Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

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DICTIONNAIRE CRITIQUE ET RAISONNÉ DU LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX.

IMPRIMERIE DE H. FOURNIER, RUE DE SEINE, N. 14.

DICTIONNAIRE CRITIQUE ET RAISONNÉ DU LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX;

OUVRAGE POUVANT SERVIR DE COMPLÉMENT AU DICTIONNAIRE DES DIFFICULTÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE, PAR LAVEAUX;

PAR UN ANCIEN PROFESSEUR.

«En fait de grammaire, l’exposition des fautes est plus utile que celle des préceptes.»

(SABATIER, _Trois siècles de la Litt. française_.)

«Il ne faut qu’un mauvais mot pour se faire mépriser dans une compagnie, pour décrier un prédicateur, un avocat, un écrivain. Un mauvais mot, parce qu’il est aisé à remarquer, est capable de faire plus de tort qu’un mauvais raisonnement, dont peu de gens s’aperçoivent, quoique cependant il n’y ait nulle comparaison de l’un à l’autre.»

(GIRAULT-DUVIVIER, _Gramm. des Gramm._, t. II, art. _Usage_, édit. de 1812.)

PARIS, CHEZ AIMÉ ANDRÉ, LIBRAIRE, RUE CHRISTINE, Nº 1.

1835.

PRÉFACE.

S’il est une étude d’une indispensable nécessité c’est bien certainement celle de la langue maternelle. Les meilleurs esprits en ont toujours proclamé la haute importance.

Et cependant, que de gens ne voyons-nous pas tous les jours chercher à faire étalage de science littéraire, à qui nous pourrions avec raison adresser le reproche d’ignorer les rudimens de cette science: la grammaire. Hommes imprévoyans, ils veulent élever l’édifice de leur renommée, sans avoir songé à sa base! Ils ambitionnent notre admiration, et ils n’ont pas su prendre le soin d’éviter d’abord le ridicule, qui, sur notre moqueuse terre de France, fait des blessures dont on guérit si rarement. Oui, tout homme qui estropiera la grammaire, ne devra jamais se flatter d’exercer une grande influence intellectuelle sur ses concitoyens. Il verra, avec amertume, malgré toute son éloquence, le rire dédaigneux effleurer les lèvres de ses lecteurs ou de ses auditeurs, et détruire peut-être le germe d’une pensée utile ou généreuse, qui, ornée d’une phrase correcte, eût laissé un ineffaçable et fécond souvenir. Cet homme dira sans doute que notre futilité nous fait en cette circonstance sacrifier l’accessoire au principal, la grammaire n’étant réellement autre chose que l’art de présenter les idées; et cet homme n’aura pas tout-à-fait tort. Mais ne pourrait-on pas aussi lui répondre: en thèse générale, l’homme seul qui a fait des études est apte à instruire ses semblables, parce que ces études ont dû lui donner de bonne heure l’habitude de la réflexion. Or, quelles études avez-vous donc faites, vous qui ne savez même pas vous exprimer correctement dans la langue de votre pays? Vous avez une science spéciale, direz-vous, entièrement en dehors des connaissances grammaticales. D’accord; soyez même un homme de génie, nous n’y voyons pas d’obstacle, mais vous n’en aurez pas moins établi contre vous une prévention fâcheuse qui aura frappé votre carrière, à son début, d’un coup dont elle pourra se ressentir toujours; car malgré les plaisanteries dont on poursuit quelquefois les grammairiens, ne dit-on pas tous les jours, en parlant de quelqu’un dont on veut caractériser l’ignorance: _Il ne sait même pas le français!_ Humiliante réflexion! qui, au reste, ne paraît pas exercer une grande influence sur bon nombre de nos auteurs contemporains, qui, se croyant bien vengés en rendant mépris pour mépris, s’écrient emphatiquement: L’étude de la grammaire dessèche l’esprit! Eh! messieurs, soyez plus francs; dites donc que la paresse vous empêche de vous livrer à un travail qui vous paraît d’ailleurs inutile, parce que l’argent des désœuvrés, seul objet de vos frivoles et éphémères travaux, arrive malgré cela dans votre bourse, ou bien convenez que vous cédez à la honte d’apprendre dans un âge mûr ce que vous eussiez dû savoir à votre entrée dans le monde. De bonne foi, croyez-vous que la grammaire ait desséché l’esprit de La Fontaine, qui se plaisait tant à la discuter, de Boileau, qui l’avait étudiée d’une manière si approfondie; de Voltaire, qui s’en est si souvent occupé dans ses ouvrages; de Dumarsais, qui en avait fait l’objet des investigations habituelles de son esprit, et qui cependant écrivait sur des matières philosophiques avec tant de puissance de raisonnement et de chaleur entraînante; de Malherbes, qui nous a laissé des commentaires estimés sur Desportes; de Marmontel, de Condillac, qui ont fait chacun une grammaire, etc.; et, parmi nos contemporains, MM. Ch. Pougens, Raynouard, Ch. Nodier, etc., n’ont-ils donc pas prouvé que l’imagination la plus riche pouvait parfaitement s’allier à l’érudition grammaticale. La grammaire dessèche l’esprit! Telle a été jusqu’à présent la sotte excuse mise en avant par les écrivains ignorans à qui la critique reprochait leurs solécismes ou leurs barbarismes. Nous venons de prouver combien cette assertion est fausse, et nous pensons qu’on ne doit réellement voir, dans tout littérateur incorrect, qu’un écolier qu’il faut renvoyer sur les bancs de l’école qu’il a quittés prématurément. Apprenez, lui dirons-nous, la langue universelle que les étrangers étudient avec tant d’ardeur; la langue que les Racine, les Boileau, les Montesquieu, les Buffon, les Voltaire, ont approfondie sans en devenir plus secs; apprenez-la en lisant leurs ouvrages, et si, après avoir achevé cette étude, il se trouve que votre esprit, desséché dans cet intervalle, ne vous permette pas d’aller plus loin dans la carrière littéraire, résignez-vous au silence. Ce sera sans doute un malheur pour vous, comme c’en est un pour le propriétaire du champ qu’une première récolte a épuisé. Mais qu’y faire? le public ne manquera pas pour cela d’auteurs qui, tout en étudiant leur langue avec tout le soin qu’elle exige, sauront encore après trouver dans leur génie, ou les grandes pensées qui instruisent, ou les récits animés et gracieux qui amusent, et qui, pour être rendus avec correction, n’en seront certainement pas plus dédaignés par personne.

Ces réflexions, nous les avons faites de bonne heure, et c’est, pénétré de leur importance, que nous nous sommes livré aux études grammaticales, par raison d’abord, ensuite par état, et enfin, nous aurons le courage de l’avouer, par pur amusement. Mais que de peines n’avons-nous pas quelquefois éprouvées pour résoudre des questions assez importantes qui se présentaient à notre esprit! Que de fois, après avoir feuilleté minutieusement un grand nombre d’ouvrages spéciaux, n’avons-nous pas été douloureusement obligé d’ajourner la solution de nos problèmes! Oh! que nous eussions alors accepté avec reconnaissance un livre qui, consciencieusement fait, concis et peu coûteux, eût abrégé nos études et ménagé notre bourse! Mais il n’existait pas; et c’est en mémoire de notre temps perdu dans des recherches longues, pénibles et souvent stériles, et dans le but d’en affranchir ceux qui désirent étudier particulièrement leur langue, que nous nous sommes décidé à publier le travail que nous offrons aujourd’hui au public.

Plusieurs ouvrages, se proposant le même but que le nôtre, ont déjà paru à différentes époques; aucun de ces ouvrages, esprit de rivalité à part, ne nous a semblé tout-à-fait satisfaisant. Voilà pourquoi nous écrivons. Il n’est pas, bien entendu, question ici du Dictionnaire des Difficultés de la langue française, par Laveaux. Peu de livres de grammaire ont mérité et obtenu autant d’estime que celui-là. L’auteur a su, par d’immenses recherches, présenter en un seul faisceau les remarques les plus judicieuses éparses dans une foule de traités, dédale obscur où peut seul pénétrer avec fruit le compilateur patient et instruit. Mais l’érudition n’a pas été le seul mérite du laborieux écrivain que nous venons de citer. Un jugement sain, un esprit délicat, l’ont presque toujours guidé dans le choix de ses matériaux, et au lieu de faire comme la plus grande partie des grammairiens, ou plutôt des grammatistes, selon l’expression de Dumarsais (_Encycl. méth._, art. GRAMMAIRE), qui se sont spécialement occupés de l’orthologie, un recueil d’observations que le goût n’a certainement pas discutées, Laveaux a fait un travail presque complet dans son genre, et surtout un travail consciencieux. Ce n’est donc pas avec la prétention de refaire son ouvrage que nous avons écrit, c’est uniquement pour suppléer à ce qu’il a omis, parce que cela n’entrait pas tout-à-fait dans son plan. Nous voulons en un mot faire le contraire de ce qu’il a fait. Laveaux a dit ce qu’on doit dire; nous dirons, nous, ce qu’on ne doit pas dire. Laveaux s’est adressé aux gens déjà instruits, aux gens que le désir d’apprendre ne détourne pas de la lecture ardue d’un long article de grammaire en petit-texte, et à deux colonnes; nous, au contraire, nous écrivons généralement pour les gens peu instruits (et qu’on ne s’y trompe pas, cette désignation comprend également des gens de toutes les classes de la société), pour ceux qu’une lecture de quelques minutes, sur un sujet grammatical, fatiguerait bientôt, qui veulent de l’instruction, mais de l’instruction mâchée, pour ainsi dire, et qui désirent, en consultant le livre qu’ils auront choisi pour guide, pouvoir trouver le mot qu’ils cherchent, orthographié comme ils ont l’habitude de l’orthographier (ou plutôt de le _cacographier_), et, de plus, une opinion succinctement émise sur la valeur de ce mot.

Nous avons eu, en relevant les fautes de langage, un double écueil à éviter. Signalons-nous une locution que les gens instruits reconnaissent tous pour vicieuse, comme _il a s’agi_, _il s’est en allé_, _c’est une somme conséquente_, ces gens s’écrient aussitôt: Mais personne ne dit cela. Signalons-nous, au contraire, une expression mauvaise, mais usitée généralement, comme _demander des excuses_, _observer à quelqu’un_, _se rappeler d’une chose_, _vessicatoire_, etc., ces mêmes gens nous disent alors: Mais tout le monde dit cela! Malheureusement les gens peu instruits sont précisément les plus nombreux; c’est donc à eux que nous avons dû nous adresser. Dans le but de leur être utile, nous ne nous sommes pas arrêté aux objections que quelques expériences déjà tentées nous ont fait juger devoir s’élever, et nous avons poursuivi notre tâche en frondant également et les locutions, sinon positivement triviales, du moins voisines de la trivialité, et celles qui, plus ambitieuses, se sont glissées dans la bonne compagnie, au barreau, à la tribune nationale, et ont même su trouver la protection de noms littéraires bien connus, malgré le vice dont elles étaient entachées. Et pouvions-nous procéder autrement? Était-il même possible que notre livre ne s’adressât pas à tout le monde? Comment faire un ouvrage dont le degré de science fût à la portée du degré d’instruction de chaque lecteur? Il est certain que, si telle personne le trouve trop savant pour elle, telle autre ne le trouvera pas assez. Placé dans cette alternative de blâme, nous avons pensé que, puisqu’il nous était absolument impossible de l’éviter, nos efforts ne devaient désormais tendre qu’au plus d’utilité générale, et dès lors nous nous sommes décidé à signaler toutes les locutions vicieuses usitées par les différentes classes de la société. Toutefois il est un reproche que nous n’avons pas voulu encourir justement, c’est celui de nous appesantir sur des fautes tellement grossières, qu’elles ne puissent être faites que par des personnes absolument privées de toute instruction, et ce n’est effectivement pas pour ces personnes-là que nous avons écrit. Quand nous avons relevé ces fautes-là, ce n’a été qu’en courant, pour ainsi dire.

Nous affirmons, du reste, que les fautes les plus graves que nous ayons signalées, ont été faites devant nous, dans le cours de plusieurs années, consacrées aux observations dont nous publions aujourd’hui le résultat, par des personnes passablement lettrées, ou qui du moins paraissaient l’être.

Nous avons eu lieu de faire à ce sujet une remarque qui ne sera pas, nous le pensons, dépourvue d’intérêt pour quelques-uns de nos lecteurs; c’est que presque toutes les fautes que fait aujourd’hui la partie la plus ignorante du peuple, et que les compilateurs de locutions vicieuses traitent dédaigneusement de barbarismes ou de solécismes, sont tout bonnement des archaïsmes; c’est-à-dire que cette partie du peuple qui se trouve, pour ainsi dire, hors la loi grammaticale, a fait subir à la langue beaucoup moins d’altérations que l’autre partie qui possède l’instruction. Le bas langage est en effet plein de mots qui appartiennent au vieux français, et qui nous font rire lorsque nous les entendons prononcer, parce que notre manque de lecture des anciens auteurs ne nous permet de voir dans ces expressions que des mutilations ridicules, où, plus instruits, nous retrouverions des débris de notre vieil idiôme. Il arrive par là qu’en croyant rire de la bêtise de nos concitoyens illettrés, ce qui n’est pas fort généreux, nous ne faisons, le plus souvent, que nous moquer de nos aïeux, ce qui n’est pas trop bienséant.

Nous avons si souvent mis à contribution les écrits de nos meilleurs philologues modernes, que nous nous faisons un devoir et un plaisir de leur offrir ici notre tribut de profonde reconnaissance. Notre livre n’étant après tout qu’une compilation, nous n’avons pas eu le sot amour-propre de ne donner à nos lecteurs que des articles rédigés par nous. Toutes les fois qu’une opinion nous a paru bien motivée et bien rendue, nous n’avons jamais hésité à en faire usage, en prenant constamment le soin scrupuleux, et nous ajouterons fort rare chez nos confrères, d’accoler au passage emprunté le nom de son auteur. Nos lecteurs ne pourront certainement que gagner à cela, puisque, de cette manière, ce sera presque toujours de nos plus savans grammairiens qu’ils recevront des leçons.

Il nous reste maintenant à dire un mot sur l’esprit philosophique de notre ouvrage; c’est celui du progrès, mais d’un progrès bien entendu, c’est-à-dire judicieux et graduel, et qui ne ressemble nullement à celui qu’un grammairien de beaucoup de mérite d’ailleurs a naguère tenté sans succès. La société ne court heureusement aucun danger par les retards apportés à la réforme de l’édifice grammatical. Rien ne nous presse; hâtons-nous donc lentement, mais au moins travaillons-y, et n’imitons pas ces grammairiens qui,

Au char de la Raison, attelés par derrière,

font tous leurs efforts pour nous maintenir dans un chaos qui leur est sans doute nécessaire pour briller du seul éclat qu’ils puissent jamais espérer: celui de l’érudition, et qui sentent fort bien que leurs facultés intellectuelles ne sont pas destinées à s’élever au-dessus de la mémoire. Ce sont ces grammairiens qui jadis proclamaient qu’on devait prononcer _aneau_, manger un quartier d’_aneau_, lorsqu’il est question de la viande de l’animal mort, et _agneau_ seulement lorsqu’on parle de l’animal vivant; qu’on devait prononcer _froid_, _froa_, dans le style soutenu, et _frè_, dans le style familier; qui, aujourd’hui, veulent qu’on écrive _verd_ par un _d_, quand ce mot a rapport à l’agriculture, et par un _t_, quand il n’y a pas rapport, et qui s’efforcent de nous faire dire _un froid automne_, parce que l’adjectif est avant le substantif, et _une automne froide_, parce que l’adjectif est après. Faire justice de pareilles niaiseries nous a semblé une chose si naturelle, que nous ne nous sommes même pas arrêté à la pensée que personne de sensé pourrait nous en adresser le moindre reproche.

Les grammairiens modernes, vraiment dignes de ce nom, ont tous adopté déjà cet esprit de réforme auquel nous avouerons que nous nous sommes laissé aller avec d’autant plus de plaisir, que, cette voie ayant été frayée par de grands talens, nous n’avons pas craint de nous y égarer. C’est, dit-on, dans cet esprit qu’est conçue la rédaction du Dictionnaire que l’Académie va bientôt livrer à notre impatiente curiosité. Heureux gouvernement que celui des lettres, où les chefs sont aussi les sincères partisans des réformes!

ERRATA.

Pag. Lig. _Au lieu de_ _lisez_:

13 17 aiguiézée, aiguisée aiguière, aiguiérée. 19 10 raisonner résonner. 21 21 17ᵉ siècle 16ᵉ siècle. 22 23 grammariens grammairiens. 26 4 les Espagnols _ambrosia_ les Espagnols _ambrosía_. 43 22 que nous asseyions que nous nous asseyions. 58 13 seconde second _e_. 65 1 eudêver endêver. 69 5 en mouillant sans mouiller. 104 12 suivie suivi. 108 26 _Plut. Marcus Crassus_ _Marcus Crassus_.

110 7 (_et suiv._) _Plus qu’à demi mort_, _plus qu’à moitié mort_ etc., mais _plus d’à demi mort_, _plus d’à moitié mort_, lisez: _plus d’à demi mort_, _plus d’à moitié mort_, etc., mais _plus qu’à demi mort_, _plus qu’à moitié mort_. (Voyez PLUS).

135 27 laquelle lequel. 166 26 _aru_ _dru_. 233 25 marce marche. 272 9 _andin_ _andain_. 323 19 contraire contraires. 336 27 invariable variable. 354 14 _rebaiffde_ _rebiffade_. 372 25 DE COURVAL, sonnet sat. DE COURVAL-SONNET, Sat. 381 5 d’une de. 382 20 dant dont. 393 12 l’on en tire l’on n’en tire. 397 27 qualification qualificatif. 415 3 _sybillin_ _sibyllin_.

DICTIONNAIRE CRITIQUE ET RAISONNÉ DU LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX.

A.

{ Sept ôtés de dix, reste _à_ trois. LOCUT. VIC. { Onze _à_ douze femmes. { Le fils _à_ Guillaume. { Agissez de manière _à ce_ qu’on vous loue.

{ Sept ôtés de dix, _reste trois_. LOCUT. CORR. { Onze _ou_ douze femmes. { Le fils _de_ Guillaume. { Agissez _de manière qu’on_ vous loue.

--Boileau a dit:

Cinq et quatre font neuf, ôtez deux reste sept.

C’est comme s’il y avait: _il reste sept_; ce qui prouve que la préposition _à_ est ici complètement inutile.

--_A_ ne doit pas se prendre indifféremment pour _ou_ dans cette phrase: _il y avait sept à huit femmes_, «phrase recueillie, dit Domergue, par nos dictionnaires, et désapprouvée par le bon sens. On dit avec raison _de sept à huit heures, allant_ de sept à huit heures, parce que huit heures est le terme où aboutit l’action d’aller; il y a un espace à parcourir; il y a des fractions d’heure; mais de la septième femme à la huitième il n’y a point d’espace; on ne conçoit pas des fractions de femme; il faut opter entre sept et huit, et dire _sept ou huit femmes_.» (_Solutions grammat._)

--_Le fils à Guillaume_ est une mauvaise locution, en ce que le rapport d’origine doit être marqué par la préposition _de_ et non par la préposition _à_. Autrefois ce rapport était indiqué indifféremment par _à_ ou par _de_; on se passait même de préposition.

Ung Gilles de Bretaigne Nepveu _au_ roi Charlon, Veiz-je par mode estrange Estrangler en prison.

(JEHAN MOLINET.)

Deu le filz Marie. (_Dieu le fils de Marie._)

(_Roman du Renard_, v. 21624.)

Cette manière de parler a été réformée, et ne se trouve plus guère en usage aujourd’hui que parmi les gens dépourvus d’instruction.

«Un jour le marquis de Coulanges, conseiller au Parlement de Paris, rapportant dans une affaire où il s’agissait d’une mare que se disputaient deux paysans, dont l’un se nommait Grappin, s’embrouilla tellement dans le détail des faits qu’il fut obligé d’interrompre sa narration. Pardon, Messieurs, dit-il aux juges, je me noie dans la _mare à Grappin_, et je suis votre serviteur.» (_Glossaire Génevois_.)

Cet exemple n’est pas, comme on le sent bien, une autorité qu’on doive suivre.

--_A ce que_ n’a aucune valeur de plus que la conj. _que_; pourquoi donc remplir le discours de mots superflus en disant _de manière à ce que_ au lieu de dire simplement _de manière que_.

AB HOC ET AB HAC.

PRONONC. VIC. _Abokéabac_. PRONONC. CORR. _Abokètabac_.

Prononcez _et_, dans une locution latine, comme un mot latin et non comme un mot français.

ABIMER.

LOCUT. VIC. Vous avez _abîmé_ mon habit. LOCUT. CORR. Vous avez _gâté_ mon habit.

Quand on dit: _Lisbonne fut abîmée par un tremblement de terre_; _Don Juan fut abîmé à cause de ses crimes_; _cet homme était abîmé dans ses douloureuses réflexions_, on s’énonce purement: _abîmer_, dont la signification est grave, est fort bien placé dans ces phrases; mais lorsqu’on se sert de ce verbe pour dire qu’une robe a été salie ou un habit gâté, on ne fait plus qu’une ridicule hyperbole. En langage correct, un habit _abîmé_ n’est autre chose qu’un habit tombé dans un abîme. Le Dictionnaire de l’Académie (édit. de 1802) donne la phrase d’exemple suivante: _Ce meuble est abîmé de taches_. Nous ne voyons là qu’une erreur, attendu que l’usage de nos bons écrivains, et le sentiment de nos meilleurs grammairiens sont opposés à cette manière de parler.

ABOUTONNER.

LOCUT. VIC. _Aboutonnez_ votre habit. LOCUT. CORR. _Boutonnez_ votre habit.

Les Italiens disent _abbotonare_ pour boutonner. C’est probablement de ce verbe que nous sera venu le verbe _aboutonner_, que Féraud qualifie de barbarisme, et qu’il serait certainement plus juste et plus poli de nommer un italianisme.

ABSYNTE.

LOCUT. VIC. Je bus un peu d’_absynte_ vert. LOCUT. CORR. Je bus un peu d’_absinthe_ verte.

«Il est peu de mots, dit l’abbé Féraud, qui aient été écrits de plus de manières différentes: _absinte_, _absinthe_, _absynthe_, et même _apsinthe_. Ce dernier est de M. Ménage et le plus mauvais de tous. Aujourd’hui l’on n’a à choisir qu’entre _absynthe_ et _absinthe_; l’Académie s’est déclarée pour le dernier, et avec raison; car pourquoi cet _y_? ce n’est pas pour l’étymologie; elle lui est contraire: _absinthium_.

«Selon Malherbe, _absinthe_ est masculin et féminin. Vaugelas le fait toujours masculin. Aujourd’hui il est constamment féminin.» (_Dict. crit._)

Domergue pense qu’on peut dire l’_absinthe amère_ et l’_absinthe amer_. «Je suis, dit-il, également fondé à donner les deux genres à ce mot: le féminin, puisque c’est le bon plaisir des dictionnaires; le masculin, puisqu’ainsi le veut la loi de l’analogie.» (_Manuel des étrangers_, etc.)

ACADÉMICIEN, ACADÉMISTE.

LOCUT. VIC. Vous tirez comme un _académiste_. LOCUT. CORR. Vous tirez comme un _académicien_.

Quelques grammairiens, M. Laveaux entre autres, prétendent que l’on doit donner le nom d’_académiste_ à quelqu’un qui fait partie d’une académie d’armes ou d’équitation, et celui d’_académicien_ à tout membre d’une académie scientifique ou littéraire. Les _académistes_ ne paraissent pas fort disposés jusqu’à présent à reconnaître cette superbe distinction, et franchement, nous pensons qu’un membre d’une académie d’armes ou d’équitation a tout autant de droits à prendre le titre d’_académicien_, si la société à laquelle il appartient est reconnue pour académie, qu’aucun des messieurs qui siègent au palais des Beaux-Arts, et à qui, soit dit en passant, on serait presque tenté d’attribuer l’intention d’établir cette différence entre _académicien_ et _académiste_.