Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 15

Chapter 153,461 wordsPublic domain

Quand il est plus que plat, on dit: _galette_ (Argot du peuple).

=MOUVETTE=: Indicateur qui fournit des _indications_ à la police.

C’est généralement un _camelot_; il se _meut_ d’un point à un autre, suivant les cas (Argot des voleurs). _N._

=MUETTE= (Avoir une puce à la): Condamné qui a des remords.

On dit aussi: jouer à la _muette_ (ne pas parler) (Argot du peuple).

=MUFFÉE= (En avoir une): S’être _empiffré_ jusqu’à en étouffer.

Avoir une soulographie numéro un.

_Muffée_: n’en plus pouvoir (Argot du peuple). _N._

=MUFFLE=: Communément, ce sont les _maçons_ qu’on appelle ainsi.

La chanson dit:

Tous les muffles que nous connaissons Ne sont pas à la grève.

En effet, il y a plusieurs genres de _muffles_:

Tout individu qui se conduit mal avec quelqu’un est un _muffle_.

_Muffle_ est synonyme de _goujat_ (Argot du peuple).

=MURON=: Sel.

_Muronnière_: la salière (Argot des voleurs).

=MUSETTE= (S’en faire jouer un air): Expression employée dans les maisons de rendez-vous pour désigner un certain travail très estimé des écoliers (Argot des filles).

=MUSETTE= (Couper la): Empêcher quelqu’un de parler.

On dit aussi: _lui couper la chique_ (Argot du peuple).

=MUSICIEN=: =V.= _Mouton_.

N

=NAZ=: Nez.

On dit aussi _nase_.

C’est certainement une abréviation de _naseau_ (Argot du peuple).

=NE PAS ATTACHER SON CHIEN AVEC DES SAUCISSES=: Avare.

C’est une expression très populaire, superlatif de _chien_, _grippe-sous_.

On ne peut rien dire plus d’un homme (Argot du peuple). _N._

=NE RIEN AVOIR DANS LE FUSIL=: Avoir le ventre vide.

L’allusion est facile à saisir:

J’sens l’paquet d’tripes qui s’cavale.

(Argot du peuple).

=NEG AU PETIT CROCH=: Chiffonnier.

_Neg_ est une abréviation de _négociant_, et _croch_ de _crochet_, outil indispensable aux chiffonniers (Argot du peuple).

=NÈGRE=: Heure de minuit, à laquelle l’obscurité est la plus profonde (Argot des voleurs).

=NÉGRESSE=: Puce.

Allusion de couleur (Argot du peuple).

=NÉGRESSE=: Bouteille.

—Allons-nous _étouffer_ une _négresse_ de _ginglard_ à Argenteuil? (Argot du peuple).

=NEP=: Rastaquouère vendant aux imbéciles des décorations exotiques (Argot des voleurs).

=NETTOYÉ=: N’avoir plus rien, être absolument à sec.

_Nettoyé_, être à l’agonie, se sentir mourir.

—Le médecin m’a dit que j’étais _nettoyé_ (Argot du peuple).

=NEZ CULOTTÉ=: Nez d’ivrogne.

Dans le peuple on dit:

—Si on lui pressait le piton il en sortirait du vin.

Le _nez culotté_ a été célébré par Ch. Colmance:

Un _nez culotté_, Piquante parure, Gracieuseté De dame nature. Heureux l’effronté doté D’un _nez culotté_.

Il y a des _nez culottés_ qui coulent plus cher que s’ils étaient en or (Argot du peuple).

=NEZ RETROUSSÉ=: Nez à narines larges et ouvertes.

—Il va te pleuvoir dans le _nez_.

—Elle se pleure dans le _nez_ quand elle a du chagrin (Argot du peuple).

=NIB=: Signifie rien.

Cette expression n’est pourtant pas toujours prise dans ce sens.

Quand on dit: _nib de blaire_, par exemple, pour qualifier un nez énorme, _nib_ devient synonyme de _mince_ qui veut dire beaucoup (Argot du peuple). _N._

=NIB DE BRAISE=: Pas d’argent.

—Par un _bourguignon_ pareil tu restes à la _piaule_, allons _décanille_.

—_Nib de braise_, les _valades_ sont _dégraissées_ (Argot des voleurs).

=NICHE À SEINS=: Corset.

Allusion à ce qu’il soutient les forts, augmente le volume des faibles, discipline les vagabonds et protège les égarés (Argot du peuple). _N._

=NICHONS=: Les seins.

—Laissez-moi tâter vos jolis _nichons_.

—Combien qu’tu payes? (Argot du peuple).

=NIÈRE=: Homme quelconque, lui.

—Le _gonce_ a rudement le _trac_ pour son _nière_.

On dit aussi: _mon nière bobéchon_ pour _moi_.

_Bobéchon_, ici, fait double emploi (Argot des voleurs).

=NIF=: Non (Argot des voleurs).

=NIPPÉ=: Bien habillé.

—J’avais plus rien, les _requins_ m’avaient _bazardée_ pour payer mon _probloque_, j’ai _dégotté_ un _miché_ qui m’a _renippée_, à présent je suis _rupine_ je peux _trimarder_ (Argot du peuple)

=NIQUE DE MÈCHE=: N’avoir pas de complice.

—J’ai fait mon _coup de vogue_ sans _nique de mèche_ (Argot des voleurs).

=NIQUE DE MÈCHE=: Refus d’un complice de partager le produit d’un vol.

—_Nique de mèche, je ne fade pas le pognon_ (Argot des voleurs).

=NIORTE=: Viande (Argot des voleurs). =V.= _Crigne_.

=NOCE DE TAILLEUR=: (Faire une): Se promener le long des berges et faire des ronds dans l’eau avec des cailloux (Argot du peuple). _N._

=NOIX= (En avoir): Avoir beaucoup de bijoux (Argot des voleurs).

=NONNE= (Faire): Faire la foule.

Rien de plus simple: les _nonneurs_ (complices) se groupent autour de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée; les badauds s’amassent, le _tireur_ peut à l’aise explorer les poches, et souvent la moisson est féconde.

Quand l’un d’eux est pris et qu’il se _met à table_, on dit qu’il _mange sur ses nonneurs_ (complices) (Argot des voleurs).

=NONNEURS=: Complices de voleurs, plus particulièrement des pick-pockets (Argot des voleurs).

=NORD=: Tête.

Dans le peuple, on dit souvent de quelqu’un qui devient fou:

—Il perd le _nord_ (Argot du peuple).

=NOZIÈRES=: Qui? (Argot des voleurs). _N._

=NOURISSEUR DE POUPARDS=: Complice qui prépare les vols à accomplir.

Un bon _nourrisseur de poupards_ est très recherché par les voleurs (Argot des voleurs).

=NOUSAILLES=: Nous.

_Nosigues_ est beaucoup plus usité (Argot des voleurs).

=NOUVELLE= (La): Le bagne.

Abréviation de _Nouvelle Calédonie_.

Autrefois, quand les bagnes étaient à Brest et à Toulon, on disait le _grand pré_.

—Il est _sapé à faucher le grand pré à perpète_ (Argot des voleurs).

=NOYEUSE D’ÉTRONS=: Mère de famille qui va au lavoir public laver le linge de ses enfants.

Allusion aux déjections des bébés qui souillent les couches (Argot du peuple).

=NUAGE=: La tournure, que portent les femmes; ainsi nommé parce qu’il cache la _lune_ (Argot du peuple). _N._

O

=ŒIL À LA COQUE=: Recevoir sur l’œil un formidable coup de poing qui le poche et en fait un _œil au beurre noir_.

La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est couvert par une large tache noire.

On appelle alors le blessé: _tape à l’œil_ (Argot du peuple).

=ŒIL EN COULISSE=: Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir l’air de lui dire:

—Veux-tu?

_Faire le genou_ à sa voisine sous la table, est aussi significatif et beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).

=ŒIL QUI DIT MERDE À L’AUTRE=: Deux yeux qui ne vivent pas en bonne intelligence, qui se regardent en _chiens de faïence_ (Argot du peuple). =V.= _Guigne à gauche_.

=ŒIL= (Faire de l’): Les filles font de l’_œil_ aux passants qu’elles veulent raccrocher:

Ses deux beaux chasses vous _rembroquaient_ Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient,

dit la _chanson du marlou_ (Argot des filles).

=ŒIL= (Faire l’): Avoir à crédit chez les fournisseurs.

Dans le peuple, quand on _oublie_ de payer, le fournisseur refuse crédit; alors on dit que l’_œil_ est crevé (Argot du peuple).

=OGRESSE=: La procureuse ou la proxénète, bouquetière ou marchande à la toilette; elle donne cent sous aux filles quand elle touche vingt francs, elle leur vend mille francs ce qui vaut cent francs.

Mot à mot: l’_ogresse_ les mange toutes crues (Argot des filles).

=OGRESSE=: Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.

=OIGNON (L’)=: Il s’appelle aussi _trou de balle_ (Argot des souteneurs). =V.= _Figne_. _N._

=OIGNON=: Montre énorme. Argot du peuple qui dit: _ognon_.

—Ton _ognon_ marque-t-il l’heure et le linge? (Argot du peuple).

=OISEAU=: Hélas! quand il est envolé c’est pour longtemps et les regrets si amers qu’ils soient sont superflus.

Heureux encore s’il ne laisse pas un petit dans la cage.

—Elle a perdu son _oiseau_ (Argot du peuple). _N._

=OLIVIER DE SAVETIER=: Navet.

Comme ils sont économes pour la plupart, ils se servent de l’huile de _navette_ qui se vend bon marché pour assaisonner leur salade.

C’est exactement la même chose que pour les pommes de terre; on dit des _oranges de limousins_ (Argot du peuple).

=OMNIBUS=: Femme à tous.

On dit aussi: _wagons_ et _omnibusardes_.

Fréquemment, ces _omnibus_ là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).

=OMNIBUS À CONI=: Voiture qui emporte le guillotiné du lieu d’exécution au cimetière (Argot des voleurs).

=ONCLE=: Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison.

Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon _oncle_ car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au _clou_, mon _oncle_ prend soin des objets déposés (Argot des prisons).

=ONGLES CROCHES= (Les avoir): Ce sont généralement les Normands qui ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un _grippe-sous_ que l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne retomberait pas.

Avoir les _ongles croches_ est synonyme de _poser zéro_ et de _retenir tout_ (Argot du peuple).

=ORANGER DE SAVETIER=: Pied de _sarriette_, que les savetiers placent dans leur échoppe à côté d’eux (Argot du peuple).

=ORDINAIRE=: La soupe et le bœuf que les ouvriers mangent le matin.

Comme presque toute l’année c’est la nourriture _ordinaire_, de là, le nom (Argot du peuple).

=ORDINAIRE=: Homme habitué à venir à heure et à jour fixe chez une fille.

C’est un protecteur intermittent (Argot des filles).

=ORGUE=: Homme.

_Mon orgue_, moi.

_Ton orgue_, toi.

_Son orgue_, lui.

_Leur orgue_, eux.

(Argot des voleurs).

=ORGUE= (Jouer de l’): Ronfler.

Il ronfle comme un tuyau d’_orgue_.

Il ronfle comme une _toupie d’Allemagne_.

Allusion au ronflement sonore que fait la toupie en tournant sur elle-même (Argot du peuple).

=ORNICHON=: Oie, volaille.

Les voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les poulaillers dans les campagnes se nomment des _nettoyeurs d’ornichons_ (Argot des voleurs). =V.= _Angluce_.

=ORNIE DE BALLE=: Dindon (Argot des voleurs).

=ORPHELIN DE MURAILLE=: Les étrons qui s’alignent le long des murs isolés.

Pourquoi _orphelins_?

Ils sont parfois en nombreuse société et beaucoup ne peuvent être pris pour des vagabonds étant munis de papiers (Argot du peuple).

=ORPHELIN=: Bout de cigare ou de cigare que le fumeur abandonne dédaigneusement.

Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de _mégots_ qui leur _fait un sort_ (Argot du peuple).

=ORPHELIN=: Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet.

Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il _étouffe un orphelin_.

Dans les _bars_, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).

=OSEILLE=: _La faire à l’oseille_.

Jouer un tour désagréable à quelqu’un. _A. D._

Il attribue ce mot à un cabotin habitué d’une petite gargote de la rue de Malte où mangeaient les artistes des théâtres du boulevard et du Temple.

Selon lui, ce mot date de 1861 environ.

Comme cette locution: _la faire à l’oseille_ est très répandue, il est bon de rétablir son origine.

Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville, était vers 1840 un chansonnier en vogue.

Il avait été _sauvage_ au _Caveau des Aveugles_, au Palais-Royal, avant le père Blondelet; il mangeait dans la gargote citée par Delvau.

La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un après-déjeuner, il composa une chanson intitulée: _Vous me la faites à l’oseille_. Bouvard, l’_homme à la vessie_ la chantait encore en 1848, place de la Bastille.

Voici un couplet de cette chanson:

Comme papa j’suis resté garçon Pour bonne j’ai pris Gervaise. Elle est maîtresse à la maison Je la _trouve mauvaise_ De la cave au grenier La danse du panier Que c’est une merveille. Elle mange à son goût Mes meilleurs ragoûts, _Vous me la faites à l’oseille_.

Comme on le voit, il y a plus de cinquante ans que l’on connaît cette expression (Argot du peuple). _N._

=OS=: Argent, or ou monnaie.

—J’ai de l’_os à moelle_ dans ma poche (plusieurs pièces de cent sous) (Argot du peuple).

=OSEILLE=: Argent (Argot du peuple). =V.= _Aubert_.

=OSEILLE= (La faire à l’): Réussir un bon vol qui a été bien nourri.

_Sûrement_ c’est la _faire à l’oseille_ à celui qui a été dévalisé.

Les voleurs sont quelquefois facétieux (Argot des voleurs).

=OSSELETS=: Les cinq doigts.

Les gamins jouent un jeu qui se nomme _osselet_ avec des _os_ de pied de mouton (Argot du peuple). =V.= _Apôtres_.

=OURLER LE BEC=: Besogne terminée.

Quand un ouvrier graveur met sa signature au bas de sa planche ou de son bois, le _bec est ourlé_ (Argot d’atelier).

=OURS=: Homme sombre, triste.

Dans les ateliers, on dit d’un ouvrier qui fuit ses camarades: c’est un _ours_.

En réalité, _ours mal léché_ est synonyme de _mufle_ (Argot du peuple).

=OURS=: Mauvais livre qui reste pour compte à l’éditeur.

Mauvais manuscrit de pièce qui dort dans les cartons du directeur.

En un mot, tout ce qui ne vaut rien, qui est raté, est un ours (Argot du peuple).

=OURS= (En poser un): Quitter sa casse pour _raser_ un _copain_; la séance se prolongeant, les camarades crient:

—_Mince d’ours_ (Argot d’imprimerie).

=OURSER=: Il est très difficile d’expliquer le sens brutal de ce mot autrement que comme ceci:

Mari qui remplit ses devoirs conjugaux comme un _ours_ (Argot du peuple). _N._

=OUTIL=: Vieille femme.

Objet de rebut qui ne peut servir à aucun usage.

Terme de mépris fréquemment employé:

—Sale _outil_ (Argot du peuple).

=OUTIL DE BESOIN=: Femme ou fille.

Elles ne deviennent _outil_ que par l’habitude de la cohabitation.

Un souteneur qui n’a pas de poigne pour défendre sa _marmite_ est également un _outil de besoin_... jusqu’à temps qu’elle en trouve un autre (Argot du peuple).

=OUVRIR SA SOUPAPE=: Péter bruyamment.

Allusion à la _soupape_ de la chaudière qui se soulève pour laisser échapper la vapeur quand la pression est trop haute.

On crie à celui qui s’oublie aussi fort:

—Ferme ta _soupape_, ça pue (Argot du peuple). _N._

=OUVRIR SA TABATIÈRE=: Péter.

Par allusion à l’odeur, on dit: Quelle rude _prise_! On en prend plus avec son nez qu’avec une pelle (Argot du peuple). _N._

P

=PAF=: Cette expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme.

Ce sont les voyous qui ont inventé le mot.

Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot _paf_:

_Pene erexit domum_ (Argot du peuple). _N._

=PAF= (Être): Être gris.

—Je me suis _paffé_ hier soir que c’en est dégoûtant.

—_Paf_, ça y est.

Chose accomplie. Synonyme de: J’en ai mon pied (Argot du peuple).

=PAFFS=: Souliers.

C’est à peu près le meilleur mot d’argot pour désigner le bruit que fait le marcheur ou frappant le sol du pied.

C’est une image: _paff! paff!_ (Argot du peuple).

=PAGNE=: Lit.

Allusion au _pagne_ qui entoure la taille des sauvages; les draps cachent également la nudité de l’homme et de la femme (Argot du peuple). _N._

=PAGNE=: Provision.

On n’les but’plus, car c’est un mauvais flanche, Y en a toujours qui sont paumés marrons, Mais sans r’niffler, pour eux on fait la manche, On leur envoie le _pagne_ au violon.

(Argot des voleurs).

=PAGNOTER= (Se): Se coucher.

Malgré le double emploi, on dit dans le peuple:

—Je vais me _pagnoter_ dans mon _pieu_ avec mes _dardants_ (Argot du peuple).

=PAILLASSE=: Femme.

Un homme se promène, sa femme au bras; il est rencontré par un ami:

—Tiens, tu déménages, Charlot?

—Pourquoi donc?

—Puisque t’as ta _paillasse_ sous le bras (Argot du peuple). =V.= _Boulet_.

=PAILLASSE À SOLDAT=: Femme sur laquelle tout un régiment couche.

Mot à mot: qui sert de _paillasse_ (Argot du peuple). _N._

=PAILLASSE=: Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques.

_Paillasses_: les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi. Saute pour tout le monde.

(Argot du peuple).

=PAILLE= (C’est une): Signe d’étonnement qui veut dire beaucoup, trop gros fardeau à porter:

C’est une _paille_ que de porter ça là bas (Argot du peuple). _N._

=PAILLE AU CUL= (Avoir la): Être mis à la réforme. _L. L._

S’en aller la _paille au cul_, c’est quitter le régiment en ayant encore de la salle de police ou de la prison à faire.

Allusion à la paille sur laquelle couchent les prisonniers (Argot des troupiers). _N._

=PALABRE=: Discours ennuyeux, prudhommesque. _A. D._

_Palabra_, en langue espagnole, signifie _parole_, il est vrai, mais ce n’est pas le sens dans le langage populaire.

_Palabre trembleuse_: figure de bourgeois qui tremble à propos de rien, qui a peur de son ombre, qui se cache au moindre bruit.

_Palabre_ signifie _figure_:

—Le _biffard_ a tellement la _frousse_ que sa _palabre défargue_ (Argot du peuple). _N._

=PALAIS=: Pièce de cinq francs.

Allusion à la forme plate du _palais_ qui sert pour jouer au tonneau (Argot du peuple). =V.= _Tune_.

=PALLAS=: Discours.

—Tu ne vas pas bientôt nous lâcher le coude avec ton _pallas_ à dormir debout.

—Viens-tu entendre le _bénisseur_, il va _pallasser_ sur la tombe de son ami (Argot des voleurs).

=PALLASSEUR=: Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.

—Gare aux inondations! le _pallasseur_ a ouvert son robinet (Argot du peuple).

=PALPEUR=: Juge d’instruction.

Il _palpe_ en effet les prisonniers pour les faire avouer.

Cette expression est plus jolie que l’ancienne: _curieux_ (Argot des voleurs). _N._

=PALPITANT=: Le cœur (Argot des voleurs). =V.= _Grand ressort_. _N._

=PAMPINE=: Sœur de charité (Argot des voleurs).

=PANAMISTE=: Cette expression date de 1892.

Ce sont les dénonciations faites par M. Andrieux contre les 104 députés qui auraient touché des chèques à la caisse du _Panama_ qui ont donné naissance à ce mot (Argot du peuple). _N._

=PANADE=: Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux.

Dans le peuple, être dans _la panade_, c’est être dans la misère.

Allusion à ce que _la panade_ est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). _N._

=PANAIS=: Pan de chemise.

Être en _panais_, être en chemise.

Dans le peuple, _panais_ est employé comme négation.

—Veux-tu me prêter cent sous?

—Des _panais_, tu te fouterais de ma _fiole_ (Argot du peuple). _N._

=PANIER=: Lit.

—Mon petit homme, veux-tu venir avec moi faire une séance de _panier_, tu verras comme je suis aimable (Argot des filles).

=PANIER À SALADE=: Voiture cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).

=PANIER À DEUX ANSES=: Avoir une femme à chaque bras (Argot du peuple).

=PANIER PERCÉ=: Homme qui n’a rien à lui.

Allusion au panier sans fond que jamais on ne peut emplir (Argot du peuple).

=PANSU=: Terme de mépris employé par le peuple pour qualifier un bourgeois qui fait un dieu de son ventre et qui a une _panse_ arrondie.

_Pansu_: égoïste qui ne songe qu’à lui (Argot du peuple). _N._

=PANTIN=: Paris.

Quand on a bien _billanché_ pour son compte, On _défourage_ et _renquille_ à PANTIN. L’long du _trimard_, _bequillant_ son décompte, De gueule en gueule on _pique_ un gai refrain.

_Pantin_: Argot du peuple.

_Pantruche_: Argot des voleurs.

=PANTE=: Imbécile qui se laisse facilement duper.

Inutile, je pense, de dire que _pante_ vient de _pantin_: gens de _Paris_ (Argot des voleurs).

=PANTRE ARGOTÉ=: Imbécile de la pire espèce, plus bête que ses pieds; être facile à tromper (Argot des voleurs).

=PANTRE ARNAU=: Mot à mot: individu qui _renaude_, qui marronne en s’apercevant qu’il vient d’être victime d’un vol (Argot des voleurs).

=PANUCHE=: Femme élégamment mise. _L. L._

_Panuche_ est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). =V.= _Maman-maca_.

=PAPILLON=: Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).

=PAPILLON=: Vol à la _marque_.

Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et confient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).

=PAQUET=: Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un _paquet_ de chair (Argot du peuple).

=PARANGONNER=: Arranger au moyen d’interlignes des caractères de différents corps (Argot d’imprimerie).

=PARAPHE= (En détacher un): Donner un soufflet à quelqu’un.

On dit aussi:

—Je vais te _poser un cachet_.

_Détacher un paraphe_ est rarement employé, c’est trop long; _bègne_ vaut mieux (Argot du peuple).

=PARC AUX HUÎTRES=: Mouchoir.

L’allusion n’est pas tout ce qu’il y a de plus distingué, mais l’image est juste (Argot du peuple). _N._

=PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER=: Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).

=PARFUMEUR=: Avocat.

Mot à mot: il couvre son client de fleurs (Argot du peuple). =V.= _Blanchisseur_.

=PARISIEN À GROS BEC=: Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit: nous autres _Parisiens_, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond:

—Tu n’es qu’un _Parisien à gros bec_ (Argot du peuple). _N._

=PARLOIR DES SINGES=: Parloir des prisons.

Allusion aux trois grilles entre lesquelles sont enfermés les visiteurs et les prisonniers (Argot des voleurs).

=PAROUFLE=: La paroisse.

C’est un sale _parouflard_; pour sale _paroissien_ (Argot des voleurs). _N._

=PARRAIN=: Avocat.

Il sert en effet de _parrain_ à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux eu cour d’assises (Argot des voleurs). _N._

=PASCAILLER=: Passer.

—Le _gonce_ a _pascaillé_ avant toi au _carré des petites gerbes_, il est _enflaqué_ pour dix _berges_.

_Pascailler_ veut dire également prendre le tour ou la place de quelqu’un.

—J’ai _pascaillé_ la _Môme Livarot_ au _Rouquin_ (Argot des voleurs). _N._

=PAS CUIT=: Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement: _pas cuit_.

Mot à mot: ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). _N._

=PAS SI CHER=: Silence, parlez plus bas, on nous écoute.

Expression employée dans les prisons pour signaler l’arrivée d’un gardien qui punirait les causeurs.

Synonyme de: _il pleut_, employé dans les imprimeries quand le _prote_ ou le patron entre à l’atelier (Argot des voleurs).

=PAS MÈCHE=: Impossible de réussir.

_Mèche_ pour _moyen_.

—J’ai beau la chauffer, pas _mèche_ d’y arriver (Argot du peuple).

=PASSE= (Être gerbé à la): Mauvaise affaire pour celui qui est dans ce cas-là.

_Être gerbé à la passe_, c’est être condamné à mort.

La _passe_, c’est la guillotine (Argot des voleurs).

=PASSE= (Faire une): Fille qui raccroche sur la voie publique et conduit ses clients de hasard au premier hôtel venu.

Elle ne fait que _passer_.

Faire une _passe_ vient aussi de faire _un passant_ (Argot des filles).

=PASSE-BOURGEOISE=: Femme mariée, habituée des maisons de rendez-vous et qui, par ses _passes_, aide à faire bouillir la marmite (Argot du peuple).

=PASSER À LA PIPE=: Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste, les agents le battent.

On le _passe à la pipe_.

Mot à mot: il est _fumé_.

Synonyme de _passer à tabac_ (Argot du peuple).

=PASSER DE BELLE= (Se): Né pas recevoir sa part d’un vol ou d’une affaire.

Il s’en _passe de belles_: homme qui vit, joyeusement.

Mot à mot: qui _passe de belles journées_.

Il s’en _passe de belles_ pour exprimer que dans tel endroit il _se passe de vilaines choses_.

Il _en fait de belles_: commettre de mauvaises actions.

—Il _en fait de belles_ ton vilain sujet, il crèvera sur l’échafaud (Argot du peuple et des voleurs). _N._

=PASSER DEVANT LE FOUR DU BOULANGER=: Voilà une expression qui n’est pas banale et qui est très usitée.