Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Part 19
Notre seconde remarque, c’est qu’on a grand tort de retrancher le _t_ qui se trouve à la fin des mots _enfant_, _garant_, _parent_, etc., en même temps qu’on y ajoute un _s_ pour former le _pluriel_. «Quand cette lettre radicale (le _t_) ne nuit point à la prononciation, c’est nuire à l’analogie que de la supprimer. Quoi de plus inconséquent que de supprimer au _pluriel_ le _t_ final des mots polysyllabes, terminés au singulier par _nt_, quoiqu’on le garde dans les monosyllabes! Pourquoi, en écrivant les _dents_, les _chants_, les _plants_, les _vents_, s’obstine-t-on à écrire les _méchans_, les _tridens_, les _contrevens_, etc.? Pourquoi terminer de la même manière, au _pluriel_, des mots qui ont des terminaisons différentes au singulier, comme _paysan_ et _bienfaisant_, dont les féminins sont _paysane_ et _bienfaisante_, et dont on veut que les _pluriels_ masculins soient _paysans_ et _bienfaisans_?» (BEAUZÉE. _Encyclopédie méth., art. Analogie._)
«Il vaudrait mieux suivre les auteurs du siècle de Louis XIV, et surtout les écrivains de Port-Royal, et ne jamais supprimer le _t_ au _pluriel_. Chénier, Domergue, conservaient le _t_. M. Didot, dans ses belles éditions de nos auteurs classiques, suit cette orthographe.» (LETELLIER, _Gramm. fr._)
PLUS.
LOCUT. VIC. Vous perdez cent francs; je perds bien _plus_. LOCUT. CORR. Vous perdez cent fr.; je perds bien _davantage_.
«_Plus_ est un mot comparatif, après lequel vient naturellement un _que_ ou un _de_; _davantage_ est un adverbe qui, placé après le verbe qu’il modifie, ne peut jamais modifier un adjectif, et dès-lors avoir un _de_ ou un _que_ à sa suite.
«On dira donc: _la langue paraît s’altérer tous les jours_, _mais le style se corrompt bien_ davantage.» (VOLTAIRE.)
«_Il est attaché à la nature qu’à mesure que nous sommes heureux_, _nous voulons l’être_ davantage.» (MONTESQUIEU, _Arsace et Isménie_. GIRAULT-DUVIVIER, _Gramm. des gramm._)
PLUS D’A MOITIÉ.
LOCUT. VIC. Sa fortune est _plus d’à moitié_ faite. LOCUT. CORR. Sa fortune est _plus qu’à moitié_ faite.
Doit-on dire _plus d’à moitié_ ou _plus qu’à moitié_? Cela dépend de l’estime qu’on peut avoir pour la justesse ou pour l’élégance du langage. Ceux qui savent apprécier la première de ces qualités préféreront certainement la conjonction _que_; ceux qui sacrifient tout à l’élégance emploieront la préposition _de_. Ces derniers, avouons-le, auront même l’usage pour eux; car il est à peu près certain que nos bons auteurs ont préféré _plus d’à demi_, _plus d’à moitié_ à _plus qu’à demi_, _plus qu’à moitié_, puisque l’on ne cite guère, en faveur de cette dernière construction, que ce vers de Racan:
La course de nos jours est _plus qu’à demi_ faite.
Mais qui ne sait que les meilleurs écrivains ont souvent la faiblesse de sacrifier la pureté de la langue à une futile considération d’euphonie. Aussi, ne balançons-nous jamais dans les questions encore pendantes, comme celle-ci, par exemple, à prendre parti contre eux pour la raison, et à nous insurger contre le fait en faveur du droit.
Comment vous direz qu’une chose est _plus que faite_ (grâce pour l’hyperbole), et si cette chose est _à moitié faite_ et quelque peu de plus, vous ne pourrez pas dire qu’elle est _plus qu’à moitié faite_? Mais ôtez ces mots _à moitié_, et il vous restera _plus que faite_. Or, avec l’autre construction _plus d’à moitié faite_, supposez que la chose vienne à se parfaire, avec quelque chose même au-delà, et que vous vouliez conséquemment ôter le modificatif _à moitié_ devenu inutile, comment ferez-vous pour y trouver le membre de phrase _plus que faite_, qui a dû cependant rester indépendant de tout modificatif? Comment ferez-vous pour expliquer la métamorphose du _que_ en _de_? Il n’y a, comme nous l’avons dit plus haut, que la raison de l’euphonie qui puisse être invoquée ici, et cette raison est tout-à-fait absurde dans le cas présent. Nous pensons donc qu’on doit dire: _plus qu’à demi_, _plus qu’aux deux tiers_, _plus qu’aux trois quarts_, etc.
PLUS D’UN.
LOCUT. VIC. _Plus d’un_ témoin _déposèrent_ en sa faveur. LOCUT. CORR. _Plus d’un_ témoin _déposa_ en sa faveur.
Le verbe qui suit l’expression _plus d’un_ doit être mis au singulier. L’accord a lieu avec le mot et non avec le sens.
_Plus d’une_ Hélène au beau plumage _Fut_ le prix du vainqueur.....
(LA FONTAINE, liv. VII, f. 13.)
_Plus d’une_ Pénélope _honora_ son pays.
(BOILEAU, _Satire_ X.)
«Cependant, dit M. Girault-Duvivier (_Grammaire des Gramm._), il est un cas où le pluriel serait nécessaire après _plus d’un_, c’est celui où l’on se servirait de cette expression avec un verbe pronominal; car, comme cette espèce de verbe exprime l’action de deux ou de plusieurs sujets, alors il est certain qu’il faudrait employer le pluriel. Marmontel nous en offre un exemple dans ses Incas (chap. XLV): _à Paris on voit_ plus d’un _fripon qui se_ dupent _l’un l’autre_.
PLUTOT.
ORTH. VIC. Nous arrivâmes _plutôt_ qu’eux. ORTH. CORR. Nous arrivâmes _plus tôt_ qu’eux.
Quand _plutôt_ est l’opposé de _plus tard_, il doit être écrit en deux mots. On l’écrit en un seul mot dans tous les autres cas.
_Plutôt_ souffrir que mourir, C’est la devise des hommes.
(LA FONTAINE, f. 16, liv. I.)
POGNE.
LOCUT. VIC. Vous avez une bonne _pogne_. LOCUT. CORR. Vous avez un bon _poignet_.
_Pogne_ n’est pas français.
POIGNARD.
LOCUT. VIC. _Pognard_. LOCUT. CORR. _Poagnard_.
M. Carpentier (_Gradus français_) prétend que l’_i_ de ce mot ne se prononce pas. Nous le croyons dans l’erreur. Les personnes instruites prononcent généralement _poagnard_, par égard sans doute pour l’analogie de ce mot avec _poing_, _poignet_, _poignée_; et plusieurs dictionnaires ont aussi indiqué cette prononciation.
POINTE DU JOUR.
LOCUT. VIC. Nous arrivâmes à la _pointe_ du jour. LOCUT. CORR. Nous arrivâmes au _point_ du jour.
L’Académie autorise cette locution de _pointe du jour_; nous pensons qu’il vaut mieux dire le _point du jour_. C’est l’avis de M. Feydel, de Ménage et de beaucoup d’autres grammairiens; et l’usage paraît s’être définitivement prononcé pour la dernière expression. Le jour n’a pas de _pointe_, mais un moment où il _poind_, et nous ne croyons pas que la subtile définition de la _pointe du jour_, donnée par Roubaud (_Synonymes_) ait fait faire à cette expression une brillante fortune.
POIREAU.
LOCUT. VIC. Ces _poireaux_ sont durs. LOCUT. CORR. Ces _porreaux_ sont durs.
Quoiqu’on ait le choix entre _poireau_ et _porreau_, nous croyons que ce dernier mot doit être préféré pour raison étymologique. On dit en latin _porrus_, et nous ferons encore remarquer que l’adjectif _poracé_ (de couleur de _porreau_) serait bien plus rationnellement formé si l’on disait _porreau_. Pourquoi dédaignerait-on d’établir la bonne harmonie entre les mots?
POISON.
Lorsqu’on entend Jocrisse s’écrier: _Ne bois pas cela, cadet, c’est de la poison_, on croit que Jocrisse fait un barbarisme, et l’on a tort. Jocrisse fait seulement un archaïsme. On lit dans le roman de Perceforest: «Puis leur firent boire _poisons_ qu’elle sceurent que bonnes leur estaient.» Et dans Ronsard:
Mon âme en vos yeux beut _la poison amoureuse_.
(_Élégies._)
POMMIER.
LOCUT. VIC. Prêtez-moi votre _pommier_ en fer-blanc. LOCUT. CORR. Prêtez-moi votre _cuit-pommes_ en fer-blanc.
Tous les dictionnaires donnent le mot _pommier_ avec la signification qu’on lui voit ici; mais aucun d’eux n’a accueilli le mot _cuit-pommes_; et cependant n’est-ce pas une chose étrange que de voir charger le premier mot de deux idées dont l’une a son mot propre? Que peut-on reprocher au substantif _cuit-pommes_? N’est-il pas tout aussi régulièrement formé que les mots: _serre-tête_, _passe-temps_, _essuie-mains_, _gobe-mouches_? etc.
Nous pensons que l’adoption de ce mot dans la langue écrite ne peut souffrir la moindre difficulté; car elle offre le double avantage et d’enrichir notre langue d’un bon mot, et d’effacer l’équivoque à laquelle pourrait donner lieu l’emploi du substantif _pommier_, dans la signification bâtarde qu’on lui a si légèrement attribuée.
PONCHE.
ORTH. VIC. Voulez-vous du _ponche_ glacé? ORTH. CORR. Voulez-vous du _punch_ glacé?
Tous nos dictionnaires écrivent ce nom de liqueur comme on le voit en tête de cet article. Mais, malheureusement pour nos dictionnaires, et pour la raison aussi (car il vaudrait beaucoup mieux que l’orthographe fût en complète harmonie avec la prononciation), personne ne suit cet exemple. Les gens instruits écrivent _punch_, parce qu’ils disent que ce mot s’écrit ainsi dans la langue anglaise, à laquelle on l’a emprunté, et les ignorans qui se soucient fort peu d’étymologie, et ne suivent que l’usage, écrivent également _punch_, parce qu’il n’y a pas aujourd’hui en France un enfant sachant lire qui n’ait vu sur quelque volet de limonadier ou même d’aubergiste, dans sa ville ou même dans son village, le nom de la liqueur que nous mentionnons ici, orthographié d’une tout autre manière qu’il ne l’est dans l’Académie, Féraud, Boiste, Raymond, etc.
_Punch_ est donc un de ces mots, sur lesquels la raison perd ses droits de réforme, parce que l’usage s’en est définitivement emparé.
PORRÉE.
LOCUT. VIC. Cette _porrée_ ne vaut rien. LOCUT. CORR. Cette _poirée_ ne vaut rien.
Il faut dire _poirée_, parce que cette plante potagère, qu’on nomme aussi _bette_, emprunte son nom à la forme de sa feuille qui ressemble à la _poire_.
PORTE-PARIS.
LOCUT. VIC. Je vais à la _Porte-Paris_. LOCUT. CORR. Je vais à l’_Apport-Paris_.
On lit dans Trévoux, à l’article _apport_: «Lieu public, espèce de marché où on apporte des marchandises pour vendre. A Paris, il y a deux _apports_: l’_apport_ Baudoyer vers Saint-Gervais, et l’_apport_ de Paris au grand Châtelet. Le peuple, par corruption, les appelle _porte Baudets_ et _porte de Paris_[2].»
[2] Et bien plus souvent _Porte-Paris_.
Tous nos lexicographes prétendent que l’on doit dire: l’_Apport de Paris_; nous croyons que la préposition est ici de trop, si l’on tient du moins à conserver cette vieille dénomination d’un quartier de Paris, absolument telle qu’elle existait autrefois. La préposition _de_ n’a pas toujours été nécessaire dans notre langue, pour marquer les rapports qu’elle exprime aujourd’hui entre deux substantifs. Mille exemples pourraient le prouver; nous ne donnerons que les suivans:
(RENARD) Garda avant, si vit Primaut Le Leu qui fu _frère Ysengrin_. (Frère d’Ysengrin.)
(_Roman du_ RENARD, v. 3020.)
Et les autres ont fet lor vol Par desus la _meson Poufile_. (La maison de Poufile.)
(_Roman du_ REN. v. 9274.)
C’est ainsi qu’on a dit autrefois _Hôtel-Dieu, Fête-Dieu_; pour _hôtel de Dieu, fête de Dieu_, expressions auxquelles l’usage n’a pas osé toucher, et qu’il nous a conservées dans leur intégrité primordiale.
PORTE-PICS.
LOCUT. VIC. Le joli _porte-pics_. LOCUT. CORR. Le joli _porc-épics_.
«D’après la définition de l’Académie, un _porc-épics_ est un animal dont le corps est couvert de beaucoup d’_épics_ ou de _piquans_.--Le mot _épics_, dit M. Boniface, n’est point une altération, c’est l’ancienne orthographe: on disait _épic_ pour _épi, piquant_; ce mot vient du latin _spica_.» (_Grammaire des Gramm._)
N’en déplaise à la science, le mot populaire nous paraît valoir au moins autant que celui qu’elle a consacré; cela arrive quelquefois.
POSTURE.
LOCUT. VIC. Votre frère est _en posture_ de faire fortune. LOCUT. CORR. Votre frère est _en position_ de faire fortune.
_Se mettre en posture_ de faire quelque chose, est une expression barbare et inconnue, disait l’abbé Desfontaines, au commencement du siècle passé. De nos jours, l’expression est encore barbare aux yeux, du moins, de tout homme de goût; mais pour inconnue, il s’en faut certes de beaucoup qu’elle le soit. On la trouve assez souvent dans des ouvrages où l’on serait peut-être en droit d’exiger un style plus soigné.
Cet homme _s’est mis_ devant le roi _en posture_ de suppliant, est une phrase correcte; mais peut-on en dire autant de cette autre phrase: Cicéron _s’était mis en posture_ de repousser la force par la force? ne vaudrait-il pas mieux, dans ce dernier cas, employer une autre expression, et dire, par exemple: Cicéron _s’était apprêté à_ repousser la force par la force.
POT-A-EAU.
LOCUT. VIC. Prenez ce _pot-à-eau_. LOCUT. CORR. Prenez ce _pot-à-l’eau_.
_Pot-à-eau_ a plus d’analogues que _pot-à-l’eau_; mais l’usage a préféré ce dernier mot. Laveaux dit _pot-à-l’eau_, et Féraud traite _pot-à-eau_ de gasconisme.
POT A FLEURS, POT DE FLEURS.
LOCUT. VIC. { Sa fenêtre est couverte de _pots à fleurs_. { Il fabrique des _pots de fleurs_.
LOCUT. CORR. { Sa fenêtre est couverte de _pots de fleurs_. { Il fabrique des _pots à fleurs_.
Un _pot de fleurs_ est un pot où il y a des fleurs; un _pot à fleurs_ est un pot dans lequel on peut mettre des fleurs, et non pas un pot _propre à mettre_ des fleurs, comme le disent incorrectement quelques dictionnaires. Un pot ne peut rien _mettre_.
POUDRIÈRE.
LOCUT. VIC. L’encrier est plein, mais _la poudrière_ est vide. LOCUT. CORR. L’encrier est plein, mais _le poudrier_ est vide.
Un bâtiment ou une boîte, qui contient de la poudre de guerre ou de chasse est une _poudrière_. Quand il s’agit d’autre poudre, le contenant se nomme un _poudrier_.
POUBOUILLE.
LOCUT. VIC. Je l’ai trouvé occupé à faire sa _poubouille_. LOCUT. CORR. Je l’ai trouvé occupé à faire sa _pobouille_.
Nous ne savons trop s’il peut nous être permis de nous occuper de ce mot familier, si familier même qu’on ne le trouve dans aucun de nos dictionnaires. Quoi qu’il en soit, nous essaierons d’en fixer l’orthographe par l’étymologie peut-être un peu forcée que nous croyons lui avoir trouvée: _pobouille_ ne serait-il pas une syncope de _pot-bouille_? et ne dirait-on pas: Vous faites votre _pobouille_, par ellipse, pour dire: Vous faites (le guet pour que) votre _pot-bouille_? De quelle autre manière pourrait-on interpréter l’origine de cette expression, qui, toute triviale qu’elle est, doit cependant en avoir une, et qui, au reste, a quelquefois l’honneur de figurer dans les journaux?
POUMONIQUE.
LOCUT. VIC. Je crois cet homme _poumonique_. LOCUT. CORR. Je crois cet homme _pulmonique_.
Comme l’a fort bien remarqué l’abbé Féraud, l’analogie est en faveur de _poumonaire_, _poumonique_ et _poumonie_, puisque ces mots sont dérivés de _poumon_; mais l’étymologie et l’usage leur étant contraires, il faut dire _pulmonaire_, _pulmonique_ et _pulmonie_.
POUR DE BON, POUR DE RIRE.
LOCUT. VIC. L’avez-vous dit _pour de bon_ ou _pour de rire_. LOCUT. CORR. L’avez-vous dit _tout de bon_ ou _pour rire_.
POUR QUAND.
LOCUT. VIC. Je fais mes provisions _pour quand_ j’irai à la campagne.
LOCUT. CORR. Je fais mes provisions _pour l’époque où_ j’irai à la campagne.
Cette disgracieuse expression se trouve dans Madame de Sévigné. «M. de Langle (disait le comte de Grammont), gardez ces familiarités _pour quand_ vous jouerez avec le roi.» Mais l’autorité de Madame de Sévigné est peu de chose en grammaire, et nous aimons mieux nous appuyer en cette circonstance sur l’Académie qui a, pour de bonnes raisons sans doute (il est impossible d’en supposer d’autres), passé cette locution sous silence.
PRÉMICES, PRÉMISSES.
LOCUT. VIC. { Vos _prémices_ ne sont pas bien _posés_. { Je vous offre les _légers prémisses_ de mon talent.
LOCUT. CORR. { Vos _prémisses_ ne sont pas bien _posées_. { Je vous offre les _légères prémices_ de mon talent.
«_Prémisses_, subst. fém. pl. Terme de logique, qui se dit des deux premières propositions d’un syllogisme. _Quand l’argument est en forme, si vous accordez les prémisses sans distinction, vous ne pouvez plus nier la conséquence._
«_Prémices_, subst. fém. pl. Les premiers fruits de la terre ou du bétail, les premières productions de l’esprit.» (_Dictionnaire de l’Académie._)
Toujours la tyrannie a d’_heureuses prémices_.
(RACINE.)
PRÈS.
LOCUT. VIC. Il demeure _près le_ Luxembourg. LOCUT. CORR. Il demeure _près du_ Luxembourg.
«_Près le Palais-Royal_, _près l’église_, sont des expressions que l’usage a _abusivement_ consacrées. Il est plus régulier de dire: _près du Palais-Royal_, _près de l’église_. Il n’y a que quelques expressions entièrement consacrées où l’on puisse supprimer la préposition _de_, comme _ministre du roi près la cour d’Espagne_, _Passy près Paris_, etc.» (LAVEAUX, _Dictionnaire des difficultés_.)
Ses enfans, suivant la coutume, _Près la_ chandelle se jouant.
(VITALLIS, fab. 3, liv. I.)
Il fallait: _près de_ la chandelle.
PRÉSENT.
Au reçu du _présent_, de la _présente_. (_V._ COURANT.)
PRÉSIDENT, ADHÉRENT, DIFFÉRENT, ÉQUIVALENT, EXCELLENT, NÉGLIGENT, PRÉCÉDENT, RÉSIDENT.
ORTH. VIC. J’ai vu votre ami _président_ l’assemblée. ORTH. CORR. J’ai vu votre ami _présidant_ l’assemblée.
«Ces mots s’écrivent avec un _e_, lorsqu’ils sont substantifs ou adjectifs, et avec un _a_, quand ils sont participes actifs:
«L’homme que vous avez vu aujourd’hui _présidant_ l’assemblée n’en est pas le _président_.
«Le _résident_ de Genève n’est pas toujours _résidant_ à Genève.
«Il y a souvent des _différends_ entre les gens _différant_ d’humeur.» (CHAPSAL, _Dictionnaire gramm._)
PRÊT A, PRÈS DE...
LOCUT. VIC. { Le torrent était _prêt à_ l’emporter. { Le sage est toujours _près de_ mourir.
LOCUT. CORR. { Le torrent était _près de_ l’emporter. { Le sage est toujours _prêt à_ mourir.
_Prêt_ doit toujours être suivi de la préposition _à_; _près_, de la préposition _de_.
_Prêt à_ et _près de_ ne peuvent pas être employés l’un pour l’autre. La première expression signifie _préparé à_; la seconde, _sur le point de_.
La phrase suivante est défectueuse: La rivière est _prête à_ déborder, car la rivière ne peut pas faire des préparatifs pour un débordement, mais on peut dire qu’elle est sur le point de déborder; c’est donc: _près de_ déborder qu’il faut écrire.
Dans cette phrase: Parlez, je suis _près de_ vous suivre partout; il est évident qu’il faut _prêt à_, parce qu’il y a ici disposition à suivre.
Ce qui précède explique la différence qu’il y a entre les deux locutions: _prêt à mourir_ et _près de mourir_. L’une signifie _qui est préparé à mourir_; l’autre, _qui est sur le point de mourir_.
Autrefois on écrivait _prêt_ devant la préposition _de_ comme devant la préposition _à_; aujourd’hui il faut toujours écrire _près_ dans le premier cas.
«La maison d’Autriche se vit donc _prête_ d’accabler tous ses voisins.» (MERCIER, _Histoire de France_.) Lisez: _près d’_ accabler.
PRÉVALOIR.
LOCUT. VIC. Faut-il que je me _prévaille_ de cela? LOCUT. CORR. Faut-il que je me _prévale_ de cela?
Ce verbe se conjugue comme _valoir_; cependant au subjonctif on dit: que je _prévale_, que tu _prévales_, qu’il _prévale_, que nous _prévalions_, que vous _prévaliez_, qu’ils _prévalent_.
PRIX (AU) DE, AUPRÈS DE.
{ Qu’est-ce que la valeur de l’or _auprès de_ LOCUT. VIC. { celle du diamant. { Je suis un nain _au prix de_ vous.
{ Qu’est-ce que la valeur de l’or _au prix_ de LOCUT. CORR. { celle du diamant. { Je suis un nain _auprès de_ vous.
«_Au prix de_ et _auprès de_ ont ceci de commun, qu’ils servent l’un et l’autre à faire une comparaison, et ceci de particulier qu’_au prix de_ paraît devoir être préféré, lorsque l’on compare deux objets auxquels on attache un prix réel ou métaphorique: le cuivre est vil _au prix de_ l’or; la richesse n’est rien _au prix de_ la vertu; et l’on doit préférer _auprès de_ lorsque, pour comparer deux objets, on les place à côté l’un de l’autre au propre et au figuré: cette femme si brune est blanche _auprès d’_une négresse. La terre n’est qu’un point _auprès du_ reste de l’univers.
«Au surplus, lorsque les deux objets à comparer éveillent indifféremment ou l’idée de prix ou l’idée de proximité, le choix dépend de l’écrivain.
«Cette différence entre _auprès de_ et _au prix de_ me paraît bien déterminée, et je crois que les exemples suivans en présentent une juste application.»
Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est _au prix de_ Paris un lieu de sûreté.
(BOILEAU.)
Mais un gueux qui n’aura que l’esprit pour son lot, _Auprès d’un_ homme riche à mon gré n’est qu’un sot.
(DESTOUCHES), (_Man. des Amat. de la langue fr._, p. 212.)
PROMENER.
LOCUT. VIC. Allons _promener_. LOCUT. CORR. Allons _nous promener_.
«Vaugelas autorise _promener_, neutre, au lieu de _se promener_, réciproque: mais l’usage a changé depuis.» (FÉRAUD, _Dict. crit._)
«Ce verbe, dans le sens de _marcher_, d’_aller_, soit à pied, soit à cheval, s’emploie toujours avec le pronom personnel, ainsi on ne doit pas dire: Allons _promener_, il est allé _promener_; il faut dire: Allons _nous promener_; il est allé _se promener_.
«Il est vrai que l’on dit: Je l’enverrai bien _promener_, je l’ai envoyé _promener_; mais, dans ces façons de parler familières, on sous-entend _se_.
«Si _promener_ était pris dans la signification de _conduire_, _faire marcher_, soit un homme, soit une bête, alors on l’emploierait activement, et l’on dirait: Il a bien _promené_ ces étrangers par la ville.--Il est bien de _promener_ un cheval échauffé avant que de le mettre à l’écurie.» (GIRAULT-DUVIVIER, _Gramm. des gram._)
PROMETTRE.
LOCUT. VIC. Je vous _promets_ que je l’ignore. LOCUT. CORR. Je vous _assure_ que je l’ignore.
«Quelques personnes disent _promettre_ pour _assurer_: Je vous _promets_ que cela est ainsi que je l’ai fait. _Promettre_ ne regarde que le futur, et _assurer_ se dit de tous les temps.» (FÉRAUD, _Dict. crit._)
PUIS ENSUITE (ET).
LOCUT. VIC. Il se leva, _et puis ensuite_ il sortit. LOCUT. CORR. Il se leva, _et_ ou _puis_, ou _ensuite_ il sortit.
Trois copulatives pour une! Il y a là double pléonasme; le premier étant cependant autorisé par l’usage,
Quelques momens après, l’objet devint brûlot, _Et puis_ nacelle, _et puis_ ballot.
(LA FONTAINE, liv. IV, f. 10.)
Nous ne prononçons d’exclusion absolue qu’à l’égard du mot _ensuite_, qui doit être employé seul.
QUA, QUE, QUI.
PRON. VIC. _Ka_drupède, _kes_teur, _kin_tuple, etc. PRON. CORR. _Koua_drupède, _kues_teur, _kuin_tuple, etc.
_Qua, que, qui_, se prononcent comme _koua, kué, kui_, dans les mots suivans: _aqua_tile, _aqua_tique, _équa_teur, _équa_tion, _qua_dragénaire, _qua_dragésime, _qua_drangle, _qua_drangulaire, _qua_drature, _qua_dricolor, _qua_driennal, _qua_drifolium, _qua_drige, _qua_drilatère, _qua_drinôme, _qua_drupède, _qua_druple, _qua_drupler, in-_quar_to, _qua_terne, _qua_terné, _qua_ternaire, _qua_ternité, _quinqua_génaire, _quinqua_gésime, li_qua_tion, _ques_teur, _ques_ture, é_ques_tre, _quinquen_nal, _quinquen_nium, li_qué_faction, à _quia_, _quin_décagone, _quin_tuple, _équi_angle, é_qui_distant, é_qui_latéral, é_qui_multiple.
QUADRILLE.
LOCUT. VIC. Il y a d’habiles danseurs dans _cette quadrille_. LOCUT. CORR. Il y a d’habiles danseurs dans _ce quadrille_.
«Ce mot est féminin dans les dictionnaires, et masculin dans l’usage.» (M. CH. NODIER, _Examen crit. des dict._)
Le Dictionnaire de Boiste, revu par M. Ch. Nodier (édition de 1834), fait _quadrille_ masculin, quand il signifie: Jeu d’hombre à quatre, division de quatre couples de danseurs, et féminin quand il signifie: troupe de chevaliers dans un carrousel.
On prononce _kadrille_.
QUADRUPLE.
PRONONC. ET LOCUT. VIC. _Ce kadruple_ est bien _léger_. PRONONC. ET LOCUT. CORR. _Cette kouadruple_ est bien _légère_.
Les agens de change, dans leur _Bulletin de la Bourse_, font le mot _quadruple_ féminin, des _quadruples neuves_; en quoi ils se conforment à l’usage du commerce qui, en cette circonstance, nous paraît fort raisonnable. On le trouve masculin dans nos anciens auteurs.