Dictionnaire d'argot fin-de-siècle
Part 1
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DICTIONNAIRE D’ARGOT
FIN-DE-SIÈCLE
_À Francisque SARCEY_
HOMMAGE RESPECTUEUX
CH. VIRMAITRE.
DICTIONNAIRE
d’Argot
FIN-DE-SIÈCLE
PAR
CHARLES VIRMAITRE
PARIS
A. CHARLES, LIBRAIRE
8, RUE MONSIEUR-LE-PRINCE, 8
1894
À MON CHER ET HONORÉ CONFRÈRE
FRANCISQUE SARCEY
_Permettez-moi de vous prier d’accepter l’hommage de ce volume. Je suis persuadé que le nom du maître critique lui portera bonheur._
_J’ai essayé de faire juste, sans, comme mes devanciers, écarter volontairement des termes risqués._
_Je les ai écrits comme ils sont employés dans les milieux auxquels je les emprunte._
_Pour écrire mes précédents ouvrages, j’ai dû vivre dans ces milieux, depuis l’atelier jusqu’aux bouges les plus infects, inconnus des chercheurs, et où, d’ailleurs, nul n’oserait s’aventurer sans danger._
_C’est donc un Dictionnaire vécu, étudié sur le vif. S’il n’est pas aussi savant que ceux de MM. Jean Rigaud, Alfred Delvau et Lorédan Larchey, il a au moins le mérite de n’être pas fantaisiste; il n’est pas l’écho atténué par une pudibonderie par trop Bérengeriste des expressions en usage depuis des siècles._
_Des dames à un certain bal célèbre, mirant leur chemise au vestiaire, j’ai fait comme elles, ce sera moins beau sûrement, mais c’est aussi nature._
_TO BE OR NOT TO BE_
_Veuillez agréer, mon cher Maître, mes remerciements et l’expression de mes sentiments de confraternité._
_CH. VIRMAITRE._
_Mon cher Confrère,_
_Vous m’avez fait grand plaisir en vous souvenant du goût que j’ai toujours montré pour les études de linguistique. J’aime les locutions d’argot, dont beaucoup sont très pittoresques; au lieu de les proscrire toutes, comme font les dégoûtés, nous devrions avoir à cœur de choisir les plus expressives et de les introduire dans la conversation de la bonne compagnie, d’où elles passeraient dans le Dictionnaire de l’Académie, qui leur donnerait ainsi leurs lettres de naturalisation._
_Je vous remercie et vous serre la main._
_FRANCISQUE SARCEY._
PRÉFACE
Avant que les bonnes feuilles de ce Dictionnaire ne me tombassent sous les yeux, je ne connaissais guère, je dois le dire à ma honte, que l’argot de Méténier et celui de Bruant. Je dois confesser que mon éducation était incomplète. Et comme je crois que beaucoup sont dans mon cas, il est de toute évidence que ce Dictionnaire est destiné à rendre les plus grands services aux femmes du monde qui vont, au cabaret du Mirliton, quérir des émotions un peu faisandées, et qui en reviennent mélancolieuses, oh! combien! et le cœur tout en pantenne, les pauvres chères! de ce qu’elles n’ont pas goûté, n’ayant pas compris, toute la boue dont, à leur passage dans son bouge, les éclaboussa l’habile cabot-limonadier.
⁂
Quel beau livre, quel livre puissant, de quel haut intérêt, et de quelle portée morale, philosophique et sociale, il y aurait à écrire sur l’argot! Quels coins de voile il soulève sur ce monde mystérieux, inconnu, inquiétant, si loin de notre société bourgeoise, sur ce monde du crime, où le vol et l’assassinat portent cyniquement le même nom que la retape de la fillasse: le turbin! Le turbin c’est-à-dire le TRAVAIL!!!
Ah! nos lois! nos règlements! nos conventions! Ah! nos morales! nos vertus! nos devoirs! Ah! nos Codes, nos gendarmes! A quels antipodes!
⁂
Il y a dans l’argot l’histoire de tout un monde, il y a la psychique de tout un peuple qui pense, croit et agit tout contradictoirement à nous, de même qu’il parle une autre langue que nous, une langue difficile à saisir, en dépit de tous les dictionnaires, parce que sa mobilité est en raison directe des efforts faits par les profanes pour la pénétrer.
Je n’ai ni le temps, ni l’autorité qu’il siérait pour essayer d’écrire, en tête de ce livre, le Commentaire qu’il faudrait. Je ne veux, je ne puis que tenter quelques considérations sur ce qu’est l’argot, au point de vue philologique, et sur la manière dont se forme et se déforme, encore aujourd’hui, ou plutôt se transforme en se déformant ce vocabulaire d’une richesse si colorée et si sapidement et intensément pittoresque.
⁂
Les dictionnaires d’argot, publiés jusqu’à présent, n’ont pas assez, me semble-t-il, insisté sur les modes de recrutement et de transformation des vocables argotiques. Or, précisément, ce côté philologique m’a tout de suite paru, à moi, profane, comporter un intérêt de premier ordre. Je sais bien qu’il faudrait tout un livre pour écrire, expliquer et commenter la longue et si accidentée histoire philologique de l’argot, dont les compétents font remonter les origines jusqu’au XII^e siècle.
Toutefois, à défaut de cette étude savante il y a tout au moins à donner la formule de la mobilité de cette langue, qui, à dix ans de distance, devient presque méconnaissable et quasi incompréhensible pour qui n’en suit pas les évolutions et n’en connaît pas le mécanisme.
⁂
L’argot est un langage artificiel, un vocabulaire de convention.
Riche d’un fond de vieux mots français, latins, ou d’importation étrangère (par le fait, par exemple, des guerres), l’argot, je le répète, est une langue essentiellement bougeante et fugace.
Cette mobilité est obtenue par divers principaux procédés, tels que: déformation de mots existants, substitution de mots, apport de suffixes divers.
Le procédé de déformation le plus curieux est celui qui consiste à remplacer la première lettre d’un mot par la lettre _l_, à la rejeter à la fin du mot, et à terminer le mot par un suffixe, comme _oque_, _ique_, _ème_, _onche_, _uche_.
C’est ainsi que le mot «fou» a produit _loufoque_. L’_f_ de _fou_, remplacée par un _l_ et passant à la fin du mot, a formé _louf_, radical auquel est venu s’ajouter le suffixe _oque_, soit _loufoque_. C’est pareillement que _linvé_ vient de _vingt_, le _v_, remplacé par l’_l_, est passé à la fin du mot, et le _t_ est disparu euphoniquement.
Quelquefois le suffixe s’intercale dans le mot. Caler, mourir, devient _calancher_, par l’addition du suffixe _anche_, qui est un suffixe courant en argot, comme _ique_ et _oque_. Exemple: boutique, qui fait _bouloque_ et _boutanche_.
Un autre suffixe, qu’on retrouve un peu partout, est la syllable _quin_. Roux = _rouquin_. _Lance_, eau, fait _lancequine_ et _lancequiner_ pleuvoir.
Le suffixe _go_ entre dans la composition de beaucoup de mots: _icigo_ pour ici, remplaçant _icicaille_ qui est très vieux; _sergot_, _mendigot_, etc.
⁂
L’argot s’enrichit de mots nouveaux par la méthode des synonymes et par métaphores. C’est à dire, à plus exactement parler, que les choses et les gens sont désignés par une de leurs propriétés, une de leurs fonctions, la plus saillante: une montre devient une _toquante_, parce qu’elle fait toc, toc; un juge s’appelle un _endormi_, un avocat un _bavard_; l’avocat général l’_avocat bêcheur_, une corde _ligottante_.
Les dérivations par synonymes, donnent parfois des résultats qui déconcertent de prime abord. Comment expliquer que _taupe_, femme, vient de _marmite_, qui désigne également la femme. C’est que _marmite_, par substitution de finale est devenue _marmotte_, et que _marmotte_, ayant éveillé l’idée d’animal qui dort sous terre, est un terme cousin germain de _taupe_.
Une des conséquences à laquelle, par ce procédé, on arrive vite, est le calembourg. L’argot y a aussi recours pour se modifier. C’est ainsi que Saint-_Esprit_ devient Sainte-_Essence_, le portier _cloporte_, les latrines le _numéro 100_.
Suivant cet ordre d’idée, l’expression _passer à tabac_, doit venir logiquement de _chiquer_ qui en argot signifie _battre_; _chiquer_ éveillant tout naturellement l’idée de tabac.
⁂
N’y aurait-il pas tout un chapitre à écrire sur la poésie de certaines expressions, telle que _blanchette_ qui veut dire hiver, telle que _brouillotte_ qui signifie la nuit? Et sur l’esprit de certaines locutions imagées? _Coucher sur la plume de Beauce_, n’est-ce pas joli pour dire «coucher sur de la paille»! Quand la fille qui fait la retape _rechasse_ les passants (les reluque si vous voulez) pour les allumer, on dit qu’elle _distribue son prospectus_.
Et combien d’autres?
⁂
Ce Dictionnaire vient à son heure, il est l’expression exacte de la langue actuelle qu’on parle couramment dans les bouges. Il émane de la plume d’un qui a beaucoup retenu, après avoir beaucoup vu. Virmaitre est plus qu’un écrivain documentaire, c’est le Document lui même. Il est le seul homme de Paris qui a été partout, là même, là surtout, où la police, éventée à distance, n’entre pas. Il a rapporté de cette ballade de touriste dans le tréfond de Paris, tout une œuvre d’un arôme spécial. Que si ces clichés photographiques effarouchent quelques pudeurs, au moins ont-ils pour eux d’être d’une exactitude absolue, puisqu’ils ont été pris sur le vif.
Ce _Dictionnaire d’Argot fin-de-siècle_, en dépit, et peut-être à cause, du cynisme de certains vocables, et du pittoresque violent de certaines locutions, n’est pas le moins curieux morceau de sa collection.
LÉO TRÉZENIK.
EXPLICATIONS
Il est inutile de chercher les origines de l’argot, car tous les auteurs qui ont essayé de les découvrir sont en parfait désaccord.
D’ailleurs, où commence l’argot, où finit-il?
Chaque jour ce langage se forme, se déforme et se transforme.
Ce qu’il faut reconnaître et simplement constater, c’est qu’il est des plus anciens. Il existe depuis la création des associations de filous, de voleurs et de mendiants; ils avaient en effet besoin d’un langage conventionnel pour se comprendre entre eux, sans que le vulgaire non initié pût saisir le véritable sens de leurs conversations.
⁂
Le mot _Argot_ dérive-t-il du grec _Argos_, d’_Argus_ emblème de la vigilance; de la vieille expression _Narquot_ (mendiant), de _Ragot_, truand du XVI^e siècle, du mot _Argu_, finesse, etc., etc?
Cela importe peu. Ce qu’il faut considérer c’est que l’usage de l’argot est passé dans nos mœurs, dans toutes les classes de la société; on en retrouve des expressions dans la langue courante.
Nous avons l’argot des _voleurs_, des _souteneurs_, des _filles de la rue_ et du _demi-monde_, des _ateliers_, des _bouchers_, des _coulisses_, du _peuple_, des _troupiers_, des _bohêmes_, des _gens de lettres_, des _saltimbanques_, des _joueurs_, des _boursiers_, des _typographes_, des _bourgeois_, des _musiciens_, des _mendiants_, _etc._, _etc._
⁂
Si les expressions employées dans ces divers milieux diffèrent sensiblement comme étymologie et comme sens, tout en signifiant la même chose, c’est que cette langue est très riche; elle est si riche que pour exprimer le mot _tête_, par exemple, il existe plus de vingt vocables: _Trogne_, _caboche_, _bobine_, _fiole_, _caillou_, _bouillotte_, _cafetière_, _couache_, _poire_, _hure_, _sorbonne_, _olive_, _nord_, _baptême_, _trompette_, _globe_, _binette_, _cabéche_, _etc._, _etc._
⁂
L’étude de l’argot a tenté de grands écrivains, mais ils n’ont pu réussir à pénétrer dans les profondeurs de ce mystérieux langage.
Vidocq, le célèbre voleur, fut, dans notre siècle, le premier initiateur populaire de l’argot; il était placé pour cela, il avait vécu dans le monde des prisons, au bagne, à la Force, et pendant qu’il fut chef de la sûreté, il vit défiler devant lui tous les chefs de bandes célèbres.
Après lui sont venus MM. Alfred Delvau, Jean Rigaud et Loredan Larchey.
Je ne parle pas des auteurs qui n’ont fait qu’emprunter les expressions de nos devanciers, en commettant de grossières erreurs sur le sens et la valeur des mots, erreurs qui prouvent qu’ils n’ont rien pris sur le vif, et qu’ils se sont contentés d’employer les mots tels qu’ils les avaient entendus.
Ainsi, l’un d’eux dit _cadelle_ pour _cadenne_ (chaîne); _brouter_ (manger), pour _prouter_ (colère). C’est à l’infini.
⁂
Au XVI^e siècle, l’argot avait pris une telle extension que l’on songea à modifier ce langage et à l’unifier. Ce travail fut confié aux _archi-suppôts_, titre que prenaient les _cagoux_, principaux officiers du roi des Truands.
Voici ce que dit à ce sujet Ollivier Chéreau:
«... En un mot, ce sont les plus scavants, les plus habiles _marpauts de toutime l’argot_, qui sont des escoliers desbauchez et quelques _ratichons_ de ces coureurs qui enseignent le _jargon à rouscailler bigorne_ qui ostent, retranchent, réforment l’argot, ainsi qu’ils veulent, et ont ainsi une puissance de _trucher sur le toutime_ sans _ficher floutière_.»
⁂
La méthode suivie par mes devanciers a ceci de particulier: c’est qu’ils se sont évertués à attribuer à telles ou telles personnalités la paternité des expressions nouvelles. Cela n’est pas juste, car l’argot ne s’étudie pas dans les livres, il s’étudie dans les rues, dans les ateliers, dans les bouges, en un mot dans tous les mondes où il est la langue usuelle.
⁂
C’est le peuple qui est le véritable créateur de la _langue verte_, c’est lui qui trouve chaque jour des mots nouveaux pour exprimer sa pensée; ce qu’il recherche avant tout, c’est la figure qui frappe, l’image qui détermine l’objet ou la chose qu’il veut désigner, voilà la raison pour laquelle l’argot est si pittoresque, ne repose sur aucune règle fixe et n’appartient à personne parce qu’il appartient à tous, à la masse.
⁂
Dans un atelier, deux ouvriers causent, l’un dit à l’autre:
—Tu ne finiras pas ton travail?
L’autre lui répond:
—Non, c’est que je _tousse_.
L’apprenti qui a entendu dans les faubourgs dire d’un homme qui _pète_: «Il est _enrhumé_» transforme l’expression; au lieu de dire: _c’est que je tousse_, il dit: _c’est que je pète_.
Les deux expressions restent, la dernière complète la première, et toutes deux sont dans la circulation pour exprimer la même pensée.
À qui appartiennent-elles? à tout le monde.
Qu’importe au peuple que les étymologistes se torturent la cervelle pour prouver que _gogo_ vient de _gaudium_ et _baragouiner_ du Bas-Breton?
Pour lui _gogo_ est un imbécile, voilà tout.
⁂
Dans ce _Dictionnaire d’Argot_ j’ai procédé d’une toute autre manière que mes prédécesseurs; je ne cite personne, parce que, je le répète, c’est le peuple qui est l’auteur de tous les mots d’argot en usage.
Depuis dix ans que je travaille à ce Dictionnaire, j’en ai étudié les expressions sur le vif, dans les prisons, dans les ateliers, dans les bas-fonds, dans le monde des filles de la rue et des filles de la haute, et ailleurs; j’ai acquis la certitude qu’attribuer à quelqu’un telles ou telles expressions c’est contraire à la vérité. Je me contente d’indiquer à la suite de chaque mot à quel argot il est emprunté et dans quel milieu il est en usage.
⁂
Certainement, j’ai employé des expressions brutales, grossières, mais je n’en suis pas cause; pour être un photographe fidèle; je ne devais pas tourner autour du pot, je ne devais pas hésiter à soulever le couvercle.
C’est ce que j’ai fait.
Le parfum du fricot ne sera peut-être pas du goût de tout le monde, je le regrette; il y en a qui aiment l’odeur de la peau d’Espagne et d’autres qui lui préfèrent celle du vidangeur.
Toutes deux sont aussi bonnes l’une que l’autre, la peau d’Espagne a fait la fortune du parfumeur, et la merde celle du vidangeur.
D’ailleurs, une expression n’est grossière que lorsqu’elle est voulue; quand elle employée pour déterminer un objet, un fait, un individu elle perd sa grossièreté pour passer à l’état d’image, et dans cinquante ans ce qui paraît brutal aujourd’hui paraîtra sûrement anodin.
⁂
Si, à l’époque où l’on poursuivait _Madame Bovary_ on nous avait dit qu’en 1894, l’Académie française accorderait quatorze voix à l’auteur de _Germinal_, de _Nana_ et de l’_Assommoir_, on aurait conspué l’audacieux prophète.
A tout il faut s’attendre pour ne s’étonner de rien.
Je remercie mes collaborateurs du concours qu’ils ont bien voulu me prêter pour accomplir ce travail; pour être conséquent avec mon système, je n’en nomme aucun, car il en est qui ne voudraient pas voir figurer leurs noms à côté de ceux de Gamahut, d’Abadie et d’autres célèbres voleurs et assassins qui ont été pour moi des lexicographes.
CH. VIRMAITRE.
NOUVEAU
Dictionnaire d’Argot
SIGNES ABRÉVIATIFS
Les noms suivis des initiales _L L_ donnent les explications de M. Lorédan Larchey; _A D_ celles de M. Alfred Delvau.
Les erreurs des autres auteurs cités par ces messieurs ne valant pas la peine d’être relevées, je les passe sous silence.
Toutes les expressions nouvelles, ou celles à qui j’ai restitué leur véritable sens sont suivies de la lettre _N_.
A
=ABATTRE=: Faire des dettes, _L. L._
_Abattre_ veut dire faire beaucoup d’ouvrage.—C’est un ouvrier habile, il en _abat_ en un jour plus que ses compagnons en une semaine (Argot du peuple).
=ABATTAGE=: (En recevoir un) être grondé à en être _abattu_. Équivalent à recevoir un _gras_, un _suif_, en un mot, à être _enlevé_ (Argot du peuple). _N._
=ABATTAGE=: (en avoir) être grand, fort, d’une taille à dominer.—Il a de l’_abattage_, il peut frapper fort (Argot du peuple). _N._
=ABADIS= ou =ABADIE=: =V.= _Trépe_.
=ABAT-RELUIT=: Cette expression désigne la visière placée sur la casquette des vieillards ou des gens faibles de la vue pour adoucir l’intensité de la lumière (Argot des voleurs).
=ABATIS=: Les pieds ou les mains.
Dans le peuple, on dit d’un individu mal conformé: Il a des _abatis_ canailles, ou encore il a des _abatis_ à la manque.
Quand deux hommes se battent, la foule dit du plus faible: il peut numéroter ses _abatis_ (Argot du peuple).
=ABATTOIR=: Lieu où l’on _abat_ les animaux; les prisonniers ont donné ce nom au cachot des condamnés à mort (Argot des voleurs).
=ABBAYE DE S’OFFRE-A-TOUS=: =V.= _Bocard_.
=ABBAYE DE MONTE-À-REGRET=: La guillotine.
L’expression peut se passer d’explications: ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).
=ABBAYE DE CINQ PIERRES=: Les cinq dalles de granit placées devant la Roquette, sur lesquelles on monte l’échafaud.
Lacenaire dédia ces strophes à ces cinq dalles:
Oh! je vous connais bien, dalles qui faites place Aux quatre pieds de l’échafaud. Dalles de pierres blanches ou ne reste plus trace Du sang versé par le bourreau.
=ABBAYE RUFFIANTE=: Four chaud, dans lequel les vêtements des prisonniers sont passés au soufre pour détruire la vermine (Argot des voleurs).
=ABÉQUEUSE=: Maîtresse d’hôtel ou nourrice: elles donnent la becquée.
Cette expression s’applique depuis peu aux voleuses qui dévalisent les magasins de nouveautés en se servant d’un enfant.
Ce vol nécessite trois personnages: la mère, la nourrice et le _momignard_.
Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profitant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne une impatience très vive.
—Te tairas-tu, lui dit-elle; allez-vous en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois.
Leur manière d’opérer se nomme le _vol à la nourrice_ (Argot des voleurs). _N._
=ABBESSE=: Maîtresse d’une maison de tolérance.
Allusion aux filles qui sont cloîtrées connue dans un couvent (Argot du peuple).
=ABÉTI=: Lourd, pâteux, nonchalant.
Mot à mot: _abruti_ par des pratiques personnelles ou de naissance (Argot du peuple). _N._
=ABLOQUER=: Acheter en tas, en _bloc_.
Les brocanteurs _bloquent_ un tas de marchandises des plus disparates (Argot des camelots). =V.= _revidage_.
=ABONNÉ AU GUIGNON=: Déveine persistante, qu’aucun effort ne peut conjurer.
On dit aussi: «Il a si peu de chance qu’il se _noierait dans un crachat»_ (Argot du peuple).
=ABOULER=: Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer; _abouler_ la monnaie.
—_Aboulez_ donc, mon vieux, faut y passer.
On dit aussi à quelqu’un qui attend: Un peu de patience, il va _abouler_ (Argot du peuple).
=ABOYEUR=: Nom donné dans les prisons à l’auxiliaire chargé d’appeler les détenus à voix haute pour le greffe ou pour l’instruction.
Ce nom est également donné aux crieurs qui, dans les ventes publiques, _aboient_ la mise à prix des objets à adjuger (Argot des voleurs).
=ABREUVOIR=: La boutique du marchand de vins où les ouvriers ont l’habitude chaque matin de boire la goutte.
Quand la station a été trop prolongée, que l’homme rentre au logis _éméché_ dans les grandes largeurs, la ménagère lui dit d’un ton rogue: As-tu assez _abreuvé_ ton cochon? (Argot du peuple).
=ACCAGNARDIR= (s’): Être indolent qui s’amuse à des bagatelles, qui piétine sur place et dormirait, comme dit le proverbe, le cul dans la rivière par dix degrés au-dessous de zéro (Argot du peuple).
=ACCIDENTIER=: Voleur qui profite des _accidents_, et sait au besoin les faire naître pour dévaliser ceux qui en sont les victimes.
Le voleur s’empresse autour du blessé, et pendant que lui et un de ses complices le portent chez le pharmacien, ils dévalisent le pauvre diable en route.
Ce genre de vol est nouveau (Argot des voleurs). _N._
=ACCORDAILLES=: Synonyme de _fiançailles_; il y a toutefois une légère nuance: elles se font généralement sans le secours du maire; les conjoints ne sont pas liés par l’écharpe municipale (Argot du peuple). _N._
=ACCORDEUR DE FLUTES=: Juge de paix (Argot du peuple). =V.= _Bâton_.
=ACCOUCHER=: Avouer, parler.
Quand un prévenu garde un mutisme obstiné, les agents chargés de le «cuisiner» lui disent: _Accouche_ donc, puisque c’est le même prix (Argot des voleurs).
=ACCOUPLÉES=: Expression qui désigne dans un monde spécial les habituées du _Rat Mort_, de la _Souris_ ou du _Hanneton_, deux femmes qui s’aiment avec une ardente passion et en conséquence détestent les hommes (Argot des filles). =V.= _Gougnottes_. _N._
=ACCROCHER SON PALETOT=: Voleur qui, chez le juge d’instruction, _farde_ la vérité.
Mot à mot: Mentir (Argot des voleurs). _N._
=ACCUREUSE=: Commode (Argot des voleurs). _N._
=ACHETER QUELQU’UN=: Se moquer, lui faire croire des choses insensées, se _payer sa tête_.
Mot à mot: prendre un individu pour un imbécile.
_Acheter à la course_, voler en passant un objet quelconque à un étalage (Argot du peuple).
=ACRÉE=, ou =ACRIER= ou =ACRÉ=: Méfie-toi, prends garde, il y a du _pet_ (danger), voilà la _rousse_ (Argot des voleurs).
=ACTEUR=: La tournure que portent les femmes pour faire bouffer leur robe.
Cette tournure est ainsi nommée parce qu’elle est au-dessus du _trou du souffleur_ (Argot du peuple). _N._
=ACTIF=: Ne se prend pas, dans le monde où ce mot est employé, dans le sens d’_activité_.
Il veut dire que l’_actif_ est l’amant du _passif_ (Argot des pédérastes). =V.= _Passif_.
=AFFALER SON GRELOT=: Se taire.
Dans le peuple, on dit d’une femme bavarde, qu’elle, est un _moulin à paroles_.
Quand elle bavarde trop bruyamment, on lui conseille de mettre du papier dans sa _sonnette_.
L’image est fort juste, la sonnette ne _tinte_ plus (Argot du peuple). _N._
=AFFAMÉE= (l’): La bouche.
Allusion à la faim ou à la femme hystérique _affamée_ de baisers (Argot des voleurs). _N._
=AFFE= (l’): L’âme.
Son _affe_ se débine.
Mot à mot: il rend l’âme (Argot des voleurs). _N._
=AFFOURCHÉE SUR SES ANCRES=: Fille publique qui _renâcle_ sur le _turbin_ pour faire _tortorer_ son souteneur.
Cette expression ancienne est fréquemment employée, car l’image est frappante.
_Affourchée_, immobile comme le vaisseau amarré dans le port.
_Sur ses ancres_, sur ses _jambes_.
La fille ne _trimarde_ pas (Argot des souteneurs).
=AFFRANCHI= (être): Ne rien craindre.