Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 13

Chapter 133,427 wordsPublic domain

=LESSIVEUR DE PÉTROUSQUIN=: Voleur qui dévalise les paysans. Mot à mot: Il les _lessive_ (Argot des voleurs).

=LEVAGE AU CRACHOIR= (Un):

Lever une femme par une faconde intarissable, l’éblouir par un luxe de paroles, pour l’empêcher de songer à la _galette_ (Argot du peuple).

=LEVANQUÉ=: Deux francs (Argot des voleurs). _N._

=LÈVE-PIEDS=: =V.= _Montante_.

=LEVER=: _Lever une affaire_, la prendre à un autre.

_Lever_ un homme au café ou sur une promenade publique.

—À quelle heure vous _levez_-vous?

—Quand on me couche (Argot des filles).

=LEVER LA LETTRE=: Prendre les lettres dans la casse pour aligner les mots dans le composteur et former les phrases (Argot d’imprimerie).

=LEVER LE CUL DEVANT= (S’être): Être de mauvaise humeur.

On dit aussi: il est de mauvais poil (Argot du peuple).

=LEVER LE PIED=: =V.= _Mettre la clé sous la porte_.

=LICHANCE=: Repas épatant où les convives repus roulent sous la table.

—À la noce de mon cousin Bo-bosse, il y a eu une si _bath lichance_, que j’en ai _boulotté_ pour quinze jours (Argot du peuple).

=LICHE-FRITE=: Pommes de terre frites (Argot du peuple).

=LIGNARD=: =V.= _Fantaboche_.

=LIGOTTANTE=: La corde (Argot des voleurs).

=LIGOTTER=: Attacher les mains.

Quand le prisonnier est trop récalcitrant, on le ficèlle comme un saucisson (Argot du peuple).

=LIMACE=: =V.= _Rodeuse_.

=LIMACE=: Chemise (Argot du peuple).

=LIMANDE=: Plate comme une _limande_.

—Prends garde, ta _limande_ va te couper dans le _pieu_.

On dit également d’une femme qui a la _figure en lame de couteau_:

—Elle a une gueule de _limande_.

Quand elle grimace:

—Elle a une gueule de raie (Argot du peuple). =V.= _Sac à os_.

=LIME=: Diminutif de _limace_ (Argot des souteneurs).

=LIMER=: Fait qui se produit après trente ans de mariage (Argot du peuple).

=LIMONADE=: Eau.

Tomber dans la _limonade_, ce n’est pas «se laisser choir dans l’eau», comme le dit A. Delvau, c’est tomber dans la misère:—Il est tombé dans la _limonade_.

Il existe à ce sujet une chanson:

Ah! il est tombé dans la _limonade_.

(Argot du peuple). _N._

=LIMOUSINIER=: Voleur de tuyaux de plomb dans les maisons en construction.

Il se nomme également voleur de _gras double_, parce que les feuilles de plomb ou de zinc roulées ressemblent aux rouleaux de tripes que l’on voit à l’étalage des tripiers (Argot du peuple).

=LINCÉ=: Vingt-cinq centimes (Argot des voleurs).

=LINGE LAVÉ= (Avoir son):

Les voleurs en prison comme les troupiers, n’ont plus à s’occuper de la blanchisseuse (Argot des voleurs).

=LINGOT=: Forain qui met de la porcelaine ou de la verrerie en loterie.

La roue qui tourne pour indiquer le numéro gagnant se nomme un _lingot_ (Argot des forains). _N._

=LINGRE=: Couteau.

Quelques auteurs disent _lingue_, c’est une erreur, _lingre_ est une corruption de _Langres_, ville renommée pour la fabrication de ses couteaux (Argot des voleurs).

=LINGREUR=: Assassin qui tue à l’aide d’un couteau (Argot des voleurs).

=LINSPRE= ou =L’INSAPRÉ=: C’est plutôt cette dernière expression qui est la vraie, car elle signifie _inspecteur_ et non _prince_ (Argot des bouchers).

=LINVÉ=: Un franc (Argot des voleurs). _N._

=LIQUETTE=: =V.= _Limace_.

=LIQUIDE DE BACCHUS=: Vin (Argot du peuple).

=LIQUIDE DE CANARD=: Eau (Argot du peuple). =V.= _Lance_.

=LIRE AUX ASTRES=: Synonyme de _bailler à la lune_, mettre trois heures pour faire une course de cinq minutes (Argot du peuple). =V.= _Gobe-mouches_.

=LISDRÉ=: =V.= _Fricadier_.

=LITARGE=: =V.= _Lance_.

=LIVRAISON DE BOIS DEVANT LA PORTE=: =V.= _Capitonnée_.

=LOCANDIER=: =V.= _Bonjourier_.

=LOCANDIER=: Variété de voleur au bonjour (Argot des voleurs). =V.= _Bonjourier_.

=LOCHE=: Oreilles (Argot des voleurs). =V.= _Esgourdes_.

=LOCHE=: Paresseux, fainéant.

Allusion à la _loche_ qui se traîne péniblement.

On dit également: Paresseux comme un _loir_.

Le _loir_ dort au soleil (Argot du peuple). _N._

=LOCHER=: Branler, tomber.

—Tu _branles_ dans le manche, tu vas être renvoyé de ta place.

Ce à quoi les farceurs répondent:

—Tout ce qui _branle_ ne _tombe_ pas (Argot du peuple). _N._

=LOGER RUE DU CROISSANT=: Si tous les maris cocus devaient rester rue du Croissant, il faudrait prolonger cette rue jusqu’à Vincennes (Argot du peuple). =V.= _Joseph_. _N._

=LOITÉ=: Quinze centimes (Argot des voleurs). _N._

=LONG DU MUR= (Le): Les murs sont blancs; quand on s’y frotte, on blanchit ses effets.

Allusion à une bonne qui, avant d’entrer en place, demande ce qu’elle gagnera:

—Nourrie, vingt francs par mois, un jour de sortie.

—Et blanchie?

—Le _long des murs_ (Argot du peuple). _N._

=LONGE=: =V.= _Berge_.

=LOPHEUR=: Fabricant de faux papiers (Argot des voleurs).

=LOQUES=: Vieux vêtements usés jusqu’à la corde.

Cette expression s’applique également aux vieux morceaux de ferrailles qui servent d’enjeu aux enfants (Argot du peuple).

=LORCEFÉ DES PONIFFES=: Prison de Saint-Lazare (Argot des filles).

=LORGNE=: Borgne.

On dit aussi: _lorgnebé_. Le _borgne_ ne _lorgne_ que d’un œil.

On dit aussi: Il ne peut voir que d’_un bon œil_ (Argot du peuple).

=LOUCHONNE=: La cuillère (Argot des voleurs). _N._

=LOUF=: Abréviation de _loufoque_ (Argot du peuple).

=LOUFIARDER=: Vesser sourdement (Argot du peuple). _N._

=LOUFOQUE=: Fou (Argot des bouchers).

=LOUP=: =V.= _Contre-coup_.

=LOUPEUR=: Mauvais ouvrier qui flâne, qui tue le temps en _loupant_ pour attendre l’heure de la sortie et qui a plus souvent les yeux fixés sur la pendule que sur son ouvrage.

En 1848, un marchand de vins, boulevard de Belleville, avait pris pour enseigne: _Au camp de la loupe_, tenu par _Feignant_ (Argot du peuple).

=LOUPEUR=: Désigne le voleur qui, à la tombée de la nuit, vole des diamants chez les bijoutiers au moyen d’une _loupe_ à deux branches (Argot des voleurs).

=LOUP-CERVIER=: Alors que les _boursiers_ se réunissaient devant Tortoni, on les nommait ainsi.

Aujourd’hui, l’expression n’est plus en vogue, mais le _boursier_ est toujours synonyme de _loup-cervier_ (Argot des boursiers).

=LOUPIOT=: Enfant (Argot du peuple).

=LOURDIER= (Le): =V.= _Pessigner les lourdes_.

=LUISANT=: Le jour (Argot des voleurs). _N._

=LUISARD=: =V.= _Bourguignon_.

=LUMIGNON=: =V.= _Bourguignon_.

=LUNE= (La faire voir): Montrer son cul:

Quand j’étais petit je n’étais pas grand Je montrais mon cul à tous les passants.

Allusion à la rondeur; facile à comprendre (Argot du peuple).

=LUQUEUR=: Voleur qui escroque les gens à l’aide de faux papiers (Argot des voleurs).

=LUSQUINEUR=: Voleur qui s’habille en charbonnier pour dévaliser les haquets des véritables charbonniers. C’est une variété du _roulottier_ (Argot des voleurs).

=LUSQUIN=: Charbon (Argot des voleurs).

=LUSTRE=: =V.= _Palpeurs_.

M

=MAC=: Diminutif de maquereau.

Quelques-uns écrivent _mec_, d’autres _mecque_.

C’est _mac_ qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

=MACADAM=: Accoster les hommes. _L_. _L_.

On voit d’ici les filles faire le _macadam_ qui est la chaussée des boulevards, pour raccrocher sans doute les omnibus, les fiacres et les becs de gaz.

_Macadam_ est le nom donné à un vin blanc épais, venant soi-disant de Montbazillac, qui est vendu par les mastroquets au moment des vendanges (Argot du peuple). _N._

=MACARONER=: Vient de _macaron_.

_Macaron_ dans le peuple veut dire _huissier_; dans l’argot des voleurs, il veut dire _traître_.

Il est vrai qu’il n’y a pas grande différence entre les deux.

Un voleur est traître en _dénonçant_ ses complices; un huissier est traître vis-à-vis des malheureux (Argot des voleurs). _N._

=MACÉDOINE=: Combustible. _L. L._

_Macédoine_ est une salade composée de toutes sortes de légumes; on la nomme _salade russe_.

_Macédoine_ est également synonyme d’_arlequin_ (Argot du peuple). _N._

=MACHER LES MOTS= (Ne pas): Dire carrément à quelqu’un ce que l’on pense.

Parler grossièrement; ainsi, dans le peuple, quand on dit _merde_ à quelqu’un, on répond: _mâche_ (Argot du peuple). _N._

=MACROTIN=: Petit maquereau d’occasion qui glane par-ci par-là quelques sous, en attendant qu’il soit assez fort pour avoir une _marmite_ à lui seul.

Le petit _macrotin_ commence généralement à être _raton_ et _pégriot_ (Argot des souteneurs). _N._

=MACCHABÉE=: Cadavre.

Se dit plus particulièrement d’un noyé que les mariniers retirent de l’eau.

Les croque-morts disent aussi du mort qu’ils vont enlever:

—Emballons vivement le _macchabée_, il _fouette_ à en crever (Argot du peuple). =V.= _Bouffi_.

=MADAME LA RESSOURCE=: La marchande à la toilette, la brocanteuse, le mont-de-piété (ma tante), tous ces rongeurs sont _madame la Ressource_ pour les pauvres gens qui vendent ou engagent leurs dernières nippes (Argot du peuple).

=MADEMOISELLE DU BITUME=: Péripatétitienne qui foule le _bitume_ du matin au soir.

Le _bitume_, c’est son atelier, son champ de manœuvres, elle y règne en souveraine, elle l’a conquis à la pointe de ses bottines (Argot du peuple).

=MADEMOISELLE DU PONT NEUF=: Fille publique.

L’allusion est typique.

Comme sur le _Pont-neuf_ tout le monde y passe librement, avec cette différence, toutefois que le pont est à péage (Argot du peuple). _N._

=MADRICE=: Finesse.

Vient de _madré_.

—Il a _roulé_ le _palpeur_. Il est rien _madrice_, le _gonce_ (Argot des voleurs).

=MAGASIN DE BLANC=: Maison de tolérance.

Il est assez difficile d’expliquer le pourquoi de cette expression; elle vient sans doute de ce que dans le peuple, tous ceux qui vivent de la femme sont des _mangeurs de blanc_.

La maquerelle est dans ce cas (Argot du peuple). _N._

=MAGNES=: Abréviation de _manières_.

Magne est ici pour _façon_.

—Ne fais donc pas tant de _magnes_, il faut y aller carrément.

—Tu fais des _magnes_ ma vieille, ça ne prend pas (Argot du peuple). _N._

=MAILLOCHÉ= (Il est): Synonyme d’avoir reçu un coup de marteau.

On connaît la légende de Martin et Martine, de l’horloge de Cambrai, qui a donné naissance au dicton populaire pour qualifier un être déséquilibré:

—Il a passé à Cambrai, il a reçu un coup de marteau.

Mot à mot: _il est timbré_ (Argot du peuple). _N._

=MAILLOCHONS=: Les pieds.

Allusion au bruit que font les pieds en marchant.

—Ils frappent le pavé, ce qui produit des coups de _mailloche_ (Argot des voleurs). _N._

=MAÎTRES CHANTEURS=: Individus qui font payer des imbéciles pour acheter leur silence.

Il y en a de différentes catégories.

Le _maître chanteur_ financier qui fait _chanter_ les sociétés financières.

Le _maître chanteur_ qui se sert d’un _Jésus_ pour faire _chanter_ l’homme à passions contre nature.

Il y a des _maîtres chanteurs_ dans toutes les classes de la société (Argot du peuple).

=MAÎTRESSE DE PIANO=: Professeur qui apprend aux cocottes illettrées le moyen de tirer des carottes par correspondance à leurs amants.

En fait de musique elle coupe les cors et tire les cartes.

Elle procure au besoin (Argot des filles).

=MAJOR DE TABLE D’HÔTE=: Individu à tout faire, qui est maquereau à l’occasion.

Le _major_ a toutes les apparences d’un militaire en retraite; il porte à la boutonnière une rosette multicolore d’ordres exotiques. Le _major de table d’hôte_ est un _rastaquouère_ de premier ordre (Argot du peuple et des filles).

=MAL BLANCHI=: Nègre.

Une plaisanterie populaire très usitée consiste à dire à un nègre:

—Si on te conduit chez le commissaire, je ne te vois pas blanc (Argot du peuple). _N._

=MALADIE=: Emprisonné (Argot des voleurs).

=MALTAISE=: Pièce de vingt francs (Argot des voleurs). =V.= _Sigue_.

=MALTOUSE=: Contrebande.

Halbert d’Angers dit _pasquiner la maltouse_.

C’est une erreur; c’est _pastiquer_, parce que ce mot veut dire _passer_.

Mot à mot, _pastiquer_ la _maltouse_: passer de la contrebande, faire la fraude sur des objets soumis aux droits de l’octroi (Argot des voleurs).

=MAMAN-MACA=: Maquerelle qui tient une maison de tolérance.

Les pensionnaires appellent la tenancière _maman_; quand elle est vieille, ce qui est fréquent, elles y joignent le mot _maca_, abréviation de _macaque_ qui, dans le peuple, signifie _vieille guenon_ (Argot des filles). _N._

=MANCHE= (Faire la): Mendier, quêter.

Les voleurs restés en liberté font la _manche_ pour venir en aide à un camarade qui est en prison.

Les sœurs de charité font la _manche_ dans les maisons aisées pour soulager les pauvres et les malades des hôpitaux (Argot des voleurs). _N._

=MANCHE À MANCHE=: Quand deux adversaires ont perdu chacun une partie, ils sont _manche à manche_ (Argot des voleurs). =V.= _Belle_.

=MANCHON= (Avoir des vers dans son): Avoir le crâne dénudé par place.

Allusion aux mites qui font des stries dans les étoffes de laine (Argot du peuple).

=MANDOLLE= (En jeter une): Donner un soufilet à quelqu’un (Argot des voleurs). =V.= _Giroflée à cinq feuilles_.

=MANGER LA GRENOUILLE=: Caissier qui mange le contenu de la caisse.

Notaire qui vole les fonds qui lui sont confiés.

Sergent-major qui lève le pied avec la solde de sa compagnie.

Se dit en général de tous ceux qui _mangent_ l’argent qui ne leur appartient pas.

Cette expression vient de ce que, en Hollande, les banquiers avaient pour emblème protecteur, sur la serrure de leur coffre-fort, une _grenouille_ en bronze; lorsque le coffre-fort était fracturé, la _grenouille_ était déplacée. De là, _manger la grenouille_ (Argot du peuple). _N._

=MANGER LE MORCEAU=: Dénoncer ses complices, ou avouer ses méfaits (Argot des voleurs). =V.= _Mouton_.

=MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE=: Malheureux qui ne mange pas tous les jours.

—Ah! tu ne veux pas travailler, propre à rien, tu vas foutre le camp, tu _mangeras de la vache enragée_ (Argot du peuple).

=MANGER DU PAIN ET DU FROMAGE=: Repas de funérailles.

C’est une vieille coutume.

Quand on enterre un camarade, on _mange du pain et du fromage_, ou on casse la gueule à un lapin en souvenir du mort (Argot du peuple).

=MANGER LE BON DIEU=: Communier.

L’allusion est claire (Argot du peuple).

=MANGER SUR L’ORGUE=: Charger un complice.

Mot à mot: lui mettre ses méfaits sur le dos pour essayer de s’en décharger (Argot des voleurs).

=MANGEUR DE BLANC=: Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution.

L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).

=MANGEUSE DE VIANDE CRUE=: Cette figure dégoûtante, mais très caractéristique, désigne une fille publique qui a une certaine spécialité (Argot des souteneurs).

=MANNEQUIN= (Tu n’es qu’un): Pas grand’chose de bon.

_Mannequin_: individu guindé, habillé à la dernière mode.

Mot à mot, qui ressemble à un _mannequin_ exposé à la porte d’un tailleur.

_Mannequin_: hotte de chiffonnier (Argot du peuple).

=MANNEQUIN DE MACHABÉES=: Corbillard.

Allusion au _panier_ dans lequel est jeté le condamné après l’exécution (Argot des voleurs). =V.= _Omnibus de coni_.

=MAQUEREAU=: Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu _machar_, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles.

D’autres font dériver cette expression d’_aquarius_ ou d’_aquariolas_, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre _M_, _Maquariolus_, et que de là s’est formé le nom de _maquereau_.

D’autres encore affirment que ce mot vient du latin _macalarellus_, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, _Dictionnaire de police_, Bulenger _opuscul_.)

Quoi qu’il en soit, la signification du mot _maquereau_ est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes.

_Souteneur_, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un _maquereau légitime_ (Argot du peuple).

=MAQUERELLE=: Maîtresse de maisons de tolérance ou de maisons de rendez-vous, femme qui vit du travail des filles (Argot du peuple). =V.= _Maman-Maca_.

=MAQUECÉE=: Abbesse d’une maison de tolérance.

Vient des deux mots: _maq_, abréviation de _maquerelle_, et de _cé_, femme d’argent; de là _maquecée_ (Argot des souteneurs). _N._

=MAQUILLER=: Se farder le visage.

Pour réparer des _nuits_ l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le _maquille_ pour le faire accepter.

_Maquiller un tableau._ Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf.

Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le _maquilleur_ lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.

Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). _N._

=MAQUILLEUSE DE BRÊMES=: La tireuse de cartes.

Il en existe de célèbres dans le monde des filles. Elles font des recettes fructueuses.

La _maquilleuse de brêmes_ ne se borne pas à tirer les cartes, elle procure pour les deux sexes.

Généralement, c’est une ancienne fille sur le retour qui ne peut plus peloter que le valet de cœur (Argot des filles).

=MARBRE=: Ainsi nommé parce que c’est une table en fonte.

Table sur laquelle les typographes alignent les _paquets_ composant les articles.

_Avoir un article sur le marbre_: attendre son tour pour être imprimé.

Quand un article reste trop longtemps sur le marbre, il faut le distribuer.

_Marbre_ est une ironie pour les pauvres journalistes.

Leurs articles _refroidissent_ sur le marbre (Argot d’imprimerie). _N._

=MARCANDIER=: Cette expression désigne les marchands, quel que soit leur commerce (Argot des voleurs).

=MARCHAND DE MORT SUBITE=: Le maître d’armes et le bourreau.

Le maître d’armes apprend à ses élèves les moyens de tuer un homme proprement.

Le bourreau coupe la tête du condamné pour lui apprendre à vivre (Argot du peuple). _N._

=MARCHER DEDANS=: Mettre les pieds sur une _sentinelle_.

_Marcher dans la merde_, suivant un dicton populaire, cela porte bonheur.

On dit d’un homme heureux en toutes choses, à qui tout réussit:

—C’est pas possible, il a _marché dans la merde_.

On dit également:

—Il a _écrasé un colombin_ (Argot du peuple). _N._

=MARCHER SUR LE DERNIER QUARTIER=: User le restant de ses souliers.

Par dérision, on dit à un homme dont les souliers boivent l’eau du ruisseau:

—Tes _pafs_ sont _pochards_.

On dit encore:

—Tu vas t’enrhumer, tes _rigodons_ ont un courant d’air (Argot du peuple). _N._

=MARCHEUSE=: Belle femme qui figure à l’Opéra.

_Marcheuse_: la femme qui appelait les passants en termes très engageants; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison.

La _marcheuse_ était généralement un _beefteack à corbeau_ hors d’âge et de service.

Les _marcheuses_ furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

=MARGOT=: Femme de peu.

—Tu n’es qu’une sale _Margot_.

Pourquoi chercher dans _Margot_ le diminutif de _Marguerite_?

Toutes les _Marguerites_ ne sont pas de Bourgogne.

Il y en a qu’on aimerait à effeuiller.

On dit aussi _Margoton_ (Argot du peuple). _N._

=MARGOULETTE=: La bouche.

Il existe en Bourgogne des vases en terre vernissée qui ont un _goulot_ semblable à la bouche. Pour cette raison, on appelle ces vases des _goulettes_.

_Mar_ a tout simplement été ajouté, déformant le mot primitif pour en former un autre qui a le même sens, car les nourrices disent aux enfants:

—Viens que j’embrasse ta petite _goulette_.

_Rincer la margoulette_ à un ami, c’est lui payer à boire (Argot du peuple), _N._

=MARGOULIN=: Débiteur de mauvaises boissons.

Marchand de vin qui a une fontaine dans sa cave pour fabriquer le fameux cru de _Château la Pompe_.

_Margoulin_: méchant ouvrier, fainéant, grossier, brutal, qui lève plus souvent le coude qu’un marteau.

C’est, dans le peuple, un gros terme de mépris que de dire à un individu:

—Tu n’es qu’un _margoulin_! (Argot du peuple). _N._

=MARIAGE À LA DÉTREMPE=: Mariage à la colle. Quand elle est trop _détrempée_, le papier ne tient pas.

Autrefois, avant l’annexion de la banlieue à Paris, on disait:

—Ils sont mariés au treizième arrondissement.

Parce qu’il n’y en avait que douze.

Aujourd’hui on dit au vingt et unième, parce qu’il n’y en a que vingt (Argot du peuple). _N._

=MARIE-COUCHE-TOI-LA=: Femme qui se met sur le dos pour un oui ou un non.

Rôdeuse de caserne (Argot des troupiers). _N._

=MARIE-SAC-AU-DOS=: Femme toujours prête.

Allusion aux troupiers qui, quand le quartier est consigné en vue d’un événement quelconque, campent dans la cour de la caserne _sac au dos, prêts_ à partir (Argot des troupiers). =V.= _Rempardeuses_. _N._

=MARIE-PIQUE-REMPART=: Femme qui rôde la nuit sur les remparts, aux environs des postes de soldats.

On devine ce qu’elle _cherche_: un gîte et un restant de soupe.

Huit ou dix jours plus tard, le troupier sait ce qu’elle a _apporté_ (Argot des troupiers). _N._

=MARIOLE=: Malin, rusé, roublard.

On est _mariole_ ou on le fait.

Dans les ateliers, un _mariole_ passe pour un phénix.

_Mariole_ doit être pris ici comme synonyme de _marlou_.

—Tu n’as pas _coupé la patte à coco_, tu n’es pas si _mariole_ que ça, on pourrait bien _te river ton clou_.

Il existe une chanson qui dit:

Tant qu’il y aura des _pantes_, Les _marioles_ boulotteront.

(Argot du peuple et des souteneurs). =N.=

=MARKOUSE=: Carte marquée visiblement par le _bonneteur_. Mais aussitôt qu’elle a été vue par la dupe, elle est _démarquée_.

Il la devine, mais ce n’est plus la même (Argot des camelots).

=MARLOU=: Individu qui vit de la prostitution des femmes.

_Marlou_ vient du vieux mot _marlier_, avec un changement de finale (Argot des filles).

=MARLOU À LA MIE DE PAIN=: _Marlou_ qui ne sait pas faire travailler sa _marmite_ ou qui en a une récalcitrante.

Je lis dans les _Lamentations d’un souteneur_:

Quoi? C’est éteint... tu r’buttes au flanche. Y’a pu de trottinage à la clé. Des dattes pour que tu fass’ la planche, L’anse de la marmite est cassée.

(Argot des souteneurs). _N._

=MARLOUPIN=: Jeune _marlou_ qui fait son apprentissage dans les bals publics.

On dit aussi _goussepin_: petit vagabond dont la première étape est la petite Roquette et la dernière souvent, la grande.

_Goussepin gouspiné_: voler (Argot des voleurs).

=MARLOUSIER=: Malin, rusé, diminutif de _marlou_ (Argot des souteneurs).

=MARMITE=: D’après M. _Lorédan Larchey_, c’est une fille publique nourrissant son souteneur.

Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage, dit _Canler_.

_La marmite de terre_ est une prostituée qui ne gagne pas de _pognon_ à son souteneur.

La _marmite de fer_ commence à être cotée; elle gagne un peu de _galette_.

La _marmite de cuivre_, suivant _Halbert_, c’est une mine d’or.

_Marmite_, d’après _Pierre_, est une femme qui n’abandonne pas son mari ou son amant en prison et lui porte des secours.

Le peuple qui ne cherche ni si haut ni si loin, considère tout tranquillement la femme comme une _marmite_.

Quand elle trompe son mari avec son consentement, _elle fait bouillir la marmite_.

Quand elle fait la noce pour son compte, qu’elle ne rapporte pas, _il y a un crêpe sur la marmite_ (Argot du peuple). _N._

=MARMITE ANARCHISTE=: Comme la précédente, celle-là ne rapporte pas; elle fait sauter—pas les écus, mais les maisons.

C’est une _marmite_ qui n’est guère en faveur, car elle fait perdre la tête (Argot du peuple). _N._

=MARMITEUX=: Homme qui a sans cesse la larme à l’œil.

Corruption par extension du mot _miteux_ (qui a la cire aux yeux) (Argot du peuple). _N._

=MARMITON DE DOMANGE=: Vidangeur.

On dit aussi: _marmiton de Richer_ (Argot du peuple).

=MARMOTTE=: Madras que les marchandes portent encore sur la tête en guise de coiffure.

_Marmotte_: diminutif de _marmite_.

—Tu n’es qu’une sale _marmotte_ (Argot du peuple).

=MARMOUSET=: Le pot au feu.