Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 16
Quand un gamin ou une gamine sont trop précoces, qu’ils ont l’esprit plus éveillé qu’il ne faudrait, on emploie ce mot.
Mais il est plus typique dans ce sens.
Quand une toute jeune fille _a avalé son pépin_ et qu’elle pose quand même pour la vertu, on lui dit:
—Ne fais donc pas tant ta gueule, tu as _passé devant le four du boulanger_.
Mot à mot, elle a vu _enfourner_ (Argot du peuple). _N._
=PASSER LE GOÛT DU PAIN=: Étrangler un individu, lui faire _passer le goût du pain_ (Argot du peuple).
=PASSER DEVANT LA GLACE=: Payer.
Allusion à la _glace_ qui est toujours derrière le comptoir, chez le marchand de vin (Argot du peuple).
=PASSER L’ARME À GAUCHE=: Mourir (Argot du peuple).
=PASSER L’ÉPONGE=: Oublier, pardonner.
Mot à mot: _laver le passé_ (Argot du peuple).
=PASSER À TABAC=: Cette expression est toute récente.
Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là: _passer à tabac_ (Argot du peuple).
=PASSÉ-SINGE=: Roué. _A. D._
_Singe_ ne doit pas ici être pris dans le sens de patron; _singe_ est l’animal de ce nom.
_Passé-singe_, passé maître dans l’art de faire des grimaces et de se contorsionner.
Synonyme de souplesse et d’agilité.
—Il est donc _passé-singe_ qu’il a pu _cromper la tante_ malgré l’_oncle_ et les _barbauttiers_ (Argot des voleurs). _N._
=PASSE VANTERNE=: Échelle.
Mot à mot: passer par la fenêtre (Argot des voleurs).
PASSIFS: Souliers.
Il en est peu, en effet, qui _résistent_ au mauvais temps, surtout depuis l’invention des semelles en cuir factice (Argot du peuple).
=PASSIF=: Homme pour homme, celui qui subit.
Habitué des latrines de la berge du Pont-Neuf, des bains de la rue de Penthièvre ou des pissotières des Champs-Élysées.
Dans le peuple on dit:
—Il va ramasser des marrons dans l’allée des Veuves.
L’allusion est claire (Argot du peuple).
=PATAPOUF=: Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant.
Dans le peuple on dit:
—Ce _patapouf_ souffle comme un phoque (Argot du peuple).
=PATELIN=: Pays.
Corruption du vieux mot _pasquelin_, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).
=PATINER= (Se): Se sauver.
—Je me _patine_ parce que je suis en retard.
Allusion aux _patineurs_ qui avancent rapidement.
_Patiner_ veut aussi dire se dépêcher de terminer une besogne.
—Je me _patine_ de finir ma pièce, autrement samedi pas de _galette_.
_Patiner du chiffon rouge_, se _patiner_ de la _langue_: parler vite (Argot du peuple). _N._
=PATOUILLER=: Manier.
—Vous n’avez pas bientôt fini de me _patouiller_ avec vos sales pattes?
On _patouille_ dans un coffre-fort.
On dit également _patrifouiller_.
—Ce cochon de _quart d’œil_ a passé deux heures à _patrifouiller_ dans mes _frusques_ pour trouver de quoi me faire _sapé_, mais il est _grinchi_. C’était au _moulin_.
_Patrifouiller_ est le superlatif de _fouiller_ (Argot des voleurs). _N._
=PATRICOTAGE=: Les danseurs _patricotent_ des jambes.
On dit aussi:
—Il a _patricoté_ dans la caisse.
_Patricoter_ est ici pour _tricoter_ (Argot du peuple). _N._
=PAUMER=: Perdre.
—Tu fais une drôle de gueule.
—J’avais deux _sigues d’affaire_ et j’en _paume_ quatre, y a de quoi.
—Fallait pas jouer (Argot des voleurs). _N._
=PAUMÉ=: Être pris, empoigné.
Les agents arrêtent un voleur en lui mettant généralement la _paume_ de la main sur l’épaule.
L’allusion est claire.
Être _empaumé_: être fourré en prison (Argot des voleurs).
=PAUMÉ MARRON=: _Paumé_, pris, _marron_, l’être.
Je suis _marron_ signifie être _refait_.
Un gogo est _marron_ dans une affaire qui rate.
—On m’a pris ma place, je suis _marron_.
Synonyme de _rester en panne_ (Argot des voleurs). _N._
=PAVE= (On): Rue dans laquelle on ne peut passer à cause d’un créancier (Argot du peuple).
=PAYER UN HOMME= (Se): Moyen que possèdent toutes les femmes sans débourser d’argent.
Cette expression est généralement employée par les femmes à caprices.
—Elle se _paye autant d’hommes_ qu’elle change de chemises (Argot des filles). _N._
=PEAU COURTE= (Avoir la): Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots.
Mot à mot: _péter_ (Argot du peuple).
=PEAU DE LAPIN=: Nom donné aux ouvrières cartonnières:
—Jamais mes _peaux de lapins ne turbinent_ le lundi (Argot du peuple). _N._
=PÉDÉRASTE=: Ce mot est trop connu pour avoir besoin de l’expliquer autrement que par ceci: homme qui commet volontairement des erreurs de grammaire et met au masculin ce qui devrait être au féminin (Argot du peuple).
=PÉGOCE=: Pou.
On dit aussi _gau_.
_Abasourdir des gaux_: tuer les poux qui _morganent_ sur son cuir (Argot des voleurs).
=PÈGRES=: Voleurs.
Les _pègres_ forment deux catégories: la _haute_ et la _basse pègre_ (Argot des voleurs).
=PÉGRIOT=: Petit voleur.
Diminutif de _pègre_.
Le _pégriot_ est d’une très grande utilité pour les _ratiboiseurs de boutanches_, qui pratiquent le vol au _radin_ (Argot des voleurs).
=PEIGNER UN DIABLE QUI N’A PAS DE CHEVEUX=: Réponse d’un débiteur malheureux à un créancier obstiné (Argot du peuple).
=PEIGNE-CUL=: Homme vil, bas, flatteur.
Mot à mot: homme de rien.
Terme de profond mépris, en usage dans les ateliers, pour qualifier un ouvrier qui donne toujours raison au patron (Argot du peuple).
=PÉLAGO=: La prison de Sainte-Pélagie.
Cette expression est une défiguration du mot _Pélagie_ par l’emploi du suffixe go.
Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).
=PÉLO=: Sou.
—Je suis dans une _dèche carabinée_, depuis une semaine je n’ai pas louché un _pélo_ (Argot du peuple).
=PELOTER LE CARME=: On sait que les changeurs, pour attirer les regards, placent dans leurs vitrines des sébiles remplies d’or; les pauvres diables s’arrêtent à contempler ces richesses comme le savoyard mange son pain à l’odeur des cuisines du Café Anglais.
Ils _pelotent le carme_... moralement (Argot du peuple).
=PELURE=: Paletot ou veston.
—_J’enquille_ ma _pelure_ à manger le rôti (Argot du peuple).
=PENDARDS=: Seins qui pendent comme de vieilles vessies.
Cette expression est attribuée à Talleyrand.
Il assistait à la toilette d’une grande dame. Il regardait une femme de chambre lui lacer son corset; elle lui dit en minaudant:
—Vous regardez mes petits coquins?
—Vous pourriez dire vos grands _pendards_ (Argot du peuple).
=PENDU= (Se payer un): On sait que les brocanteurs _pendent_ à leur étalage les vêtements qu’ils ont à vendre.
Ils passent les manches dans un bâton, ce qui donne l’aspect des bras.
Vu d’un peu loin, on jurerait un _pendu_.
Se _payer un pendu_, c’est acheter ce vêtement (Argot du peuple).
=PENDU GLACÉ=: Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz.
Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces _pendus_-là.
—J’ai été _paumé_ pour avoir _barbotté_ un _pante_, sans ce chameau de _pendu glacé_, je me _cavalais_ à la _frime_ du _sergot_ (Argot des voleurs). _N._
=PENDULARD=: Voleur de pendules.
Les Allemands, en 1870, nous ont donné un joli échantillon de leur savoir faire dans ce genre de vol.
Ce sont les _bonjouriers_ qui pratiquent ce vol, principalement dans les loges de concierges (Argot des voleurs). _N._
=PENDULE À PLUMES=: Le coq qui chante chaque matin à heures fixes.
On dit également _réveil-matin_.
C’en est un très économique qui n’a pas besoin d’être remonté et qui a l’avantage de pouvoir être mangé quand il a cessé de plaire (Argot du peuple).
=PÉNICHES=: Souliers, lorsqu’ils sont d’une dimension démesurée (Argot du peuple).
=PÉ-PÈTES=: Sous.
—Ça commence à être rudement rasant, pas un _pé-pète_ à la clé (Argot du peuple).
=PÉPIN=: Avoir un _pépin_, aimer quelqu’un.
Se dit aussi à la poule qui se joue au billard. Quand un joueur a derrière lui un adversaire maladroit, il est protégé par un _pépin_, il est couvert.
_Pépin_, par le même motif, signifie parapluie (Argot du peuple). _N._
=PERCHER=: Loger au hasard, tantôt ici, tantôt là.
Allusion à l’oiseau qui _perche_ tantôt sur une branche tantôt sur une autre (Argot du peuple).
=PERDRE SES BAS=: Oublier.
—Tu _perds_ donc _tes bas_, que tu manques au rendez-vous que tu m’as donné?
—Prêtez-moi mille francs.
—Vous _perdez_ donc _vos bas_, mon vieux?
Ici le sens est ironique.
On dit aussi:
—Tu _fais dans tes bas_.
Pour: Tu te moques de moi (Argot du peuple).
=PÈRE PEINARD (En)=: Y aller doucement, sans se presser, sans se faire de bile.
Les agents arrivent en _Père Peinard_ pour surprendre un voleur en flagrant délit (Argot du peuple). _N._
=PERLOT=: Tabac—dérivé de _semper_. _L. L._
_Semper_ s’écrit _Saint-Père_ dans toutes les prisons.
À la _centrousse_ de Melun, on chante depuis des années:
Pour du tabac, disait un pègre, Et pour trois pouces de _Saint-Père_.
(Argot des voleurs).
=PERSIL=: Faire le _persil_, aller au _persil_: raccrocher.
On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de _pesciller_; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le _persil_; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres:
—Elle a du _persil dans les pieds_; de là: faire son _persil_ (Argot des souteneurs).
=PERROQUET=: Absinthe.
Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). =V.= _Poileuse_.
=PERRUQUE=: Vieille _perruque_, vieux serin, homme qui n’est pas _fin-de-siècle_.
_Perruque_ (En faire une): Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).
=PESCILLER D’ESBROUFFE=: Prendre d’autorité.
Le voleur à l’_esbrouffe pescille_ de cette façon le portefeuille ou le porte-monnaie du bourgeois (Argot des voleurs). =V.= _Vol à l’esbrouffe_.
=PESSIGNER= ou =PESSIGUER=: Ouvrir.
—J’ai une _carouble_ qui _pessigne_ toutes les _lourdes_ sans _fric-frac_ (Argot des voleurs).
=PESTAILLES=: Agents de la sûreté ou sergents de ville.
Pour les voleurs, ce sont des _pestes_; ils ont ajouté la finale de _railles_, l’ancien mot, et n’en ont fait qu’un (Argot des voleurs). _N._
=PET=: Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
—_Pet, pet_, v’là les _pestailles_.
On dit également:
—Au bastringue du Pou Volant, il y aura du _pet_ ce soir (Argot des voleurs).
=PET À VINGT ONGLES=: Enfant nouveau-né (Argot du peuple).
PÉTARD: Sou.
C’est une corruption du mot _patard_, expression employée par François Villon.
En Suisse, il y a des siècles, _patard_ était une monnaie divisionnaire; en terme de mépris, on disait: _un patard de vache_ (Argot du peuple). _N._
=PÉTARD=: Le derrière.
—Crois-tu qu’elle est bien en viande? Quel riche _pétard_! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). _N._
=PÉTARDIER=, =PÉTARDIÈRE=: Faire du tapage, du bruit.
—Ah! tu sais, il ne faut pas l’emmener quand il a le _nez sale_, c’est un _pétardier_ (Argot du peuple).
=PÉTASE=: Chapeau ridicule comme en portent les paysans les jours de fête.
Ce chapeau se transmet de père en fils, tant pis si la tête est plus ou moins forte.
Il en est qui datent du siècle dernier (Argot du peuple).
=PÉTASSE=: Vieille femme avachie qui perd ses _vestiges_ en marchant.
Putain et soularde (Argot des souteneurs).
=PÈTE-SEC= (Monsieur): Individu qui ne rit jamais et paraît toujours en colère.
Surnom donné au régiment aux officiers dont la rigueur est proverbiale (Argot du peuple).
=PÉTER=: Se plaindre.
—Ah! mon vieil _aminche_, comme ta _frime_ est _toquarde_, tu as les _douilles savonnées_, d’où que tu sors?
—De la _boîte aux cailloux_. À cause d’un mec qui a _pété_ au _moissonneur_, j’ai passé à la _planche à pain_.
_Péter_, mot à mot: faire du _pet_, se _plaindre à la justice_ (Argot des voleurs). _N._
=PÉTER LA SOUS-VENTRIÈRE= (S’en faire): Terme ironique employé pour dire à quelqu’un qui vous fait une demande saugrenue:
—Tu t’en _ferais péter la sous-ventrière_.
Synonyme de: _Tu n’en voudrais pas_.
Avoir mangé à s’en _faire péter la sous-ventrière_ (Argot du peuple). _N._
=PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL=: Faire de l’embarras, de l’esbroufe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou.
Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture:
—Ils veulent _péter plus haut qu’ils n’ont le cul_.
C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins.
Dans le peuple, par ironie, on les appelle:
Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). _N._
=PÉTEUR=: Dénonciateur.
Comme pour _dénoncer_ il faut parler, le mot _péteur_ doit être pris dans le sens de _péter du bec_ (Argot des voleurs).
=PETIT MONDE=: Lentille.
On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur: _punaise_ (Argot des voleurs).
=PÉTILLARDS=: Diamants.
_Pétiller_ est dit pour _briller_. C’en est le superlatif.
—Les _durailles_ de la _gonzesse_ sont _pétillants_ aux _pendus glacés_ (Argot des voleurs). _N._
=PETIT SALÉ=: Petit enfant.
—Tu ne vas pas faire taire ton _salé_; fous-y donc sa _gamelle_ pour qu’il ne _chialle_ plus (Argot du peuple).
=PETITE FILLE=: Demi-bouteille.
—Viens-tu boire une bouteille?
—Non, une _petite-fille_ suffira (Argot du peuple).
=PÉTROLE=: Mauvaise eau-de-vie servie dans les _assommoirs_.
Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). _N._
=PÉTROUSQUIN=: La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. _A. D._
_Pétrousquin_, paysan.
Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi _cul_ qu’il le paraît.
Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression.
_Pétrousquin_, ne viendrait-il pas de _Pétrus_, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).
=PETSOUILLE=: Cette expression est suffisamment claire.
Elle désigne un jardinier habitué à travailler la terre; elle est un terme de mépris lorsqu’elle est employée vis-à-vis d’un bourgeois (Argot du peuple).
=PÈRE LA TUILE= (Le): Dieu.
Il n’est pourtant jamais tombé sur personne.
Cette expression est en usage dans le monde des prisons.
—As-tu entendu le _ratichon balancer sa jasante_ au _Père la Tuile_? (Argot des voleurs).
=PÈZE= ou =PÈSE=: Argent.
L’expression est due à Frédérick-Lemaître.
Il jouait avec Clarisse Miroy à la Porte-Saint-Martin sous la direction Harel. Ce dernier n’aimait pas payer; un soir qu’il était en retard avec les appointements du grand artiste, celui-ci ne voulut pas entrer en scène avant d’être réglé. Il envoya Clarisse à la caisse; elle en revint peu après avec un énorme sac de pièces de cent sous. Elle le tendit à Frédérick.
—Tiens, _pèse_?
Depuis ce temps, on dit dans le peuple:
—As-tu du _pèse_? (Argot du peuple).
=PHILÉMON-BAUCIS=: Quand deux bourgeois jouent aux dominos, et que l’un d’eux se débarrasse du double-six, il s’écrie en riant:
—_Filez mon beau six_ (Argot des bourgeois).
=PIANO DU PAUVRE= (Le): Des haricots.
Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).
=PIAU=: Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. _Piau_, c’est tout dire.
Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire:
—Il est _derrière le poêle chez Cosson_. C’est tout.
Si l’insistance est trop grande, on dit:
—Va donc _chier dans le cassetin aux apostrophes_.
Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche:
—_Il a chié dans le cassetin aux apostrophes_.
En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). _N._
=PIAULE=: La maison.
—Y a pas, faut _rappliquer_ à la _piaule_ de la _dabe_, sans ça pas de _boulottage_ à la clé.
Pourquoi _piaule_?
Delvau dit que c’est une allusion aux nombreux enfants qui _piaillent_ dans la maison. Ne serait-ce pas plutôt à cause du _pieu_ (lit) dont par déformation on a fait _piaule_?
C’est plus que probable (Argot du peuple).
=PICHENET=: Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).
=PICOREUR=: Voleur de grands chemins.
Le _picorage_ est le vol commis au hasard sur le passant qui est _picoré_, ou dans les fermes isolées.
Le voleur _picore_ comme la poule, dans les armoires; il y trouve plus de butin que sur le fumier (Argot des voleurs).
=PIED DE BICHE=: Pince (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.
=PIEDS FUNICULÉS= (Avoir les): Refuser de marcher.
Allusion au _funiculaire_ de Belleville qui _marche_ quand il veut (Argot du peuple). _N._
=PIERRE À AFFÛTER=: Le pain.
En le coupant, cela _n’affûte_ pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la _pierre à repasser_, quand le rémouleur lui donne le _fil_, ou quand le boucher l’aiguise sur son _fusil_ (Argot du peuple).
=PIERREUSE=: Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de _cailloux_ que d’herbe (Argot des souteneurs).
PIEU: Le lit.
Se fourrer au _pieu_.
Se coller dans le _pieu_.
Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le _pieu_ s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).
=PIÈCE DE DIX SOUS=: Monnaie affectionnée par les pédérastes.
Ils la préfèrent particulièrement quand elle est neuve (Argot du peuple). _N._
=PIGE=: Année.
Synonyme de _berge_ (Argot des voleurs).
=PIGE=: Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui _lève_ le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).
=PIGE=: Employé par les enfants quand ils jouent aux billes; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).
=PIGEON=: Homme facile à _plumer_.
_Patiner un pigeon_, c’est _plumer_ un individu qui a un _béguin_ pour une fille.
—Je tiens mon _pigeon_, il laissera sa dernière _plume_ dans mon alcove (Argot des filles).
=PIGNOCHER=: Terme employé dans les ateliers de peintres pour désigner un artiste qui peint à petits coups de pinceau.
Il _pignoche_ sa toile.
Meissonier était le roi des _pignocheurs_ (Argot des artistes).
PIGNOUF: Un _miché_ qui pose un lapin à une fille est un _pignouf_ (Argot des filles).
=PILE= (En recevoir une): Être battu à plate couture (Argot du peuple).
=PILE= (Une): Cent francs (Argot des voleurs).
=PILER DU POIVRE=: Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal; il marche sur la pointe des pieds.
Il _pile du poivre_.
On dit également:
—Il est dans la _prison de Saint-Crépin_.
Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on _pile du poivre_ sur son compte.
On connaît cette anecdote de Tortoni:
Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Celui-là, en partant, se dit: au moins on ne _pilera pas de poivre_ sur mon compte; je reste seul.
Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte:—Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.
Le garçon _pilait du poivre_.
_Faire piler du poivre à quelqu’un_: lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). _N._
=PILIER DE CABARET=: Soulard qui ne quitte pas le _mastroquet_.
C’est, en effet, une des _colonnes_ de la boutique.
Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop _imbibé_ (Argot du peuple).
=PILIER DE COUR D’ASSISES=: Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations.
Cheval de retour (Argot du peuple).
=PINCEAU=: Balai.
—Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).
=PINCE-CUL=: Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener _bacher_ (Argot des souteneurs).
=PINCÉ=: Être _pincé_, être pris.
Être pincé: être amoureux.
—Je suis _pincé_ pour Nana. Je n’en dors plus.
En _pincer_ pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). _N._
=PINCER DE LA GUITARE=: Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer.
Ils _pincent de la guitare_ avec les barreaux.
Allusion aux cordes de la _guitare_ (Argot des voleurs).
=PINCE-LOQUES=: Aiguille.
L’aiguille, en effet, sert à repriser les _loques_, à les raccommoder. Elle rapproche les trous, elle les _pince_ (Argot des voleurs).
=PINCER DES FRÉTILLANTES=: Danser.
L’image est jolie, les jambes _frétillent_.
Quand la _Goulue pince_ des _frétillantes_ dans un cavalier seul distingué, elle _pince le pas du hareng saur en détresse_ (Argot du peuple).
=PINCETTES=: Jambes, quand elles sont minces.
—Tu fais sécher les bas sur des _pincettes_ (Argot du peuple).
=PINGAUD= (Il est): Il est joli, bien élevé.
—Ah! Madame, le joli enfant que vous avez là.
—Fais voir à Madame que tu es _pingaud_; souhaite-lui le bonjour.
—Est-ce que je la connais, c’te vache-là.
—Oh! c’est y Dieu possible, un enfant que j’ai porté neuf mois dans mon sein...
—Fous-moi le cul dans ta hotte, tu me porteras trois mois de plus; ça fera un an (Argot du peuple).
=PINGRE=: Avare qui rapine sur tout.
Le roi des _pingres_ était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers.
Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin! (Argot du peuple).
=PIOCHER=: Travailler dur et ferme.
—Je _pioche_ mon examen.
_Piocher_ est synonyme de fouiller.
Allusion à l’ouvrier qui _fouille_ la terre en la _piochant_ (Argot du peuple).
=PIONCER=: Dormir à poings fermés (Argot du peuple).
=PIPE= (Tête de): La tête.
Allusion à ce que la plupart de nos grands hommes ont eu l’honneur d’être moulés en terre de pipe et fumés par le peuple, culottés quelquefois.
Il existe une chanson sur ce sujet:
Ils dis’nt en le voyant picter Sa pipe enfin commence à s’culotter.
On dit d’un individu grotesque qu’il a une _tête de pipe_ (Argot du peuple).
=PIPÉ=: Château.
Il est presque impossible de trouver le pourquoi des principales expressions employées par les voleurs pour désigner des choses spéciales, telles que _bergerie_, _grange_, _ferme_, etc., etc.
J’en ai questionné un certain nombre, tous m’ont répondu:
—Ça s’appelle comme ça, voilà tout (Argot des voleurs).
=PIQUE-PRUNE=: Ouvrier tailleur. Allusion à la marche de l’aiguille.
On dit aussi: _Pique-puce_ et _pique-poux_.
C’est un terme de métier (Argot du peuple).
=PIQUER UNE ROMANCE=: Dormir.
Allusion au ronflement du dormeur qui est une sorte de chanson en faux-bourdon (Argot du peuple).
=PIQUER LE NEZ= (Se): Se payer une belle soulographie (Argot du peuple).
=PIQUER SON MOULIN=: Salade trop épicée.
Elle vous _pique le moulin_ (la bouche) (Argot du peuple). _N._
=PIQUER SON FARD=: Rougir en entendant un propos grossier (Argot du peuple).
=PIQUE-VERT=: Petite scie fabriquée avec un ressort de montre (Argot des voleurs).
=PIQUETTE=: Fourchette.
L’allusion est claire (Argot des voleurs). _N._
=PISSER DE L’ŒIL=: Pleurer.
—Depuis que mon homme a foutu le camp, je _pisse de l’œil_ comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). _N._
=PISSE-FROID=: Homme guindé, raide, froid, dont l’aspect vous glace.
Homme qui, en parlant, laisse tomber ses mots avec une lenteur monotone.
Se dit de tout homme à l’aspect peu sympathique (Argot du peuple).
=PISSER COMME LES POULES=: Aller au cabinet.
Pour qualifier un individu très niais, on dit:
—Il a une gueule à mener _les poules pisser_ (Argot du peuple).
=PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS=: Celui qui est dans ce cas-là n’est pas heureux.
L’image est juste pour indiquer les douleurs cuisantes qu’éprouvent les pauvres diables qui ont reçu _un coup de pied de Vénus_.
Pour témoigner à une personne qu’elle vous impatiente, on lui dit: _Vous me faites pisser des lames de rasoir en travers_ (Argot du peuple).
=PISSER UNE CÔTELETTE=: Accoucher.
On dit aussi:
—Elle _pisse des os_.