Des bonnes moeurs et honnestes contenances que doit garder un jeune homme, tant à table qu'ailleurs, avec autres notables enseignemens Oeuvre composé premierement en latin par M. Jean Sulpice de Saint-Alban, dit Verulan. Et nouvellement tourné & traduit en rime françoise par paraphrase par M. Pierre Broë practicien de Tournon sur le Rhosne

Part 2

Chapter 23,161 wordsPublic domain

Et si le maistre aucun cas te commande, Soit à porter ou à oster la viande, Ou autre cas qui sera necessaire, Monstre toy prompt, facil & volontaire A le servir d'une chere seraine, Sans refuser aucunement ta peine.

Et s'il usoit à toy d'urbanité Te faisant seoir comme un autre invité, Tu t'assoirras selon sa courtoysie Au lieu qu'il veut ou ta place a choisie.

Si aupres toy est quelque homme apparent, Digne d'honneur, soit, ou non ton parent, Qui te vousist eslargir quelques choses Sur ton tranchoir, que par honte tu n'oses Prendre de luy pour ta disparité, Prens hardiment avec hilarité En luy rendant graces comme honnorable, D'un doux parler & langage amiable.

Et s'il n'y a aupres de toy personne Plus pres du plat que toy qui rien te donne, Il t'est permis d'en prendre honnestement, Touchant la chair à trois doigts seulement, Soit quand au plat la prendras de la main, Ou au tranchoir. Car il est tout certain D'honnesteté seroit chose esloignee, Si de plein poing, tu l'avois empoignee.

D'un autre point je te veux adviser, Aucunes fois on vient à deviser De maints propos en mangeant & beuvant, Et cela vient quasi le plus souvent, Pense si lors seroit chose vilaine Qu'on s'apperceust ta bouche estre pleine, Qu'en toy ne fust science ne pouvoir, De dire mot ne ta langue mouvoir, Il te faut donc manger tout bellement, Sans faire ainsi gros morceaux lourdement, Et les coupper par honneste mesure, Si que au parler ne t'en soit faite injure.

Aussi ne faut mascher des deux costez Pour y avoir doubles morceaux boutez.

Autant est laid, & vaut encores moins, Mettre la viande en la bouche à deux mains.

Et si le plat est plus pres de ta main Qu'à ton second, tu luy seras humain En luy touchant dessus son assiette, Comme pour toy, ou tu sçais qu'il souhaite.

Et s'il advient que tu sois homme riche, Tu ne dois estre en rien eschars ne chiche, Mais liberal, donnant à tes amys Des biens que Dieu en ta puissance à mis. En leur faisant quelquefois bonne chere, Sans t'arrester à quelque chose chere. Et des biens donne aux pauvres de Dieu A ton pouvoir en toute place & lieu: Car Jesus Christ par precept immobile L'a commandé en son sainct Evangile. Revenant dont à noz propos premiers, Jeunes enfans qui seront coustumiers En leur repas faire mainte insolence, Et delaissans honneste contenance Seront blasmez de toutes gens de bien, Comme gourmans qui (brief) ne valent rien. A telles gens qui font Dieu de leur ventre N'appartient point que sustance y entre: Car chacun doit garder honnesteté, Et en tous lieux vivre en sobrieté, Mangeant, beuvant, & prenant nourriture Tant seulement pour contenter nature. L'homme n'est fait simplement pour manger (Qui ne voudroit l'escriture estranger) » Mais au contraire est escrit en maint livre, » Boyre & manger sont ordonnez pour vivre. Qu'en advient il par trop manger & boyre? Male santé, on pert sens & memoire, La teste en deut, l'estomac est debile, Jambes & bras & tout le corps fragile; L'entendement en devient hebeté. Conclusion par telle ebrieté On pert du corps toute convalescence Et de l'esprit la force & la puissance. Evite donc tels malheureux dommages, Et te maintiens comme ceux qui sont sages.

Souvienne toy & prens soigneuse garde De ne verser vin, verjus, ne moustarde, Ny autre cas dessus la nappe blanche Tant peu soit-il qu'il en tombe ou espanche: Autant seroit infame & ridicule Si ta serviette en recevoit macule,

Prens garde aussi à ne maculer point, Sur l'estomac robbe, saye ou pourpoint.

Quand ce viendra à humer ton potage, Quelque broüet ou liquide bruvage, Prendre de sauce, ou ton verre pour boyre, N'oublie point, & je te pri' m'en croyre, De te torcher barbe, menton & bouche, Le nez aussi duquel souvent on touche Dans le vaisseau d'ou l'on vient de humer: Car il te faut entendre & presumer Qu'il y en tient quelque apparence ou goutte, Qui par le nez ou la barbe degoutte: Ce que seroit assez ord & infame A qui que soit autant homme que femme.

Et quand tes mains seront grasses & ointes Ou bien tes dois, du bas jusques aux pointes, De ta serviette adroit les torcheras, Et doigt à doigt bien & beau seicheras Aussi souvent qu'il te semblent mal nettes Sans espargner en ce cas les serviettes.

Ta main ne face au plat grand' demeure, Ny au tranchoir mais la retire à l'heure, Prenant tantost ce que tu voudras prendre, Qu'en ce faisant tu ne sois a reprendre.

En cecy donc tu seras advisé Si tu ne veux en estre desprisé, Prens sobrement ce qu'est de ton cousté, Sans espier le morceau mieux gousté, Ne tournoyer le plat en mainte guise, Car tu serois noté de friandise.

Et si quelcun de celle compagnie, Avant que toy prend la viande ou manie Au mesme plat pour tranchez ou choisir De quelque cas qui luy vient à plaisir, Garde toy bien d'y avancer ta main, Mais attendras comme doux & humain, Jusques à ce qu'il aura du tout faict, En luy donnant bon loysir, s'il te plait, D'avoir couppé ce que luy semble à point Souvienne t'en: & ne t'advienne point Toucher lopin tant soit il desiré Qu'il n'ait sa main de trancher retiré: Mais apres luy prens à ton appetit Ce que tu veux & en tranche petit.

Et si quelcun se monstroit honnorable, Bon escuyer honneste & serviable Qui despeçast & tranchast par lopins Quelques chappons, perdrix, connils, lapins, Ou autre chose estant à table assise, Je te deffens que ta main n'y soit mise Pour atraper quelque lopin d'emblee Sur qui ta langue approche d'estre enflee Jusques à ce qu'il aura tout tranché, Servy chacun, & le tout bien renché: Car c'est à faire à un glouton friant Sot effronté, qui sans honte en riant Vient à voler au plat les bons morceaux Au deshonneur des autres jouvenceaux.

Ne mets jamais les mains dedans ton sein Pour te gratter, ou en faire dessein: Mais t'en abstiens tout au long du repas, Ou les presens ne t'estimeront pas: Car s'on te voit grater & frotiller, Et puis la viande aux doigts esparpiller, On te dira que tu n'es qu'un bejaune, Sot & lourdaut, vilain comme lard jaune.

Tiens toy constant, sans mouvoir ne bransler Jambes ne pieds, ne les hausser en l'air, Dont tu pourrois aux assistans mesfaire: Si tu le fais ils ne se devront taire De te nommer folardeau, inconstant, D'ainsi venir les autres infestant.

Quand tu auras coupé de ton couteau De chair au plat, ou du pain au chanteau, Sur ton tranchoir le te convient hacher, Plustost qu'au dens le casser ou mascher.

Et si tu as dedans ta bouche mis Quelque morceau d'ainsi hacher omis Que tu as mors, entamé & cassé, Et que les dens y ont desja passé, Il ne seroit à toy beau ne honneste, Mais reprouvé de tous ceux de la feste, Le retremper dedans le sauceron, Comme feroit quelque sot biberon.

Et quand ta main cognoistras maculee De saupiquet, de sauce ou d'esculee: Netie la souvent & proprement De ta serviette & non pas autrement: Car tu serois un grand clerc en lourdois S'il t'eschappoit de lescher à tes doigts Quand ils sont gras ou que la sauce y tient.

Encores pis si jamais il t'advient De ronger les os avecques les dens, Comme les chiens affamez & mordans, Ou en tirer de tes ongles la chair: Car ce faisant j'aymerois aussi cher Voir tenir l'os à un oyseau de proye, Qui d'ongle & bec à le tirer s'effroye.

Je ne dis pas que tu jettes les os, Qui sont vestuz de chair derrier' le dos: Mais il les faut gentement netier De ton cousteau ainsi qu'il est metier: Iceux netis comme je t'ay instruit, Jette les bas sous la table sans bruit, Aupres tes pieds sans personne offenser, Qu'il n'ait moyen par courroux te tancer.

Ou s'il y a quelque panier expres, Ou autre cas qui te soit assez pres Pour y serrer tout ce menu bagage, Croustes de pain, pelures de fourmage, Escorce de fruit, comme pommes & poires, Ou tels fatras sur la table notoyres, Assemble tout & mets diligemment Dans ce panier ou quelque autre instrument S'il y en a pour ce cas preparé, Qui ne te soit trop loin ny esgaré.

Mais sçais tu bien qu'on trouveroit estrange (Pour tout certain quand tu serois un Ange, On ne lairroit pourtant t'en blasonner) S'on te voyoit tourner & tastonner La viande aux plats pour choisir & eslire Le glout morceau que ta gueule desire Tastant le tout sans aucune en faillir, Comme qui veut de figues acueillir, Considerant à deux doigts la plus mole: Ou que tu tiens les yeux pour contrerole Sur le lopin du plat qui mieux te plait, Pour en avoir tantost le poin replet: Ne taste donc jamais rien à la main, Et moins assis tes yeux ainsi en vain Sur quelque mets par singularité, De peur qu'aucun soit sur toy irrité: Mais de la piece ou tu mettras ta veuë Sera ta main (& non d'autre) pourveuë.

Ce mot aussi y sera adjousté Ne veuille point regarder de costé Baissant tes yeux de cligner à travers, Pour espier, comme gourmand pervers, Ceux qui seront aupres de toy assis Contrerolant d'oeil vague & mal rassis Ce qu'au trancheoir l'un ou l'autre d'eux couppe, Ou ce que mange aucun de telle trouppe: Si tu le fais tien toy pour intimé, Que tu seras de tous mal estimé.

Mais sçais tu quoy evite tels rumeurs, Regard à toy & pense de tes moeurs.

Quand te prendra de boyre l'appetit, Prens ta serviette & torche un bien petit Tout doucement ta bouche avant que boyre, Ce ne sera presumption ne gloire: Et avoir beu (pour avoir bouche nette) Fais en autant de la mesme serviette, Non pas des mains: car ceux qui le verroient Un grand lourdaut bien sot t'estimeroyent.

Pour boyre donc bien & honnestement, Prens le hanap d'une main seulement, Sinon qu'il fust de pesanteur pareille, Comme celuy qui donna sur l'oreille A Euritus le Centaure inhumain, Que Theseus feit mourir de sa main D'un grand hanap dont tantost rendist l'ame, Pour avoyr prinse & ravie Hippodame: Ou bien qu'il fust de pareille grandeur Que le hanap d'excellente splendeur, Que Dido eut du Roy Belus son pere: En ce cas donc sans aucun vitupere Tu le pourras prendre de tes deux mains Sans point d'offence, avec ce neantmoins Que tu le face en tel civilité Qu'il n'y soit veu aucune nulité. Mais si c'estoit un verre ou autre tasse, Non trop pesant mais de peu d'efficace, Tu le prendras à trois doigts simplement Car à plein poin seroit fait lourdement. Et en beuvant sois constant de tes yeux, Sans les vaguer çà ne là en maints lieux: Mais les tiendras baissez dedans le verre, Comme celuy qui viseroit à terre.

Sur ce point cy je te veux adviser, Qu'il ne te faut longuement deviser, Tenir propos, caqueter ne prescher, Le vin en main: mais t'en faut depécher, Sans detenir la tasse longuement, Voyrre ou hanap, quoy que soit: autrement On te diroit, attendant la vuidange Qu'il ne faut pas prescher sur la vendange.

Et garde bien d'avoir la bouche pleine Quand tu boyras: car c'est chose vilaine Boyre au morceau, & faire en bouche souppe, Soit que tu boyve en hanap, verre ou couppe. Et pour ce donc avant que d'approcher La bouche au vin ne du vin la toucher, Je te conseille avaler ton morceau Si tu ne veux qu'on t'estime pourceau.

Autant seroit trouvé laid & sauvage, Si tu beuvois en mangeant ton potage.

Et si celuy qui t'aura vin versé Est un lourdaut, sot, & mal exercé A bien servir & qu'indiscretement Il t'en ait mis trop excessivement Qui excedast de ta soif la mesure, Tu ne feras à luy ny autre injure D'en faire oster, comme il te semblera Que ton desir de boyre portera, Pour l'achever sans rien laisser de reste, De peur qu'il soit à ton suyvant moleste, Qui, possible est, seroit tant dedaigneux, Qu'il cuideroit que tu fusses tigneux, Ou monstreroit aucun signe apparent, Qu'il ne veut pas boyre ton demeurant: Joint qu'il en est qui par certain mespris Jettent le vin (liqueur de si grand pris) Ayans le coeur & la gloire si haute, Qu'ils n'ont pas peur d'en avoir jamais faute.

Comment qu'il soit garde toy de trop boyre, Que tu n'en sois hors de sens & memoyre, Mais d'y mettre eau seras assavanté Pour conserver longuement ta santé, Sage est celuy qui ne se veut point feindre, Le corriger pour sa fureur esteindre.

Ayant gardé mon precept' & edict De point en point ainsi que je t'ay dict, Boys maintenant de par Dieu à ton ayse Car il n'y a celuy à qui ne plaise, Et boys d'un trait, ainsi te faut entendre, Non pas deux fois en beuvant te reprendre, Et que ce trait ne soit de si grand peine, Ne si treslong qu'il te mist hors d'aleine: Car boyre au coup tant qu'on en peut riffler, Communement fait les levres siffler, Qui ne fut onc ne bon, ne beau trouvé, Mais en tous lieux entre gens reprouvé.

Ce que tu boys boyras tout doucement Sans le verser au bec galifrement, Comme qui veut humer d'un oeuf le jaune: Car si c'estoit vin meilleur que de Beaune, Tu ne sçaurois sa bonté savourer De l'engloutir ainsi & devorer. Aussi ne faut boyre trop lentement A petit trait, ne tenir longuement Le bec au vin, comme la cane en l'eau, Mais le moyen sera trouvé plus beau. Encor' te faut icy considerer A sobrement ta boisson moderer: Assez seroit de boyre une ou deux fois, Mais je consens que tu en boyve trois, Je dy sans plus, car certes c'est asses, Et de passer ce seroit faire exces: Mais si tu viens à ce nombre exceder, Quelcun ou moy seront prests à cuider, Que tu t'en vas approcher d'estre yvre, A tout le moins tu n'es gueres delivre.

Tu ne feras sinon civilement De regarder que c'est, quoy ne comment, Quand tu boyras, & taster un petit, Avant qu'au vin lascher ton appetit: Et si tel vin te semble estre gasté, Contente toy de l'avoir ja tasté: Car pour certain sa mauvaise liqueur Facilement te dourroit sur le coeur, Et te faudroit jetter hors de ta bouche Ce qu'il y a, de peur que au coeur te touche. En cecy donc sagement useras, Quand un tel vin boyre refuseras, Fais que le verre ou hanap ne soit grand, Qu'il n'y en ait gueres de demourant, Bien est il vray soit Hyver ou Esté, Qu'il est prochain de toute honnesteté Que le vaisseau ou tu bois au repas Ne soit trop grand, mais moyen par compas. Et avoir beu ta bouche torcheras, Comme je croy que ne l'oublieras.

Quant ton repas auras reigléement prins En belles moeurs, comme je t'ay apprins, Il sera beau honneste & profitable, Lors qu'on aura tout recueilly de table, Laver tes mains de belle eau claire & nette, La bouche aussi pour la tenir honneste.

Tout cecy fait & le past achevé Quand on aura toutes choses levé, Mets toy sus bout en bonne contenance, Le genoüil bas faisant la reverence, Disant à tous par moeurs & bonne grace, Ces mots communs, messieurs bon prou vous face.

Et si tu es du bas ranc de fortune, Pauvre ou moyen de biens & de pecune, Ou tel qu'il faut que tu faces l'office, De serviteur pour te monstrer propice Soit au defaut des autres serviteurs, Qui du dessert seront entremeteurs, Ou pour complaire a aucuns tes parents, Ou à quelcun qui soit des apparens Je t'advertis par verité certaine, Qu'il te duyra si tu mets en peine A ton pouvoir ayder a desservir, A ceux qui ont prins peine à te servir, Et avec eux mettre tout en son lieu, Puis à la fin rendre graces à Dieu.

Fin.

Addition, somet et couronne aux precedens enseignements, faict premierement en Latin par maistre Bade Ascence, & apres traduit en rime Françoise par le mesme traducteur en vers Alexandrins.

Si n'est-ce pas assez d'estre coint & joly Estre à la table assis, mignon, net & poly Ce ne seroit pas tout d'avoir ces moeurs en somme, Si tu n'estois trouvé en tous actes prud'homme, Parquoy mon fils je veux presentement t'instruire, A vivre selon Dieu, sans à ton prochain nuire, Reçoy ces miens precept' & les mets en memoyre. Car ils te conduiront en l'eternelle gloire.

Au lever de ton lict ton dieu adoreras De coeur humble & entier, & luy presenteras La devote oraison que son fils Jesus Christ En son sainct Evangile à laissé par escrit, En faisant dessus toy le signe de la croix: C'est l'oraison de Dieu le pere en qui tu crois. Apres salueras la douce Vierge mere De Jesus, qui pour nous endura mort amere: En disant tout d'un train à jeun propice Humblement à genoux tout ton divin service. Quand de tous points auras ton service achevé Et que tu te seras de l'oraison levé, Si tu as pere & mere à eux t'adresseras, Et par humble salut bon jour leur donneras: Autant en feras tu, tout d'un train droitement, A ceux qui ont de toy charge & gouvernement. Et si tu vois passer quelque homme venerable, Prestre ou Religieux, un tien parent notable Quelque bonhomme vieux, quelcun bien renommé Digne d'honneur, & bien en vertu consommé, Un Juge ou Magistrat ayant Royal office, Un Consul, gouverneur de ville & de police, Ou comment qu'il en soit homme d'authorité, Comme il en est plusieurs en bourg, ville & cité Si tu es lors assis quand passer le verras, Lieve toy promptement du siege ou tu seras, Ou si tu es debout venant au rencontrer, Tu n'oublieras point à humble te monstrer, Luy donnant ton salut le bonnet à la main, L'un des genoulx baissé comme doux & humain: Ton precepteur aussi en tous endroits revere, A qui tu dois honneur comme à ton propre pere: A luy sois attentif, ton esprit eslevé Pour ouyr sa leçon tant qu'il ait achevé, Tenant les yeux sur luy & ouverte l'oreille Pour apprendre vertu qui n'a point de pareille. Et si le cas estoit qu'en faisant sa lecture, Il ne t'avoit donné la parfaicte ouverture De quelque enseignement que tu n'as entendu, Viens à tes compagnons, les priant en temps deu Te donner & monstrer la vraye intelligence De ce que tu n'as sçeu comprendre en sa presence: Et lors que tu l'auras parfaitement comprins A fin de n'oublier ce que tu as apprins, Prend ta plume à la main & d'encre à l'escritoyre, Et l'escris tout d'un train pour en avoir memoire, En un certain livret de papier blanc expres, Que tu liras souvent & le tiendras de pres. Et lors que tu seras docte suffisamment, Bien instruit à vertu pour vivre honnestement, Il te faut avoir soing solicitude & cure De vivre selon Dieu, sans faire à nul injure, Rendre à chacun le sien, & ne faire à l'autruy Ce que tu ne voudrois que te fust fait par luy, Faisant participant de tes moeurs & science Ceux que tu cognoistras en avoir indigence: Ausquels tu monstreras de bon coeur en tout lieu Tout le bien que tu sçais, & que tu tiens de Dieu.

Fin.

Note du transcripteur

On a conservé l'orthographe (incluant les cédilles, accents et apostrophes) et la ponctuation de l'original. On a néanmoins résolu les abréviations par signes conventionnels (par exemple «Cõme» transcrit «Comme»), et distingué i/j et u/v selon l'usage.