Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 10
Le peuple, sans pitié, ne manque jamais d’employer cette expression pour un malheureux qui meurt de consomption.
—Il ne tient pas debout avec sa _figure de papier mâché_ (Argot du peuple).
=FIL À LA PATTE= (En avoir un): Être gêné par quelqu’un.
Être entravé dans ses affaires, n’avoir pas ses coudées franches.
Une femme crampon est un rude _fil à la patte_ (Argot du peuple).
=FIL À RETORDRE= (Avoir du): Peiner pour réussir une affaire.
Essayer de convertir un incrédule.
—Pas moyen de venir à bout de cette mauvaise tête d’Alfred, En voilà un enfant qui m’a donné du _fil à retordre_ (Argot du peuple).
=FILATURE=: Terme employé par les agents de la Sureté pour indiquer qu’ils _filent_ un voleur (Argot des voleurs).
=FIL DE SOIE=: Filou, voleur (Argot du peuple).
=FIL EN QUATRE=: Eau-de-vie supérieure (Argot du peuple).
=FILER=: Suivre.
Pour organiser une _filature_, les agents se mettent deux, l’un devant le _filé_, l’autre derrière, de façon à ce qu’il ne puisse échapper.
Il y a des _filatures_ qui sont extrêmement mouvementées, c’est une véritable chasse où toutes les ruses sont mises en œuvre.
Le _gibier_ cherche toutes les occasions de se dérober pour éviter le _sapement_ (Argot des voleurs).
=FILER LA COMÈTE=: Malheureux qui n’a pas de domicile et qui marche toute la nuit pour éviter d’être emballé par les agents.
Quand il n’y a pas de _comète_ il _file les étoiles_ quand il n’est pas _filé_ lui-même (Argot du peuple).
=FILER UN SINVE=: _Filer_, suivre, _sinve_, homme facile à duper.
Mot à mot: le filer jusqu’au moment favorable pour le dévaliser sans danger (Argot des voleurs).
=FILOCHE=: Bourse.
Avoir sa _filoche à jeun_, c’est être sans le sou (Argot du peuple).
=FINIR EN QUEUE DE POISSON=: Chose qui commence bien et finit mal ou pas du tout.
Un livre qui commence en empoignant ses lecteurs et se termine bêtement, c’est _finir en queue de poisson_ (Argot du peuple).
=FLAC D’AL=: Sacoche à argent.
_Flac_ sac, _dal_ argent: abréviation d’_altèque_.
Pour _flaquer_, on dit aussi je vais à _flacdal_ (Argot du peuple).
=FLAGORNER=: Flatter quelqu’un bassement.
Trouver une _croûte_, une œuvre de maître.
Comparer un mauvais vaudevilliste à Molière ou à Legouvé.
Mot à mot: prodiguer des éloges tarifés ou intéressés (Argot du peuple).
=FLAGORNEUR=: Flatteur.
Race assez commune. Il y en a toujours au moins un dans un atelier.
Le _flagorneur_ descend sans vergogne au rôle de mouchard (Argot du peuple).
=FLAMAND=: Amis (Argot des voleurs). =V.= _Aminche_.
=FLAMBEAU= (En avoir un):
—Je connais le _flambeau_, c’est-à-dire je connais la chose.
Faire une belle invention c’est avoir un _chouette flambeau_.
—Tu ne me monteras pas le coup, mon vieux, je sais ou est le _flambeau_.
Être très habile dans un métier c’est avoir le _flambeau_.
_Flambeau_, dans le peuple, veut dire être supérieur aux gens de sa profession.
Francisque Sarcey, Bouguereau, Ambroise Thomas, Clovis Hugues, sont des _flambeaux_.
Émile de Girardin, Victor Hugo, Lamartine, Diaz, etc., étaient des _flambeaux_ (Argot du peuple). _N._
=FLANCHER=: Avoir peur (Argot du peuple).
=FLANCHER=: Jouer sur les places publiques au _bouchon_ (_radin_) ou à l’_anglaise_ (_monac_).
En général de tous jeux on dit _flancher_ (Argot du peuple).
=FLANCHET=: Part de vol.
Lot qui échoit à un brocanteur.
Morceau de viande qui forme la _pointe_ dans l’intérieur du bœuf (Divers argots).
=FLANCHEUR=: Qui _flanche_ (Argot du peuple).
=FLANELLE= (Faire): Entrer dans une maison de tolérance, peloter le personnel sans consommer (Argot des souteneurs).
=FLAQUER=: =V.= _Déballer_.
=FLAQUET=: L’endroit ou le dos change de nom.
Dans le peuple on ne prend pas de mitaine pour donner au _flaquet_ son vrai nom (Argot du peuple).
=FLEMME=: Maladie que la plupart des ouvriers ont les lundis.
On dit: battre une _flemme_.
Bien souvent la _flemme_, la _flemme_, Bien souvent la _flemme_ me prend. En hiver comme en été, Elle ne m’a jamais quitté.
(Argot du peuple).
=FLEURE-FESSES=: Homme qui moucharde ses compagnons d’atelier et est sans cesse _derrière_ le patron (Argot du peuple). =V.= _Lèche-cul_.
=FLEUR DE SACRISTIE=: Calotin qui fréquente les églises sans en croire un mot.
C’est un commerce comme un autre.
On dit aussi: _rat de sacristie_ (Argot du peuple). _N._
=FLIQUE= ou =FLICK=: Sergent de ville (Argot du peuple). =V.= _Bec de gaz_.
=FLIC À DARD=: Sergent de ville.
Allusion à ce que dans les manifestations, ils mettent sabre au clair, ils _lardent_ les manifestants.
Dans le peuple, le mot est soudé, on dit _flicadard_ (Argot du peuple). _N._
=FLINGOT=: Fusil (Argot des troupiers). =V.= _Bottoche_.
=FLÔME=: Femme.
Cette expression est nouvelle dans les faubourgs.
D’où vient-elle?
Probablement de ce que les femmes d’ouvriers, pendant que leurs maris travaillent, _flemment_ chez les voisines.
_Flôme_ est une corruption de _flemme_, comme _flemmard_ pour paresseux, et une adjonction de finale à _flemme_ (Argot du peuple). _N._
=FLOPPÉE=: En donner une ou la recevoir.
Être battu ou battre violemment.
Quand la _marmite_ du souteneur ne rapporte pas, elle reçoit une _floppée_.
Allusion au cordonnier qui _bat_ son cuir pour l’assouplir: il le _floppe_ (Argot des souteneurs).
=FLOTTE=: Eau.
La rivière _flotte_.
On dit d’une personne mince dans des vêtements trop larges:
—Ses membres _flottent_.
Toute la _flotte_ (l’atelier en entier) a été manger une friture.
Nous étions une _flotte_ pour nous étions un _tas_ (Argot du peuple). _N._
=FLOTTANT=: Bal où se réunissent les souteneurs du quartier.
Toute la _flotte_ s’y donne rendez-vous.
Les souteneurs n’ont pas de préjugés, une expression même injurieuse glisse sur les oreilles de ces messieurs.
Ils savent très bien que le mot _flottant_ vient de _flotte_, eau, or les _poissons_ sont dans leur élément (Argot des souteneurs). _N._
=FLOUMANN=: Floueur, filou.
_Mann_, en allemand veut dire _homme_. Mot à mot, en retournant la finale, cela fait _homme floueur_.
Être _floué_, est synonyme d’être trompé.
Ainsi, un homme épouse une femme qu’il croyait vierge, elle sort de la maternité.
—Il est _floué_ (Argot du peuple). _N._
=FLOUPIN=: Diminutif de _floumann_, comme _pégriot_ l’est de _pègre_.
Un _floupin_ est un petit filou qui travaille dans les bas prix.
—Il vole un mouchoir; le _floumann_ vole des millions (Argot du peuple). _N._
=FLOUTIÈRE=: Rien.
Au XVI^e siècle on critiquait les archi-suppôts chargés de réformer le langage (l’argot) en usage dans les _cours des Miracles_, on disait d’eux... sans _ficher floutière_.
Le mot est resté en usage (Argot du peuple).
=FLUTES=: Jambes.
On dit d’une femme maigre: Elle a volé les _flutes_ du boulanger.
_Flute_, synonyme de _zut_ (Je ne veux pas) (Argot du peuple).
=FLUTENCUL=: Pharmacien.
Bonjour Mam’zelle Zirzabelle J’vous apporte un p’tit lavement, Ça vous r’fra le tempérament. Allons, tournez-vous, mam’zelle. Fi! Monsieur, pas tant d’raideur, Car jamais apothicaire Ne verra c’que par pudeur Je n’fais voir qu’à ma chère mère!
(Argot du peuple).
=FLUXION DE PAVÉS=: Pochard qui tombe et s’abime la figure: elle enfle comme s’il avait mal aux dents.
De là l’expression (Argot du peuple).
=FOIRE D’EMPOIGNE=: Voler à la force du poignet (Argot des voleurs).
=FOIREUX=: Poltron.
On dit aussi: _foireux comme un geai_.
L’ami Mac-Nab nous a laissé une chanson connue, à ce sujet:
‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ ‧ Il reste les Napoléon, Des muff’s qu’a toujours la colique Et qui _foire_ dans ses pantalons Pour em... bêter la République.
Allusion à la fuite de _Craint-plomb_, pendant la guerre de Crimée (Argot du peuple).
=FOIRON=: Le derrière (Argot du peuple).
=FOND DE PÊCHE=: Le nombril (Argot des voleurs). _N._
=FONDRIÈRES=: Les poches.
Allusion à leur profondeur (Argot du peuple).
=FORTANCHE=: Fortune.
C’est un changement, de finale comme _boutanche_ pour _boutique_, _dorancher_ pour _dorer_, _brodancher_ pour _broder_, etc., etc.
—_Turbiner_, c’est bon pour les _pantes_, j’ai fait ma _fortanche_ à la _foire d’empoigne_ (Argot des voleurs). _N._
=FORT EN GUEULE=: Crier beaucoup.
Les poissardes bavardes et insolentes sont _fortes en gueule_ (Argot du peuple).
=FOU=: Marteau (Argot du peuple). =V.= _Balançon_.
=FOUETTER DU BEC=: Avoir une haleine fétide qui exhale une odeur d’égout (Argot du peuple).
=FOUILLE AU POT=: Petit cuisinier qui sert les ouvriers dans les gargotes.
—Il _fouille au pot_ pour en retirer les légumes (Argot du peuple).
=FOUILLE MERDE=: Tatillon qui fourre son nez partout (Argot du peuple).
=FOUILLER= (Tu peux te): Tu n’auras rien, ou il ne reste rien (Argot du peuple).
=FOUILLEUSES=: Poches (Argot du peuple).
=FOUINETTE=: Juge.
Diminutif de _fouinard_, malin, rusé, chercheur (Argot des voleurs). =V.= _Palpeur_.
=FOULER= (Ne pas se): Ouvrier ou employé jamais pressé, plus exact à la soupe qu’au travail.
—Tu vas te _fouler la rate_.
—Prends garde de _te casser_.
Même signification (Argot du peuple).
=FOUR= (En faire un): Manquer une affaire (Argot du peuple).
=FOURBI=: Piège, malice. _A. D._
C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes.
_Fourbi_ signifie bénéfice (Argot du peuple). _N._
=FOURCHETTE=: Voleur à la tire.
Allusion à ce que les voleurs qui ont cette spécialité, ne se servent que des deux doigts de la main droite qui forment _fourchette_ pour extraire les porte-monnaies des poches des badauds (Argot des voleurs). _N._
=FOURGAT=: Recéleur qui achète les objets volés (Argot des voleurs). =V.= _Meunier_.
=FOURGUER=: Vendre des objets volés (Argot des voleurs).
=FOURLINES=: Voleurs et meurtriers à l’occasion (Argot des voleurs).
=FOURMILLON=: Marché.
La foule _fourmille_: endroit propice pour les voleurs.
—Il y a un riche coup à faire sur la _placarde_ du _fourmilion_ (Argot des voleurs).
=FOURNAISE=: On sait que les _mornifleurs-tarte_ sont réunis en _tierce_ (par trois). Le _mornifleur_, le faux monnayeur, le _gaffe_ qui détient la réserve des pièces fausses, et _l’émetteur_ qui écoule les pièces chez les commerçants.
L’_émetteur_ se nomme la _fournaise_.
L’allusion est juste, car il est dans le _feu_, courant à chaque minute le risque d’être pincé.
Mot à mot: il est _dans la gueule du loup_ (Argot des voleurs). _N._
=FOURNEAU=: Vagabond, mendiant habitué du fourneau de charité. _L. L._
_Fourneau_, signifie crétin, imbécile.
Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des _fourneaux_ ils ne sont pas je pense habitués des asiles de nuit (Argot du peuple). _N._
=FOURNEAUTIN=: Diminutif de _fourneau_ (Argot du peuple). _N._
=FOURNITURE=: Allusion aux fines herbes que l’on met dans la salade pour lui donner du goût et la _parer_ (Argot du peuple). =V.= _As de pique_.
=FOURRACHON=: Le lit (Argot des voleurs). =V.= _Juge de paix_.
=FOUTAISE=: Rien.
—Tu m’offres cent sous d’acompte sur mille francs la belle _foutaise_.
—Tu nous en raconte des _foutaises_. On dit aussi:
—C’est de _la fouterie de pauvre_ (Argot du peuple).
=FOUTIMASSER=: S’applatir sur un ouvrage, le faire traîner en longueur.
C’est une corruption de deux mots accouplés _foutu_, mauvais, _masseur_, travailleur (Argot du peuple). _N._
=FRANC CARREAU=: Quand un prisonnier est incorrigible il est mis au cachot.
On lui enlève sa literie, il couche alors sur le _franc carreau_ (Argot des voleurs). _N._
=FRACASSÉ=: Être vêtu d’un habit, d’un _frac_.
C’est un mauvais calembour.
—J’en ai du _frac assez_.
Il me rappelle la célèbre scie d’atelier sur le mot _Afrique_:
—J’ai de la _fricassée_, du _fracandeau_, de la _fripouille_, de la _friture_, etc., etc (Argot des ateliers).
=FRANC DE COLLIER=: Cheval qui remplit sa besogne en conscience.
Homme franc, ouvert, loyal.
—Il est _franc du collier_ (Argot du peuple). _N._
=FRANGIN=: Frère (Argot du peuple).
=FRANGINE=: Sœur (Argot des voleurs).
=FRÈRE FRAPPART=: Marteau.
L’allusion est frappante (Argot des forgerons). =V.= _Balançon_.
=FRÈRE JACQUES=: Pince (Argot des voleurs). =V.= _Monseigneur_.
=FRÉROT DE LA CAQUE=: Filou (Argot des voleurs).
=FRÉTILLON=: Grisette chantée par Béranger.
L’expression est heureuse, rien de plus _frétillant_ en effet qu’une fille du peuple qui s’amuse et aime pour son compte (Argot des bourgeois). =V.= _Grisette_.
=FRIAUCHE=: =V.= _Aller au rebectage_.
=FRIC-FRAC= (Vol au).
Ainsi nommé à cause du bruit que produit l’outil en fracturant les portes (Argot des voleurs).
=FRICADIER=: Un sou.
C’était l’expression favorite de Pradier, le célèbre bâtonniste qui travaillait devant l’Institut (sur la place) (Argot du peuple).
=FRICASSÉE DE MUSEAU=: S’embrasser mutuellement.
Cela indique bien le frottement de deux visages.
Mot à mot: s’embrasser avec effusion (Argot du peuple).
=FRIMASSARD=: Le froid (Argot des voleurs). =V.= _Frisbi_.
=FRIME=: La figure.
_Tomber en frime_, se rencontrer face à face avec quelqu’un (Argot du peuple).
=FRIME= (Pour la): Pour rien.
Faire semblant (Argot du peuple).
_Frimer_: Faire de l’embarras.
—Il est bien mis, il _frime_ (Argot du peuple).
=FRIMOUSSE=: Vieille expression qui veut dire _visage_.
On la trouve dans la _Henriade travestie_ (Argot du peuple).
=FRINGUER=: S’habiller.
Rabelais dans _Pantagruel_ écrit _fringuez_ (Argot du peuple).
=FRIPE=: Nourriture.
—L’heure de la _fripe_ va sonner (Argot d’imprimerie).
=FRIPES=: Mauvais vêtements que revendent les _fripiers_ sur le carreau du Temple (Argot du peuple). =V.= _Loques_.
=FRIPOUILLE=: Rien de bon.
Dans le peuple, quand on a dit d’un homme c’est une _fripouille_, c’est tout dire.
_Fripouille_ est certainement une corruption de _friperie_, donc on avait fait _fripaille_ (Argot du peuple).
=FRIQUET=: Mouchard. _A. D._, _L. L._
C’est une erreur, _friquet_ est un _moineau_, c’est une variété du pierrot parisien, l’effronté gavroche de la gent ailée (Argot du peuple).
=FRISBI=: Froid.
On dit aussi: il fait _friot_, _frisquet_, et comme superlatif:
—Nom de Dieu, que ça _pince_ il gèle à pierre _fente_ (pour _fendre_) (Argot du peuple).
=FRISÉ=: Juif (Argot des voleurs).
=FRISER SON NAZ=: Être mécontent.
_Friser son naz_ est une variante de la vieille expression, même adressée à un chauve:
—Ça te _défrise_, mon vieux (Argot du peuple). _N._
=FROMGY=: Fromage (Argot du peuple).
=FROTTE-BOTTES=: Domestique (Argot du peuple).
=FROTTÉE=: Recevoir une bonne _frottée_ ou la donner.
Se battre (Argot du peuple).
=FROTTER=: Faire la cour à une femme.
—Elle est rien raide, faut pas s’y _frotter_ (Argot du peuple). _N._
=FROTTIN=: Billard.
—Viens-tu faire une partie de _frottin_? (Argot du peuple).
=FROUSSARD=: Individu qui a peur (Argot du peuple). _N._
=FROUSSE=: =V.= _Taf_.
=FRUSQUES=: Vêtements.
Pour indiquer des habits en mauvais état, on dit des _frusques boulinées_.
Quand ils sont tout à fait effilochés, on dit que l’on pourrait y _accrocher toute une batterie de cuisine_ (Argot du peuple). _N._
=FUITE DE GAZ= (En avoir une): Laisser échapper un pet en sourdine; si on ne l’entend pas, on le sent.
Allusion à l’odeur insupportable du gaz, quand un conduit est crevé (Argot du peuple).
=FUMER SANS TABAC=: Être furieux, _fumer_ de colère (Argot du peuple). _N._
=FUMER SES TERRES=: Être enterré dans sa propriété.
Épouser une fille riche quand on n’a pas le sou.
Déposer dans son jardin ce que l’on dépose pour trois sous dans un châlet, de nécessité (Argot du peuple). _N._
=FUMERONS=: Les jambes.
—Il est à moitié _décati_, il ne tient plus sur ses _fumerons_.
Pour exprimer la même idée, on dit aussi:
—Il tremble sur ses _fils de fer_ (Argot du peuple).
=FUMERON=: Galopin qui fume dans la rue en allant à l’école.
—Comment tu fumes sale crapaud?
—Mais oui.
—Tu as raison les étrons _fument_ bien! (Argot du peuple). _N._
=FUMIER DE LAPIN=: Bon à rien, individu inutile.
On dit aussi: il ne vaut pas un _pet de lapin_ (Argot du peuple). _N._
=FUMISTE=: Farceur, mystificateur, qui cherche toutes les occasions possibles de faire des blagues.
Les plus grands fumistes des temps passés furent Romieu et Sapeck.
Ils sont remplacés par _Lemice-Terrieux_.
À propos de Sapeck dont la réputation est encore grande au quartier latin; la fameuse farce des bougies coupées ne lui appartient pas, elle fut faite quarante ans avant lui, on la raconte dans une brochure intitulée: _Les mystères de la Tour de Nesles_ (Paris 1835) (Argot du peuple). _N._
=FUNICULÉ= (Être): Refuser de marcher ou de travailler.
Allusion au _funiculaire_ de Belleville, qui marche quand il veut.
_Funiculé_ remplace le mot _capricieux_ et modifiera le dicton: _capricieux_ comme une jolie femme.
—Cette jolie femme est _funiculée_ (Argot du peuple). _N._
=FUSAIN=: Curé.
Allusion au vêtement noir (Argot du peuple).
=FUSEAUX=: Jambes minces comme des baguettes de fusil.
Dans le peuple, on dit:
Minces du bas, fines du haut.
On dit également:
_Mince_ d’aiguilles à tricoter (Argot du peuple). _N._
=FUSÉE= (En lâcher une): Quand un ivrogne a trop bu, il soulage son estomac en _lâchant une fusée_.
Allusion à ce que la déjection retombe en _gerbe_.
Quand elles se suivent, on dit dans le peuple:
—Quel riche feu d’artifice, voilà le bouquet (Argot du peuple).
=FUSER=: Fusée d’un autre genre qui ne s’envole pas par le même côté.
—Où donc qu’il est, Dumanet?
—Il est en train de _fuser_ (Argot des troupiers).
=FUSILLER=: Donner un mauvais dîner. _A. D._
_Fusiller_ se dit des _soldeurs_ qui _fusillent_ des marchandises volées.
Ils les vendent à n’importe quel prix.
On les nomme des _fusilleurs_ (Argot des camelots). _N._
G
=GABARI=: Perdre au jeu, jargon des ouvriers de fer. _L. L._
Le _gabari_ est une plaque de tôle ou de zinc taillée sur un modèle donné pour que l’ouvrier mécanicien ou menuisier puisse confectionner exactement sa pièce.
Avant l’invention de la machine à diviser, une roue d’engrenage ne pouvait être juste sans le secours du _gabari_ pour aligner les dents (Argot des ouvriers). _N._
=GÂCHER DU GROS=: Aller pisser comme les poules.
Allusion aux maçons qui mangent énormément et qui _font_ de même (Argot du peuple).
=GÂCHEUR=: Le président de la Cour d’assises.
Quand il condamne, il _gâche_ la vie des gens (Argot des voleurs). _N._
=GADIN=: Vieux chapeau. _L. L._
Le _gadin_ est un _bouchon_.
Le jeu qui consiste à abattre le bouchon chargé de gros sous se nomme _gadiner_.
Il y a plus de cinquante ans que cette expression est populaire (Argot du peuple). _N._
=GAFFE= (En commettre une): Dire ou faire une bêtise, parler trop et à côté (Argot du peuple).
=GAFFE=: Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).
=GAFFE DE SORGUE=: Gardien de marché ou surveillant de maisons en construction.
Autrefois, c’étaient des invalides qui remplissaient ces fonctions (Argot des voleurs).
=GAFFEUR=: Qui commet des _gaffes_.
Il y en a de célèbres, par exemple, dire au maître de la maison dans laquelle on est invité:
—Qui est donc cette vilaine bossue qui fait tant de grimaces.
—Monsieur, c’est ma femme (Argot du peuple).
=GAGNER LE GROS LOT=: C’est assez extraordinaire de ne pas mettre à une loterie et d’avoir cette chance.
Ce _gros lot se gagne_ sans billet.
La garde qui veille aux barrières du Louvre N’en défend pas les rois.
On dit aussi: je suis _assaisonné_ (Argot du peuple). =V.= _Quinte, quatorze et le point_.
=GAILLARDES=: Joues (Argot des voleurs). =V.= _Jaffles_.
=GAJARD=: Gros homme (Argot des voleurs). _N._
=GALBEUX=: Avoir du _galbe_, posséder un visage correct et avenant.
On dit d’une jolie fille:
—Elle est _galbeuse_.
Au superlatif: elle est _truffée de galbe_ (Argot des filles).
=GALETTE=: Argent (Argot du peuple). =V.= _Aubert_.
=GALOUBET= (En avoir): Posséder une belle voix ou crier bien fort.
On dit d’un chanteur émérite:
—Il a un rude _galoubet_.
=GALTOUZE=: Argent (Argot du peuple). =V.= _Aubert_.
=GALURIN=: Chapeau.
On dit quand il a une hauteur exagérée:
—_Mince_ de _galure_ (Argot du peuple). =V.= _Bloum_.
=GAMBETTES=: Jambes.
—Elle est bien _molletonnée_ (montée en _gambettes_) (Argot du peuple). =V.= _Brancards_.
=GAMBILLER=: Danser.
Mot à mot: faire marcher ses _gambettes_ (Argot du peuple).
=GAMBILLEUR=: Danseur (Argot du peuple).
=GAMBILLEUR DE TOURTOUSE=: Danseur de corde.
_Gambiller_, danser, _tourtouse_, corde.
Cette expression servait autrefois à désigner la _corde_ employée par le bourreau pour expédier ses clients dans l’autre monde.
L’image est juste, le condamné _gambille_ au bout de la _tourtouse_ (Argot des voleurs).
=GAMELLES=: Seins.
Les troupiers, dans les jardins publics, se placent de préférence sur les bancs, à côté des nourrices qui allaitent leurs nourrissons.
Ils se pourlèchent les lèvres à la vue des _nichons_ blancs et volumineux.
—Mademoiselle, en voilà un heureux gaillard de manger à une pareille _gamelle_.
Quand il y en a pour un, il y en a pour deusse.
Le camarade se penche:
«Il y en aurait bien pour troisse» (Argot des troupiers). _N._
=GAMELLE= (En attacher une): Quitter une femme avec laquelle ou est collé, sans la prévenir.
Rendre son tablier sans faire ses huit jours (Argot du peuple).
=GANCE=: Bande.
Association de malfaiteurs (Argot des voleurs).
=GANDIN D’ALTÈQUE=: Homme décoré d’un ruban quelconque.
Homme portant une particule (Argot du peuple).
=GANTS= (Pour mes): Pourboire sous quelque forme que ce soit.
Cette expression, néanmoins, est plus généralement employée pour les filles qui réclament un supplément au prix convenu.
_Gant_ est synonyme d’_épingle_ (Argot des filles).
=GANTER=: Il ou elle me _gante_.
Synonyme de _chausse_.
—Cet homme me _gante_, il a une rude pointure.
Pas d’explications superflues (Argot des filles).
=GARÇON=: Les hôtes habituels des prisons appellent _garçon_ un voleur.
Le _garçon de campagne_ est un voleur de grand chemin, qui a pour spécialité de dévaliser les _garnaffes_. =V.= ce mot (Argot des voleurs).
=GARDE NATIONAL=: Paquet de couennes.
On dit aussi _nœud_ d’épée. Allusion à la forme (Argot des charcutiers).
=GARDE NATIONALE= (En être): Femme pour femme (Argot des filles). =V.= _Accouplées_.
=GARE À FAFFLARDS=: Bureau.
Allusion à l’utilité de ce meuble pour _garer_ ses papiers.
_Garer_, serrer, _fafflards_ papiers (Argot des voleurs).
=GARER SON PITON=: Mettre son nez à l’abri des coups qu’il pourrait recevoir.
Cette précaution est nécessaire dans les quartiers excentriques où les souteneurs mangent sans faire de façon, le _piton_ du bourgeois qui n’apprécie pas les charmes de leurs marmites.
Avant l’annexion de la banlieue à Paris, Belleville et la Villette étaient renommés pour ce genre d’exercice (Argot des souteneurs).
=GARGAMELLE=: Le gosier.
C’est une très vieille expression qui a été remplacée par celles plus modernes de _dalle_, _sifflet couloir_ (Argot du peuple).
=GARGOINE=: La bouche.
Par abréviation: _la gargue_.
Quelques-uns écrivent _gargouenne_ (Argot du peuple). =V.= _Affamée_.
=GARGOTER=: Cuisinière qui rate tous ses ragoûts.
Mot à mot: faire de la mauvaise cuisine, de la _gargote_.
_Gargoter_ un travail ou le _savater_, le _gâcher_ en un mot (Argot du peuple).
=GARGUE=: La bouche (Argot du peuple).
=GÂTE-SAUCE=: Garçon pâtissier. _A. D._
_Gâte-sauce_ ne s’emploie pas exclusivement pour désigner un garçon pâtissier, cette expression s’applique à tous les métiers.
Dire à un mari qu’il est cocu et troubler la félicité des amants, c’est _gâter la sauce_.
Quand un commissaire de police tombe comme un aréolithe au milieu d’un tripot, la _sauce_ est _gâtée_ pour les joueurs.
Dans le peuple, de tout ce qui va mal, la _sauce se gâte_.
Le synonyme est: _ça tourne au vinaigre_ (Argot du peuple).
=GAULES DE SCHTARD=: Barreau de prison.
_Gaule_: allusion à la rigidité du fer (Argot des voleurs).