Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 4
Pour distinguer un sous-ordre, on ne dit pas un _sous-brigadier_, mais par abréviation un _S. B._ (Argot des agents de police). _N._
=BERGE=: Année.
—Je tire cinq _berges_ à la _Centrousse_ de Melun (Argot des voleurs).
=BERGERONNETTE=: Année.
Diminutif de _berge_ (Argot des voleurs).
=BÉQUILLER=: Manger (Argot des voleurs). =V.= _Becqueter_.
=BERLINE=: Couverture (Argot des voleurs). _N._
=BERLINE DE COMMERCE=: Commis-voyageur (Argot des voleurs).
=BERNIQUE=: Non. Je ne veux pas.
On dit aussi _Bernique Sansonnet_ (Argot du peuple). =V.= _Brenicle_.
=BESSONS=: Les deux seins (Argot des voleurs).
=BERTELO=: Un franc (Argot des voleurs).
=BÉTA=: Niais, crétin, superlatif d’imbécile (Argot du peuple).
=BÉTASSE=: Mou, flasque (Argot du peuple).
=BÊTE A CHAGRIN=: Une femme légitime.
Quand elle est acariâtre, et elle l’est souvent par les nécessités de la vie, on lui donne ce nom peu aimable (Argot du peuple). _N._
=BÊTE A BON DIEU=: =V.= _Bête à pain_.
=BÊTE A CORNES=: Fourchette (Argot des voleurs). _N._
=BÊTE A PAIN=: Homme bon et simple.
Mot à mot: _bon_ comme du _bon pain_ (Argot du peuple).
=BÉTINET=: Queue rouge.
Le peuple donne ce nom aux _paillasses_ qui font le _boniment_ sur les places publiques ou devant les baraques de saltimbanques pour amasser la foule.
L’un d’eux fut célèbre sous le nom de _Bétinet_, de 1840 à 1850, sur la place de la Bastille. Il était renommé pour ses _bêtises_ stupéfiantes (Argot du peuple).
=BEUGLANT=: Café chantant où les spectateurs chantent en chœur avec les artistes.
Les deux plus célèbres furent le _Beuglant_ de la rue Contrescarpe et le _Divan japonais_ de Jehan Sarrazin (Argot du peuple).
=BEUGLER=: Enfant qui crie à en perdre haleine.
—As-tu fini de _beugler_, horrible crapaud (Argot du peuple).
=BEURRE DANS LES ÉPINARDS= (en avoir ou en mettre): Bourgeois qui augmente sa fortune par tous les moyens possibles.
On sait que les cuisiniers appellent les _épinards_ la mort au beurre, parce qu’ils en absorbent considérablement.
L’allusion est facile à comprendre (Argot du peuple).
=BIBASSE=: Vieille femme.
Arrivée à un certain âge, la femme c’est comme les vieux souliers, ça boit; elle _bibasse_ dans les bars (Argot du peuple).
=BIBASSON=, =BIBASSIER=: Vieillard (Argot du peuple). =V.= _Birbe_.
=BIBERON=: Pochard qui boit comme une éponge, sans soif.
Mot à mot: il _tète_ ou _suce_ tous les liquides possibles (Argot du peuple). =V.= _Suce-Canelle_.
=BIBI=: Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). =V.= _Tâteuse_.
=BIBINE=: Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, comme jadis à la _bibine_ du _Lapin blanc_, chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). =V.= _Assommoir_.
=BICHER=: Ça prend, ça mord.
Dupe qui, comme le poisson, mord à l’hameçon (Argot des gens d’affaires et des pêcheurs).
=BICHET=: Mensonge (Argot des voleurs).
=BICHON=: Petit chien à tout faire.
Cet animal est fort affectionné des dames d’un certain monde qui évitent avec lui les accidents et les maladies de neuf mois (Argot des filles).
=BICHON=: Outil de chapelier.
C’est une sorte de petit tampon de soie ou de velours qui sert à _bichonner_ les chapeaux de soie et à leur donner le coup de _fion_ (Argot des chapeliers).
=BICHONNER= (se): Homme qui a grand soin de lui-même et qui se _bichonne_ comme une petite maîtresse (Argot du peuple). =V.= _Pommadin_.
=BICHONNET=: Menton.
Ce mot exprime bien l’habitude qu’ont certaines gens de se passer à tout moment la main sur le menton pour se _bichonner_ (se caresser) (Argot du peuple). =V.= _Banquette_.
=BICLER=: Pour _cligner_ de l’œil.
_Bicler_ est une très vieille expression (Argot des voleurs) =V.= _Guigne à gauche_.
=BIDARD=: Heureux, veinard.
C’est un nommé _Bidard_ qui gagna un gros lot à une loterie quelconque.
On en fit une chanson qui courut les rues:
Le père _Bidard_, la mère _Bidard_, etc. Depuis ce temps, les _chançards_ sont des _Bidards_ (Argot du peuple). _N._
=BIDET=: Vase intime que l’on rencontre dans les cabinets de toilette un peu chics.
_Bidet_, ainsi nommé par allusion au _bidet_ sur lequel monte le cavalier: madame se met à _cheval_ dessus, et généralement l’eau ne pourrait servir qu’à faire du Thé de la Caravane (Argot des filles). _N._
=BIDET=: La ficelle qui sert aux prisonniers pour se transmettre leurs correspondances d’étages en étages.
Allusion au _bidet_ de poste (Argot des voleurs). =V.= _Postillon_.
=BIDOCHE=: Viande.
Cette expression est connue depuis 1830.
Le nom de la _mère Bidoche_ avait été donné à la marchande de soupe qui tenait le restaurant des _Pieds humides_ à l’ancien marché des Innocents, aux Halles.
Le mot est resté dans le peuple, qui dit aussi quand la _bidoche_ est trop dure: c’est de la _carne_ (Argot du peuple).
=BIDON=: Ventre.
Corruption de _bedon_; on dit aussi _bidouard_.
S’emplir le _bidon_ chez le _mastroquet_: boire (Argot du peuple).
=BIFFARD=: Bourgeois (Argot des voleurs).
=BEEFSTEACK À CORBEAU=: Vieille fille publique qui a servi de litière à tout un régiment de cuirassiers (Argot du peuple). _N._
=BEEFSTEACK À MACQUART=:
Macquart est l’équarrisseur qui a la spécialité d’abattre les vieux chevaux, les _carnes_ hors de service (Argot du peuple).
=BIFFIN=: Chiffonnier.
Ainsi dénommé par le peuple à cause de son crochet qui lui sert à _deux fins_: à se défendre et à travailler.
Depuis 1848, on dit d’un chiffonnier qu’il est _membre du comité de recherches_.
Allusion à ce qu’il fouille dans les tas d’ordures pour y trouver sa vie (Argot du peuple).
=BIFFETON=: Billet.
Quelques-uns écrivent _Buffeton_, c’est une erreur (Argot des camelots).
=BIJOUTIER SUR LE GENOU=: Savetier.
Allusion aux clous nommés _bijoux_ avec lesquels il ferre les semelles des souliers (Argot du peuple). =V.= _Gniaff_.
=BILBOQUET=: grosse femme.
Il paraît pourtant impossible de jongler avec elle.
C’est sans doute par allusion à la _boule du bilboquet_ (Argot des voleurs).
=BILLANCER=: Condamné qui a fait sa prison.
C’est la corruption de _billancher_, _payer_; en effet, le prisonnier qui a fait sa prison a _payé_ sa dette (Argot des voleurs). _N._
=BILLANCHER=: Payer.
—C’est dégoûtant, il faut toujours _billancher_ (Argot du peuple).
=BILLER=: Diminutif de _billancher_.
Même signification (Argot du peuple).
=BILLET DE LOGEMENT=: Quand les filles vont à _Montretout_ (la visite sanitaire), si elles sont malades, elles sont retenues et dirigées sur l’infirmerie de Saint-Lazare; le médecin inscrit la nature de la maladie sur un bulletin dont la couleur varie suivant la gravité du cas.
Une fois installées dans leur lit, le bulletin est placé à la tête du lit dans un petit cadre spécial.
De là le nom de _billet de logement_ (Argot des filles). _N._
=BINELLE=: Faillite.
—Il est tombé en _binelle_, mais si les _Anglais_ se _tapent_, il a _carré_ l’_oseille_ (Argot des voleurs). _N._
=BIRBE=: Vieillard (Argot du peuple).
=BIRIBI= (dés): Ce jeu se joue dans les foires et dans les fêtes publiques. C’est un vol audacieux (Argot des camelots).
=BISOT=: Ami (Argot des voleurs). =V.= _Aminches_.
=BISTOURNE=: Cor de chasse.
Allusion à la forme _tournée_ de l’instrument (Argot du peuple).
=BISTRO=: Marchand de vins.
On dit aussi des petits commis des magasins de nouveautés qu’ils sont des _bistros_ (Argot du peuple).
=BITURE= (s’en flanquer une): Se saouler comme un cochon (Argot du peuple).
=BLAIRE=: Nez.
Cette expression est en usage depuis plus de cinquante ans dans les faubourgs, où les _terreurs_ à la sortie des bals publics se _bouffaient le blaire_ (Argot des souteneurs).
=BLANCHETTE=: Hiver.
Allusion à la neige et au givre qui couvre les rues et les toits d’une nappe _blanche_ (Argot des voleurs). _N._
=BLANCHISSEUSE=: Pièce de cinquante centimes (Argot des voleurs). _N._
=BLANCHISSEUR=: Avocat.
Ce mot date du procès du fameux empoisonneur Conty de Lapommerais.
Dans les couloirs du palais, avant l’audience des assises, on discutait la condamnation ou l’acquittement; la majorité des avocats étaient d’avis qu’il serait acquitté parce que _Lachaud blanchit_.
Lachaud était le défenseur de Lapommerais.
Les voleurs se souviennent du calembour (Argot des voleurs). _N._
=BLANCHISSEUSE DE TUYAUX DE PIPES=: Blanchisseuse qui ne blanchit jamais rien, elle n’a que l’apparence.
Elle habite généralement aux environs des hôtels, pour avoir la clientèle des commis-voyageurs qui désirent être _servis_ à la minute (Argot du peuple).
=BLANCHOUILLARDE=: Hiver.
Diminutif de _blanchette_ (Argot des voleurs).
=BLAGUE À TABAC=: Vieilles tétasses molles et flasques qui tombent outrageusement (Argot du peuple).
=BLANQUETTE=: Argenterie (Argot des voleurs). _N._
=BLAVE=: La cravate (Argot des voleurs). _N._
=BLAVIN=: Mouchoir.
Une vieille chanson dit:
Le _parrain_ _care_ sa _frime_ dans son _blavin_.
(Argot des voleurs). =V.= _Aniterge_.
=BLAVINISTE=: Voleur qui a la spécialité de faire le _blavin_ (Mouchoir) (Argot des voleurs).
=BLAZE=: Numéro (Argot des voleurs). _N._
=BLÉ=: Argent monnayé (Argot des voleurs). =V.= _Aubert_.
=BLÉCHARD=: Laid, disgrâcié de la nature.
Dans les faubourgs on dit d’une femme dans ce cas:
—Elle est rien _blèche_ (Argot du peuple).
=BLÉCHARDE=: C’est le superlatif de _bléchard_.
Pour bien accentuer on ajoute qu’elle a une gueule à faire tourner la soupe au lait (Argot du peuple).
=BLEU= (Passer au bleu): Faire disparaître un objet quelconque.
Le samedi de paye quand l’ouvrier _care_ un peu de _galtouze_, la ménagère dit:
—Mon vieux tu m’as fait passer cent sous au _bleu_ (Argot du peuple).
=BLEU=: Jeune soldat.
Se dit de tous les hommes qui arrivent au régiment.
Ils sont _bleu_ jusqu’à ce qu’ils soient passés à l’école de peloton (Argot des troupiers).
=BLEU= (J’en suis): Être étonné, ne rien comprendre, en rester ébahi (Argot du peuple).
=BLEU= (N’y voir que du): Être volé sans s’en apercevoir (Argot du peuple).
=BLEUET=: Billet de banque.
Allusion à la couleur _bleue_ des précieux papiers (Argot des voleurs). =V.= _Talbin d’altèque_.
=BLOKAUS=: Chapeau haut de forme (Argot du peuple). =V.= _Bloum_.
=BLOUM=: Même signification que précédemment (Argot du peuple).
=BLOT= (C’est mon blot):
J’ai ce que je désire, elle fait bien mon _blot_.
Ça fait le _blot_, ça fait le compte (Argot du peuple). =V.= _Balle_. _N._
=BOBÉCHON= (Se monter le): On dit aussi se monter le _bourrichon_.
Croire qu’une chose fausse est vraie et prendre un désir pour une réalité (Argot du peuple). _N._
=BOBINE=: Tête (Argot du peuple). =V.= _Tronche_.
=BOBINCHE=: L’ancien théâtre _Bobino_.
Les étudiants disaient _Bobinsky_ (Argot des étudiants).
=BOBINO=: Montre (Argot des voleurs). =V.= _Babillarde_.
=BOBINO EN JONC=: Montre en or (Argot des voleurs).
=BOBINO EN PLÂTRE=: Montre en argent (Argot des voleurs).
=BOCARD=: Maison de tolérance (Argot du peuple). =V.= _Magasin de blanc_.
=BOCHE=: Allemand (Argot du peuple). =V.= _Alboche_.
=BOG EN JONC=: Montre en or.
Quelques-uns écrivent _bogues_ et _baube_, mais ce n’est pas exact (Argot des voleurs).
=BOILARD=: Le temps (Argot des voleurs).
=BOIRE DU LAIT=: Être content. Se réjouir du mal qui arrive à un ennemi (Argot du peuple).
=BOIRE À LA GRANDE TASSE=: Se jeter dans la Seine.
En effet, l’homme qui se noie peut boire à son aise, la tasse est assez large et assez profonde (Argot du peuple).
=BOIT SANS SOIF=: Ivrogne (Argot du peuple). =V.= _Sac à vin_.
=BOÎTE= (La grande): La préfecture de police (Argot des voleurs). =V.= _Tour pointue_.
=BOÎTE À CORNES=: Chapeau.
Allusion aux cocus qui y cachent leurs _cornes_ (Argot du peuple).
=BOÎTE À OUVRAGE=: L’outil avec lequel les filles gagnent leur vie.
Quand l’une d’elles va au Dispensaire, elle dit qu’elle va faire voir sa _boîte à ouvrage_ (Argot des filles). _N._
=BOÎTE AUX CAILLOUX=: Prison où l’on couche sur la dure.
Allusion aux matelas qui sont rembourrés avec des noyaux de pêches (Argot des voleurs). _N._
=BOÎTE À DOMINO=: Brancard couvert qui sert dans les hôpitaux à transporter les morts de leur lit à l’amphithéâtre.
Allusion de forme (Argot du peuple).
=BOÎTE À DOMINOS=: La bouche.
Allusion à la blancheur des dents et à leur forme qui ressemble aux dés (Argot du peuple).
=BOÎTE À LAIT=: Les seins.
L’allusion est jolie. Les seins d’une jolie femme sont certainement des _boîtes à lait_ à même lesquelles on voudrait boire (Argot des voleurs). _N._
=BOÎTE À PANDORE=: C’est une boîte ronde qui a la forme exacte d’une montre ordinaire. Elle contient une cire molle très malléable préparée pour prendre les empreintes des serrures des maisons marquées pour être dévalisées.
Ce travail est fait par les _larbiniers_ qui préparent la besogne des _cambrioleurs_ (Argot des voleurs).
=BOÎTE À PANTES=: Maison de tolérance.
Cette expression n’est pas juste; il n’est pas nécessaire d’être un _pante_, c’est-à-dire un imbécile, pour s’offrir une satisfaction avec G. D. G (Argot des voleurs). =V.= _Bocard_.
=BOÎTE À SIGUES=: Gilet.
Allusion aux poches qui servent à mettre des pièces de vingt francs (_sigues_)... quand on en a (Argot des voleurs). _N._
=BOÎTE À VÉROLE=: Fille de barrières ou rôdeuse de casernes qui s’affranchit de la visite sanitaire et en fait d’eau ne connaît que l’eau d’aff (Argot du peuple).
=BOÎTE À VIANDE=: Cercueil.
Ce n’est pas une boîte de conserve (Argot des voleurs). _N._
=BOISSEAU=: Chapeau haut de forme.
Allusion de forme et aussi à la grandeur de certains chapeaux qui, assurément, pourraient servir à mesurer des pommes de terre (Argot du peuple). =V.= _Bloum_.
=BOITEUX D’UN CHASSE=: Borgne.
_Manchot_ eût été plus juste (Argot des voleurs). =V.= _Caliborgne_.
=BOMBE=: Mesure non classée qui contient environ un demi-litre de vin.
Quand un ouvrier en a bu un certain nombre, ses camarades disent: Il est en _bombe_.
Quand il rentre au logis, la ménagère fait une scène épouvantable; les voisins entendant le _pétard_ disent: la _bombe_ éclate, gare! (Argot du peuple). _N._
=BON À NIB=: Paresseux.
Mot à mot: bon à rien (Argot des voleurs).
=BONBON À LIQUEURS=: Bouton qui suinte constamment une humeur liquide.
Individu qui a des écrouelles (Argot du peuple). _N._
=BONBONNIÈRE=: Tonneau de vidange.
Allusion, sans doute, à ce qu’en l’ouvrant on prend une prise.
Dans le peuple on dit d’un vidangeur qu’il en prend plus avec son nez qu’avec une pelle (Argot du peuple).
=BONBONNIÈRE À FILOUS=: Omnibus.
Les voyageurs sont serrés, le vol à la tire est facile; il y a des voleurs qui n’ont que la spécialité de voler les _morlingues_ en _bonbonnière_ (Argot des voleurs). _N._
=BONDE=: Prison Centrale.
Dans les prisons, le fromage réglementaire est le _bondon_, sorte de fromage rond qui se fabrique à Neufchâtel.
La portion, une moitié, se nomme un _système_.
Par corruption, on a fait _bonde_ (Argot des voleurs).
=BONNET À POIL=: Le bonnet que portaient les grenadiers et les sapeurs.
Cette coiffure a été supprimée. On l’applique à un tout autre objet (Argot du peuple). =V.= _As de pique_. _N._
=BONNETEAU=: Jeu des trois cartes.
Ce jeu ou plutôt ce vol s’exécute à Auteuil, Saint-Ouen et dans les wagons de chemin de fer.
M. Marcel Schwob, pour arriver à expliquer l’expression de _bonneteur_, dit qu’il faut passer par des intermédiaires: _bonnet_, _bonneteur_, _lingerie_.
_Bonnet_, dans les ateliers, signifie se réunir plusieurs pour former une coterie, résister au patron ou aux autres camarades.
Les _bonneteurs_ sont généralement trois pour opérer: le _bonneteur_ qui tient le jeu, l’_engageur_ qui ponte pour allécher les naïfs, le _nonneur_ qui est en _gaffe_ pour avertir si la _rousse dévale_.
Ce trio forme donc bien un _bonnet_, et _bonneteur_ en dérive tout naturellement, et il n’est nullement question de _lingerie_.
_Bonnet_ et _bonneteur_ sont deux expressions en circulation depuis plus de cinquante ans; Vidocq en parle dans ses _Voleurs_ (Argot du peuple).
=BONNET DE NUIT=: Triste comme un _bonnet de nuit_.
Homme taciturne, mélancolique, dont la tristesse est communicative, sa présence dans une réunion _jette un froid_ (Argot du peuple).
=BONIMENT=: Discours pour attirer la foule.
Forains, orateurs de réunions publiques, hommes politiques et autres sont de rudes _bonimenteurs_.
Quand un _boniment_ est par trop fort, on dit dans le peuple: c’est un _boniment_ à la graisse de chevaux de bois (Argot du peuple).
=BONNIR=: Parler.
On appelle le pître qui fait le _boniment_ le _bonnisseur_ (Argot des camelots).
=BONNIR QUE PEAU=: Être muet comme une carpe (Argot des voleurs).
=BONJOURIER=: Vol au _bonjour_.
Ce vol se pratique dans les chambres d’hôtels.
Le _bonjourier_ monte lestement les escaliers comme s’il allait faire une visite, généralement le matin à l’heure à laquelle les gens dorment encore; il voit une clé sur la porte, il entre doucement. Si le dormeur s’éveille, il lui souhaite le _bonjour_ et s’excuse de s’être trompé de porte; au cas contraire, il vole rapidement ce qui lui tombe sous la main et s’esquive.
Il y a six mois, on arrêta une bande de _bonjouriers_ qui avaient la spécialité de voler les souliers des locataires.
Ils avaient sous le bras une serviette d’avocat gonflée de vieux journaux; ils les jetaient dans un coin du couloir et les remplaçaient par les bottines et les souliers (Argot des voleurs).
=BOQUABELLE=: La bouche (Argot des voleurs). =V.= _Affamée_.
=BOUCAN=: Bruit, tapage, chahut, scandale.
Un _boucan_ s’organise pour empêcher un orateur de parler ou un acteur de remplir son rôle.
Les étudiants sont passés maîtres dans l’art d’organiser un _boucan_ (Argot du peuple).
=BOUCARD=: Boutique (Argot des voleurs). =V.= _Boutanche_. _N._
=BOUCARDIER=: Le petit _pégriot_ qui s’introduit dans la boutique pour aider son complice à voler (Argot des voleurs). =V.= _Raton_.
=BOUCHER=: Chirurgien.
On dit aussi _charcutier_.
Il _charcute_ les chairs du patient (Argot du peuple).
=BOUCHON=: Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin.
Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx; cela se nomme un _bouchon_ (Argot du peuple).
=BOUCHON DE PAILLE=: Objets à vendre.
On place un _bouchon de paille_ au collier ou à la queue d’un chien que l’on désire vendre.
On dit de certains individus dont la moralité est plus que douteuse: Ils ont un _bouchon de paille_ à la conscience.
Mot à mot: elle est à vendre (Argot du peuple). _N._
=BOUCLER=: Enfermer.
Dans les prisons, on _boucle_ les prisonniers chaque soir dans leurs cellules.
On _boucle_ la _lourde_ (fermer la porte) (Argot des voleurs).
=BOUDER AU TURBIN=: Ouvrier qui cherche tous les moyens possibles pour ne pas travailler.
Fille publique qui ne veut plus _turbiner_ pour son souteneur. Dans la fameuse chanson: _Lamentations d’un souteneur_, on lit:
Quoi? C’est éteint... Tu r’buttes au flanche, Y’a pu de trottinage à la clé, Des dattes pour que tu fass’la planche, L’anse de la marmite est cassé. Pour parer c’gnon qui m’met su’l’ sable, Comme ta peau n’veut plus qu’feignanter, J’vas me r’coller avec ta dabe, Qui ne r’foul’ pas pour _turbiner_.
(Argot des souteneurs).
=BOUDINOTS=: Cuisses (Argot des voleurs). _N._
=BOUILLON DE ONZE HEURES=: Dans le peuple, on est persuadé que l’on vous administre dans les hôpitaux un _bouillon_ qui fait mourir.
Cette légende vient de ce qu’un malade à qui on donna un _bouillon à onze heures_ mourut à midi.
Quand il arrive quelque chose de désagréable à quelqu’un, on lui dit :
—Comment, trouves-tu le _bouillon_? (Argot du peuple).
=BOUIS-BOUIS=: Endroit mal famé.
Se dit d’un café comme d’un théâtre de dernier ordre (Argot du peuple).
=BOUFFARDE=: Pipe.
Allusion à la _bouffée_ de fumée que le fumeur tire par intervalles de sa pipe et lance dans le vide (Argot du peuple).
=BOUFFE-TOUT=: Il est des individus atteints de _boulimie_, qui mangent tout ce qui se présente.
Thomas l’Ours, le modèle bien connu de Montmartre, mangeait en guise de hors-d’œuvre huit livres de pain en buvant un seau de vin.
Les rapins racontent encore qu’un jour de famine Thomas l’Ours avait dévoré un poêle de faïence (Argot du peuple).
=BOUFFER LA BOTTE=: Amour platonique... faute de mieux (Argot du peuple).
=BOUFFER SON CRAN=: Ne pas être content, _marronner_.
On dit aussi: _bouffer son bœuf_ (Argot d’imprimerie).
=BOUFFER À L’AS=: Dîner par cœur.
Même signification que _passer à l’as_, passer devant Chevet, regarder mais ne pas toucher (Argot du peuple).
=BOUFFER DES BRIQUES À LA SAUCE AUX CAILLOUX=: Se dit par ironie.
Mot à mot n’avoir rien à se mettre sous la dent (Argot du peuple). _N._
=BOUFFI=: Noyé.
Allusion à l’eau qui gonfle la face de l’individu qui reste longtemps immergé (Argot du peuple).
=BOUFFI=: Être joufflu.
D’un vaniteux on dit qu’il est _bouffi_ d’orgueil.
On dit aussi ironiquement: tu l’as dit _bouffi_, dans le sens de _grosse bête_. _Bouffi_ est le synonyme (Argot du peuple).
=BOUGE=: Endroit infect.
_Bouge_ vient certainement de _bauge_ où les cochons se vautrent dans la boue et dans leurs excréments.
C’est dans les _bouges_ que se réunissent les voleurs de bas étage (Argot des voleurs). =V.= _Bagnole_.
=BOUGNAT=: Charbonnier.
Il y a fort peu de temps que cette expression est en usage, depuis la liberté des marchands de vin (Argot du peuple). =V.= _Auverpin_.
=BOUILLOTTE=: La tête.
Dans le peuple pour exprimer que l’on a une forte migraine on dit: Ma _cervelle bout_.
_Bouillotte_ est la conséquence (Argot du peuple). =V.= _Tronche_.
=BOULE DE LOTO=: Gros yeux presque à fleur de tête (Argot du peuple).
=BOULE DE SON=: Pain.
Ainsi nommé à cause de sa forme ronde et de sa couleur, car autrement il n’entre pas de son dans la confection du pain de munition, pas plus que dans celui qui se fabrique à la boulangerie centrale de Saint-Lazare pour les prisons de la Seine (Argot des voleurs).
=BOULEAU=: Travail.
Ce mot a pris naissance chez les sculpteurs sur bois, parce que tout morceau de bois à travailler est un _bouleau_.
Cette expression s’est étendue à tous les corps de métiers qui disent:
—Je cherche du _bouleau_ (Argot du peuple). _N._
=BOULENDOS=: Bossu.
On dit aussi: _boscando_. Dans le peuple par allusion à la gibbosité on dit également:
—_Il a volé un pain._
—_Il a un orgue de Barbarie dans le dos._
—_Il a un durillon dans le dos._
Les troupiers disent d’un bossu:
—_Il a le sac au dos_ (Argot du peuple).
=BOULER=: Envoyer promener quelqu’un.
_Sabouler_ veut dire la même chose.
—Je l’ai salement _saboulé_ ce pierrot-là (Argot du peuple).
=BOULET=: Femme légitime.
—Tu traînes toujours ton _boulet_ mon vieux Boireau?
—Mon Dieu oui, elle ne veut pas crever.
—Fous-lui un lavement au verre pilé.
_Boulet_, allusion au forçat condamné aux travaux forcés qui en traînait un autrefois pendant la durée de sa peine (Argot du peuple). =V.= _Paillasse_.
=BOULETTE=: Commettre une erreur, se tromper.
—J’ai fait une rude _boulette_ en me mariant.
—Quelle boulette j’ai faite en quittant ma place.
La dernière _boulette_ est de mourir (Argot du peuple).
=BOULETTES=: Billes de billard.
Allusion à la forme ronde (Argot des voleurs). _N._
=BOULETTE=: Mélange de chair à saucisse et de bœuf bouilli, haché menu.
Elles sont rondes, de là: _boulette_ (Argot du peuple). =V.= _Attignolles_.
=BOUL’MICHE=: Abréviation de boulevard Saint-Michel (Argot des étudiants).
=BOULIN=: Perche de sapin qui sert au maçon pour construire ses échafaudages (Argot du peuple).
=BOULINE=: Cette expression désigne une vieille coutume en usage dans les petites fêtes locales.
Les camelots qui _font_ ces fêtes sa cotisent pour produire une certaine somme elle est destinée à faire boire le garde-champêtre pour détourner sa surveillance ou à l’indemniser s’il y consent pendant qu’un des compères qui tient un jeu de hasard vole les paysans.
_Bouliner_, faire le tour de la _bouline_ (Argot des camelots).