Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Part 11

Chapter 113,354 wordsPublic domain

=GAU PICANDI=: _Pou_ qui _pique_.

Quand il provoque des démangeaisons trop vives, qu’il _pique_ trop fort, comme aux jours d’orages, par exemple, pour s’en débarrasser on le tue; cela s’appelle: _basourdir un gau_ (Argot du peuple).

=GAVIOT=: Le gosier.

Serrer le _gaviot_: faire passer le goût du pain.

Mot à mot: étrangler un individu (Argot du peuple). =V.= _Qui-Qui_.

=GAYE=: Cheval.

Quand le cheval est vieux on dit qu’il est une _rosse_ (Argot des maquignons).

=GENDARME=: Fer à repasser.

_Gendarme_ est le nom du fabricant le plus renommé (Argot des blanchisseuses).

=GÊNÉ=: Malheureux momentanément, embarrassé dans ses affaires.

_Gêné_ dans ses entournures: être habillé trop étroitement.

_Gêné_ par quelqu’un: n’avoir pas ses coudées franches, être tenu en laisse.

_Gêné_: être mal à l’aise dans un milieu auquel on n’est pas habitué.

Dans le peuple, _gêné_ a une signification toute différente.

Quand une femme a un amant, elle lui dit au moment psychologique:

—Fais comme mon mari, _gêne-toi_ (Argot du peuple). _N._

=GÉNÉRAL PAVÉ=: Les filles publiques qui arpentent les rues du matin au soir à la recherche de clients sont entretenues par ce _général_, qui est souvent bien dur pour elles.

L’allusion est claire (Argot du peuple). _N._

=GERBE=: Prison.

_Gerbé_: condamné.

_Gerbé à vioc_: être condamné aux travaux forcés à perpétuité.

_Gerbé à la passe_: condamné à mort (Argot des voleurs).

=GERBIER=: président de la Cour d’assises (Argot des voleurs).

=GERCE=: Femme (Argot du peuple).

=GERMINYSER=: Membre d’un cercle catholique qui cherche à pénétrer dans un centre ouvrier.

La condamnation qui frappa un personnage célèbre reconnu coupable d’un délit, qui n’était assurément qu’un acte de folie érotique a donné naissance à cette expression devenue populaire (Argot du peuple).

=GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE=: Il existe des industriels qui, la nuit, vont chasser les chats!

Ils les fourrent dans un sac de toile, les dépouillent, puis les vendent aux restaurateurs de bas-étage qui les transforment en _lapin sauté_ ou en _lapin chasseur_.

Ils les préparent plus particulièrement en _gibelotte_ parce que le vin et les épices atténuent un peu l’odeur sauvage du chat-lapin.

Dans les portions servies au public, jamais il n’y a de tête; elle ferait reconnaître facilement la nature du _lapin_ (Argot du peuple).

=GIGOLETTE=: Fille des faubourgs qui, à l’âge où les autres vont encore à l’école, a déjà jeté son bonnet par dessus la Tour Eiffel.

La _gigolette_ travail pour l’amour de l’art.

Comme elle fréquente les bals publics où elle _gigotte_ avec frénésie, l’expression _gigolette_ est indiquée (Argot du peuple).

=GIGOLO=: L’amoureux de la _gigolette_. Un vieux refrain très populaire, dit:

Si tu veux être ma _gigolette_ Moi, je serai ton _gigolo_.

_Gigolo_ s’applique aussi à un individu peu aimable.

—Qu’est-ce qui nous a foutu un _gigolo_ aussi _bassinant_ que toi (Argot du peuple).

=GIGOTS=: Les cuisses.

—Mon cher elle a des _gigots épastrouillants_, c’est de la _bidoche_ première catégorie (Argot du peuple). =V.= _Boudinots_.

=GIBIER DE POTENCE=: Filou, voleur, souteneur; tous ceux qui, en un mot, se mettent en dehors des lois et sont justiciables de la _planche à pain_ ou du _carré des petites gerbes_ (Argot du peuple).

=GILET=: La poitrine.

On dit d’une femme qui en possède une copieuse:

—La nature a _rien_ été généreuse, _pige_ donc le _bath devant de gilet_.

On dit également:

—Elle a un rude plastron.

Cela a donné naissance à un jeu de mots que les farceurs ne manquent jamais de faire. À l’époque des élections, ils arrêtent une fille dans la rue et lui demandent:

—Mademoiselle, pour qui _vos têtons_?

Une autre plaisanterie est encore commune:

—Mademoiselle qu’avez-vous donc dans votre corset?

—Du foin pour amuser les ânes? (Argot du peuple). _N._

=GINGLARD=, =GUINGLET= ou =REGINGLARD=: Petit vin aigre, il faut se cramponner à la table pour le boire.

Une vieille chanson dit:

C’est un nectar, un vrai chasselas Ça vous coupe la gueule à quinze pas.

Ce petit vin tire son nom d’un clos très ancien qui était situé sur les hauteurs du Mesnil-Montant: il appartenait au XVI^e siècle à un nommé _Guinguet_ (Argot du peuple). _N._

=GIROFLÉE À CINQ FEUILLES=: Gifle.

Allusion aux cinq doigts (Argot du peuple). =V.= _Salsifits_.

=GIROLLE=: Soit, volontiers, je marche.

Par abréviation on dit simplement:

—_Gy_, mon ange (Argot des voleurs).

=GIRONDE=: Belle femme.

Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante:

Dans ce temps-là t’était rien _gironde_. Maint’nant tu toquardes de la frime T’es comme une planche toujours en bombe, T’es même des mois sans changer de lime.

(Argot des souteneurs).

=GIVERNEUR=: Vagabond habitué des refuges municipaux et de la _bouchée de pain_.

Quand le _giverneur_ ne trouve pas à coucher, il _file la comète_ (Argot des voleurs).

=GLACE=: Verre.

On dit également _glacis_.

—Allons-nous _sucer_ un _glacis_? (Argot du peuple).

=GLAVIOT=: Crachat.

Un poitrinaire qui _crache_ ses poumons lâche son _glaviot_.

Dans les ateliers, par plaisanterie, on compte les _glaviots_; arrivés à onze, les ouvriers, sans pitié, disent au malheureux:

—Il n’en faut plus qu’un pour faire la douzaine de _Portugaises_.

Pas ragoûtant pour les amateurs d’huîtres (Argot du peuple). _N._

=GLIER=: Le diable.

Quand quelqu’un vous embête par trop, on dit dans le peuple:

—Va-t’en aux cinq cents _diables_.

—Que le _diable_ t’emporte.

—Que le _diable_ te _patafiole_.

Dans le monde des prisons on dit:

—Que le _glier t’entôle en son patelin_.

_Patelin_ (l’enfer), le _pays_ du _diable_ (Argot des voleurs).

=GLISSER= (Se laisser): Mourir (Argot du peuple).

=GLOBE=: La tête.

Allusion de forme (Argot des voleurs).

=GLUAU= (Lâcher son): Déballer.

Pisser son _gluau_: accoucher.

Allusion à l’aspect gélatineux du nouveau-né (Argot du peuple).

=GLUAU= (En poser un): Quand les agents tendent un piège pour prendre des voleurs, ils _posent un gluau_.

Allusion au chasseur qui _pose des gluaux_ dans les arbres pour prendre les petits oiseaux.

—Ne va pas _rôder_ avec la _Tine_, vous allez vous _faire poser un gluau_.

Mot à mot: ne va pas avec les autres, vous allez vous faire mettre en prison (Argot des voleurs).

=GNIAF=: Plusieurs degrés au-dessous du savetier.

On appelle _gniaf_ tout individu qui gâte un ouvrage.

Se conduire comme un _gniaf_: commettre des bassesses (Argot du peuple).

=GNIAFFERIE= (En faire une): Faire une malpropreté à un camarade.

Mot à mot: se conduire vis à vis de lui comme un _goujat_.

=GNIAS= ou =GNIASSE=: Soi-même.

—Pas _mèche_ de me _gerber_, il n’y a que _nib_ sur mon _gniasse_ (Argot des voleurs).

=GNOLLE= ou =GNOLE=: Imbécile aussi niais qu’il est possible de l’être.

—Si ton _point de côté_ savait que nous _pagnotons_ ensemble, il te _carderait_ le _cuir_.

—Y a pas de _pet_, il est trop _gnolle_, il a de la _merde_ dans les _chasses_ (Argot du peuple).

=GNON=: Donner un _coup_ ou le recevoir.

—Ce pauvre Léon, il est _crapsé_ du _gnon_ que lui a _foutu_ sa _pouffiace_ (Argot des souteneurs).

=GNOUGNOUTTE=: Cette expression est employée par les filles dont ce n’est pas la profession d’_aimer_ à crédit.

Pas de _galette_, pas de _gnougnoutte_.

L’expression est claire: pas d’argent, pas de viande (Argot des filles).

=GOBE MOUCHE=: Flâneur qui s’arrête à chaque boutique.

Allusion à ce qu’il _baille_ ébahi (Argot du peuple).

=GOBE-SON=: Le calice.

À l’élévation le prêtre _gobe son_ hostie (Argot des voleurs). =V.= _Baignoire à bondieu_.

=GOBER=: Aimer quelqu’un.

_Gober_: croire à quelque chose, même à une chose fausse.

=GOBER LA CHÈVRE=: Être furieux d’une chose qui va de travers.

On dit aussi pour exprimer la même idée: _bouffer son bœuf_.

Ce que font souvent les typographes quand les casses sont embrouillées et que les lettres de différents corps y sont mélangés.

Ils _gobent aussi la chèvre_ quand un auteur méticuleux, qui ne connaît pas le métier, se mêle de leur donner des conseils (Argot d’imprimerie).

=GOBER=: la pilule.

_Gober_ une aventure extraordinaire.

_Gober_ (se): s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).

=GOBET=: Morceau de viande, bœuf ou mouton entier.

—Je ne veux pas de cette viande coupée, elle a été _tripotée_.

—Je vais vous en couper dans un _gobet_, répond le boucher (Argot des bouchers).

=GOBETTE=: Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centilitres.

Ce gobelet, sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois _gobettes_ par jour, en payant, bien entendu.

_Passer à la gobette_, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (Argot des voleurs). _N._

=GOBEUR=: Individu qui avale tout, même les bourdes les plus impossibles (Argot du peuple).

=GODAILLER=: Courir les cabarets.

Ce verbe est un souvenir de l’occupation de Paris par les Anglais, amateurs de _good ale_. _A. D._

_Godailler_ est synonyme d’être en _patrouille_ et aussi de _flâner_.

Manquer un travail, c’est le _godailler_.

_Godailler_, c’est ne jamais se trouver bien nulle part.

—On n’en fera jamais rien, c’est un mauvais ouvrier, il _godaille_ sans cesse (Argot du peuple). _N._

=GODAN= (Donner dans le): Croire à un mensonge.

Synonyme de _couper dans le pont_ (Argot du peuple).

=GODAN= (Le connaître): Éventer le mensonge et ne pas se laisser tromper (Argot du peuple).

=GODETS=: Les yeux (Argot des voleurs). =V.= _Boule de loto_.

=GODILLER=: Se réjouir, être content. _A. D._

_Godiller_ veut dire _convoiter_ une femme.

Ce couplet de la célèbre chanson d’_Alphonse du Gros Caillou_ me dispensera d’explication:

Pourtant, des fois, fallait être solide Le 15 août, fête de l’empereur. C’était chez nous tout rempli d’invalides, De fantassins, de dragons, d’artilleurs, Dame! Ce jour-là, ce que le soldat _godille_! Eh bien tout ça sortait content de chez nous. ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧

_Godille_ vient du mot ancien _gaudille_ (Argot du peuple).

=GODINETTE=: Grisette.

Elle _gode_ pour tous les hommes (Argot du peuple).

=GOGUENOT=: Pot de chambre.

Le locataire de la table de nuit (Argot du peuple).

=GOINFRE=: Gourmand qui mange à en crever.

On dit aussi: _goulaffe_ (Argot du peuple).

=GOINFRE=: Chantre.

Sans doute parce qu’ils ouvrent, pour chanter, des bouches aussi grandes que des fours.

On y _engamerait_ un pain de deux livres (Argot des voleurs). _N._

=GOLGOTHE=: Martyr imaginaire.

Ceux qui sont atteints du délire de la persécution _golgothent_ sans cesse (Argot du peuple).

=GONCE=, =GONCIER=: Bourgeois facile à tromper (Argot des voleurs).

=GONDOLER= (Se): Se tordre de rire.

Rire à s’en mordre l’œil.

C’est _gondolant_ (Argot du peuple). _N._

=GONGONNER=: Terme employé dans les ménages d’ouvriers lyonnais et aussi par _Gnaffron_ dans les _Guignols_:

—Ma vieille colombe _gongonne_ toujours quand je _liche_ une chopine.

—Tais-toi donc, vieux _gongon_.

_Gongonner_, synonyme de _bougonner_ et de _ronchonner_ (Argot du peuple). _N._

=GOUALER=: Chanter.

On se souvient de la _goualeuse_ des _Mystères de Paris_.

La _goualante_ signifiant chanson, la chanter, _goualer_, cela va de soi (Argot du peuple).

=GOUAPEUR=: Individu qui ne travaille jamais (Argot du peuple). =V.= _Loupeur_.

=GOUGNOTTE=: Femme qui déteste les hommes et qui a des mœurs à part.

On dit aussi _gousse_ (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.

=GOULU=: Dévorer ses aliments (Argot du peuple). =V.= _Baffrer_.

=GOUPINER=: Voler.

On applique également ce mot à quelqu’un de mal habillé.

—Est-il _goupiné_? (Argot des voleurs).

=GOUPINEURS=: Voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les pochards qui s’endorment sur la voie publique.

Ils _goupinent_ les _profondes_ (Argot des voleurs).

=GOUPLINE=: Litre de vin.

—C’est pas malin que nous étions _chlasse_; à quatre, nous avons étranglé douze _gouplines_ de _ginglard_ à Charonne, au _Petit Bonhomme qui chie_ (Argot du peuple). _N._

=GOURDE=: Homme pâteux, paysan mal dégrossi.

Au superlatif: _crème de gourde_ (Argot du peuple). _N._

=GOURDIFFLOT=: Petite _gourde_ (Argot du peuple). _N._

=GOUREURS=: Les _goureurs_ sont des individus qui se déguisent en marins étrangers venant des pays lointains.

Ils offrent au public des marchandises qu’ils ont soi-disant rapportées de l’Inde ou de la Perse, et qui proviennent tout bonnement d’un bazar quelconque (Argot des voleurs).

=GOUVERNEMENT=: Épée à l’École Polytechnique. _A. D._

_Gouvernement_: La femme dans les ménages d’ouvriers.

—Mon vieux, pas _mèche_ d’aller _gouaper_ avec toi, mon _gouvernement_, est tellement _rosse_ que je serais _engeulé_ toute la semaine (Argot du peuple). _N._

=GRAILLON=: Cuisinière, laveuse de vaisselle.

Fille sale qui pue la mauvaise graisse (Argot du peuple).

=GRAILLONNEUSE=: Ménagère qui va laver accidentellement son linge au lavoir (Argot des blanchisseuses). =V.= _Baquet_.

=GRAISSER=: Je vais te _graisser_, te battre.

_Graisser_ les poches de quelqu’un: y mettre de l’argent.

_Graisser_ sa femme: allusion au _graissage_ de l’essieu pour que la voiture roule mieux (Argot des souteneurs).

=GRAISSER LES BOTTES=: Mourir. _L. L._

_Graisser les bottes_: l’extrême-onction.

Mot à mot: _graisser les bottes_ pour le voyage lointain (Argot du peuple). _N._

=GRAND PRÉ= (Le): Bagne.

Les voleurs, autrefois, appelaient ainsi Toulon et Brest; depuis ils disent _la Nouvelle_ (Argot des voleurs).

=GRAND RESSORT=: Le cœur.

C’est en effet le _grand ressort_ de la vie.

Quand un individu meurt on dit: le _grand ressort est cassé_ (Argot du peuple).

=GRAS= (Il y a): Il y a beaucoup d’argent.

—Nous pouvons _nettoyer_ le _gonce_, il y a _gras_ dans sa _cambrousse_.

C’est de cette expression, _gras_, qu’est née celle de _dégraisseur_ (le garçon de banque), pour exprimer qu’il enlève le _gras_ (Argot des voleurs). _N._

=GRAS DOUBLE=: Plomb (Argot des voleurs). =V.= _Limousinier_.

=GRATIN=: Il y a du _gratin_, il y a de quoi.

Il est _gratin_: il est à la mode.

Pour un homme du monde, on dit: C’est un homme du _gratin_.

On traduit dans le peuple: _personna grata_ par _personne gratinée_, du _gratin_.

Les moutards préfèrent manger le _gratin_ qui s’attache à la casserole, quand la mère prépare la bouillie du petit frère (Argot du peuple). _N._

=GRATOUILLE=: La gale (Argot du peuple). =V.= _Charmante_.

=GRATTE-CUL=: Vieille femme repoussante, laide à faire peur.

—Elle est laide comme un _cul gratté à deux mains_ (Argot du peuple).

=GRATTE-PAPIER=: Employé aux écritures (Argot du peuple). =V.= _Chieur d’encre_.

=GRATTE= (En faire): Chiper sa patronne en majorant les achats (Argot du peuple). =V.= _Gratter_.

=GRATTER=: Battre quelqu’un.

—Je vais te _gratter_.

_Gratter_: prendre, _grapiller_ sur tout pour grossir son lopin (Argot du peuple).

=GRATTER LA COUENNE= (Se faire): Se faire raser (Argot du peuple).

=GREFFER=: Attendre (Argot des voleurs).

=GREFFIER=: Chat (Argot du peuple).

=GRÊLE=: Patron.

Il tombe souvent sur le dos des ouvriers comme la _grêle_ sur les vignes.

—Attention, gare la _grêle_.

Signal pour prévenir les camarades (Argot du peuple). _N._

=GRELOT=: La voix (Argot du peuple). =V.= _Affaler son grelot_.

=GRENADIER=: Pou énorme.

Allusion à l’expression populaire qui dit d’un enfant pouilleux: il a une rude garnison.

_Grenadier_: pou d’élite (Argot du peuple).

=GRENAFE=: Grange.

Les mendiants qui voyagent couchent dans les _grenafes_.

Cela vient de ce que la grange abrite les _grenailles_ (Argot des voleurs).

=GRENOUILLE=: Femme de rien (Argot du peuple).

=GRIACHES=: Seaux qui étaient dans les cellules des prisonniers et dans lesquels ils faisaient leurs ordures.

Ce terme était employé dans les prisons vers 1790; on le trouve dans un rapport sur la Conciergerie, adressé au roi, qui voulait détruire l’horrible infection qui empoisonnait les malheureux (Argot des prisons).

=GRIB’LOGE=: Individu qui se plaint lorsqu’il est battu (Argot des voleurs).

=GRILLÉ=: Une affaire est _grillée_ quand on n’en peut plus rien tirer.

Un agent est _grillé_ quand il est démasqué par ceux qu’il est chargé de poursuivre (Argot des voleurs). =V.= _Brûlé_.

=GRILLE= (Jeter de la): Arrêter un individu au nom de la loi.

—Il n’y a pas de _grille_ (il n’y a pas de danger) (Argot du peuple).

=GRILLEUSES DE BLANC=: Les repasseuses sont souvent distraites par les passants qui admirent leurs bras blancs; alors, si le fer est trop chaud, tant pis pour la chemise elle est _grillée_ (Argot du peuple).

=GRIMPANT=: Pantalon (Argot du peuple). =V.= _Falzar_.

=GRINCHE=: Voler (Argot des voleurs).

=GRINCHISSEUR=: Voleur (Argot des voleurs).

=GRINCHISSEUSE À LA MITAINE=: Voler avec les pieds.

La voleuse laisse tomber un objet qu’elle cache prestement dans son soulier sans empeigne (Argot des voleurs).

=GRINGALE=: Pain (Argot des voleurs). =V.= _Bricheton_.

=GRINGALET=: Mièvre, malingre, enfant pas réussi (Argot du peuple). =V.= _Avorton_.

=GRIPPARD= et non _Griffard_: Chat (Argot du peuple). =V.= _Greffier_.

=GRIPPE-SAUCISSES=: Apprenti qui va chercher le déjeuner des ouvriers et qui en chemin égratigne un petit morceau de chaque saucisse (Argot du peuple). _N._

=GRIPPE-SOUS=: Avare qui pousse sa passion jusqu’à se relever la nuit pour mettre un bouchon dans la douille de son soufflet pour en économiser le vent (Argot du peuple). _N._

=CRIS COMME UN CORDELIER=: Saoul à n’en plus pouvoir, incapable de retrouver sa maison et être obligé de s’asseoir sur une borne pour attendre qu’elle passe.

_Gris_, allusion à la couleur de la robe de ces religieux (Argot du peuple).

=GRISAILLE=: Sœur de charité (Argot des voleurs). =V.= _Pampine_.

=GRISETTE=: Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs.

Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, _grisette_ sémillante, Au frais minois, sous un piquant bonnet Où donc es-tu, gentille étudiante Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

=GRIVIER=: Soldat de la ligne (Argot du peuple). =V.= _Lignard_.

=GROSSE CULOTTE=: Ivrogne, beau parleur. _L. L._

_Grosse culotte_ est encore en usage dans les ateliers de forgerons.

C’est une expression connue. Chez les compagnons forgerons depuis la création du compagnonnage, on l’applique à l’ouvrier le plus habile de la partie, à celui qui était appelé à finir les grosses pièces avant l’invention des marteaux pilons.

Deux d’entre eux furent célèbres, on s’en souvient, encore dans les ateliers; ils se nommaient Dany et Pierre Virmaitre, dit _Bourguignon_.

_Grosse culotte_ est toujours un terme consacré (Argot des ouvriers). _N._

=GROSSES LÉGUMES=: Gens millionnaires, magistrats élevés, généraux, etc.

Quand, sous la Commune, un voyou demandait à être nommé général, à entrer dans les _grosses légumes_, il donnait pour raison qu’une de plus ou de moins dans le tas ça ne paraîtrait pas (Argot du peuple). _N._

=GROSSES LÈVRES=: La tinette.

Allusion aux rebords (Argot des voleurs). _N._

=GROTTE=: Prison (Argot des voleurs). =V.= _Gerbe_.

=GRUE=: Fille publique, jolie mais bête à manger du foin.

De cette allusion est né un mauvais calembourg:

Les camelots crient: Demandez l’_Indicateur des grues de Paris_ pour _rues_ (Argot du peuple).

=GUENILLON=: Femme mal habillée.

Traîneuse des rues.

On dit aussi: vieille _guenipe_ (Argot du peuple).

=GUEULE EN CUL DE POULE=: Individu mâle ou femelle qui en faisant la moue serre les lèvres (Argot du peuple).

=GUEULE EN COUP DE SABRE=: Bouche fendue jusqu’aux oreilles.

—Il peut manger la soupe avec une cuiller à pot (Argot du peuple).

=GUEULE D’EMPEIGNE=: Palais habitué aux liqueurs fortes. _L. L._

Dans tous les ateliers de France, _gueule d’empeigne_ signifie bavard intarissable qui a le verbe haut, qui _gueule_ constamment.

C’est un sobriquet généralement donné aux Parisiens qui font partie du compagnonnage (Argot du peuple). _N._

=GUETTE AU TROU=: Sage-femme (Argot du peuple).

=GUEUSARD=: Rideau (Argot des voleurs). _N._

=GUEUX=: Misérable.

Tout le monde connaît la chanson de Béranger:

Les gueux, les gueux Sont des gens heureux, Ils s’aident entre eux, Vivent les gueux!

(Argot du peuple).

=GUEUX=: Coquin, canaille, gredin.

—Vous êtes un _gueux_ d’avoir commis une aussi mauvaise action (Argot du peuple).

=GUEUX=: Petit vase en argile qui sert de chaufferette aux portières ou aux marchandes des halles.

C’est la chaufferette primitive.

Le _gueux_ a donné naissance à une plaisanterie assez drôle.

À la foire de Saint-Romain, qui a lieu à Rouen tous les ans le 1^er novembre, une marchande, pour utiliser son feu, fait cuire des harengs; elle a son _gueux_ sous ses jupons, un gamin lui crie:

—Hé? la mère, tes harengs vont brûler.

—A pas peur, petit, j’ai l’_œil_ dessus (Argot du peuple).

=GUIBOLLES=: Jambes (Argot du peuple). =V.= _Brancards_.

=GUICHES=: Les cheveux que les souteneurs ramènent sur les tempes.

On dit aussi _roufflaquettes_ (Argot du peuple).

=GUIGNE À GAUCHE=: Se dit d’une personne qui louche.

Dans le peuple, on dit de celui qui est affligé d’une semblable infirmité, qu’il trempe la soupe et renverse les légumes dans les cendres, ou bien qu’il regarde en Bourgogne si la Champagne brûle (Argot du peuple). _N._

=GUINAL=: Juif (Argot des voleurs). =V.= _Bout coupé_.

=GUINCHE=: Bal de barrière (Argot du peuple).

GUINCHER et non _Guinguer_: Danser, fréquenter la _guinche_ (Argot du peuple).

=GUITARE=: Soufflet dont se servent les plombiers.

Allusion de forme (Argot du peuple).

H

=HABIT À QUEUE DE MORUE=: Habit de soirée.

Les pans ressemblent, en effet, à une _queue de morue_ (Argot du peuple).

=HABIT À QUEUE DE PIE=: Même signification (Même argot).

=HABILLÉ DE SOIE=: Cochon ou sanglier.

Allusion à la peau dont les _soies_ servent aux cordonniers pour préparer leur fil (Argot du peuple).

=HARICOT VERT=: Voleur en grande réputation dans le monde des prisons (Argot des voleurs).

=HARPE=: Barreau de prison.

Les voleurs disent plus communément d’un prisonnier qui s’ennuie:

—Il pince de la _guitare_ à travers ses barreaux (Argot des voleurs).

=HAUTOCHER=: Monter à une certaine hauteur.

—J’ai _hautoché_ jusqu’au sixième (Argot des voleurs).

=HERBE À LA VACHE=: L’as de trèfle (Argot du peuple).

=HERBE SAINTE=: L’absinthe (Argot du peuple).

=HIBOU=: Voleur solitaire qui ne travaille que la nuit (Argot des voleurs). =V.= _Attristé_.

=HIRONDELLES=: Les moustaches.

Les voleurs emploient généralement l’expression plus caractéristique d’_ombreuses_ (Argot des voleurs.)

=HIRONDELLES D’HIVER=: Les ramoneurs et les marchands de marrons.

Quand les hirondelles partent pour un climat plus doux, on les voit arriver (Argot du peuple).

=HIRONDELLES DE POTENCE=: Les gendarmes (Argot des voleurs).

=HIRONDELLES DU PONT-NEUF=: Messieurs les _Giverneurs_ viennent l’été coucher sous le pont; ils y font fréquemment de bonnes ripailles avec les produits des vols de la journée (Argot du peuple).

=HOMELETTE=: Homme tout petit.

La ménagère n’a pas mis la quantité d’œufs nécessaire (Argot du peuple). _N._

=HOSTO=: Prison (Argot des voleurs).

=HOTEL DES QUATRE COLONNES (L’)=: Salle commune du Dépôt de la préfecture de police où sont enfermés les prévenus, voleurs, souteneurs et vagabonds.

La raison de ce nom est que quatre colonnes supportent les voûtes de cette salle (Argot des voleurs). _N._

=HUGREMENT=: Beaucoup.

Corruption de l’expression _bougrement_, qui signifie beaucoup (Argot du peuple).

=HUMILIÉ (L’)=: Le dos.

On dit d’un homme qui s’_humilie_: il baisse le dos (Argot des voleurs). _N._

=HURE=: La tête (Argot du peuple). =V.= _Tronche_.

=HUS-MUS=: Grand merci (Argot des voleurs).

=HUSSARDS DE LA VEUVE=: Les gendarmes ou la garde républicaine qui entourent l’échafaud les matins où l’on exécute un condamné à mort (Argot des voleurs).

I