Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 20

Chapter 203,465 wordsPublic domain

—Voilà les _rousses_! (Argot des voleurs).

=ROUSSINER=: Faire arrêter par la police. _L. L._

_Roussiner_ veut dire _péter_ mollement et puer fortement.

—Il _roussine_ à faire roter un vidangeur (Argot du peuple). _N._

=ROUSPANT=: Homme qui fournit des sujets aux _tantes_.

C’est le _procureur_ des pédérastes (Argot des souteneurs).

=ROUSTENPANNE=: Moins que rien (Argot du peuple). _N._

=ROUSTIR=: Prendre, s’approprier le bien d’autrui.

Être _rousti_: être pris (Argot des voleurs).

=ROUSTISSURE=: Mauvaise plaisanterie. _A. D._

_Roustissure_, dont par corruption on a fait _roustenpanne_, veut dire moins que rien (Argot du peuple). =V.= _Rousselette_.

=ROUSPÉTANCE= (Faire de la). =V.= _Rouspéter_.

=ROUSPÉTER=: Récriminer, faire du _pet_, du bruit (Argot des voleurs).

=ROYAUME DES TAUPES=. =V.= _Les pissenlits pousser par la racine_.

=RUBIS SUR L’ONGLE=: Être régulier, payer _recta_ ses dettes à l’échéance.

Boire son verre jusqu’à la dernière goutte.

—Il a _séché_ son _glacis rubis sur l’ongle_ (Argot du peuple). _N._

=RUER DANS LES BRANCARDS=: Femme amoureuse qui, au moment psychologique, se démène furieusement, comme le cheval emballé.

La figure peut se passer de commentaires (Argot du peuple). _N._

=RUE AU PAIN= (La): Le gosier.

Le pain y passe.

Mauvaise affaire quand la rue est barrée (Argot du peuple).

=RUE DU BEC DÉPAVÉ=: La bouche, quand elle n’a plus de dents.

Elle ne peut guère alimenter sa voisine, la _rue au pain_ (Argot du peuple).

=RUPIN=: Homme riche, calé, cossu.

Au superlatif _rupinskoff_, alors c’est un homme _pourri de chic_.

Les souteneurs disent à leur _marmite_:

—_Lève_ donc le _gonce_, il est _rupin_, il doit être au _sac_ (Argot des souteneurs).

=RUTIÈRE=: Voleuse ou fille publique, souvent les deux à la fois (Argot des voleurs).

=RUTILANT=, =RUTILANTE=: Il est _rutilant_ (joyeux).

Elle est _rutilante_, resplendissante de fraîcheur et de beauté.

Une chose est _rutilante_ (éclatante).

Ce mot est très français, mais il est employé par le peuple dans un tout autre sens que celui indiqué par les dictionnaires classiques (Argot du peuple). _N._

S

=SABIR=: Bois, forêt.

Quelques-uns écrivent: _sabri_.

C’est la finale retournée (Argot des voleurs).

=SABLER=: Il est des voleurs qui se servent d’un _os de mouton_, arme dangereuse, pour _estourbir le pante_.

Cela laisse des traces très faciles à constater.

Un autre moyen a été imaginé.

On remplit de sable fin, ou de grès pulvérisé, un sac en peau, et on _assomme_ le client avec.

Quand on le relève, on le déclare mort d’une congestion ou d’une attaque d’apoplexie (Argot des voleurs). _N._

=SABOT=: Barque.

—Nous allons embarquer dans le _sabot_ pour _la Nouvelle_, disent les voleurs.

Dans le peuple on dit d’un homme qu’un coup de canon ne réveillerait pas:

—Il dort comme un _sabot_.

Allusion à la toupie que les enfants nomment _sabot_, laquelle ronfle comme un tuyau d’orgue (Argot des voleurs et du peuple).

=SABOTER=: Ouvrage mal fait, gâché.

Allusion au _sabotier_, qui travaille son bois à grands coups de sabre pour l’équarrir.

Un ouvrage _saboté_ est bien près d’être un _loup_ (Argot du peuple).

=SABOULER=: Décrotter. _A. D._

_Sabouler_ veut dire chasser.

—Je l’ai _saboulé_ de la _piaule_ avec perte et fracas.

On _saboule_ un ouvrier qui ne fait pas l’affaire (ne sait pas travailler) (Argot du peuple). _N._

=SABOULETTE=: Table de toilette.

Elle supporte le savon et les brosses qui _saboulent_ la crasse.

C’est ainsi que les voleurs nomment les _lavabos_ communs qui leur servent dans les prisons (Argot des voleurs). _N._

=SABRE=: Bâton.

_Sabre_: être gris. _A. D._

C’est _sas_ qu’il faudrait dire.

Être _sas_, être _blindé_, saoûl, est un vieux mot normand très fréquemment employé dans le peuple.

—_Quitte_-nous le _coude_, t’es _sas_ comme une bourrique (Argot du peuple).

=SAC=: L’affaire est dans le _sac_, elle est conclue.

Être pris en flagrant délit de vol, c’est avoir son affaire dans le _sac_.

Être laide ou jolie, c’est être ou n’être pas dans le _sac_.

Il y a une vieille chanson là-dessus:

Ell’ n’est pas mal Pour foutre dans l’canal. Elle est encore mieux Pour foutr’ dans les lieux.

(Argot du peuple).

=SAC= (Avoir le): Posséder beaucoup d’argent.

—Il a un fort _sac_.

—Il est au _sac_.

Avoir un _sac_ dans lequel il y a une mauvaise pierre, c’est être condamné par les médecins (Argot du peuple).

=SAC À OS=: Femme maigre.

On dit dans le peuple: —On peut lire son journal au travers.

Il y eut longtemps, il y a une trentaine d’années, une femme _diaphane_ qui se faisait voir dans une baraque à la foire aux pains d’épices.

Le pitre pour exciter la foule à entrer, disait:

—Avec une chandelle, on peut lui compter les côtes (Argot du peuple).

=SAC À MERDE=: Le ventre.

L’image n’est pas propre, mais elle exprime bien le fait.

On se souvient de ce général du premier Empire à qui Napoléon avait recommandé le plus grand silence à un grand dîner.

Le général se tint coi, comme il l’avait promis, mais au dessert il ne put résister, il frappa sur le ventre de son voisin, un archiduc, en lui disant:

—Eh bien! mon vieux, maintenant que t’as bien mangé, y en a beaucoup là-dedans? (Argot du peuple).

=SAC PLEIN= (Avoir le): Être ivre. _A. D._

_Avoir le sac plein_ se dit d’une femme sur le point d’accoucher (Argot du peuple). _N._

=SAC À VIN=: Ivrogne pour qui toutes les boissons sont bonnes.

Mot à mot: il engloutit tous les liquides dans son _sac_ (Argot du peuple).

=SACRISTAIN=: Maître d’une maison de tolérance.

Mot à mot: il est le _sacristain_ de l’_abbaye_ dont sa femme est l’abbesse, puisque c’est elle qui, d’après le règlement, est la propriétaire du _livre_ (Argot des souteneurs).

=SAFRAN=: Mari trompé, voue au _jonquille_ comme on voue les enfants _au bleu_.

On dit aussi d’un mari dans ce cas:

—Il a la _jaunisse_ toute l’année (Argot du peuple).

=SAIGNER=: Synonyme de _buter_.

Cette expression est généralement employée par les bouchers qui conservent dans la vie les habitudes de l’abattoir (Argot des bouchers).

=SAIGNER=: Emprunter de l’argent à quelqu’un.

Mot à mot: faire une _saignée_ à son porte-monnaie ou à son coffre-fort.

_Faire une saignée blanche_: ce n’est pas un médecin qui est chargé de faire cette opération à moins que ce ne soit une _doctoresse_ (Argot du peuple). _N._

=SAINT-DOMINGUE=: Tabac.

Dans les prisons, par abréviation, on dit: _Saint-Dome_.

_Saint-Domingue_, allusion au pays où prospèrent les plantations de tabac (Argot des voleurs). _N._

=SAINT-FRUSQUIN=: Lot d’objets ou de mobilier (Argot du peuple).

=SAINT-LAGO=: Abréviation de Saint-Lazare; les filles disent également _Saint-Laz_.

Quand elles sont dans cette prison, elles disent qu’elles sont à la _campagne_.

—Tiens, voilà six mois que l’on ne te voit plus?

—J’étais en villégiature, je sors de ma _campagne_.

On sait ce que cela veut dire (Argot des filles).

=SAINT-PÈRE=: Tabac à fumer (Argot des voleurs).

=SAINT-VINCENT-DE-PAUL=: Les _ramasseurs de mégots_.

Ils sont les _Saint-Vincent-de-Paul_ des _orphelins_ qui traînent devant les terrasses des cafés (Argot du peuple).

=SAINTE-TOUCHE= (Le jour de la): La paye de chaque semaine ou de fin du mois.

La _Sainte Espérance_ est la veille de la _Sainte-Touche_.

C’est une sainte bien fêtée par les ouvriers (Argot du peuple).

=SAINT-JEAN=: Signal convenu entre les voleurs pour avertir un complice.

Ce signal consiste à lever l’index et le médium. On dit aussi d’un individu qui n’est pas à la _hauteur_ pour faire quelque chose:

—Il est de la _Saint-Jean_ (Argot du peuple). _N._

=SAISISSEMENT=: Terme employé par les voleurs pour désigner les liens qui servent pour ligoter le condamné à mort au moment de la toilette.

Il y a de quoi en effet être _saisi_ (Argot des voleurs).

=SALÉE= (La): La mer (Argot des voleurs).

=SALÉ À LA BANQUE= (En demander): Demander au metteur en pages ou au prote une avance sur la semaine.

_Salé_: travail payé d’avance.

_Saler_ une note: additionner le numéro du cabinet avec la carte (Argot d’imprimerie).

=SALIÈRES=: Une femme qui a la poitrine creuse, a des _salières_, c’est-à-dire des trous en guise de seins.

On dit également qu’elle a les tétons dans le dos (Argot du peuple).

=SALIVERNE=: Gamelle ou écuelle qui sert dans les hôpitaux aux malades pour cracher.

Ils _salivent_ dedans (Argot des voleurs).

=SALLE À MANGER=: La bouche.

Pour indiquer qu’un individu n’a pas de dents, on dit dans le peuple:

—Il n’a plus de tabourets dans la _salle à manger_ (Argot du peuple).

=SALSIFITS=: Doigts.

Les voyous disent:

—Je vais te coller une poignée de _salsifits_ sur la hure (Argot du peuple).

=SANG DE NAVET=: Homme sans courage, qui n’a pas de sang dans les veines.

On dit également:

—Il a les foies blancs (Argot du peuple). _N._

=SANS BLAGUE=: C’est vrai, je ne mens pas (Argot du peuple).

=SANS-FEUILLE=: La potence (Argot des voleurs).

=SANS-GÊNE=: Indiscret, mal élevé.

Cracher par terre dans un salon, ôter ses bottes dans un wagon, se moucher avec ses doigts (Argot du peuple).

=SAPÉ=: Condamné.

Allusion au bûcheron qui, de sa cognée, _sape_ un arbre (Argot des voleurs).

=SAPEMENT=: Jugement (Argot des voleurs). =V.= _Sapé_.

=SAPEUR=. =V.= _As de pique_.

=SAPIN=: Sentir le _sapin_.

Étre sur le point de mourir.

_Sapin_: cercueil.

_Sapin_: plancher (Argot du peuple et argot des voleurs).

=SAQUÉ=: On m’a dit de passer au bureau pour y régler mon compte.

L’expression vient des corporations où les ouvriers fournissent leurs outils; ils les mettent généralement dans un _sac_; quand ils quittent l’atelier, ils les remportent; ils reprennent leur _sac_; de là, _saqué_ (Argot du peuple).

=SARRAZIN=: Les ouvriers typographes qui travaillent au-dessous du tarif réglé par la Société et qui sont souvent la proie du syndicat, lequel les considère misérablement (Argot d’imprimerie).

=SARRAZINEUR=: Ouvrier qui va d’un atelier à un autre, suivant sa fantaisie ou les exigences du travail (Argot d’imprimerie).

=SATOU=: Bâton (Argot des voleurs).

=SAUMON=: Homme riche.

—Emballons le _saumon_ avec précaution; il y a du _pèze_ (Argot des croque-morts).

=SAUT DE COU=: Foulard (Argot des voleurs).

=SAUTE-AU-KRACK=: Surnom donné aux filles publiques audacieuses (Argot des souteneurs).

=SAUTE-MOUTON= (Le coup du): Ce sont les _remisiers pour dames_ (les _tripoteuses du marché des pieds humides_) qui le pratiquent.

La joueuse vend mille francs de rente. Le _remisier pour dames_ exécute cet ordre; il vend immédiatement, mais il attend la fermeture de la Bourse pour en informer sa cliente. S’il y a baisse, comme il a vendu ferme, il encaisse tranquillement la différence; si la rente reste au même taux, il lui raconte qu’il y a écart de deux ou trois centimes; dans tous les cas elle est volée (Argot des boursiers). _N._

=SAUTE-RONDELLES=: =V.= _Fafioteur_.

=SAUTE-RUISSEAU=: Petit clerc d’huissier ou de notaire qui porte à domicile les pièces de l’étude (Argot du peuple).

=SAUTER À LA CAPAHUT=: Tuer un complice pour ne pas lui donner sa part de vol.

C’est un fait assez rare, car chez les voleurs il existe une sorte de probité que l’on ne trouve pas chez certains qui se disent honnêtes gens (Argot des voleurs).

=SAUTER LA CERVELLE= (Se faire): =V.= _Bataille des jésuites_.

=SAUTER À LA PERCHE=: Avoir très faim.

En ce cas on est plus léger que de coutume et on peut _sauter_ facilement.

Synonyme de: _je m’enlève_ (Argot du peuple). _N._

=SAUTEUSE=: Puce.

Elle saute, en effet, sans cesse (Argot du peuple).

=SAUVAGE= (S’habiller en): Être dans un costume primitif, n’avoir pas même la feuille de vigne si chère à M. Bérenger, le Caton moderne (Argot du peuple).

=SAVOIR LIRE=: Être au courant de toutes les ruses du métier.

Connaître tous les trucs pour voler (Argot des voleurs).

=SAVOYARDE=: Malle.

Allusion aux commissionnaires, tous _savoyards_ pour la plupart, qui transportent les _malles_ sur leur dos (Argot des voleurs).

=SCHNOC=: Quand on ne veut pas dire à un individu _c-o-n_ pantoufle, on emploie cette expression qui est un terme de mépris: _vieux schnoc_ (Argot du peuple). _N._

=SCHNOFFE= (Deux ronds de): Deux sous de tabac à priser (Argot du peuple). _N._

=SCHPROMME=: Faire du tapage dans un endroit public (Argot du peuple).

=SCHTIGNER=: Puer (Argot du peuple). _N._

=SCIE=: Femme légitime.

Quand un ouvrier menuisier porte sa scie, les voyous lui disent:

—Tu trimballes ta _légitime_.

_Scier_ quelqu’un: l’ennuyer, le raser (Argot du peuple).

=SCION=: =V.= _Lingre_.

=SCIONNER=: Tuer quelqu’un avec un couteau (Argot des voleurs).

=SÉCHÉ=: Au lendemain d’une forte soulographie, l’ivrogne est _séché_ (Argot du peuple).

=SECOUER LES PUCES=: Stimuler un endormi, le _secouer_ du péché de paresse (Argot du peuple).

=SECOUER SON PANIER À CROTTES=: Se dit dans le peuple d’une danseuse déhanchée qui fait le contraire de la danse du ventre, et remue les fesses agréablement (Argot du peuple).

=SECOUSSE=: Dans le peuple, on dit d’une jolie fille pour indiquer qu’on coucherait volontiers avec elle: elle vaut la _secousse_. C’est suffisamment clair (Argot du peuple). _N._

=SEIGNEUR À MUSIQUE=: Assassin (Argot des voleurs).

=SE METTRE À TABLE=: Dénoncer, _manger_ sur le dos d’un complice (Argot des voleurs). =V.= _Mouton_.

=SE METTRE LA CORDE AU COU=: Se marier.

Le peuple se souvient de la vieille chanson:

Pan, pan, mariez-vous, Mettez-vous dans la misère; Pan, pan, mariez-vous, Mettez-vous _la corde_ au cou.

(Argot du peuple).

=S’EMBROCHINER=: Se coller avec une femme.

Synonyme de _s’acoquiner_ (Argot du peuple).

=SENTIR MAUVAIS=: Quand un voleur est sur le point d’être pris, quand on éveille un condamné à mort pour _sauter le pas_, quand on est embarqué dans une sale affaire, cela _sent mauvais_ (Argot du peuple). _N._

=SENTIR LE LAPIN=: Après avoir dansé toute une nuit, une femme sue des aisselles et d’ailleurs; elle _sent le lapin_.

On sait que lorsqu’on ouvre le ventre de cet animal, une odeur chaude et nauséabonde vous prend au nez et à la gorge (Argot du peuple).

=S’EN FOUTRE COMME UN POISSON D’UNE POMME=: Se moquer de tout et de tous.

Mettre l’opinion et le quand dira-t-on sous ses pieds (Argot du peuple).

=S’EN FOUTRE COMME D’UNE GUIGNE=: Se moquer de tout.

On dit également: _Je m’en moque comme de ma première chemise._

C’est une nouvelle secte créée par les indifférents: les _j’men foutistes_ (Argot du peuple). _N._

=SENTINELLES=: Étrons déposés le long des murs par des passants pressés (Argot du peuple).

=SENTIR LE ROUSSI=: Synonyme de _sentir mauvais_ (Argot du peuple). _N._

=SERINGUE=: Machine à vapeur qui fonctionne mal; allusion au bruit du piston (Argot des ouvriers).

=SERINER=: Divulguer. _L. L._

_Seriner_: Apprendre quelque chose à quelqu’un qui a la tête dure, en lui _serinant_ sans cesse.

Vient d’un petit instrument qui n’a qu’un air: _la serinette_.

On _serine_ un merle, un geai, un chanteur ignorant la musique, une leçon, un discours; en un mot _seriner_ veut dire apprendre (Argot du peuple). _N._

=SERINETTE=: Jouer un air de _serinette_ à quelqu’un (Argot des voleurs). =V.= _Maîtres chanteurs_.

=SERRÉ=: =V.= _Gerbé_.

=SERRER SA CEINTURE D’UN CRAN=: Compression du ventre, afin d’empêcher les intestins de crier famine (Argot du peuple).

=SERRER LA CUILLÈRE= (Se): Poignée de main. Par abréviation, on dit: je te la _serre_, ou bien encore: _serre_-moi la _pince_ (Argot du peuple).

_SERRER LA VIS_: Étrangler quelqu’un (Argot du peuple).

=SERGOT=: =V.= _Bec de gaz_.

=SERPILLÈRE=: Soutane du curé (Argot des voleurs).

=SERPILLIÈRE=: Tablier des carabins (Argot des voleurs).

=SERVIR DE BELLE=: Dénoncer un complice faussement (Argot des voleurs).

=SERVIR= (Faire): Faire arrêter quelqu’un (Argot des voleurs).

=SEZIÈRES=: Lui (Argot des voleurs).

=SIFFLER AU DISQUE=: Demander de l’argent à quelqu’un; le solliciter d’ouvrir son porte-monnaie.

Allusion au mécanicien qui _siffle au disque_ pour demander l’ouverture de la voie (Argot du peuple).

=SIFFLET D’ÉBÈNE=: =V.= _Habit à queue de morue_.

=SIGNER DES ORTEILS=: Le pendu, dans ses derniers tressaillements, agite les pieds (Argot du peuple).

=SIGUE=: Pièce de vingt francs (Argot des voleurs).

=SIGUE= (Un demi): Pièce de dix francs (Argot des voleurs).

=SIME=: Patrouille.

J’ai cherché en vain la raison de cette expression, elle n’a pu m’être expliquée, même par des récédivistes; comme elle est usuelle, je la donne (Argot des voleurs).

=SIMONE= (La): Vol à la tire-lire.

Ce vol est pratiqué par de faux vidangeurs. On nomme ces voleurs des _simonneurs_ parce que ce truc fut inventé par un nommé Simon (Argot des voleurs).

=SINGE=: Patron.

Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers, nomment leur patron un _singe_.

_Singe_, ouvrier compositeur.

Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut chercher des _grimaces_ (Argot du peuple).

=SINGLEURS=: Les doigts (Argot du peuple). =V.= _Salsifits_.

=SINVE=: Bonne tête, bon à _fabriquer_.

Synonyme de _pante argoté_.

_Affranchir un sinve_: rendre un imbécile, canaille et voleur.

Il n’y a souvent pas grande besogne à faire (Argot des voleurs).

=SIROP DE MACCHABÉE=:

Allusion aux gens qui se noient.

Ils _sirotent_ bien malgré eux l’_eau_ de la rivière (Argot des voleurs).

=SKATING À MOUCHE=: La tête.

Les mouches, quand l’homme est chauve, y patinent à leur aise (Argot du peuple). _N._

=SOIFFARD=: Homme qui a toujours _soif_.

Dans le peuple, comme superlatif, on dit: Il boirait la mer et les poissons (Argot du peuple).

=SOIFFER=: Boire comme une éponge (Argot du peuple).

=SOISSONNAIS=: Des haricots (Argot des voleurs).

=SOLDE=: Quand un négociant veut liquider, il _solde_ le restant de ses marchandises.

Elles sont généralement achetées par des juifs qui, à leur tour les _soldent_, partout, où ils peuvent en y joignant souvent des marchandises volées (Argot du peuple).

=SOLIR=: Vendre.

Ce mot a donné naissance à une expression des plus pittoresques. Pour dire que l’on achète sur _parole_, on emploie cette phrase:

_Solir sur le verbe_ (Argot des voleurs).

=SOLLICEUR DE ZIF=: Commis-voyageur marron qui vend sur faux échantillons.

C’est une variété du _goureur_.

_Zif_ veut dire marchandise imaginaire.

Le _solliceur à la pogne_ est le frère du _solliceur de zif_ (Argot des voleurs).

=SONDEUR=: Avocat. _L. L._

_Sondeur_, _sonder_ quelqu’un pour savoir ce qu’il a dans le ventre.

Allusion au _sondage_ d’un terrain pour en reconnaître la nature (Argot du peuple). _N._

=SONNER=: Quand un client fait du tapage dans une maison de tolérance, le garçon le jette à la porte, et s’il se rebiffe, il lui casse la tête sur l’angle du trottoir; la tête a _sonné_ (Argot des souteneurs). _N._

=SONNETTES=: Pièce de cent sous.

Allusion au tintement que produisent en se heurtant les pièces, dans la poche du pantalon (Argot du peuple).

=SONNETTES=: Grignenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. _A. D._

_Sonnette_ s’applique à toutes les _grignenaudes_ qu’elles soient de boue ou d’autres matières.

Inutile d’insister (Argot du peuple).

SORBONNE: Tête.

Vieille expression; on lit en effet, dans la chanson du _Canstel_:

Des réflexions m’trottaient dans la _Sorbonne_.

(Argot des voleurs).

=SORGUE=: La nuit (Argot des voleurs).

=SORGUER=: Dormir.

C’est une très vieille expression.

D’autres écrivent _sorgne_; c’est une erreur (Argot des voleurs).

=SORGUER À LA PAIRE=: Coucher à deux (Argot des voleurs).

=SORGUEUR=: Voleur de nuit (Argot des voleurs).

=SORTE=: Quand un camarade quitte son _rang_ pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond:

—Laisse-moi avec ta _sorte_.

Pour une mauvaise plaisanterie faite à un camarade, la réponse est la même.

L’expression _sorte_ vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une _casse_, la _sorte_ est absente.

_Sortier_, celui qui fait des _sortes_ (Argot d’imprimerie).

=SORLOTS=: Souliers (Argot du peuple). =V.= _Ripatons_.

=STRAPONTIN=: Femme qui a l’estomac bien garni.

Elle possède un _strapontin_ supérieurement rembourré—ce n’est pourtant pas une place pour s’asseoir.

On appelle aussi _strapontin_ la tournure que les femmes mettent sous leurs jupons, pour paraître avoir un postérieur engageant (Argot du peuple). _N._

=SOUBASSEMENT=: Les pieds.

Ils supportent le corps comme le _soubassement_ d’un piédestal supporte la statue (Argot du peuple).

=SOUFFLET= (Le vol au): Ce genre de vol est très original, il est à la portée de tous et ne demande ni instrument ni apprentissage. Il s’agit simplement d’entrer dans un magasin au moment où une femme tire son porte-monnaie de sa poche pour solder une emplète, de se précipiter en lui flanquant un _soufflet_ à en voir trente-six chandelles, en lui disant à voix haute:

—Ah! coquine, voilà où passe l’argent du ménage.

Pendant que la femme revient de sa surprise, le faux mari est loin (Argot des voleurs).

=SOUFFLET=: Le derrière.

Il ne fait guère bon être sous le vent qu’il produit (Argot du peuple).

=SOUFFLEUR DE BOUDIN=: Individu à visage boursouflé, joufflu.

Allusion au compagnon charcutier dont les joues gonflent quand il _souffle_ dans le boyau.

Cette expression est également employée d’une autre manière, sous forme de proposition (Argot du peuple). _N._

=SOUFFRANTES PERLÉES=: Allumettes (Argot des voleurs).

=SOULOGRAPHE=: Pochard qui prend trop souvent la _barbe_.

_Soulographie_ (en avoir une belle): être pochard (Argot d’imprimerie).

=SOULOIR=: Un verre.

L’allusion est claire; plus le pochard boit de _verres_, plus il est _saoul_ (Argot du peuple). _N._

=SOULOIR DES RATICHONS=: Autel sur lequel le prêtre dit la messe.

La figure est fausse; c’est le _ciboire_ qui contient le vin qui est le _souloir_ (Argot des voleurs).

=SOUPAPE=: Casquette (Argot des souteneurs).

=SOUPE À L’HERBE= (En manger une): Aller gouaper dans les champs sans avoir le sou et s’allonger sur l’herbe pour dormir:

—Qui dort dîne (Argot du peuple). _N._

=SOUPE ET LE BŒUF=: La femme dit cela du mari et, naturellement, le mari de sa femme.

Synonyme de _pot-au-feu_.

Cette expression a donné naissance à un dicton qui est très ancien:

—Toujours du _bouilli_, jamais de _rôti_ (Argot du peuple). _N._

=SOUPÉ DE TA FIOLE=: J’ai assez de ta figure (Argot du peuple). _N._

=SOUS PRESSE=: Femme très occupée sur sa chaise longue à écouter le récit d’un explorateur (Argot des filles). _N._

=SOURICIÈRE= (La): Est une annexe du Dépôt de la Préfecture de Police; les prévenus passent là avant de comparaître devant les chambres correctionnelles; ils y repassent après jugement pour monter en panier à salade et être dirigés sur les prisons où ils doivent subir leur peine.

La _souricière_ est aussi appelée _les trente-six carreaux_, parce que chaque fenêtre a ce nombre de vitres.

Ou dit aussi: _établir une souricière_ pour pincer les complices qui viennent au gîte (Argot des voleurs).

=SOURICIÈRE=: Cabaret connu de la police, tenu par un patron qui _nonne_ sur _l’orgue_ de ses clients dont la plupart sont des voleurs.

La pêche se fait là sans hameçon (Argot des voleurs).

=SOURDOCHE=: Lanterne sourde (Argot des voleurs).

=SOUTENEUR=: Individu qui vit des filles qui se livrent à la prostitution, fainéant, voleur et assassin si l’occasion se présente; on le trouve en haut comme en bas de l’échelle sociale (Argot du peuple).

=SOUS-VENTRIÈRE=: Écharpe.

—As-tu vu le _quart-d’œil_ avec sa _sous-ventrière_, y la _dégotte_ mal?

Allusion à la _sous-ventrière_ du cheval (Argot du peuple).

=STORES=: Paupières qui s’abaissent et se relèvent à volonté (Argot des voleurs).

=STUC=: Part de vol.

Synonyme de _fade_, comme _stuquer_ (partager) l’est de _fader_.

_Stuquer_ est encore pris dans le sens d’_étrenner_: recevoir des coups.

—La _gosse_ a _stuqué_ (Argot du peuple). _N._

=SUBLIMER=: Travailler alors que les autres dorment.

Il faut, en effet, être _sublime_ de courage.