Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 21

Chapter 213,413 wordsPublic domain

Cela ne se voit guère de nos jours, où huit heures de travail c’est encore de trop, ce qui n’empêche pas les poètes de chanter le _sublime_ ouvrier (Argot du peuple).

=SUCE-CANELLE=: Ivrogne invétéré qui _suce_ jusqu’à la dernière goutte.

Une vieille chanson que le pitre de Moreau, le tireur de cartes, récitait sur la place de la Bastille, vers 1848-1849, dit:

Si je meurs que l’on m’enterre Dans la cave où est le vin, Le nez contre la muraille Et la tête sous le robin. S’il en reste une goutte encore, Ce sera pour me rafraîchir, Et si le tonneau défonce, J’en boirai à mon loisir.

(Argot du peuple).

=SUCE-LARBIN=: Bureau de placement (Argot des voleurs).

=SUCER LA PRALINE=: Il est absolument impossible d’expliquer cette expression (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.

=SUCER LA POMME= (Se): S’embrasser.

Allusion au moutard qui _suce une pomme_ avant de la manger (Argot du peuple). _N._

=SUCER UNE PÈCHE=: Boire un coup (Argot du peuple).

=SUÇON=: Faire une consommation fantastique de sucres d’orge. _L. L._

_Suçon_: en faire un sur l’épaule ou sur la gorge d’une jolie femme, ce n’est pas précisément _sucer_ du sucre d’orge, c’est lui faire venir le sang à la peau. Ce qui a donné naissance à cette expression: ce n’est pas de l’amour, c’est de la rage, pour ceux qui embrassent de cette manière (Argot du peuple). _N._

=SUCRE DE POMME=: Pince qui sert à fracturer les portes.

—Avant de _cavaler_ assure-toi que ton _sucre de pomme_ pourra _pessigner_ la _lourde_ (Argot des voleurs). _N._

=SUCRÉ=: Se dit d’une femme mijaurée: elle fait sa _sucrée_.

Se croire plus _sucré_ qu’un autre: s’imaginer lui être supérieur.

Il a été _sucré_ pour _salé_.

Les joueurs ont adopté cette expression pour marquer les points avec des jetons: il faut _sucrer_ monsieur (Argot du peuple). _N._

=SUIFFART=: Grec habile à corriger le hasard, voleur cosmopolite qu’on rencontre dans tous les endroits où l’on joue.

Il est connu sous différents noms: _graisseur_, _bédouin_, _philosophe_ (Argot des joueurs).

=SUIVEUR=: Homme tenace qui _suit_ les femmes dans la rue; quand il tombe sur une vierge il la _suit_ jusqu’à temps qu’il _la perde_ (Argot du peuple). _N._

=SURBINE=: Surveillance. Être en _surbine_: être surveillé.

Rompre sa _surbine_: quitter la ville où l’on était en surveillance pour aller dans une autre ville.

Autrefois on disait: _rompre son banc_; c’est vieux jeu (Argot des voleurs).

=SURFINE=: Sœur de charité (Argot des voleurs). _N._

=SURGERBER=: Être condamné en appel (Argot des voleurs).

=SURIN=: Couteau.

_Surin muet_: canne plombée; elle _surine_ sans bruit.

=SURINER=: Assassiner à coups de couteau.

Cette expression remplace celle de _chouriner_ (Argot des voleurs).

=SŒURS= (Les deux): Nattes de cheveux que les femmes portent tressées sur leurs épaules.

Mes _deux sœurs_, pour: testicules (Argot des voyous).

=SYDONIE=: La tête de carton, ou le mannequin sur lesquels la modiste et la couturière essayent leurs chapeaux et leurs robes (Argot du peuple). _N._

=SYSTÈME=: Portion servie aux prisonniers dans les maisons centrales (Argot des voleurs). =V.= _Bonde_.

T

=TABAC=: Misère.

—Je suis dans le _tabac mistoufle_ (Argot du peuple).

=TABAR=: Manteau.

Cette expression est connue depuis le XV^er siècle (Argot des voleurs).

=TABLE RASE=: Faire un nettoyage complet dans une maison, liquider un arriéré, renouveler un personnel après avoir fait _table rase_ (Argot du peuple).

=TAF=: Individu qui a peur de son ombre.

Qui a le _trac_, qui serre les fesses à la moindre alerte (Argot du peuple).

=TAFFEUR=: Poltron.

—Il est tellement _taffeur_ que l’on ne lui fourrerait pas une feuille de papier à cigarette entre les fesses (Argot du peuple). _N._

=TAILLER UNE PLUME=: Il est des employés qui se servent encore de plumes d’oie; à la fin du mois, ils vont s’en faire _tailler_ chez des spécialistes (Argot du peuple). _N._

=TALBIN=: Billet.

_Talbin d’altèque_, billet de banque.

Un billet de faveur pour un théâtre quelconque, se nomme un _talbin d’encarade_.

Mot à mot: billet d’entrée.

Les voleurs disent aussi de l’ordre du Parquet, de l’ordre de les écrouer à Mazas ou au Dépôt:

—_Mince_ de _biffeton d’encarade_ (Argot des voleurs). _N._

=TALBIN=: Huissier.

Allusion ce à qu’il _talbine_ un prévenu ou un témoin pour l’assigner en police correctionnelle.

_Talbiner_, synonyme d’assigner (Argot des voleurs) _N._

=TALONS COURTS= (Avoir les): Fille ou femme qui succombe sans résistance.

L’image n’est pas exacte; ce fait ne se produit généralement que lorsqu’une femme porte des _talons hauts_; elle perd alors l’équilibre facilement (Argot du peuple).

=TAMBOUILLE=: Ragoût, _fricot_.

_Faire la tambouille_, faire sa cuisine. _A. D._

_Tambouille_: battre.

—Je vais te foutre une _tambouille_ que le tonnerre de Dieu en prendra les armes (Argot du peuple). _N._

=TAMPONNER=: Donner ou recevoir un coup de _tampon_—un coup de poing.

Allusion au choc de deux trains qui se _tamponnent_ (Argot du peuple). _N._

=TANNANT=: Assommant, ennuyeux.

À Corbeil, on devait un dimanche jouer les _Mousquetaires_; la troupe y donnait des représentations depuis environ un mois.

L’actrice chargée des grands premiers rôles, était mauvaise à faire ronfler un bec de gaz. Au moment du lever du rideau, le régisseur dut faire une annonce. L’actrice avait dû partir précipitamment pour enterrer son père.

Il annonça son départ ainsi:

Madame X..., ne pourra jouer ce soir, elle _est à Nantes_ pour les obsèques de son père.

Un loustic du parterre s’écria:

—Il y a longtemps qu’elle _est tannante_.

Ouf! (Argot du peuple). _N._

=TANNER LE CUIR=: Battre quelqu’un.

Allusion au _tanneur_ qui bat la peau pour la rendre souple (Argot du peuple).

=TANTE=: Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). _N._

=TANTE=: Le Mont-de-Piété.

—Je porte ma _toquante_ chez ma _tante_, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).

=TAP=: Se disait autrefois des condamnés à être exposés publiquement et marqués au fer rouge.

Travaux forcés à temps, _T. F. T._

Travaux forcés à perpétuité _T. F. P._

_Faire le tapin_ c’était être exposé (Argot des voleurs). _N._

=TAPANCE=: Maîtresse ou femme légitime.

Les typographes nomment ainsi la femme parce qu’elle _tape_ souvent à la poche ou... autrement.

_La tapance du mec_, c’est la femme du patron.

—Elle est _rien râleuse la tapance_ du _mec_, elle _boufferait des cadratins_ à la sauce blanche (Argot d’imprimerie). _N._

=TAPE= (En recevoir une): Recevoir un coup ou le donner.

Voir ses espérances s’effondrer.

Recevoir une _tape_ moralement (Argot du peuple).

=TAPE À L’ŒIL=: =V.= _Œil au beurre noir_.

=TAPÉE=: Foule, grande réunion de personnes. _A. D._

_Tapée_ veut dire beaucoup, il est vrai, mais ce n’est pas le sens que lui donne le peuple.

_Tapée_ se dit d’une jolie femme:

—Elle est _tapée_.

Une phrase bien écrite ou bien dite:

—C’est _tapé_ (Argot du peuple). _N._

=TAPER=: _Taper_ quelqu’un, lui emprunter de l’argent.

On lui refuse en lui disant également:

—Tu peux te _taper_.

Synonyme de: Tu peux te _fouiller_ (Argot du peuple).

=TAPER À TOUR DE BRAS=: Cogner vigoureusement.

—J’ai beau _taper_ ma femme _à tour de bras_, quand elle me fait un _impair_, elle me _gobe_ tout de même (Argot du peuple).

=TAPER DANS LE TAS=: Prendre une femme au hasard.

_Taper dans le tas_: attaquer un ouvrage avec vigueur.

_Taper dans le tas_: frapper dans le _tas_ d’une bande de rôdeurs qui vous attaquent (Argot du peuple).

=TAPETTE=: Pédéraste _passif_, il se fait taper dans le tas (Argot du peuple). _N._

=TAPETTE=: Homme qui parle sans cesse.

—Il en a une rude _tapette_.

On dit aussi: forte _platine_ (Argot du peuple).

=TAPIQUER=: Habiter (Argot dos voleurs).

=TAPIS DE MALADES=: Cantines des prisons (Argot des voleurs). =V.= _Cargots_.

=TAQUINER LE GOUJON=: Le pêcheur à la ligne _taquine le goujon_.

Il est en effet _taquiné_ d’être pris à l’hameçon (Argot du peuple).

=TAQUINER LE CARTON=: Jouer aux cartes.

Je ne sais pas si les cartes sont _taquinées_ d’être _battues_, mais le joueur l’est rudement quand il perd (Argot du peuple). _N._

=TARAUDÉE=: En mécanique, _tarauder_ un écrou ou un boulon, c’est faire un pas de vis.

On a appliqué cette expression pour dire que l’on bat quelqu’un.

—Je lui ai foutu une rude _taraudée_.

—Je vais te _tarauder_ les côtes (Argot du peuple). _N._

=TAROQUAGE=: Piquer les cartes d’un signe imperceptible.

Ce _truc_ fut employé pour la première fois, par le fameux grec Garcia (Argot des grecs).

=TAROQUE=: La marque du linge.

Quand les voleurs ont dévalisé la voiture d’un _papillon_, ils _détaroquent_ le linge pour le revendre aux _meuniers_ (Argot des voleurs). _N._

=TARTINES=: Souliers avachis et éculés.

—Ah! mon vieux, quelles sales _tartines_ (Argot du peuple).

=TARTIR=: Vider ses intestins.

Quand la marchandise est molle, elle s’aplatit en rond, comme une _tarte_, dont, d’ailleurs, elle a la couleur.

Dans le peuple, on dit:

—Je viens de faire une _tarte bourbonnaise_.

Encore un emprunt à Rabelais (Argot des voleurs).

=TAS= (Être sur le): Être à l’ouvrage.

—Nous avons un tas de besogne pour _beaucoup_.

—J’ai un _tas_ de choses à vous écrire, pour quantité.

—Ma _marmite_ est sur le _tas_.

Pour indiquer qu’elle est couchée avec un _miché_ (Argot du peuple et des souteneurs). _N._

=TASSO=: Nez.

—Je vais te _bouffer_ le _tasso_ (Argot du peuple). =V.= _Blaire_.

=TATA=: Les enfants, les petites filles disent de l’une d’elles qui fait des manières:

—Elle fait sa _tata_.

Dans le monde des _équivoques_ une _tata_, c’est le _passif_.

Il existe un chanson sur ce sujet:

C’est nous qui sommes les _tatas_

(Argot du peuple).

=TÂTE-MINETTE=: Sage-femme (Argot du peuple).

=TÂTEUSE=: Fausse clé.

Ce nom indique bien l’action; avec une fausse clé, si bien faite soit elle, il faut que le voleur _tâte_ la serrure avant de l’ouvrir (Argot des voleurs).

=TAUDION=: Chambre malpropre, infecte.

—N’entrez pas dans mon _taudion_, un chat n’y trouverait pas ses petits.

—Sa chambre est un _taudis_.

On dit aussi un _chenil_ (Argot du peuple).

=TAULE= ou =TÔLE=: La maison.

Les maîtres de maisons de tolérance sont appelés des _tôliers_.

C’est une allusion à la _tôle_ qui barde les portes de ces maisons dans quelques villes de province, pour les défendre contre les tapageurs.

C’est _tôle_ qui est le vrai mot (Argot des souteneurs). _N._

=TAUPER=: Travailler. _L. L._

_Tauper_ veut dire _accoster_.

Quand les compagnons faisaient le tour de France, et que deux marchaient en sens inverse sur la grande route, ils s’interpellaient:

—_Tope_, pays, quelle vocation?

—Serrurier.

—Passe au large.

S’ils étaient du même métier, ou de la même société, ils fraternisaient, autrement ils se battaient.

Cela s’écrit _toper_ et non _tauper_. _Toper_ veut aussi dire: conclure.

—Affaire faite, _tope_-là (Argot du peuple).

=TENDEUR=: Homme qui est toujours prêt à satisfaire une femme gourmande et passionnée (Argot du peuple).

=TERRER=: Tuer.

Mot à mot: préparer les gens pour la terre.

C’est cette expression qui a donné naissance au mot _enfouissage_ pour les libre-penseurs qui ne passent pas par l’église (Argot des voleurs et du peuple). _N._

=TERREUR=: Nom donné aux maquereaux dans les anciennes banlieues de Paris; il y a généralement une _terreur_ par quartier (Argot des souteneurs).

=TERRIÈRE=: Raccrocheuse qui pousse son _persil_ dans les terrains vagues (Argot des souteneurs).

=TESIÈRE=: Toi.

Il y a plusieurs variantes de ce mot: _tesigue_, _tesigo_ et _tésingard_.

_Tesière_ est l’expression la plus usitée.

—La _Môme-Livarot_ a un _béguin carabiné_ pour _tesière_ (Argot des souteneurs).

=TÉTASSES=: Seins qui pendent jusque dans les bas de celles qui les possèdent (Argot du peuple). =V.= _Calebasse_.

=TÊTE CARRÉE=: =V.= _Alboche_.

=TÊTE DE BOIS=: Visage peu expressif.

Dans le peuple, on dit aussi: il a été sculpté dans un marron d’Inde, quand l’individu à qui cette expression s’adresse est laid à faire peur (Argot du peuple).

=TÊTE DE CARTON=: Visage sans expression.

Allusion à la poupée (Joséphine) des modistes (Argot du peuple).

=TÊTE DE CHOUCROUTE=: =V.= _Alboche_.

=TÊTE DE PIOCHE=: Individu à la tête dure qui ne veut rien apprendre.

Allusion à la dureté de l’acier trempé de la _pioche_ (Argot du peuple). _N._

=TÉTER UNE GOUTTE=: Faire _téter une goutte_, à quelqu’un: le battre.

_Boire une goutte_: se noyer.

Au régiment quand un soldat est atteint de la nostalgie, les camarades lui disent:

—Tu voudrais bien aller _téter une goutte_.

_Téter une goutte_, boire un verre sur le _zinc_ (Argot du peuple). _N._

=TÊTES DE CLOUS=: Caractères usés, qui n’en peuvent plus.

—Il est rien _dégueulbif_, le canard que nous composons avec des _têtes de clous_ (Argot d’imprimerie).

=TICHE=: Bénéfices.

Synonyme de _guelte_.

Prime que les directeurs de magasins de nouveautés donnent aux commis qui parviennent à vendre de la marchandise avariée ou des rossignols.

_Tiche_, en ce cas, est de la même famille qu’_affure_ (part de vol) (Argot des calicots).

=TIERCE= (La): Association de faux monnayeurs; comme ils sont généralement trois: le _fabricateur_, l’_émetteur_ et un complice de réserve, de ce nombre, _la tierce_ (Argot des voleurs).

=TIFFES=: Les cheveux.

_Tiffe_ est une corruption de _tignasse_ (Argot des voleurs). _N._

=TIGNER D’ESBROUFFE=: =V.= _Riffe_.

=TIMBRÉ=: À moitié fou.

Avoir reçu un coup de marteau (Argot du peuple). =V.= _Mailloché_.

=TINE=: La foule.

Réunion de souteneurs et de voleurs.

Delvau dit dédaigneusement que cette expression est due à «quelques Vaugelas de la Roquette», que le vrai mot est _tigne_.

Pas le moins du monde; dans le peuple on dit:

_Tigne_-le, pour: le prendre par les cheveux.

_Tigner_ est également synonyme de _rechigner_ (Argot des voleurs). _N._

=TIOLÉE= (En avoir une): Se dit dans le peuple d’une famille qui a de nombreux enfants:

Ils sont toute une _tiolée_.

C’est une corruption du mot _tôle_ qui veut dire maison.

Il y en a plein la _tôle_ (Argot du peuple). _N._

=TIRANTES=: Jarretières. _A. D._

Le mot est impropre; c’est _serrantes_.

En effet, la jarretière _serre_ la jambe ou la cuisse suivant la façon dont elle est placée.

Il est vrai qu’elle _tire_ le bas, mais c’est en le _serrant_ (Argot des voleurs).

=TIRANTS=: Bas.

_Tirants radoucis_: bas de soie.

_Tirants de tremilet_: bas de fil.

_Tirants de filsangue_: bas de filoselle.

_Tirants à la manque_: bas déchirés.

Allusion aux mailles qui _manquent_ (Argot des voleurs).

TIRE-JUS: Mouchoir.

Le mot n’est pas ragoûtant, mais il exprime bien le fait de _tirer le jus_ des narines (Argot du peuple). _N._

=TIRELIRE=: La tête.

Allusion à la bouche qui représente exactement l’ouverture par laquelle on introduit les pièces de monnaies dans une _tirelire_.

_Tirelire_ veut aussi dire le contraire de la tête, mais celle-là ne contient que de la monnaie pour la compagnie Richer (Argot du peuple). _N._

=TIRELIRE=: Toutes les filles publiques mettent l’argent que les _michés_ leur donnent pour leurs _gants_, dans leurs bas.

Leurs bas sont des _tirelires_ (Argot des souteneurs) _N._

=TIRE-MONDE= (Madame). =V.= _Guette au trou_.

=TIRER LE DIABLE PAR LA QUEUE=: Il y en a (la moitié de Paris) qui passent leur temps à cette besogne, sans être jamais avancés un jour plus que l’autre.

La misère ne les lâche pas.

Ce pauvre _diable_, depuis le temps que l’on la lui _tire_, n’en devrait plus avoir (Argot du peuple).

=TIRER UN BOUCHON=: Voleur qui fait dix ans de prison (Argot des voleurs).

=TIRER LA LANGUE=: Courir à en perdre haleine.

Faire _tirer la langue_ à un débiteur en lui promettant de l’argent.

_Tirer la langue_: avoir faim, attendre après quelque chose qui ne vient jamais (Argot du peuple). _N._

=TOC=: Bijoux de mauvais aloi.

Personnage contrefait; se dit de tout ce qui n’est ni bien ni correct (Argot du peuple).

=TOCASSE=: Méchant.

On dit également _tocasserie_ pour méchanceté.

_Tocasserie_ est assurément une corruption de _tracasserie_ (Argot des voleurs).

=TOCASSON=: Fille qui depuis des années est dans la circulation, qui veut conserver des airs de jeunesse et se refuse à _dételer_ son vieux fiacre.

—Crois-tu que c’est pas dégoûtant, la mère _Tocasson_ qui _trime_ encore à 72 _berges_ (Argot des filles).

=TOILETTE= (La): Avant le règne de M. Deibler, la _toilette_ des condamnés à mort durait une grande demi-heure, une éternité; aujourd’hui, le mot est resté, mais pour la forme seulement, car on ne la leur fait plus.

Chaque semaine, les condamnés sont rasés et ont les cheveux coupés: on leur épargne ainsi une torture inutile.

Heindrich, l’avant-dernier bourreau, recommandait toujours à ses aides de se dépêcher pour ne pas laisser le condamné _vieillir_ (Argot des voleurs).

=TOLLARD=: Bureau. _A. D._

C’est une grave erreur. _Tollard_, dans les prisons centrales, veut dire: _bourreau_.

_Bureau_, c’est _burlingue_ (Argot des voleurs). _N._

=TOMBER MALADE=: Être arrêté, alors qu’on se croyait en sûreté.

Si l’arrestation a lieu à la rencontre, c’est-à-dire si on rencontre fortuitement l’agent qui vous recherchait, on dit: tomber le nez dessus (Argot du peuple). _N._

=TOMBER À PIC=: On va se mettre à table, vous _tombez à pic_.

Mot à mot: Vous arrivez bien.

—J’étais dans la _purée_, ma tante vient de _claquer à pic_ (Argot du peuple).

=TOMBER PILE=: Tomber sur le cul.

Les ouvriers typographes disent:

—Il est tombé sur le _côté de deux_ (Argot du peuple).

=TOMBER SUR LE DOS ET SE FAIRE UNE BOSSE AU VENTRE=: Cela paraît être un fait extraordinaire; pourtant rien n’est plus commun.

C’est la _secousse_ qui est cause de ce phénomène qui dure neuf mois (Argot du peuple).

=TOMBEUR=: Homme fort.

Lutteur qui _tombe_ tous ses adversaires.

_Tomber_ une femme: la séduire, la faire céder.

Dans les cercles, le croupier dit: cinq louis qui _tombent_ (Argot du peuple).

=TOQUANTE=: Montre de peu de valeur.

Double sens: elle fait _tic-toc_ et elle est en _toc_ (Argot des voleurs).

=TOQUARD=: A. Delvau et M. Loredan Larchey écrivent _tocard_.

Ces écrivains, pas plus que moi, n’ont inventé l’expression; pour trouver la véritable orthographe, il était donc inutile de remonter à la source.

Je trouve dans une vieille chanson ceci:

Maint’nant tu t’_toquardes_ de la frime, Tes deux oranges tombent dans tes bas. T’es des mois sans changer de lime, Y’a même des mois qu’tu n’en a pas.

C’est donc _toquard_ qui est le vrai mot (Argot du peuple).

=TORCHER LE CUL DE MERDE= (Se): Ce n’est pas le comble de la propreté, mais cette expression caractéristique dit bien le peu de cas que l’on fait de quelqu’un et combien on le méprise (Argot du peuple).

=TORD BOYAUX=: Mauvaise eau-de-vie.

Elle corrode l’estomac et _tord_ littéralement les _boyaux_ des malheureux abrutis qui recherchent cet horrible breuvage (Argot du peuple).

=TORPILLE D’OCCASION=: Fille publique.

Ainsi nommée parce qu’elle fait _sauter_ la bourse des _pantes_ (Argot des souteneurs).

=TORTILLANTE=: Le cep de vigne qui pousse en espalier devant les maisons dans les campagnes.

Allusion au bois qui se _tortille_ de mille façons.

Claude Tilliera écrit dans un de ses pamphlets:

—Nos pères étaient faits de ce bois noueux et _tortillé_ dont on fait les forts (Argot du peuple).

=TORTILLARD=: Fil de fer (Argot des voleurs).

=TORTILLER=: Manger.

—Il te tortille un morceau de _lartif_ en une _broquille_.

_Se tortiller_ pour ne pas vouloir dire la vérité: chercher des faux-fuyants.

—As-tu vu comme elle _tortille_ des fesses en marchant?

—Il n’y a pas à _tortiller du cul_, il faut que tu avoues.

—Il ne faut pas _tortiller_, faut y passer (Argot du peuple).

=TORTU=: Le vin.

—Allons, mastroquet, sers-nous deux _cholettes de tortu_.

_Cholette_: chopine, _tortu_; le vin, en souvenir du _bois tortu_ qui produit le raisin (Argot du peuple).

=TORTORER=: Manger (Argot des souteneurs).

=TORTORENT=: Gargote où l’on mange (Argot des souteneurs).

=TOUILLER=: Remuer.

—_Touille_ ton café pour faire fondre le sucre (Argot du peuple). _N._

=TOUPET= (Avoir du): Avoir un aplomb formidable.

Se payer de _toupet_ pour affronter quelqu’un.

On dit dans le peuple:

—Il a plus de _toupet_ que de cheveux (Argot du peuple).

=TOUR (LA)=: La Conciergerie et le Palais de justice.

Allusion à la tour de l’horloge.

À ce propos, une légende populaire veut que cette horloge ait sonné l’heure du signal pour le massacre de la Saint-Barthélémy (Argot du peuple).

=TOUR POINTUE= (La): Préfecture de police (Argot des voyous).

=TOURBE= (Être dans la). =V.= _Purée_.

=TOURBE=: La lie du peuple.

Populace, le plus bas qu’il soit possible de l’imaginer (Argot du peuple).

=TOURLADE=: Les forçats, autrefois, quand le bagne était à _Toulon_, appelaient cette ville _Tourlade_. Changement de finale (Argot des voleurs).

=TOURNANTE=: Clé.

Elle fait en effet _tourner_ le pène dans la serrure (Argot des voleurs).

=TOURNANTE=: =V.= _Anguille_.

=TOURNE-VIS=: =V.= _Hirondelle de potence_.

=TOURNE-VIS=: Chapeau à cornes que portent les gendarmes.

Ce terme s’est généralisé, il est employé pour tous les chapeaux quelles que soient leurs formes (Argot du peuple).

=TOURNER DE L’ŒIL=: Mourir (Argot du peuple).

=TOURNIGUE=: =V.= _Blaire_.

=TOURTOUSE=: La corde.

_Tourtouser_: lier.

_Tourtousier_: le cordier (Argot des voleurs).

=TOURTOUSINE=: La ficelle.

Allusion à la torsion du chanvre par le cordier (Argot du peuple).

=TRAC=: Peur.

_Tracquer_: avoir peur.

—J’ai un _trac_ à tout casser (Argot du peuple). =V.= _Taf_.

=TRAIN 11= (Le): Les jambes.

Celui qui ne peut pas se payer de voiture, fiacre ou omnibus, prend le _train 11_.

Quand on joue au loto, celui qui appelle les numéros, quand il tire le numéro 11, crie:

—11, les deux jambes à ma tante (Argot du peuple).

=TRAÎNÉE=: Fille publique qui _traîne_ partout à la recherche de clients.

_Traînée_ est un gros terme de mépris employé par le peuple vis-à-vis d’une femme.

_Traînée_: synonyme de _rouleuse_ (Argot du peuple).

=TRAÎNEUSE=: =V.= _Rôdeuse_.

=TRAÎNEUSE=: Robe.

Allusion à la _traîne_ de la robe qui balaye les trottoirs.

Ou dit également: une _balayeuse_ (Argot du peuple).

=TRANCHE-LARD=: Couteau.

Allusion au couteau du charcutier.

On dit aussi: un _vingt-deux_ (Argot du peuple).

=TRANCHE=: Le visage.

_Tranche_ est aussi un terme d’amitié et de familiarité:

—Tiens, comment vas-tu, ma vieille _tranche_? (Argot du peuple). _N._

=TRAVAILLER DANS LE BÂTIMENT=: Voler avec effraction dans les maisons.

L’expression est pittoresque (Argot des voleurs).

=TRAVIOLES=: Avoir des inquiétudes. _L. L._

_Travioles_: aller de travers, pochard qui _festonne_. Celui-là est loin d’avoir des inquiétudes, car il ne pense guère au lendemain.

Une jeune fille qui _déraille_ et devient rosière de la Maternité, va de _travioles_, de travers dans la vie (Argot du peuple). _N._

=TRÈFLE=: Tabac (Argot du peuple).

=TRÉFOIN=: Tabac.

Ce mot est très vieux; il est employé par Eugène Suë dans les _Mystères de Paris_.

—Pas de _tréfoin_ à mettre dans ma _chiffarde_ (Argot des voleurs).

=TREMBLOTTE=: La fièvre.

Allusion au _tremblement_ qu’elle produit.

On dit d’un homme qui a peur de la moindre des choses: il a la _tremblotte_.

C’est aussi un truc employé par les mendiants pour exciter la charité publique; ils font semblant de _trembler_.

Mot à mot: de _grelotter_ (Argot du peuple). _N._

=TRÈPE=: Ne veut pas dire la foule, comme le disent les dictionnaires d’argot; ce mot veut dire _clientèle_, d’après Loyssel.

Faut pas blaguer, le _trèpe_ est _bath_ Dans ce _taudion_, i s’trouve des _rupins_ Si queuq’s _gonciers_ traînent la savate J’en ai r’bourré qu’ont d’scarpins.

(Argot des voleurs).

=TRESSER DES CHAUSSONS DE LISIÈRES=: Occupation des prisonniers dans les maisons centrales.