Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 22
—À _tresser des chaussons de lisières_ pendant _dix berges_, j’ai _affuré_ quatre _sigues_! (Argot des voleurs).
=TRICHARD=: Tricheur.
Voler au jeu (Argot du peuple).
=TRICHER=: =V.= _Gêné_.
=TRIFOUILLÉE=: Remuer, chercher en bousculant tout. _A. D._
_Trifouillée_, c’est trois fois fouiller, mais le peuple ne donne pas ce sens à cette expression.
_Trifouillée_ veut dire battre.
—Je vais te coller une _trifouillée_ en cinq sec (Argot du peuple). _N._
=TRIMARD=: Chemin.
_Grand trimard_: grande route (Argot des voleurs).
=TRIMARDER=: Voyager.
Quand un apprenti a appris son état, pour se former, il fait son tour de France.
Il _trimarde_, mais en travaillant.
Mot à mot: parcourir les grandes routes.
Ceux qui _trimardent_ ne sont autre chose que des vagabonds; ils ont une profession, mais ne travaillent jamais. Cette profession leur sert pour mendier.
Le truc est des plus simples:
Le _trimardeur_, supposons le compositeur typographe, entre dans un atelier avec la quasi-certitude qu’il ne sera pas embauché, c’est ce qu’il souhaite. Il demande _mèche_; on lui répond qu’il n’y a pas de place vacante, alors il lâche son boniment:
—Il vient de loin, de Paris; il a été malade en chemin, il est dans la plus affreuse misère, il sollicite la permission de faire la quête. Le patron donne, les compagnons donnent aussi; il savent bien que c’est un fainéant, mais les typos ont bon cœur, ils préfèrent être volés dix fois que d’en refuser une à une misère véritable.
Avec ce métier, les _trimardeurs_ sont les gens les plus heureux du monde (Argot d’imprimerie). _N._
=TRIMARDEUSE=: Fille publique qui fait le trottoir.
L’asphalte n’est pas la grande route, on l’appelle néanmoins le _trimard_ parce que la fille y _trime_ (Argot des souteneurs).
=TRIMANCHER=: Marcher.
Même signification que _trimarder_ (Argot du peuple).
=TRIMBALLEUR DE REFROIDIS=: Le cocher qui conduit les corbillards.
—Ce qui m’emmerde, quand je serai _refroidi_, c’est d’être _trimballé_ par l’_omnibus à coni_ (Argot des voleurs).
=TRIMER=: Aller et venir inutilement, se morfondre. _A. D._
De _trimer_ on a fait _trimard_, raccrocher, c’est-à-dire travailler, c’est le vrai sens du mot.
—Je _trime_ d’un bout de l’année à l’autre pour élever mes gosses, et je n’en suis pas plus avancé.
_Trimer_ veut dire _travailler_ péniblement (Argot du peuple). _N._
=TRINQUER=: Boire en choquant son verre.
_Trinquer_: recevoir une volée (Argot du peuple).
=TRIPAILLE=: Enfant (Argot des voleurs). =V.= _Loupiau_. _N._
=TRIPATROUILLAGE=: Tripoter dans les poches de quelqu’un.
_Tripoter_ dans une caisse ou un tiroir.
—Vous n’allez pas bientôt finir de me _tripatouiller_, vous allez me chiffonner, (Argot du peuple). _N._
=TRIPES=: Tétons déformés, élastiques comme un morceau de caoutchouc.
Allusion au morceau de tripe que les tripiers nomment le _bonnet_: c’est la panse (Argot du peuple).
=TRIPOTÉE=: (En donner ou en recevoir une).
—Il a reçu une rude _tripotée_.
On dit aussi _tripotée_ pour beaucoup.
—J’ai une _tripotée_ d’enfants qui me font perdre la tête (Argot du peuple).
=TRIPOTEURS=: Individu qui _tripote_ une femme.
Boursier qui _tripote_, à la Bourse, des affaires malpropres et louches.
On dit aussi _patricoter_ (Argot du peuple). _N._
=TRIQUE=: Surveillance.
_Casser sa trique_, rompre sa surveillance.
_Triquer_ (Être): être condamné à la surveillance.
Allusion ancienne, quand autrefois les condamnés étaient pendant cinq ou dix ans sous la _trique_ des argousins (Argot des voleurs).
=TROGNE=: Le visage.
Quand un individu a la _trogne_ couperosée, dans le peuple, on lui lance cette plaisanterie:
—C’est ta femme qui boit, et c’est toi qui a le _nez rouge_.
Avoir une _trogne_ de vin de Bourgogne, c’est une _trogne_ d’ivrogne (Argot du peuple).
=TROGNON=: Expression de tendresse, comme mon petit chat, mon petit lapin bleu.
Qu’il est joli, qu’il est mignon, Qu’il est gentil mon p’tit _trognon_.
(Argot du peuple).
=TROLLER=: Porter. _A. D._
_Troller_ veut dire marcher.
—On te voit _troller_ partout, tu ne travailles donc pas?
Il existe au faubourg Antoine des ouvriers ébénistes en chambre qui confectionnent des meubles pour leur compte.
Ils _trollent_ pour les vendre depuis la rue de la Muette jusqu’à la Bastille, généralement le samedi; ce jour-là, le trottoir se nomme la _trolle_ (Argot des ébénistes). _N._
=TROMBILLE=: Bête, quelle que soit sa race (Argot des voleurs).
=TROMBOLLER=: Aimer autrement que platoniquement.
—Je vais _tromboller_ ma _gonzesse_ (Argot des souteneurs).
=TROMPE-LA-MORT=: Individu condamné par les médecins, qui n’en meurt pas plus vite pour cela.
—Il _trompe la mort_ qui le guette.
On dit également:
—Il a repris du poil de la bête.
Cette expression: _trompe la mort_, date de 1848.
Un ouvrier forgeron, arrêté sur une barricade, lors de l’insurrection de Juin, fut conduit, avec un groupe de combattants, à la tombée de la nuit, au Champ de Mars, où se faisaient en masse les exécutions sommaires. On fusillait les malheureux rang par rang.
Il était au second rang; par une présence d’esprit incroyable, à ce moment suprême, il tomba en même temps que le premier rang; on n’y fit pas attention.
Vers onze heures du soir, l’exécution terminée, des tombereaux vinrent enlever les cadavres pour les transporter au cimetière Montmartre et les jeter dans la fosse commune.
On ne les recouvrait pas de terre, afin que les familles puissent les reconnaître le lendemain.
L’ouvrier avait eu la malchance d’être jeté au fond du tombereau; il était inondé du sang qui coulait sur lui.
Pendant le trajet, après des efforts inouïs, il parvint à se hisser au-dessus des cadavres; il sauta à bas de la lugubre voiture sans être aperçu, et alla se cacher chez un ami.
Le calme revenu, il rentra à l’atelier. Stupéfaction générale. Les camarades, qui connaissaient l’aventure, lui crièrent:
—Tiens! voilà _Trompe la mort_.
Il l’avait rudement trompée, car il ne mourut qu’en 1888, à l’âge de quatre-vingts ans.
_Trompe la mort_ (Argot du peuple).
=TRONCHE=: Tête (Argot des voleurs).
=TRONCHE DE REFROIDI=: Fromage de Hollande, connu plus généralement sous le nom de _tête de mort_ (Argot des voleurs).
=TRONCHER=: Le vocable s’explique suffisamment par ceci:
—Bibi a _tronché_ la môme, elle a _avalé le pépin_ (Argot du peuple).
=TRÔNE= (Être sur le): Être assis sur la lunette des _chiottes_.
Quand ça va bien, sûrement, on est plus heureux qu’un roi assis sur le trône (Argot du peuple).
=TROP CUIT=: Femme ayant des cheveux rouges.
—Elle a été trop longtemps enfournée, elle est _trop cuite_ (Argot du peuple). _N._
=TROP TÔT VELÉ=: Enfant venu avant terme.
Allusion au veau mort-né.
Avorton chétif et malingre (Argot du peuple).
=TROTTEUSE=: Montre qui marque les minutes.
_Trotteuse_: fille publique infatigable qui _trotte_ du soir au matin pour raccrocher (Argot des souteneurs).
=TROTTIN=: Apprenti modiste que l’on rencontre arpentant les rues de Paris, portant une petite boîte qui contient un chapeau.
C’est le _gavroche_ femelle des ateliers de modistes.
Le mot n’est pas nouveau. Scarron dit quelque part:
Ensuite il appelle un _trottin_.
(Argot du peuple).
=TROTTINETTES=: Bottines (Argot des voleurs).
=TROTTOIR=: S’entend de deux façons.
_Faire le trottoir_, raccrocher.
Il n’est pas nécessaire pour faire le _trottoir_ d’être sur le _trottoir_.
Le _trottoir_ est partout où la femme _lève_ l’homme.
Pendant l’Exposition de 1889, le _trottoir_ de ces dames était le pont de l’Alma.
À ce sujet, on avait fait ce calembourg:
—Les putains préfèrent le pont pour voir _le velum_ (Argot des filles). _N._
=TROU DE BALLE=: Le derrière.
On dit aussi: _la lumière_ (Argot du peuple).
=TROUFFION=: Petit troupier (Argot du peuple). _N._
=TROUILLE=: Domestique malpropre, femme du peuple rougeaude et avachie. _A. D._
_Trouille_ ne se prend pas en ce sens; cela veut dire: tu n’as pas _peur_.
_Trouille_ est synonyme de hardiesse.
—Tu n’as pas la _trouille_ d’entreprendre une tâche aussi difficile (Argot du peuple). _N._
=TROUILLOTER DE LA HURLETTE=: Puer de la bouche (Argot du peuple). _N._
=TROUVER MAUVAISE= (La): Quand, par un verglas abominable, on se casse la figure, elle est _mauvaise_.
Quand votre femme vous pond un gosse tous les ans, elle est _mauvaise_.
Quand on a acheté cent mille francs de Panama, elle est _mauvaise_.
En un mot on _trouve mauvais_ tout ce qui vous arrive de désagréable dans la vie (Argot du peuple). _N._
=TROUVEUR OU PART À DEUX.= =V.= _Ramastiqueur_.
=TROUVEURS-FAUX VENDEURS=: Genre de vol pratiqué aux environs des gares de chemins de fer.
Il consiste à feindre de _trouver_ une bague en cuivre placée à l’avance par un complice dans un endroit désigné, et à la vendre comme de l’or à un naïf qui débarque (Argot des voleurs). =V.= _Ramastiqueurs_. _N._
=TRUC=: Connaître le _truc_, être malin.
Avoir du _truc_, avoir les moyens de réussir.
_Truc_: machine de théâtre employée dans les féeries pour un changement de décors à vue.
_Truc_: moyen secret que possède un individu de faire quelque chose (Argot des camelots et des saltimbanques).
=TRUCHE=: Est une manière spéciale de voler.
Le voleur qui la pratique est un _trucheur_ (Argot des voleurs).
=TRUFFE=: Nez, lorsqu’il est gros en forme de groin.
Allusion au cochon qui s’en sert pour chercher des _truffes_.
Le peuple dit aussi: _piton_ (Argot du peuple).
=TRUFFÉ=: Crétin, niais, imbécile.
Synonyme d’andouille.
On dit dans le peuple:
—Il est _truffé_ de bêtise, il arrive de son _patelin_, il n’est pas _dessalé_ (il n’est pas dégrossi).
On dit également:
—Il est _truffé_ d’argent.
_Truffé_, pour: beaucoup (Argot du peuple).
=TRUFFE DE SAVETIER=: Des marrons.
Le marron remplace la _truffe_ chez le savetier, comme la pomme de terre remplace _l’orange_ pour le Limousin (Argot du peuple).
=TRUMEAU=: Comédie ou vaudeville Louis XV. _A. D._
_Trumeau_ signifie vieille femme.
On dit dans le peuple:
—Sale _trumeau_, ta gueule est bonne à foutre dans les lieux pour faire chier les gens de peur (Argot du peuple). _N._
=TRUQUAGE=: Se dit d’un meuble, d’un tableau ou d’un objet d’art qui a subi un _truquage_ pour lui donner l’apparence de la vétusté ou le style d’une époque.
Il y a des _truquages_ célèbres qui ont trompé les plus grands amateurs.
Un des plus souvent mystifiés est M. de Rosthschild.
Tout le monde a présent à la mémoire le fameux bouclier acheté 100,000 fr., comme datant du XV^e siècle, lequel avait été déniché à Rome chez un brocanteur.
Ce bouclier avait été fabriqué de toutes pièces dans une cave de la rue Bourg-Labbé et ne valait pas cent sous (Argot des artistes peintres). _N._
=TRUQUEUR=: Le _truqueur_ est un filou qui va de village en village et de foire en foire, avec un petit jeu de hasard qu’il exploite habilement.
Ce jeu est généralement un _chandelier_ fait avec les débris d’un vieux chapeau; il met un sou sur le _chandelier_ qui est placé dans une assiette. Il s’agit, au moyen d’une longue baguette d’osier, de faire tomber le _chandelier_ et que le sou reste dans l’assiette.
Cela n’arrive jamais, à moins de connaître le _truc_.
Il y a une masse de _truqueurs_, surtout en cette _fin-de-siècle_ où tout est _truc_ pour gagner sa vie (Argot du peuple). _N._
=TUBE=: Chapeau haut de forme.
On dit aussi: _tuyau de poêle_ (Argot du peuple).
=TUBE=: Le gosier.
Dans le peuple, on dit de celui qui a le ventre creux:
—Il n’a rien à se mettre dans le _tube_.
Boire un bon coup, c’est se _rincer_ le _tube_.
—Il est quatre heures, je vais me _coller un peu de fripe dans le tube_.
Mot à mot: je vais manger (Argot du peuple).
=TUER LE VER=: boire la goutte, le matin, ou un verre de vin blanc.
Quand on suppose que le _ver_ est solitaire (dur à tuer), les ouvriers boivent plusieurs tournées, alors ce n’est pas le ver qui est tué, mais bien le buveur.
Les voleurs disent également qu’ils ont _tué le ver_ lorsqu’ils ont des remords.
Ils ne le _tuent_ pas souvent (Argot du peuple et des voleurs).
=TUILE=: Malheur qui arrive à quelqu’un.
—J’ai perdu mon porte-monnaie, quelle _tuile_!
Quand il arrive inopinément une douzaine de personnes à dîner, lorsqu’il n’y en a que pour deux, la ménagère dit:
—Quelle _tuile_ nous tombe sur la tête (Argot du peuple).
=TUNE=: Pièce de 5 francs en argent (Argot du peuple). =V.= _Brème de fonds_.
=TUNE=: Bicêtre, l’ancien refuge naturel des sujets du roi de _Thunes_. _A. D._
Ce n’est pas le mot _tune_ qui est vrai.
C’est _tunobe_.
La prison de la Force, démolie en 1850, était ainsi appelée par les prisonniers.
Dans les autres dictionnaires d’argot, on ne trouve que _tuneçon_, expression qui ne veut rien dire (Argot des voleurs). _N._
=TUNER=: Mendier.
_Tuneur_: mendiant.
Il est pourtant rare qu’on donne une _tune_ à un mendiant.
_Tuner_, c’est l’apocope du mot _importuner_ (Argot des voleurs). _N._
=TURBIN=: Tout travail, quel qu’il soit.
_Turbiner_, c’est durement travailler.
_Aller au turbin_, c’est aller à l’atelier.
_Turbineur_: celui qui travaille.
_Turbineur_: qui met en mouvement la _turbine_, de là, _turbin_, _turbiner_ (Argot du peuple).
=TURNE=: _Poussier_, _taudis_, logement malpropre et insalubre, sans air ni lumière.
—Si tu restes éternellement dans ta _turne_, tu ne trouveras jamais rien à _briffer_.
—Comment peux-tu rester dans une pareille _turne_! (Argot du peuple).
=TU-TU=: Petit paquet de mousseline chargé de cacher ce que le maillot collant indique trop—pour le père la Pudeur—_alias_ M. Bérenger-Caton.
La vieille chanson dit:
‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Son maillot en s’déchirant A laissé voir son... événement Ça d’vait la gêner su’ l’moment.
Ça ne gêne pas la _Môme Fromage_ ni _Grille d’Egout_, moi non plus (Argot du peuple).
=TU T’EN FERAIS MOURIR=: Réponse ironique à une question saugrenue.
—Payes-tu à déjeuner? prêtez-moi cent francs; avance-moi mon mois; viens coucher avec moi?
—_Tu t’en ferais mourir._
Mot à mot: Tu ne voudrais pas (Argot du peuple). _N._
=TUYAU=: Le gosier.
Le _tuyau est bouché_, pas _mèche_ de _boulotter_ (Argot du peuple).
=TUYAUX=: Renseignements confidentiels.
Cette expression est en usage dans le monde qui fréquente les champs de courses.
Un bookmaker qui a un cheval chargé de paris fait donner par un émissaire un faux _tuyau_ sur une rosse; les imbéciles s’empressent de prendre ce cheval, qui n’arrive jamais (Argot des bookmakers). _N._
=TUYAU DE POÊLE=: Chapeau haut de forme.
Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un _tuyau_ (Argot du peuple).
=TYPE=: Individu quelconque.
—J’ai un _type_ qui me cramponne.
_Avoir un bon type_,avoir un bon enfant qui se laisse faire (Argot des filles). _N._
=TYPOTE=: Femme employée depuis peu d’années dans les ateliers de composition.
C’est un compagnon au même titre que les ouvriers typographes; néanmoins, quand les _typotes_ sont nombreuses, on se croirait plus volontiers dans une volière du Jardin d’Acclimatation que dans un atelier de composition.
Généralement, la _typote_ est plus habile à soigner un pot-au-feu et à raccommoder ses bas qu’à _lever_ la lettre.
Enfin, il est dit qu’il faut que la femme _lève_ quelque chose (Argot d’imprimerie). _N._
U
=UN DE PLUS=: Homme qui a des malheurs conjugaux.
Encore un de plus dans la grande confrérie.
—Mon vieux, tu en fais _un de plus_.
—Il vaut mieux être _cocu_ qu’aveugle; on peut voir ses confrères (Argot du peuple).
=URFE=: Homme chic.
—J’ai _levé_ un _miché_ qui est rien _urfe_.
Une chose _urfe_ est une belle chose, supérieure (Argot des filles). _N._
=URGE=: Expression de convention entre les filles qui fréquentent les restaurants de nuit et certains bals, publics pour _coter_ un homme.
Un homme qui ne donne que _trois urges_ est un _miché de carton_, celui qui donne _six urges_ est pour le moins un prince russe (Argot des filles).
=URLE=: Parloir de prison. _L. L._
Ce n’est pas _urle_ qui est en usage, c’est _urloir_.
En effet, les visiteurs sont forcés, à cause des grilles qui les séparent des détenus, de _hurler_ pour se faire entendre et converser (Argot des voleurs). =V.= _Parloir des singes_. _N._
=URSULE=: Vieille fille qui a doublé le cap de la cinquantaine et a par conséquent coiffé deux fois Ste-Catherine.
Comme sa patronne _Ursule_, martyr à Cologne, elle est martyr d’une virginité rentrée et martyrise les autres par son caractère acariâtre (Argot du peuple). _N._
=UT=: Quand les compagnons typographes portent la santé d’un des leurs, ils disent: _ut_.
_Ut tibi prosit_: que cela te profite (Argot d’imprimerie).
V
=VACHE=: Expression fréquemment employée dans le peuple pour qualifier une femme qui se livre au premier venu.
Dans le peuple, quand on a dit d’une femme: c’est une _vache_, il est impossible de rien dire de plus.
Quand un homme épouse une femme enceinte, on lui dit:
—Tu prends la _vache et le veau_ (Argot du peuple).
=VACHE=: Homme mou, bon à rien.
_Vache_, quand il dénonce ses camarades ou travaille au rabais.
—Tu n’es qu’un cochon, tu passes ta vie à faire des _vacheries_ (Argot du peuple).
=VACHE=: Sergent de ville ou agent de la sûreté.
Dans les prisons, malgré les règlements et la surveillance active pour les faire observer, les détenus écrivent leurs pensées sur les murs.
Les plus communes sont celles-ci:
—Mort aux _vaches_.
—Quand je serai _désenflaqué_, gare à la _vache_ qui m’a fait _chouette_ et qui m’a fait tirer un _bouchon_ (Argot des voleurs). _N._
=VACHE À LAIT=: Homme riche, qui a le louis facile et que les _tapeurs_ trayent jusqu’à extinction.
_Vache à lait_: gogo qui souscrit à toutes les émissions véreuses sans se lasser jamais.
Pour le souteneur, la _marmite_ est une bonne _vache à lait_.
Une affaire qui rend bien, qui rapporte beaucoup, sans risques et sans efforts, est une _vache à lait_.
Allusion à la _vache laitière_ qui est une fortune inépuisable (Argot du peuple).
=VACHER=: Individu grossier en paroles ou en gestes.
—Il est grossier comme du pain d’orge, on dirait qu’il a été élevé derrière le cul des _vaches_.
Allusion aux _vachers_ qui jurent toute la journée (Argot du peuple).
=VACHERIES=: Saletés, cochonneries faites à quelqu’un.
Prendre la femme d’un camarade et surtout la lui rendre, c’est une _vacherie_.
Emprunter les effets d’un ami, les _coller_ chez ma _tante_ et ensuite _laver_ la reconnaissance, c’est lui faire une _vacherie_ (Argot du peuple). _N._
=VACHERIES=: On nomme ainsi les brasseries où les consommateurs sont servis par des femmes.
Le mot est juste, car elles sont de véritables _vaches_, pas à _lait_, par exemple (Argot du peuple). _N._
=VADE=: Foule, rassemblement.
Synonyme de _trépe_.
Le camelot fait un _vade_ pendant que des complices _fabriquent_ les _profondes_ des badauds (Argot des voleurs).
=VA CHERCHER UN DÉMÊLOIR=: Se dit de quelqu’un qui parle d’une façon embrouillée; on ne peut _démêler_ ce qu’il veut dire (Argot du peuple).
=VA T’ASSEOIR SUR LE BOUCHON=: Quand un individu vous rase, on lui dit _d’aller s’asseoir_; s’il insiste, on l’envoie _s’asseoir sur le bouchon_ (Argot du peuple).
=VA-TE-LAVER= (Un): Soufflet.
On emploie aussi cette expression pour envoyer promener un gêneur (Argot du peuple).
=VADROUILLE=: Cette expression dans la marine signifie: _brosse à plancher_.
Elle s’applique aux filles qui traînent dans les ports de mer (Argot des souteneurs).
=VADROUILLE=: Faire une _vadrouille_, en pousser une.
_Vadrouiller_: se déranger de ses habitudes, rôder dans des milieux auxquels on n’est pas habitué (Argot du peuple).
=VAGUE= (En pousser une): Synonyme d’_arracheur de chiendent_, aller au hasard, _vaguement_, avec l’intention de voler n’importe qui ou n’importe quoi (Argot des voleurs).
=VAGUE=: Les filles qui raccrochent donnent un _coup de vague_, elles font leurs affaires.
_Vaguer_, promener au hasard, est une corruption du mot français _vaquer_ (Argot des souteneurs).
=VAISSELLE DE POCHE=:
C’est une _vaisselle_ que les ouvriers aiment bien à _casser_, surtout les jours de _Sainte-Flemme_ (Argot du peuple).
=VALADE=: La poche.
—J’avais _caré_ deux _sigues_ dans une _valade_ de mon _falzar_, ma _scie_ les a dénichés, je vais _crapser_ de la pépie pendant tout le _marqué_ (Argot des voleurs).
=VALANT=: Pince à usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_. _N._
=VALSER=: Battre quelqu’un.
—Je vais te faire _valser_ sans musique.
Ce qui arrive souvent le samedi de paye, quand le mari rentre au logis plus qu’_éméché_: il fait faire un _tour de valse_ à sa ménagère si elle _ronchonne_ (Argot du peuple).
=VALTREUSE=: Valise.
C’est un simple changement de finale (Argot du peuple).
=VALTREUSIER=: Voleur de valise.
Ce vol est pratiqué sur une grande échelle dans les salles d’attente des gares de chemins de fer.
Il est des plus simples:
Le _valtreusier_ a une valise à la main qui paraît gonflée; pour compléter son apparence de voyageur, il porte une couverture de voyage. Il se promène ayant l’air indifférent, mais en réalité il guigne un voyageur assis à côté d’une valise respectable. Sans affectation, il s’assied à ses côtés et engage la conversation. Au moment de prendre un billet, le voyageur se dirige vers le guichet et laisse sa valise à la garde de son compagnon; aussitôt celui-ci se lève, change de valise et s’en va tranquillement. Neuf fois sur dix, le volé ne s’aperçoit de la substitution qu’à son arrivée à destination: la valise ne contient en fait de linge que des cailloux (Argot des voleurs).
=VANNAGE=: Tendre un piège, _amorcer_ un individu par des promesses alléchantes pour le duper plus facilement.
M. Loredan Larchey dit que c’est une comparaison de l’escroc au meunier qui lâche un peu d’eau de sa _vanne_ pour faire tourner le moulin (Argot des voleurs).
=VANNE=: Mot cher aux camelots.
Ils disent faire un _vanne_ lorsqu’ils vendent un journal qui annonce une fausse nouvelle à sensation (Argot des camelots). _N._
=VANNÉ=: Avoir trop fait la noce et l’amour.
_Vanné_: n’avoir plus rien dans le ventre, synonyme de _vidé_.
_Vanné_ par excès de travail (Argot du peuple). _N._
=VANTERNE=: Lanterne.
_Vanterne sans loches._ _A. D._
M. Lorédan Larchey, d’après H. Monnier, dit que le _vanternier_, au lieu d’entrer par la _lourde_, préfère s’introduire par la _fenêtre_.
_Vanterne_ n’a jamais été une _lanterne_, pas plus que _vanterne_ n’est une _fenêtre_. =V.= _Venterne_.
=VASEUX=: Paysan.
Il est _vaseux_ parce qu’il vit dans la _vase_ quand il pleut (Argot du peuple). _N._
=VEAU=: Toute jeune fille qui n’a pas grand chemin à faire pour devenir _vache_.
Il existe à ce sujet une vieille chanson qu’il serait impossible de citer en entier:
Un jour, à la barrière, Un veau, Un veau, Tortillant du derrière. Fort beau, Fort beau. Je la .... sur parole.
Neuf jours plus tard, le camarade était au Midi (Argot du peuple).
=VEAU=: Femme de barrière, rôdeuse de caserne (Argot des voyous).
=VEINARD=: Homme qui a de la chance.
Il a de la _veine_, tout lui réussi.
Il a trouvé une bonne _veine_, tout lui réussira.
Il existe un vieux proverbe à ce sujet:
—Qui voit ses _veines_, voit ses _peines_ (Argot du peuple). _N._
=VEINARDE=: Fille qui a la main heureuse et tombe sur des _michés_ qui se _fendent_ généreusement (Argot des filles).
=VÉLO=: Postillon.
Vient de _véloce_, poste aux chevaux.
Nos _vélocipédistes_ modernes qui portent une cravache et des éperons pour ressembler à quelqu’un, ignorent certainement ce vocable ancien (Argot des voleurs).
=VÉLOCIPÉDISTE=: Imbécile à deux roues (Argot du peuple).
=VENTERNE=: La fenêtre (Argot des voleurs).
=VENTERNIER= (Le): Le _venternier_ est une variété du _cambrioleur_, avec cette différence toutefois qu’au lieu d’entrer par la _lourde_, il entre par la _venterne_.