Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Part 20
Ah! Merlin, je me trompe, ou _ce quadruple_ est _creux_. Je ne me trompe point, _il_ est _creux_, oui sans doute; Et je crois qu’_il_ enferme un billet. Tiens, écoute.
(BOURSAULT, _Mercure galant_; act. I, sc. 1.)
«Plusieurs le font féminin, et disent _une quadruple_, et l’_analogie autorise ce genre_; c’est comme qui dirait _une_ (pistole) _quadruple_. Les dictionnaires, et même celui _du citoyen_, le marquent ou l’emploient comme masculin.» (FÉRAUD, _Dict. crit._)
QUAND.
ORTH. VIC. _Quand_ à lui, il fera ce qu’il voudra. ORTH. CORR. _Quant_ à lui, il fera ce qu’il voudra.
On écrit _quant_ avec un _t_, quand ce mot signifie _pour ce qui concerne_, _pour ce qui a rapport à_. Dans cette phrase: Cette personne garde son _quant_ à soi, _quant_ doit s’écrire par un _t_.
On trouve dans Malherbe _quant et moi_ pour _avec moi_. Cette expression, usitée de son temps, ne l’est plus aujourd’hui. _Quant et quant_ est aussi abandonné.
QUAND.
PRONONC. VIC. Donnez-le-moi, _quante_ vous l’aurez. PRONONC. CORR. Donnez-le-moi, _quand_ vous l’aurez.
Le _d_ ne doit se faire sentir que devant une voyelle, ou un _h_ muet.
QUANTES (TOUTES FOIS ET)
LOCUT. VIC. Venez nous voir _toutes et quantes fois_ que cela vous conviendra.
LOCUT. CORR. Venez nous voir _chaque fois_ et _autant_ de fois que cela vous conviendra.
«Ces façons de parler sont encore en usage; mais elles ne s’écrivent plus par les bons écrivains. Ce sont des mots qui sentent le vieux et le rance.» (_Nouvelles remarques de_ VAUGELAS, 1690.)
QUARRÉ.
ORTH. VIC. C’est un _quarré_. ORTH. CORR. C’est un _carré_.
_Quarré_ est une orthographe archaïque, abandonnée par les dictionnaires récens.
QUART.
{ Il est quatre heures _et quart_, quatre heures _un LOCUT. VIC. { quart_, quatre heures _moins quart_, _moins le { quart_.
LOCUT. CORR. { Il est quatre heures _et un quart_, quatre heures { _moins un quart_.
Nous pensons qu’il serait plus logique de dire _trois heures et trois quarts_ que _quatre heures moins un quart_. Est-il, en effet, très raisonnable de préférer, à une idée qui est exacte et complète, une autre idée que l’on sait devoir soi-même bientôt modifier? Ne convient-il pas mieux d’énoncer l’unité réelle et la fraction qu’on y ajoute, que d’énoncer une fausse unité qu’il faut aussitôt détruire? Certainement cette manière de parler a dû être inventée par quelque gascon, qui, ayant intérêt à faire croire qu’il était quatre heures, aura dit avec assurance: _Il est quatre heures_, et qui, voyant que son mensonge était découvert, aura ajouté adroitement: _moins un quart_.
Quand les _trois quarts_ sont passés, et que l’on compte par minutes, nous croyons cependant que l’énonciation de l’heure doit plutôt avoir lieu par soustraction que par addition, c’est-à-dire qu’il vaut mieux dire, _quatre heures moins cinq minutes_, _moins dix minutes_, que _trois heures cinquante-cinq minutes_, _cinquante minutes_, parce que la première manière de parler est un peu plus claire que la seconde, et que la considération de la clarté doit, en fait de langage, dominer toutes les autres.
QUASIMENT.
LOCUT. VIC. Vous croyez _quasiment_ à son retour. LOCUT. CORR. Vous croyez _presque_ à son retour.
_Quasiment_ n’est pas français, et ne se trouve dans aucun dictionnaire.
«Je commençais, Dieu me pardonne, à trembler _quasiment_.» (Mme DE GENLIS, _Th. d’Éduc. La Rosière_.)
Vaugelas et Ménage n’aimaient guère le mot quasi, et en vérité, avec sa mine hétéroclite, il n’est guère aimable. Qui voudrait aujourd’hui soutenir que, dans les phrases suivantes, l’adverbe _quasi_ a meilleure grâce que l’adverbe _presque_: Les choses n’arrivent _quasi_ jamais comme on se les imagine. (Mme de Sévigné.) Il n’y a _quasi_ personne qui n’ait de l’ingratitude pour les grandes obligations. (LA ROCHEFOUCAUD, _Maximes_.)
Ce mot pédant, qui doit sourire à tous ceux qui, comme Ronsard, aiment _à parler grec et latin en français_, était mort et bien mort, lorsqu’on s’est avisé, il y a quelques années, de le ressusciter pour le marier à certaine lourde et grave expression. Mais la résurrection de _quasi_ a probablement eu lieu sous de fâcheux auspices, et le pauvre adverbe se meurt, une seconde fois, à l’heure qu’il est, sous un énorme poids de ridicule.
QUATRE.
LOCUT. VIC. Si je le tenais entre _quatre-s-yeux_. LOCUT. CORR. Si je le tenais entre _quatre yeux_.
«Il est vrai de dire qu’il y a un certain usage en faveur de cette prononciation, proposée par Beauzée; mais c’est l’usage des personnes à qui notre orthographe est absolument inconnue. Deux hommes grossiers ont une querelle; ils se menacent: _Si nous sommes jamais entre quatre-syeux_, dit l’un d’eux, _tu me le paieras_. Comment l’homme instruit a-t-il pu conclure de là, que, pour la douceur de la prononciation, il faut dire, _entre quatre-syeux_? Si _quatre yeux_ offre un son dur à l’oreille, _quatre œufs_ n’offre pas un son plus doux; l’euphonie exigerait donc que l’on dît _quatres œufs_; et alors pourquoi, d’euphonie en euphonie, n’irait-on pas jusqu’à dire _huit syeux_? car enfin le _s_ est plus doux que le _t_.
«_Entre quatre-yeux_ est donc la seule prononciation qu’on puisse admettre; elle est d’ailleurs conforme à celle qu’ont adoptée Domergue, Lemare (p. 689 de ses Cours de langue fr.), la presque totalité des grammairiens et des littérateurs distingués.» (GIRAULT-DUVIVIER, _Gramm. des gramm._)
QUE.
LOCUT. VIC. Je vous donnerai tout ce _que_ vous aurez besoin. LOCUT. CORR. Je vous donnerai tout ce _dont_ vous aurez besoin.
Il faut _dont_, parce qu’on ne dit pas _avoir besoin une chose_, mais _avoir besoin d’une chose_.
On lit dans un voyage récent: «Les nids d’oiseaux sont un mets _qu’on_ mange beaucoup en Chine.» L’auteur a voulu dire que les Chinois mangent beaucoup _de_ cette matière gluante et visqueuse, expectorée par des hirondelles qui en construisent leurs nids, et c’est évidemment _dont_ qu’il devait employer à la place de _que_.
Cette phrase, ce _que_ je vous prie, c’est de ne pas le gronder, est encore vicieuse. Il faut: ce _dont_ je vous prie, etc.
QUE DE.
LOCUT. VIC. Si j’étais _que de_ lui, je le ferais.
LOCUT. CORR. Si j’étais _lui_ (et mieux, si j’étais _à sa place_), je le ferais.
«Si j’étais _que de_ vous,» disait certain duc de Créqui à certain maréchal de France, «j’irais me pendre tout-à-l’heure.»--«Eh bien!» répondit ironiquement le maréchal, à qui semblable conseil paraissait sans doute aussi ridicule que les termes dans lesquels il était donné, «_soyez que de moi_, monsieur!»
Ce maréchal savait fort bien conjuguer le gracieux verbe composé, _être que de lui_.
QUEL.
LOCUT. VIC. Cet homme brillera toujours, _quel_ état qu’il prenne.
LOCUT. CORR. Cet homme brillera toujours, _quelque_ état qu’il prenne.
«C’est une faute familière à toutes les provinces qui sont delà la Loire, de dire, par exemple: _Quel mérite que l’on ait, il faut être heureux_, au lieu de dire: _quelque mérite que l’on ait_. Et c’est une merveille, quand ceux qui parlent ainsi s’en corrigent, _quelque_ séjour qu’ils fassent à Paris ou à la cour.» (VAUGELAS, _Rem._ 139.)
Croyez-moi, de _quel_ nom que votre voix me nomme, N’allons pas imiter Custine ni Prud’homme.
(M. BARTHÉLEMY, _Justification_.)
M. Barthélemy devait dire: _de quelque nom_.
QUELQUE.
{ _Quelque_ soit leur fortune, ils doivent obéir à la loi. ORTH. VIC. { _Quelque_ torts qu’il ait, on les lui pardonne. { _Quelques_ forts qu’ils soient, on les vaincra. { _Quelques_ grands sacrifices que vous fassiez etc.
{ _Quelle que_ soit leur fortune, ils doivent obéir à la { loi. ORTH. CORR. { _Quelques torts_ qu’il ait, on les lui pardonne. { _Quelque_ forts qu’ils soient, on les vaincra. { _Quelque_ grands sacrifices que vous fassiez, etc.
_Quelque_ est adjectif et variable:
1º Lorsqu’il est suivi d’un verbe au subjonctif; on l’écrit alors en deux mots, comme dans ces exemples: _Quelles que_ soient leurs prétentions, _quels que_ soient leurs motifs, qui équivalent à: _que_ leurs prétentions soient _quelles_ (vous voudrez), etc.; _que_ leurs motifs soient _quels_ (vous voudrez), etc.
2º Lorsqu’il est placé devant un substantif seul: _Quelques_ richesses que vous possédiez, etc., ou devant un substantif suivi d’un adjectif: _quelques_ amis dévoués qu’il ait, etc.
_Quelque_ est adverbe et invariable:
Lorsqu’il est placé devant un adjectif seul: _Quelque_ puissans qu’ils soient, ne sont-ils pas mortels? ou devant un adjectif suivi d’un substantif: _quelque_ puissantes raisons que vous donniez, etc. L’invariabilité de _quelque_ devant un adjectif suivi d’un substantif a été contestée par M. Girault-Duvivier et quelques autres grammairiens. Laveaux, qui l’a défendue, prétend avec raison, selon nous, que le mot _quelque_, modifiant un adjectif, ne peut être qu’un adverbe. Ainsi, dans cette phrase: _Quelque_ savans auteurs que vous consultiez, etc. Laveaux écrit _quelque_ sans _s_, parce que, dit-il, _quelque_ est un adverbe qui modifie l’adjectif _savans_: _quelque_ savans que soient les auteurs que vous consultiez, etc. Mais, dans cette autre phrase: _Quelques_ auteurs savans que vous consultiez, il accorde _quelques_, parce que c’est ici comme si l’on disait: Quelques auteurs (savans) que vous consultiez, ou _quels que_ soient les auteurs savans que vous consultiez. «L’esprit, ajoute-t-il, ne doit jamais rester dans l’incertitude sur le caractère d’un mot énoncé dans le discours. Or, si _quelque_, placé devant un adjectif, pouvait être tantôt adjectif et tantôt adverbe, il faudrait, ou y attacher d’abord au hasard l’un ou l’autre caractère, ou attendre le substantif qui doit déterminer ce caractère. Si, par exemple, voulant dire: _Quelque_ belles qualités que l’on ait, on dit _quelque_ belles, et qu’on s’arrête là, l’esprit est porté à attribuer à _quelque_ le caractère d’adverbe, à cause de l’adjectif qui le suit, ou bien il faudra, pour s’en faire une idée juste, qu’il attende le mot suivant, afin de savoir si ce mot est un substantif. Dans le premier cas, il se sera trompé, et il faudra qu’il revienne sur ses pas lorsqu’il aura entendu ce substantif; dans le second, il aura entendu _quelque_ suivi d’un adjectif, sans attacher une idée précise à ce mot. Or, rien n’est plus contraire au génie de la langue française que ce tâtonnement ou cette incertitude.» (_Dict. des diff._)
QUELQUE.
ORTH. VIC. Il a _quelques_ soixante ans. ORTH. CORR. Il a _quelque_ soixante ans.
_Quelque_, dans notre phrase d’exemple, ne peut pas être adjectif; car alors il signifierait _plusieurs_, et certes il n’est pas donné à l’homme, malheureusement (ou heureusement, comme on voudra) de compter plusieurs soixantaines d’années. _Quelque_ est donc ici adverbe, et en cette qualité invariable. Il signifie _à peu près_, _environ_.
«C’était un fort vilain nègre de _quelques_ quarante ans.» (EUG. SUE. _Atar-Gull_ p. 57.) Lisez _quelque_.
QUELQUE CHOSE.
LOCUT. VIC. Dites-nous _quelque chose_ qui soit _plaisante_. LOCUT. CORR. Dites-nous _quelque chose_ qui soit _plaisant_.
Quand on aura de vous _quelque chose_ à prétendre, Accordez-_la_ civilement; Et, pour obliger doublement, Ne _la_ faites jamais attendre.
Ce quatrain est fort bon sous le rapport moral; médiocre sous le rapport poétique, et mauvais sous le rapport grammatical.
«_Quelque chose_, dit Féraud, est masculin, quoique _chose_ soit du genre féminin. On dit, par exemple: Ai-je fait _quelque chose_ que vous n’ayez pas _approuvé_ et non pas _approuvée_. On dit aussi _quelque chose de bon_, _quelque chose de vrai_. Le _de_ est alors nécessaire devant l’adjectif, et il ne faut pas imiter Molière quand il dit: _Quelque chose approchant_ pour _d’approchant_. Vaugelas prétend qu’on peut retrancher cette préposition devant un adjectif qui la régit lui-même, pour éviter la cacophonie de deux _de_, si voisins l’un de l’autre. Il est vrai que _quelque chose_ de _digne_ de _lui_ est dur; mais, pour éviter de mauvaises consonnances, il ne faut pas changer une construction consacrée par l’usage. Il vaut mieux changer de tour, et dire, _quelque chose_ qui soit _digne de_ lui.» (_Dict. crit._)
QUELQUEFOIS.
LOCUT. VIC. Dépêchez-vous, _quelquefois_ qu’il ne sorte. LOCUT. CORR. Dépêchez-vous, _de peur_ qu’il ne sorte.
_Quelquefois_ n’a, dans tous nos dictionnaires, que la valeur de _parfois_, _de fois à autre_.
Ceux qui emploient cet adverbe avec l’étrange signification qu’on lui trouve ici, ne sont généralement que des gens dépourvus d’instruction littéraire. Aussi doit-on s’étonner d’entendre une pareille cacologie en pleine chambre des députés: «Il faut attendre encore un quart d’heure, _quelquefois_ qu’on se serait trompé.» (_Séance du 19 avril 1833._)
QUELQU’UN (UN).
LOCUT. VIC. C’est bon pour _un quelqu’un_ qui a de la fortune. LOCUT. CORR. C’est bon pour _quelqu’un_ qui a de la fortune.
_Un quelqu’un_ est une expression battologique, qui n’est employée aujourd’hui que par des gens illettrés ou des gens à routine.
QUÈQUE.
PRONONC. VIC. { _Quèque çà_ fait après tout? { Il y a _quèques_ personnes qui le croient.
PRONONC. CORR. { _Qu’est-ce que cela_ fait après tout? { Il y a _quelques_ personnes qui le croient.
«Il se trouve des raffineurs, dit Richelet, qui soutiennent qu’il faut prononcer _kécun_ et _kèque_: ces messieurs les raffineurs sont de francs provinciaux.»
QU’EST-CE.
PRONONC. VIC. _Qu’est-ce_ qui vous a dit cela? PRONONC. CORR. _Qui est-ce_ qui vous a dit cela?
_Qu’est-ce_ se dit des choses: _Qu’est-ce_ que vous avez? c’est-à-dire, _que_ (quelle chose) est-ce que vous avez? _Qui est-ce_ se dit des personnes: _Qui est-ce_ qui le saura? c’est-à-dire, _quelle personne_ est-ce qui le saura?
QUEUE LEU-LEU (A LA).
LOCUT. VIC. Allons-y _à la queue leu-leu_. LOCUT. CORR. Allons-y _à la queue loup-loup_.
_Leu_ en vieux français signifie _loup_; _la queue loup-loup_ n’est donc autre chose que la traduction de _la queue leu-leu_.
_Queue loup-loup_ vaut mieux; car cette expression a au moins l’avantage d’être comprise de tout le monde.
QUI.
LOCUT. VIC. Voici un acte _à qui_ on peut adresser le reproche d’obscurité.
LOCUT. CORR. Voici un acte _auquel_ on peut adresser le reproche d’obscurité.
«Quand le pronom _qui_ est précédé d’une préposition, il ne s’applique qu’aux personnes ou aux objets personnifiés: Vous êtes l’homme _en qui_ j’ai mis toute ma confiance.
«Molière dit de l’avare: _Donner_ est un mot _pour qui_ il a tant d’aversion, qu’il ne dit jamais: Je vous donne le bonjour, mais je vous prête le bonjour. Il faut: _Donner_ est un mot _pour lequel_, etc.
«En poésie, cependant, où l’on personnifie souvent les objets, où tout s’anime, le pronom _qui_, précédé d’une préposition, se dit également des êtres et des objets.»
Du haut de la montagne, où sa grandeur réside, Il a brisé sa lance et l’épée homicide _Sur qui_ l’impiété fondait son ferme appui.
J.-B. ROUSSEAU.
Je pardonne à la main _par qui_ Dieu m’a frappé.
VOLTAIRE.
Soutiendrez-vous un fait _sous qui_ Rome succombe?
CORNEILLE.
(CHAPSAL, _nouveau Dictionnaire gramm._)
QUI.
LOCUT. VIC. Ils se laissèrent tous gagner: _qui_ par des menaces, _qui_ par des présens.
LOCUT. CORR. Ils se laissèrent tous gagner: _ceux-ci_ par des menaces, _ceux-là_ par des présens.
_Qui_ casse le museau; _qui_ son rival éborgne; _Qui_ jette un pain, un plat, une assiette, un couteau; _Qui_, pour une rondache, empoigne un escabeau.
(REGNIER, _Sat._)
Peu de gens, à la lecture de ces vers, auront facilement saisi la signification que l’on y donne au pronom _qui_. Ceux qui l’auront pris pour un pronom relatif se seront trompés; car il est ici pronom démonstratif, et signifie _celui-ci_. Il y a cent ans que cette locution était déjà surannée, comme le témoigne ce passage du Dictionnaire de Trévoux: «_Qui_ pour signifier _les uns_, _les autres_, n’est plus en usage chez les bons auteurs: _alii_, _alii verò_. On trouve dans les vieux écrivains: _Qui_ crioit; _qui_ fuyoit sur les toits; ils fuyoient _qui_ çà, _qui_ là: _huc_, _illuc_.» D’où vient donc que quelques-uns de nos écrivains modernes cherchent à ressusciter cette expression, qui plaisait peu à Vaugelas, et qui n’a en vérité rien de gracieux?
QUI.
LOCUT. VIC. Vous parlez en hommes _qui connaissez vos_ semblables. LOCUT. CORR. Vous parlez en hommes _qui connaissent leurs_ semblables.
_Qui_ est toujours de la même personne que le substantif auquel il se rapporte. _Hommes_ étant de la troisième personne, le pronom relatif _qui_, le verbe et l’adjectif possessif qui le suivent doivent être employés à la troisième personne.
Domergue a relevé la faute qui se trouve dans le couplet suivant de _Richard Cœur-de-Lion_, opéra de Sedaine:
O Richard! ô mon roi! L’univers t’abandonne; Et sur la terre il n’est que _moi Qui s_’intéresse à ta personne.
«Je demandai un jour à un chanteur de Lyon, pourquoi il disait: Il n’est que _moi qui s’intéresse_?--C’est qu’à Paris, me répondit-il, on ne dit pas autrement. Si je faisais la même question à un chanteur de Paris, il me répondrait: C’est le texte de l’auteur. Mais si je demandais à celui-ci pourquoi il pèche ainsi contre l’usage et la syntaxe, j’ignore ce que me répondrait l’académicien.» (_Solut. gramm._, p. 306.)
QUI (A).
LOCUT. VIC. C’est à moi _à qui_ ils se sont adressés. LOCUT. CORR. C’est à moi _qu’_ils se sont adressés.
C’est assez d’une préposition pour exprimer la relation, l’autre est superflue.
Un commentateur moderne de Boileau ne veut pas qu’il y ait une faute dans ce vers:
C’est à vous, mon esprit, _à qui_ je veux parler.
(_Sat._ IX.)
Que de grammairiens alors auraient fait une injuste querelle au législateur poétique de la France! car cette faute a été si souvent relevée, que nous avons presque honte de la relever nous-même. Qui ne sait, au reste, qu’un commentateur est toujours pénétré pour son auteur des mêmes sentimens d’adoration outrée, qu’un Tatar pour son Grand-Lama, ou qu’un amant pour sa maîtresse?
Molière a dit, il est vrai: «Puis-je croire que ce soit à vous _à qui_ je doive la pensée de cet heureux stratagême.» (_L’Amour médecin_; act. III, sc. 6.) Qu’est-ce que cela prouve? C’est que Molière a fait la même faute que Boileau, à une époque où, pour être juste, il faut avouer qu’elle était assez commune.
QUI PLANTE (ARRIVE).
LOCUT. VIC. Faites votre devoir, arrive _qui_ plante. LOCUT. CORR. Faites votre devoir, arrive _que_ plante.
La synthèse de cette locution est: (qu’il) _arrive_ (ce) _que_ (l’on) _plante_, c’est-à-dire: n’importe quoi. _Qui_, à la place de _que_ ne pourrait pas être expliqué.
QUIDAM.
LOCUT. VIC. Nous rencontrâmes _certain quidam_. LOCUT. CORR. Nous rencontrâmes un _quidam_.
_Un certain quidam_ est, comme le remarque fort bien M. Ch. Nodier (_Exam. crit. des Dict._), une battologie ridicule. On doit dire _un quidam_. Nous trouvons cependant cette phrase dans un dictionnaire tout récent. _On a appris de certains quidams que_, etc., et dans Rhulière le vers suivant:
Il veut entrer, _certain quidam_, etc.
Nous ne savons trop pourquoi M. Laveaux veut que l’on prononce ce mot, _kidan_, et surtout qu’on lui donne un féminin, _quidane_. Nous ne croyons pas ce mot vraiment français, et le fût-il même, nous pensons qu’il pourrait tout aussi bien retenir sa prononciation primitive que beaucoup d’autres mots que nous avons aussi empruntés au latin, tels que _quinquagésime_, _quindécemvirs_, _quinquennal_, que nous prononçons _cuincuagésime_, _cuindécemvirs_ et _cuincuennal_. Nous dirons donc: Prononcez _cuidamme_, et ne dites jamais une _quidane_, ni une cuidane, ni une _cuidame_, si vous ne voulez pas faire rire à vos dépens.
QUITTER.
LOCUT. VIC. Je vous _quitte_, monsieur, de toute reconnaissance. LOCUT. CORR. Je vous _dispense_, monsieur, de toute reconnaiss.
_Quitter_, dans le sens de _dispenser_, a vieilli et ne s’emploie presque plus.
Demeurez, mon cousin, vous avez compagnie; Je vous _quitte_ aujourd’hui de la cérémonie.
(BOURSAULT, _Mercure galant_; act. IV, sc. 1.)
On emploierait aujourd’hui dans ce vers un autre verbe.
QUOI.
LOCUT. VIC. Je ne sais plus _quoi_ dire. LOCUT. CORR. Je ne sais plus _que_ dire.
C’est-à-dire: Je ne sais plus (ce) _que_ (je dois) dire. «On n’emploie _quoi_ à l’accusatif, dit l’abbé Féraud, qu’avec des prépositions. On ne doit pas dire avec un traducteur de Fielding: Si elle se taisait, ce n’était pas manque de savoir _quoi_ dire.» (_Dict. crit._)
QUOI FAISANT.
LOCUT. VIC. _Quoi faisant_, vous ferez justice. LOCUT. CORR. _En faisant cela_, vous ferez justice.
«_Quoi_ pour _ce que_, ne vaut rien, comme quand on dit: _Quoi faisant_, pour dire _ce que faisant_.»
L. A. Allemand, sur cette remarque posthume de Vaugelas, ajoute: «Il est certain qu’aujourd’hui ces deux façons de s’exprimer ne sont guère meilleures l’une que l’autre, ou, pour mieux dire, elles ne valent pas beaucoup à présent. On aime mieux dire, _en faisant cela_, et on a raison, car il y a plus de régularité dans cette dernière façon de parler que dans les deux autres.» (_Nouvelles Rem. de_ VAUGELAS, p. 460.)
QUOIQUE.
ORTH. VIC. On vous l’ôtera, _quoique_ vous puissiez dire. ORTH. CORR. On vous l’ôtera, _quoi que_ vous puissiez dire.
_Quoi que_ s’écrit ici en deux mots, parce qu’il n’est pas conjonction, et n’a pas, par conséquent, la signification de _encore que_. Quoi est un adjectif qui équivaut à _quelle chose_: _Quoi_ (quelle chose) que vous puissiez dire, on vous l’ôtera.
QUOIQUE.
LOCUT. VIC. Il me trompe; _quoique ça_ je l’aime. LOCUT. CORR. Il me trompe; _malgré cela_ je l’aime.
_Quoique_ est une conjonction, et ne peut remplir dans le discours les fonctions de préposition, c’est-à-dire avoir un régime.
RABLU.
LOCUT. VIC. C’est un garçon bien _rablu_. LOCUT. CORR. C’est un garçon bien _râblé_.
«RABLU. _Bien fourni de râble._ (BOISTE.)--Je suis persuadé que ce serait là une assez bonne définition de _râblu_; mais je n’ai jamais entendu dire que _râblé_, ce qui n’est pas lui-même fort élégant.» (M. CH. NODIER, _Examen crit. des Dict._)
L’Académie et Boiste indiquent _râblé_ comme meilleur que _râblu_.
RABOUTER, RABOUTEUR.
LOCUT. VIC. On lui a _rabouté_ le bras. LOCUT. CORR. On lui a _rebouté_ (et mieux _remis_) le bras.
On dit _raboutir_ ou _abouter_, pour signifier mettre _bout_ à _bout_ des morceaux d’étoffe.
On dit _rebouter_ pour signifier remettre (_bouter_ de nouveau) un os cassé, un membre démis.
Quant à _rabouter_, c’est un barbarisme, comme _rabouteur_.
«Il est prévenu d’avoir exercé la profession de _rabouteur_ dans son village. Vous ne savez peut-être pas au juste ce que c’est qu’un _rabouteur_. C’est un homme qui vous _raboute_ une jambe cassée, comme un tisserand vous _raboute_ un fil rompu; avec cette seule différence peut-être que le fil du tisserand marche, et que la jambe du _rabouteur_ (lisez: remise par le _rebouteur_) ne marche pas du tout.» (_Gazette des Trib. du 9 mars 1835._)
Un _rebouteur reboute_, quand il réussit, les jambes et les bras; un tisserand _aboute_ les fils de son métier.
RACOQUILLÉ.
LOCUT. VIC. Voyez comme ce parchemin s’est _racoquillé_ ou _recoquillé_ au feu.
LOCUT. CORR. Voyez comme ce parchemin s’est _recroquevillé_ au feu.
L’action du soleil _recroqueville_ les feuilles des plantes, comme celle du feu _recroqueville_ le parchemin, le cuir, etc., c’est-à-dire que ces différens objets se dessèchent et se replient par l’effet de la chaleur.
RAGER, RAGEUR.
LOCUT. VIC. Comme il _rageait_! Il est _rageur_. LOCUT. CORR. Comme il _enrageait_! Il est _colère_.