Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 3

Chapter 33,434 wordsPublic domain

Allusion au plissage du ventre (Argot du peuple). _N._

=AVOIR LE VENTRE EN PERSIENNE=: Voir ci-dessus.

=AVOIR SA PISTACHE=: Être complètement gris (Argot du peuple). _N._

=AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE=: Être riche et ne pas avoir à s’occuper du lendemain.

Être condamné à un certain nombre d’années de prison (Argot du peuple).

=AVOIR LE NEZ SALE=: Avoir trop bu.

Quand au lendemain du lundi un ouvrier dort sur son travail, les amis lui disent: Tu t’es _sali le nez_ hein! (Argot du peuple).

=AVOIR LA GUEULE DE BOIS=: S’être pochardé la veille.

L’ivrogne boit de l’eau le lendemain pour éteindre le feu qui lui dessèche la gorge.

Mot à mot: Il a la _gueule sèche_ (Argot du peuple).

=AVOIR MANGÉ LA SOUPE À LA QUÉ-QUÊTE=: =V.= _Avaler le pépin_.

=AVOIR MANGÉ DES POIS PAS CUITS=: =V.= _Avaler le pépin_.

=AVOIR QUELQU’UN À LA BONNE=: Être très camarade, ne jamais se quitter, vivre comme deux frères (Argot du peuple).

=AVOIR DEUX ŒUFS SUR LE PLAT=: On emploie cette expression pour une femme qui a des seins à l’état de soupçon.

Ce à quoi elle répond: J’en ai assez pour un honnête homme (Argot du peuple). _N._

=AVOIR UN PET DE TRAVERS=: Se dit d’un personnage grincheux que l’on ne sait jamais par quel bout prendre et qui gémit sans cesse, du matin au soir et du soir au matin (Argot du peuple). _N._

=AVOIR UN BÉGUIN=: Être coiffé de quelqu’un ou de quelqu’une.

S’aimer à l’œil, ce qui ne fait pas bouillir la marmite.

C’est pas l’_béguin_ qui fait bouillir la soupe. J’te vas coller un pain.

(Argot des souteneurs).

=AVOIR SON PAIN CUIT=: Mourir (Argot des boulangers).

=AVOIR QUELQU’UN DANS LE SANG=: Aimer violemment (Argot dos filles).

=AVOIR UN POLICHINELLE DANS LE TIROIR=: =V.= _Avaler le pépin_.

=AVOIR UN POT DE CHAMBRE CASSÉ DANS L’ESTOMAC=: =V.= _Trouilloter de la hurlette_.

=AVOIR UNE CAROTTE DANS LE PLOMB=: =V.= ci-dessus.

=AVOIR SON COMPTE=: Être pochard.

Avoir reçu une formidable volée dans une bataille (Argot du peuple).

=AVOIR UN PALETOT SANS MANCHES=: Être cloué dans un cercueil (Argot du peuple).

=AVOIR VU PÉTER LE LOUP SUR UNE PIERRE DE BOIS=: Les Lyonnais emploient cette expression pour dire qu’une fille a perdu tout droit à la fleur d’oranger (Argot du peuple). _N._

=AVORTON=: Être difforme, petit adversaire (Argot du peuple).

=AZOR=: =V.= _As de carreau_.

B

=BABANQUER=: Vivre.

Synonyme de _bien banqueter_ (Argot des voleurs). _N._

=BABILLARD=: Aumônier de prison.

Allusion à ce qu’il _babillarde_ sans cesse sans que son interlocuteur lui réponde (Argot des voleurs). _N._

=BABILLARD=: Livre imprimé.

On dit aussi: _bavard_ (Argot des voleurs).

=BABILLARDE=: Montre.

Allusion à son tic-tac qui malgré sa monotonie _babille_ et égaie la solitude (Argot des voleurs).

=BABILLARDE=: Lettre.

—T’en fais du _chi-chi_ dans ta menteuse de _babillarde_ (Argot des voleurs).

=BABILLARDER=: Écrire (Argot des voleurs).

=BABILLEUSE= (la): Bibliothèque.

Allusion aux livres _babillards_ qu’elle contient (Argot des voleurs).

=BÂCHE=: Casquette.

Elle abrite la tête comme la _bâche_ les voitures (Argot des voleurs).

=BÂCHER=: Se coucher (Argot des voleurs).

=BACCANTE=: Barbe, favoris.

Il en est qui écrivent: _bocchantes_, c’est l’orthographe que je donne qui est la bonne.

Pour favoris, on dit aussi: _côtelettes_ (Argot des voleurs). _N._

=BACCON=: Cochon (Argot des voleurs).

=BACLER=: Faire vite, à la hâte une chose qui demanderait à être soignée. Un maire pressé _bacle_ un mariage, un médecin _bacle_ un pansement, un auteur dramatique _bacle_ une pièce.

Mot à mot _bâcler_: se dépêcher (Argot du peuple).

=BADIGEONNER LA FEMME AU PUITS=: Farder la vérité. On sait que la vérité sort nue d’un puits; la _badigeonner_ c’est mentir (Argot des voleurs).

=BAFOUILLER=: S’embarquer dans un discours et mélanger les phrases de façon à les rendre incompréhensibles.

Vouloir faire le beau parleur et s’exprimer difficilement.

Dans le peuple on appelle celui qui _bafouille_ un _bafouilleur_ et on lui offre un démêloir (Argot du peuple).

=BAFFRE=: Un coup de poing sur la figure.

Dans le peuple, cette expression est remplacée par celle-ci:

—Je vais te _coller_ un _pain_ sur la gueule.

—Je vais te fourrer une _bègne_ que tu n’en verras que du feu (Argot du peuple). _N._

=BAFFRER=: Manger avec une grande avidité (Argot du peuple).

=BAGATELLE= (faire la): Faire l’amour.

Quand la _maquilleuse de brèmes_ tire les cartes à une jeune fille et que l’as de pique sort, elle lui annonce qu’elle fera la _bagatelle_ (Argot des filles).

=BAGNOLE=: Bouge, masure.

Se dit également d’une vieille voiture qui gémit sur ses ressorts rouillés et cahote le voyageur (Argot du peuple). _N._

=BAGUENAUDER=: Flâner, errer par les chemins sans avoir un but déterminé.

Être longtemps sans ouvrage (Argot du peuple).

=BAGNENAUDES=: Poches.

Expression usitée chez les marbriers, surtout les samedis avant la paye.

—J’ai dix _ronds_ qui se _baladent_ dans mes _baguenaudes_, les mettons-nous dans le commerce? (chez le _mastroquet_ voisin) (Argot du peuple).

=BAIGNE DANS LE BEURRE=:

On sait que le maquereau maître d’hôtel est appelé par les ménagères: la mort au beurre.

Rothschild aussi _baigne dans le beurre_, mais par la richesse (Argot du peuple).

=BAIGNOIRE À BON DIEU=: Le calice.

Cette figure peint bien l’hostie consacrée _baignant_ dans le saint-ciboire (Argot des voleurs).

=BAISER LE CUL DE LA VIEILLE=: Joueur _déveinard_ qui perd la partie sans marquer un point.

Dans le peuple on dit aussi: _passer sous la table_ (Argot du peuple).

=BAJOUES=: La face.

Les voleurs emploient cette expression pour _grimaces_ (Argot des voleurs).

=BALANCÉ=: Être renvoyé de sa place.

—J’ai _balancé_ ma femme, elle était par trop _rasante_ (Argot du peuple). _N._

=BALANCER SON RONDIN=: Aller au cabinet.

Allusion à la forme ronde des excréments (Argot du peuple). _N._

=BALANCER SES ALÈNES=: Quitter le métier de voleur.

Deux escarpes sont embusquées au coin d’une rue; de loin, ils voient passer un garçon de recettes, une lourde sacoche sur l’épaule.

—Quel dommage, dit l’un, que l’on ne puisse _effaroucher_ son _pognon_. Je _balancerai mes alènes_ et j’irai vivre honnête dans mon _patelin_ (Argot des voleurs).

=BALANÇON=: Marteau.

Pour frapper vigoureusement il faut _balancer_ son marteau par le manche (Argot des voleurs). _N._

=BALANCEUR DE BRAISE=: Changeur.

Allusion à l’argent qui ne fait que passer par ses mains, il le _balance_ aussi facilement qu’il le reçoit (Argot des voleurs). _N._

=BALANCEUR DE LAZAGNE=: Écrire une lettre d’une prison et l’adresser à quelqu’un (Argot des voleurs). =V.= _Arcasineur_.

=BALANCEUR DE TINETTES=: Auxiliaîres des prisons qui vident les tinettes.

Quand elles sont pleines de _mouscaille_, elles sont lourdes; ils impriment un _balancement_ pour les vider: Une, deux et trois.

C’est fait.

Les troupiers disent: _Passer la jambe à Jules_.

Quand la tinette déborde un loustic s’écrie:

—Prenez-la par les oreilles.

Dans le peuple on dit: _Passer la jambe à Thomas_ (Argot du peuple).

=BALANSTIQUER=: Jeter.

C’est une amplification de _balancer_: se débarrasser de quelque chose qui gène, ou d’une personne dont on a assez (Argot des voleurs). _N._

=BALCON= (Avoir du monde au): Femme qui possède des seins volumineux (Argot du peuple). =V.= _Capitonnée_.

=BALLE=: Cette femme me botte, elle fait ma _balle_ (Argot du peuple). =V.= _Blot_.

=BALLON=: Prison.

Allusion à la forme sphérique de Mazas (Argot des voleurs). _N._

=BALLON=: Postérieur copieux.

Je vais t’enlever le _ballon_, pour coup de pied dans le derrière (Argot du peuple).

=BALUCHON=: Petit paquet que les compagnons portaient jadis au bout d’un bâton sur l’épaule, en faisant leur tour de France.

Ce _baluchon_ contenait leurs vêtements.

La coutume s’est perpétuée dans le peuple: des outils et la blouse de travail en paquet composent un _baluchon_ (Argot du peuple).

=BANC DE TERRE NEUVE=: De la Bastille à la Madeleine, et de Belleville à Montparnasse, on y pêche la _morue_ sans hameçons (Argot du peuple).

=BANDE À L’AISE=: N’en prendre qu’à son temps et n’en faire qu’à sa volonté.

Dans le peuple on emploie cette expression par ironie vis à vis d’un vieillard qui au lieu de _remiser son fiacre_ court après les filles (Argot du peuple). _N._

=BANDE À PART= (Faire): Fuir ses camarades d’atelier, aller boire et manger seul.

Synonyme d’_ours_ (Argot du peuple).

=BANDE SUR L’AFFICHE=: Bande de papier que les directeurs font coller sur l’affiche, annonçant le spectacle du jour, afin d’indiquer au public un changement par suite de l’_indisposition_ subite d’un artiste ou parfois _relâche_.

Se dit par analogie dans le peuple pour indiquer qu’une femme a son échéance de fin de mois.

Il y a _une bande sur l’affiche_ pour _relâche_ (Argot du peuple). _N._

=BANQUE= (la grande): Baraque des grands forains dans le monde des saltimbanques qui a, comme partout, ses matadors et ses miséreux (Argot des saltimbanques).

=BANQUE= (la faire): Le samedi, les ouvriers typographes se partagent le prix du travail de la semaine (Argot d’imprimerie).

=BANQUE=: Les voleurs qui se partagent le produit d’un vol emploient cette expression (Argot des voleurs).

=BANQUE= (en tailler une): Tenir les cartes au jeu de baccara.

Mot à mot: Être le _banquier_ (Argot des joueurs).

=BANQUETTE=: Le menton.

Allusion à ce qu’il avance sur le visage (Argot du peuple). _N._

=BANQUISTE=: Charlatan.

Tous ceux qui _fardent_ la vérité sont des _banquistes_, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent.

Tous les _banquistes_ ne sont pas sur des tréteaux (Argot du peuple).

=BANNIÈRE=: Sac.

On dit de celui qui se promène en chemise: il se _trimballe_ en _bannière_.

Allusion aux pans de la chemise qui flottent au vent.

On dit aussi: Se promener en _panais_ (Argot du peuple).

=BAPTÊME=: La tête.

Le _mastroquet baptise_ son vin.

Le peuple, qui a horreur de l’eau, dit des vins _baptisés_: Ils sont chrétiens.

Le buveur fait sa tête (Argot du peuple). _N._

=BAPTISÉ D’EAU DE MORUE=: Ne pas avoir de chance.

Homme ou femme à qui rien ne peut réussir.

Ce qui équivaut à _déveine salée_, par allusion à l’eau dans laquelle la _morue_ a été _dessalée_ (Argot du peuple). _N._

=BAPTISÉ AU SÉCATEUR=: Juif.

Allusion à l’opération de la circoncision que subissent les nouveaux-nés suivant le rite juif (Argot du peuple). _N._

=BAQUET=: Blanchisseuse.

On dit aussi: _Baquet insolent_. On sait que ces dames ne mâchent pas leurs paroles.

Quand une ménagère, par économie, va laver son linge au lavoir, les professionnelles l’appellent: _graillonneuse_ ou _noyeuse d’étrons_. Ce sont les plus mignonnes de leurs déjections (Argot du peuple).

=BARAQUE=: Maison construite en plâtre, en torchis, provisoirement.

Maison où la patronne va par défiance au marché avec sa bonne.

Maison où l’on enferme le vin et les liqueurs.

Maison où l’on _chipote_ sur tout, où l’on rogne même la nourriture.

—Tenez, voilà mon tablier, je n’en veux plus de votre _baraque_, j’en ai plein le dos (Argot du peuple).

=BARRAQUE=: Jeu de hasard.

Ce jeu se joue sur un billard ordinaire avec un appareil spécial. Un joueur tient la queue, les parieurs sont divisés an deux camps; il s’agit de mettre une bille désignée dans une des cavités de l’appareil.

La _barraque_ est un jeu prohibé parce que l’on peut avec habileté voler facilement (Argot des joueurs). _N._

=BARBAQUE=: Viande (Argot des voleurs). =V.= _Bidoche_.

=BARBAUTIERS=: Gardiens de prison.

Cette expression vient-elle de ce qu’ils sont chargés de garder les _barbotteurs_?

Vient-elle de ce qu’ils _barbottent_ les prisonniers confiés à leur garde? (Argot des voleurs). _N._

=BARBE=: Beau mâle, gars solide.

—Mon homme est un rude _barbe_.

Il y a des _barbes_ qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les _terreurs_ (Argot des filles et des souteneurs).

=BARBE=: Vieux.

Par corruption on dit: _birbe_.

On appelle les vieux de 1848 qui survivent: des _vieilles barbes_ (Argot du peuple).

=BARBE= (en prendre une): Se pocharder.

Dans les imprimeries quand un camarade a pris une _barbe_, on dit aussi qu’il était _chargé à cul_.

Allusion au cheval qui ne peut pas avancer quand sa _charge_ est trop lourde (Argot d’imprimerie).

=BARBICHON=: Capucin.

Allusion à ce que ces religieux laissent croître leur _barbe_ (Argot des voleurs). _N._

=BARBILLON=: Souteneur.

Diminutif de _brochet_, quoiqu’ils soient aussi voraces l’un que l’autre pour dévorer la recette de la _marmite_ (Argot des souteneurs).

=BARBILLON DE BEAUCE=: Légumes.

Les voleurs disent également: _barbillon de Varenne_ pour _navet_.

Cette dernière expression est des plus anciennes; on lit en effet dans _le dictionnaire_ d’Olivier Chéreau: _barbillons de Varanne_ (Argot des voleurs).

=BARBISE=: Apprenti souteneur.

Il en existe qui n’ont pas quinze ans et qui _macrotent_ déjà les petites bouquetières, quelquefois leurs sœurs (Argot des souteneurs). _N._

=BARBISET=: Diminutif de _barbe_.

Plus jeune et moins en faveur (Argot des voleurs). _N._

=BARBOTS=: Voleurs.

La romance du _pègre_ dit:

Pègres et barbots, rappliquez au Sauvage Et sans traquer livrez vous au plaisir. On aurait tort de vouloir être sage Puisqu’après tout on sait qu’il faut mourir.

(Argot des voleurs).

=BARBOTTER=: Fouiller les poches de quelqu’un.

C’est une spécialité qui demande une certaine adresse.

La ménagère souvent la nuit, pendant que son mari sommeille, pratique, sans mandat, une visite domiciliaire dans les _poches_ du dormeur (Argot du peuple).

=BARBOTTIER=: Canapé (Argot des voleurs). _N._

=BARBUE=: Plume.

Allusion à la _barbe_ des anciennes plumes d’oie (Argot des voleurs).

=BARON DE LA CRASSE=: Individu malpropre, sale, puant, dégoûtant, ne se débarbouillant, suivant une vieille expression, que lorsqu’il pleut (Argot du peuple).

=BARRE=: Aiguille (Argot des voleurs). _N._

=BARRÉ=: Taisez-vous, en voilà assez.

Fermez çà, _barré_.

_Barrée_ (la rue est). Elle l’est, en effet, pour ceux qui n’y peuvent passer à cause d’un créancier récalcitrant.

On dit aussi: on _pave_ (Argot du peuple).

=BARRÉ= (Être): Individu bouché, crédule, ignorant, qui comprend difficilement.

Mot à mot: il a la cervelle _barrée_ (Argot du peuple).

=BARRÉE= (La): Échelle.

Allusion aux échelons qui forment barreaux (Argot des voleurs). =V.= _Montante_.

=BAS PERÇÉ=: Être à fond de cale, à bout de ressources.

Allusion aux _bas percés_ qui indiquent la misère (Argot du peuple). =V.= _Lac_.

=BASANE=: Peau.

Les tabliers des forgerons se nomment _basane_ (Argot du peuple).

=BASCULE=: La guillotine.

Allusion à la planche qui _bascule_ pour pousser le condamné sous la lunette (Argot des voleurs).

=BASCULES=: Épaules (Argot des voleurs). =V.= _Porte turbin_. _N._

=BAS DU CUL=: Petite femme.

Dans le peuple, pour bien caractériser sa petitesse, on dit: quand elle pète elle fait des ronds dans le sable (Argot du peuple).

=BAS DE BUFFET=: Injure à l’adresse des vieilles femmes prétentieuses qui se maquillent outrageusement.

Pour accentuer on dit: _vieux bas de buffet_ (Argot du peuple).

=BASARDER=: Vendre.

—Je basarde mes _frusques_, mon mobilier.

_Basarder_ veut dire aussi renvoyer:

—Je _basarde_ ma maîtresse (Argot du peuple).

=BASTRINGUE=: Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé.

_Bastringue_, faire du bruit, du tapage.

Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit:

—T’as pas bientôt fini ton _bastringue_, sale chameau? (Argot du peuple).

=BASSE= (La): La terre.

Pour qualifier un fainéant qui ne veut pas travailler on dit: il a les _côtes en long_, ce qui l’empêche de se baisser.

La _terre_ est trop _basse_ (Argot du peuple). _N._

=BASSIN=: Insipide, ennuyeux (Argot du peuple). =V.= _Bassinoire_.

=BASSINOIRE=: Individu qui répète cent fois la même chose pour ne rien dire (Argot du peuple).

=BATACLAN=: Outils de malfaiteurs (Argot des voleurs). =V.= _Agobilles_.

=BATACLAN=: Mobilier.

Les jours de terme les ouvriers disent:

—Nous déménageons le _bataclan_, ou bien: nous enlevons le _Saint-Frusquin_ (Argot du peuple).

=BATAILLE DES JÉSUITES=: Habitudes de masturbation.

Dans les ateliers, quand un apprenti reste trop longtemps au cabinet, un ouvrier dit à un autre apprenti:

—Vas donc voir s’il ne se fait pas _sauter la cervelle_.

L’allusion est transparente (Argot du peuple).

=BATH AU PIEU=: Femme qui a des qualités extraordinaires au lit (_pieu_).

Terme employé par les passionnés qui, généralement, s’y connaissent (Argot des souteneurs).

=BATH AUX POMMES=: Tout ce qu’il y a de mieux, le _nec plus ultra_ en toutes choses (Argot du peuple).

=BATIF= ou =BATIVE=: Beau tout ce qu’il y a d’admirable, de supérieur, de merveilleux.

—J’ai un homme, y en a pas de pareil, il est _bath_ (Argot des filles).

=BÂTIR SUR LE DEVANT=: Être enceinte.

—L’allusion est facile à saisir (Argot du peuple). =V.= _Avaler le pépin_.

=BÂTON=: Juge de paix (Argot des voleurs). _N._

=BATOUSE=: Toile neuve, de _batousier_ (tisserand):

—J’ai une _rouillarde_ en _batouse_ toute _battante_ (neuve) (Argot des voleurs). =V.= _Rouillarde_.

=BATOUSIER=: Voleur de toile ou de linge que les blanchisseurs de la campagne font sécher dans les prairies ou sur les haies (Argot des voleurs).

=BATTAGE=: Se moquer de quelqu’un, dire ce que l’on ne pense pas.

—C’est du _battage_ il n’est pas plus malade que moi (Argot du peuple).

=BATTANT=: Le cœur (Argot des voleurs). =V.= _Grand ressort_.

=BATTANT=: L’estomac.

—J’ai le ventre creux, rien a me coller dans le _battant_ (Argot du peuple).

=BATTANT=, =BATTANTE=: Chose neuve.

On dit dans le peuple à tout bout de champ:

—Elle est _battante_, _neuve_. C’est un double emploi (Argot du peuple). _N._

=BATTANCOURT=: Soulier (Argot des voleurs). =V.= _Ripatons_.

=BATTANDIER=: Mendier (Argot des voleurs). =V.= _Aller à la chasse avec un fusil de toile_.

=BATTOIRS=: Les mains, allusion au bruit que font les blanchisseuses avec leur _battoir_; quand les _claqueurs_ applaudissent trop bruyamment, les voyous logés au poulailler crient: Remisez donc vos battoirs (Argot du peuple).

=BATTRE UNE BASANE=: Geste familier aux gamins qui se frappent la cuisse du revers de la main droite.

Ce geste veux dire: Merde (Argot du peuple).

=BATTRE LE BRIQUET=: Frotter en marchant les deux jambes de son pantalon l’une contre l’autre (Argot du peuple).

=BATTRE LA COUVERTURE=: Ne savoir que faire et rester couché toute la journée (Argot des troupiers).

=BATTRE LE JOB=: =V.= _Battre comtois_.

=BATTRE COMTOIS=: Un compère _bat comtois_ en demandant un gant devant une baraque de lutteur.

Les spectateurs le prennent pour un adversaire sérieux; dans l’arène il se laisse _tomber_.

Un accusé _bat comtois_ en feignant de ne pas comprendre les questions du juge d’instruction.

Une femme _bat comtois_ lorsqu’elle vient de coucher avec son amant et qu’elle jure à son mari en rentrant qu’elle lui est fidèle (Argot du peuple).

=BATTRE ENTIFFE=: Faire le niais, l’imbécile.

—Tu _battras entiffe_ quand le _quart_ te demandera comment tu as _rousti_ la _tocante_ à ta _dabe_ (Argot des voleurs).

=BATTRE LA SEMELLE=: Dans les grands froids les troupiers _battent la semelle_ pour se réchauffer les pieds, soit qu’ils frappent sur le sol, soit qu’ils frappent en cadence _semelles_ contre _semelles_ (Argot des troupiers).

=BATTRE LA SEMELLE=: Arpenter le trottoir, faire les cent pas en attendant quelqu’un (Argot du peuple).

=BATTRE LA SEMELLE=: Se dit d’une femme sans homme qui, à l’instar de certain photographe, opère elle même.

Elle _bat la semelle_ mais ne frappe pas aussi fort que le cordonnier sur son pavé (Argot du peuple). _N._

=BATTRE DE LA FAUSSE MONNAIE=: Battre sa femme (Argot du peuple). _N._

=BATTRE UN DIG-DIG=: Simuler une fausse attaque d’épilepsie sur la voie publique.

L’homme qui pratique ce truc pour donner à l’attaque simulée l’apparence de la vérité, se met préalablement dans la bouche un morceau de savon. En le mâchonnant le savon mousse et lui amène l’écume aux lèvres comme si l’attaque était naturelle.

Les _batteurs de dig-dig_ font souvent de fortes recettes (Argot des voleurs).

=BAUCE= ou =BAUSSE=: Patron. Dans toutes les chapelleries de France on emploie ce terme (Argot des chapeliers).

=BAVASSER=: Personnage qui ne sait ce qu’il dit, qui _bavasse_ à tort et à travers.

Mot à mot _baver_ des paroles vides de sens (Argot du peuple). _N._

=BAVAROISE AU LARD=: Absinthe épaisse à couper au couteau (Argot du peuple). _N._

=BAVER DES CLIGNOTS=: Pleurer.

Le peuple plus expressif dit: _chier des chasses_ (Argot du peuple). =V.= ce mot.

=BEC DE GAZ=: Sergent de ville.

Il _éclaire_ les malfaiteurs quand il n’est pas chez le marchand de vins en train d’_étouffer un glacis_ (Argot des souteneurs). _N._

=BEC DE GAZ=: À la _manille_ aux enchères, quand le joueur auquel le point est adjugé rencontre un jeu sur lequel il ne comptait pas dans les mains d’un de ses adversaires, il dit: J’ai rencontré un _bec de gaz_ (Argot du peuple). _N._

=BÉCANE=: Mauvaise machine à vapeur rafistolée par les Auvergnats de la rue de Lappe, qui marche comme une montre réparée par un charron (Argot du peuple). =V.= _Seringue_.

=BÉCHER EN DOUCE=: Blaguer un ami doucettement mais lui dire de dures vérités sous des apparences de bonhomie (Argot du peuple).

=BÉCHEUR=: Avocat général.

Il _bèche_ le prévenu pour le faire condamner quand même.

Pour l’_avocat bécheur_ il n’y a pas d’innocents.

Ou le _bécheur_ commence à _jaspiner_.

(Argot des voleurs).

=BÉCOT=: Bouche, baiser.

—Mon petit homme, donne-moi un _bécot_.

Embrasse-moi (Argot des filles).

=BÉCOTTER=: Embrasser.

—C’est dégoûtant! Ces jeunes mariés se _bécottent_ toute la journée (Argot du peuple).

=BECQUETER=: Manger.

—J’ai encore cent _ronds_ à _becqueter_. Viens-tu _manger_ une friture à Auteuil (Argot du peuple).

=BEDON=: Gros ventre.

En Normandie on dit _bedolle_ pour _bedon_ (Argot du peuple).

=BEFFEUR= (C’est un): homme qui fait des dupes.

Homme d’affaires _marron_.

Ses clients le sont plus souvent que lui (Argot des voleurs).

=BÉGUIN=: Petit serre-tête en toile que l’on met sur la tête des enfants nouveau-nés (Argot des nourrices). =V.= _Avoir un béguin_.

=BÉGUIN CARABINÉ=: Avoir un amour de première force auquel il est impossible de résister (Argot du peuple). _N._

=BELETTE=: =V.= _Blanchisseuse_.

=BELLE= (faire la): Jouer une troisième partie qui décidera quel sera le vainqueur des deux adversaires ayant perdu chacun une manche (Argot du peuple).

=BELLE DE NUIT=: Fille publique déjà vieille qui raccroche la _nuit_ parce que la _nuit_ tous les chats sont gris.

Cette expression est ancienne. Vers 1850, on chantait dans une revue intitulée: _Vive la Joie et les Pommes de terre_ représentée aux Folies-Dramatiques, à l’ancien boulevard du Temple.

‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Tous les soirs l’amateur contemple Les _belles de nuit_ qui s’font voir, Sur le boulevard du Temple.

(Argot du peuple).

=BÉNISSEUR=: Homme qui trouve toujours tout très bien et n’a jamais une parole amère pour personne.

Le critique H. de Lapommeraye fut et restera le plus illustre _bénisseur_ du siècle (Argot du peuple).

=BENOIT=: Maquereau.

_Benoit_, dans le langage populaire, est synonyme d’imbécile, de niais, n’en déplaise à ceux qui portent ce nom.

Il veut dire aussi _maquereau_, dans le monde des filles (Argot des souteneurs). _N._

=BÉQUILLARDS= (Les): Vieillards infirmes et mendiants que la police arrête quotidiennement et qu’elle est forcée de relâcher faute de délit.

Ainsi nommés parce qu’ils ont des _béquilles_ ou qu’ils boitent s’appuyant sur une canne (Argot des voleurs). _N._

=BERDOUILLE=: Ventre.

—Que _boulottes_-tu donc, mon vieux, pour avoir une sacrée _berdouille_ comme ça?

On dit aussi _bedaine_ (Argot du peuple).

=BERGE=: Brigadier.