Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 12
=ICIGO=: Ici.
On dit aussi _icicaille_.
_Icicaille_ est un vieux mot français; on le trouve en effet dans une édition du _Jargon_, imprimée à Troyes, de 1686 à 1711.
_Icicaille_ est le théâtre Du petit _Dardant_.
On avait attribué cet opuscule à Cartouche, le célèbre voleur, mais M. Marcel Schwob détruit cette légende.
Il faut croire que les voleurs ont le respect de la tradition, puisque le mot _icicaille_ est encore en usage (Argot des voleurs).
=IL PLEUT=: Quand un étranger pénètre dans un atelier de compositeurs-typographes, les ouvriers crient: _il pleut_ pour avertir.
_Il pleut_ veut dire: silence.
Ce mot est en usage chez les forains; quand un pitre allonge par trop son boniment, le patron lui dit:
—_Écoute s’il pleut_ (silence).
_Il pleut_ est également un terme ironique, une façon de répondre négativement à une demande:
Prête-moi cent sous.
—_Il pleut._
(Argot du peuple). _N._
=IMPAIR=: Commettre un _impair_: _se couper_ dans un interrogatoire et dire ce qu’il ne faudrait pas.
Faire un _impair_ à quelqu’un, c’est lui manquer de respect.
_Impair_: commettre une faute, se tromper dans l’appréciation de la valeur d’une affaire.
Aller un peu trop de l’avant, c’est commettre un _impair_ (Argot du peuple). _N._
=INCONOBRÉ=: Inconnu ou étranger.
On dit aussi: _inconnu au bataillon_ (Argot des voleurs).
=INSÉPARABLE=: Cigare à sept centimes et demi.
Petites perruches.
Femmes qui s’aiment (Argot du peuple). =V.= _Accouplée_.
=INSINUANT=: Pharmacien.
Malgré l’invention du docteur Eguisier, qui permet avec le petit appareil que l’on sait, d’opérer seul, le mot _insinuant_ est resté pour caractériser le pharmacien, descendant de l’apothicaire _Flutencul_, qui _insinuait_ la canule de la seringue dans le derrière du malade (Argot du peuple).
=INSOUMISE=: Fille en carte qui s’affranchit volontairement de la visite sanitaire imposée par le règlement.
Les _insoumises_ sont très nombreuses à Paris et forment la majeure partie du personnel de la prostitution (Argot des filles). _N._
=INSPECTER LES PAVÉS=: Fille qui raccroche à la _flan_ (au hasard).
Elle espère voir surgir des clients (Argot des filles). _N._
=INSPIRÉ=: Le front (Argot des voleurs). _N._
=INTERMITTENTE=: Femme qui fréquente par intervalle irrégulier, suivant les besoins de son ménage, les maisons de rendez-vous; elle est toujours servie comme _nouvelle_ aux étrangers (Argot des filles). _N._
=ISOLÉE=: Fille publique qui travaille seule dans les rues, loin de son quartier, et qui n’a pas de souteneur.
L’_isolée fait_ les bureaux d’omnibus, les jardins publics, les églises et les cimetières (Argot des filles). _N._
=ITALO=: Abréviation d’Italien (Argot du peuple).
=INVALO=: Invalide.
Il est à remarquer que l’argot moderne a une tendance à transformer la finale de la plupart des expressions: sergent, _sergot_; mendiant, _mendigot_; Saint-Lazare, _Saint-Lago_, etc.
Ce procédé est des plus simples; il suffit de couper le mot et d’y ajouter le suffixe _o_: invalide, _invalo_ (Argot du peuple). _N._
J
=JABOT=: La gorge.
Allusion au jabot du dindon.
Dans l’argot des voleurs, on dit aussi _étal_, sans doute par analogie avec l’_étal_ du boucher, sur lequel il passe toutes sortes de viandes (Argot des voleurs). _N._
=JABOT= (S’arroser le): Boire.
—Toute la _tine_ s’arrose le _jabot_ (Argot des voleurs). _N._
=JACQUES=: Sou (Argot du peuple). =V.= _Fricadier_.
_Jacques_: mollets (Argot du peuple). =V.= _Jacquots_.
=JACQUELINE=: Grisette.
—J’ai été promener ma petite _jacqueline_ (Argot du peuple). _N._
=JACQUOT=: Niais, bavard importun. _A. D._
_Jacquot_: mollet (Argot du peuple). _N._
=JACOBIN=: Pince à l’usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_. _N._
=JACTE=: Crie (Argot des voleurs).
=JACTER=: Parler, crier.
Si quelque _pante_ Se glisse et entre Et se permet Chez nous de faire du _pet_ On l’_saigne_, on l’_frotte_, Et c’est fini par là. S’il se _cavale_ et _jacte_ dans la rue Pour ameuter tous les daims contre nous,
dit une des plus vieilles chansons d’argot connue.
_Jacter_ vient sûrement de _jactare_ (Argot des voleurs).
=JAFFLES= ou =JAFFES=: Les joues.
En Normandie, on dit _jaffe_ pour _soufflet_ (Argot du peuple).
=JAMBES EN L’AIR=: Potence. _A. D._
Il est vrai que le _pendu_ a les _jambes_ en l’air; mais le peuple ne donne pas du tout le même sens à cette expression quand il dit: _faire une partie de jambes en l’air_.
Généralement cette _partie_ se joue sans témoins.
Ce jeu est connu chez tous les peuples (Argot du peuple). _N._
=JAMBES EN MANCHE DE VESTE=: Individu mal bâti, tordu, qui festonne en marchant (Argot du peuple). _N._
=JAMBES DE LAINE=: Individu peu solide sur ses jambes.
Quand un homme sort de l’hôpital, il a généralement des _jambes_ de laine: il flageole.
Autrefois on disait, pour exprimer la même image: _jambes de coton_ (Argot du peuple). _N._
=JAMBONNEAU=: Les cuisses (Argot du peuple). =V.= _Boudinots_.
=JARDINER=: Médire de quelqu’un, fouiller dans sa vie, comme le _jardinier_ fouille dans la terre pour en mettre à jour les coins les plus secrets.
_Jardiner_ est synonyme de _bêcher_ (Argot du peuple). _N._
=JARDINIER=: Nom donné au complice des voleurs _à l’américaine_ (Argot des voleurs).
=JARNAFFLE= ou =JARNAFFE=: Jarretière (Argot des voleurs).
=JASANTE=: Prière.
—Y me fait suer le _ratichon_ avec sa _jasante_ en _latimpem_ (Argot des voleurs).
=JASPINER=: Signe convenu d’aboyer sur la voie publique pendant que des complices dévalisent les poches des badauds (Argot des voleurs).
=JAVARD=: Lin que les paysans mettent en _javelles_ avant le _rouissage_ (Argot des voleurs). _N._
=J’MENFOUTISTE=: Gens qui se foutent de tout et de tous.
Cette catégorie devient chaque jour de plus en plus nombreuse.
—Que pensez-vous de la politique?
—_J’m’en fous._
—Votre femme vous trompe.
—_J’m’en fous_ (Argot du peuple). _N._
=JE ME LA BRISE=: Je m’en vais.
Quand un individu vous ennuie, dans le peuple on lui dit sans façon:
—Tu peux te la _briser_, il y aura moins de perte qu’une pièce de vin (Argot du peuple). _N._
=J’EN AI MON PIED=: J’en ai assez.
J’_en ai soupé_ signifie la même chose.
_J’ai soupé de ta fiole_, de même.
_Donne-moi mon pied_ veut dire: Donnez-moi ma _part_.
Ça fait le _pied_, synonyme de ça fait le _joint_ (l’affaire) (Argot des voleurs). _N._
=JÉSUITE=: Dindon.
Ce sont les _jésuites_ qui, en 1570, ont introduit le dindon en France; mais tous ceux qui ont été leurs victimes ne pensent pas comme les voleurs (Argot des voleurs).
=JÉSUS=: Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses.
Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).
=JETER SON BONNET PAR DESSUS LES MOULINS=: Traîner sa fleur d’oranger dans les ruisseaux (Argot du peuple).
=JETER UN FROID=: Au milieu d’une soirée joyeuse, raconter une histoire macabre.
L’invité au maître de la maison:
—Quelle est donc cette horrible femme, laide, vieille, sèche et revêche qui fait tapisserie.
—C’est ma sœur.
Voilà qui s’appelle _jeter un froid_ (Argot du peuple).
=JEUNE HOMME= (Avoir son): Être ivre (Argot du peuple).
=JEUNE HOMME= (Suivez-moi): Rubans que les femmes laissent pendre sur leur dos (Argot du peuple). _N._
=JONC=: Or (Argot des voleurs).
=JONCS=: Lit des prisonniers.
Allusion à la dureté de la paille des matelas (Argot des voleurs). =V.= _Plumes de beauce_.
=JONQUILLE=: Cocu.
Allusion à la couleur jaune qui est l’emblème des prédestinés (Argot du peuple).
=JORNE=: Le jour (Argot des voleurs). _N._
=JOSEPH=: Homme trop chaste. _A. D._
_Joseph_, dans le peuple, est le patron des _cocus_.
On ne dit pas: tu fais ton _Joseph_, mais bien: tu es un _Joseph_, à celui qui a assez de _cornes_ sur la tête pour alimenter de manches une fabrique de couteaux (Argot du peuple). _N._
=JOSÉPHINE=: Mijaurée, bégueule. _A. D._
_Joséphine_ est le nom donné à la tête de carton sur laquelle les modistes essayent l’effet des chapeaux avant de les ajuster sur la tête de la cliente (Argot du peuple). _N._
=JOUER À LA MAIN=
=CHAUDE=: Être guillotiné.
Cette expression n’est plus juste, car, comme autrefois, le condamné ne s’agenouille plus pour recevoir le coup fatal, il est couché sur la planche.
On dit: _Il fait la planche_ (Argot des voleurs). _N._
=JOUER UN AIR DE VIOLON=: Prisonnier qui scie les barreaux de sa cellule pour s’évader (Argot des voleurs).
=JOUER UN PIED DE COCHON=: Jouer un bon tour à quelqu’un; s’en aller, le laisser en plan au moment de payer son écot, sachant qu’il est sans le sou (Argot du peuple). _N._
=JOUR DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE= (Le): Le jour de l’exécution d’un condamné.
À la prison de la Roquette, le jour d’une exécution, les prisonniers ne descendent pas à l’atelier, à l’heure réglementaire, ils savent ce que cela veut dire: c’est le _jour de la Saint-Jean-Baptiste_: on décolle un copain (Argot des voleurs).
=JOURNAILLE=: La journée.
On dit d’un paresseux qu’il trouve la _journaille_ plus longue que la queue au pain (Argot du peuple).
=JOURNALISTES À RICHER=: Les vidangeurs.
Cette expression vient d’un mauvais calembour.
_Les journalistes_ publient souvent des _fausses nouvelles_.
_Les vidangeurs_ recherchent les _fosses nouvelles_ (Argot du peuple). _N._
=JUDÉE=: La préfecture de police.
Ce mot n’est plus en circulation depuis la démolition de la rue de _Jérusalem_ (Argot des voleurs).
=JUGE DE PAIX=: Le lit.
Dans le peuple, on trouve qu’après une dispute et même une bataille, le lit est un instrument de raccommodement.
Cette expression vient d’une enseigne d’un marchand de meubles établi boulevard de Belleville.
L’enseigne figurait un lit complet, et sur l’oreiller placé au milieu, il y avait cette inscription:
=Au Juge de Paix= (Argot du peuple). _N._
=JUGE DE PAIX=: Un cornet contenant trois dés, la partie qui se nomme _zanzibar_ se joue sur le comptoir du marchand de vins.
Ce jeu est ainsi appelé parce qu’il met les joueurs d’accord (Argot du peuple). _N._
=JUGEOTTE= (En avoir):
Bien _juger_ les choses, avoir un _jugement_ sain (Argot du peuple).
=JULES=: Pot de chambre (Argot du peuple). =V.= _Goguenot_.
=JUS DE CHAPEAU=: Mauvais café, celui que les femmes vendent le matin au coin des rues, aux ouvriers qui se rendent à leur travail.
Quand il pleut sur un _chapeau_, le _jus_ a exactement la couleur de ce café (Argot du peuple).
=JUTEUX=: Il a du _jus_, il est _rupin_.
Une affaire est _juteuse_, quand elle donne beaucoup de bénéfices.
Tomber à l’eau, c’est tomber dans le _jus_.
Boire du vin, licher un coup de _jus_.
Faire du _jus_, faire de l’embarras (Argot du peuple). _N._
K
=KANGUROO= (Le vol au):
Ce vol consiste à engloutir les dentelles ou les coupons volés aux étalages dans une vaste poche dissimulée sous la robe (Argot des voleurs).
=KILO=: Litre (Argot du peuple). _N._
=KLÉBER=: Manger.
Ce mot vient du russe _kleb_ (manger).
Nos soldats l’ont rapporté de la guerre de Crimée, et il est resté en usage dans le peuple (Argot du peuple).
L
=LAC= (Être dans le): Être pendu. _L. L._
_Être dans le lac_, c’est ne plus rien avoir à espérer, être aussi bas que possible.
_Lac_, ici, est synonyme de _lacet_, être _enlacé_, pris par la misère, _enserré_ dans les filets d’une femme ou d’un usurier, comme le pauvre oiseau dans le _lac_ du braconnier (Argot du peuple). _N._
=LACETS=: Menottes.
Le gendarme ou l’agent sont des marchands de _passe-lacets_ (Argot des voleurs). =V.= _Alliances_.
=LACHARD=: Diamant de vitrier (Argot des voleurs). _N._
=LÂCHER LA BONDE=: Se comprend de deux manières.
_Lâcher la bonde_: faire ses besoins.
_Lâcher la bonde_ à son tempérament: donner cours à sa violence, à son mauvais caractère.
Dans les ateliers, quand le _contre-coup_ gueule trop fort, on dit: Gare, il a _lâché sa bonde_ (Argot du peuple). _N._
=LÂCHEZ-MOI D’UN CRAN=: Allez-vous en.
Compliment peu flatteur fait habituellement aux gens qui vous importunent.
On _lâche_ sa ceinture _d’un cran_ quand on a trop mangé.
On la _serre d’un cran_ quand on a faim.
On _lâche_ sa femme ou sa maîtresse _d’un cran_ quand elle est par trop embêtante.
Mourir, c’est _lâcher_ la vie _d’un cran_.
Quand un homme est maussade en société, on lui dit:
—Allons, _lâchez-vous d’un cran_, déboutonnez-vous.
Ce à quoi un farceur répond.—Ah! non, il y a des dames.
On dit aussi: _remonter d’un cran_ dans l’estime du monde (Argot du peuple). _N._
=LÂCHER LES ÉCLUSES=: Pisser.
L’allusion est juste, malgré que cela ne fasse pas monter la Seine.
On dit aussi: mon pantalon ne tient pas l’eau (Argot du peuple). _N._
=LÂCHER LA RAMPE=: Mourir (Argot des serruriers).
=LÂCHER SON GAZ=: Éternuer bruyamment, par en bas.
Quand cela arrive à quelqu’un dans la rue, les gamins lui disent:
—Dieu vous bénisse! (Argot du peuple). _N._
=LÂCHER UNE TUBÉREUSE=: Pet foireux qui répand une odeur qui ne rappelle pas précisément la rose (Argot du peuple).
=LÂCHER UNE SOURNOISE=: Vesser en sourdine.
Pet avorté (Argot du peuple).
=LACHETON=: Diamant de vitrier (Argot du peuple). =V.= _Lachard_.
=LAFFE=: Soupe.
On dit aussi: _mouise_, _tambouille_.
Les maçons disent _mortier_, parce qu’ils empilent du pain dans le bol tant qu’il en peut tenir, ce qui forme une pâtée épaisse qui ressemble à du _mortier_ (Argot du peuple). _N._
=LAISSEZ PISSER LE MÉRINOS=: Ne vous tourmentez pas, laissez marcher les choses, elles vont bien.
Autrefois on disait: _Laissez pisser le mouton_, ce qui est absolument la même chose (Argot du peuple).
=LAISSER TOMBER UNE PERLE=: Ces _perles_-là ne pourraient guère se mettre aux oreilles des dames car elles n’ont pas le parfum de celles de la gazelle (Argot du peuple). =V.= _Pousser sa moulure_.
=LAIT À BRODER=: Encre.
Dans les prisons, quand le _lazagneur_ écrit une lettre pour un camarade, il dit qu’il se sert du _lait à brodancher_ pour attendrir celui à qui on écrit.
_Brodancher_ pour _broder_.
_Encre_ est ici une figure, car souvent c’est le _lait_ qui en sert.
Dans les prisons on sait que toutes les lettres des détenus adressées à des parents ou à des amis passent par le greffe.
Le greffier ou le directeur lit la lettre et si elle ne contient rien de contraire au règlement il la vise par ce signe: =V.=
Le plus grand souci des prisonniers est d’éviter cette formalité gênante surtout si la lettre est adressée à un complice.
Alors ils emploient le _lait_ pour écrire entre les lignes écrites à l’_encre_.
Pour cela il faut du _lait_ écrémé et du papier non glacé, parce que l’écriture serait grasse, brillante et la supercherie serait apparente.
Pour faire apparaître l’écriture il suffit de frapper fortement la lettre avec un chausson plein de poussière; la poussière s’attache aux caractères qui deviennent lisibles.
Autrefois dans les prisons on se servait d’oignons, mais le truc fut découvert, on n’en vend plus dans les cantines, tandis que l’on y trouve du _lait_ (Argot des voleurs). _N._
=LAMPISTRON=: Lanterne.
Vient de _lampiste_, c’est le mot déformé (Argot des voleurs). =V.= _Brulotte_. _N._
=LANCE=: Eau, pluie.
—Il tombe de la _lance_ à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.
=LANCIER DU PRÉFET=: Balayeur.
Allusion au long manche du balai qui ressemble à celui de la lance des lanciers (Argot du peuple).
=LANGUE DE CHAT=: Petit morceau de savon très mince, en forme de _langue de chat_, que les vagabonds portent constamment dans leur poche.
On nomme aussi _langue de chat_, une sorte de petit gâteau sec que l’on mange en buvant du thé (Argot du peuple). _N._
=LANSQUAILLER=: Faire ses besoins.
Je viens de mettre dans un trou rond Ce qu’un jour avec impudence Le ministre Thiers sur un balcon Fit voir aux citoyens de France.
Ce quatrain est de Gérard de Nerval (Argot des voleurs).
=LANSQUINE=: Eau, pluie (Argot du peuple). =V.= _Lance_.
=LANSQUINER=: Pleuvoir.
—Il _lansquine_ à torrent.
_Lansquiner des chasses_: Pleurer.
La pluie tombe des yeux (Argot du peuple).
=LANSQUINEUR=: Petit mendiant qui fait semblant de pleurer à chaudes larmes sur la voie publique pour attendrir les passants (Argot du peuple).
=LANTERNER=: Faire une chose mollement, accomplir un travail à regret: _lanterner_ pour l’achever.
_Lanterner_: synonyme de _muser_ (abréviation de s’_amuser_). Marcher comme un chien qu’on fouette (Argot du peuple).
=LANDIER=: Employé de l’octroi.
Autrefois, lorsque la foire du _landit_ battait son plein, toutes les marchandises devaient payer un droit fixe, des employés étaient préposés pour le percevoir; les fraudeurs nombreux les nommaient les _landiers_.
Dans le peuple, on dit des _gabelous_, en souvenir de la _gabelle_ (Argot du peuple).
=LANDIÈRE=: Boutique de marchand forain.
Ce mot est également un souvenir de la célèbre foire du _landit_ où les escholiers de la rue du Fouarre allaient en procession s’approvisionner de papier.
Une chronique du temps dit que la tête de la colonne était à la Plaine-Saint-Denis, alors que la queue était encore sur le parvis Notre-Dame (Argot des forains).
=LANTIPONNER=: Synonyme de _rasoir_ et de _bassinant_.
Généralement, les concierges passent leur temps à _lantiponner_, c’est-à-dire à bavarder (Argot du peuple).
=LAPIN= (En poser un): Promettre cinq louis à une fille, ne pas les lui donner et lui faire son mouchoir.
Faire attendre quelqu’un dans la rue par dix degrés de froid (Argot des filles). _N._
=LAPIN FERRÉ=: Gendarme à cheval (Argot des voleurs).
=LAPIN= (Un rude): Homme fort, un risque tout, en tout et en toutes choses.
Dans le peuple, une femme dit:
—Mon homme est un rude _lapin_ (Argot du peuple). _N._
=LAPIN DE COLLIDOR=: Domestique.
Quand une femme vient aux halles accompagnée d’un _larbin_, les marchandes, en remettant les achats au domestique pour les porter à la voiture, lui disent:
—Tiens, mon vieux _lapin de collidor_ (Argot du peuple). _N._
=LAPINEUR=: Genre de vol accompli par le conducteur d’omnibus qui _oublie_ de sonner les voyageurs.
_Lapineur_ vient sans doute du nom du voyageur, qu’on désignait jadis sous le nom de _lapin_ (Argot des voleurs).
=LARBIN=: Domestique (Argot du peuple).
=LARBINIER=: Complice qui se déguise en domestique pendant que le _cambrioleur_ opère.
C’est le _larbinier_ qui va préalablement en reconnaissance pour préparer le vol (Argot des voleurs).
=LARD= (Vieux): Terme de mépris employé pour qualifier les vieilles rouleuses.
Superlatif: _Vieux lard rance_ (Argot du peuple). _N._
=LARDON=: Enfant.
Diminutif de _lard_.
Dans le peuple, pour la _chair_ de l’homme ou de la femme, on dit: le _lard_; comme l’_enfant_ est le produit des deux sexes, de là, _lardon_.
Quand quelqu’un, dans une conversation, vous _pique_ à chaque moment, on dit:
—As-tu bientôt fini de me _larder_?
Allusion au veau que le charcutier _pique_ de _lardons_ (Argot du peuple). _N._
=LARGUE=: Femme publique.
Les voleurs disent _larguepé_ par une adjonction de finale.
M. Marcel Schwob dit que _largue_ s’explique par _marque_ (Villon. _J. de l’arg._), qu’on a eu _lasquemé_, puis que la finale _mé_ est tombée; de là _largue_.
Halbert d’Angers donne _largue_ ou _lasque_.
C’est _largue_ qui a subsisté (Argot des voleurs).
=LARMON=: Étain (Argot des voleurs). _N._
=LARTIF= ou =LARTILLE=: Pain (Argot des voleurs). =V.= _Bricheton_.
=LARTON=: Pain (Argot des voleurs). =V.= _Bricheton_.
=LARTONNIER=: Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les boutiques de boulangers.
_Lartonnier_ est impropre; on devrait dire _lartonneur_ (Argot des voleurs). _N._
=LASQUÉ=: Vingt centimes (Argot des voleurs). _N._
=LA SEMAINE DES QUATRE JEUDIS=: On dit d’une personne sale et crasseuse qu’elle se débarbouille _la semaine des quatre jeudis_, c’est-à-dire jamais.
Un paresseux ne travaille jamais que cette semaine-là.
—Quand allez-vous me paver mon terme? demande un propriétaire à son locataire.
—_La semaine des quatre jeudis._
Cette expression est synonyme de remettre aux _calendes grecques_ (Argot du peuple). _N._
=LA TABLE EST MISE=: Les enfants du peuple portent des pantalons fendus par derrière, on en comprend la raison.
Quand le moutard a fait ses besoins, il oublie de rentrer sa chemise; il en passe toujours un lambeau, souvent taché de _moutarde_; les gamins lui crient:
—_La table est mise._
Allusion à la _nappe_ (Argot du peuple). _N._
=LATIF=: Linge blanc (Argot des voleurs).
=LAUMIR=: Perdre.
—Il a _laumi_ son _pognon_ (Argot des voleurs).
=LAVER=: Vendre ses _frusques_.
On dit aussi _nettoyer son complet_ (Argot du peuple).
=LAVER LA VAISSELLE=: =V.= _Descendre à la crémerie_.
=LAVER SON LINGE= (Avoir): Le condamné qui a subi sa peine a _lavé son linge_.
Il sort de prison _blanc_ comme neige (Argot des voleurs).
=LAVER SON LINGE SALE EN FAMILLE=: Se disputer dans son intérieur, se faire des reproches sanglants (Argot du peuple). _N._
=LAVEUR=: Complice qui vend aux recéleurs les effets volés (Argot des voleurs).
=LAVETTE=: Langue.
Dans le peuple, cette expression veut dire _mou_.
On dit aussi: _Mou comme une chiffe_, apocope de _chiffon rouge_, langue (Argot des voleurs). _N._
=LAVOIR=: Confessionnal.
Mot à mot, on y lave sa conscience (Argot des voleurs). =V.= _Planche à lavement_.
=LAZAGNE=: Lettre (Argot des voleurs).
=LAZAGNEUR=: Prisonnier qui écrit pour ses camarades de prison (Argot des voleurs).
=LAZZI-LOFF=: M. Prudhomme tient son fils par la main, un collégien de quinze ans, rue Notre-Dame-de-Lorette; il hèle l’omnibus Batignolles-Clichy-Odéon:
—Conducteur, vous passez rue de Tournon, devant chez Ricord?
—Oui, Monsieur.
Alors, poussant son fils dans la voiture:
—Montez, petit cochon!
(Argot du peuple). =V.= _Chaude-lance_.
=LE 36 DU MOIS=: Réponse à un créancier qui demande:
—Quand me paierez-vous? (Argot du peuple). _N._
=LÉCHARD=: Jeune homme (Argot des voleurs). _N._
=LÈCHE-CUL=: =V.= _Fleure-fesse_.
=LÉCHER=: Peindre un tableau avec un soin méticuleux.
Dans les ateliers, on dit d’un peintre _lécheur_ qu’il fait de la peinture de demoiselle (Argot des artistes peintres). _N._
=LECTURE= (Être en): Femme occupée sur sa chaise longue (Argot des filles). _N._
=LÉDÉ=: Dix centimes (Argot des voleurs). _N._
=LÈGRE=: Foire, marché (Argot des voleurs). =V.= _Légreur_.
=LEGRER=: Lever, tromper (Argot des voleurs). _N._
=LÉGREUR= (Le): Est un forain qui tient un jeu dans les foires et qui annonce, pour allécher le public, des lots imaginaires (Argot des voleurs). _N._
=LÉON=: Le président de la cour d’assises.
—Quelle _tapette_, le _léon_ de la _planche à pain_.
_Léon_, dans le peuple, est employé à tout propos:—
—Vas y _Léon_, tape dessus (Argot du peuple).
=LENTILLE=: Punaise (Argot des voleurs). _N._
=LESBONDE=: =V.= _Accouplée_.
=LES ROUTES SONT SURES ICI, ON NE VERSE PAS SOUVENT=: Exclamation d’un ivrogne dans une maison où l’on verse à boire avec parcimonie (Argot du peuple). _N._
=LES TOILES SE TOUCHENT=: Cette expression signifie ne pas avoir d’argent: les _toiles_ des poches se touchent (Argot du peuple). _N._
=LES VINGT-HUIT JOURS=: Quand les réservistes partent, ils emportent généralement dans un mouchoir quelques menus objets de toilette.
Quand les agents arrêtent un individu, on le conduit au poste de police où on le fouille très minutieusement; les objets qu’il possède sont enveloppés dans un mouchoir. Quand le lendemain, à 9 heures du matin, on le conduit au bureau du commissaire de police, l’agent qui le tient porte le petit paquet; comme généralement ils sont huit ou dix à la file, quand ils passent, le peuple dit par allusion: Tiens! _les vingt-huit jours!_ (Argot du peuple). _N._
=LESSIVANT=: Avocat d’office (Argot des voleurs).
=LESSIVEUR=: Avocat.
Il y a souvent des clients qui en ont besoin d’une rude de _lessive_ pour blanchir leur conscience. =V.= _Blanchisseur_.