Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Part 23
Nous, espèce de ministère public de la grammaire, nous inculpons de barbarisme M. l’avocat du roi, et requérons contre lui la peine de droit: un peu de ridicule.
S’AGIR.
LOCUT. VIC. Je ne crois pas qu’il _ait s’agi_ de le faire. LOCUT. CORR. Je ne crois pas qu’il _se soit agi_ de le faire.
_S’agir_ se conjugue, dans tous ses temps composés, avec _être_, et non avec _avoir_, et le pronom personnel _se_ doit toujours être placé devant le verbe auxiliaire. Il _s’est agi_, il _se sera agi_, il _se serait agi_, il _se fût agi_, qu’il _se soit agi_, qu’il _se fût agi_.
LE MINISTRE DE LA GUERRE (_à la tribune_). «Le ministre ne peut, de son propre mouvement, former ou dissoudre une armée; l’armée est constituée par ordonnance du roi. Lorsqu’il _a s’agi_ de former l’armée du Nord.....» (_Rires aux extrémités._)
_Une voix du centre._ «Il n’y a pas là de quoi rire; on voit bien que M. le ministre veut dire: lorsqu’il _s’est agi_.»
_Le ministre._ «Dans ce cas, c’est le gouvernement qui est intervenu; de même lorsqu’il _a s’agi_...» (_Nouveaux rires._)
_Une voix à droite._ «Ces explications ne sont point d’un _bon français_.» (_Séance de la Ch. des Dép._ du 25 fév. 1834. COURRIER FRANÇAIS du 26 fév. 1834.)
SAIGNER.
LOCUT. VIC. Quoi! pour une chiquenaude, vous _saignez du nez_, ou _au nez_!
LOCUT. CORR. Quoi! pour une chiquenaude, vous _saignez par le nez_!
MM. Noël et Chapsal disent, dans leur grammaire (21ᵉ édit.), que _saigner au nez_ n’est pas français, et qu’on doit employer _saigner du nez_ au propre comme au figuré.
Voici ce qu’on lit, à ce sujet, dans l’_Examen critique des Dict. de la langue française_, par M. Ch. Nodier:
«_Saigner du nez_ signifie manquer de courage, de résolution.
«_Saigner au nez_ se dit d’une blessure extérieure.
«_Saigner par le nez_ d’une hémorrhagie, et ce serait mal parler que de s’exprimer autrement.»
On peut choisir entre ces deux opinions; quant à nous, nous pensons que M. Ch. Nodier est le seul grammairien qui se soit donné la peine d’examiner la question, et nous adoptons entièrement son sentiment.
SALADIER.
LOCUT. VIC. Avez-vous bien secoué cette salade dans le _saladier_?
LOCUT. CORR. Avez-vous bien secoué cette salade dans le _panier-à-salade_?
Nous ne saurions admettre, comme MM. Laveaux et Boiste, qu’on puisse employer le mot _saladier_ pour signifier tour à tour un plat ou un panier, et nous croyons agir sensément en ne conservant à ce mot que la première des deux acceptions qu’on lui donne, et en transportant la seconde au mot _panier-à-salade_, qui est déjà d’un usage assez général et assez ancien, quoique les dictionnaires paraissent l’ignorer.
SANGUINAIRE, SANGUINOLENT.
PRONONC. VIC. _Sangu-inaire_, _sangu-ignolent_. PRONONC. CORR. _Sanghinaire_, _sanghinolent_.
SAP.
LOCUT. VIC. Faites cela en bois de _sap_. LOCUT. CORR. Faites cela en bois de _sapin_.
_Sap_ est un archaïsme que font généralement les ouvriers de Paris.
Si tient une lance de _sap_.
(_Roman de Perceval._)
_Sap_ n’est plus français.
SATIRE, SATYRE.
ORTH. VIC. { Il est laid comme un _satire_. { Abandonnez le genre de la _satyre_.
ORTH. CORR. { Il est laid comme un _satyre_. { Abandonnez le genre de la _satire_.
Un _satyre_ est un demi-dieu de la fable.
Une _satire_ est un ouvrage de littérature.
Une _satyre_ est aussi, selon l’Académie, «certain poëme mordant, espèce de pastorale ainsi nommée, parce que les _satyres_ en étaient les principaux personnages. Ce poëme n’avait point de ressemblance avec celui que nous appelons _satire_, d’après les Romains. _Les satyres_ grecques étaient des farces, ou des parodies de pièces sérieuses.»
SATISFESANT.
ORTH. ET PRONON. VIC. Cette raison est _satisfesante_. ORTH. ET PRONON. CORR. Cette raison est _satisfaisante_.
L’Académie, Laveaux et Boiste écrivent _satisfaisant_.
SAUVAGE.
LOCUT. VIC. Cette chair sent le _sauvage_, le _sauvageon_. LOCUT. CORR. Cette chair sent le _sauvagin_, la _sauvagine_.
_Sauvagin_ se dit de certain goût, de certaine odeur de quelques oiseaux de mer, d’étang, de marais.
_Sauvagine_ se dit collectivement pour signifier ces sortes d’oiseaux. Ce pays est plein de _sauvagine_, et aussi en parlant de l’odeur de ces oiseaux: Cela sent la _sauvagine_.
Un _sauvageon_ est un jeune arbre venu sans culture.
SAVOIR (FAIRE A).
LOCUT. VIC. _Faites à savoir_ qu’il est arrivé. LOCUT. CORR. _Faites savoir_ qu’il est arrivé.
M. Marle (_Précis d’Orthologie_) blâme avec raison la formule: on _fait à savoir que_, employée, dit-il, dans les petites villes, et surtout dans les villages, au commencement des publications faites au nom du maire, et ce grammairien désirerait que le fonctionnaire public ne laissât pas écorcher ainsi la langue en son nom. Mais M. Marle aurait-il donc oublié que l’Académie autorise cette façon de parler? Que répondrait-il à un maire qui lui montrerait, pour se disculper, le texte du _Dictionnaire sacré_? M. Marle trouverait sans doute d’excellentes raisons pour soutenir son opinion, mais M. Marle ne convaincrait probablement pas son adversaire, que nous supposerons pour cela ne pas être grammairien; par la raison que, pour tout homme qui n’est pas un peu grammairien, l’Académie est une autorité irréfragable. Aussi l’Académie a-t-elle de bien grands torts quand elle se trompe.
M. Feydel (_Rem. sur le Dict. de l’Acad._) prétend qu’on doit dire: _faire assavoir_. C’est, dit-il, une expression de chancellerie municipale, expression composée seulement de deux verbes, dont le second, qui devrait se trouver dans le dictionnaire, sous la lettrine _ass_, est _assavoir_, et non: _savoir_.--Nous pensons que le verbe _assavoir_ étant aujourd’hui tombé en désuétude, puisque aucun dictionnaire ne le donne, il vaut beaucoup mieux dire: _faire savoir_, que _faire assavoir_, qu’on écrirait toujours comme l’Académie, c’est-à-dire sous la forme d’un barbarisme, malgré l’excellente remarque de M. Feydel.
SAVOYARD.
LOCUT. VIC. { Allez, vous n’êtes qu’un _savoyard_. { Un de mes amis, un avocat _savoisien_.
LOCUT. CORR. { Allez, vous n’êtes qu’un _brutal_. { Un de mes amis, un avocat _savoyard_.
Les gens mal élevés disent froidement des injures; les gens bien élevés en disent aussi, malheureusement, mais quand ils sont en colère, et les uns et les autres sont peut-être excusables jusqu’à un certain point, à cause de leur manque, soit d’éducation, soit de raison. Mais que dire d’un lexicographe qui imprime, lui, homme instruit et calme, ou qui doit l’être du moins, qu’un _savoyard_ est un terme de mépris qui signifie _homme sale_, _grossier_, _brutal_. En vain ce lexicographe objectera-t-il que son devoir est d’enregistrer tous les mots qui ont cours dans la langue, nous lui répondrons que son devoir est aussi de passer sous silence les mots qui peuvent porter atteinte à la décence ou à la morale, à moins qu’il ne se propose pour modèle le dictionnaire français-espagnol de Sobrino, le dictionnaire le plus impudique qu’on ait jamais fait. Que résulterait-il, après tout, de ce silence? Que celui qui ne voudrait employer ce mot qu’après l’avoir trouvé dans le dictionnaire ne l’emploierait pas du tout. Où serait donc le mal?
Si nous repoussons le mot _Savoisien_, qu’on veut substituer à _Savoyard_, comme gentilé de la Savoie, c’est parce qu’il est trop peu usité; que son adoption nous paraîtrait la consécration définive de l’injure sottement faite au gentilé _savoyard_; qu’il est irrégulièrement formé, et qu’il ne peut se dire correctement que d’un habitant du village de Savoisy, dans la Côte-d’Or. Quand Rousseau écrivait: Ces pauvres _Savoyards_ sont si bonnes gens! (_Confess._, liv. 6.) il n’avait certainement pas l’intention de leur faire une insulte, et cependant la subtile distinction établie entre _savoyard_ et _savoisien_ existait à cette époque depuis long-temps.
«J’ai vu une grande dispute à Grenoble, dit L. A. Allemand (_Nouv. rem. de Vaugelas_, 1690, p. 468.) pour savoir si l’on devait appeler les peuples de Savoie _Savoyards_ on _Savoisiens_, jusques-là même qu’on faillit à en venir aux mains. Les _Savoisiens_ qui étaient venus d’Annecy et de Chambéry à Grenoble, pour y tirer un prix général de l’arquebuse, prétendaient que les Lyonnais qui y étaient aussi, les avaient offensés en les appelant _Savoyards_. Ils disaient que ce mot de _savoyard_ n’avait été destiné par notre usage qu’à signifier ces misérables ramoneurs de cheminées, et qu’ainsi c’était un terme de mépris, et qu’il fallait appeler les peuples de _Savoie_ des _Savoisiens_. En sorte qu’il fut résolu, dans une assemblée de plus de trois mille hommes, tous armés, qu’on ne les appellerait plus _Savoyards_, mais _Savoisiens_. Cependant, dit notre auteur en terminant, _comme on ne connaît presque pas ce mot à Paris_, je ne voudrais pas condamner ceux qui disent _savoyard_ en toutes manières, puisque un grand nombre de bons auteurs ne parlent pas autrement.»
C’est sans doute par distraction que M. Thiers a employé le mot _savoisien_ dans le passage suivant: «Il forma aussitôt une assemblée de _Savoisiens_, pour y faire délibérer sur une question qui ne pouvait pas être douteuse, celle de la réunion à la France.» (_Hist. de la Rév._, t. 3, p. 200.) Il est impossible que ce soit avec réflexion qu’un académicien ait employé cette mauvaise expression.
SIAU.
PRONONC. VIC. Il pleut à _siaux_. PRONONC. CORR. Il pleut à _seaux_.
Il y a des personnes qui prononcent _séo_; ces personnes là se trompent comme celles qui prononcent _siaux_. C’est _so_ qu’il faut dire.
SEMBLER.
LOCUT. VIC. En vérité, vous _semblez un_ pacha. LOCUT. CORR. En vérité, vous _semblez être_ un pacha.
_Semblait_ un roi puissant de son peuple adoré.
(VOLTAIRE, _Henriade_.)
M. Ch. Nodier signale ce vers comme défectueux. On ne _semble_ pas un roi, dit-il; c’est une locution parisienne. Il fallait: _semblait être un roi_.
Nous pensons aussi qu’on ne doit jamais placer ce verbe devant un substantif. Il paraît au reste que cette manière de parler est très ancienne, car on trouve dans un poète du treizième siècle, nommé Herbers, les vers suivans:
Femme _semble_ ung cochet à vent Qui se change et mue souvent.
SEMESTRE.
LOCUT. VIC. J’obtiendrai, je crois, un _sémestre_ de deux mois. LOCUT. CORR. J’obtiendrai, je crois, un _congé_ de deux mois.
Un _semestre_ est un espace de six mois consécutifs. Avec un mois de plus ou de moins, ce n’est plus un _semestre_.
Prononcez _semestre_, et non _sémestre_.
SEMOUILLE.
LOCUT. VIC. Aimez-vous la _semouille_? LOCUT. CORR. Aimez-vous la _semoule_?
«SEMOULE. Pâte faite avec la farine la plus fine, réduite en petits grains.» (_Dict. de l’Acad._)
«On peut réduire de petits grains en farine; on ne peut _réduire_ de la farine en petits grains.» (FEYDEL, _Rem. sur le Dict. de l’Acad._)
SENS-FROID.
ORTH. VIC. Il a vu cela de _sens-froid_. ORTH. CORR. Il a vu cela de _sang-froid_.
«C’est le sentiment de M. Ménage et celui de presque tout le monde, qu’il faut dire de _sang-froid_, à l’imitation des Italiens qui disent: _Di sangre freddo_; _l’amazzò di sangre freddo_. Quelques écrivains néanmoins disent _de sens-froid_, et entre autres l’auteur des _Entretiens sur la pluralité des Mondes_ (Fontenelle): on a été réduit à dire que les dieux étaient pleins de nectar lorsqu’ils firent les hommes, et que quand ils vinrent à regarder leur ouvrage de _sens-froid_, ils ne purent s’empêcher de rire.» (ANDRY DE BOISREG. _Réfl. sur l’us. prés. de la langue fr._)
SENTINELLE.
L’abbé Prévost (_Hist. d’Angl._), Voltaire, Delille, Fontanes, ont fait le mot _sentinelle_ masculin; nous nous plaisons à croire qu’un temps viendra où ce mot, dont l’application est si exclusivement masculine, reprendra son genre naturel. Un nom de soldat du genre féminin! Cela n’a-t-il pas l’air, en vérité, d’une ironie, surtout quand on sait que ce mot nous vient de l’italien, et qu’il s’est primitivement dit des soldats du pape!
SEPTANTE.
«_Septante_ n’est français qu’en un certain lieu où il est consacré, qui est quand on dit la traduction des _septante_, ou les _septante_ interprètes, ou simplement les _septante_, qui n’est qu’une même chose. Hors de là, il faut toujours dire _soixante-dix_, tout de même que l’on dit _quatre-vingts_ et non pas _octante_, et _quatre-vingt-dix_ et non pas _nonante_.» (VAUGELAS, _Remarque_ 400ᵉ.)
Il est à regretter que Vaugelas n’ait pas été un grammairien plus philosophe, et qu’il ait eu tant de déférence pour l’usage de la cour; car, avec l’influence que lui donnaient et sa position dans le monde et l’estime dont il jouissait près des écrivains de son temps, rien ne lui eût été plus facile que de faire la fortune de ces trois mots: _septante_, _octante_ et _nonante_, qui certainement méritaient d’être bien accueillis, et qui devraient bien remplacer ces vilains mots de _soixante-dix_, _quatre-vingts_ et _quatre-vingt-dix_, que repousse leur manque d’analogie avec nos autres noms de nombre. Il ne fallait de la part de Vaugelas que savoir dominer le sot usage de la cour au lieu de lui obéir servilement; mais Vaugelas était trop courtisan pour cela. C’eût été une chose bien étonnante qu’au bout de deux cents ans, ces trois mots présentés par un patron puissant n’eussent pu parvenir à se faire accorder le droit de cité!
Voici ce que dit M. Ch. Nodier sur ce sujet: «Il ne s’agit pas ici d’attenter à la langue de Racine et de Fénelon (en substituant _septante_, etc., à _soixante-dix_, etc.), il s’agit de donner à la langue numérique une précision essentielle, indispensable, et de faire prévaloir le bon sens contre une tradition gothique.» (_Examen critique des Dict._)
SERBACANE.
LOCUT. VIC. Il a perdu sa _serbacane_. LOCUT. CORR. Il a perdu sa _sarbacane_.
Ménage trouve _sarbacane_ plus conforme à l’étymologie.
SERVIR.
LOCUT. VIC. Eh bien! je _servirai soldat_. LOCUT. CORR. Eh bien! je _servirai comme soldat_.
«Voltaire a dit: _Servir simple cavalier_, _simple soldat_. Il vint d’abord _servir simple cavalier_.
Avec honneur je _servirai soldat_.
(VOLTAIRE, _Enfant prodigue_.)
«Ces sortes d’expressions sont peu usitées. On dit ordinairement _servir comme soldat_, _servir en qualité de soldat_.» (LAVEAUX, _Dict. des diff._)
SERVIR A RIEN, SERVIR DE RIEN.
{ Je ne sors jamais à cheval, ni en voiture, un LOCUT. VIC. { cheval ne me _servirait à rien_. { Vous êtes aveugle; des lunettes ne vous _serviraient { de rien_.
{ Je ne sors jamais à cheval, ni en voiture; un LOCUT. CORR. { cheval ne me _servirait de rien_. { Vous êtes aveugle; des lunettes ne vous _serviraient { à rien_.
«Une chose ne _sert de rien_ lorsque, pouvant être ordinairement employée de diverses manières, on ne peut en tirer ou l’on n’en tire aucune espèce de service, soit parce qu’elle est hors d’état d’être mise en usage, soit parce qu’on néglige de l’y mettre. _Ce domestique est infirme, il ne me_ sert _plus_ de rien.
«Une chose ne _sert à rien_ lorsqu’elle n’est pas employée selon sa destination, lorsqu’elle ne concourt pas à un effet auquel elle devrait concourir. On dira donc: _Vous ne montez jamais votre montre; elle ne vous_ sert à rien; _quatre roues servent à faire rouler un carrosse; mais une cinquième ne_ sert à rien.» (LAVEAUX, _Dict. des diff._)
SHALL.
ORTH. VIC. Voici un beau _shall_ ou _schall_. ORTH. CORR. Voici un beau _châle_.
La dernière orthographe doit être préférée par la double raison que ce mot acquiert par là une physionomie toute française, et qu’il devient beaucoup plus facile à écrire et à prononcer. Plus l’orthographe d’un mot se rapproche du génie de notre langue, plus nous devons être portés à la préférer. Que la raison de l’étymologie, excellente sans doute, cède donc ici à la raison plus puissante d’une orthographe facile. Ne faisons pas comme les Anglais qui, par l’admission dans leur langue d’une foule de mots étrangers, avec leur orthographe étrangère, tels que _issue_, _rendez-vous_, _seraglio_, _vista_, _tornado_, _privado_, etc., en ont fait un véritable habit d’arlequin, composé de pièces de toutes couleurs. Presque tous nos dictionnaires ont adopté l’orthographe _châle_; mais tous n’ont pas repoussé l’orthographe _schall_.
SI, AUSSI, TANT, AUTANT.
{ Il n’est pas _si_ savant que vous. LOCUT. VIC. { Il a _aussi_ soif que vous. { Il a _aussi_ marché que vous. { En voilà _autant comme_ il en faut.
{ Il n’est pas _aussi_ savant que vous. LOCUT. CORR. { Il a _autant_ de soif que vous. { Il a _autant_ marché que vous. { En voilà _autant qu’il_ en faut.
Quelques grammairiens prétendent qu’on ne doit employer _aussi_ et _autant_ que dans les phrases affirmatives, et que, dans les phrases négatives et interrogatives, on ne doit faire usage que des adverbes _si_ et _tant_.
Le P. Bouhours blâme cette phrase: Il n’est pas _si_ faible que vous. «Il faut, dit-il, _aussi_ faible, etc., ce parce qu’il y a comparaison. On met _si_ quand on ne compare pas.
«Je crois, comme le P. Bouhours, ajoute Féraud, qu’_aussi_ vaudrait mieux dans cette phrase, comme _autant_ vaut mieux que _tant_, lorsqu’il y a comparaison.» (_Dict. crit._)
M. Chapsal (_Dict. gramm._) pense qu’on peut tout aussi bien dire: La violette n’est pas _aussi_ belle que la rose, il n’est pas _autant_ aimé que vous l’êtes, ou la violette n’est pas _si_ belle que la rose, il n’est pas _tant_ aimé que vous l’êtes. Nous n’approuvons pas cette tolérance, parce qu’il nous paraît nécessaire de déterminer d’une manière claire et précise la différence qui existe nécessairement entre deux synonymes, et nous adoptons entièrement le sentiment de Bouhours et de Féraud.
--_Aussi_ se joint aux adjectifs et aux adverbes, _autant_ aux substantifs et aux participes.
--_Autant comme_ s’est dit autrefois:
Qu’il évite l’amour _autant comme_ les flammes.
(PASSERAT.)
Cela ne se dit plus.
SI.... QUE.
LOCUT. VIC. Donnez-m’en un, _si_ petit _qu’_il soit. LOCUT. CORR. Donnez-m’en un, _quelque_ petit _qu’_il soit.
«Quelques auteurs se sont servis de _si_, suivi de _que_, dans le sens de _quelque... que_. _Aucune âme, si parfaite qu’elle soit, n’a jamais ici-bas une contemplation perpétuelle_ (FÉNELON). Si _divisée_ qu’_elle pût être_, etc. (PLUCHE). Il me semble que ce tour vieillit, que du moins il n’est que du style familier, et que _quelque... que_ est plus sûr et plus autorisé. Anciennement on mettait _si_ à la place de _quelque_, mais sans _que_, et l’on plaçait le pronom nominatif après le verbe. _En toute chose_, si _difficile_ fût-elle, pour quelque _difficile_ qu’_elle_ fût.» (FÉRAUD, _Dict. crit._)
SIROTEUSE.
LOCUT. VIC. Cette liqueur est trop _siroteuse_. LOCUT. CORR. Cette liqueur est trop _sirupeuse_.
_Siroteux_ est un barbarisme; on doit dire _sirupeux_. Le _p_ étymologique (_syrupus_) se trouve, comme on le voit, conservé dans cet adjectif.
SIXAIN.
PRONONC. VIC. Un _sicsain_. PRONONC. CORR. Un _sizain_.
«_X_, au milieu du mot _sixain_, représente le signe _Z_.» (M. CH. NODIER, _Notions de linguistique_.)
SOI.
LOCUT. VIC. Cet homme a fait cela de _soi_-même. LOCUT. CORR. Cet homme a fait cela de _lui_-même.
«_Lui_ marque une personne particulière et déterminée, celle qu’on a nommée, celle dont il s’agit dans le discours, qui est à côté ou plus haut. _Soi_ n’indique qu’une personne indéterminée, quelqu’un, les gens d’une certaine classe, ceux qui existent ou qui peuvent exister de telle manière.
«_Lui_ se place donc dans la proposition particulière, lorsqu’il s’agit d’une telle personne: _soi_ se met dans la proposition générale, lorsqu’il est question d’un certain genre de personnes. _Lui-même_ et _soi-même_ n’ajoutent à _lui_ et à _soi_ qu’une force nouvelle de désignation, d’augmentation, d’affirmation.
«_Un homme_ fait mille fautes, parce qu’il ne fait point de réflexions sur _lui_; _on_ fait mille fautes, quand on ne fait aucune réflexion sur _soi_. _Quelqu’un_, _en particulier_, aime mieux dire du mal de _lui_ que de n’en point parler: _en général_, l’égoïste aimera mieux dire du mal de _soi_ que de n’en point parler. _Un tel_ a la faiblesse d’être trop mécontent de _lui_, _tel autre_ a la sottise d’être trop content de _lui_; être trop mécontent de _soi_ est une faiblesse; être trop content de _soi_ est une sottise. _On_ a souvent besoin d’un plus petit que _soi_; _un prince_ a besoin de beaucoup de gens beaucoup plus petits que _lui_.» (ROUBAUD, _Synonymes_.)
SOI-DISANT.
LOCUT. VIC. On lui a fait, _soi-disant_, du tort. LOCUT. CORR. On lui a fait, _dit-il_, du tort.
Cette expression ne peut être régulièrement employée que pour signifier _se disant_, _disant lui_, _elle_, _eux_, _elles_, comme dans ces phrases: On m’adressa à un _soi-disant_ savant, qui n’était qu’un charlatan; je vis quelques hommes _soi-disant_ malades, c’est-à-dire un homme _se disant_, _disant lui_, savant, quelques hommes _se disant_, _disant eux_, malades. Mais dans cet autre exemple, l’emploi de _soi-disant_ est tout-à-fait intolérable: Il m’emprunta des livres, _soi-disant_ pour les lire, et les perdit. Voyez quelle construction vous avez! Il m’emprunta des livres, _se disant_ pour les lire, etc. _Soi-disant_ demande toujours à être suivi d’un complément qui sert de qualificatif au pronom personnel qu’il renferme. Autrement on fait une phrase dont l’analyse ne peut rendre compte logiquement, et dont, pour cette raison, le vice est évident.
SOIF (BOIRE SA).
LOCUT. VIC. Il n’a pas _bu sa soif_. LOCUT. CORR. Il n’a pas _bu à sa soif_.
Si l’on pouvait _boire sa soif_ et _manger sa faim_, il est fort probable qu’on n’aurait plus ni faim ni soif. Le ridicule de ces expressions se démontre de soi-même.
SOIR.
«On dit dans le style soutenu: _hier_ au _soir_, _demain_ au _soir_, _hier_ au _matin_, _demain_ au _matin_. Mais dans la conversation on peut dire: _hier soir_, _demain soir_, _hier matin_, _demain matin_.» (L’_Académie_, sur la 406ᵉ _rem._ de Vaugelas.)
Le style de la conversation nous paraît devoir être ici préféré. L’article contracté _au_ est parfaitement inutile. Les Anglais disent aussi, sans article, _to morrow morning_, _to morrow night_, _yesterday morning_, _yesterday night_.
SOIT.
LOCUT. VIC. Il partira _soit_ avec moi, _ou_ avec un autre. LOCUT. CORR. Il partira _soit_ avec moi, _soit_ avec un autre.
C’est une faute d’employer _ou_ dans le second membre d’une proposition que l’on a commencée par _soit_, comme dans ces phrases: _soit_ que vous mangiez _ou_ que vous buviez, faites-le modérément; _soit_ de jour _ou_ de nuit, on le trouve toujours à étudier. Il faut dire: _soit_ que vous mangiez, _soit_ que vous buviez, etc., _soit_ de jour, _soit_ de nuit, etc. Si l’on voulait employer _ou_, il faudrait supprimer _soit_, et dire: _que_ vous mangiez _ou que_ vous buviez, etc., _de_ jour _ou de_ nuit, etc. Laveaux (_Dict. des diff._) cite certains cas où l’on peut, selon lui, employer les deux conjonctions _soit_ et _ou_ successivement. Laveaux nous paraît avoir ici un petit tort, c’est d’autoriser des exceptions inutiles.
SOLEIL.
LOCUT. VIC. Il _fait soleil_. LOCUT. CORR. Il _fait du soleil_.
«_Faire soleil_ m’avait toujours paru un gasconisme. _Il fait soleil._ J’ai vu ensuite que Vaugelas le condamne, et que La Touche trouve qu’il a raison.» (FÉRAUD, _Dict. crit._)
SOLEMNEL.
ORTH. ET PRON. VIC. C’est un jour _solemnel_. ORTH. ET PRON. CORR. C’est un jour _solennel_ (_solanel_).
MM. de Port-Royal se sont opposés à l’orthographe inventée par Richelet, parce qu’elle blesse l’étymologie; mais cette orthographe a fait fortune, malgré cette respectable opposition, et tous nos dictionnaires la consacrent aujourd’hui.
SON, SA, SES.
LOCUT. VIC. Il étudia sa maladie, et rechercha _son_ origine. LOCUT. CORR. Il étudia sa maladie, et _en_ rechercha l’origine.