Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 2

Chapter 23,435 wordsPublic domain

On dit dans le peuple d’une fille qui a perdu son _capital_: elle est _affranchie_ (Argot du peuple).

=AFFRANCHIR=: Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol.

_S’affranchir_ d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).

=AFFRANCHIR=: Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque.

Le tondeur de chiens est l’_affranchisseur_ des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).

=AFFRANCHISSEUR=: Voleur qui pousse un honnête homme pressé par le besoin à voler (Argot des voleurs).

=AFFUR= ou =AFFURE=: Profit, bénéfice.

—J’ai mon _fade d’affure_ (part de vol ou d’une opération quelconque) (Argot des voleurs).

=AFFURER=: Tromper, faire un profit illicite. _A. D._

Cette expression signifie: _gagner_.

L’argent que les croupiers _étouffent_ sur la cagnotte, les sous que l’enfant détourne d’une commission; le conducteur d’omnibus qui _oublie_ de sonner un voyageur, c’est de l’_affure_ (Argot des voleurs).

=AFFÛTER=: Tromper. _A. D._

J’ignore où il a pu entendre que ce mot avait cette signification, il est pourtant depuis longtemps en usage dans le monde des ouvriers.

_Affûter_ un outil, le passer sur la meule pour le rendre tranchant.

Quand, dans les ateliers, on embauche un ouvrier, il attend sa paye du samedi ou de la fin du mois pour être _affuté_, savoir ce qu’il _gagnera_ (Argot du peuple). _N._

=AFFÛTER DES PINCETTES= (s’): Courir, se sauver à grande vitesse (Argot des voleurs).

=AGENOUILLÉE=: Fille du demi-monde et même du demi-quart qui a des aptitudes spéciales.

L’expression est suffisamment expliquée par la position d’être _agenouillée_... pas sur les dalles d’une église pour prier le bon Dieu (Argot des filles). _N._

=AGOBILLES=: Outils employés par les malfaiteurs pour voler.

Ce mot est très ancien (Argot des voleurs).

=AGUA= ou =AGOUA=: Eau.

Corruption du mot latin _aqua_ (Argot des voleurs).

=AGUALURO=: Jeter, bannir.

On emploie cette expression pour envoyer promener quelqu’un loin de soi (Argot des voleurs).

=AIDE-MARI=: L’amant.

Il _aide_ à la besogne conjugale, sans en avoir les désagréments.

On dit aussi l’_autre_.

Pour les omnibus traînés par trois chevaux, on dit: _ménage à trois_.

Allusion à ce qu’ils _tirent_ les uns après les autres (Argot du peuple). _N._

=AIGLE BLANC=: Chef de bande du voleurs.

Sans doute parce que l’aigle vole haut (Argot des voleurs). =V.= _Méquard_. _N._

=AIGLON=: Apprenti voleur (Argot des voleurs). _N._

=AIGUILLE=: Fausse clé (Argot des voleurs).

=AIGUILLEUR=: Vol au moyen de fausses clés (Argot des voleurs).

=AILERONS= ou =AILE=: Bras.

—Mademoiselle, voulez-vous accepter mon _aile_.

Couvrir une femme d’une _aile_ protectrice.

—Prends mon _aile_, s’y te touche, je le crève (Argot du peuple). =V.= _Abatis_.

=AIMER À CRÉDIT=: Être l’amant de cœur d’une femme.

Ne la payer qu’en nature.

De la famille des maquereaux (Argot des filles).

=AIMER POUR PEAU DE BALLE=: Aimer pour rien.

Perdre son temps et sa jeunesse, amour qui ne rapporte pas (Argot des filles). _N._

=AIMER AU CHASSE=: Aimer à l’œil, faire une queue à son souteneur avec un passant _galbeux_ (Argot des filles). _N._

=ALARMISTES=: Chien de garde.

L’animal donne l’_alarme_ à ses maîtres.

En 1848, les _alarmistes_ étaient des bourgeois qui répandaient chaque jour des mauvaises nouvelles (Argot des voleurs).

=ALBACHE=: Faux nom, en donner un.

On nomme ainsi le voleur qui donne un faux nom pour dissimuler son identité (Argot des voleurs). _N._

=ALBOCHE=: Allemand.

Autrefois les ouvriers disaient _boche_, pour qualifier un lourdeau, _al_ a été ajouté pour désigner les _Allemands_ en général (Argot du peuple). _N._

=ALENTOIR=: Aux environs, aux alentours.

—_Nib de Tronche_ fait le _pet_ aux _alentoirs_ pendant que les _aminches_, _ratiboisent la cambrousse du garnaffier_ (Argot des voleurs).

=ALIGNER= (s’): Les duellistes _s’alignent_ pour se battre.

Quand un travail est très soigné l’ouvrier dit avec fierté: Hein! comme c’est _aligné_.

Quand il s’agit d’argent. _aligner_ est synonyme _d’allonger_ (Argot des voleurs).

=ALFA=: Cheveux blonds.

On sait que l’_alfa_ plante textile qui sert à fabriquer la pâte du papier, a absolument l’aspect d’un paquet de filasse.

Allusion de fait et de couleur (Argot des voleurs). _N._

=ALLEZ VOUS ASSEOIR=: Terme employé pour envoyer promener un individu ennuyeux.

Cette expression ancienne a servi à un chansonnier de 1848 pour composer une chanson dont le refrain: _Allez vous asseoir_ est resté célèbre (Argot du peuple).

=ALLEZ À DACHE=: Mot à mot allez vous faire voir. Vous m’ennuyez (Argot du peuple).

=ALLER À DAME=: Être assommé à coups de poings et tomber comme une masse sur le pavé (Argot du peuple). =V.= _Fluxion de pavé_.

=ALLER À NIORT=: Nier.

Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction.

Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria: N’avouez jamais (Argot des voleurs).

=ALLER AU RAPPORT SANS ARME=: Moucharder ses camarades.

Expression employée dans les ateliers pour indiquer que l’un des leurs va chaque jour au _rapport_, chez le patron pour lui raconter ce qui se passe et même ce qui ne se passe pas (Argot du peuple).

=ALLER AU REFIL=: Dénoncer un complice (Argot des voleurs). =V.= _Mouton_. _N._

=ALLER OÙ LE ROI VA À PIED=: Satisfaire un besoin dans le silence d’un cabinet qui n’a rien de ministériel. L’allusion est juste; malgré sa grandeur, le roi ne pourrait y aller en voiture (Argot du peuple).

=ALLER VOIR DÉFILER LES DRAGONS=: Ne pas manger.

_Être de la revue_ signifie la même chose (Argot du peuple).

=ALLEZ VOIR LÀ-BAS SI J’Y SUIS=: Ce qui veut dire nettement à une personne: Foutez-moi le camp (Argot du peuple).

=ALLIANCES=: Poucettes.

Les gendarmes mettent les _poucettes_ aux prisonniers pour les conduire de brigade en brigade (Argot des voleurs) =V.= _Cabriolet_.

=ALLUMAGE= (professeur d’): Grec qui apprend à ses élèves le moyen à employer pour _allumer_ les joueurs naïfs.

Il y avait anciennement au boulevard du Temple, un café où se rencontraient les grecs; il était connu sous le nom de _café d’allumage_ (Argot des grecs). =V.= _Suiffart_.

=ALLUMER=: Faire de l’œil à un passant.

Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès.

Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter.

Compères chargés dans les salles de ventes _d’allumer_ les acheteurs (Argot du peuple).

=ALLUMER LA QUITOURNE=: Fille qui fait la fenêtre, qui raccroche en chambre.

À la tombée de la nuit elle _allume_ sa lampe. Comme elle la _tourne_ de façons différentes pour signaler aux passants qu’elle est _libre_ ou _occupée_, de là, _la quitourne_ (Argot des filles.)

=ALLUMER SON PÉTROLE=: Rendre quelqu’un amoureux.

Mot à mot l’_enflammer_.

—Le grand t’a donc plaquée?

—Comme un pet.

—T’a pas su y _enflammer le pétrole_ (Argot des filles).

=ALLUMEUR=: Agent provocateur chargé d’organiser un complot politique quand le gouvernement a besoin d’effrayer la population pour faire voter une loi réactionnaire.

On en trouve un curieux exemple dans les _Mémoires de Claude_, à propos de l’_Internationale_ et des _allumeurs_ de la rue des Gravilliers (Argot du peuple).

=ALPAGUE=: Abréviation d’_alpaga_.

—Je vais me _balader_, Nini passe-moi mon _alpague_ (Argot du peuple).

=ALPHONSE=: Souteneur.

On a attribué cette expression à M. Alexandre Dumas qui en a fait le titre d’une pièce; elle était connue depuis plus de vingt ans par la chanson si populaire de Lacombe: _Alphonse du Gros-Caillou_ (Argot du peuple).

=ALTÈQUE=: beau, plus que beau (Argot des voleurs).

=ALZINGUE=: Même signification qu’_Alpague_.

=AMANDES DE PAINS D’ÉPICE.= =V.= _Dominos_.

=AMARRÉ=: Allusion aux _amarres_ qui fixent les bateaux sur la jetée, dans les ports.

_Amarrer_ quelqu’un, se l’attacher.

—J’ai _amarré_ un chouette gonce qui casque tout le temps (Argot du peuple).

=AMBULANTE=: Fille qui va de cafés en cafés, tantôt à Montmartre tantôt à Grenelle. C’est généralement une fille rangée qui n’a pas de souteneur. Elle passe dans son quartier pour une laborieuse ouvrière qui va travailler au loin.

Elle ne _ramène_ jamais chez elle (Argot du peuple). _N._

=AMÈRE= (la trouver mauvaise). Les voleurs principalement trouvent toujours leurs condamnations _amères_.

Synonyme de _il faut avaler la pilule_ (Argot du peuple).

=AMÉRICAINE= (Vol à l’): Ce vol fut inventé par Hurand, qui en 1844, était détenu à la prison de la Force.

On sait en quoi consiste ce vol qui est fréquemment pratiqué.

Il a donné naissance au _vol au charriage_ qui se divise en plusieurs catégories (Argot des voleurs). =V.= _Charriage_.

=AMINCHE=: Ami.

Quand deux voleurs sont, associés ils sont _aminches d’aff_ (Argot des voleurs).

=AMINCHES D’AFF=: Amis d’affaires.

Un vol pour un voleur est une _affaire_, comme voler c’est _travailler_ (Argot des voleurs).

=AMOCHER=: Recevoir des coups.

Quant ils laissent de fortes traces on dit que l’ami a été rudement _amoché_ (Argot du peuple). =V.= _Trinquer_.

=ANDOUILLE MAL FICELÉE=: Individu déguingandé, à la démarche traînante.

Se dit surtout de quelqu’un mal habillé, ayant des allures ridicules.

On dit aussi: Mal _fagoté_ (Argot du peuple).

=ANGLAIS=: Créancier.

Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804.

Napoléon 1^er avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins deux heures au moins avant ses collègues.

L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.

—Sire, répondit le commis, c’est à cause des _anglais_.

—Je ne vous comprends pas.

—Sire, les _anglais_ sont vos ennemis, mes _créanciers_ sont les miens.

—Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.

Le mot est resté et est employé fréquemment (Argot du peuple).

=ANGLAIS= (ils débarquent).

Il est aussi brave, Que sensible amant, Des _anglais_ il brave, Le _débarquement_.

(Argot du peuple). =V.= _Bande sur l’affiche_.

=ANGLUCE=: Oie (Argot des voleurs). =V.= _Ornichon_.

=ANGOULÈME=: La bouche (Argot des voleurs). =V.= _Affamée_.

=ANGUILLE=: Ceinture.

Allusion à sa souplesse (Argot des voleurs).

=ANITERGE=: Mouchoir (Argot des voleurs). =V.= _Blavin_.

=ANTIF= ou =ANTIFFLE=: Marcher.

—Que fait la môme?

—Elle bat l’_antif_ pour _dégoter_ un _miché_ (Argot des souteneurs).

=ANTIFFE=: Église (Argot des voleurs). =V.= _Antonne_.

=ANTIQUITÉ=: Vieille femme.

Au temps de sa jeunesse Théophile Gautier, en compagnie d’un de ses amis, se promenait dans le jardin des Tuileries. Il avisa une vieille femme vêtue d’une robe à ramages qui datait au moins du Directoire.

Il s’approcha d’elle, le chapeau à la main.

—Madame, lui dit-il, je raffole des _antiquités_, voulez-vous me permettre de baiser le bas de votre robe?

Elle répondit fièrement:

—Si monsieur veut embrasser mon cul, il a vingt cinq ans de plus que ma robe (Argot du peuple). _N._

=ANTONNE=: Église.

Du vieux mot: _Antie_ (Argot des voleurs).

=ANTONNEUR=: Voleur qui a la spécialité de dévaliser les églises.

Il vole l’argent contenu dans les troncs à l’aide d’une baleine enduite de glu (Argot des voleurs).

=APASCLINER= (s’): S’acclimater.

L’_aminche_ _s’apascline_ doucettement à _tunobé_ (Argot des voleurs). _N._

=APPACHONNER=: Attirer à soi.

—J’ai _appachonné_ un _morlingue_ dans la _valade_ d’un _goncier_ pendant qui baillait devant les _sigues_ de la _Boutanche_ d’un _balanceur de braise_ (Argot des voleurs). _N._

=APOTRES=: Les doigts (Argot des voleurs). =V.= _Ministre de l’Intérieur_.

=AQUARIUM=: Lieu où se réunissent les souteneurs.

Allusion aux poissons.

_Aquarium_: la Chambre des députés.

Cette expression n’est pas très polie pour ces messieurs, qui assurément ne sont pas tous des poissons, mais comme elle est d’origine anarchiste, elle ne surprendra personne (Argot du peuple). _N._

=AQUIGER=: Battre, blesser.

On dit par corruption de celui qui est battu: il est _attigé_ (Argot du peuple).

=AQUIGER=: Prendre.

_Aquiger_ n’est pas le vrai mot, c’est _quiger_ (Argot des voleurs).

=AQUIGEUR=: Voleur qui cherche querelle à un passant.

Pendant qu’il le bat, un complice le dévalise proprement et lestement (Argot des voleurs).

=ARAIGNÉE DANS LE PLAFOND= (avoir une): Synonyme de _loufoque_.

Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).

=ARCASINEUR=: Voleur au trésor caché.

Le voleur se nomme _arcasien_ parce qu’il procède au moyen d’une lettre (_arcat_) écrite d’une prison quelconque à l’individu qu’il s’agit d’escroquer.

L’_arcat_ indique généralement un trésor caché à l’étranger. Des naïfs mordent toujours dans l’espoir d’un gros gain (Argot des voleurs).

=ARCO=: Avare (Argot des voleurs). =V.= _Grippe-sous_.

=ARÇONNIER=: Celui qui donne le signal de l’alarme convenu entre les voleurs.

Au temps de Vidocq, le _C_ figuré à l’aide du pouce sur la joue droite signifiait: prenez-garde voilà la rousse (Argot des voleurs).

=ARDENTS=: Les yeux (Argot des voleurs).

=ARDOISE= (boire à l’): Il existait autrefois un marchand de vin à la barrière Montparnasse; le patron ne sachant ni lire ni écrire, les clients marquaient eux-mêmes leurs dépenses sur une _ardoise_ à l’aide d’un morceau de craie.

Un jour le brave homme s’aperçut que les consommateurs s’entendaient, et que le dernier qui marquait effaçait avec sa manche, comme par mégarde, les comptes précédents.

Il coupa le crédit, mais l’expression de _boire à l’ardoise_ est restée (Argot du peuple). =V.= _Marquer à la fourchette_. _N._

=ARLEQUINS=: Détritus de toutes sortes de mets que les cuisiniers des restaurants vendent à des marchandes des Halles.

Ces débris sont triés avec soin, et elles en font des assiettes assorties que les malheureux achètent un ou deux sous.

Cette expression vient de l’habit d’_Arlequin_, qui est composé d’étoffes de différentes couleurs (Argot du peuple).

=ARMOIRE À GLACE=: Sac du troupier (Argot du troupier). =V.= _As de carreau_.

=ARMOIRE À RICHER=: Le ventre.

Allusion aux matières fécales que contiennent les intestins (Argot du peuple).

=ARNACHE=: Agent de police. _A. D._

_Arnache_: trompeur. _L. L._

Les voleurs disent: _Arnaque_.

Cette expression vient du vieux mot français: _harnacher_; il est employé, sans doute, par les voleurs, parce que les agents les _harnachent_ en les ligottant, soit avec les _alliances_, soit avec le _cabriolet_ (Argot des voleurs).

=ARNAQUE=: Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs; il est connu également sous le nom de _tourne-vire_.

Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois _planches mobiles_, supportées par deux tréteaux; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois: trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise.

En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la _frime_, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol.

Autour de la table, il y a toujours deux ou trois _engayeurs_, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long); au moment où la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des _engayeurs_ s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué; si c’est un _engayeur_ qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). _N._

=ARPETTE=: Apprenti de n’importe quel métier.

Ce mot se prend aussi dans le sens de _petit_, _moufflet_, diminutif de moutard (Argot du peuple).

=ARPIONS=: Vieille expression qui veut dire: pieds.

Jean Hiroux disait au président des assises:

—Je demande qu’on fasse sortir le gendarme, il plombe des _arpions_.

—Gendarme, répondit le président, remuez vos _pieds_ dans vos bottes d’ordonnance.

Prévenu, la punition commence (Argot des voleurs).

=ARRACHER UN PAVÉ=: =V.= _Rouscailler_.

=ARRACHEUR DE CHIENDENT=: Voleur qui cherche une occasion de voler (Argot des voleurs).

=ARRANGEMANN=: Arranger.

_Arranger_ quelqu’un en lui faisant faire une opération ruineuse.

Les grues _arrangent_ les pantes.

Une femme _arrange_ un homme en lui communiquant un mal vénérien.

On _arrange_ un homme en le battant à plate couture.

—Il est _arrangemann_ le _gonce_, il ne _rebiffera_ pas, il est foutu d’en _crapser_ (Argot des souteneurs). _N._

=ARRONDIE=: Montre.

Allusion à sa forme ronde (Argot des voleurs).

=ARROSER=: Donner un accompte sur une dette.

Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur _arrose_.

Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’_arroser_.

Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama.

Martingaler son enjeu c’est _arroser_ le tapis (Argot du peuple). _N._

=ARROSEUR DE VERDOUZE=: Jardinier (Argot des voleurs).

=ARTIE DE MEULAN=: Pain blanc.

Allusion à la blancheur des farines produites par les moulins de cette ville (Argot des voleurs).

=ARTIE DU GROS GUILLAUME=: Pain abominablement noir qui rappelle celui du siège de Paris, en 1870, qui contenait de tout, excepté de la farine (Argot des voleurs).

=ARTIE=: =V.= _Bricheton_.

=ARTICHE= (l’): Le derrière.

—Je vais t’enlever l’_artiche_.

On nomme _artiches_, par abréviation d’_artichauts_, les barres de fer pointues et hérissées qui couronnent les murs et les grilles des prisons (Argot des voleurs). _N._

=AS DE CARREAU=: Sac du fantassin (Argot du troupier). =V.= _Armoire à glace._

=AS DE PIQUE=: Se dit d’une femme qui possède abondamment ce que d’autres n’ont que très peu (Argot du peuple). =V.= _Fournitures_.

=ASPHALTEUSE=: Fille qui raccroche sur le trottoir.

Elle foule l’_asphalte_ en tous sens (Argot des filles).

=ASPERGE MONTÉE=: Grande femme toute en jambes, maigre et sèche comme un copeau.

On dit aussi: longue comme un jour sans pain (Argot du peuple).

=ASPIC=: Avare.

_Aspic_ signifie aussi mauvaise langue, langue de vipère.

Cette expression est empruntée au proverbe: Mieux vaut un coup d’épée qu’un coup de langue (Argot du peuple). _N._

=ASSOMMOIR=: Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui _assomment_ les buveurs.

Le premier _assommoir_, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé _Montier_.

Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les _assommés_; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers.

Cette chambre s’appelait _la Morgue_ (Argot du peuple).

=ASTÈQUE=: Bien avant que les _Aztèques_ ne vinssent du fond du Brésil, cette expression servait à désigner les êtres chétifs et malingres (Argot du peuple). =V.= _Avorton_.

=ATTACHER LE BIDON=: Dénoncer un camarade.

Synonyme de _remuer la casserole_ (Argot des voleurs).

=ASTICOT=: Vermicelle (Argot des voleurs). _N._

=ASTICOT=: Fille publique.

_Asticot_: personne mince comme un fil (Argot du peuple).

=ASTICOT DANS LA NOISETTE=: Personne qui a des absences de mémoire.

On sait que l’_asticot_ dévore l’amande de ce fruit, par analogie il dévore la cervelle (Argot du peuple). _N._

=ATOUT=: Avoir du courage.

Avoir des _atouts_ dans son jeu.

Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant: _Atout_. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant: _Je coupe_. Le soldat répond: Ah! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde!

Recevoir un _atout_: être sérieusement blessé.

C’est sans doute d’_atout_ que, par corruption, on a fait _attiger_ (Argot du peuple). _N._

=ATTIGNOLES=: Rognures de viandes hachées et vendues sous forme de _boulettes_.

L’expression est normande, mais elle est devenue parisienne en s’éloignant du sens primitif.

Dans le peuple, pour exprimer qu’un individu a été fortement endommagé dans une rixe, on dit: Il a reçu de rudes _attignoles_ (Argot du peuple). _N._

=ATTOUCHEMENTS=: Être assez indiscret pour vouloir s’assurer si une jolie femme porte un pantalon et met ses jarretières au-dessus du genou.

Synonyme de _peloter_ (Argot du peuple) =V.= _Baiseuses_.

=ATTOUCHEUSE:= Fille publique.

Le mot est suffisamment expressif.

Allusion aux ménagères qui tâtent la viande chez le boucher pour s’assurer de son degré de fraîcheur (Argot des filles).

=ATTRIQUER=: Acheter des effets volés, sans pour cela être un recéleur habituel: _Fourgat_ ou _Meunier_ (Argot des voleurs).

=ATTRIQUEUSE=: Vendre des objets volés (Argot des voleurs).

=ATTRISTÉ=: Voleur qui ne travaille que la nuit, sans se soucier des _pendus glacés_ (Becs de gaz) (Argot des voleurs).

=AUBERT=: Argent (Argot des voleurs).

=AUMÔNIER=: Vol à l’_aumône_.

Autrefois, cette expression désignait les dévaliseurs de bijoutiers.

Le voleur marchandait des bijoux, un mendiant survenait et sollicitait une _aumône_.

L’attention du bijoutier était détournée pendant qu’on lui dévalisait ses vitrines; quand il s’apercevait du vol, les voleurs étaient loin (Argot des voleurs).

=AUSEIGNOT=: Auxiliaire.

Détenu qui par faveur et moyennant une modique rétribution, remplit dans la prison les fonctions les plus grossières (Argot des voleurs).

=AUTEL DE BESOIN=: Femme ou fille.

Allusion à l’hôtel qui s’ouvre pour ceux qui paient.

_Autel_ sur lequel l’homme sacrifie par nécessité.

Se dit souvent dans le peuple d’une femme légitime (Argot des souteneurs).

=AUTOR ET D’ACHARD= (d’): Abréviation d’_autorité_ et d’_acharnement_.

Lorsque deux joueurs font une partie d’écarté et que l’un demande des cartes à son adversaires, l’autre lui répond: Non, j’y vais d’_autor et d’achard_ (Argot du peuple).

=AUVERPIN=: Auvergnat.

On dit aussi: _Auverplum_ et _Bougnat_ (Argot du peuple).

=AVALE-TOUT-CRU=: Synonyme de _Va de la gueule_, _Gueulard_, _Bouffe-tout_ et _Ventre à tous grains_.

Ces expressions, dans le peuple, signifient: Gros mangeur.

Une certaine catégorie de voleurs se sont emparés de l’expression: _Avale-tout-cru_, pour désigner un genre de vol assez original.

Le voleur se fait montrer par le bijoutier des diamants non montés, sur carte; il paraît avoir la vue basse, il les regarde de près, et d’un coup de langue habile il en _avale_ quelques-uns (Argot des voleurs).

=AVALER LE LURON=: Communier.

On dit aussi: _avaler l’Auvergnat_, parce que sans doute, comme lui, Dieu n’est ni homme ni femme (Argot des voleurs).

=AVALER SA CUILLER=: Mourir.

Être moins heureux que le commis des Magasins du Printemps: il est vrai qu’il n’avait avalé qu’une fourchette (Argot du peuple).

=AVALER LE PÉPIN=: Être enceinte.

—Elle en a une de bedaine ta _frangine_. Qu’a-t-elle donc mangé?

—Elle a _avalé le pépin_ (Argot du peuple).

=AVALER SA CHIQUE=: Mourir.

Allusion au chiqueur qui s’étoufferait en _avalant_ son pruneau (Argot du peuple).

=AVALOIR=: La gorge.

Elle avale tout en effet (Argot du peuple). =V.= _Dalle_.

=AVANT-COURRIER=: Mèche en acier dont se servent les voleurs pour percer les devantures des boutiques de bijoutiers (Argot des voleurs). =V.= _Vrilleurs_.

=AVANT-SCÈNE=: Les seins.

Ils _avancent_, en effet, quand... il y en a (Argot du peuple). =V.= _Capitonnée_.

=AVANTAGE=: Les seins.

_Avantage_, oui, quand il fait froid, mais pendant les grandes chaleurs? (Argot du peuple). =V.= _Capitonnée_.

=AVOIR PERDU SA CLÉ=: Être atteint d’une foire à tout inonder et ne pouvoir se retenir.

On comprend qu’il s’agit d’une _clé_ que le serrurier ne peut remplacer (Argot du peuple).

=AVOIR UN PÉPIN=: Aimer.

En _tenir_ momentanément pour quelqu’un (Argot du peuple).

=AVOIR LE VENTRE EN ACCORDÉON=: Femme déformée qui a eu des masses d’enfants.