Part 7
Au premier étage du Château, s'ouvrant, par deux larges fenêtres à petites vitres anciennes, sur un délicieux tapis de verdure borné à l'horizon par de blanches futaies d'ypréaux, la Bibliothèque d'Isgny occupait plus de cent vingt mètres carrés de murailles. Les livres reposaient par deux rangs sur de profonds rayons de bois clair, où chaque volume jouait à l'aise, sans trop de compression ou de mise à l'alignement. On ne sentait pas la bibliothèque de parade, mais l'agencement méthodique et sans prétention du véritable bibliophile abstracteur de quintessences littéraires. La lumière égayante du dehors se répandait également de toutes parts avec la placidité radieuse des intérieurs hollandais. C'était bien le décor rêvé par le philosophe qui se veut retirer du monde, et, dès l'entrée, le charme de cette thébaïde me pénétra si vivement que je ne pus dissimuler mon ravissement au savant châtelain, qui épiait malicieusement mon étonnement mêlé d'envie.
«Bravo! le nid vous plaît! cria-t-il avec un éclat de belle humeur.--Voyez-vous, c'est ainsi que j'aime passer en revue mes bataillons d'auteurs aimés, en pleine lumière rustique, dans le miroitement du soleil, sur ces solides rayons qui supportent tant de gloires! Je n'ai point, comme dans vos petits intérieurs parisiens, des bibliothèques damerettes où les reliures montrent leurs ors sous des vitrines noyées dans le clair-obscur; il me semble que tout le jour du ciel, tout l'air de la nature, conviennent mieux à ces brillants écrits où l'âme humaine s'agite, se soulève, chante, pleure ou se met en ironie d'elle-même. La postérité, que nous représentons vis-à-vis de ces livres, c'est déjà le jugement dernier, et le décor me paraît aussi lumineux qu'il convient.
«Permettez-moi de vous guider: Ici, à gauche: _Taïaut! taïaut!_ ce sont les livres de vénerie, de chasse, d'équitation, d'escrime, de fauconnerie; tous les sports des gentilshommes normands, mis en traités et imprimés dans la Province; en avançant un peu, vous arrivez aux vieux poètes des XVIe et XVIIe siècles, des amis qui m'accompagnent souvent sous les taillis du parc et qui me laissent désencager leur Muse sans en prendre ombrage, je vous jure;--plus loin, Messieurs du Clergé! Vous reconnaissez les robes mauves de la théologie et des thèses diocésaines. A quelques mètres au delà, la pourpre des cartonnages vous signale l'Histoire et les historiens, ces narrateurs de vérités dramatiques et sanglantes qui, malgré toute la froideur des documents accumulés, apparaissent plus invraisemblables que les légendes les plus imaginaires. Vous vous arrêtez en ce moment devant les philologues et les bibliognostes... J'ai tout Gabriel Peignot et le bon Nodier, l'austère J. Brunet et le ponctuel Quérard; je vous avouerai que je les ai maintes fois annotés, les ayant surpris en péchés mignons, mais... _errare humanum!_ Vous avancez hardiment et vous n'avez point tort, vous faites face, cher Monsieur, aux romanciers et plus particulièrement aux _Romantiques_ dont mon catalogue signale plus de 500 ouvrages, parmi lesquels, et c'est là ma fierté, plus de trente publications très curieuses sont totalement inconnues à vos Asselineau et autres _Romanticographes_.»
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«Des oubliés, poursuivit-il; mais notre foisonnante littérature possède, on peut le dire sans paradoxe, presque autant de génies et de talents ignorés ou dédaignés que de grands hommes reconnus; il s'agit de les découvrir et de ne relever, dans ses recherches, que de son propre jugement.--A l'âge romantique, Hugo le Titan s'est dressé si puissamment et si hautement dans la poussée des lettres, comme un chêne miraculeux, qu'il a englouti dans son ombre portée nombre d'écrivains exquis et vigoureux qui se sont éteints et alanguis loin du soleil de la publicité.»
Durant toute cette après-dînée le vieux Lieutenant de Louveterie s'était montré étourdissant aussi bien comme lettré que comme bibliophile. Il me tirait de ses rayons des exemplaires d'auteurs étranges et obscurs de nom, dont il déclamait largement des pages superbes qu'il semblait avoir apprises de longue date; il chantait des sonnets sonores, _claironnait_ des stances guerrières, susurrait des idylles fraîches de Jeunes-France totalement inconnus, et, bouleversant avec une ardeur fougueuse les étages de sa bibliothèque, il me sortait avec joie des exemplaires frontispicés de bizarres eaux-fortes et de mirifiques lithographies, lançant avec fièvre ce cri du possesseur:
«... Et celui-là, vous l'ignoriez!... Un superbe Nanteuil et de la bonne époque!--mais ce n'est rien encore; regardez ceci: quel truculent Johannot! il n'est signalé nulle part; je ne veux pas omettre de vous faire également admirer ces fines vignettes de Gigoux, de Louis Boulanger, de Devéria, de Wattier et autres, sur des ouvrages que je crois être le seul à posséder; tous ces exemplaires non rognés, avec couvertures, selon les grands principes conservateurs;... vous êtes ébloui, renversé, je suppose, et ma Romanticomanie s'exalte devant votre ahurissement, car, possédant tant de volumes inconnus de tous, je m'enorgueillis souvent jusqu'à me croire le Saint Pierre vigilant du Purgatoire Romantique!»
De fait, j'étais littéralement aplati, grisé de surprises jusqu'à la fatigue cérébrale et travaillé par ce papillotement de l'oeil qui décèle l'engourdissement comateux. Il m'avait fallu inconsciemment venir en pleine campagne normande, dans ce Château perdu dans la verdure, pour reconstituer comme dans un rêve toute une bibliographie romantique d'un ordre très intéressant et d'une illustration suprêmement fantastique!--Car, il n'y avait pas à barguigner ou à discuter: Bernard d'Isgny me mettait en main des ouvrages d'origine incontestable et qui, Dieu sait comment, avaient pu échapper aux investigations de tous les catalographes pour mystérieusement prendre rang dans cette belle bibliothèque de gentilhomme campagnard, laborieux et fureteur.
Lorsque je pris congé de lui, j'étais comme le dormeur éveillé de la légende orientale, très incertain de mes visions, et mon inquiétude d'inconscience ne fit que s'exaspérer par la suite, quand, au contact de mes amis bibliophiles, je percevais l'hilarité qui saluait le récit de cette visite à des Romantiques inglorieux et ignorés, bien vite taxés d'imaginaires. Plus je citais de titres et plus je glosais sur ces oeuvres inapercevables, plus j'étais taxé d'illuminé ou de Gascon fantaisiste.--«Connaissez-vous, me disaient les plus malicieux, un des plus rares de tous, édité à Marseille, chez Marius De Crac, sur la Canebière, sous le titre: _le Château des Merles Blancs ou les Nouveaux Contes à dormir debout_?»--Je rougissais et rugissais d'indignation de me voir aussi méconnu que les Romantiques du sieur d'Isgny.--C'est pourquoi, lorsque, après dix années de honte bue, je reçus cette affiche de vente publique de la Bibliothèque de l'ex-Lieutenant de Louveterie, récemment décédé, on comprendra que je n'hésitai pas une seconde. Je résolus de pousser la charge au feu des enchères pour la possession et la mise en lumière de ces ouvrages indépendants qui n'avaient point su se laisser immatriculer ni par Pigoreau, ni par Asselineau, ni même par le _Journal officiel de la Librairie_.--_Mystère insondable! Mystère profond comme l'Abîme!_ eût clamé Pétrus Borel, le Lycanthrope!
II
Malgré la proximité et la facilité du voyage opéré par un temps radieux, je dois avouer que les amateurs et la librairie parisienne ne me firent guère concurrence le 27 mai 188... au château d'Isgny. Le notaire, Me Grandcourt, de Varangeville, avait, je pense, maigrement fait sa publicité, car le monde des acquéreurs était clairsemé et plus particulièrement composé de curieux Dieppois et de Bibliophiles rouennais qui se disputèrent, avec un noble acharnement, les traités de Vénerie et les vieilles chroniques normandes portant la marque des anciens imprimeurs de Caen, d'Évreux, de Lisieux et de Rouen.
Sur le terrain littéraire et romantique, je vainquis sans péril et triomphai sans gloire.--Selon l'expression rustique, je réalisai toutes mes convoitises «pour un morceau de pain», et je revins au logis plus fier qu'Artaban, ayant dans ma valise plus de trente volumes extravagants, ruisselants d'inouïsme, ténébreusement inconnus de tous, et que je me fis un plaisir d'inventorier avec un ronronnement de félin satisfait.
J'apportai dès lors une réelle arrogance vis-à-vis de ces mêmes co-Bibliophiles qui m'avaient jadis si vertement raillé sans pitié, et je convoquai le ban et l'arrière-ban des _Amis du XIXe_. Tous s'en allèrent confondus, ayant mal au foie, criant vengeance contre les bibliographes et les historiens de la révolution littéraire de 1830. La beauté incomparable des frontispices de Célestin Nanteuil, de Tony Johannot et d'Eugène Lami leur glissa dans la bile l'encre amère de l'envie, et je bus vraiment du lait durant un moment, à la vue de ces damnés de l'Enfer des Bibliofols qui se tordaient devant les couvertures immaculées, les épreuves sur chine et les marges à pleines barbes, sans une tare ni une piqûre dans la pâte du papier; ils maniaient les exemplaires avec rage, râlant d'une voix rauque qui m'apostrophait: _L'Animal veinard! et non coupé, par-dessus le marché!_--Pendant six mois ce fut une apothéose.
Les libraires de la jeune Bibliophilie _pschuteuse_ se succédèrent dans mon cabinet apportant, avec l'espérance de cessions possibles, toutes les séductions et tous les transformismes des Jupiters mythologiques; portefeuilles nourris comme pour une foire aux bestiaux, offres d'échanges, tantalismes d'ouvrages du siècle dernier, dessins originaux. Que sais-je encore?--J'apprenais que le petit B... agonisait de dépit, que le vieux K... jaunissait dans l'attente, que le gros M. avait juré de compléter ses Nanteuil par les miens, et je demeurais fier comme Albion et inexpugnable comme elle sur mon îlot d'exemplaires uniques.
Peu à peu cependant l'effervescence se calma, il y eut armistice, et la feinte indifférence des combattants me semble aujourd'hui si pénible, mon abandon de bibliophile si amer après les branle-bas de naguère, que je me suis juré de réveiller de nouveau les hostilités en démasquant très ouvertement ainsi que des batteries mes principales richesses au monde des curieux, en ce moment en pleine accalmie.
De ce sentiment de combativité provient le récit qui précède et le catalogue sommaire que je vais exposer aux yeux allumés des Romanticolâtres.--J'aime assez à tisonner l'envie, à m'éclairer du reflet de ses flammes et à écouter la musique par pétarades de ses étincelles.--En avant donc! Que l'esprit d'Asselineau me seconde! Voici la nomenclature des Romantiques inconnus du château d'Isgny.
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1º _Les Gondoles du coeur ou les Bercements de l'Amour_, poésies, par Joseph d'Ortigues. Paris, Eugène Renduel; 1831. In-8º de VI et 295 p.--Très beau frontispice de Célestin Nanteuil, en double état sur chine; couverture bleu d'eau, avec vignette sur bois représentant une gondole fermée; pour épigraphe, ces vers sur le gondolier:
Un beau chant, alterné comme une flûte antique, S'en vient saisir votre âme et vous enlève aux cieux; Vous pensez que ce chant, cet air mélodieux Est le reflet naïf de quelque âme plaintive, Qui ne pouvant le jour, dans la ville craintive, Épancher à loisir le flot de ses ennuis, Par la douceur de l'air et la beauté des nuits S'abandonne sans peine à la musique folle, Et, la rame à la main, doucement se console.
A. B.
Exemplaire à toutes marges.
2º _Les Crinières romantiques ou les Lions de Paris_, par Abel Hugo. Paris, Persan; 1823. In-18 de 312 p. Exempl. broché, avec portraits de Nodier, Guiraud, Ancelot, A. Soumet, etc. (de toute fraîcheur).
3º Tiberge (Abbé).--_Un Bal chez la Reine Amélie_, roman, par l'auteur d'_Une Fille de joie_. 2 vol. in-8º (Imprimerie Cassegrain, au Marais). Paris, Dumont; 1831. Superbe frontispice d'Eugène Lami, représentant un bal à la Cour, avec les portraits distincts des membres de la famille royale. Vignette non signée sur le titre. Broché, non coupé.
4º _La Fille d'Ophélie ou le Fantôme d'Elseneur_, par Alphonse Giraud. 1 vol. in-8º de 418 p., impression gothique. Paris, Eugène Renduel; 1831.--Frontispice de Célestin Nanteuil, le plus beau connu, dont nous donnons la reproduction. Épreuve sur chine volant. Très bel exemplaire avec sa couverture originale. Sur le titre, un château en ruine et ces mots de Shakespeare formant épigraphe:--«Ne soupirez plus, femmes! ne soupirez plus! les hommes furent toujours trompeurs, un pied dans la mer, l'autre sur le rivage. Constants en une chose: jamais!»
5º _Les Tortures de Don Juan ou la Victime des femmes_, contes par Paul Foucher. Paris, G. Barba; 1832. 1 vol. in-8º de IV et 247 p. Frontispice gravé sur bois, non signé.--Sur le titre en épigraphe: _Il n'y eut jamais de séducteurs, toujours des hommes séduits_.
6º _L'Armagnac noire_, légendes de la vieille France, par Ernest Fouinet. In-8º, Paris, Silvestre; 1832. Lithographie de Jehan Parlin.--Sur le titre, cachet de cabinet de lecture. La couverture manque.
7º _La Mansarde du Proscrit ou les Veillées de Montmartre_, par P.-L. Jacob, Bibliophile, 1 vol. in-12. Paris, Delaunay; 1837. Exemplaire relié et rogné. _Ex dono_ du Bibliophile Jacob à M. de Salvandy.
8º _La Grisette des Lilas_, par Louis Huart. Paris, Abel Ledoux; 1833. 1 vol. in-8º, avec vignettes sur chine, de Boisselat.--Broché dans un étui de percaline.--Exemplaire aussi frais que possible.
9º _La Chasteté des Muses_, poésies par M. de Tercy, auteur de _la Prière du soir_, 1 vol. in-8º de 204 p. Paris, Cabassol; 1839.--Vignette de Camille Rogier, gravée par Cherrier. Couverture rose tendre sans fleuron. Broché, d'une belle conservation.
10º _Le Pont de la Vie_, par le baron de Lesser. Délicieuse vignette de Tony Johannot, gravée par Thompson, 1 vol. in-8º. Paris, Giraudat; 1839.--Roman très curieux et dramatique, dont Bouchardy s'est inspiré pour l'un de ses principaux drames. Relié avec dos en maroquin anglais.
11º _La Lyre du Diable_, poésies infernales, par Henri Berthoud, 1 vol. in-8º de 367 p. Paris, Ledrain; 1827. Joli frontispice composé par Pétrus Ringard. Exemplaire intact avec sa couverture rouge et noire.--Nous reproduisons l'étonnant frontispice de Pétrus Ringard.
12º _Les Orgies d'Héliogabale_, contes féroces, par Jules de Saint-Félix, 1 vol. in-8º. Paris, Pelicier; 1828. Ravissante vignette de E. Wattier, formant cul-de-lampe.--Exemplaire cartonné, non rogné.
13º _Le Boucher de Béthune_, roman, par de Saint-Mégrin (?). 2 vol. in-8º. Paris, Busquin-Desessart; 1834. Ouvrage des plus curieux, orné d'un saisissant frontispice d'une rare beauté d'exécution et non signé, mais qu'on pourrait attribuer à Delacroix dans sa première manière. Exemplaire avec sa couverture.--Épigraphe du titre: _Du sang! du sang! du sang! à la brute altérée!_
On trouvera en gravure hors texte la reproduction du frontispice.
14º _Les Cendres de la Passion_, poésies, par Philothée O'Neddy, avec un portrait de l'Auteur de _Feu et flammes_. Paris, imprimerie de Dondey-Dupré; 1831. 1 vol. in-8º de 398 p., avec une épître dédicatoire au lecteur en forme de rondeau.--Seul portrait connu de Théophile Dondey. Sur le faux titre, ces vers du catéchisme bousingot de Philothée l'hirsute:
Amour, enthousiasme, étude, poésie! C'est là qu'en votre extase, océan d'ambroisie, Se miraient nos âmes de feu! C'est là que je saurais, fort d'un génie étrange, Dans la création d'un bonheur sans mélange, _Être plus artiste que Dieu!!!_
RODOMONTADE.
15º _Monsieur Joseph ou la Pudeur alarmée_, par l'auteur de _Madame Putiphar_ (Petrus Borel). 2 vol. petit in-8º cavalier. Paris, Eugène Renduel; 1839. Imprimerie de Terzuolo. Vignettes sur bois de Louis Boulanger. Frontispice d'Eugène Lami, gravé par Porret.--Sur les deux couvertures, l'épigraphe choisie par le Lycanthrope est: _Madame! Madame! que faites-vous?_--Superbe exemplaire sur papier jonquille.
16º _Les Frissons du tombeau ou les Résurrections_, contes funèbres, par Charles de Lourcy. Cherbourg, chez Alcide Lebieu; 1829. Frontispice non signé, à la manière noire. 1 vol. in-18. État de neuf. Contes très étranges, qui révèlent un réel talent de styliste coloré et vibrant.--Nous reproduisons le frontispice.
17º _Les Larmes de l'Athée ou le Retour au Crucifix_, roman tumultueux et moral, par M. ***. Paris, Ladvocat; 1833. 1 vol. in-8º de 338 p.--L'auteur inconnu de cet étonnant torrent d'idées blasphématoires et recueillies pourrait bien être Regnier-Destourbet, dont on retrouve plus d'une analogie de style. Cet ouvrage mériterait une étude; c'est le livre de la plus grande véhémence romantique que nous connaissions jusqu'ici.
18º _Edgard le Taciturne ou l'Étrangleur de femmes_, légende du XIe siècle, par Julius Sorel. Illustration de Tony Johannot, gravée par Porret. Paris, Desessart; 1832. 2 vol. in-8º raisin.
Genre troubadour et Anne Radcliffe.--Ces deux volumes brochés. Légères mouillures sur le faux titre du tome II.
19º _Alma et Clodamir_, par M. Bouchardat. Roman de 293 p. in-12. Caen; 1827. Vignette de Colin, lithographiée par Bertrand, Rue froide. Petit roman vertueux, sentimental et très dessus de pendule. Genre Restauration, à peine éclairé par l'aurore du Romantisme.
20º _Crânes et Tibias_, poésies chrétiennes, par Jean Polonius, avec un dessin de Carolus Marchenoir, lithographie de Motte. Paris, Curmer; 1829. 1 vol. in-8º.--Sur le faux titre, un scoliaste a écrit: «L'auteur de ces poésies est étranger, mais son style n'en est pas moins élégant, et beaucoup de nationaux envieraient sa pureté.»
21º _Les Souterrains de l'Abbaye_, par Alphonse Brot. Paris, Auguste Labot; 1835. 1 vol. petit in-8º. Illustration de Gigoux, gravée par Porret.--Roman humide et sternutatoire, ainsi que son titre l'indique. Exemplaire dont la couverture est maculée d'un cachet singulier sur lequel on lit: _Bibliothèque du Bagne_.
22º _Les Amours d'un Squelette_, poésies d'outre-tombe, par Timoléon Aubiernet. Vignette lithographiée par Porret. 1 vol. in-12. Paris, Pelicier; 1827. Ce livre est dédié à _Dorothée ***_ avec les vers suivants:
Ah!... ma flamme ressemble à la lampe des morts; Sans fin comme elle, et comme elle invisible, Rien ne pourra l'éteindre; aux soucis, aux remords, Son triste feu survit inextinguible.
Un souvenir de toi, voilà ce que ma tombe Veut pour reliques et pour tous ornements. Mais ton oubli!... mon coeur à ce penser succombe, Lui qui brava la vie et ses tourments.
23º _Le Dernier des Mérovingiens_, tragédie en cinq actes, en vers, par Charles Huret. Paris, Tenré; 1833. In-8º. Grande lithographie de A. de Pujol. Drame shakespearien, formidablement sanguinaire, où tous les personnages meurent assassinés les uns par les autres. Le héros, Méruald, succombe le dernier. Après avoir, durant cinq actes, perpétré les crimes les plus noirs, il s'écrie, blessé à mort, avant la chute du rideau:
J'ai fauché tous les miens; ô gerbes magnifiques! Leurs têtes, lourds épis, reposent pacifiques Et je vais m'endormir: _Deus sit cum illis!_ Calme comme Bacchus dans son dégobillis.
24º _Édith, la Belle au cou de cygne, ou le chant d'Hasting_, poème, par Utric Guttinguer. Composition de Deveria, gravée par Brevière. Paris, Charles Gosselin; 1830. 1 vol. in-8º. Au crayon, sur les gardes, se trouve écrite cette réflexion:
«Poème assez fade et nébuleux de l'ami auquel Alfred de Musset adressa tant de charmants vers.--On sent que l'auteur, en appliquant son talent à ce sujet septentrional, a rendu sa muse poitrinaire et défaillante.»
25º _Le Fils de Cromwell, ou la Galerie de Whitehall_, drame en cinq actes, en vers, par M. d'Épagny. Vignette de Gigoux sur le titre, 1 vol. in-8º. Paris, chez Bossange père; 1830. Exemplaire en très bel état, non rogné ni piqué.
Sur la première page, on a collé cet extrait de journal:
«L'intrigue de ce drame est trop compliquée pour que nous puissions l'analyser ici; _le Fils de Cromwell_ a réussi au Théâtre-Historique; cependant, il a été interrompu par suite de la fermeture du théâtre, et n'a pas été repris.»
26º _Les Fiancés de Devonshire_, conte, par Victor Boreau. Vignette de Louis Boulanger sur le titre. Paris, chez Hivert, quai des Grands-Augustins; in-8º.
27º _Les Ruines du Château ou les Charmes de la solitude_, roman, par Albert Desbordeliers. Paris, Louis Janet; 1830. 1 vol. in-12. Joli petit frontispice signé de Deveria, gravé par Quarteley.
La première page s'ouvre par ces vers:
Salut, murs que couronne et la ronce et le lierre! L'homme ne voit en vous qu'un vain amas de pierre Qu'habite le reptile et que ronge le temps; Mais le sage, à qui Dieu révèle sa pensée, Voit dans tous vos débris la piété tracée En caractères éclatants.
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Oh! comme dans ces lieux, lorsque règne l'automne, Le voyageur bercé par le bruit monotone Des dépouilles des bois qui jonchent le vallon, Aime à livrer son âme aux sombres rêveries, S'il voit le jour s'enfuir et les feuilles flétries Suivre le vol de l'aquilon!
Exemplaire sur papier vert pâle, non rogné.
28º _Le Cimetière des Damnés_, roman Scandinave, par le comte Gaspard de Pons. 1 vol. in-18, avec vignette non signée. Paris, Ambroise Dupont; 1831. Légende véritablement trop mortuaire et qui décèle chez son auteur une nécrophilie déréglée et incurable.
Admirable lithographie frontispice non signée, représentant des squelettes et des potences.--On la trouvera reproduite dans ce catalogue.
29º _Macias l'Enamorado_ ou Amour et Destinée, par Ferdinand Denis. A Saragosse (?), chez Luiz Gaspar y Pelez; 1834. In-16 de 400 p.--Le lieu d'impression nous semble devoir être une supercherie. Il est bon de la signaler à M. Gustave Brunet, de Bordeaux, qui vient de terminer le supplément au Barbier et au Quérard.
30º _Soulas et Plaisir_, Rondeaux et Ballades, Parangon des Poésies du bon vieux temps, par M. de Baour-Lormian. 1 vol. in-8º de 296 p. Impression gothique, dans un encadrement ogival de style feuillu. Paris, Gosselin; 1832.
Poésies remplies des images éclatantes chères à Baour-Lormian, qui fut un M. de Jouy rongé par les vers. Ce ne sont que «globes d'albâtre», «cheveux que des lis teint l'éclat argenté», «palais de porphyre», «vierges de lumière et réseaux d'ébène de la nuit». Genre éminemment Pompier, mais le plus curieux de tous les Baour-Lormian comme note exaspérée de la métaphore.