Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
Part 12
Quelques grammairiens prétendent, en s’appuyant sur l’autorité de l’Académie, qu’on doit dire: _se prendre de grippe contre quelqu’un_; _contre quelque chose_, et non: _prendre quelqu’un_, _quelque chose en grippe_. Si ces grammairiens avaient lu attentivement tout le dictionnaire de l’illustre compagnie, ils auraient vu que ces deux locutions y sont également autorisées. Nous pensons aussi qu’elles doivent l’être, puisque l’on dit également _prendre en haine_, _prendre en aversion_, _prendre en amitié_, etc., et _se prendre de haine_, _se prendre d’aversion_, _se prendre d’amitié_, etc.
GROGNER.
LOCUT. VIC. Vous _me grognez_ sans cesse. LOCUT. CORR. Vous _grognez_ sans cesse _contre moi_.
_Grogner_ étant un verbe neutre ne peut pas avoir un régime direct.
GROSSE.
LOCUT. VIC. Cette femme est _grosse de vous_. LOCUT. CORR. Cette femme est _grosse de votre fait_.
Rabelais se moque ainsi de cette manière de parler:
«Le secund dict: Ma femme engroissera, mais non _de moy_. Cor Dieu ie le croy. Ce sera _d’ung beau petit enfantelet_ que elle sera _grosse_. Aultrement, vouldriez-vous que ma femme dedans ses flancz me pourtast? me conceut? me enfantast? et que on dist, Panurge est ung secund Bacchus. Il est deux foys nay. Il est renay, comme feut Hippolytus, etc., sa femme était _grosse de luy_. Erreur; ne m’en parlez jamais.»
(_Pantagruel_, Liv. III. Ch. XVIII.)
Ce que nous disons ici de l’adjectif _grosse_, doit s’appliquer également à l’adjectif _enceinte_.
GROUIN.
LOCUT. VIC. Oh! le vilain _grouin_! LOCUT. CORR. Oh! le vilain _groin_!
Prononcez aussi _gro-ein_ et non _grou-in_.
GUÈRES.
LOCUT. ET ORTH. VIC. Il ne s’en faut _de guères_. LOCUT. ET ORTH. CORR. Il ne s’en faut _guère_.
«M. de Balzac dit toujours _il ne s’en faut de guères_. Dans une de ses lettres à madame Desloges (Liv. 7. lett. 19): _Votre lettre m’est si précieuse, Madame, qu’il ne s’en faut_ de guères, _que je ne m’en fasse un collier ou un bracelet_, etc. C’est un gasconisme. Il faut dire, pour parler français, _il ne s’en faut_ guères. _De guères_, comme l’a fort bien observé l’auteur des Remarques, ne se dit que lorsqu’il est question d’une quantité comparée avec une autre: _elle ne la passe de guères_.»
(MÉNAGE, _Observ. sur la lang. fr._)
Le _s_ de _guères_ étant inutile, nous pensons qu’il vaut mieux le supprimer, comme l’a fait l’Académie.
GUET-A-PENS.
ORTH. VIC. Il fut victime d’un _guet-à-pens_. ORTH. CORR. Il fut victime d’un _guet-apens_.
Quoique certains auteurs, M. Chapsal entr’autres, (_Dict. grammatical_) aient cru devoir écrire _à-pens_ en deux mots, il est hors de doute pour quiconque veut se donner la peine de feuilleter nos anciens auteurs, que cette orthographe n’est pas tolérable. _Apenser_, en vieux français, signifie réfléchir, méditer.
Liétart l’a véu, si _s’apense_ De la promesse que li fist.
(_Roman du Renard._ V. 16422.)
_Guet-apens_ est donc une abréviation de _guet apensé_ c’est-à-dire _guet médité_.
GUETTE.
LOCUT. VIC. Ce chien est de bonne _guette_. LOCUT. CORR. Ce chien est de bon _guet_.
_Guette_, dans le sens qu’il reçoit ici, est un barbarisme.
GUEUX, MISÉRABLE.
LOCUT. VIC. Il a agi comme un _gueux_, comme un _misérable_. LOCUT. CORR. Il a agi comme un _vaurien_.
«Au sens propre, ces adjectifs se disent d’un homme très-pauvre; au sens figuré d’un scélérat. Il paraît que cette extension est de la langue des riches, et non pas de celle de l’humanité. Chez les anciens, _res sacra erat miser_. Chez nous, pour marquer qu’un homme est à fuir, on dit qu’il est _malheureux_.» (Ch. Nodier.) Nous ferons remarquer, après ce blâme sévère et mérité de l’acception plus qu’inconvenante donnée par certaines gens aux mots _gueux_ et _misérable_, qu’il ne faut jamais les employer que dans le sens de pauvre, lequel est certainement le seul qu’ait eu en vue notre immortel Béranger dans sa jolie chanson des _Gueux_. N’est-ce pas en effet assez de laisser tomber son dédain sur les malheureux, sans leur jeter encore des injures? Honneur au grammairien philosophe qui a si bien flétri deux mauvaises expressions que repoussent également et la langue et la morale.
GUIANE, GUIENNE.
PRONONC. VIC. La _Gü-i-iane_, la _Gü-i-ienne_. PRONONC. CORR. La _Ghi-ane_, la _Ghi-enne_.
GUIGNONANT.
LOCUT. VIC. C’est vraiment _guignonant_. LOCUT. CORR. C’est vraiment _malheureux_.
_Guignonant_ est un barbarisme.
GUILLAUME.
PRONONC. VIC. _Gü-illaume_. PRONONC. CORR. _Ghillaume_.
GUISE.
PRONONC. VIC. La famille des _Ghise_. PRONONC. CORR. La famille des _Gü-ise_.
H.
LOCUT. VIC. _Une_ h _aspirée, une_ h _muette_. LOCUT. CORR. _Un_ h _aspiré, un_ h _muet_.
La lettre _h_, comme toutes les autres lettres, est du genre masculin. (_Voyez_ LETTRES.)
HABILETÉ.
LOCUT. VIC. On a reconnu son _habileté_ à succéder. LOCUT. CORR. On a reconnu son _habilité_ à succéder.
Celui qui est _habile_ à recueillir une succession, a de l’_habilité_. La légitimation _habilite_ un bâtard à succéder. On pourrait, en jouant sur les mots, dire d’une personne qui soufflerait à une autre un héritage, qu’au défaut d’_habilité_ à succéder, elle a fait preuve d’_habileté_.
HAÏR.
PRONONC. VIC. Je _ha-ïs_, tu _ha-ïs_, il _ha-ït_. PRONONC. CORR. Je _hès_, tu _hès_, il _hèt_.
Dans ses autres temps et personnes, le verbe _haïr_ conserve l’orthographe et la prononciation de l’infinitif.
HALBRAN.
ORTH. VIC. C’est un ragoût de _halebrans_. ORTH. CORR. C’est un ragoût d’_albrans_.
Par suite d’une inattention assez singulière, l’Académie écrit ce mot, dans son dictionnaire, de deux façons différentes; d’abord sans _h_ et ensuite avec un _h_, et un _h_ aspiré, qui plus est. Feydel fait sur ce mot la remarque que ni l’une ni l’autre de ces deux orthographes n’est bonne, et que l’on doit écrire _alebrand_. Feydel ne donne malheureusement pas la raison sur laquelle s’appuie son opinion; la nôtre est fondée sur l’étymologie (gr. _alibrentos_) donnée par Ménage, qui cependant a écrit _halbran_, contrairement à cette étymologie, par respect sans doute pour l’usage de son temps; et profitant de la latitude que nous donne ici l’Académie, nous nous déclarons pour _albran_.
HANOVRE.
PRONONC. VIC. Rue _d’Hanovre_. PRONONC. CORR. Rue _de Hanovre_.
Le _h_ de _Hanovre_ est aspiré, conformément à l’étymologie. On ne dit pas: _l’Hanovre_ est sous la domination anglaise, mais _le Hanovre_ etc.
HARIA.
LOCUT. VIC. Dieu! quel _haria_! LOCUT. CORR. Dieu! quel _casse-tête_!
_Haria_ est un barbarisme.
HARNOIS.
ORTH. VIC. Ces _harnois_ sont beaux. ORTH. CORR. Ces _harnais_ sont beaux.
M. Ch. Nodier est certainement dans l’erreur lorsqu’il prétend que ce mot a été reconquis par l’ancienne prononciation, qui donnait à la diphthongue _oi_ le son qu’elle a retenu dans le mot _loi_. Qu’il consulte l’usage; en grammaire, a-t-il dit, l’usage a toujours raison.
HASARD.
PRONONC. VIC. C’est un jeu _d’hasard_. PRONONC. CORR. C’est un jeu _de hasard_.
Le _h_ est aspiré dans toute la famille de ce mot.
HÉBREU.
LOCUT. VIC. La langue _hébreuse_, _hébreue_. LOCUT. CORR. La langue _hébraïque_.
_Hébreu_ ne fait, au féminin, ni _hébreuse_, ni _hébreue_; il est invariable, quant au genre. On est obligé, pour avoir un féminin, d’employer l’adjectif _hébraïque_, des deux genres, et l’on dit alors également la grammaire _hébraïque_, la Bible _hébraïque_, le rit _hébraïque_.
HÉMISPHÈRE.
LOCUT. VIC. L’_une_ et l’autre _hémisphère_. LOCUT. CORR. L’_un_ et l’autre _hémisphère_.
Le prépositif _hémi_, joint à _sphère_, n’avait aucun droit de changer le genre de ce dernier substantif; il y a ici pur caprice de la part de l’usage mais ce caprice est consacré. L’auteur des _Omnibus du langage_ attribue donc à tort au mot _hémisphère_ le genre féminin, surtout quand il s’autorise de l’Académie qui le fait masculin.
HÉMORRHAGIE.
ORTH. ET LOCUT. VIC. C’est une _hémorrhagie_ de sang. ORTH. ET LOCUT. CORR. C’est une _hémorragie_.
Une _hémorragie_ étant une perte de sang, l’adjonction de ces deux derniers mots à _hémorragie_ forme un véritable pléonasme.
L’Académie a supprimé le _h_ de ce mot. Comme le dit Féraud, cette lettre était inutile.
HENNIR, HENNISSEMENT.
PRONONC. VIC. Il _hanit_ de plaisir. PRONONC. CORR. Il _hennit_ de plaisir.
Wailly, Boiste, Laveaux disent de prononcer _hanir_, _hanissement_. L’usage veut qu’on prononce _hennir_, _hennissement_. M. Ch. Nodier (_Examen crit. des diction._) qui s’attache ici à l’usage, fait la remarque que cette prononciation est à-la-fois étymologique, euphonique et pittoresque. Nous sommes tout-à-fait de son avis.
HENRI.
LOCUT. VIC. La vie _d’Henri IV_. LOCUT. CORR. La vie _de Henri IV_.
On lit dans Mercier (_Hist. de France_, t. III): _Cet Henri VIII_, chef de la confédération contre Louis XII. Ce _t_ a quelque chose qui choque l’usage reçu. Voltaire a-t-il dit _l’Henriade_?
HERMITE.
ORTH. VIC. Un _hermite_. ORTH. CORR. Un _ermite_.
L’Académie (1802) a préféré l’orthographe _hermite_, _hermitage_; et nous ne savons pourquoi. L’étymologie (_eremita_) la repousse. Il est aussi peu raisonnable, abstraction faite de l’usage, d’écrire _hermite_, qu’il le serait d’écrire _hanachorète_.
HÉSITER.
LOCUT. VIC. N’_hésitez pas de_ partir. LOCUT. CORR. N’_hésitez pas à_ partir.
Devant un nom, _hésiter_ demande la préposition _sur_; devant un verbe, il régit _à_. _De_, ajoute Laveaux, serait une faute.
HEURE (A BONNE). _Voy._ BONNE.
HEURE.
LOCUT. VIC. Je l’ai attendu une _heure d’horloge_. LOCUT. CORR. Je l’ai attendu une _heure entière_.
On joint souvent à ce mot des modificatifs que le bon sens condamne. Que signifient par exemple ces locutions: une _heure d’horloge_, une _heure de temps_, une _grande_, une _petite heure_? Toutes les _heures_ ne sont-elles pas égales? Une _heure d’horloge_, comme une _heure de montre_, comme une _heure de temps_, comme une _grande_, comme une _petite heure_, ne vaut toujours que soixante minutes. S’il y a plus ou moins de soixante minutes, ce n’est plus une heure; c’est une heure plus une fraction ou moins une fraction. Les expressions que nous signalons ici sont au reste si ridicules qu’on ne les trouvera jamais employées par les gens, nous ne dirons pas ayant une teinture de grammaire, mais pourvus de quelque justesse d’esprit, qualité essentielle en grammaire, comme en toutes choses, et qui peut quelquefois balancer avec avantage le savoir.
HIATUS.
PRONONC. VIC. Évitez _le hiatus_. PRONONC. CORR. Évitez _l’hiatus_.
L’usage est assez généralement en contradiction avec les dictionnaires pour la prononciation de ce mot. Comme l’aspiration du _h_ est plutôt une tache qu’un ornement de la langue, nous pensons qu’il vaut beaucoup mieux s’en rapporter en cette circonstance aux dictionnaires.
HIDEUX.
PRONONC. VIC. C’est _t’ideux_. PRONONC. CORR. _Cé hideux_.
M. de Pradt a méconnu l’aspiration du _h_ dans ce mot. «Une populace..... assouvit _son hideuse_ faim à bon marché.»
HIER. (_Voy._ AVANT-HIER).
HIER AU MATIN, HIER SOIR.
LOCUT. VIC. Je l’ai vu _hier au matin_, _hier soir_. LOCUT. CORR. Je l’ai vu _hier matin_, _hier au soir_.
Pourquoi, dira sans doute quelque raisonneur, intercaler entre les mots _hier_ et _soir_ l’article contracté _au_, que vous refusez à la première locution? L’analogie n’exige-t-elle pas que la construction de ces deux expressions soit la même? _Épouvanté par le bon sens du maraud_, nous lui répondrons: l’usage le veut ainsi; et franchement nous ne voyons pas qu’on puisse lui faire d’autre réponse sensée, en admettant que celle-ci le soit.
Notre syntaxe veut aussi qu’on dise _demain matin_, _demain au soir_.
HOLLANDE.
LOCUT. VIC. On a reçu des nouvelles _d’Hollande_. LOCUT. CORR. On a reçu des nouvelles _de Hollande_.
Ne dites pas, avec les agens de change, des ducats _d’Hollande_; ni avec les épiciers, du fromage _d’Hollande_; ni avec les marchands de toile, de la toile _d’Hollande_. Quelques grammairiens autorisent, il est vrai, cette prononciation; mais ces grammairiens n’ont certainement pas pesé leur opinion, ou bien peut-être ont-ils voulu, dans ce cas, déférer à l’usage, qui, comme nous venons de le faire voir, est un peu en faveur de ces exceptions. Le principe est excellent, et ce n’est certes pas nous qui le combattrons. Notre observation n’a pour but que d’en blâmer ici l’application, parce qu’elle est absurde, et que l’absurde doit être attaqué partout où il se trouve. MM. Laveaux et Ch. Nodier veulent l’aspiration du _h_ dans ce mot. Comme personne ne dit _l’Hollande_, nous pensons qu’il serait ridicule de vouloir que ce mot, qui n’a jamais qu’une seule signification, pût, selon les phrases, avoir deux prononciations. Soyons conséquens dans nos opinions, c’est le meilleur moyen de leur donner du poids.
HONNEUR.
LOCUT. VIC. _J’ai l’honneur d’être_, avec respect, votre très-humble, etc.
LOCUT. CORR. _Je suis_ avec respect, votre très-humble, etc.
L’emploi abusif que l’on fait souvent de ce mot en style épistolaire, a donné lieu à plus d’une juste critique. Cette phrase par exemple: j’ai _l’honneur_ d’être _avec respect_ votre _très-humble_ et _très-obéissant serviteur_, qui termine tant de lettres, est-elle bien correcte? Nous ne le pensons pas. Qu’on dise: _j’ai l’honneur d’être votre très-humble_, etc.; ou _je suis avec respect votre serviteur_, d’accord. Quant à la première phrase, elle est évidemment entachée de pléonasme. Est-il possible en effet d’être le _très-humble_ et _très-obéissant serviteur_ de quelqu’un sans avoir pour lui du _respect_? Et puis comment dire à un homme, sans le connaître parfaitement, qu’en le respectant on se fait de _l’honneur_ à soi-même? N’est-ce pas se montrer à peu près aussi obséquieux que ce provincial à qui un homme de qualité demandait: Avez-vous vu mes chevaux? et qui répondit: Oui, Monsieur, j’ai eu cet _honneur_-là? Nous savons qu’il y a certains hommes à qui des témoignages de respect de notre part font peut-être moins d’honneur qu’ils ne nous en font à nous-mêmes; mais ces hommes-là sont si rares que nous ne craignons pas d’avancer que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des formules: _j’ai l’honneur d’être avec respect votre très-humble_, etc., sont tout-à-fait déplacées, et ne peuvent être regardées que comme le produit de l’irréflexion, de l’habitude ou de l’adulation.
On ne manquera pas, nous le savons, pour réfuter notre opinion, de nous dire que ces formules sont de vains complimens qui ne tirent nullement à conséquence. Nous répondrons que l’homme franc et réfléchi n’écrit jamais que ce qu’il pense, et que lorsqu’il témoigne, même en paroles, à un autre homme, de quelque rang qu’il soit, un respect qui touche aux bornes qu’il doit avoir entre hommes, il veut au moins être sûr que ce respect est bien mérité.
HORLOGE.
LOCUT. VIC. _Un bel horloge_. LOCUT. CORR. _Une belle horloge_.
«Les méridionaux disent _un bel horloge_; ils pèchent contre l’usage. _Horologium_, neutre, donne le masculin; mais les horlogers n’ont pas fait attention à l’étymologie; ils n’ont vu dans l’_horloge_ qu’une _grosse montre_, et ils ont fait _horloge_ du féminin.» (DOMERGUE, _Manuel des étrangers_, etc.)
HOROSCOPE.
LOCUT. VIC. Faites _une horoscope_. LOCUT. CORR. Faites _un horoscope_.
HUGUENOT.
PRONONC. VIC. On chassa _l’huguenot_. PRONONC. CORR. On chassa _le huguenot_.
Le _h_ est aspiré dans ce mot. L’auteur de l’Essai historique sur Clément Marot s’est trompé en écrivant: «Mais, rappelé dans sa patrie, purifié par une abjuration solennelle de cette doctrine diabolique qui ordonnait de prier Dieu en français (la doctrine de Calvin) et de ne pas partager ses biens avec le pape, ce monstre, _cet huguenot_ abominable, lorsqu’il fut rentré en faveur à la cour, redevint un bon chrétien, un homme estimable, un poète distingué.» (Œuv. de Clém. Marot; _Paris_, Dondey-Dupré. 3 v. in-8º.)
HUSSARD, HUZARD, HOUSSARD, HOUZARD.
LOCUT. VIC. Le 1er régiment de _hussards_, de _huzards_, de _houssards_.
LOCUT. CORR. Le 1er régiment de _houzards_.
De ces quatre orthographes la première et la dernière sont les seules qui soient bien usitées. Nous ferons remarquer que la dernière semble devoir être préférée, par la raison qu’elle est adoptée par les militaires, surtout par ceux qu’elle désigne spécialement, et qu’elle a de plus l’avantage de conserver les traces de son étymologie. La _houze_, en vieux français, était la guêtre, selon quelques auteurs, et la botte, selon d’autres, que mettait l’homme de guerre. Se _houzer_ signifiait donc se chausser. On disait aussi _houzeau_ pour _houze_, comme on peut le voir par ce vers de La Fontaine:
Mais le pauvret, ce coup, y laissa ses _houseaux_.
(_Fable 23_, liv. XII.)
Le mot _hussard_ a pour lui l’autorité de l’usage écrit; l’Académie dit _hussard_, et tous les dictionnaires l’imitent. L’usage parlé est pour _houzard_; or ce dernier usage est évidemment le plus ancien: c’est donc au premier de céder; et nous croyons réellement qu’il en viendra là un jour.
HUSTUBERLU.
LOCUT. VIC. Vous êtes un _hustuberlu_. LOCUT. CORR. Vous êtes un _hurluberlu_.
L’Académie donne ce mot comme adverbe, comme adjectif, et comme substantif. Ce n’est guère que comme adjectif et surtout comme substantif, qu’on l’emploie ordinairement. Trévoux écrit _hurlubrelu_.
HYMEN.
PRONONC. VIC. Le jour de l’_hymenne_. PRONONC. CORR. Le jour de l’_hymein_.
(_Voy._ EXAMEN.)
HYMNE.
LOCUT. VIC. { De _belles hymnes républicaines_. { Les _beaux hymnes_ de Santeuil.
LOCUT. CORR. { De _beaux hymnes républicains_. { Les _belles hymnes_ de Santeuil.
_Hymne_ est féminin en parlant des _hymnes_ de l’église; partout ailleurs il est masculin.
ICI.
LOCUT. VIC. Cette maison _ici_. LOCUT. CORR. Cette maison-_ci_.
Du temps de Vaugelas, _ici_ se joignait correctement à un substantif.
Aujourd’hui c’est une faute assez grossière de parler ainsi.
IDEM, IBIDEM, ITEM.
PRONONC. VIC. _Idin_, _ibidin_, _itin_. PRONONC. CORR. _Idemme_, _ibidemme_, _itemme_.
_Idem_ signifie le même, la même chose, _ibidem_, dans le même lieu, _item_, de plus.
IDOLE.
LOCUT. VIC. Votre _idole_ est _détruit_. LOCUT. CORR. Votre _idole_ est _détruite_.
_Idole_ est féminin, malgré La Fontaine:
Jamais _idole quel qu’il_ fût.....
(_Fables_, liv. IV, f. VIII.)
et malgré Corneille:
Et Pison ne sera qu’_un idole_ sacré.
(_Othon_, act. III, sc. 1.)
«L’étymologie, dit Ménage (_Rem. sur Malherbe_), favorise l’opinion de M. Corneille; mais l’usage, qui est l’arbitre souverain des langues, est contraire à son opinion.»
IGNOMINIE.
PRONONC. VIC. L’_ignomignie_ de l’esclavage. PRONONC. CORR. L’_ignominie_ de l’esclavage.
Les personnes qui prononcent mal le mot _ignominie_, et elles sont assez nombreuses, n’ont probablement jamais remarqué avec quels mots nos poètes le font rimer. Voici quelques vers que nous citons pour leur en faire connaître et retenir la véritable prononciation.
L’innocente équité, honteusement bannie, Trouve à peine un désert où fuir l’_ignominie_.
(BOILEAU.)
Ennemi des Romains et de leur tyrannie, Je n’ai point de leur joug subi l’_ignominie_.
(RACINE.)
ILLISIBLE, INLISIBLE.
LOCUT. VIC. { Ce manuscrit est _inlisible_. { Un auteur de romans _illisibles_.
LOCUT. CORR. { Ce manuscrit est _illisible_. { Un auteur de romans _inlisibles_.
Ce qui n’est pas lisible peut être _illisible_ ou _inlisible_. S’il est question de caractères d’écriture qu’on ne puisse pas déchiffrer, on doit dire: _cette lettre est illisible_; mais s’il s’agit d’un ouvrage dont on ne peut supporter la lecture à cause des défauts qu’on y remarque, on dira: _ce livre est inlisible_. Tel est, sur ce point, le sentiment de nos meilleurs grammairiens, au nombre desquels nous citerons M. Ch. Nodier. Cependant Laveaux (_Dict. des diff._), rapporte les deux exemples suivans, où chacun de ces adjectifs est employé dans une signification toute contraire à celle que nous venons d’établir. «Sa main ne forma que des caractères _inlisibles_. (VOLT. _Histoire de Russie_). Pourquoi ces hommes n’ont-ils fait que d’_illisibles ouvrages_? (LAHARPE, _Cours de litt._).» Cette double autorité embarrasse quelque peu la solution de la question; mais sans examiner si l’on ne pourrait pas y voir aussi une double distraction, reconnaissons la nécessité d’établir une différence de valeur entre les deux mots _illisible_ et _inlisible_, et tenons-nous-en à celle que nos grammairiens ont établie, savoir: qu’_illisible_ s’applique exclusivement à l’écriture, et _inlisible_ au style. _Illisible_ étant d’une formation régulière et parfaitement en analogie avec nos privatifs _illégal_, _illicite_, _illégitime_, _illettré_, etc., doit être préféré dans la signification directe d’_impossible à lire_; _inlisible_, au contraire, de formation bâtarde et détournée, convient mieux dans la signification d’_ennuyeux à lire_, qui n’a pu être donnée que par extension au privatif de l’adjectif _lisible_.
IMITER.
LOCUT. VIC. _Imitez_ ce sublime _exemple_. LOCUT. CORR. _Suivez_ ce sublime _exemple_.
On _imite_ une _exemple_ d’écriture; on _suit_ un _exemple_ de conduite.
On _imite_ une _exemple_ d’écriture, parce qu’en la copiant on tâche d’en reproduire, le plus exactement possible, tous les traits; on _suit_ un _exemple_ de courage, de vertu, etc., parce qu’on ne peut chercher à copier toutes les circonstances de l’action de courage, de vertu, etc. Il n’y a réellement pas ici _imitation_, mais _émulation_.
Nous savons que plusieurs de nos bons auteurs ont employé cette locution, mais cela ne change absolument rien à sa valeur, et ne peut prouver autre chose sinon qu’ils ne l’avaient pas bien examinée avant de s’en servir.
IMMANQUABLE.
PRONONC. VIC. C’est _in-manquable_. PRONONC. CORR. C’est _im-manquable_.
Faites sentir les deux _m_, par analogie avec tous les mots commençant par _imm_: _immaculé_, _immatérialité_, _immatriculer_, _immédiat_, etc.
IMMINENT (_Voy._ÉMINENT.)
IMPARDONNABLE.
LOCUT. VIC. Cet homme est _impardonnable_. LOCUT. CORR. Cet homme est _inexcusable_.
Nous pensons, comme la Grammaire des grammaires, que l’adjectif _impardonnable_ ne doit pas plus s’appliquer aux personnes que les adjectifs _pardonnable_, _reprochable_, et _irréprochable_, par la raison qu’on ne dit pas _pardonner quelqu’un_ ni _reprocher quelqu’un_. Laveaux, qui convient qu’on ne peut pas dire _un homme pardonnable_, _un homme reprochable_, autorise cependant les locutions _homme impardonnable_, _homme irréprochable_. Cette inconséquence manifeste nous surprend beaucoup de la part d’un grammairien si judicieux. C’est qu’il n’a consulté que l’usage, où il aurait dû consulter la raison.
IMPERSONNEL.
LOCUT. VIC. _Pleuvoir_ est un verbe _impersonnel_. LOCUT. CORR. _Pleuvoir_ est un verbe _unipersonnel_.
Lorsqu’on veut désigner un verbe qui n’a qu’une personne, c’est _unipersonnel_ qu’on doit dire. _Impersonnel_ signifie: sans aucune personne; _unipersonnel_ signifie: qui n’a qu’une personne. Ainsi, pour faire voir la différence qui existe entre _impersonnel_ et _unipersonnel_, nous ajouterons que _falloir_ est un verbe _unipersonnel_, puisqu’il n’a que la troisième personne de chaque temps, et que _sourdre_ est un verbe _impersonnel_ puisqu’il n’a aucune personne, ne pouvant être employé qu’à l’infinitif, selon toutes les grammaires et tous les dictionnaires modernes. Nous remarquerons ici que _sourdre_ est peut-être le seul verbe _impersonnel_ qui existe maintenant dans notre langue.
IMPOSER.
LOCUT. VIC. { Son air vénérable _en impose_. { Parlez franchement; n’_imposez_ pas.
LOCUT. CORR. { Son air vénérable _impose_. { Parlez franchement; n’en _imposez_ pas.