Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 17

Chapter 173,435 wordsPublic domain

_Pisser une côtelette_ est une allusion à la légende biblique d’Adam et Ève (Argot du peuple).

=PISSER À L’ANGLAISE=: S’en aller subrepticement sans payer son écot.

_Pisser à l’anglaise_: quitter un salon sans saluer les maîtres de la maison pour ne pas jeter le trouble dans la réunion... ou parce que l’on s’embête à quarante francs par tête (Argot du peuple).

=PISTOLE=: Pièce de dix francs dans l’argot des maquignons et des bouchers.

La _pistole_, dans les prisons, est une chambre à part où les détenus, par faveur et moyennant une redevance quotidienne, jouissent de quelques douceurs.

Sous la Révolution, pour être à la _pistole_, à la Conciergerie, les prisonniers payaient pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois, et 22 livres 10 sous les mois suivants.

Sous la Terreur, les prisonniers payaient 15 livres par nuit. Chaque lit rapportait 22,000 livres par mois.

Alboize et A. Maquet qui me donnent ces chiffres dans leur _Histoire des prisons de l’Europe_, ajoutent que la Conciergerie était le premier hôtel garni de Paris.

Les détenus qui sont à la _pistole_ s’appellent des _pistoliers_ (Argot des voleurs).

=PITON=: Nez extraordinaire qui se rapproche de la trompe de l’éléphant.

—Monsieur, ôtez votre nez de là, dit Gavroche à un homme affligé d’un _piton_ phénoménal, pour que je voie l’heure à Notre-Dame (Argot du peuple).

=PIVE=: Vin (Argot des voleurs). =V.= _Pivois_.

=PIVOIS=: Vin rouge.

Je ne vois guère qu’une raison à cette expression: c’est une allusion de couleur.

_Pivois_ vient certainement de _pivoine_ (Argot du peuple).

=PIVOIS DE BLANCHIMONT=: Vin blanc (Argot des voleurs).

=PLACARDE=: La place.

Non pas seulement comme le dit A. Delvau _la place_ où se font les exécutions, mais bien n’importe laquelle.

La _placarde du fourmillon_: la place du marché (Argot des voleurs).

=PLACE D’ARMES=: La poitrine (Argot du peuple).

=PLAN DE COUILLÉ=: Faire de la prison pour un autre.

Faire de la prison sans avoir joui du produit de son vol.

_Couillé_ est le diminutif de _couillon_.

Dialogue au _Dépôt_:

—Pourquoi que t’es ici?

—J’ai pas de _piaule_ pour _pagnoter_.

—Je _file_ la _comète_; j’ai été _fabriqué_ par un sale _sergot_.

—Et ton _nière_?

—Mon _orgue_? J’étais _méquard_ de la bande à Bibi.

—Alors tu vas aller _au carré des petites gerbes_.

—Veux-tu me _désenflaquer_ et m’aider à _casser la ficelle_?

—Pour aller à la _boîte aux cailloux_, où y a pas _mèche_ de faire _chibis_; où on ne _boulotte_ que des _bourres-coquins_ et où on ne _lampe_ que du _sirop de macchabée_? y a pas de _pet_.

—Je te donne la _paire de sigues_, mais tu ne _bonniras que peau_.

—Tes _sigues_, c’est du _carme à l’estorgue_.

—Non, c’est du _bath_.

—C’est pas assez, car si les _palpeurs_ me foutent _deux berges de Centrousse_, ça serait du _plan de couillé_.

Mot à mot: de la prison pour rien (Argot des voleurs).

=PLAN=: Le Mont-de-Piété.

Allusion à la _planche_ sur laquelle on emmagasine les effets engagés (Argot du peuple).

=PLAN=: Prison.

—Je tire dix _berges_ de _plan_.

_Tomber en plan_: se faire arrêter.

_Être en plan_: rester en gage pour un écot.

Laisser sa femme en _plan_ c’est synonyme de la _lâcher_ (Argot du peuple).

=PLANTEUSE DE BOIS=: Femme qui fait son mari cocu.

Mot à mot: elle _lui plante du bois_ sur la tête (Argot du peuple). _N._

=PLANCHE À PAIN=: Cour d’assises.

Se dit aussi d’une femme maigre (Argot des voleurs). _N._

=PLANCHE À LAVEMENT=: Le confessionnal.

On y lave sa conscience; pour certains, il faudrait une rude lessive (Argot des voleurs).

=PLANQUE= (En faire une): Agent qui se _planque_ pour surveiller des individus.

Être en _planque_, être _filé_.

Mot à mot: _planque_, attendre.

La chanson des _mecs_ dit:

Jadis pour une fille, la plus chouette des catins Tous les _mecs_ se mettaient en _planque_ C’qui lui valait le _flac_ dont _casquaient_ les _rupins_ Sans les _grinchir_ ni d’_truc_ ni d’_banque_.

(Argot des voleurs).

=PLANQUE À LARBIN=: Bureau de placement spécial pour les domestiques (Argot des voleurs). =V.= _Suce-larbin_.

=PLANQUER=: Cacher.

—Pour dépister la rousse, je vais me _planquer_ un _marqué_ chez un _garnaffier_ de mes _aminches_ (Argot des voleurs).

=PLANTER UN DRAPEAU=: Autrefois on disait faire un _puff_.

Les ouvriers et les petits employés ont l’habitude de manger à la semaine ou au mois chez leur restaurateur; fréquemment quand ils quittent leur place, ils ne payent pas le gargotier.

—Pourquoi ne passes-tu pas par-là?

—J’ai _planté un drapeau_.

Allusion au _drapeau_ planté par les cantonniers sur la voie publique qu’ils réparent pour avertir qu’il ne faut pas passer là (Argot du peuple). _N._

=PLÂTRE= (En avoir): Posséder beaucoup d’argent.

Allusion au propriétaire qui fait construire une maison: il a du _plâtre_ (Argot du peuple).

=PLAT-CUL=: Tomber sur le côté pile.

Les typographes disent sur le _côté de deux_.

Allusion à l’envers de la page (Argot du peuple).

=PLATS À BARBE=: Oreilles démesurées, se détachant du visage.

—Faudrait un balai pour nettoyer tes _plats à barbe_ (Argot du peuple).

=PLAT DU JOUR=: Femme nouvelle servie aux habitués des maisons de rendez-vous avant qu’elle ne serve au public (Argot des filles). _N._

=PLAT DE CHAT=: Il ne s’agit pas de la _gibelotte de gouttière_ servie chez les Borgias à vingt-trois sous (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.

=PLAT-GUEUX=: Homme lâche (Argot du peuple). =V.= _Plat-ventre_.

=PLAT-VENTRE= (Se mettre à): Se dit de quelqu’un qui _rampe_ devant un supérieur.

Se mettre à _plat ventre_, c’est le comble de l’humiliation et de l’abaissement (Argot du peuple).

=PLEIN COMME UN BOUDIN= (Être): Être repu de nourriture et de boisson.

Mot à mot: avoir mangé comme un cochon (Argot du peuple).

=PLOMB= (Avoir une carotte dans le): Puer de la bouche.

_Plomb_ est une expression déjà ancienne.

Théophile Gautier faisant goûter à Alexandre Dumas père de la fine Champagne excessivement rare, celui-ci avala son petit verre d’un seul coup.

—Ah! dit Théophile Gautier, tu jettes ça dans le _plomb_ (Argot du peuple). _N._

=PLOMBÉ=: Ivre: l’homme ivre est lourd comme du plomb. _L. L._

_Plombé_ veut dire atteint d’une maladie qui a fait la fortune de Charles Albert.

—Elle m’a _plombé_ jusqu’à la moelle (Argot du peuple). _N._

=PLOMBES=: Heures.

—Voilà dix _plombes_ qui se _décrochent_ au _tintamarre_ de l’_antonne_; le _ratichon_ va _grimper_ à son _zinc_ pour _débagouler_ sa _jasante_ au _père la Tuile_.

_Plombes_, allusion au marteau qui tombe _d’aplomb_ sur la cloche (Argot des voleurs).

=PLOMBER DE LA CARGUE=: Sentir mauvais de la bouche. Tuer les mouches au vol (Argot du peuple).

=PLUMARD=: Lit de plumes. C’est un simple changement de finale, comme pour _épicemar_ et _frimard_ (Argot du peuple).

=PLUMES=: Cheveux.

—Tu veux toujours paraître jeune, mais tu te _déplumes_.

—Tu as rudement, grandi; ta tête dépasse tes cheveux (Argot du peuple).

=PLUMES DE BEAUCE=: Bottes de paille.

On sait que les plaines de la Beauce sont fertiles en graminées; le blé, le seigle et l’avoine y sont cultivés avec soin.

Dans les prisons, où les détenus n’ont pour literie qu’une simple paillasse, ils disent, par ironie, qu’ils couchent sur de la _plume de Beauce_ (Argot des prisons).

=PLUMER=: Dépouiller.

Allusion à l’oiseau que la cuisinière _plume_ pour le faire rôtir.

Ruiner un individu, lui prendre jusqu’à sa dernière _plume_.

—Il faut à tout prix que vous sortiez de cette affaire, vous y laisseriez vos _plumes_ (Argot du peuple).

=POCHETTES=: Les joues.

Comme les poches, elles se gonflent (Argot du peuple).

=POCHETÉE= (Avoir une):

Avoir une forte dose de bêtise.

—Il en a une rude _pochetée_.

Synonyme de _gourde_ (Argot du peuple).

=POÊLE A MARRONS=: Homme grêlé.

Allusion à la poêle percée de trous (Argot du peuple). _N._

=POGNON=: Argent, monnaie.

Allusion à l’argent mis à même la poche et que l’on prend à _poignée_.

Une _poignée_ d’argent; de là, _pognon_ (Argot des souteneurs).

=POIGNE= (Avoir de la): Raide, dur comme une barre de fer.

Diriger une affaire avec énergie, commander avec rudesse.

Cette expression date de l’Empire, qui inventa les _préfets à poigne_ (Argot du peuple).

=POIL DE BRIQUE=: Femme ou homme à cheveux rouges, _rouquin_.

On dit dans le peuple, par allusion à la couleur:

—Trois jours de plus dans le ventre de sa mère, elle était rôtie (Argot du peuple). _N._

=POIL= (En avoir quelque part): Homme courageux qui ne redoute rien.

Dans le peuple, on dit le mot carrément (Argot du peuple).

=POIL= (En recevoir un): Être fortement grondé.

On dit aussi recevoir un _galop_ ou un _gras_.

Ce mot remplace _suif_ (Argot du peuple).

=POILS= (Être à): Être dans un costume primitif, comme Geneviève de Brabant, avoir ses cheveux pour vêtement, ou, comme au bal des _Quatr’z’Arts_, avoir laissé sa chemise au vestiaire (Argot du peuple).

=POIL DANS LA MAIN= (En avoir un): Paresseux qui ne veut pas travailler, qui fête tous les jours la Sainte-Flemme.

—Il faudrait une rude paire de ciseaux pour lui couper le _poil_ qu’il a dans la main (Argot du peuple).

=POILEUSE=: Absinthe.

Dans les assommoirs où l’on débite de l’absinthe commune à la mesure, on emploie cette expression.

Elle vient de ce que l’homme, abruti par cette boisson, ne peut plus travailler; il est _poileux_.

Mol à mot: il a un _poil_ (Argot du peuple). _N._

=POINCELETS=: Clés fabriquées d’une certaine manière.

Au lieu d’avoir un anneau à son extrémité comme les clés ordinaires, le _poincelet_ se termine en _pointe_ et peut servir à deux usages: à _caroubler_ les portes ou à pratiquer une pesée pour faire sauter les gâches des serrures (Argot des voleurs).

=POINT DE COTÉ=: Créancier.

Maître-chanteur exploitant les hommes qui ont un certain vice.

Allusion à la gêne causée par le mal de ce nom. _L. L._

_Point de côté_: tiers gêneur. Celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de _lever_ une femme et de l’emmener après l’avoir _levée_. _A. D._

_Point de côté_, mari gênant, ombrageux, jaloux, qui surveille sa femme comme Bartholo sa nièce:

—Je ne peux pas sortir, mon _point de côté_ est à la maison, il ne me lâche pas d’une semelle (Argot du peuple). _N._

=POIRE=: Tête.

On dit d’un homme naïf et simple:

—Il a une bonne _poire_, il est facile à _acheter_.

—Vous n’allez pas longtemps vous moquer de ma _poire_, je suppose?

Se _payer la tête_ de quelqu’un est synonyme de se _payer sa poire_ (Argot du peuple).

=POIROTER=: =V.= _Faire le poireau_.

=POISSE=: Voleur. _A. D._

C’est absolument, tout le contraire; un _poisse_ est un agent de la sûreté.

La _poix_ du cordonnier s’attache aux mains en _poissant_ le fil; l’agent s’attache au voleur, il le _poisse_.

Il le fait bon pour _Poissy_.

Nous sommes _poissés_: nous sommes pris (Argot des voleurs). _N._

=POISSÉ SUR LE TAS=: Être pris en flagrant délit de vol.

_Poissé_ de _poisse_, agent; tas, terrain (Argot des voleurs). _N._

=POISSER DES PHILIPPES=: _Poisser_, voler; _philippes_, pièces de cinq francs.

Mot à mot: voler des pièces de cinq francs (Argot du peuple).

=POISSON SOUFFLEUR=: Rendre par les narines, comme le font certains fumeurs de cigarettes, ce qui est aspiré par la bouche.

Se prend dans deux sens (Argot du peuple).

=POITOU=: Non. _A. D._

_Poitou_: Public. _A. D._

_Poitou_: Nulle chose. _L. L._

C’est assez difficile à accorder. Qui a raison des deux auteurs?

Moi, je crois que _poitou_ veut dire _silence_, prenez garde, car ce mot est employé dans les prisons à l’arrivée d’un surveillant (Argot des voleurs). _N._

=POIVRE ET SEL=: Cheveux qui commencent à grisonner.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=POIVRER=: Quand la cuisinière _poivre_ trop ses mots, elle met le _feu_ au palais des convives.

Quand une femme _poivre_ un homme, le _poivré_ maudit Christophe Colomb comme François I^er la belle Ferronnière (Argot du peuple).

=POIVRIER=: Voleur qui dévalise les ivrognes qui s’endorment sur les bancs ou sur l’herbe des fortifications.

Ce vol est connu sous le nom de _vol au poivrier_ (Argot des voleurs).

=POIVROT=: Ivrogne qui se colle des _bitures_ à tout casser.

_Poivrot_ vient sûrement de ce que dans les _assommoirs_, on débite de l’eau-de-vie qui ressemble à une décoction de _poivre long_.

Il est saoûl, il est _poivré_, de là _poivrot_ (Argot du peuple).

=POLOCHON=: Le traversin qui complète la fourniture du troupier à la caserne.

Quand on a bu un coup de trop, on a reçu un _coup de polochon_.

Allusion à la farce qui se fait dans les chambrées aux jeunes conscrits: on les _étourdit à coups de polochon_ (Argot des troupiers).

=POMMADEUR=: Réparateur de vieux meubles à qui il donne l’apparence du neuf en les _truquant_ avec de la cire et de la gomme laque (Argot du peuple).

=POMMADEUR=: Flatteur.

Passer de la _pommade_ à quelqu’un, lui trouver toutes les qualités possibles.

Dire à un bossu, par exemple, qu’il est droit comme un cierge. On en a fait ce calembour: la louange comme le tonnerre _fout droit_ (Argot du peuple). _N._

=POMMADIN=: Individu infatué de lui-même, qui ne songe qu’à soigner sa tête.

Mot à mot: qui ressemble à une poupée de coiffeur (Argot du peuple).

=POMPER=: Boire comme un trou.

Dialogue devant le comptoir d’un marchand de vins:

—Voulez-vous, en buvant, ressembler à deux empereurs romains?

—Comment?

—Soyez César et _pompez_ (Argot des bourgeois facétieux). _N._

=POMPER=: Travailler ferme.

Quand le travail se ralentit, le metteur en pages dit:

—Allons, les amis, encore un petit _coup de pompe_ (Argot des typographes).

=POMPEZ, SEIGNEUR, POUR LES BIENS DE LA TERRE ET LE REPOS DU PAUVRE MILITAIRE.=

_Pomper_ signifie _pleuvoir_; alors le soldat _coupe_ à la corvée ou à la revue (Argot des troupiers).

=POMPON= (Vieux): Se dit d’un vieux soldat:

Le soldat est comme son pompon Plus il devient vieux, plus il devient... melon.

(Argot des troupiers).

=POMPON= (En avoir un): Être abominablement gris.

Avoir la face rouge comme une pivoine.

Allusion à la couleur rouge du _pompon_ des grenadiers (Argot du peuple).

=PONTES POUR L’AFF=: _Ponte_ doit être pris dans le sens de _bailleur de fonds_ assemblés pour lancer une _affaire_ plus ou moins véreuse.

On sait que le _ponte_ (joueur) est généralement peu scrupuleux (Argot des boursiers).

=PONANTE=: Fille publique.

On dit également _ponette_ quand elle est jeune (Argot des voleurs). _N._

=PONIFLE=: Raccrocheuse de bas étage.

_Ponifle_ est le diminutif de _ponifler_, aimer (Argot des souteneurs).

=PORC-ÉPIC=: L’ostensoir.

Allusion aux rayons qui l’entourent (Argot des voleurs).

=PORTE-BONHEUR=: Le cabriolet que les agents passent aux poignets des prisonniers.

Allusion de forme (Argot des voleurs). _N._

=PORTE-EFFETS=, =PORTE-TURBIN=: _Porte-turbin_ est une expression heureuse; elle désigne à merveille les _épaules_ du coltineur (Argot des voleurs). =V.= _Bascules_. _N._

=PORTEFEUILLE=: Le lit.

—Je vais me fourrer dans mon portefeuille.

Allusion de forme (Argot du peuple).

=PORTER LE BÉGUIN=: Pâlir, perdre sa fraîcheur.

Celui des deux jeunes mariés qui est le moins robuste ou le plus gourmand, _porte le béguin_ le premier (Argot du peuple).

=PORTER LES CULOTTES=: Virago qui traite son mari comme un petit garçon (Argot du peuple). =V.= _Déculotté_.

=PORTE-MORNIFLE=: Porte-monnaie (Argot des voleurs). =V.= _Morlingue_.

=PORTION=: Fille publique.

Allusion à l’heure de la soupe.

Quand le soldat a faim, il tombe sur la _bidoche_ (Argot des troupiers).

=POSE TA CHIQUE ET FAIS LE MORT=: Reste tranquille et ne parle pas (Argot du peuple).

=POSER UN GLUAU=: Ce ne sont pas les oiseaux qui se prennent dans ce _gluau_-là, mais le plus souvent les pieds (Argot du peuple).

=POSTICHE=: Quand, dans un atelier de composition, un compagnon raconte une histoire à dormir debout, on lui crie:

—À Chaillot le _posticheur_.

_Postiche_: faire un boniment sur la voie publique pour amasser le _trèpe_ (la foule).

Les saltimbanques qui font des tours de cartes ou jonglent avec des poids sur les places publiques, font une _postiche_.

_Postiche_: travail (Argots divers). _N._

=POSTILLON=: Baver en parlant, c’est lancer des _postillons_ (Argot du peuple).

=POSTILLON=: Boulette de mie de pain dans laquelle est un billet laconique.

Cette boulette est lancée dans la cour où se trouve le prisonnier que l’on veut prévenir qu’un de ses complices s’est _mis à table_.

La _postillon_ est aussitôt ramassé, et ouvert; le billet est collé sur la muraille; quand les gardiens s’aperçoivent du coup, il est trop tard (Argot des voleurs).

=POSTILLON D’EAU CHAUDE=: Infirmier (Argot du peuple). =V.= _Canonnier de la pièce humide_.

=POT À COLLE=: Ouvrier menuisier (Argot du peuple).

=POT À TABAC=: Homme énormément gros et court, par analogie avec le cochon gras.

On dit aussi dans le peuple: bon à tuer (Argot du peuple).

=POT DE VIN=: Argent donné pour obtenir un privilège, un monopole, une adjudication en dehors des voies légales.

Un maître maçon donne un _pot de vin_ à un architecte pour obtenir des travaux (Argot du peuple).

=POT DE VINARD=: Qui accepte le _pot devin_.

Nous en avons eu un triste exemple dans l’affaire du Panama (Argot du peuple).

=POTEAU=: Ami.

La figure en juste; un _poteau_ soutient.

_Poteau_ veut dire aussi complice (Argot des voleurs).

=POTEAUX=: Jambes énormes, comme disent les voyous: grosses du bas et énormes du haut (Argot du peuple).

=POUBELLE= (La): Boîte à ordures qui tire son nom du préfet de la Seine qui en a ordonné l’usage.

Avant, les ordures étaient jetées en tas dans la rue (Argot du peuple). _N._

=POUFFIACE=: Fille publique avariée.

On dit aussi: _chameau_, _chiasse_, _camelotte_ (Argot des souteneurs).

=POULE D’EAU=: Blanchisseuse.

Elle est bien nommée, puisqu’elle passe sa vie à l’eau (Argot du peuple).

=POULET DE CARÊME=: Hareng saur.

C’est un triste poulet qui pourtant fait le bonheur d’un tas de pauvres gens. Le _hareng_ se nomme aussi un _gendarme_ (Argot du peuple).

=POUSSAH=: Homme gros, ventripotent, qui a peine à traîner son corps difforme sur ses jambes courtes (Argot du peuple).

=POUSSE-MOULIN=: Eau.

Allusion à ce que l’eau sert de moteur pour faire tourner la roue du moulin (Argot du peuple).

=POUSSE-FAUTEUIL=: Valet (Argot du peuple).

=POUSSE-MOU=: Homme mou qui travaille avec mollesse, sans courage (Argot du peuple).

=POUSSER SA MOULURE=: Faire ses besoins.

Allusion à la _moulure ronde_ qu’il faut _pousser_ avec effort sous le fer du rabot (Argot du peuple).

=POUSSER À LA PEAU=: Femme de feu, amoureuse, chaude comme braise dont l’ensemble parle aux sens.

_Elle pousse à la peau_ (Argot du peuple).

=POUSSIER=: Lit malpropre.

_Poussier_, chambre pauvre, en désordre.

—Comment peux-tu vivre dans un pareil _poussier_?

Synonyme de _taudis_ (Argot du peuple).

=PRÉ AU DAB COURT TOUJOURS=: Prison de Mazas (Argot des voleurs).

=PRÉFECTANCE=: La Préfecture.

Quelques-uns écrivent: _Préfectanche_ (Argot du peuple).

=PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE=: Aller travailler.

L’établi est bien un _collier de misère_, c’est même un _collier de force_, car l’ouvrier ne peut le lâcher, il subit ce _carcan_ jusqu’à la tombe.

Ce qui fait dire quand l’un d’eux meurt:

—Il a quitté le _collier de misère_ (Argot du peuple).

=PRENDRE LA VACHE PAR LES .....= (ce que porte le taureau entier): Prendre les choses au rebours, commencer quelque chose par la fin (Argot du peuple).

=PRENDRE UN PLAT=: =V.= _Rouscailler_.

=PRÊTER LOCHE=: Prête moi ton oreille.

Écoute bien ce que je vais te dire (Argot des voleurs).

=PRINCESSE=: Vivre pour rien. Vivre aux frais de la _princesse_ (Argot du peuple).

=PROBLOQUE=: Propriétaire (Argot du peuple). _N._

=PROCUREUSE=: Ancienne fille publique qui fait métier de _procurer_ sur commande des jeunes filles aux vieux cochons.

Elle alimente les maisons clandestines.

Souvent, c’est une marchande à la toilette qui masque sa honteuse profession sous les apparences de son commerce (Argot du peuple).

=PRODUISANTE=: La terre.

L’allusion est juste: la terre _produit_ (Argot des voleurs).

=PROFONDES=: Poches.

Elles sont, hélas! parfois si _profondes_; que l’on ne peut parvenir à y trouver le moindre maravédis (Argot du peuple).

=PROLO=: Abréviation de _prolétaire_.

Travailleur de n’importe quel métier qui n’a d’autres ressources que ses dix doigts pour vivre (Argot du peuple). _N._

=PROPRIO=: Abréviation de propriétaire (Argot du peuple).

=PROUTER=: Marronner, ne pas être content (Argot du peuple). =V.= _À cran_.

=PROXÉNÈTE=: Ou maquerelle; c’est la même chose.

La _proxénète_ est à l’affût de toutes les misères pour livrer les malheureuses à la prostitution.

Celle-là ne connaît pas la grève des _mineures_.

Elle revêt toutes les formes, depuis la grande dame qui a «eu des malheurs», qui tient une _agence dramatique_, jusqu’à l’ancienne cuisinière qui tient un _bureau de placement_ (Argot du peuple).

=PRUNEAU=: Tabac en carotte qui se nomme grosse ou petite ficelle; il se chique. Comme le morceau, une fois mâché, est noir et juteux, on le nomme un _pruneau_ (Argot du peuple).

=PRUSSIEN=: Le derrière.

—Je vais te fourrer un coup de pied dans le _prussien_ (Argot du peuple).

=PUCE DE MEUNIER=: =V.= _Pégoce_.

=PUCE TRAVAILLEUSE=: C’est l’ancienne expression pour désigner les femmes pour femmes.

C’est dans les maisons de rendez-vous, où il y a des _voyeurs_ (voyez ce mot), que ce travail s’accomplit, à la grande satisfaction des vieux érotomanes qui viennent là, chercher par les yeux un spectacle écœurant pour émoustiller ce qui leur reste de sens.

Les femmes qui opèrent dans ces maisons sont payées à la séance (Argot du peuple).

=PUCELAGE=: Petit oiseau qui s’envole quand il lui pousse une queue.

On sait que les petits sortent du nid quand cet appendice caudal arrive à point (Argot du peuple). _N._

=PUNAISE=: Cette expression date de 1862; elle est due à un voyou. Sur le boulevard Montmartre, une fille hèle un cocher.

—Au Bois, lui dit-elle.

—Au _bois de lit_, _punaise_, fait le gamin.

Le mot est resté (Argot du peuple).

=PURÉE= (Être dans la): =V.= _Mélasse_.

=PURÉE=: Absinthe.

Quand elle est forte, la liqueur épaisse ressemble, en effet, à une _purée_ de pois cassés (Argot du peuple).

=PURGATION=: Quand un avocat plaide en cour d’assises ou en police correctionnelle, les voleurs de profession appellent sa plaidoirie une _purgation_.

—As-tu entendu mon _blanchisseur_; ce qu’il a _assis l’avocat bêcheur_ et les _nonneurs_. Quelle _purgation_! (Argot des voleurs).

=PUROTAIN=: Qui est dans la purée (Argot du peuple) =V.= _Mélasse_.

=PUTAIN=: Femme qui va à tous, soit à l’œil, soit par métier.

La _putain_ est vieille comme le monde; depuis le _lupanar_ antique elle existe.

Malgré la brutalité de cette expression, on la retrouve chez tous les poètes anciens.

Le _Dict des rues de Paris_, par Guillot (1270), publié en 1754 par l’abbé Fleury.

‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Y entrai dans la maison Luce Qui maint en la rue Tyron. Des Dames hymnes vous diron, Une femme vi destrecié Pour toi pignier qui me donna Au bon vin ma voix a donné Où l’on trouve bien por denier Femmes, par son cors solacier Où il a maintes tencheresses Qui ont maint homme pris au brai.

(Argot du peuple).

Q

=QUANTÈS?=: Bienvenue que paie un ouvrier nouvellement embauché dans un atelier.

Tant qu’il n’a pas satisfait à cette vieille coutume, qui date du compagnonnage, les camarades lui crient: _quantès?_ (Argot du peuple). _N._

=QUART D’ŒIL=: Commissaire de police (Argot du peuple). =V.= _Moissonneur_.

=QUART DE MARQUÉ=: Semaine.

Le _quart_ du mois (_marqué_) (Argot des voleurs).

=QUATRE-VINGT-DIX=: Truc, secret de métier.

_Vendre le quatre-vingt-dix_: révéler le secret. _A. D._