Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Part 9

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Dans cette phrase: son nez petit, mais _affilé_, etc. (_Gaz. des Trib._, 12 juin 1833), c’est _effilé_ qu’il faut.

ÉGALISER.

Malgré l’anathème lancé jadis par Voltaire et dernièrement par M. Ch. Nodier, sur ce mot qu’ils traitent tous les deux de barbarisme, nous persistons avec Trévoux, Restaut, Roubaud, Laveaux, Rivarol, Boiste, etc., à le trouver bon et même nécessaire. _Égaler_, dit le Dictionnaire de l’Académie (1802), se dit des grandeurs morales; _égaliser_, des grandeurs physiques. L’amour _égale_ les hommes; on _égalise_ un chemin raboteux. M. Laveaux ne croit pas que la décision sans fondement de Voltaire suffise pour faire proscrire ce mot. Il est d’ailleurs dans la langue depuis fort long-temps, puisque le Dictionnaire de Trévoux lui donne l’épithète de vieux. Ce prétendu barbarisme se réduit donc à un archaïsme.

ÉGAYER.

ORTH. VIC. _Égayez_ ce cheval, ce linge. ORTH. CORR. _Aiguayez_ ce cheval, ce linge.

L’Académie écrit _égayer_ et _aigayer_; l’Académie, selon nous, a tort de laisser ses lecteurs libres de faire un choix, qui peut souvent n’être pas fort éclairé, entre deux orthographes dont l’une est évidemment vicieuse. _Aiguayer_ signifie _laver, tremper dans l’eau_, et vient du substantif _aigue_ (eau), ce qui en détermine l’orthographe d’une manière positive.

ÉGRAFIGNER.

LOCUT. VIC. Sa figure est tout _égrafignée_. LOCUT. CORR. Sa figure est tout _égratignée_.

On disait autrefois _égrafigner_.

Tousiours le chardon et l’ortie Puisse _esgrafigner_ son tombeau.

(RONSARD, _Epitaphes_.)

On dit maintenant _égratigner_.

ÉLÈVE.

Ce mot, dans sa signification d’_éducation_ des animaux, n’a été accueilli par aucun de nos dictionnaires même des plus récens. On le trouve cependant assez fréquemment employé aujourd’hui par de bons auteurs, et, comme nous ne voyons pas de mot qui puisse le remplacer, nous ne pouvons nous empêcher de blâmer les dictionnaires de leur dédain ou de leur oubli. M. Ch. Dupin a dit: _Chaptal cultiva cette plante_ (la betterave) _dans un vaste territoire, établit ses ateliers pour la fabrication du sucre dans le château de Chanteloup, fit marcher de front ses travaux avec tous les perfectionnemens agricoles, avec l’élève d’un troupeau de 1200 mérinos à laine superfine_, etc. (_Disc._ sur la tombe de Chaptal, 1er août 1832). On lit aussi, dans le _Journal du Commerce_ (1er février 1832): _Les encouragemens qu’on peut donner à l’_élève _des chevaux_, etc.

Il reste à déterminer maintenant le genre de ce substantif. Nous pensons qu’étant pour ainsi dire un abrégé du mot _élèvement_, il doit être masculin.

ÉLEVER.

LOCUT. VIC. Elle _éleva_ ses yeux au ciel. LOCUT. CORR. Elle _leva_ ses yeux au ciel.

«On _lève_, dit Girard (_Synonymes_), en dressant ou en mettant debout. On _élève_, en plaçant dans un lieu, dans un ordre éminent.»

On _lève_ la tête, les mains, un bâton, un pont-levis, un étendard, etc. On _élève_ un mur, la voix, le style, le cœur, l’âme, l’esprit, etc.

L’Académie permet de dire indifféremment: le vent, la tempête, l’orage, etc., se _lève_ ou _s’élève_, Nous croyons plus conforme à l’usage d’employer _élever_ dans ces locutions.

ÉLEXIR.

LOCUT. VIC. Voici de l’_élexir_ de Garus. LOCUT. CORR. Voici de l’_élixir_ de Garus.

Ce serait _élexir_ qu’on devrait dire d’après l’étymologie donnée par le Dictionnaire de Trévoux; _alecsiro_ est, dit-il, un mot arabe qui signifie extraction artificielle de quelque essence.

EMBARBOUILLER.

LOCUT. VIC. Comme sa figure est _embarbouillée_. LOCUT. CORR. Comme sa figure est _barbouillée_.

_Embarbouiller_ n’est pas français, et nous ne croyons pas qu’il l’ait jamais été.

EMBARRAS.

LOCUT. VIC. { Il fait bien _son embarras_. { _Ce n’est pas l’embarras_, je peux bien y aller.

LOCUT. CORR. { Il fait bien _l’important_. { _Au surplus_, je peux bien y aller.

De ces deux mauvaises locutions, la première est la seule dont l’emploi puisse être toléré dans le langage familier, mais en y faisant un changement. Ainsi, au lieu de dire: _il fait bien son embarras_, dites: _il fait bien de l’embarras_, et vous aurez pour vous le Dictionnaire de l’Académie. Quant à la seconde _ce n’est pas l’embarras_, elle est complètement mauvaise et doit toujours être repoussée.

EMBAUCHOIRS.

LOCUT. VIC. Ces _embauchoirs_ sont trop petits. LOCUT. CORR. Ces _embouchoirs_ sont trop petits.

L’Académie écrit _embouchoirs_ et _ambouchoirs_. Cette dernière orthographe ne nous paraissant nullement justifiée, nous nous en tenons à la première.

EMBÊTER.

LOCUT. VIC. Cela m’_embête_. LOCUT. CORR. Cela m’_assomme_.

_Embêter_ est certainement une expression qui, dans la signification que nous venons de rapporter, est de la plus grande trivialité, et ne saurait être recueillie par nos dictionnaires, qui peuvent d’ailleurs nous offrir à sa place beaucoup d’équivalens; mais nous pensons qu’il est certains cas où _embêter_ devient un mot très-bon, qui ne peut même être remplacé par aucun autre. Qu’un homme se trouve au milieu d’un grand nombre de bêtes, cet homme n’est-il réellement pas _embêté_? comme il serait _encanaillé_, s’il était entouré de _canaille_, _enfariné_, s’il était couvert de _farine_? etc. Pourquoi nos lexicographes ne nous donneraient-ils pas _embêter_ dans ce sens-là?

EMBROUILLAMINI.

LOCUT. VIC. C’est un _embrouillamini_ à ne plus s’y reconnaître. LOCUT. CORR. C’est un _brouillamini_ à ne plus s’y reconnaître.

Le mot _brouillamini_ nous semble être de longueur à pouvoir très-bien se passer d’allonge. C’est au reste une chose assez remarquable que le penchant des personnes illettrées pour l’augmentation des syllabes d’un mot: rébarba_ra_tif, _dé_cesser, _é_cosse de pois, _em_barbouiller, etc., en fournissent des preuves. Cela remplit mieux la bouche et produit plus d’effet.

Voltaire s’est à tort servi de ce mot: «Il y a au troisième acte un _embrouillamini_ qui me déplaît.» (_Correspond. générale._)

ÉMÉLIE.

PRONONC. VIC. _Émélie_. PRONONC. CORR. _Émilie_.

Quoiqu’on ait dit qu’il n’y a pas d’orthographe pour les noms propres, ce qui ne peut s’appliquer rigoureusement qu’aux noms patronimiques, et à certains noms géographiques peu connus, nous ferons remarquer en passant qu’il est fort incorrect d’écrire et de prononcer _Émélie_, comme on le fait quelquefois. _Émilie_ vient d’_Émile_; il est inutile d’en dire davantage pour indiquer la véritable orthographe de ce nom.

ÉMINENT.

LOCUT. VIC. Vous voilà en péril _éminent_. LOCUT. CORR. Vous voilà en péril _imminent_.

_Éminent_ signifie haut, élevé, excellent; _imminent_ signifie qui menace. Lequel de ces adjectifs doit modifier le substantif _péril_? C’est évidemment _imminent_.

L’Académie permet, il est vrai, de dire _péril éminent_. Nous ne voyons dans cette approbation donnée à un non-sens qu’une preuve de distraction de la part de l’Académie, ou plutôt de condescendance pour l’opinion de Vaugelas, qui a écrit (259ᵉ rem.): «J’ai vu un grand personnage qui n’a jamais voulu dire autrement que _péril imminent_; mais avec le respect qui est dû à sa mémoire, il en est repris non-seulement comme d’un mot qui n’est pas français, mais comme d’_une erreur qui n’est pardonnable à qui que ce soit, de vouloir, en matière de langues vivantes, s’opiniastrer pour la raison contre l’usage_.» Vaugelas avait dit plus haut: «_Il n’est pas possible de concevoir comme on peut donner cette épithète_ (éminent) _au péril_.» Conçoit-on une docilité aussi servile pour l’usage? Quoi! vous n’osez pas prendre le parti de la raison contre l’usage! Mais dût-il être seul à commencer, tout grammairien vraiment digne de ce nom doit combattre énergiquement l’usage toutes les fois qu’il est opposé à la raison. L’usage a-t-on dit souvent, est un despote, et si les grammairiens, espèce de législateurs, se rendent ses complices au lieu de lui résister de toute leur puissance, la confusion ne cessera jamais d’exister dans notre langue. Le mot qui nous a donné lieu de faire ces réflexions, nous fait voir combien le sentiment des grammairiens peut avoir d’influence sur l’usage. D’après leur avis, les gens qui parlent bien et qui raisonnent un peu, ne disent plus aujourd’hui que _péril imminent_, parce qu’ils veulent trouver entre ces deux adjectifs _imminent_ et _éminent_ la même différence que tous nos dictionnaires, celui même de l’Académie, établissent sans exception entre les substantifs _imminence_ et _éminence_, et en quoi faisant ces dictionnaires nous semblent réfuter eux-mêmes complètement leur opinion sur l’adjonction d’_éminent_ à _péril_; tant la raison a d’empire!

EMPÊCHER.

LOCUT. VIC. Vous _m’empêchez la jouissance_ du soleil. LOCUT. CORR. Vous _m’empêchez de jouir_ du soleil.

Le verbe _empêcher_ ne pouvant avoir un nom de personne pour régime indirect, il est évident que le pronom personnel _me_ n’est pas mis pour _à moi_ dans notre phrase d’exemple; son rôle est ici celui de régime direct; mais comme il se trouve un autre régime de même nature dans la phrase, _la jouissance du soleil_, et que la grammaire s’oppose formellement à l’emploi de deux régimes directs par le même verbe, il faut changer le second en régime indirect, et c’est ce que nous avons fait.

EMPLATRE.

Locut. vic. L’_emplâtre_ n’est pas _chaude_. Locut. corr. L’_emplâtre_ n’est pas _chaud_.

S’il est plus utile que le substantif _emplâtre_ soit du genre masculin que du genre féminin, on saura que la gloire d’avoir établi ce dernier genre est due particulièrement aux médecins. Du temps de Nicod (16ᵉ siècle) il était masculin; du temps de Ménage (17ᵉ siècle) il était féminin; mais les médecins, comme nous l’avons dit tout à l’heure, prétendirent que l’on devait faire une distinction entre la matière pharmaceutique de l’_emplâtre_ et le morceau de peau, de linge, etc., sur lequel s’étendait cette matière, et réclamèrent le masculin pour ce dernier cas. La question ainsi divisée procura une victoire complète aux médecins, qui, après avoir obtenu gain de cause partiellement, finirent par mettre _emplâtre_ en possession du genre masculin, dont il jouit maintenant sans autre opposition que celle des gens ignares.

EMPOISONNER.

LOCUT. VIC. Ces gens-là _empoisonnent_ l’ail. LOCUT. CORR. Ces gens-là _puent_ l’ail.

L’emploi du verbe _empoisonner_, dans notre phrase d’exemple, est tout-à-fait absurde, car on n’_empoisonne_ pas l’ail, dans le sens d’y mettre du poison. On ne dit pas conséquemment ici ce qu’on veut dire, savoir: que ces gens-là empoisonnent leurs voisins par leurs exhalaisons d’ail, et voilà le vice de l’expression.

_Empoisonner_ peut cependant recevoir la signification de _puer_; mais il est alors verbe actif employé neutralement. _Cet égout empoisonne_, sous-entendez l’_air_.

EMPUANTER.

LOCUT. VIC. Cette odeur a _empuanté_ mes vêtemens. LOCUT. CORR. Cette odeur a _empuanti_ mes vêtemens.

Un journal disait il y a quelque temps: «La voirie de Montfaucon _empuante_ l’air de plusieurs villages qui l’avoisinent.» Il fallait _empuantit_ l’air, etc.

EN.

LOCUT. VIC. Cette essence fait _en aller_ les taches. LOCUT. CORR. Cette essence _enlève_ les taches.

On ne peut pas employer le verbe _aller_, précédé du relatif _en_, sans y joindre le pronom personnel. _Vous l’avez fait en aller_ est donc une phrase vicieuse. Il faut dire _vous l’avez fait s’en aller_.

ENCHIFERNER.

LOCUT. VIC. Il est tout _enchiferné_. LOCUT. CORR. Il est tout _enchifrené_.

Prononcez aussi _enchifrenement_ et non _enchifernement_.

ENCLUME.

LOCUT. VIC. Un lourd enclume. LOCUT. CORR. Une lourde enclume.

Quelques grammairiens prétendent qu’_enclume_ est masculin; l’Académie le fait féminin. Féraud, Domergue, etc., lui donnent aussi ce genre.

ENCRIER (_Voy._ ÉCRITOIRE).

ENFONDRER.

LOCUT. VIC. Ce pot est _enfondré_. LOCUT. CORR. Ce pot est _effondré_.

_Enfondrer_ ne se trouve pas dans nos dictionnaires; il appartenait à notre vieux langage, et nous pensons, comme M. Ch. Pougens (_Archéologie fr._), qu’il pourrait être utile de le remettre en usage. Mais comme nous avons déjà _effondrer_ pour signifier _défoncer_, il faudrait ne lui attribuer d’autre signification que celle d’_enfoncer_, qui est la seule qu’il ait dans cette phrase: «Ce n’est donc pas de merveilles si Plutarque ayant eu tant d’instructions et de maistres esloignez du chemin de la vérité spirituelle, et des prédécesseurs _enfondrez_ en l’abyme d’ignorance, y est demeuré.» (AMYOT, _Vie de Plutarque_.)

ENIVRER (_Voy._ ENORGUEILLIR).

ENNUYANT.

LOCUT. VIC. Son livre est fort _ennuyant_. LOCUT. CORR. Son livre est fort _ennuyeux_.

«L’adjectif verbal tiré d’un verbe actif indique assez par sa terminaison active, qu’il doit être appliqué à une action, et la terminaison _eux_ indique une qualité inhérente au sujet auquel on l’applique. Ainsi, on pourra dire, selon les circonstances, _ennuyant_ ou _ennuyeux_ des personnes et des choses. Un homme _ennuyeux_ est un homme qui, par sa simplicité, par sa sottise, par l’habitude de bavarder ou d’importuner de toute autre manière, a tout ce qu’il faut pour ennuyer. Un discours _ennuyeux_ est un discours long et diffus, qui, n’ayant ni suite, ni liaison, ni intérêt, ne peut être lu ou entendu sans causer de l’ennui. Un homme _ennuyant_ est un homme qui ennuie actuellement par sa présence, ses discours, ou de quelque autre manière. Un discours _ennuyant_ est un discours qui ennuie actuellement, soit parce qu’il est mal fait, soit parce qu’il est mal débité. Un homme peut être _ennuyant_ sans être _ennuyeux_, c’est-à-dire qu’il peut, par défaut d’attention ou de jugement, faire des choses qui ennuient, quoiqu’en général il ait toutes les qualités nécessaires pour être agréable, et qu’il le soit ordinairement.» (LAVEAUX, _Dict. des difficultés_.)

L’épithète d’_ennuyant_ appliquée à quelqu’un est un mauvais compliment; celle d’_ennuyeux_ est presque une insulte.

ENORGUEILLIR.

PRONONC. VIC. Vous êtes _é-norgueilli_. PRONONC. CORR. Vous êtes _en-orgueilli_.

Dans les mots composés commençant par _en_, suivi d’une voyelle ou d’un _h_ muet, si le prépositif est _é_, comme dans les mots _énerver_, _énombrer_, _énumérer_, il faut prononcer _é-nerver_, _é-nombrer_, _é-numérer_; mais lorsque le prépositif est _en_, il est nécessaire de conserver à cette syllabe la prononciation qu’elle aurait si elle était isolée. _Enamourer_, _enivrer_, _enorgueillir_, _enhuiler_, _ennoblir_ doivent en conséquence se prononcer _en-amouré_, _en-ivrer_, _en-orgueillir_, _en-huiler_, _en-noblir_. La prononciation de ce dernier mot par _a_, _anoblir_, indiquée par M. Laveaux, ne saurait être admise, car elle manquerait à-la-fois aux lois de l’étymologie et de l’analogie, et de plus confondrait dans la prononciation les deux verbes _anoblir_ et _ennoblir_. L’Académie veut, avec raison, que l’on donne à la première syllabe d’_ennoblir_ le son nasal de _en_ dans _ennui_.

EN OUTRE DE.

LOCUT. VIC. _En outre de_ cela. LOCUT. CORR. _Outre_ cela.

_En outre de_ est une expression justement repoussée par la grammaire et par l’usage, car il est très-facile, comme on vient de le voir, de la remplacer par un seul mot, sans que le discours y perde nullement.

ENSUITE DE.

LOCUT. VIC. _Ensuite de cela_ nous partîmes. LOCUT. CORR. _Après cela_ nous partîmes.

Cette manière de parler n’est jamais usitée par nos bons écrivains modernes, et du temps de Vaugelas elle était déjà bannie du beau style.

ENVIRONS (AUX).

LOCUT. VIC. _Aux environs de_ la Saint-Martin. LOCUT. CORR. _Vers_ la Saint-Martin.

Cette préposition n’est usitée, en bon langage, que devant un nom de lieu: _Il y a de beaux sites aux environs de cette ville_. La phrase suivante de Saint-Foix (_Essais hist._): _La fête des fous qui se célébrait aux environs de Noël_, renferme une faute; l’emploi de la préposition _aux environs_ pour la préposition _vers_.

ÉPIGRAPHE.

LOCUT. VIC. _Cet épigraphe_ est bien _court_. LOCUT. CORR. _Cette épigraphe_ est bien _courte_.

ÉPISODE.

LOCUT. VIC. _Cette épisode_ est _amusante_. LOCUT. CORR. _Cet épisode_ est _amusant_.

«Dans un livre d’ailleurs bien écrit, je viens de remarquer cette phrase: Un tel évènement présente une ample matière à _la_ plus _brillante épisode_ d’un ouvrage. C’est une faute: _épisode_ est du genre masculin.»

(PHILIPON LA MADELAINE, _Gramm. des gens du monde_.)

ÉQUIVOQUE.

LOCUT. VIC. C’est _un grossier équivoque_. LOCUT. CORR. C’est _une grossière équivoque_.

Boileau a dit:

Du langage françois bizarre hermaphrodite, De quel genre te faire, _équivoque maudite_, Ou _maudit_?

(_Sat. XII._)

Du genre féminin, répondrons-nous. C’est maintenant un point décidé.

ÉRATÉ.

LOCUT. VIC. Il court comme un _ératé_. LOCUT. CORR. Il court comme un _dératé_.

_Ératé_ se trouve, nous le croyons, dans tous les dictionnaires, et tous les dictionnaires lui donnent la même signification qu’à _dératé_. M. Ch. Nodier (_Examen crit. des Dict._) dit qu’_ératé_ est un barbarisme. Nous pensons effectivement que ce mot devrait être banni pour être remplacé par _dératé_, dont la formation est bien plus en analogie avec les mots destinés par la syllabe prépositive _dé_ à rendre l’idée de privation, et qui sont infiniment plus nombreux que ceux dans lesquels on a exprimé la même idée par la syllabe _é_. Pourquoi d’ailleurs conserver à la langue deux mots parfaitement synonymes, et qui n’ont entre eux d’autre différence que celle d’une lettre? Ne vaut-il pas mieux faire un choix?

ÉRÉSIPÈLE.

LOCUT. VIC. C’est _une érésipèle_. LOCUT. CORR. C’est un _érysipèle_.

On trouve _érésipèle_ dans Voltaire et quelques autres bons auteurs. C’est une vieille orthographe; maintenant on écrit _érysipèle_. Ainsi l’usage s’est rapproché de l’étymologie dans le cas présent. C’est le contraire de ce qu’il fait ordinairement.

ERRATUM.

LOCUT. VIC. Cette faute donnera lieu à un _erratum_. LOCUT. CORR. Cette faute donnera lieu à un _errata_.

MM. Laveaux (_Dict. des diff._) et Ch. Nodier (_Examen crit. des dict._) veulent qu’on écrive _errata_ lorsqu’il n’est question que d’une faute, comme lorsqu’il est question de plusieurs. L’Académie, MM. Boiste, Raymond, etc., disent que le singulier doit être _erratum_, et le pluriel _errata_. Certes l’étymologie est en leur faveur, car _erratum_ est bien en latin le singulier d’_errata_. Mais alors pourquoi ne dirait-on pas des _maxima_, des _minima_, des _patres_, etc., qui sont aussi les pluriels de _maximum_, _minimum_, _pater_, etc.? Et pourquoi encore, _vice versa_, ne dirait-on pas un _duplicatum_, un _visum_, un _opus_ puisque ces mots sont les singuliers de _duplicata_, _visa_, _opera_. On doit sentir combien il serait ridicule de vouloir former le pluriel des noms qu’on emprunte aux langues étrangères, de la même manière qu’il se forme dans ces langues. Ce serait ajouter de nouvelles exceptions à nos règles qui n’en ont déjà que trop. Nous ne pensons donc pas que MM. les députés qui, à la séance du 7 mars 1832, se mirent à rire en entendant M. le président annoncer que le _Moniteur_ publierait _un errata_ pour la séance de la veille, aient eu raison dans leur critique grammaticale. _Errata_ est maintenant employé au singulier par nos meilleurs écrivains.

«Depuis qu’on enseigne peu la langue latine en France, dit Feydel (_Rem. sur le Dict. de l’Acad._), nous voyons souvent le mot _erratum_ substitué au mot français _errata_, par des gazetiers et des imprimeurs qui veulent donner au public une idée magnifique de leur capacité. L’Académie française aurait dû prévoir cette ridicule innovation, et la condamner par un exemple.»

ERRES.

PRONONC. VIC. Voici les _erres_ du marché. PRONONC. CORR. Voici les _arrhes_ du marché.

«Le peuple de Paris a changé _arrhes_ en _erres_: des _erres_ au coche; donnez-moi des _erres_. C’est une faute.»

Voltaire, à qui nous empruntons ce passage, a raison lorsqu’il dit que l’emploi du mot _erres_ pour _arrhes est une faute_, mais il aurait dû ajouter _maintenant_; et surtout ne pas s’en prendre au peuple de Paris qui n’a rien changé ici, et qui, au contraire, se montre en cette circonstance, comme dans beaucoup d’autres, fidèle conservateur du langage de ses pères. Le mot _erres_ pour _arrhes_ se trouve dans nos vieux auteurs, dans le _Trésor de Recherches de Borel_, et dans le _Dictionnaire de Trévoux_, qui dit qu’on doit écrire et prononcer _erres_ au propre, et _arrhes_ seulement au figuré. Cette ridicule distinction a disparu; _arrhes_ seul est resté.

Le substantif _arrhes_ est féminin. Les _premières arrhes_ que nous avons _reçues_.

ERRIÈRE.

LOCUT. VIC. Faites trois pas en _errière_. LOCUT. CORR. Faites trois pas en _arrière_.

_Errière_ est un barbarisme.

ENNOBLIR.

LOCUT. VIC. { Le coq, dit un proverbe, _ennoblit_ la poule. { Cet homme _anoblissait_ son état.

LOCUT. CORR. { Le coq, dit un proverbe, _anoblit_ la poule. { Cet homme _ennoblissait_ son état.

«_Ennoblir_ c’est rendre plus considérable, plus noble, plus illustre. _Anoblir_, c’est faire noble, rendre noble, donner des lettres de noblesse.

«_Anoblir_ exprime un changement d’état social; _ennoblir_, un changement d’état moral. Une belle action _ennoblit_ un caractère. Il y a des charges qui _anoblissent_.

«Les _anoblis_ ne sont pas toujours _ennoblis_ aux yeux des hommes de sens; tous ceux qui se sont _ennoblis_ par une conduite généreuse n’ont pas été _anoblis_.

«_Anoblir_ exprime une métamorphose d’état, qui n’est souvent qu’un changement de nom, sans que celui qui l’obtient y ait contribué par son mérite: aussi peut-on être _anobli_ par des crimes; la vertu seule peut _ennoblir_. (GUIZOT, _Nouv. Dict. univ. des Synonymes_.)

ENSEIGNER.

LOCUT. VIC. Ces jeunes gens sont mal _enseignés_. LOCUT. CORR. Ces jeunes gens sont mal _instruits_.

_Enseigner_ s’emploie au passif en parlant des choses: _les mathématiques sont bien enseignées dans ce collège_, et non des personnes, comme l’a fait Bossuet dans la phrase suivante: _je ne refuserai jamais d’être enseigné du moindre de l’église_.

L’Académie croit qu’on peut dire: _enseigner les ignorans_. Nous ne sommes pas de son avis. L’usage nous paraît vouloir que l’action du verbe _enseigner_ tombe directement sur un nom de chose, et indirectement sur un nom de personne. _Enseigner une chose à quelqu’un. Instruire_ s’emploie dans un sens contraire. Son action directe tombe sur la personne; son action indirecte sur la chose. _Instruire quelqu’un de ou dans quelque chose._ Pourquoi donc confondre les termes quand chacun d’eux a une signification qui lui est propre?

ÉPIDERME.

LOCUT. VIC. _Une épiderme épaisse_. LOCUT. CORR. _Un épiderme épais_.

Trompé par l’étymologie sans doute, Molière a fait la faute que nous signalons ici.

La beauté du visage est un frêle ornement, Une fleur passagère, un éclat d’un moment, Et qui n’est attaché qu’à _la simple épiderme_.

(_Femmes savantes._)

ÉPISODE.

LOCUT. VIC. _Cette épisode_ est _attachante_. LOCUT. CORR. _Cet épisode_ est _attachant_.

Le genre de ce substantif était douteux du temps de Vaugelas (341ᵉ _Rem._) mais le masculin a depuis longtemps prévalu, et madame de Staël n’est pas excusable d’avoir dit _une charmante_ épisode.

ÉPITHALAME.

LOCUT. VIC. _Une longue épithalame_. LOCUT. CORR. _Un long épithalame_.

Féminin autrefois, masculin aujourd’hui.

ÉQUESTRE.

PRONONC. VIC. Une statue _ékestre_. PRONONC. CORR. Une statue _équ-estre_.

L’_u_ doit également se faire sentir dans les mots suivans: _équateur_, _équatorial_, _équation_ (écouateur, écouatorial, écouation), _équiangle_, _équidistant_, _équilatéral_, _équilatère_, _équimultiple_, _équitation_ (écuiangle, écuidistant, etc.).

ESCLANDRE.

LOCUT. VIC. Il m’a fait _une belle esclandre_! LOCUT. CORR. Il m’a fait _un bel esclandre_!

Le pauvre loup, dans _cet esclandre_, Empêché par son hoqueton, Ne put ni fuir, ni se défendre.

(LA FONTAINE, liv. III, fab. 3.)