Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 24

Chapter 243,231 wordsPublic domain

=AVOIR L’ÉTRENNE=: S’offrir une chose neuve.

Elle me dit: Mon vieux, Pâme-toi si tu veux, Tu n’en auras pas l’_étrenne_.

_Faire étrenner_ un camarade: lui flanquer une bonne volée (Argot du peuple). _N._

=AVOIR MANGÉ SES PIEDS=: Puer de la bouche (Argot du peuple).

B

=BAISSER UNE ESPACE QUI LÈVE=: Dans les ateliers de typographie, quand un camarade envoie chercher un litre par l’apprenti, il le met sous son _rang_—le prote n’aime pas que l’on boive pendant le travail;—il verse une rasade, et fait dire au copain qu’il veut régaler:

—Viens donc _baisser une espace qui lève_.

Synonyme de _lever le coude_ (Argot d’imprimerie). _N._

=BALAYÉ=: On _balaye_ une foule à coups de canon.

On _balaye_ des ouvriers qui ne font pas l’affaire du patron.

On _balaye_ la femme quand elle devient par trop gênante.

_Balayé_: synonyme de _nettoyage_ (Argot du peuple). _N._

=BARBE À POUX=: _Barbe_ de capucin, _barbe_ en broussaille, longue, sale et crasseuse, dans laquelle jamais le peigne ne pénètre; les _poux_ peuvent y nicher à l’aise sans crainte d’être dérangés (Argot du peuple). _N._

=BAROMÈTRE=: La médaille des députés.

Pour le coiffeur ou l’ouvrier chapelier qui quitte son rasoir ou balance son tablier par un caprice du suffrage universel, la _médaille_ qu’il a dans sa poche marque le beau fixe pendant quatre ans.

Elle est pour lui le _baromètre_ du bonheur (Argot du peuple). _N._

=BATTRE LA BRELOQUE=: Les _tapins_, au régiment, _battent la breloque_ pour annoncer l’heure de la soupe.

Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante-cinq minutes, _bat la breloque_.

Avoir le _coco fêlé_, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est _battre la breloque_.

On dit également: _battre la campagne_ (Argot du peuple).

=BÉRENGÉRISME=: En être atteint, c’est une maladie bien désagréable.

Le _Père la Pudeur_ qui fonctionne au bal de l’Élysée-Montmartre _bérengérise_ les danseuses qui lèvent la jambe à hauteur de l’œil, sans pantalon:

—Veux-tu cacher ton prospectus? dit le vieil empêcheur de danser en rond.

—Ça m’est recommandé par mon médecin de lui faire prendre l’air, répond la _Môme Cervelas_ (Argot du peuple). N.

=BÉQUET=: Le _passiffleur_ met des _béquets_, des pièces, aux vieux souliers; il en existe qui arrivent à une perfection si grande qu’il est impossible de découvrir la pièce (Argot du peuple).

=BÉQUET=: Terme d’imprimerie.

Petits paquets de composition pour _ajouter_ ou _compléter_ un grand paquet.

En corrigeant un article, on ajoute des _petits béquets_ à droite et à gauche pour le corser (Argot d’imprimerie).

=BIBARDER=: Vieillir.

—C’est extraordinaire comme les chagrins te font _bibarder_.

_Bibarder_ veut aussi dire boire.

—_Bibardons_-nous une tasse? (Argot du peuple).

=BIEN DE LA MAISON= (Es-tu): Expression employée au jeu de _manille_.

Dans la partie à quatre, les joueurs sont deux à deux; ils se questionnent à voix haute pour savoir comment diriger leur jeu:

—_Es-tu bien de la maison?_ As-tu beaucoup d’atout? (Argot du peuple). _N._

=BINAISE=: Abréviation du mot _combinaison_.

_Binaise_: tirer un plan pour faire quelque chose.

—Faisons une _binaise_ pour nous offrir un _kilo_ (Argot d’imprimerie). _N._

=BŒUF= (Avoir un mâle): Être fort en colère.

Superlatif de _bouffer son bœuf_ (Argot d’imprimerie).

=BOUCHON=: Bourse.

Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à _boucher_ des trous.

Pour payer une dette, on dit: _boucher un trou_ (Argot du peuple).

=BOUIF=: Mauvais ouvrier.

On disait cela primitivement des ouvriers cordonniers, mais depuis, cette expression s’est étendue à tous les corps de métiers.

Un mauvais écrivain ou un mauvais acteur, c’est un _bouif_ (Argot du peuple).

=BOULANGER= (Le): Le diable (Argot des voleurs).

=BOULANGER QUI MET LES ÂMES AU FOUR= (Le): Le diable qui fait cuire les gens en enfer (Argot des voleurs).

=BOULE DE SUIF=: Homme ou femme gras à lard (Argot des voleurs).

=BOULOTTER DE LA CALIJATTE=: Cette expression très pittoresque a une saveur toute particulière; elle est connue depuis peu.

_Boulotter_: manger; _calijatte_: secret.

Mot à mot: _manger du secret_.

On sait que la cellule est la terreur du plus grand nombre des détenus, mais elle est un paradis relatif quand il n’est pas au _secret_.

Être au _secret_ est un supplice épouvantable. On comprend que les plus endurcis voleurs redoutent cette torture; cela explique qu’ils sont parfois empêchés de commettre un acte criminel ou qu’ils avouent tout ce qu’on leur demande pour éviter de _boulotter de la calijatte_ pendant de longues semaines (Argot des voleurs). _N._

=BOUQUET=: Quand un _nourrisseur de poupard_ a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent; cela se nomme recevoir un _bouquet_ (Argot des voleurs).

=BOURDON=: Quand le metteur en page ne s’aperçoit pas qu’un mot a été oublié en composant un article, ce dernier devient incompréhensible.

S’il s’en aperçoit et qu’il faille remanier le paquet, c’est enlever le _bourdon_ (Argot d’imprimerie).

=BRANCARD=: Un vieil adage dit que les femmes c’est comme les souliers: quand c’est vieux, ça boit.

Toutes ne boivent pas; il en est qui, trop vieilles pour continuer leur profession, instruisent les jeunes et leur apprennent les secrets du métier.

Mot à mot: _brancard_, aller _traîner_ les apprenties putains sur le _trimard_ (Argot des filles).

=BRICOLE À CHEVEUX=: Le peigne ou l’épingle qui fixe le chignon d’une femme (Argot des voleurs). _N._

=BRISER=: S’en aller.

—Mon vieux, il est l’heure de la _mouise_, je me la _brise_ au galop.

Quand une commandite d’ouvriers compositeurs a achevé son travail, le metteur en page frappe sur sa casse avec un _taquoir_.

Ce signal veut dire: c’est fini, _brisez_ (Argot d’imprimerie).

=BRODEUSE=: Homme et femme à la fois.

De la famille des pédérastes (Argot du peuple).

=BRÛLER LA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS=: Individu qui dépense sans compter, qui jette son argent par les fenêtres.

—Tu _brûles la chandelle par les deux bouts_ (Argot du peuple). _N._

=BUSTINGUE=: Garni.

Il en existe un célèbre dans la rue de Flandre, à la Villette. C’est là que descendent les saltimbanques et les phénomènes qui viennent se faire engager.

On nomme _bustingue_ tous les garnis où logent les _ambulants_ (Argot des voleurs).

C

=ÇA NE VA QUE D’UNE FESSE=: Chose qui va mal.

Besogne accomplie avec répugnance.

Être très malade (Argot du peuple). _N._

=CABARET DES SIX-FESSES=: Auberge tenue par trois femmes (Argot du peuple). _N._

=CACHET DE LA RÉPUBLIQUE=: C’est un coup de pied canaille.

Quand deux hommes se battent, le plus fort, d’un coup de talon, écrase la figure de son adversaire.

Il lui _pose le cachet_ (Argot du peuple).

=CAILLÉ=: Poisson quelle que soit sa nature.

Il est _caillé_, il a des _écailles_ (Argot des voleurs).

=CALLOT=: Teigneux.

Vient de _calabre_, teigne (Argot des voleurs).

=CAMBROU=: Domestique mâle.

Il garde la _cambrouse_ (Argot des voleurs).

=CAMELOTTE EN POGNE=: Voler un objet quelconque dans la main de quelqu’un (Argot des voleurs).

=CANULE=: Petit instrument placé au bout d’une seringue, d’un irrigateur.

_Canule_: Être ennuyeux.

—Ah! lâche-nous, voilà une heure que tu nous _canules_ (Argot du peuple).

=CANELLE=: La ville de Caen.

—Il y a un _bath chopin_ à faire à _Canelle_, en es-tu? (Argot des voleurs).

=CAPOU=: Écrivain public (Argot des voleurs).

=CARCAN À STRAPONTIN=: Vieille fille publique.

De _carcan_: vieux cheval (Argot des filles).

=CARIBENER=: Vol à la care.

Le voleur qui a cette spécialité se nomme un _caribeneur_ (Argot des voleurs).

=CARLINE= (La): La mort.

Ce mot est usité dans les bagnes pour désigner cette vilaine personne.

Allusion au personnage de _Carlin_ dont le visage est couvert d’un masque noir (Argot des voleurs).

=CARRELEUR DE SOULIERS=: Ouvrier lorrain qui vient tous les étés parcourir nos campagnes avec sa hotte sur le dos.

Il raccommode les souliers.

Ce nom lui vient de ce qu’il crie: _carreleur de souliers_.

Ce à quoi les gamins répondent:

—_Gare l’aut’ soulier!_ (Argot du peuple).

=CAROTTE FILANDREUSE=: Carotte tirée de longueur, mais peu claire comme explications.

Allusion à une vieille _carotte_ pleine de _filaments_, qui ne se digère pas facilement.

—Ça ne prend pas, ta _carotte_ est _filandreuse_ (Argot du peuple). _N._

=CAZIN=: Partie de billard qui se joue avec une quille au milieu du tapis (Argot du peuple). _N._

=CAZINER=: Jouer au _cazin_, faire toucher par la bande les billes, en jouant avec la rouge (Argot du peuple).

=CHAT= (Mon petit): Terme d’amitié employé souvent vis-à-vis d’une jeune fille.

_Chat..._ (Argot du peuple). =V.= _Tâte-minette_. _N._

=CHATOUILLE= (Une): Une chansonnette.

Vieux terme de goguette:

—Allons, _dégoise_-nous ta petite _chatouille_ (Argot du peuple). _N._

=CHENAILLER=: Faire des reproches à quelqu’un.

C’est une façon polie pour ne pas dire engueuler.

—Je ne t’ai pourtant rien fait pour que tu soies toujours à me _chenailler_ (Argot du peuple). _N._

=CHÉQUARDS=: Les députés, ou, du moins, les Cent-Quatre à qui on reprocha si vivement d’avoir reçu des _chèques_ du baron de Reinach et du fameux Arton (Argot du peuple). _N._

=CHEVALIER DE LA ROSETTE=: Homme qui aime son sexe (Argot du peuple). _N._

=CHIFFARDE=: La pipe.

—Pas _mèche_ de fumer ma _chiffarde_, pas de _saint-père_ (Argot du peuple).

=CIBOULOT=: La tête.

Perdre le _ciboulot_: perdre la tête.

Se faire sauter le _ciboulot_: se brûler la cervelle.

—Son _ciboulot_ est vidé (Argot du peuple). _N._

=CLAIR COMME DE L’EAU DE BOUDIN=: Affaire obscure, embrouillée.

Mot à mot: affaire ténébreuse.

Allusion à la noirceur de l’_eau_ qui sert aux charcutiers pour faire cuire le boudin (Argot du peuple). _N._

=COUP DOUBLE=: Deux jumeaux.

Ce mot peut se passer d’explications (Argot du peuple). _N._

D

=DARONNE DU DARDANT=: La déesse Vénus.

_Daronne_, Mère; _dardant_, amour.

Mot à mot: la _mère des amours_ (Argot des voleurs).

=DARONNE DU GRAND AURE=: La Sainte Vierge.

Je n’ai pu trouver nulle part la signification du mot _aure_ (Argot des voleurs).

=DÉBRICABRAQUÉ=: Un _bric-à-brac_ monte sa boutique de _bric_ et de _broque_, _ric-à-rac_ (petit à petit).

On construit une pièce avec différents morceaux, un _béquet_ par-ci, un _béquet_ par-là. Si elle ne plaît pas au directeur, il faut que l’auteur la _retape_, qu’il la _débricabraque_.

Mot à mot: qu’il la démolisse pour la _rebricabraquer_ (Argot du peuple). _N._

=DÉCADENER=: Quand le gendarme ôte le _cabriolet_ d’un prisonnier, il le _décadène_.

Mot à mot: il le _déchaîne_.

On dit également _dédurailler_ (Argot des voleurs).

=DÉFILER SON CHAPELET=: Quand deux commères se disputent, c’est un déluge de paroles et d’épithètes interminable.

—As-tu vu comme je lui ai _défilé mon chapelet_?

Allusion au _chapelet_ qu’une dévote fait tourner toute sa vie dans ses mains sans en trouver la fin (Argot du peuple). _N._

=DÉGUI=: Abréviation de _déguisement_ (Argot des voleurs).

F

=FAGOT AFFRANCHI=: Forçat libéré.

Mot à mot: il est _affranchi_ de ses fers (Argot des voleurs).

=FAGOT À PERTE DE VUE=: Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Par abréviation on dit: _gerbé à perpète_ (Argot des voleurs).

=FAIRE=: Les bouchers _font_ un animal à l’abattoir.

_Faire_: tuer, voler.

_Faire_ quelqu’un: le _lever_.

_Faire_: synonyme de _fabriquer_ (Argot du peuple et des voleurs).

=FAIRE LA TORTUE=: Ne rien manger.

_Jeuner_ volontairement ou par la force des choses (Argot des voleurs). _N._

=FEMME DE CARÊME=: Femme outrageusement maigre.

Un hareng saur en jupons (Argot du peuple). _N._

=FERME TA GUEULE OU JE SAUTE DEDANS=: On dit cela à un individu qui baille à se démantibuler la mâchoire, ou qui braille à vous assourdir (Argot du peuple). _N._

=FIN-DE-SIÈCLE=: Cette expression nouvelle veut dire bien des choses.

Un chapeau excentrique est _fin-de-siècle_.

Une chanteuse comme Yvette, une danseuse comme la _Goulue_, un livre ou une pièce où les expressions sont ce qu’il y a de plus réaliste, tout cela est _fin-de-siècle_ (Argots divers). _N._

=FLAMSIK=: Flamand.

C’est une corruption du mot _flahut_ (Argot des voleurs).

=FLANCHE=: Affaire.

—Si tu veux, mon vieil _aminche_, nous avons un rude _flanche_ en vue?

—Je le connais ton _flanche_ à la _manque_ (Argot des voleurs).

=FLAQUET=: Le gousset du pantalon, ou la poche du gilet.

C’est là généralement où on met son argent.

_Flac_, _sac_ ou _argent_, de là _flaquet_ (Argot des voleurs).

=FLEUR DE CONNERIE=: Suprême imbécile, crème de crétin.

Mot à mot: le roi des _gaffeurs_ (Argot du peuple). _N._

=FLOUE=: La foule.

Quand la foule est nombreuse, les voleurs peuvent travailler à leur aise (Argot des voleurs).

=FONCÉE=: Une mariée est en _blanc_ le matin, le soir elle change de costume, les loustics disent qu’elle est en _foncée_ (Argot du peuple). _N._

=FONDANTS=: Des bonbons pustuleux qui suintent sans cesse.

On dit: il a des _bonbons fondants_ (Argot du peuple). _N._

=FOUINARD=: Individu qui _fouine_ partout, qui fourre son nez dans les affaires des autres.

_Fouinard_ date de la pièce de _Lesurques_; c’était l’acteur Alexandre qui jouait le rôle de ce personnage (Argot du peuple).

=FOURLINE=: Vient de _fourloureur_. Ce mot signifie à la fois voleur et assassin (Argot des voleurs).

=FRICOTEUR=: Agent d’affaires, synonyme de tripoteur.

Au régiment, les troupiers qui _coupent_ aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des _fricoteurs_ (Argot du peuple).

H

=HUILE DANS LA LAMPE= (N’avoir plus d’): Mourir.

Allusion à la lampe qui s’_éteint_ faute d’huile (Argot du peuple). _N._

=HÔTEL-DIDEROT=: La prison de Mazas.

On dit également _Mazas-les-Bains_ (Argot du peuple). _N._

M

=MALHEUREUX= (Être): C’est l’état de pauvreté, en français.

En typographie, cette expression a une autre signification.

Dans une équipe, chacun, à tour de rôle, a son _tour de malheureux_, la liste en est affichée dans l’atelier de composition.

Les _malheureux_ restent après les autres pour corriger, faire les _morasses_ et serrer les formes (Argot d’imprimerie). _N._

=MANCHE= (Avoir son): Être formidablement en colère.

Un compositeur typographe qui a de la mauvaise copie (la mienne par exemple) qu’il ne peut lire, a _son manche_ contre l’auteur.

Heureusement que ce n’est pas celui du balai.

Synonyme d’avoir _sa chèvre_ (Argot d’imprimerie). _N._

=MESSIÈRES=: Victimes.

Ce mot est très vieux; il a été employé par Eugène Suë, à propos du personnage du _Maître d’école_, à qui la _Chouette_ dit:

—Ma vieille _fourline_, attention, v’là les _messières_ (Argot des voleurs).

=MON LINGE EST LAVÉ=: Quand deux individus se battent, celui qui est vaincu dit qu’il _a son linge lavé_.

Être arrêté a la même signification (Argot des voleurs).

=MOULIN À CAFÉ=: Le tribunal correctionnel.

Allusion à la vitesse avec laquelle les juges expédient les affaires.

Les prévenus sont condamnés à la vapeur (Argot du palais). _N._

=MOUILLER SES BIBELOTS=: Pisser dans son pantalon (Argot du peuple).

=MOTS À QUEUE=: C’est une plaisanterie d’atelier fort amusante.

C’est un _homme de l’artichaud Colas_.

On en a fait des à-peu-près tout aussi drôles sur les heures.

Il est une heure, (_teneur_) de livres.

Deux heures, (_deux sœurs_) de charité.

Trois heures (_toiseur_) vérificateur.

Quatre heures, (_cardeur_) de matelas.

Cinq heures, (_zingueur_) plombier.

Six heures, (_ciseleur_) sur métaux.

Sept heures (_cette heure_) est la mienne.

Huit heures, (_huîtres_) d’Ostende.

Neuf heures, (_neveu_) de son oncle.

Dix heures, (_diseur_) de bonne aventure.

Onze heures, (_on se_) réunira à la maison mortuaire pour midi (Argot des ateliers).

N

=N’EN JETEZ PLUS, LA COUR EST PLEINE=: De 1848 à 1860, il exista un homme mystérieux qui chantait dans les cours; son élégance et sa distinction l’avait fait surnommer le _marquis_.

Avec une voix très agréable, il chantait le répertoire de Désaugiers.

Aussitôt qu’il arrivait, les sous commençaient à pleuvoir drus comme grêle, il s’arrêtait avant d’entamer une nouvelle chanson et criait:

—_N’en jetez plus, la cour est pleine._

L’expression est restée comme synonyme de: _j’en ai assez_ (Argot du peuple). _N._

=NOIRE COMME LE CUL DU DIABLE=: Se dit d’une femme brune, presque moricaude.

On dit également de quelqu’un qui a la conscience chargée de nombreux méfaits;

—_Son âme est noire comme le cul du diable._

Se dit aussi d’une affaire embrouillée, dans laquelle personne ne voit goutte (Argot du peuple).

P

=PATTE DE VELOURS= (Faire): Avoir envie de dire des injures à quelqu’un et au contraire lui faire _risette_.

Avoir envie d’_égratigner_ et au contraire _caresser_.

Allusion au chat qui rentre ses griffes quand il est content:

—Il fait _patte de velours_ (Argot du peuple). _N._

=PHILOSOPHES=: Des souliers.

Ils sont bien forcés d’accepter le temps comme il est, boue ou neige, et le pied qui les chausse.

On appelle également _philosophes_ des grecs qui opèrent seuls dans les cercles et dans les tripots.

Le _philosophe d’allumage_ est celui qui prépare les _pontes_, qui en ce cas deviennent des _pantes_ (Argot du peuple). _N._

=PLUS DE GAZ DANS SON COMPTEUR=: Mourir.

Le robinet de la vie est fermé, les yeux sont _éteints_ (Argot du peuple). _N._

=PUTAINS DES PAUVRES=: Les députés.

Cette expression nouvelle n’est pas très polie pour les _Bidards_ du suffrage universel, si on s’en rapporte à la légende de Sainte-Thérèse.

Seulement cela ne doit pas être pris dans le même sens, car si les députés sont putains ce n’est pas par charité (Argot au peuple). _N._

Q

=QUENOTTES=: Les dents.

—Fais voir, mon petit ami, les jolies _quenottes_ (Argot du peuple).

S

=SANGLIER=: Le prêtre.

Pourquoi?

Le prêtre n’a pourtant rien du _sanglier_, ni les allures, ni la rudesse, car il ne tient pas tête à ceux qui le combattent (Argot des voleurs).

=SCIER SON ARMOIRE=: Quand le contrebassiste, dans un orchestre, fait sa partie, les voyous disent:

—Il _scie son armoire_.

Allusion de forme (Argot du peuple). _N._

=SE PAYER UN COUP DE VEUVE=: S’offrir une satisfaction personnelle solitairement.

La _veuve_, c’est madame Poignet.

Quand un assassin _lingre_ un _pante_, il s’offre un _coup de veuve_, seulement c’est _Charlot_ qui opère à sa place, et la satisfaction n’est pas synonyme de jouissance (Argot du peuple). _N._

=SI MA TANTE ÉTAIT UN HOMME.=

Cette expression est employée communément dans le peuple pour exprimer l’absence de la virilité de la femme:

—_Si ma tante en avait_ elle serait colonel dans la garde nationale (Argot du peuple). _N._

=STOPPER=: _Stopper_, arrêter.

Le mécanicien arrête la machine, il _stoppe_.

On dit à un orateur qui fait un discours maladroit: _stoppez_, dans le sens de taisez-vous.

La science du tailleur a créé le _stoppeur_, celui qui reprise les accrocs aux vêtements.

Il est regrettable que son aiguille habile ne puisse repriser les consciences, il aurait eu un rude ouvrage au Palais-Bourbon (Argot du peuple).

=SUIF= (En recevoir un): Être fortement réprimandé par le patron.

On dit également recevoir un _gras_:

—J’ai perdu un tiers, ce que le _contre-coup_ m’a _graissé_, c’est un vrai _beurre_.

Deux mots pour exprimer le même objet (Argot du peuple).

=SURETTE=: Pomme.

Allusion à l’acidité de ce fruit que l’on rencontre en Normandie sur les grandes routes (Argot des voleurs).

=SYMBOLE= (Avoir un):

Avoir un compte ouvert chez le mastroquet (Argot d’imprimerie).

T

=TABLEAU-RADIS=: Toile que le marchand n’a pu vendre.

Quand il _revient_ à l’atelier, on dit: mon _tableau-radis_.

On en dit autant d’un livre: un _livre-radis_.

Allusion au _radis_ rose ou noir qui occasionne des _renvois_ (Argot d’atelier).

=TAMBOUR=: Chien.

Quand un étranger pénètre dans une maison, les aboiements réitérés du chien imitent le _roulement du tambour_.

L’expression _alarmiste_, citée plus haut, est plus juste (Argot des voleurs).

=TARTE=: Chose de mauvaise qualité.

Les faux-monnayeurs sont des _mornifleurs-tarte_.

Ils écoulent de _mauvais_ argent.

Allusion aux _tartes_ faites avec de la vieille graisse et de la farine avariée que l’on vend dans les fêtes foraines (Argot des voleurs). _N._

=TENIR LA CHANDELLE=: Mari complaisant qui sait que sa femme le trompe et qui accepte ça très tranquillement.

L’amant de cœur d’une fille entretenue.

Ils _tiennent la chandelle_ (Argot du peuple).

=TIRE-BOGUE=: Voleur à la tire qui a la spécialité de _faire les montres_ (Argot des voleurs).

=TOILE D’EMBALLAGE=: Linceul.

Cette expression est toujours en usage, malgré que dans les hôpitaux on n’ensevelisse plus les morts dans des _serpillières_ (Argot du peuple).

=TROU AUX POMMES DE TERRE=: La bouche (Argot du peuple).

V

=VERTU NAUFRAGÉE=: Jeune fille qui ne pourrait plus être couronnée rosière, même laïque; sa _vertu a fait naufrage_ sur le gazon ou ailleurs (Argot du peuple). _N._

=VIDER LE PLANCHER=: S’en aller.

—Mon p’tit, ça ne marche plus, tu vas _vider le plancher_ (Argot du peuple).

=VIOLON=: Les serruriers, pour percer des petits trous, se servent d’un foret emmanché dans une bobine pour l’activer; ils ont une tige d’acier flexible, garnie d’un fil d’archal, ils appuient le pivot du foret sur une plaque de fer assujétie sur l’estomac; cette plaque se nomme _conscience_, la tige d’acier se nomme un _archet_. Par le va et vient du foret, l’ouvrier joue un air de _violon_ (Argot du peuple). _N._

=VOITURE À BRAS=: Vieille femme.

Cette expression est employée pour dire qu’elle est une _vieille charrette_ qui a traîné la moitié du Paris masculin (Argot du peuple).

=VOLE-AU-VENT=: Plume (Argot des voleurs).

FIN

_Au moment d’imprimer cette dernière feuille, il m’arrive une série d’expressions nouvelles qui seront, pour compléter ce volume, publiées en supplément, à part._

Imp. Lambert, Épinette et Cie, 231, rue Championnet.—Paris.

_Du MÊME AUTEUR_

PARIS-DOCUMENTAIRE

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I. Paris-oublié. II. Paris-qui-s’efface. III. Paris-Canard. IV. Paris-Palette. V. Paris-Impur. VI. Paris-Cocu. VII. Paris-Police. VIII. Paris-Escarpé. IX. Paris-Boursicotier. X. Paris-Galant. XI. Paris-Médaillé. XII. Paris-Croque-Mort.

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La Commune de Paris. 1870-1871 Les Maisons comiques. Mémoires secrets de Troppmann. Les Virtuoses du Trottoir. Les Curiosités de Paris. Les Sauterelles rouges. Ces Dames du grand monde. Les Jeux et les Joueurs.

=EN VENTE= TROTTOIRS & LUPANARS PARIS-IMPUR