homme sans cesse furieux.
Individu plus gênant que gêné (Argot du peuple).
=CRIN-CRIN=: Violon.
Allusion au grincement de l’archet sur les cordes (Argot du peuple).
=CROCHETTES=: Clés (Argot des voleurs). =V.= _Carouble_.
=CROMPER LA TANTE=: Détenu qui s’emploie, pour faire évader un de ses camarades (Argot des voleurs).
=CRONÉE=: Écuelle.
Une _cronée_ de _barbillons de Beauce_, voilà la _pitance_ à la _Centrousse_.
=CROQUE-MORT=: Porteur de mort.
Monsieur le Mort, laissez-vous faire, Il ne s’agit que du salaire.
Le _croque-mort_ est généralement joyeux, il a toujours le _petit mort_ pour rire. C’est l’un d’eux qui a trouvé que la meilleure _bière_ est celle de _sapin_ (Argot, du peuple).
=CROQUANT=: Paysan (Argot du peuple). =V.= _Pétrousquin_.
=CROQUENEAUX VERNEAUX=: Souliers vernis (Argot du peuple).
=CROSSEUR=: L’avocat général (Argot des voleurs). =V.= _Bêcheur_.
=CROTTE DE PIE=: Pièce de cinquante centimes (Argot des voleurs).
=CROTTE D’ERMITE=: Poire cuite.
Allusion à la forme (Argot des voleurs).
=CROUSTILLAGE=: Nourriture (Argot du peuple). _N._
=CROUSTILLANT=: Quelque chose qui _croustille_ sous la dent.
Pain appétissant, bien cuit.
Jolie fille dont les appâts sont pleins de promesses.
Un récit vif, animé, plein de situations égrillardes, est _croustillant_.
Paul de Kock et Pigault Lebrun sont restés les maîtres du genre (Argot du peuple).
=CROUTER=: Casser la croûte.
Le matin, avant de commencer la journée et à quatre heures, les ouvriers mangent un morceau sur le pouce.
Ils cassent une _croûte_.
On dit aussi: l’heure de la _croustille_ (Argot du peuple). _N._
=CROUTON=: Vieillard bon à rien (Argot du peuple). =V.= _Birbe_.
=CRU DU CHÂTEAU LA POMPE=: Eau.
Se dit par ironie (Argot du peuple).
CUILLER DANS LA TASSE (L’avoir laissée): Femme enceinte (Argot du peuple). =V.= _Avaler le pépin_.
=CUIR=: Peau (Argot du peuple).
=CUIR À RASOIR=: Tétasses d’une vieille femme dont la peau est dure comme du _cuir_.
On pourrait repasser ses rasoirs dessus (Argot du peuple). =V.= _Calebasse_.
=CUISINER=: Quand un prisonnier ne veut pas avouer, les agents le «cuisinent» pendant trois ou quatre heures s’il le faut.
Ils réussissent presque toujours, et le prisonnier ne trouve jamais cette _cuisine_ à son goût (Argot des voleurs).
=CUITE= (En prendre une): Se saouler royalement (Argot du peuple). =V.= _Culotte_.
=CULBUTE OU CULBUTANT=: Pantalon (Argot du peuple). =V.= _Falzar_.
=CULBUTE= (Faire la): Négociant qui fait faillite.
Il fait littéralement _la culbute_ (Argot du peuple).
=CUL DE PLOMB=: Employ rivé à son fauteuil d’un bout de l’année à l’autre (Argot du peuple).
=CULOTTE= (En prendre une): Être abominablement pochard.
On dit également: il est _cuit_, il a trop _chauffé le four_ (Argot du peuple).
=CULOTTE= (Prendre une): Perdre une grosse somme au jeu (Argot des joueurs).
=CUL TERREUX=: Paysan.
L’allusion est transparente (Argot du peuple). =V.= _Pétrousquin_.
=CURÉ DE CAMPAGNE=: Femme à tout faire, qui sait se retourner à l’occasion (Argot des filles).
=CURIEUX=: Juge (Argot des voleurs). =V.= _Palpeurs_.
=CŒUR SUR LE CARREAU= (Mettre le): Vomir (Argot du peuple).
D
=DAB= ou =DABE=: Père (Argot du peuple).
=DAB DES RENIFLEURS=: Préfet de police (Argot des voleurs).
=DABIER=: Père (Argot du peuple).
=DADA= (Avoir un). =V.= _Marotte_.
=DAIM=: Imbécile (Argot du peuple). =V.= _Couillon_.
=DANDILLANTE=: La cloche.
Dans les usines, la _cloche_ sonne les heures d’entrées et de sorties et aussi l’heure des repas.
—Si je suis en retard c’est parce que tu as foutu un _coup de pouce_ à la _tocante_ du _singe_.
Mot à mot: la cloche _dandille_ (Argot du peuple).
=DANDINETTE=: Diminutif de _danse_, battre légèrement.
_Dandinette_ est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).
=DANDILLER=: Sonner.
Les faubouriens en ont fait _dardiller_, de _dard_.
—Je _dardille_ pour une belle fille (Argot du peuple). _N._
=DANSE= (En donner une): Battre un individu.
Entrer en _danse_, entrer dans une affaire, apparaître (Argot du peuple).
=DANSER=: Faire _danser_ quelqu’un.
Synonyme de faire payer (Argot du peuple).
=DANSER DU BEC=: Puer de la bouche (Argot du peuple). =V.= _Trouilloter de la hurlette_.
=DANSER L’ANSE DU PANIER= (La faire): Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).
=DARDANTS=: Mes amours (Argot des voleurs).
=DARDUNNE=: Cinq francs (Argot des voleurs). =V.= _Tune_.
=DARIOLE=: Soufflet, coup de poing. _A. D._
La _dariole_ est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques.
Le pâtissier se nomme _darioleur_ (Argot du peuple). _N._
=DARON=: =V.= _Dabe_.
=DARONNE=: Mère; dans le peuple on dit la _dabuche_ (Argot du peuple).
=DAUF=: =V.= _Paf_.
=DAUDÉE= (Passer à la): Souteneur qui _floppe_ sa _marmite_ quand elle ne rapporte pas de _pognon_ (Argot des souteneurs). _N._
=DÉBACHER LA ROULOTTE=: Changer la voiture de place.
Les forains emploient cette expression pour indiquer qu’il vont d’une ville à une autre (Argot des saltimbanques).
=DÉBAGOULER=: Cette expression est usitée dans les faubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui _débagoule_ son _boniment_ (Argot du peuple).
=DÉBALLAGE=: Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois.
_Déballage_ se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
—Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au _déballage_; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).
=DÉBALLER=: Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).
=DÉBALLONNER= (Se): S’évader.
Mot à mot: se sauver du _ballon_ (prison).
_Déballonner_: accoucher.
Se défaire de son _ballon_ ou mieux du _lève-jupes_ (Argot des voleurs).
=DÉBINE=: Se prend de manières différentes.
Être dans la misère la plus complète.
—Je suis dans la _débine_.
—Je m’en vais, je me sauve, je me _débine_ (Argot du peuple).
=DÉBINER=: Dire du mal de quelqu’un.
—Nous l’avons tellement _débiné_ qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).
=DÉBINER LE TRUC=: Compère mécontent qui révèle le secret de son associé (Argot des voleurs).
=DÉBOUCLER SA VALISE=: Mourir.
On devrait plutôt dire _boucler_ car le voyage est assez long (Argot des commis voyageurs).
=DÉBOULER=: Arrivée subite de quelqu’un que l’on n’attendait pas.
—Il _déboule subito_ (Argot du peuple).
=DÉBOULER=: Femme qui accouche.
Allusion de forme; enceinte à pleines ceintures, elle est ronde comme une boule; accouchant elle _déboule_ (Argot du peuple).
=DÉBOULONNER SA COLONNE=: Mourir.
Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).
=DÉBOURRER SA PIPE=: =V.= _Déballer_.
=DÉBRIDOIRE=: Outil de malfaiteurs (Argot des voleurs). =V.= _Tâteuse_.
=DÉBOUTONNER=: Parler, avouer.
—Tu peux te _déboutonner_ mon vieux, il faut que nous sachions ce que tu as dans le ventre.
On dit aussi: _Déculotte ta pensée_ (Argot du peuple).
=DÉBROUILLARD=: Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux.
On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée:
—Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).
=DÉCALITRE=: Chapeau.
Il a, en effet, la forme d’un boisseau (Argot du peuple).
=DÉCAMPER SANS TAMBOUR NI TROMPETTE=: Lâcher une femme ou un patron sans les prévenir.
Fausser compagnie à quelqu’un.
Laisser une affaire en plan (Argot du peuple).
=DÉCANILLER=: Se lever de sa chaise ou de son lit.
—Allons, paresseux, _décanille_ plus vite que ça (Argot du peuple).
=DÉCARADE=: S’en aller au plus vite.
En un mot, _décarrer_, partir.
Une vieille chanson dit:
Allons, Flipote, Met ta capote, Et puis, _décarrons_-nous.
(Argot du peuple).
=DÉCARCASSER= (Se): S’échiner à faire un travail qui produit peu.
Se _décarcasser_ à courir pour arriver à l’heure de la cloche.
—J’ai beau me _décarcasser_, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).
=DÉCARRER DE BELLE=: Sortir de prison à la suite d’une ordonnance de non-lieu.
Mot à mot: Je l’échappe belle (Argot des voleurs).
=DÉCARTONNER=: Mourir de consomption.
Les commères disent: mourir à petit feu.
_Décartonner_ est synonyme de _décoller_ (Argot du peuple).
=DÉCHARD=: Qui est dans la dèche (Argot du peuple).
=DÈCHE=: Synonyme de _débine_.
Cette expression est due à une circonstance curieuse:
Un colosse, nommé _Hache_, marchand de _ribouis_ au marché du Temple, avait la passion du théâtre; il figurait au cirque de l’ancien boulevard du Temple. Il occupait l’emploi de tambour-major de la garde; c’était insuffisant pour son ambition: il voulait parler. À force d’obsessions, il obtint de Lalouc de dire un mot dans une pièce. Il devait dire à Napoléon:
—Quel échec, mon Empereur!
La langue lui fourcha, il avait oublié sa phrase.
Alors, à tout hasard, il s’écria:
—Sire, ah! quelle _dèche_!
L’expression est restée, et, dans le peuple, quand on veut indiquer un grand malheur elle est employée (Argot du peuple).
=DÉCHIRER SA TOILE=: Péter.
Allusion au bruit qui souvent ressemble à un déchirement (Argot du peuple). =V.= _Peau courte_.
=DÉCORS=: Bijoux.
L’expression est jolie. On dit dans le peuple, d’une femme chargée de bijoux: Elle est _décorative_ (Argot du peuple).
=DÉCRASSER=: Les filles _décrassent_ un homme en le débauchant d’abord, en le ruinant ensuite.
Les voleurs _décrassent_ un pante en le volant.
_Décrasser_, dans un autre sens, est synonyme de _déniaiser_ (Argot du peuple).
=DÉCROCHER UN LARDON=: Faire avorter une femme.
Les spécialistes qui se livrent à ce genre de travail se nomment des _faiseuses d’anges_ (Argot du peuple). _N._
=DÉCROCHER LA LUNE AVEC LES DENTS=: Vouloir accomplir une chose impossible.
Expression employée par ironie (Argot du peuple).
=DÉCROCHER LA TIMBALE=: Arriver bon premier, réussir.
Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet _décroche_ le premier prix qui est généralement une _timbale_.
Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la _Timbale_ (Argot du peuple). _N._
=DÉCROCHEZ-MOI ÇA=: Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette.
Comme les vêtements sont _accrochés_ et étiquetés, inutile de marchander; on n’a qu’à dire à la vendeuse: _Décrochez-moi ça_.
Toute personne mal habillée sent le _décrochez-moi ça_ (Argot du peuple).
=DÉCROCHER SES TABLEAUX=: Individu qui sans cesse se fourre les doigts dans le nez pour on retirer les ordures.
—Tu reçois donc du monde que tu _décroches tes tableaux_? (Argot du peuple).
=DÉCULOTTÉ=: Homme qui a mis son mobilier ou son commerce au nom de sa femme.
Il ne porte plus la _culotte_.
_Déculotté_ aussi quand la femme est maîtresse au logis: elle porte les _culottes_ (Argot du peuple).
=DÉFARGUER=: Pâlir.
Le parrain fargue, Le bêcheur défargue,
dit une vieille chanson (Argot des voleurs).
=DÉFARGUER=: Les joueurs disent cela d’une carte qui les gêne.
Au _polignac_ ils se _défarguent_ du valet de pique (Argot des voleurs). _N._
=DÉFENDRE SA QUEUE=: Défendre sa peau dans une bataille.
Quand deux chiens se battent dans la rue, les spectateurs crient:
—Toto, _défend ta queue_.
_Défendre sa queue_, c’est défendre ses intérêts de toutes manières (Argot du peuple).
=DÉFILER LA PARADE=: Se dit à quelqu’un que l’on chasse.
—Allons, _défilez la parade_, et plus vite que ça (Argot du peuple).
=DÉFLEURIR= ou =DÉFLOUER LA PICOUSE=: Voler le linge qui sèche dans les campagnes, sur des haies (Argot des voleurs). =V.= _Batousier_.
=DÉFOURAGER=: S’en aller, quitter un endroit pour un autre.
—Je _défourage_ de la _Centrousse_ pour _renquiller_ à _Pantin_ (Argot des voleurs).
=DÉGLINGUE= (Tomber dans la): Être tout à fait par terre.
Plus misérable que les misérables (Argot du peuple). _N._
=DÉGOBILLER=: Vomir (Argot du peuple). =V.= _Mettre du cœur sur le carreau_.
=DÉGOTTER=: Se dit de quelqu’un mal habillé.
—Tu la _dégottes_ mal.
_Dégotter_, signifie également trouver.
—Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la _dégotter_.
_Dégotter_ quelqu’un: faire quelque chose mieux que lui.
Victor-Hugo, par exemple _dégotte_ Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).
=DÉGOURDI=: Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
—J’ai froid, je vais marcher vite pour me _dégourdir_ les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze: elle est _dégourdie_ pour son âge (Argot du peuple).
=DÉGRAISSEUR=: Le garçon de banque qui à chaque échéance vient _dégraisser_ les débiteurs (Argot du peuple). _N._
=DÉGRINGOLADE=. =V.= _Dégringoler_.
=DÉGRINGOLADE À LA FLÛTE=: Vol commis par une fille sur un _miché_ de passage.
L’expression _flûte_ est assez significative (Argot des voleurs).
=DÉGRINGOLER=: Tomber d’une haute situation dans la misère.
_Dégringoler_ un _pante_: tuer un bourgeois.
_Dégringoler_ des hauteurs d’un succès pour tomber dans la médiocrité (Argot du peuple).
=DÉGUEULAS, DÉGUEULATIF, DÉGUEULBIF, DÉGOÛTATIF ET EMMERDATOIRE=: Individu à l’aspect tellement dégoûtant que sa vue soulève le cœur et donne envie de vomir (Argot du peuple). _N._
=DÉGUISER EN CERF= (Se): Se sauver le plus rapidement possible.
—Je t’invite à un bal masqué, quel costume prendras-tu?
—Je me _déguise en cerf_.
Mot à mot: Je n’y vais pas (Argot du peuple). _N._
=DÉMARQUEUR DE LINGE=: Homme de lettres qui pille ses confrères sans façon.
_Démarquer_ un article de journal: changer simplement les phrases.
Allusion aux voleurs qui _démarquent_ le linge avant de le _bazarder_ au _fourgat_ (Argot du peuple).
=DEMI-AUNE=: Le bras.
Les mendiants disent:
—_Je tends la demi-aune._
C’est une façon de ne pas avoir l’air que l’on tend la main (Argot des mendiants).
=DEMI-RÉCOLTE=: Personne petite, naine, chétive.
On dit dans le peuple:
—Sa mère devait être concierge, un locataire aura demandé le cordon au bon moment (Argot du peuple). =V.= _Bas du cul_.
=DEMOISELLE DE PAVEUR=: Sorte de pilon en bois garni à sa base d’un fort morceau de fer. Il sert à enfoncer les pavés pour égaliser la rue.
Ce pilon a deux anses en forme de bras; pour le soulever, les paveurs le prennent par les bras.
Allusion au bras que l’on donne aux _demoiselles_.
Elles sont généralement moins dures à soulever que la _demoiselle_ du paveur (Argot du peuple). _N._
=DÉMONTER SON CHOUBERSKI=: Mourir.
L’expression n’est pas juste, on devrait plutôt dire: _monter son chouberski_, car chacun sait que ce poêle n’a rien de commun avec l’élixir de longue vie (Argot du peuple). _N._
=DÉMORGANER=: Accepter une observation.
Comprendre que la _morgue_ est inutile (Argot du peuple).
=DEMORRE=: Homme (Argot des voleurs).
=DÉMURGER=: Fuir.
Cette expression est fréquemment employée par les souteneurs au cours d’une bataille:
—Voilà la rousse, _démurge_, ou y vont le faire _chouette_. La _copaille_ va rendre l’_affe_, il est _saigné_ au bon coin (Argot des voleurs).
=DÉNICHEUR DE FAUVETTES=: Terme ironique employé pour se moquer d’un individu qui se vante de prendre la virginité des filles (Argot du peuple). =V.= _Dépuceleur de nourrices_. _N._
=DÉPAILLER=: Jusqu’ici cette expression était employée pour dire qu’une chaise n’avait plus de paille: elle était _dépaillée_.
Dans les quartiers pauvres, les ouvriers n’ont généralement pas de sommiers; ils couchent sur des _paillasses_ garnies de _paille_ de seigle; quand un propriétaire, un vautour impitoyable, veut les faire expulser, ils disent:
—Tu peux aller chercher le _quart_ et tous ses _sergots_, tu ne me feras pas _dépailler_.
Mot à mot: _abandonner ma paille_ (Argot du peuple). _N._
=DÉPENDEUR D’ANDOUILLES=: Homme grand comme une perche à houblon.
Allusion à ce qu’il pourrait sans échelle _dépendre les andouilles_ suspendues au plafond (Argot du peuple).